Cannabis, la multinationale du blanchiment (intégrale) - Cash investigation
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Cash Investigation révèle les circuits étonnants du blanchiment d'argent issu du trafic de cannabis, de la France à Dubaï en passant par le Maroc et la Belgique, impliquant des collecteurs, des banquiers occultes et même un cabinet d'audit mondial.
- 0:00 Bonjour, vous allez bien ? Je suis ravie de vous accueillir, Capitaine, merci beaucoup.
- 0:09 Merci de me recevoir. Vous allez nous raconter des histoires incroyables, non ?
- 0:12 Allez, écoutez, ouais. Ouais, je crois, hein.
- 0:14 Bonsoir et bienvenue dans le monde merveilleux du blanchiment.
- 0:44 Cet argent occulte qui échappe à l'impôt.
- 0:47 Ce soir, Cache Investigation a enquêté sur les banquiers du cannabis.
- 0:50 Ils gèrent un des marchés les plus secrets, mais aussi l'un des plus juteux au monde.
- 0:55 Les sommes en jeu sont énormes.
- 0:57 Plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires chaque année, rien qu'en France.
- 1:01 Et ce milliard, les trafiquants doivent justement le blanchir,
- 1:05 le rendre indécelable pour pouvoir le réinvestir dans des entreprises qui ont pignon sur rue.
- 1:11 Comment font-ils pour échapper à tous les contrôles ?
- 1:14 Nous avons découvert des circuits étonnants très organisés
- 1:17 qui vont de la France à Dubaï en passant par le Maroc ou la Belgique.
- 1:22 Cannabis, la multinationale du blanchiment, c'est une enquête de Nicolas Vescovacci.
- 1:28 Oh là là, mais pardon, mais vous pourriez arrêter de fumer votre truc, là ?
- 1:42 Euh, quoi ?
- 1:43 Je sais pas si vous savez, mais votre machin, là, ça alimente un énorme business.
- 1:49 Ah ouais, ouais, c'est stupéfiant, parce que c'est que du cash.
- 1:54 L'argent du cannabis, d'après vous, ils en font quoi, les trafiquants ?
- 1:59 Du papier peint ?
- 2:01 Eh ben non, ils ont des combines.
- 2:04 Leurs billets, ils les blanchissent.
- 2:06 Et croyez-moi, c'est pas une mince affaire.
- 2:12 Chaque année, il y en a pour un milliard d'euros de chiffre d'affaires et pas un centime d'impôt.
- 2:24 L'histoire commence dans la rue.
- 2:27 T'as deux ?
- 2:28 Un 50, s'il te plaît.
- 2:29 Au pied des immeubles.
- 2:32 Le cannabis, c'est tous les jours, partout en France, 700 000 fumeurs quotidiens.
- 2:40 OK, vas-y, salut.
- 2:42 Avec des trafiquants qui ne connaissent pas la crise.
- 2:46 Au meilleur de ma forme, je pourrais ramener jusqu'à deux tonnes par mois.
- 2:51 C'est que ça en rapporte du cash.
- 2:53 Tout ça en petites coupures.
- 2:56 C'est un monde secret.
- 2:58 On ne parle pas, on ne dit pas ce qu'on fait.
- 3:00 Dans ce monde secret, l'argent est collecté par deux petites mains.
- 3:06 Il est blanchi par des banquiers occultes pour le compte de trafiquants.
- 3:12 On a l'impression que ce sont les effectifs d'une PME pour les bénéfices d'une multinationale, en fait.
- 3:17 C'est vrai, parce qu'ils travaillent dans un secteur très profitable.
- 3:21 Blanchiment, action de dissimuler la provenance d'argent acquis de manière illégale.
- 3:28 Pour percer les secrets d'un réseau international, on a dû changer d'identité.
- 3:34 C'est comme ça que nous avons pisté l'argent sale.
- 3:40 Au Maroc, on est parti à la recherche de la tête du réseau.
- 3:46 C'est blanchisseur du point de vue de la loi.
- 3:48 Une sorte de trader de l'underground.
- 3:53 Notre enquête nous a conduits en Belgique, où l'argent de la drogue est transformé en or.
- 4:02 On vient chaque fois pour acheter des pièces.
- 4:05 On y va d'un coup, et on y va d'un autre.
- 4:10 Ces lingots d'or, vous pensez bien, on les a suivis jusqu'à Dubaï.
- 4:16 Des fournisseurs entrent avec des valises pleines d'or,
- 4:21 et ressortent avec des valises pleines de cash.
- 4:25 Des centaines de millions d'euros en cash sont blanchis, réinvestis dans l'économie, notamment en France.
- 4:33 Cet argent est réintroduit dans l'économie légale.
- 4:36 Le but du jeu, c'est de pouvoir précisément l'utiliser.
- 4:39 Pour que le système fonctionne, certains acteurs financiers auraient fermé les yeux.
- 4:45 De mon point de vue, ce qu'a fait Ernst & Young est immoral, non professionnel et illégal.
- 4:54 Ce soir, on vous propose une partie de Cash Cash avec ces barons noirs de la finance,
- 5:00 trafiquants et blanchisseurs d'argent.
- 5:02 Allez, éteignez votre truc et installez-vous confortablement.
- 5:07 C'est l'une des petites mains du trafic de drogue, dont vous n'avez jamais entendu parler.
- 5:13 Pendant près de deux ans, cet homme a récupéré des millions d'euros pour un réseau de blanchiment.
- 5:20 Ce n'était ni un dealer, ni un revendeur, pas même un livreur.
- 5:25 Son job à lui, c'était collecteur.
- 5:29 Un jour, j'ai reçu un coup de fil de quelqu'un que je connais, un ami.
- 5:33 Il a dit qu'il avait besoin de moi.
- 5:35 J'ai dit ok, bon...
- 5:42 Donc deux semaines plus tard, il arrive, il m'appelle.
- 5:44 Donc on se rencontre dans un café.
- 5:47 Donc il m'explique un peu ce qu'il fait.
- 5:49 Et puis il m'a proposé d'aller dans un café.
- 5:52 Je suis allé dans un café.
- 5:54 Donc il m'explique un peu ce qu'il fait.
- 5:57 Puis il me propose de travailler avec eux.
- 6:01 Pour faire la collecte d'argent.
- 6:04 J'ai réfléchi un peu.
- 6:06 Comme j'avais des projets, j'avais besoin d'un peu d'argent, d'équité.
- 6:09 Et que ça ne me semblait pas trop illégal.
- 6:12 Et voilà, c'était un petit blanchiment.
- 6:15 Donc j'ai accepté.
- 6:18 En 2013, l'homme intègre un réseau de blanchiments pour collecter l'argent de la drogue.
- 6:25 Il accepte de nous révéler les secrets de ces virés nocturnes.
- 6:30 Ça se passe souvent aux portes de Paris.
- 6:34 Alors là, on arrive à l'endroit où plusieurs remises ont été effectuées.
- 6:40 Ici, à la station totale.
- 6:44 On venait, on se mettait ici.
- 6:47 À cet endroit-là.
- 6:49 On se garait comme ça.
- 6:55 Ici, je viens chercher de l'argent.
- 6:58 C'est des gens que vous connaissez qui vous remettent de l'argent ?
- 7:01 Non, on ne connaît pas.
- 7:03 On ne sait pas qui c'est.
- 7:05 C'est des gens qui nous appellent.
- 7:07 On se donne rendez-vous.
- 7:09 Puis on vient.
- 7:11 C'est pour ça que je vous ai ramené ici.
