Comment les industriels de la pêche au thon menacent nos océans - Cash investigation
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Cette enquête de Cash Investigation révèle comment la pêche industrielle au thon, notamment l'utilisation massive de dispositifs de concentration de poissons (DCP) dans l'océan Indien, menace les stocks de thon albacore juvénile et d'autres espèces marines, tout en soulignant les lacunes des régulations internationales et la pollution engendrée.
- 0:00 C'est une enquête qui a commencé dans un placard.
- 0:04 Eh oui, à Cache Investigation, on aime beaucoup le thon.
- 0:09 C'est tellement pratique pour agrémenter une salade,
- 0:14 des pâtes ou se faire un sandwich.
- 0:19 Et vous aussi, vous l'aimez ce thon.
- 0:22 En 2017, les Français ont consommé l'équivalent de 373 millions de conserves comme celle-ci.
- 0:29 Huit ménages sur dix ont rempli leur placard de cette petite boîte.
- 0:35 La ménagère, chère aux publicitaires, aime décidément le thon.
- 0:41 Et puis, ouvrir une boîte de thon, c'est déjà sentir les embruns.
- 0:50 Voilà le thon, petit navire, que nous rapportons du grand large.
- 0:57 Petit navire, le thon au bon goût du large.
- 1:01 Mais ce thon, comment est-il pêché ?
- 1:04 Par des petits navires ? Bien sûr que non.
- 1:08 Ce sont ces gros thoniers qui pêchent le thon.
- 1:11 Avelvade, Talenduic, des noms bien bretons.
- 1:15 Ils viennent de Concarneau.
- 1:19 On file en Bretagne à la recherche de ces thoniers.
- 1:24 Pour se rendre au port, c'est très simple.
- 1:29 Il n'y a qu'à suivre les mouettes et les instructions du GPS.
- 1:41 Prendre à droite sur rue des Chalutiers, puis prendre à gauche sur rue des Arviniers.
- 1:47 Prendre à gauche sur rue du Port, puis prendre à droite sur rue des Thoniers.
- 1:53 Nous y voilà, tout y est.
- 1:56 Le crachin breton, les Chalutiers et les Sardiniers.
- 2:00 Mais point de thonier à l'horizon.
- 2:03 Pourtant, le Drenhec, le Talenduic, l'Avelvade,
- 2:07 tous ces navires ont été construits ici.
- 2:12 Vous êtes un habitué, vous d'ici ?
- 2:15 Oui.
- 2:16 Vous connaissez bien le port ?
- 2:19 Oui, je suis sans rien de voir.
- 2:23 Vous connaissez ces bateaux-là ?
- 2:26 Le Drenhec ?
- 2:28 Oui, c'est un thonier qui a été fini ici.
- 2:32 Ici, on ne peut pas le trouver ?
- 2:34 Non.
- 2:35 Il ne pêche pas ici ?
- 2:36 Non, il n'est jamais ici.
- 2:37 Il n'y a plus de temps pour débarquer ici.
- 2:40 Au revoir.
- 2:45 Mais où sont passées les thoniers de Concarneau ?
- 2:49 La réponse est sur la boîte de thon.
- 2:53 C'est bête, on n'avait pas pensé à la retourner.
- 2:57 Océan Atlantique, Océan Indien.
- 3:00 Océan Indien, Océan Indien, Océan Indien.
- 3:05 Ça, on fait du thon albacore pêché dans l'Océan Indien.
- 3:09 Et c'est bien là tout le problème.
- 3:12 A force d'être trop pêché, le thon albacore est aujourd'hui menacé.
- 3:17 Les scientifiques l'ont même déclaré en surexploitation et en surpêche.
- 3:29 On s'envole pour l'Océan Indien.
- 3:31 La plaque tournante du thon, les Seychelles.
- 3:34 Autant vous dire, on ne s'est pas fait prier pour y aller.
- 3:40 Mesdames et Messieurs, bienvenue aux Seychelles.
- 3:43 Arrivé à l'aéroport, pas de doute, on est sur la bonne piste.
- 3:47 Petit Navire fait de la pub pour ses boîtes de thon.
- 3:50 Des plages de sable blanc et des cocotiers.
- 3:53 Le paradis.
- 3:55 Enfin ça, c'est bon pour l'affiche.
- 3:59 Leur usine est installée dans cette zone portuaire.
- 4:03 C'est la plus grosse conserverie de l'Océan Indien.
- 4:06 Et ceux qui alimentent Petit Navire, ce sont ces gros thonniers.
- 4:13 Essentiellement des navires français et espagnols.
- 4:16 Des bateaux-usines qui peuvent mesurer plus de 100 mètres de long.
- 4:22 Toute la journée, les ouvriers de Petit Navire trient le poisson qui vient d'être débarqué.
- 4:28 Nous avons à peine le temps de les filmer que nous sommes interrompus par un agent de sécurité.
- 4:34 Celui-ci nous prend en photo, mais nous interdit de tourner.
- 4:40 Le port c'est ok, mais ici c'est privé.
- 4:43 Sinon vous allez avoir de gros problèmes.
- 4:46 C'est interdit de filmer ?
- 4:48 Oui, c'est interdit.
- 4:50 Pourquoi c'est interdit ?
- 4:52 C'est la politique de l'entreprise.
- 4:55 Petit Navire, tout petit tournage.
- 5:00 Nous tournons la caméra vers les thonniers.
- 5:04 Du thon congelé comme s'il en pleuvait.
- 5:10 318 262 tonnes ont été débarquées ici en 2017.
- 5:18 Victoria, la capitale des Seychelles, est devenue le premier port thonnier de l'océan Indien.
- 5:27 Pascal Bach est un chercheur installé aux Seychelles.
- 5:30 Il surveille justement les captures des thonniers français.
- 5:34 On voit que c'est sportif.
- 5:38 Pascal montait sur un thonnier, on en a vu d'autres.
- 5:43 Là il va y avoir un peu d'escalade.