- 7:14 Une fois, il arrive avec son sac.
- 7:16 Quel genre de sac ?
- 7:18 Un sac plastique qu'on peut trouver en commerce.
- 7:21 Un sac plastique aussi banal que ça ?
- 7:23 Là, par exemple, ce sac peut contenir 50 000 euros.
- 7:26 D'accord.
- 7:27 Quand vous veniez chercher des grosses sommes, c'était dans quel genre de... ?
- 7:30 C'était pareil. Soit c'était des valises ou des sacs sports.
- 7:33 Comme ça, en pleine rue ?
- 7:35 Voilà, en pleine rue.
- 7:37 Le genre de somme en moyenne que vous veniez chercher, c'était combien ?
- 7:39 C'était entre 150 et 500, 600 millions d'euros.
- 7:43 C'était 3 ou 4 fois par semaine.
- 7:45 C'est une collecte quasi industrielle.
- 7:47 Voilà, si on peut dire ça comme ça.
- 7:49 C'est super.
- 7:51 D'accord. Un simple collecteur.
- 7:54 Des gros volumes de cash.
- 7:57 Mais alors, combien a-t-il pu récolter ?
- 8:02 Selon lui, plus de 20 millions d'euros en petites coupures.
- 8:09 Il y a plus fort.
- 8:14 L'homme dispose du véhicule idéal pour circuler et éviter tous les problèmes.
- 8:21 Ah bah non, non, quand même pas. Trop voyant.
- 8:29 C'est un moyen de transport beaucoup plus discret.
- 8:39 Eh oui, une ambulance.
- 8:41 Ah si, si, une vraie.
- 8:43 Avec son gyrophare et sa sirène bitonnale.
- 8:54 Plutôt pratique pour traverser Paris avec un sac de 500 000 euros et ne pas se faire repérer par la police.
- 9:01 L'ambulance, on peut en voir partout sur Paris.
- 9:04 Ça passe mieux.
- 9:06 Ça passe d'autant plus facilement que ce collecteur est vraiment ambulancier.
- 9:14 De nuit, comme de jour, mais surtout de nuit.
- 9:22 Ce petit manège va tourner sans un microche pendant plus d'un an.
- 9:27 Entre 2013 et 2014, Paris est à lui.
- 9:31 Une valse de sacs.
- 9:34 Des centaines de milliers d'euros à chaque fois transportés à la barbe de la police dans une ambulance.
- 9:41 Jusqu'au jour où...
- 9:44 Bonjour, vous allez bien ?
- 9:45 Bonjour.
- 9:46 Je suis ravie de vous accueillir, capitaine. Merci beaucoup.
- 9:48 Merci de me recevoir.
- 9:50 Jusqu'au jour où cet homme va se faire repérer.
- 9:55 Jusqu'au jour où cet homme entre en scène.
- 9:58 Je vais vous raconter des histoires incroyables.
- 10:00 Oui, écoutez.
- 10:01 Je crois.
- 10:02 Allez-y, asseyez-vous.
- 10:04 On va vous maquiller.
- 10:13 Voici Quentin Meug, capitaine de police.
- 10:16 L'une des fines lames françaises de la lutte contre le crime organisé.
- 10:21 C'est lui et son équipe qui ont fait tomber le réseau de blanchiments qui nous intéresse.
- 10:27 Asseyez-vous ici.
- 10:31 Le capitaine Meug s'exprime pour la première fois.
- 10:36 Il nous raconte comment opéraient les collecteurs.
- 10:41 Au tout début de la chaîne, il y a des clients qui vont payer à des dealers du cannabis en cash.
- 10:47 Qui va prendre le cash ? Ce sont des collecteurs, c'est ça ?
- 10:51 Ce sont des collecteurs qui travaillent pour le compte d'un superviseur qui, lui, bien souvent, se trouve à l'étranger.
- 10:58 Et les collecteurs, ils sont en France ?
- 11:00 Les collecteurs sont en France.
- 11:01 C'est qui ?
- 11:02 Véritablement, il n'y a pas de profil.
- 11:04 Dans ces dossiers, on a vu des gens qui venaient de la communauté indienne.
- 11:10 Il y avait également beaucoup de jeunes Marocains.
- 11:13 Il y a eu un jeune homme qui était un collecteur important.
- 11:16 Puisqu'il a collecté en moins d'un an plus de 121 millions d'euros en cash.
- 11:20 Qui, lui, était un étudiant.
- 11:22 Un étudiant ?
- 11:23 Un étudiant, oui.
- 11:24 Tout ce qu'on leur demande, en réalité, c'est d'être prudent et de transporter les fonds d'un point A à un point B.
- 11:29 Ça ramène quand même beaucoup d'argent aux gens qui les dirigent, ces systèmes-là, ces réseaux.
- 11:36 Et donc, dans ce cadre-là, la réputation est absolument essentielle.
- 11:41 Une réputation impeccable.
- 11:44 Un profil au-dessus de tout soupçon.
- 11:47 Comme un ambulancier, en fait.
- 11:51 En mettant sur écoute téléphonique les trafiquants, les enquêteurs vont réussir à l'identifier.
- 11:57 Tu viens par où ?
- 11:58 La Porte d'Italie, c'est bon ?
- 11:59 Pas de souci. Je suis là dans un quart d'heure.
- 12:03 À chaque collecte de cash, l'ambulancier utilise un langage codé pour communiquer avec son superviseur.
- 12:11 Chef, t'as vu la voiture ?
- 12:13 Oui, je l'ai vue.
- 12:14 Y a combien au compteur ?
- 12:15 Elle a 65 000 kilomètres.
- 12:17 OK, à tout à l'heure.
- 12:19 J'ai vu le gars. Il m'a donné le titre. Il a un terrain qui fait 310 mètres.
- 12:23 Combien ?
- 12:24 310 mètres.
- 12:25 OK, d'accord. À bientôt.
- 12:28 Vous l'avez compris, 65 000 kilomètres, c'est 65 000 euros.
- 12:35 310 mètres, 310 000 euros.
- 12:41 Désormais, quand un mug sait qu'il a affaire à un gros poisson de la collecte, il met en place un dispositif de filature.
- 12:51 Voici l'ambulance, la vraie, traquée par une caméra de surveillance.
- 12:58 Pour obtenir des preuves en béton, le capitaine repère la planque de l'ambulancier.
- 13:05 Puis il dissimule une petite caméra espion.
- 13:08 Le piège va fonctionner.
- 13:12 Voilà l'ambulancier revenant de tourner sa calame.
- 13:15 Son outil de travail est sur la table, une compteuse à billets.
- 13:21 Et c'est parti pour une nuit de boulot.
- 13:24 Compter, trier, recompter, conditionner.
- 13:28 L'Elias s'empile.
- 13:34 Pour cette tâche, le collecteur prend une petite commission, à peine 0,3 euro.
- 13:41 Sur 20 millions, cela fait 60 000 euros.
- 13:47 Tout ça pour une seule petite main du réseau, qui opère dans toute la France.
- 13:55 Est-ce que vous avez une idée du nombre de personnes qui travaillaient pour ce réseau ?
- 14:00 Pour le réseau de collecte à proprement parler, on a identifié 4 groupes de collecteurs.
- 14:05 C'est là qu'on a compris qu'on avait affaire à des gens qui proposaient un service de blanchiment.
- 14:09 Et c'est ce qui rend ces enquêtes si profitables.
- 14:12 En travaillant sur un collecteur, vous allez pouvoir suivre les fonds du trafic sur lequel vous enquêtez.
- 14:19 Mais si vous continuez à le surveiller après qu'il ait transporté son argent, il va y avoir d'autres clients.
- 14:24 Et vous allez découvrir un autre trafic.
- 14:26 Et c'est ce qu'on appelle le boulot.
- 14:29 La plupart d'entre eux avaient des cartes d'abonnement SNCF et ils circulaient beaucoup en train.
- 14:33 Donc ça veut dire qu'ils allaient collecter beaucoup d'argent ailleurs.
- 14:36 Est-ce qu'on connaît les montants d'argent récoltés uniquement avec ce réseau de trafic de cannabis ?
- 14:42 Est-ce que vous avez une idée précise là-dessus ?
- 14:44 C'est toute la problématique de ces réseaux.
- 14:46 C'est qu'en réalité, il n'y a pas d'argent récolté.
- 14:48 Il n'y a pas d'argent récolté.
- 14:50 Il n'y a pas d'argent récolté.
- 14:52 Il n'y a pas d'argent récolté.
- 14:54 Est-ce que vous avez une idée précise là-dessus ?
- 14:56 C'est toute la problématique de ces réseaux.
- 14:58 C'est qu'en réalité, le trafic de stupéfiants se fait rarement par chèque ou carte bancaire.
- 15:02 Et donc c'est de l'argent liquide qui circule.
- 15:05 On a des documents qui permettent d'attester qu'environ 250 millions d'euros ont transité par l'ordre.
- 15:10 250 millions d'euros ?
- 15:12 Donc c'est des sommes qui sont très importantes.
- 15:14 C'est l'estimation masse.
- 15:15 Et qui sont complètement masquées, qui sont souterraines.
- 15:17 Oui, car c'est du cash.
- 15:19 Ah ben ça c'est sûr, c'est du liquide.
- 15:22 Par dizaines, par centaines de millions.
- 15:25 L'argent des trafiquants de drogue.
- 15:29 Et là vous vous dites, à eux la belle vie, la flambe.
- 15:34 Un peu, c'est vrai.
- 15:37 Mais cet argent devient vite encombrant.
- 15:41 Les sacs s'accumulent.
- 15:43 Difficile de les stocker.
- 15:47 Nous, on a essayé.
- 15:53 Allez donc le déposer à la banque pour voir.
- 15:56 Ça risque de mal se terminer.
- 16:02 Alors, vous feriez comment, vous, pour vous débarrasser de dizaines de millions d'euros en cash ?
- 16:10 Seul un trafiquant de drogue pourrait nous le raconter.
- 16:16 Justement, on en a retrouvé un, impliqué dans cette affaire.
- 16:21 Mais c'est ce comédien qui va jouer son rôle, parce que le trafiquant n'a pas voulu apparaître.
- 16:26 Nous avons évidemment restitué son témoignage au mot près.
- 16:31 Est-ce que vous pouvez nous dire combien de volume de cannabis vous rameniez en France ?
- 16:36 Au meilleur de ma forme, je pouvais ramener jusqu'à deux tonnes par mois.
- 16:42 Et avec le recul, est-ce que vous pouvez nous dire combien d'argent vous avez gagné ?
- 16:47 J'ai pas de fiche de paye pour me rappeler de mes revenus.
- 16:50 Mais ouais, j'ai gagné beaucoup d'argent.
- 16:52 J'ai déjà eu entre 12 et 15 millions d'euros à moi rangés.
- 16:57 Mise à l'abri ?
- 16:58 Ouais.
- 16:59 Et vous faisiez quoi de cet argent ?
- 17:02 Faut le blanchir. Faut l'investir.
- 17:05 Moi, j'investis que du liquide.
- 17:07 Mais je réfléchis comme un chef d'entreprise.
- 17:09 L'idéal, c'est d'avoir des rentes.
- 17:11 Du coup, je réinvestis 50% de mon argent et 30% sont mis à l'abri pour mes vieux jeux.
- 17:17 Et puis, on a un trafic conséquent quand même.
- 17:21 Et vous investissez dans quoi ?
- 17:23 Souvent dans l'immobilier, c'est le plus simple.
- 17:26 Au Maroc, en Algérie.
- 17:28 Vous avez déjà blanchi de l'argent en France ?
- 17:31 Oui, j'ai investi dans l'immobilier.
- 17:33 Vous avez déjà blanchi de l'argent en France ?
- 17:36 Oui, j'ai investi dans des sociétés de transport ou dans la téléphonie qui avait besoin de liquidité.
- 17:41 Ces sociétés me rapportent aujourd'hui entre 15 et 20 000 euros par mois.
- 17:45 Et pour le reste ?
- 17:47 Au Maroc, ça doit me rapporter autour des 70 000 euros.
- 17:51 En Algérie, entre 30 et 40 000 euros par mois.
- 17:54 Ce qui veut dire que vous avez des revenus à peu près de 100 000 euros par mois ?
- 17:59 Oui, c'est ça.
- 18:00 Ça paie pour les coups durs, les absences, les longues années de prison.
- 18:06 Plus de 100 000 euros en cash par mois qui échappent à l'impôt.
- 18:10 Des investissements en France et à l'étranger.
- 18:13 Pour cela, ce trafiquant utilise les services d'un homme de l'ombre.
- 18:17 Dans les pays arabes, on l'appelle le saraf.
- 18:22 Le saraf, c'est une sorte de banquier occulte.
- 18:25 Grâce à ses collecteurs, il récupère l'argent en France et le distribue au Maroc, en Espagne ou tant à besoin.
- 18:31 Si je veux 500 000 euros au Maroc, je donne 500 000 euros au saraf à Paris.
- 18:35 Et en fonction du change, je peux récupérer l'équivalent au Maroc par un homme de confiance.
- 18:40 C'est un système étonnant, non ?
- 18:42 C'est le même principe que le système bancaire, sauf que ça se fait par téléphone et à la confiance.
- 18:46 Et cet argent, vous pouvez vous le faire livrer comme ça ?
- 18:49 Partout dans le monde.
- 18:50 Moi, ça m'arrivait d'aller en vacances à Dubaï, aux Etats-Unis, partout.
- 18:54 J'évitais de voyager avec, de passer des douanes avec des grosses sommes sur moi.
- 18:58 J'appelais mon saraf et lui me faisait remettre l'argent.
- 19:01 Il faut donc lui faire confiance à 100% à ce garçon ?
- 19:04 Ou à cette fille.
- 19:05 Ces banquiers sont des gens de toutes les nationalités.
- 19:08 J'ai eu affaire à des Chinois, des Juifs, des Indiens, des Blacks.
- 19:12 Franchement, c'est multiculturel.
- 19:14 L'argent n'a pas de couleur et pas d'odeur.
- 19:16 C'est l'équivalent d'une multinationale du blanchiment.
- 19:18 Ce qui compte donc, c'est la confiance ?
- 19:20 La confiance, c'est le pognon.
- 19:22 Tu donnes du liquide, on te rend le liquide.
- 19:27 Des millions d'euros en liquide se déplacent ainsi sans jamais laisser de traces.
- 19:35 À Cache, on en avait déjà entendu parler.
- 19:38 Mais on n'avait jamais essayé.
- 19:42 Là, il y a quand même 2000 euros.
- 19:46 Allez, on vous emmène au Maroc, au royaume des sarafs, pour tester le système.
- 19:53 Le Maroc
- 19:58 Dans l'avion, on a le choix entre un film de Chaplin,
- 20:01 Le Vagabond, toujours sans un rond,
- 20:04 et ce magazine, avec une publicité toute faite pour nous.