- 5:49 Le scientifique se réjouit à l'avance de nous faire vivre cette épreuve.
- 5:56 Ça va, on aimerait bien vous y voir.
- 5:59 Heureusement Sophie vous avez mis les chaussures ad hoc.
- 6:02 Qu'est-ce qu'elles ont ces sandales ?
- 6:04 C'est les vraies chaussures d'escalade.
- 6:06 J'avais pas envie d'avoir chaud au pied.
- 6:08 Si on n'a même plus le droit d'être en nu-pied sur les thonniers...
- 6:13 En tout cas nous voilà sur l'Avelvade, l'un des bateaux que l'on cherchait à Concarneau.
- 6:17 Bonjour.
- 6:21 Bonjour.
- 6:22 Sophie Le Gall, enchantée.
- 6:23 Cédric, enchanté.
- 6:24 Merci de nous accueillir à bord.
- 6:26 Pas de problème.
- 6:28 Cédric Le Blois est le commandant de ce thonnier.
- 6:32 Il n'est pas mécontent d'avoir fini sa campagne de pêche.
- 6:35 D'accord, là vous êtes resté combien de jours en mer ?
- 6:38 On est parti il y a deux mois.
- 6:39 On part deux mois et on rentre deux mois chez nous avant de revenir à Nouveau-Brunswick.
- 6:42 Ah oui, donc ça fait deux mois que vous étiez en mer ?
- 6:44 C'est assez long.
- 6:46 Et vous avez bien pêché ?
- 6:47 Oui, ça s'est bien passé.
- 6:50 Vous avez pêché combien de tonnes ?
- 6:52 Là c'est environ 1700 tonnes.
- 6:55 1700 tonnes ?
- 6:56 Ah oui.
- 6:57 Un bateau comme ça, ça peut pêcher 1700 tonnes ?
- 6:59 En 800 tonnes, à 900 tonnes, on est rempli.
- 7:01 Du coup, on est rentré, débarqué et on est reparti en mer.
- 7:04 D'accord.
- 7:05 D'emblée, le commandant tente de faire vibrer notre fibre bretonne.
- 7:09 Vous êtes bretonne alors ?
- 7:10 Oui.
- 7:12 Ça ne peut pas être un reportage à charge ?
- 7:15 Bien sûr que non.
- 7:16 On est entre bretons.
- 7:21 Dans les cales du bateau-usine, le thon est sorti des cuves.
- 7:26 Du thon qui a été congelé en mer, mis dans la saumure,
- 7:29 juste après avoir été pêché.
- 7:32 Pendant quatre jours, à un rythme effréné,
- 7:35 les dockers vont décharger les 800 tonnes capturées en moins d'un mois.
- 7:40 Ce thon, c'est du listao ou de l'albacore.
- 7:48 L'équipe de Pascal Bach mesure le thon pêché.
- 7:51 De gros albacores, mais pas seulement.
- 7:54 Certains sont de très petite taille.
- 8:07 Ce sont de très jeunes thons.
- 8:09 En dessous d'un mètre, l'albacore est considéré comme juvénile.
- 8:14 Je ne pensais pas qu'il y avait des albacores aussi petits.
- 8:17 Il y en a beaucoup de petits comme ça.
- 8:19 Il y en a encore plus petits ?
- 8:21 Et là, ça veut dire que c'est de l'albacore qui ne s'est pas encore reproduit ?
- 8:26 Et vous en mesurez souvent comme ça ?
- 8:28 Tous les jours.
- 8:30 Tous les jours, d'accord.
- 8:32 Ces jeunes albacores sont loin d'être une exception.
- 8:35 Dans ces cuves, c'est même la norme.
- 8:39 L'échantillonneur nous montre les relevés de capture de la matinée.
- 8:43 L'albacore, le prix moyen, là, c'est 46 à 45.
- 8:49 Le plus gros, c'est 60.
- 8:53 Il y a 108 albacores qui ont été...
- 8:55 108, que de juvéniles, que de jeunes thons ?
- 8:58 Que des jeunes. Il n'y a pas d'écoute.
- 9:00 Est-ce que vous ne pensez pas qu'à terme, ça peut menacer la ressource ?
- 9:03 Oui, ça peut.
- 9:05 Ça peut, oui, parce qu'il ne faut pas le reproduire.
- 9:08 Le petit ne reproduise pas, mais il continue à marcher.
- 9:14 Idéalement, ce qui devrait être fait, c'est qu'on devrait exploiter des poissons
- 9:18 qui se sont reproduits au moins une fois.
- 9:20 Et donc, là, on n'est pas dans cette situation.
- 9:26 Mais pourquoi ces gros bateaux pêchent-ils des poissons aussi petits ?
- 9:31 Tout simplement parce qu'ils sont pêchés sous décépée.
- 9:35 C'est quoi, un décépée ?
- 9:39 Pour comprendre, nous allons vous raconter l'histoire d'un thon.
- 9:42 Il était une fois un bébé albacore qui s'appelait Thouna.
- 9:51 Avec sa bande de potes, son banc, comme on dit entre thons,
- 9:55 il aime parcourir l'océan indien.
- 10:03 Mais c'est sans compter sur les thoniers et leur terrible piège, le décépée.
- 10:09 Dispositif de concentration de poissons.
- 10:13 Appelé aussi épave.
- 10:16 Une sorte de radeau fait de morceaux de bois, de cordage et de filets en nylon.
- 10:21 Et ce décépée est une arme redoutable.
- 10:26 Il attire tous les listaos.
- 10:28 Et parmi les albacores, ce sont surtout les jeunes, comme bébé Thouna,
- 10:32 qui viennent se regrouper autour des décépées.
- 10:35 Pourquoi ? Même les scientifiques n'en savent rien.
- 10:38 Vous vous dites, mais Thouna est complètement bêta.
- 10:41 Non, Thouna est un thon, et oui, Thouna n'a pas inventé l'eau chaude.
- 10:47 Les thoniers n'ont plus qu'à jeter leurs immenses filets.