- 20:09 Payer et transférer instantanément de l'argent, c'est dans la poche.
- 20:14 Ah, ça commence bien.
- 20:17 Casablanca
- 20:21 Casablanca, capitale économique du Maroc.
- 20:25 Avec son quartier d'affaires, rien que de l'officiel,
- 20:31 et son souk plus informel.
- 20:34 C'est là que nous allons réaliser notre opération, en toute illégalité.
- 20:38 D'abord, il nous faut changer nos euros en dix rames.
- 20:42 Au marché noir, évidemment.
- 20:49 À partir de là, nous allons tourner discrètement.
- 20:53 Vous avez 2000 euros. D'accord ?
- 20:55 Au Maroc, le cash n'est pas un problème.
- 21:00 Ce serait même plutôt une solution.
- 21:04 Tout le monde y change.
- 21:10 D'accord.
- 21:12 Avec 2000 euros, nous obtenons 26 000 dix rames.
- 21:17 C'est avec ce cash que nous allons passer à la phase 2 de l'opération.
- 21:21 Faire remettre l'argent à Paris.
- 21:25 Le cash, c'est un peu comme un ménage.
- 21:28 La phase 2 de l'opération.
- 21:30 Faire remettre l'argent à Paris.
- 21:35 Pour cela, nous avons trouvé un contact.
- 21:37 C'est le monsieur avec la doudoune rouge.
- 21:40 Officiellement, vendeur de bibelots et de peintures.
- 21:48 C'est votre magasin, ici ?
- 21:55 La négociation s'engage.
- 21:58 Je n'ai pas plus. C'est l'argent dont j'ai besoin à Paris.
- 22:02 Sauf que nos 2000 euros lui semblent bien dérisoires.
- 22:07 Ce n'est pas beaucoup.
- 22:09 Je sais, mais est-ce que vous pouvez me rendre un service et me le mettre à disposition à Paris ?
- 22:13 Oui.
- 22:14 D'accord ?
- 22:15 Attendez.
- 22:16 Ok.
- 22:19 Du coup, il va falloir parlementer avec son patron.
- 22:23 Le voici.
- 22:26 Merci.
- 22:27 J'ai besoin d'un petit service.
- 22:29 Je sais que 2000 n'est pas beaucoup.
- 22:31 Mais j'ai une petite urgence médicale pour quelqu'un de ma famille qui a besoin de liquide.
- 22:35 Et j'ai besoin de mettre à disposition 2000 euros en France.
- 22:38 Rapidement.
- 22:39 Paris.
- 22:40 Paris.
- 22:41 Voilà.
- 22:42 C'est quoi les montants que vous faites d'habitude ?
- 22:45 50 000, 25 000, 100 000.
- 22:47 Même plus de 100 000 ?
- 22:48 Plus que 100 000.
- 22:49 Pas de problème.
- 22:50 Pas de problème.
- 22:56 Alors ?
- 22:57 Alors.
- 22:58 Vous voulez 2000 ?
- 22:59 2000, oui.
- 23:00 Absolument.
- 23:04 Ce soir ?
- 23:05 Bien sûr, aujourd'hui.
- 23:06 Bon, c'est ma sœur qui va récupérer l'enveloppe.
- 23:08 Pas de problème.
- 23:09 Elle s'appelle Sophie.
- 23:10 C'est son téléphone.
- 23:13 C'est son numéro français.
- 23:15 Bien sûr.
- 23:16 Le patron appelle le SARAF et s'assure que le cash sera remis à Paris.
- 23:22 Mais attention.
- 23:23 Pas question de parler d'argent au téléphone.
- 23:36 D'accord.
- 23:39 Il doit y avoir 10 000.
- 23:40 Comptez.
- 23:41 Bougez pas.
- 23:47 Là, il doit y avoir encore 10 000.
- 23:51 Espérons que l'argent soit entre de bonnes mains.
- 23:54 Bon, et maintenant, moi, je vous fais confiance.
- 23:57 Voilà.
- 23:58 Pas de problème.
- 23:59 Non.
- 24:00 Parce que c'est pour ma mère.
- 24:02 Écoute, non.
- 24:03 Non, c'est important.
- 24:04 Sœur, bien sûr.
- 24:05 Je vous fais confiance.
- 24:06 Bien sûr.
- 24:07 Ce qui compte ici, c'est la confiance.
- 24:10 J'ai des clients, ils m'imposent ici de l'argent pour payer pour venir.
- 24:15 100 000 euros.
- 24:16 L'équivalent de 100 000 euros.
- 24:17 Ils partent.
- 24:18 Le soir, t'entends ?
- 24:20 C'est tout un ballon et tout est bon.
- 24:22 Donc, ce soir, vers 20 heures ?
- 24:24 Ce soir, Hicham, là, il va l'appeler un monsieur.
- 24:28 Il t'appelle.
- 24:29 Bon, et maintenant, il est là.
- 24:31 Pas de problème.
- 24:32 Soyez sûrs, certains.
- 24:34 Selon Hicham, là, aujourd'hui, la sorcellerie n'est pas bonne.
- 24:37 2 000 euros.
- 24:38 Tu me téléphones, tu me dis.
- 24:39 Appelle-lui.
- 24:40 C'est bon.
- 24:42 Avec...
- 24:44 Merci.
- 24:45 Je vous fais confiance.
- 24:46 Bien sûr.
- 24:48 Avant de partir, le patron nous glisse un dernier conseil, essentiel dans ce genre d'opération.
- 24:58 Le mieux, c'est qu'on n'a rien fait.
- 25:02 Tout le monde parle.
- 25:04 Les murs !
- 25:10 Au passage, le patron a pris une commission de 15 % sur notre opération, soit 300 euros.
- 25:17 Le taux diminue lorsqu'il y a plus d'argent dans les tuyaux.
- 25:21 Reste à prévenir Sophie que, jusque-là, tout s'est bien passé.
- 25:26 Allô ?
- 25:28 Oui.
- 25:30 Tout s'est bien passé.
- 25:31 Tout s'est bien passé.
- 25:32 C'est ça.
- 25:33 Tout s'est bien passé.
- 25:34 Même si, on ne nous le cache pas, on vient de laisser 2 000 euros à un inconnu.
- 25:40 Et maintenant, il n'y a plus qu'à espérer que les tapis, enfin les euros, arrivent à Paris.
- 25:49 Ça a été un peu plus long que prévu.
- 25:52 Sophie a finalement rendez-vous en proche banlieue parisienne.
- 25:58 Sophie, c'est son nom de couverture.
- 26:00 Elle est journaliste à cash.
- 26:04 C'est là qu'elle doit récupérer nos 2 tapis.
- 26:07 Son vrai prénom, en fait, c'est Manon.
- 26:13 Allez Manon, on compte sur toi.
- 26:15 Allô ?
- 26:18 Son contact est juste derrière elle.
- 26:22 Bonjour.
- 26:23 Bonjour.
- 26:24 Ça va et toi ?
- 26:25 Ça va.
- 26:26 Eh ben, quelle efficacité !
- 26:27 De quoi ?
- 26:28 C'est plus rapide qu'une banque.
- 26:30 Ouais.
- 26:33 Moi, je suis juste rendu en service.
- 26:35 Ouais, je sais.
- 26:36 Voilà.
- 26:37 Merci.
- 26:38 C'est gentil.
- 26:39 Parce que c'est un ami à moi.
- 26:43 C'est la première fois que je fais ça, mais...
- 26:45 Hein ?
- 26:46 Mais c'est vrai que c'est pratique.
- 26:49 Ça caille.
- 26:50 Ouais.
- 26:51 Et en même temps, il y a un petit soleil.
- 26:53 C'est agréable.
- 26:54 Ouais.
- 26:55 La machine, elle arrive.
- 26:56 Oh non !
- 26:57 Le coup de la laverie dans une enquête sur le blanchiment.
- 27:01 On voulait à tout prix l'éviter.
- 27:03 Mais la réalité est plus forte que cash.
- 27:09 La livraison des tapis, pardon, des euros, c'est par ici.
- 27:16 C'est ça.
- 27:17 C'est ça.
- 27:19 Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit.
- 27:27 Neuf et dix.
- 27:29 Parfait.
- 27:31 Merci beaucoup.
- 27:33 Et voilà.
- 27:34 C'est terminé.
- 27:36 Enfin, pas pour Manon, qui veut vérifier si ça marche aussi dans l'autre sens,
- 27:41 entre la France et le Maroc.
- 27:44 Si je veux faire des transferts dix mille par semaine, par exemple.
- 27:48 Ça peut se faire, ça ?
- 27:49 Oui, oui.
- 27:50 Oui.
- 27:51 C'est parce que c'est pas un gros coup.
- 27:53 Moi aussi.
- 27:58 Ok, bon, ça marche.
- 27:59 On s'appelle.
- 28:00 Ok, d'accord.
- 28:03 De la France au Maroc.
- 28:05 Du Maroc à la France.
- 28:08 L'argent circule ainsi sans se déplacer.
- 28:11 Il est au cœur d'un système financier clandestin baptisé Awala.
- 28:17 Dans le système Awala, il faut imaginer l'argent comme une matière première
- 28:22 qui s'échange dans le monde entier.
- 28:25 Avec le saraf pour banquier.
- 28:29 Son rôle, équilibrer des milliers de transactions.
- 28:34 Dans notre exemple, entre Nicolas et Manon,
- 28:37 le saraf fait livrer deux mille euros du Maroc vers la France.
- 28:41 Pour équilibrer ses comptes, le saraf doit réaliser une opération d'un même montant
- 28:46 avec d'autres clients entre la France et le Maroc.
- 28:51 C'est ce qu'on appelle un système de compensation.
- 28:58 Pour réaliser ce tour de force, le saraf a donc besoin de beaucoup de cash
- 29:02 des deux côtés de la Méditerranée.
- 29:04 Autant dire, de l'argent.
- 29:06 Et parmi ces clients, des gens bien établis.
- 29:09 Au Maroc, par exemple.
- 29:12 C'est étonnant, mais l'argent de la drogue qui circule dans le système Awala
- 29:16 finit parfois dans les poches d'hommes d'affaires.
- 29:20 Bienvenue en classe affaires, avec la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc.
- 29:26 La CFCIM.
- 29:29 La Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc.
- 29:32 La Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc.
- 29:35 La CFCIM est la plus importante chambre de commerce et d'industrie française à l'étranger.
- 29:41 À Casablanca, cette institution plus que centenaire représente 4000 entreprises.
- 29:46 Ici, on parle éthique.
- 29:50 Performance.
- 29:53 Toujours avec professionnalisme.
- 29:56 Dirigée par de grands patrons, comme Jean-Marie Grosbois.
- 30:00 Directeur des lieux entre 2013 et 2016.
- 30:04 Comment ça, vous ne connaissez pas ?
- 30:06 Souhaitez-vous en savoir plus ?
- 30:08 Euh, oui.
- 30:12 Jean-Marie Grosbois, chevalier de la Légion d'honneur,
- 30:16 officier de l'Ordre national du mérite.
- 30:20 Photo pour les vainqueurs.
- 30:22 M. Grosbois est un homme public.
- 30:24 Le voici avec Pierre Gattaz, l'ancien patron du MEDEF.
- 30:28 Avec Muriel Pénicaud, l'actuel ministre du travail.
- 30:31 Et enfin avec l'ancien président de la République, François Hollande.
- 30:37 Jean-Marie Grosbois, c'est ce qu'on appelle un col blanc.
- 30:40 Un cadre de l'industrie qui a utilisé les services d'un saraf, un banquier occulte.
- 30:47 En 2013, il met 50 000 euros dans les tuyaux afin de les récupérer à Paris.
- 30:53 C'est là qu'il est repéré par la police.
- 30:58 Jean-Marie Grosbois vit toujours à Casablanca.
- 31:01 Toujours dans les affaires.
- 31:03 Il a refusé de répondre à nos questions face caméra,
- 31:06 mais il a accepté de nous recevoir.
- 31:10 Deuxième étage...
- 31:12 A partir de là, nous filmons avec une caméra cachée.
- 31:16 Bonjour madame.
- 31:17 Bonjour.
- 31:18 Excusez-moi de vous déranger, je cherche Monsieur Grosbois, s'il vous plaît.
- 31:22 Monsieur Grosbois, quel plaisir de vous voir.
- 31:25 Vous êtes des artistes dans votre genre.
- 31:27 Pourquoi ?
- 31:28 Bonjour, on m'a appelé sur WhatsApp pour faire un numéro français.
- 31:30 Allez, venez.
- 31:34 Bon, vous avez un joli bureau.
- 31:36 Oui.
- 31:37 Dites-moi qui c'est.
- 31:39 Je travaille pour une agence de presse qui s'appelle Premières Lignes Télévisions
- 31:43 et qui produit un reportage sur l'économie parallèle pour France 2.
- 31:47 Et votre nom est apparu dans une affaire de remise d'argent liquide.
- 31:51 Ah oui, d'accord.
- 31:52 Vous vous souvenez de cette histoire ?
- 31:53 Bien sûr.
- 31:54 Voilà, et je voulais que vous puissiez m'expliquer,
- 31:56 d'abord me confirmer si c'était vrai ou pas.
- 31:58 Oui, c'est vrai.
- 31:59 Moi j'avais besoin de liquidité.
- 32:01 Pourquoi ne pas avoir apporté avec vous, par exemple, ces sommes d'argent en France ?
- 32:04 Finalement, c'est un système assez pratique, en fait.
- 32:06 Ah oui, ça peut être pratique, oui.
- 32:08 Mais vous saviez quand même que c'était illégal de faire ce système, j'imagine.
- 32:12 Il y a 30 millions de Marocains qui font ça à longueur de journée.
- 32:15 Mais vous n'êtes pas trop posé de questions sur l'origine des fonds, par exemple,
- 32:18 quand on vous a remis 50 000 euros à Paris ?
- 32:20 Non.
- 32:21 En tous les cas, on a filé des billets de 50 euros, donc...
- 32:25 Le problème, c'est qu'on n'a pas le droit d'avoir de l'argent liquide.
- 32:29 Le problème, c'est que si...
- 32:31 Moi, j'ai un peu regardé l'affaire,
- 32:33 c'est que l'argent qu'on vous a remis à Paris
- 32:36 était de l'argent de la drogue, du trafic de drogue.
- 32:39 Non, mais...
- 32:41 Je n'en sais rien.
- 32:42 On m'a donné l'équivalent de ce que j'avais demandé
- 32:45 pour avoir la ligne, c'est tout.
- 32:47 Quand j'ai utilisé un réseau,
- 32:49 je me suis dit qu'il y a plein de gens comme ça qui le font.
- 32:53 Je ne me suis pas rendu compte.
- 32:55 Je trouve que ça venait de la drogue, oui.