- 10:51 Et c'est comme ça que bébé Thouna finira dans une boîte de conserves.
- 10:59 Cette méthode de pêche n'est pas la seule.
- 11:02 Cette méthode de pêche, très efficace, est en pleine expansion.
- 11:09 En 2017, la flotte française a réalisé 78% de ses captures de thon grâce aux décépées.
- 11:17 Même le commandant du navire s'interroge sur les conséquences
- 11:21 de cette technique imposée par son entreprise.
- 11:25 On a un nickel sur l'épave.
- 11:28 Là, ce n'est que de la pêche sur décépée.
- 11:32 Nous, les marins, on ne trouve pas ça logique.
- 11:35 Vous ne trouvez pas ça logique de pêcher sur décépée tout le temps, c'est ça que vous dites ?
- 11:39 Oui, tout à fait, parce qu'on ne respecte pas les juvéniles,
- 11:41 alors qu'on devrait respecter ça, commencer par là.
- 11:45 Le pêcheur est préoccupé, et il y a de quoi.
- 11:54 Selon un rapport de la Commission du Thon de l'Océan Indien, la CTOI,
- 11:59 les thonniers pêchent sous décépée essentiellement de jeunes albacores
- 12:03 qui ne se sont pas reproduits.
- 12:08 Preuve en est ce graphique.
- 12:10 L'albacore capturé sous décépée pèse en moyenne moins de 10 kg
- 12:14 et cela depuis plus de 20 ans.
- 12:16 Une pêche en grande partie constituée de juvéniles.
- 12:20 De quoi menacer une espèce surexploitée.
- 12:29 Les premiers à subir cette pêche intensive sous décépée,
- 12:33 ce sont les marins séchélois.
- 12:37 Comme Kissandré.
- 12:40 22 ans qu'il pêche le thon.
- 12:42 Nous, ça fait longtemps que nos pêcheurs crient qu'il n'y a plus de poissons.
- 12:45 On est obligé d'aller plus loin, de passer plus de jours,
- 12:48 mais on ne peut plus continuer à travailler comme ça.
- 12:51 On n'a jamais été en guerre contre les thonniers,
- 12:54 mais on était en guerre contre la pratique qu'ils font.
- 12:56 Et pour moi, c'est ça, c'est plus la pêche.
- 12:58 Moi, j'appelle ça la récolte.
- 13:00 Et pour moi, j'aimerais bien que ces messieurs-là,
- 13:03 ils redeviennent pêcheurs.
- 13:05 Qu'ils arrêtent de pêcher avec les décépés.
- 13:07 Ils redeviennent pêcheurs comme moi.
- 13:10 Redevenir pêcheurs comme avant, avant l'arrivée des décépés.
- 13:16 C'est parti mon Kiki, retour aux années 80.
- 13:19 Les Bretons viennent d'arriver dans l'océan Indien, c'est tip top.
- 13:23 A l'époque, on pêche en slip de bain, à la fraîche.
- 13:28 Et du thon, on en a jusqu'aux shorts.
- 13:31 Une pêche virile, quoi.
- 13:36 Mais surtout, une pêche que l'on pratique sur banc libre.
- 13:40 Pendant des jours et des jours, les marins traquent les bancs de thon.
- 13:45 Je vois des oiseaux plus loin.
- 13:47 Sans aucune certitude de les capturer.
- 13:49 Regarde ici, là.
- 13:52 C'est ici, là.
- 13:54 Combien de jours il peut rester parfois, chercher le poisson comme ça, sans rien voir ?
- 13:58 Maximum 15 jours.
- 14:01 Ah oui, 15 jours, c'est un peu long.
- 14:04 Cette époque est révolue.
- 14:07 Dans le monde moderne, la pêche industrielle doit être efficace et rentable.
- 14:12 Plus rien n'est laissé au hasard.
- 14:15 Pour le comprendre, rien de tel qu'une partie de Master Thon.
- 14:26 Allez, c'est parti.
- 14:28 Chaque thonier passe de DCP en DCP, pour récolter le thon.
- 14:34 Et pour pêcher encore plus, il a une arme secrète, le navire de soutien.
- 14:39 Ce bateau ne pêche pas.
- 14:41 Il est uniquement là pour larguer des DCP.
- 14:44 Et pourquoi pas piquer ceux des autres ?
- 14:48 Le navire de soutien augmente considérablement la productivité des thoniers.
- 14:58 Jacques est marin depuis 20 ans.
- 15:01 Il a embarqué sur l'un de ces navires de soutien qui larguent les DCP.
- 15:06 Il préfère garder l'anonymat, difficile de critiquer ouvertement les techniques de pêche
- 15:11 quand on est soi-même dans le milieu.
- 15:16 Moi, ce qui me parlait le plus, c'était le nombre de DCP qu'on mettait à l'eau.
- 15:19 C'était la quantité surtout.
- 15:22 C'était assez impressionnant.
- 15:24 Vous avez pu en mettre jusqu'à combien ?
- 15:26 On avait mis 200 à peu près DCP à l'eau et on avait dû en piquer 80 je me sens.
- 15:33 200 DCP à l'eau en une cinquantaine de jours, c'est ça ?
- 15:37 Une cinquantaine de jours, c'est ça.
- 15:41 Des centaines de DCP associés à de la haute technologie.
- 15:45 Chaque DCP est relié à une bouée qui détecte le poisson.
- 15:50 Il y a un sondeur sur chaque DCP.
- 15:53 Il doit savoir à peu près, à quelques tonnes, combien le DCP peut avoir regroupé.
- 15:58 À partir d'une certaine quantité, un coup de filet, ça va être rentable.
- 16:03 Je ne sais pas, c'est un petit peu tricher aussi.
- 16:06 De regrouper le poisson comme ça, on ne va plus pêcher, on va cueillir du poisson.
- 16:12 Écoeuré par cette technique, le marin décide de ne pas rempiler.
- 16:17 Je n'aurais pas pu faire d'autres missions, ce n'est pas une pêche qui me correspond.