- 32:57 Je ne connais pas ces gens-là.
- 32:59 Je me suis retrouvé un jour convoqué par un juge d'instruction,
- 33:02 garde à vue, etc.
- 33:04 Ah !
- 33:05 Le ciel me tombe sur la tête.
- 33:07 Vous me regrettez aujourd'hui l'utilisation de ce réseau ?
- 33:10 Non.
- 33:11 Moi, je ne regrette rien.
- 33:12 À partir du moment où je l'ai fait, je l'ai fait, je l'assume.
- 33:15 Je n'ai pas commencé à me dire
- 33:16 « Ah, un mot de doigt, je regrette. »
- 33:18 À mon âge, à 70 ans,
- 33:20 je ne regrette rien.
- 33:22 Vous avez été condamné.
- 33:23 Vous avez eu une amende, je crois.
- 33:24 Vous pouvez me dire de quelle amende ?
- 33:25 Non, je suis en appel.
- 33:26 Ah, vous avez fait appel.
- 33:28 Monsieur Grosbois a effectivement fait appel.
- 33:31 Il conteste sa condamnation pour blanchiment
- 33:34 assorti d'une amende de 50 000 euros.
- 33:37 Dans l'attente d'un jugement définitif,
- 33:39 il bénéficie de la présomption d'innocence.
- 33:42 En tout cas, vous tenez la forme.
- 33:43 Merci de nous avoir reçu.
- 33:44 Merci à vous.
- 33:45 Merci à vous.
- 33:46 Merci à vous.
- 33:47 Merci à vous.
- 33:48 Merci à vous.
- 33:50 Si nous nous sommes intéressés au cas de M. Grosbois,
- 33:53 c'est que son argent a alimenté le même réseau de blanchiment
- 33:56 que celui des trafiquants de drogue.
- 34:00 Un même réseau, avec deux donneurs d'ordre.
- 34:03 Les frères Esh Chahouti.
- 34:05 Une belle histoire de famille.
- 34:07 Une belle histoire de famille.
- 34:09 Une belle histoire de famille.
- 34:11 Une belle histoire de famille.
- 34:13 Une belle histoire de famille.
- 34:15 Une belle histoire de famille.
- 34:17 Une belle histoire de famille.
- 34:21 A gauche, Abdel Wahid, le plus jeune.
- 34:25 A droite, Nourdine, 36 ans, au moment des faits.
- 34:29 C'est lui qui pilotait toutes les opérations financières
- 34:32 pour le compte de ses clients,
- 34:34 notamment des trafiquants.
- 34:36 C'était le banquier occulte du système, le SARAF.
- 34:41 L'argent de la drogue est collecté dans tous les coins de France.
- 34:47 Mais aussi en Europe, grâce à des collecteurs comme l'ambulancier.
- 34:54 L'argent récupéré est alors centralisé en banlieue parisienne
- 34:58 par un intermédiaire.
- 35:01 Cet intermédiaire, comme tous les acteurs du réseau,
- 35:04 répond aux ordres des frères Esh Chahouti.
- 35:08 Cible de l'enquête du capitaine Mugg.
- 35:12 Est-ce que vous pouvez nous faire le portrait des frères Esh Chahouti ?
- 35:17 Oui, ce sont deux jeunes Marocains.
- 35:21 Quel âge ?
- 35:23 À l'époque, il en a eu de la trentaine, un peu plus de 30 ans.
- 35:26 C'était intéressant parce que l'un des deux, Nourdine,
- 35:29 qui supervisait vraiment l'ensemble, était élu à Casablanca.
- 35:33 C'est blanchisseur du point de vue de la loi.
- 35:37 C'est le compensateur du point de vue des voyous.
- 35:41 Le changeur qui va s'occuper de transformer des euros en dirames.
- 35:45 On a du mal, nous, à imaginer...
- 35:47 Ce serait plutôt une sorte de trader de l'underground.
- 35:51 Des banquiers au culte ?
- 35:53 Il faut bien comprendre que ce sont des gens qui ne se vivent pas
- 35:56 vraiment comme des acteurs de la criminalité.
- 35:59 Ils participent d'un système de transfert de fonds séculaire
- 36:03 qui va accepter de l'argent de tous horizons.
- 36:06 Ils n'ont pas de prédilection particulière pour l'argent de la drogue.
- 36:09 Ils ont un attrait, ça c'est sûr, pour les commissions.
- 36:12 Leur problématique à eux, c'est de pouvoir prendre des commissions
- 36:15 le plus possible, au plus de monde possible, de manière à en vivre.
- 36:19 Les frères Esh Chahouti ont été condamnés par la justice française
- 36:23 à 10 ans de détention en 2017.
- 36:25 Donc, bien sûr, on imagine qu'ils sont en prison.
- 36:28 Non, ils ne sont pas en prison puisqu'ils vivent au Maroc,
- 36:31 qu'ils sont marocains.
- 36:33 Et pour l'instant, on n'a pas encore essayé de mettre la main dessus.
- 36:36 Donc, ils échappent à l'impôt et à la prison ?
- 36:38 Pour l'instant, oui, mais on ne sait pas de quoi demain sera fait.
- 36:41 C'est-à-dire ?
- 36:42 C'est-à-dire que, quand l'occasion se présentera,
- 36:44 il y a des mandats d'arrêt internationaux qui seront lancés.
- 36:46 On espère pouvoir mettre la main dessus un jour ou l'autre.
- 36:48 Mais le Maroc n'extraite pas ses ressortissants ?
- 36:50 Non.
- 36:51 Donc, ça veut dire que ça bloque pour l'instant ici ?
- 36:53 Et voilà.
- 36:55 Ainsi, l'homme au jogging rouge,
- 36:57 condamné par Compte du Mas pour blanchiment aggravé
- 37:01 et association de malfaiteurs, est toujours dans la nature.
- 37:06 Ah, si seulement la police française avait eu le droit de faire son boulot au Maroc.
- 37:12 Elle aurait pu le localiser en une matinée.
- 37:16 À Casablanca, Nourdinesh Chahouti est un chef d'entreprise tout à fait respectable.
- 37:23 Il est 10 heures.
- 37:24 Le capitaine Mugg serait sûrement venu dans ce quartier d'affaires.
- 37:29 Il aurait vu cette boîte aux lettres.
- 37:31 C'est l'une des sociétés de Nourdinesh Chahouti.
- 37:35 De toute façon ici, tout l'immeuble lui appartient.
- 37:39 Vers midi, il aurait sûrement poussé la porte du groupe Bagdaddy,
- 37:43 une entreprise de promotion immobilière.
- 37:49 Bonjour madame.
- 37:50 Bonjour.
- 37:51 Bonjour madame, excusez-moi de vous déranger.
- 37:52 Je suis venu prendre contact avec monsieur Chahouti
- 37:54 et voir s'il était possible de prendre contact.
- 37:58 D'accord.
- 37:59 Elles le connaissent parfaitement.
- 38:01 C'est l'un des associés du groupe Bagdaddy.
- 38:03 Vous faites suivre mon numéro de téléphone.
- 38:06 Merci, au revoir madame.
- 38:08 En clair, dès 13 heures.
- 38:11 Le capitaine de police aurait retrouvé sa trace.
- 38:15 Comme nous.
- 38:16 Allô ?
- 38:17 Allô ?
- 38:18 Oui, bonjour.
- 38:19 Oui, bonjour.
- 38:20 C'est Nourdinesh Chahouti à l'appareil.
- 38:23 Nourdinesh Chahouti.
- 38:24 Bonjour monsieur.
- 38:25 Oui, bonjour, ça va ?
- 38:27 Oui, et vous, ça va ?
- 38:28 Ça va.
- 38:34 Je suis passé à l'un de vos bureaux ce matin
- 38:36 pour essayer de vous rencontrer
- 38:38 et je voulais vous parler business, un peu affaires,
- 38:41 investissement immobilier.
- 38:43 Je voulais savoir si on pouvait se rencontrer éventuellement.
- 38:46 Mais qui a donné un bon nom à vous ?
- 38:49 Disons que je préfère vous dire ça quand je vous verrai.
- 38:52 Où est-ce que vous êtes Nourdinesh ?
- 38:54 Je vis à Casablanca.
- 38:56 Je suis pas maintenant à Casablanca.
- 38:58 Ah.
- 38:59 Je rencontre pas de personnes que je connais pas.
- 39:01 Ah ben...
- 39:02 C'est des affaires.
- 39:03 Ça veut dire pas que je fais des affaires avec des gens que je connais pas.
- 39:09 Bon.
- 39:10 Eh bien, on ne fera jamais affaire
- 39:12 avec le Saraf de notre histoire.
- 39:18 Mais de ces affaires,
- 39:19 on n'a pas fini de vous parler.
- 39:22 Allez.
- 39:23 Pensez toujours blanchiment,
- 39:24 mais pensez plus grand.
- 39:26 Dans les profondeurs de la finance,
- 39:28 les frères Eshchaouti ont inventé pour leurs clients
- 39:31 un circuit de blanchiment imparable.
- 39:36 Ce système a permis aux trafiquants
- 39:38 de réinvestir des centaines de millions d'euros en cash
- 39:41 dans l'économie mondiale.
- 39:44 Ça s'est déroulé en trois étapes.
- 39:57 Première étape,
- 39:58 l'argent de la drogue est métamorphosé en or.
- 40:03 En pièces et en lingots.
- 40:07 L'or, objet de toutes les convoitises.
- 40:09 Facilement négociable, facilement transportable.
- 40:15 L'opération s'est passée en Belgique.
- 40:17 Vous allez voir, c'est très malin.
- 40:19 Et le capitaine Mugg a tout de suite compris la manip.
- 40:22 L'or présente un intérêt quand même quand on est blanchisseur,
- 40:24 c'est que le volume d'un smartphone à peu près,
- 40:27 ça correspond à un kilo d'or.
- 40:29 Un kilo d'or à l'époque, c'était 40 000 euros.
- 40:31 C'est pratique pour le transport.
- 40:33 Mais alors comment Nourdin Eshchaouti s'y est-il pris ?
- 40:37 Son collecteur en chef avait trouvé un associé
- 40:39 qui s'appelait Georges Blotner
- 40:41 et cette personne proposait un ensemble de services
- 40:44 et notamment mettait à disposition d'importantes quantités d'or.
- 40:49 Georges Blotner.
- 40:51 Pour les frères Eshchaouti, c'est le partenaire idéal.
- 40:56 Il accepte à bras ouverts toutes les opérations en cash.
- 41:02 Georges Blotner est négociant en or.
- 41:06 Il habite en Vers en Belgique.
- 41:10 Il a refusé notre demande d'interview.
- 41:12 Mais vous nous connaissez, on adore le contact.
- 41:16 Là, à côté de la baraque à frites, c'est Georges.
- 41:20 Et devant Georges, c'est nous, déguisés en investisseurs.
- 41:27 Avec Georges, on ne s'est jamais vus.
- 41:29 Et pourtant, nous voilà partis comme de bons vieux copains.
- 41:33 On va où, Georges ?
- 41:34 Toi, là.
- 41:37 Une balade à Anvers avec Georges, filmée en toute discrétion,
- 41:41 ça vaut tout l'or du monde.
- 41:44 Ici, il y en a partout.
- 41:45 De l'or, des bijoux.
- 41:48 Et des lingots, surtout.
- 41:50 Même en vitrine.
- 41:53 Du diamant, forcément, c'est le quartier.
- 41:59 Et sur le coup de midi, on s'est arrêté là, manger italien.
- 42:06 Moi, c'est pour lasagne et légumes.
- 42:08 Oui, c'est une surprise.
- 42:09 Moi, je pense que je vais prendre des cannellonis à la ricotta.
- 42:13 Vers la fin du repas, Georges Blotner se met enfin à table.
- 42:17 Il nous explique son rôle dans le réseau Heshout.
- 42:20 Je vends des caches de l'or.
- 42:29 Je travaillais avec des gens de France.
- 42:31 Je connaissais depuis des années.
- 42:33 C'était très convenable.
- 42:34 Ils venaient chaque fois pour acheter des pièces, des lingots.
- 42:39 Et puis, à un moment donné, il a commencé à monter le volume.
- 42:43 Et les volumes, c'était quel genre de volume ?
- 42:45 Ah, des jours, des centaines.
- 42:47 De ce temps-là.
- 42:49 Des kilos et des kilos par semaine.
- 42:51 Il ne faut pas oublier que dans les années 2012, 2013, 2011,
- 42:57 il y avait l'or à fort augmenter.
- 43:00 Donc, il y avait un énorme volume d'or, des transactions d'or.
- 43:04 C'était énorme.
- 43:05 Et c'est là où vous faisiez les transactions en cache ?
- 43:07 Oui.
- 43:08 Des dizaines de kilos par semaine avec un client, c'est beaucoup.
- 43:11 Oui.
- 43:12 Et comment Hugo te faisait sortir l'or ?
- 43:17 Quelquefois, il allait directement au salaire des foires avec l'or, sa facture.
- 43:21 Ah, vous lui faisiez une facture ?
- 43:22 Oui.
- 43:23 Il y avait beaucoup de marchands.
- 43:25 Beaucoup de vêtements faits.
- 43:26 Il faisait avec son prix.
- 43:29 Des factures pour blanchir des millions d'euros.
- 43:32 Oui, mais un jour, Georges a été condamné à trois ans de prison pour blanchiment,
- 43:37 association de malfaiteurs, faux et usage de faux.
- 43:42 Et malheureusement, j'ai été attrapé.
- 43:46 En vérité, je n'ai pas fait trop attention parce que je faisais toutes sortes d'affaires.
- 43:51 Vous avez été jugé ici en Belgique ?
- 43:53 Oui, ici.
- 43:54 Jugé ici.
- 43:56 J'ai eu mon procès.
- 43:58 J'ai eu l'amende à payer.
- 43:59 Je peux vous demander quel genre d'amende vous avez payée ?
- 44:01 Ah, c'est quelques millions.
- 44:03 Tenez, moi, je vous ai dit.
- 44:05 Non, non, non.
- 44:06 Georges, c'est moi.
- 44:07 N'insistez pas, Georges. Vraiment.
- 44:09 S'il vous plaît, la facture.
- 44:12 Merci.
- 44:16 Quant aux factures de Georges Blotner, les voici.
- 44:20 Celles utilisées par le réseau des frères Eshchaouti.
- 44:24 Une belle couverture pour faire voyager l'or.
- 44:28 Avec toutes les apparences de la légalité.
- 44:30 Elles sont émises par Jaco New, sa société.
- 44:34 Et adressées notamment à Hafty Trading.
- 44:36 Une fausse bijouterie.
- 44:38 Tiens, tiens.
- 44:39 Basée à Dubaï.
- 44:43 Et ça y va.
- 44:44 Là, il y en a pour 95 400 euros.