- 16:20 Pourquoi vous n'auriez pas pu faire une autre mission ?
- 16:22 Parce que je me suis rendu compte du carnage qu'on était en train de faire.
- 16:26 Le carnage écologique que ça représente.
- 16:29 En train de vider les océans, j'écoutais des conversations entre les gars qui faisaient ça depuis longtemps.
- 16:34 Ils étaient conscients qu'ils pêchaient de moins en moins et de plus en plus de petits poissons.
- 16:38 Donc on est en train de vider les océans.
- 16:43 L'obsession de la rentabilité, quitte à mettre en danger les stocks de thon.
- 16:49 On commence à en avoir assez dans notre filet sur les DCP.
- 16:53 Ça tombe bien, nous avons rendez-vous avec Yvon Riva, le représentant de la pêche industrielle thonière française.
- 17:00 Bonjour, vous allez bien ?
- 17:03 Merci d'être venu jusqu'à nous, c'est gentil.
- 17:07 Le bar de la marine, je vous en prie, allez-y monsieur.
- 17:09 Vous êtes notre invité.
- 17:11 Yvon Riva, c'est le président d'Hortongel.
- 17:14 Bah oui, tu prends du thon, tu prends du gel, ça donne Hortongel.
- 17:18 L'organisation professionnelle qui rassemble toute la flotte des bateaux congélateurs français.
- 17:23 En tout, 23 tonniers, 114 000 tonnes de thon pêchés,
- 17:29 plus d'un milliard d'euros par année,
- 17:32 plus d'un milliard d'euros par année,
- 17:35 plus d'un milliard d'euros par année,
- 17:38 114 000 tonnes de thon pêchés,
- 17:40 pour un chiffre d'affaires de 204 millions d'euros.
- 17:45 Le vieux loup de mer pèse dans le milieu de la pêche.
- 17:49 Non, je vais vous embêter, vous allez être obligés de vous asseoir sur la table, comme moi.
- 17:52 Sur la table ?
- 17:53 Ouais.
- 17:54 Eh oui, on est comme ça, on s'assoit sur les tables,
- 17:57 et on est tatillon sur le maquillage.
- 18:00 Excusez-moi monsieur, s'il y a des petits brillants, ça va être la lumière.
- 18:03 Non, tout le monde est prêt ?
- 18:06 Ok, interview monsieur Riva, première.
- 18:10 Les produits qui sont pêchés par les armateurs hors thon gel,
- 18:13 on les retrouve dans quels produits que nous consommateurs,
- 18:15 on achète, j'allais dire, presque tous les jours ?
- 18:18 Dans toutes les marques, je dirais, qui font de la conserve de thon,
- 18:21 Sopiquet bien entendu,
- 18:24 Petit Navire, et puis toutes les marques distributeurs,
- 18:28 c'est-à-dire la grande distribution à sa propre marque.
- 18:31 Donc si moi, consommatrice, je vais dans un supermarché acheter du thon en boîte,
- 18:34 en France, il y a de grandes chances pour que ce soit du thon
- 18:37 qui a été pêché par les armateurs d'hors thon gel.
- 18:40 Une partie, oui.
- 18:41 Une bonne partie ?
- 18:42 Une bonne partie, oui.
- 18:43 On est d'accord qu'hors thon gel est quand même un acteur important de la filière ?
- 18:47 Dans la filière, si vous voulez, si on prend à l'échelle européenne,
- 18:51 nous sommes les deuxièmes, les premiers étant les espagnols,
- 18:54 et nous, nous sommes les deuxièmes.
- 18:56 Si vous voulez bien, on va se concentrer sur l'océan Indien,
- 18:59 c'est une zone, j'imagine, que vous connaissez bien.
- 19:01 Quel pourcentage de captures ont été faites avec les DCP dans l'océan Indien ?
- 19:05 Est-ce que vous, vous avez une idée ?
- 19:08 C'est de l'ordre de 60% des captures qui sont faites sur DCP.
- 19:11 Aujourd'hui, vous dites ça à vous.
- 19:13 Parce que nous, on a un chiffre.
- 19:15 Donc ce chiffre, il vient de l'Institut de Recherche pour le Développement.
- 19:18 En 2005, dans l'océan Indien,
- 19:20 47% des captures françaises étaient faites grâce aux DCP.
- 19:24 En 2016, c'est 72%.
- 19:26 Vous voyez, le chiffre est ici.
- 19:28 Donc comment vous, vous commentez ces deux chiffres-là ?
- 19:31 Le commentaire est facile.
- 19:33 Je vous ai donné 60% qui était une estimation personnelle.
- 19:35 Vous voyez, c'est plus.
- 19:37 C'est plus que ça.
- 19:39 Il y a trop de DCP utilisés.
- 19:41 Mais vous ne dites pas plus que ça.
- 19:43 Il y a trop de DCP utilisés.
- 19:45 C'est un peu court puisque vous représentez la filière,
- 19:47 vous représentez les tonniers français.
- 19:49 Ce n'est pas si court que ça.
- 19:51 Nous, on s'est auto-limité.
- 19:53 C'est-à-dire qu'actuellement...
- 19:55 La preuve que non.
- 19:57 Pardonnez-moi, vous dites oui, on s'est auto-limité, etc.
- 19:59 Et qu'on passe de 47% de capture à 72% de capture
- 20:01 entre 2005 et 2016,
- 20:03 l'auto-limitation est mineure, pour le coup.
- 20:09 Je ne lis pas du tout ces chiffres-là
- 20:11 comme vous les lisez.
- 20:13 Je vous dis simplement
- 20:15 qu'on s'est auto-limité
- 20:17 sur le nombre de DCP.
- 20:19 Est-ce qu'il y a eu plus de capture ?
- 20:21 Est-ce que les rendements sur DCP ont été plus importants ?
- 20:23 C'est possible.
- 20:25 Mais le ton à le bas corps,
- 20:27 M. Riva, aujourd'hui,
- 20:29 il est déclaré en surpêche et en surexploitation.
- 20:31 Donc, ça veut dire que vous pêchez
- 20:33 sous DCP, notamment,
- 20:35 des albacores qui sont une espèce menacée.
- 20:37 On est bien d'accord avec ça ?
- 20:39 Elle n'est pas menacée,
- 20:41 elle est surexploitée.
- 20:43 A priori, à votre avis, quand on est surexploité,
- 20:45 déclaré en surpêche,
- 20:47 c'est qu'on n'est pas loin d'être menacé.
- 20:49 Ou alors, on joue avec les mots, de fait.
- 20:51 On ne joue pas avec les mots.
- 20:53 D'après le comité scientifique de la CTOI,
- 20:56 si ce quota d'albacore
- 20:58 est respecté,
- 21:00 le stock va se reconstituer.
- 21:02 D'accord. Moi, je vous montre
- 21:04 la moyenne des tons à albacore
- 21:06 pêchés sous DCP dans l'océan Indien
- 21:08 par les tonniers français.
- 21:10 C'est moins de 10 kg.
- 21:12 La courbe est là.
- 21:14 Je la rapproche pour que vous la voyiez bien.
- 21:16 Et là, elle est très claire.
- 21:18 Vous savez ce que c'est un ton de moins de 10 kg ?
- 21:20 C'est ce qu'on appelle
- 21:22 un ton juvénile.
- 21:24 C'est un poisson qui n'est pas arrivé à maturité sexuelle
- 21:26 et qui ne s'est pas reproduit.
- 21:28 Et donc, qu'est-ce que ça veut dire quand on pêche ça ?
- 21:30 C'est-à-dire des tons de moins de 10 kg.
- 21:32 On diminue la capacité de reproduction
- 21:34 de l'espèce.
- 21:36 On est d'accord.
- 21:38 Vous amputez la ressource, de fait,
- 21:40 puisque ces poissons ne vont jamais se reproduire.
- 21:42 Je n'ai pas d'argument contre ça.
- 21:44 C'est une vérité.
- 21:46 Elle est scientifique. Elle était établie.
- 21:48 D'accord. Donc, vous pêchez
- 21:50 des poissons de 10 kg, juvéniles,
- 21:52 et ils ne se sont pas reproduits
- 21:54 sur une espèce qui est en surpêche
- 21:56 et en surexploitation.
- 21:58 C'est le constat que vous pouvez faire.
- 22:00 C'est le constat que vous faites aussi ?
- 22:02 C'est un constat qu'on regrette,
- 22:04 mais c'est la vérité.
- 22:06 Il n'y a pas de quoi la nier.
- 22:08 On vous laisse un instant,
- 22:10 M. Riva, car on a fait
- 22:12 une autre découverte.
- 22:14 Le problème
- 22:16 de cette pêche au ton,
- 22:18 c'est qu'on ne pêche pas que du ton.
- 22:21 L'eau qu'on récupère
- 22:23 attire les autres espèces de poissons.
- 22:25 Et quand les filets remontent,
- 22:27 tout remonte.
- 22:29 Pour le voir,
- 22:31 il faut embarquer à bord des bateaux.
- 22:33 Et ça, c'est mission impossible.
- 22:37 Mais, en se baladant
- 22:39 sur le port de Victoria,
- 22:41 nous avons fait une heureuse trouvaille.
- 22:43 En fouillant dans les cordages
- 22:45 d'un bateau,
- 22:47 on est tombés sur une carte vidéo.
- 22:49 Dingue, non ?
- 22:51 On vous l'assure, ça s'est vraiment passé comme ça.
- 22:53 Une enquête,
- 22:55 c'est simple comme un coup de pêche.
- 23:01 Ces vidéos ont été tournées
- 23:03 récemment sur un tonnier français.
- 23:05 Des images inédites.
- 23:07 Car cette pêche en haute mer
- 23:09 se passe bien souvent loin des côtes,
- 23:11 loin des regards.
- 23:13 D'abord,
- 23:15 les pêcheurs vont encercler leur proie
- 23:17 avec ce que l'on appelle
- 23:19 la seine.
- 23:21 Un énorme filet qui ramasse
- 23:23 tout sans distinction.
- 23:25 Les thons et les autres poissons
- 23:27 se débattent.
- 23:29 La mer devient rouge sang.
- 23:33 Avec cette grande épuisette,
- 23:35 une salle à bardes,
- 23:37 toute la pêche est remontée
- 23:39 sur le pont.
- 23:43 Henri
- 23:45 a travaillé
- 23:47 sur ces tonniers.
- 23:49 A maintes reprises,
- 23:51 il a assisté à ces captures
- 23:53 à grande échelle.
- 23:57 La salle à bardes,
- 23:59 on a à peu près 5 tonnes de poissons
- 24:01 tous confondus.
- 24:03 Il y a un tri qui est fait
- 24:05 sur le pont de manœuvre arrière
- 24:07 qui est fait par l'équipage.
- 24:09 On va trouver toutes les espèces.
- 24:12 On trouvera de tout.
- 24:16 Ici, ce sont des requins soyeux,
- 24:18 une espèce particulièrement vulnérable
- 24:20 qui viennent d'être pêchée.
- 24:22 Ils n'ont pas le temps
- 24:24 de s'en occuper.
- 24:26 De toute façon,
- 24:28 toutes les espèces qui ne les intéressent pas
- 24:30 sont mises sur le pont
- 24:32 d'un certain côté
- 24:34 et ils s'en occupent
- 24:36 une fois que la seine est remontée.
- 24:38 C'est trop tard.
- 24:40 Les poissons sont morts
- 24:42 parce que même s'ils sont
- 24:44 un semblant vivant,
- 24:46 on voit bien que quand ils sont remis à l'eau,
- 24:48 ils se mettent sur le dos
- 24:50 et de toute façon,
- 24:52 le poisson va mourir.
- 25:00 Le gaspillage de la ressource
- 25:02 se poursuit dans les cales.
- 25:04 Les marins trient le poisson.
- 25:06 Le thon est envoyé directement vers les cuves.
- 25:08 Les autres espèces sont rejetées
- 25:10 à la mer, parfois vivantes,
- 25:12 très souvent mortes.
- 25:18 C'est un véritable gâchis.
- 25:20 On est en train de massacrer
- 25:22 tout ce système
- 25:24 pour qu'effectivement des compagnies
- 25:26 puissent pêcher, pêcher, pêcher, pêcher
- 25:28 avec un seul but, financier.
- 25:30 Donc, aucun respect
- 25:32 de la nature, aucun respect
- 25:34 de l'océan.
- 25:37 On vous a gardé une dernière vidéo
- 25:39 pour la route.
- 25:41 Quand les cuves sont quasi pleines,
- 25:43 le thonier va quand même pêcher
- 25:45 une dernière fois,
- 25:47 histoire d'être rempli à bloc.
- 25:49 Ben oui, rappelons-le,
- 25:51 la pêche industrielle doit être rentable.
- 25:53 Et que fait-on du reste ?
- 25:55 Eh bien, on le relargue.
- 25:57 Cette pratique est tout à fait légale.
- 25:59 Tant pis si une grande partie
- 26:01 des thons rejetés sont morts.
- 26:06 L'un des premiers scientifiques
- 26:08 à avoir alerté sur les dangers
- 26:10 des DCP,
- 26:12 c'est Alain Fontenot,
- 26:14 l'un des plus grands spécialistes
- 26:16 de la pêche thonière.
- 26:18 Pour lui,
- 26:20 le DCP serait un piège écologique
- 26:22 pour les thons
- 26:24 et une menace pour d'autres espèces.
- 26:28 Il y a deux espèces de requins
- 26:30 qui sont particulièrement
- 26:32 abondantes sur les DCP
- 26:34 et qui sont particulièrement fragiles.
- 26:36 Ce sont des requins
- 26:38 qui sont vite mis en danger.
- 26:40 Il n'y a pas beaucoup de solutions,
- 26:42 là aussi, à part de réduire
- 26:44 le nombre de captures sur DCP.
- 26:46 Et en quoi ça peut être un problème
- 26:48 de tuer trop de requins soyeux ?
- 26:50 On peut éliminer les espèces.
- 26:52 On pourrait éliminer le requin soyeux ?
- 26:54 On peut éliminer, oui.
- 26:56 Éliminer une espèce marine
- 26:58 à cause des conserves de thon,
- 27:00 c'est quand même bien dommage, non ?
- 27:04 Heureusement,
- 27:06 la communauté internationale va réagir.
- 27:08 La Commission du Thon
- 27:10 de l'Océan Indien,
- 27:12 la CTOI,
- 27:14 décide de prendre le problème à bras-le-corps.
- 27:16 Cette commission rassemble
- 27:18 tous les États qui pêchent dans la zone.
- 27:22 Entre deux danses balinaises,
- 27:24 ils vont décider de diminuer
- 27:26 les captures de thon albacore de 15%.
- 27:28 Et surtout,
- 27:30 ils vont réduire le nombre
- 27:32 de requins décépés par bateau.
- 27:36 Ce sera 350,
- 27:38 et pas un de plus.
- 27:40 Ouf !
- 27:42 Bébé Tuna et ses copains sont sauvés.
- 27:46 Évidemment, l'histoire est un peu trop belle.
- 27:54 Au Seychelles,
- 27:56 sur le thonier breton,
- 27:58 nous allons découvrir qu'il y a une subtilité
- 28:00 sur ces limitations de décépés.
- 28:04 Donc là,
- 28:06 ce sont les décépés
- 28:08 qui seront mis à l'eau
- 28:10 lors de la prochaine marée.
- 28:12 Pascal Bach, le scientifique,
- 28:14 nous éclaire sur la réglementation
- 28:16 mise en place par la Commission du Thon
- 28:18 de l'Océan Indien, la CTOI.
- 28:20 Voici la circulaire.
- 28:22 La limite est bien de
- 28:24 350 décépés,
- 28:26 mais actif.
- 28:28 Écoutez bien la suite.
- 28:30 On limite le nombre de décépés par bateau
- 28:32 à 350 actifs.
- 28:34 Sachant que ce même bateau
- 28:36 peut avoir
- 28:38 350 autres
- 28:40 décépés à l'eau
- 28:42 équipés de bouées, mais qui ne seront
- 28:44 non actives.
- 28:46 Donc c'est 350 bouées en activité
- 28:48 en même temps.
- 28:50 Et c'est reparti pour Master Thon.
- 28:52 Imaginez un thonier.
- 28:54 Il pêche dans l'océan indien.
- 28:56 Il va activer les 350 décépés
- 28:58 de sa zone.
- 29:00 En réalité, il en a 350 autres.
- 29:02 Mais comme il n'en a pas besoin
- 29:04 à ce moment-là,
- 29:06 il les désactive.
- 29:10 Mais en réalité,
- 29:12 il peut y en avoir jusqu'à 700.
- 29:14 Après, on active,
- 29:16 on désactive.
- 29:18 En fonction de la zone où on est.
- 29:20 De mon point de vue, je pense que c'est un nombre
- 29:22 qui est très important.
- 29:24 Les limitations imposées par la commission
- 29:26 du thon de l'océan indien
- 29:28 sont loin d'être une réelle restriction
- 29:30 pour les navires français.
- 29:32 Il n'y a qu'à regarder ce rapport.
- 29:34 Chaque état déclare
- 29:36 le nombre de décépés qu'il utilise par bateau.
- 29:38 En 2016,
- 29:40 les flottes françaises
- 29:42 en déclarent 200.
- 29:44 Ok.
- 29:46 Si on résume,
- 29:48 les thoniers français utilisaient jusqu'à présent
- 29:50 200 décépés.
- 29:52 Ils peuvent maintenant en utiliser 350
- 29:54 multipliés par 2,
- 29:56 ça fait donc 700.
- 29:58 C'est ce qu'on appelle une sacrée limitation.
- 30:04 Et ces décépés, une fois à l'eau,
- 30:06 que deviennent-ils ?
- 30:08 Eh bien, ils voyagent.
- 30:10 Ils voyagent parfois très,
- 30:12 très loin.
- 30:16 Alain Fonteneau
- 30:18 nous présente une étude sur la dérive
- 30:20 française et espagnole
- 30:22 dans l'océan indien.
- 30:24 Toute la zone en rouge et en rose
- 30:26 indique les lieux
- 30:28 où ils ont pu être observés ou géolocalisés
- 30:30 entre 2007 et 2013.
- 30:34 On voit bien que les décépés
- 30:36 sont posés exclusivement dans la zone de pêche,
- 30:38 c'est-à-dire très près de Somalie,
- 30:40 dans le canal du Mozambique.
- 30:42 Après quelques mois,
- 30:44 ils dispersent partout.
- 30:46 Ils atteignent l'Indonésie ou le Sri Lanka.
- 30:48 C'est comme des objets abandonnés
- 30:50 qui dérivent sur l'océan.
- 31:00 Il y a des dizaines
- 31:02 de milliers de décépés perdus.
- 31:04 Il y a un problème de pollution
- 31:06 qui est majeur.
- 31:08 Les décépés
- 31:10 ne sont pas du tout biodégradables.
- 31:12 Il faut compter des milliers d'années
- 31:14 avant qu'ils disparaissent.
- 31:16 Est-ce qu'on n'est pas en train
- 31:18 de transformer l'océan en poubelle,
- 31:20 en particulier dans les récifs coralliens ?
- 31:22 On ne peut même plus les retirer physiquement.
- 31:24 Quand il y a un décépé pris dans un récif corallien,
- 31:26 il est inaccessible.
- 31:28 Il faudra avoir un hélicoptère
- 31:30 et arracher le récif corallien.
- 31:32 Ça peut avoir un impact réel sur les récifs coralliens.
- 31:34 Oui, un impact catastrophique et visible.
- 31:40 À ce stade,
- 31:42 on a de nouvelles questions
- 31:44 avec Alain Fontenot,
- 31:46 le représentant de la pêche industrielle tonnière française.
- 31:48 Dans la pêche sous décépés,
- 31:50 il y a un autre problème.
- 31:52 Ça s'appelle la pêche accessoire.
- 31:54 Qu'est-ce que c'est, la pêche accessoire ?
- 31:56 C'est la capture de poissons
- 31:58 qui ne sont pas ciblés.
- 32:00 C'est des poissons
- 32:02 qui ne sont pas du ton.
- 32:04 Est-ce que vous connaissez Alain Fontenot ?
- 32:06 Oui.
- 32:08 Qu'est-ce que vous diriez de cet homme ?
- 32:10 C'est sûrement le plus grand spécialiste
- 32:12 de la pêche sous décépés.
- 32:14 Vous me direz ce que vous en pensez.
- 32:16 Il y a deux espèces de requins
- 32:18 qui sont particulièrement abondantes
- 32:20 sous les décépés
- 32:22 et qui sont particulièrement fragiles.
- 32:24 Généralement,
- 32:26 on les remet à la mer.
- 32:28 Mais même quand ils paraissent vivants,
- 32:30 la plupart du temps, ils sont morts.
- 32:32 Un commentaire ?
- 32:34 Il n'y a pas d'autre moyen
- 32:36 pour éviter ça.
- 32:38 Tout ce qu'on fait,
- 32:40 c'est de les remettre à l'eau vivante.
- 32:42 Vous avez vu que le coefficient de survie
- 32:44 de certaines espèces entre les requins
- 32:46 est relativement faible.
- 32:48 Oui, c'est ce qu'il dit.
- 32:50 La plupart des poissons ne survivent pas.
- 32:52 Ils meurent après.
- 32:54 Y compris sur des espèces
- 32:56 protégées ou quasiment menacées
- 32:58 comme les requins.
- 33:00 Je n'ai pas d'autre réponse.
- 33:02 Vous ne vous sentez pas à l'aise ?
- 33:04 C'est ce que j'appellerais
- 33:06 un dommage collatéral.
- 33:08 Un dommage collatéral ?
- 33:10 Exactement.
- 33:12 On essaie avec un protocole
- 33:14 qui a été mis en place
- 33:16 de remettre les requins à l'eau
- 33:18 si possible vivants.
- 33:20 Vous avez rédigé un guide.
- 33:22 Ce guide, c'est celui-là.
- 33:24 Dans ce guide,
- 33:26 vous dites très clairement
- 33:28 comment...
- 33:30 Ce qu'il faut éviter de faire
- 33:32 avec un requin,
- 33:34 ne pas l'attraper par la queue,
- 33:36 par le nez,
- 33:38 ne pas exposer l'animal au soleil.
- 33:40 C'est toutes ces recommandations
- 33:42 que vous donnez.
- 33:44 Est-ce que vous avez le sentiment
- 33:46 que ces recommandations sont respectées
- 33:48 sur les bateaux ?
- 33:50 Je l'espère, en tout cas.
- 33:52 On les martèle
- 33:54 le plus souvent possible.
- 33:56 Vous l'espérez, mais vous n'en êtes pas sûr.
- 33:58 Je vous rappelle que c'est quand même
- 34:00 plus du domaine de l'armement
- 34:02 que de l'organisation professionnelle.
- 34:04 Après la discipline sur le bateau,
- 34:06 ça part du commandant.
- 34:08 Au-dessus du commandant, il y a l'armateur.
- 34:10 Je vous montre des photos qui ont été prises
- 34:12 très récemment
- 34:14 sur un tonnier français dans l'océan Indien.
- 34:16 Vous voyez très bien
- 34:18 le requin tiré par la queue ici.
- 34:20 Là, ici, même chose.
- 34:22 Ça va, mais exactement
- 34:24 à l'encontre des recommandations
- 34:26 que vous donnez.
- 34:28 Ça a été pris très récemment, ces photos-là.
- 34:30 Une réaction ?
- 34:32 Tout ce que je peux vous dire, c'est que je le regrette.
- 34:34 Ça ne l'aurait pas.
- 34:36 Parce que là, le requin, il n'a plus aucune chance.
- 34:38 On est d'accord ?
- 34:40 Il sera sûrement
- 34:42 abîmé.
- 34:44 Ça veut dire que ces requins-là, ils n'ont aucune chance.
- 34:46 Ces deux-là, ils risquent sûrement d'être morts
- 34:48 quand ils seront...
- 34:50 Ils n'ont aucune chance.
- 34:52 Photo suivante, on regarde ensemble.
- 34:54 Pris sur un tonnier français, là, très récemment,
- 34:56 qu'est-ce qu'on voit ?
- 34:58 Des espadons ligotés par un câble.
- 35:00 Même chose.
- 35:02 Même effet.
- 35:04 Même réponse, je le regrette.
- 35:06 Ça n'aurait pas.
- 35:08 Revenons sur la pêche au DCP.
- 35:10 Je voudrais vous montrer cette carte.
- 35:12 C'est très impressionnant parce que
- 35:14 chaque croix rouge, là,
- 35:16 représente un DCP détecté
- 35:18 en visuel et en rose
- 35:20 tout autour. Là, on voit que c'est très important.
- 35:22 C'est la dérive
- 35:24 entre 2007 et 2013
- 35:26 des DCP dans tout
- 35:28 l'océan Indien.
- 35:30 Un commentaire ?
- 35:32 Il y en a trop. Je vous dis, il y en a beaucoup trop.
- 35:34 La question, elle est simple. Est-ce que vous n'êtes pas en train de polluer
- 35:36 tout l'océan Indien avec vos DCP ?
- 35:38 Attendez, la question, on a dit tout à l'heure
- 35:40 qu'il y avait trop de DCP. Ça, je le maintiens,
- 35:42 cette position. D'accord. Est-ce que vous n'êtes pas en train
- 35:44 de polluer tout l'océan Indien avec vos DCP ?
- 35:46 Je repose ma question.
- 35:48 Non. Non.
- 35:50 Non.
- 35:52 Pourquoi ce n'est pas vous qui les ramassez, ces DCP ?
- 35:54 Parce qu'on n'a pas
- 35:56 les moyens, si vous voulez, de les ramasser.
- 35:58 Nos moyens sont mobilisés sur la pêche
- 36:00 et qu'on n'a personne qui fait le tour
- 36:02 des îles avec un bateau pour ramasser
- 36:04 les DCP. Est-ce que vous ne devriez pas
- 36:06 le faire ?
- 36:08 Ça n'a pas été
- 36:10 dans les objectifs,
- 36:12 en tout cas, pour l'instant.
- 36:18 Et non.
- 36:20 Pollution,
- 36:22 espèces menacées,
- 36:24 pêchés avant même qu'ils ne se soient reproduits,
- 36:26 cette pêche tonnière
- 36:28 n'aurait rien de très durable,
- 36:30 de très écologique.
Le reportage de Cash Investigation, intitulé "Comment les industriels de la pêche au thon menacent nos océans", expose les pratiques destructrices de la pêche industrielle au thon, principalement menée par les flottes françaises et espagnoles dans l'océan Indien. L'enquête débute en France, soulignant la consommation massive de thon en conserve, avant de déconstruire l'image idyllique de la pêche artisanale pour révéler l'ampleur des opérations des thoniers-usines.Le cœur du problème se situe dans l'océan Indien, où le thon albacore est déclaré surexploité et en surpêche. L'équipe se rend aux Seychelles, un centre névralgique de la transformation du thon, pour observer les usines de conserve et les navires géants. À bord du thonier français "Avelvade", le commandant révèle des captures de 1700 tonnes en deux mois. Des scientifiques à bord confirment qu'une part significative de ces prises est constituée de thons albacores juvéniles, n'ayant pas encore atteint la maturité sexuelle, ce qui compromet gravement la reproduction de l'espèce.La méthode incriminée est l'utilisation massive des Dispositifs de Concentration de Poissons (DCPs). Ces radeaux flottants attirent d'énormes bancs de thons, en particulier les jeunes, les rendant vulnérables aux immenses filets. En 2017, 78% des captures françaises de thon ont été réalisées grâce aux DCPs. Un ancien marin de navire de soutien, chargé de déployer des centaines de DCPs, qualifie cette pratique de "carnage", dénonçant le vidage des océans et la capture de poissons de plus en plus petits.L'enquête confronte Yvon Riva, président d'Hortongel, l'organisation professionnelle de la pêche thonière industrielle française. Bien qu'il reconnaisse la surexploitation du thon albacore et la capture de juvéniles, il minimise la responsabilité de l'industrie et l'ampleur de l'utilisation des DCPs, malgré les données scientifiques. Il qualifie les prises accessoires de "dommages collatéraux".Des images inédites, obtenues par caméra cachée sur un thonier français, montrent la capture indiscriminée de diverses espèces marines, y compris des requins soyeux vulnérables, souvent rejetés morts. Le gaspillage est également mis en lumière par la pratique légale de rejeter des thons morts lorsque les cales sont pleines. Le reportage dénonce également l'inefficacité des régulations internationales de la Commission du Thon de l'Océan Indien (CTOI). Malgré une limite de 350 DCPs actifs par bateau, les navires peuvent en transporter et en activer/désactiver des centaines d'autres, contournant ainsi la restriction. Enfin, le documentaire aborde la grave pollution marine causée par des dizaines de milliers de DCPs perdus, non biodégradables, qui dérivent et endommagent les récifs coralliens, transformant l'océan en une "poubelle". Le reportage conclut en remettant en question la durabilité et l'éthique d'une industrie guidée par la seule rentabilité financière.
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