- 44:48 Que des lingots.
- 44:50 Là, pour 150 500 euros.
- 44:54 Entre 2012 et 2014, ça se passe ainsi plusieurs fois par semaine.
- 44:59 Des dizaines, voire des centaines de kilos d'or achetés.
- 45:05 Transformés en or, les millions des frères Eshchaouti peuvent désormais voyager.
- 45:10 Voyager en toute tranquillité.
- 45:13 Grâce aux factures de Georges Blotner.
- 45:17 À l'aéroport, l'or est pris en charge par de petites mains.
- 45:21 En voici une, photographiée à son insu par la police.
- 45:25 Allez hop.
- 45:26 Les lingots embarquent pour leur destination finale.
- 45:30 Là où un soleil d'or brille même dans la nuit.
- 45:35 Dubaï.
- 45:43 Pourquoi Dubaï ?
- 45:45 Pourquoi Dubaï ? Parce que c'est une économie cash, comme il en existe beaucoup.
- 45:48 L'idée, c'était de voyager avec l'or jusqu'à Dubaï.
- 45:51 Pour se prémunir quand même de fracasseries administratives,
- 45:55 ils avaient monté une société spécialisée dans la bijouterie à Dubaï.
- 46:00 Ça s'appelle une couverture, quoi.
- 46:01 Couverture. Ils ont un business model qu'il faut suivre.
- 46:06 Dubaï. Paradis fiscal vertical.
- 46:12 C'est surtout l'un des tout premiers marchés de l'or au monde.
- 46:17 25% de l'or de toute la planète est acheté ou vendu à Dubaï.
- 46:22 Et il faut que ça brille.
- 46:24 C'est pour cela que les frères Eshchaouti ont choisi cette destination.
- 46:32 Sur place, c'est la deuxième étape du blanchiment.
- 46:36 Ils vont vendre l'or, pièces et lingots pour récupérer le magot en cash.
- 46:45 Pour cela, ils ont un nouveau partenaire, un certain Yogesh.
- 46:49 Ce négociant achète toutes les cargaisons d'or des frères Eshchaouti.
- 46:58 Ce Yogesh n'a jamais été inquiété, ni même interrogé par la police.
- 47:03 À Dubaï, comme en France.
- 47:06 En 2014, les équipes du capitaine Mugg écoutent pourtant ces conversations
- 47:11 et surveillent à distance les livraisons d'or.
- 47:15 Bonjour, quel est le prix de l'or ?
- 47:18 35 300 euros.
- 47:20 Ok, 9 kilos confirmé.
- 47:22 Pas de problème.
- 47:25 Comment ça va Yogesh ?
- 47:27 Très bien.
- 47:29 Il y a Adam qui va t'appeler, il te donnera 700 pièces.
- 47:33 Ok.
- 47:36 Pour approcher Yogesh, il a fallu être discret.
- 47:40 Pour approcher Yogesh, il a fallu être discret et changer une nouvelle fois d'identité.
- 47:46 Nous allons donc nous faire passer pour un vendeur d'or.
- 47:50 Nous tournons avec une caméra cachée.
- 47:53 Bonjour, enchanté.
- 48:02 À Dubaï, Yogesh est encore aujourd'hui un gros acheteur d'or.
- 48:09 Je travaille dans l'or depuis longtemps.
- 48:12 Ma famille est dans ce secteur depuis 50 ans.
- 48:21 Sous quelle forme allez-vous ramener l'or ?
- 48:24 Et vous voulez être payé comment ?
- 48:26 Je crois que l'or peut arriver sous différentes formes,
- 48:29 mais j'ai principalement des lingots d'un kilo.
- 48:33 Tant qu'il s'agit de lingots, c'est parfait.
- 48:35 Vous savez, l'or entre sans taxes dans le pays, il n'y a donc aucun problème.
- 48:41 Vous me parlez d'une dizaine de kilos par mois ?
- 48:44 Aucun problème, j'achète tout type d'or, de l'or pur, des pièces.
- 48:50 Donc tout fonctionne ?
- 48:53 Dans le temps, j'achetais de grosses quantités, entre 150 à 200 kilos d'or par jour.
- 48:59 Vous voulez dire par semaine ?
- 49:02 Non, non.
- 49:03 200 kilos par jour.
- 49:05 Ah oui, par jour, d'accord.
- 49:07 Et question paiement, vous pouvez me régler en cash ?
- 49:11 Oui, si vous avez de l'or pur.
- 49:14 Moi, je fonctionne avec du cash, et je paye cash.
- 49:19 Et voilà comment, grâce à Yogesh, l'or est retransformé en cash.
- 49:25 Combien les frères Eshchaouti ont-ils transporté ?
- 49:28 Difficile à dire.
- 49:29 La police française n'a pu documenter que 218 kilos d'or,
- 49:34 livrés à Dubaï par avion, soit tout de même 7 millions d'euros.
- 49:46 Ces millions de l'argent de la drogue, les frères Eshchaouti les ont réinjectés dans l'économie légale.
- 49:52 Notamment en France, pour le compte de leurs clients.
- 49:55 C'est la troisième et dernière étape de l'opération de blanchiment.
- 50:00 Pour la mener à bien, les frères Eshchaouti disposent dans les Émirats d'une constellation de sociétés.
- 50:10 Multi-Option General Trading, Point Break General Trading et Renade Internationale.
- 50:18 Renade Internationale est dirigée par le plus jeune des deux frères, installé à Dubaï.
- 50:24 Cette société a une particularité.
- 50:27 Elle n'a pas de compte bancaire.
- 50:32 Mais alors, comment font les Eshchaouti pour réinjecter le cash dans l'économie légale ?
- 50:38 Eh bien, ils vont utiliser les comptes bancaires de plusieurs bureaux de change,
- 50:43 notamment celui d'Alfardan Exchange.
- 50:47 Pas de panique, on vous explique.
- 50:51 Les millions de l'argent de la drogue, collectés partout en Amérique du Sud,
- 50:56 sont réinjectés dans l'économie légale.
- 50:59 C'est la troisième et dernière étape de l'opération de blanchiment.
- 51:02 On vous explique.
- 51:05 Les millions de l'argent de la drogue, collectés partout en Europe,
- 51:09 sont transformés en or en Belgique,
- 51:12 puis retransformés en cash à Dubaï.
- 51:15 Le cash est ensuite déposé sur le compte bancaire d'Alfardan Exchange.
- 51:22 A partir de là, et par simple virement, l'argent est envoyé dans le monde entier.
- 51:28 Renade internationale n'apparaît jamais dans les transactions.
- 51:33 La société des frères et chaouti est devenue intraçable.
- 51:41 C'est le moment d'aller voir sur place comment ça marche.
- 51:45 Nous décidons de pousser la porte d'Alfardan Exchange.
- 51:49 Nous tournons avec, devinez quoi ?
- 51:52 Une caméra cachée.
- 51:53 Bonjour, je voudrais me renseigner sur les transactions en cash.
- 51:58 C'est pour une société ?
- 52:00 Oui, absolument.
- 52:02 Les transactions se feront en cash.
- 52:04 Est-ce que je peux le déposer chez vous ?
- 52:07 Oui, bien sûr.
- 52:09 Nous prenons votre cash,
- 52:11 et un virement sera fait au nom de votre société,
- 52:15 mais depuis notre compte en banque.
- 52:17 Y a-t-il un plafond ?
- 52:19 Non, non, aucun plafond.
- 52:20 N'importe quel montant peut être envoyé.
- 52:23 En quelle devise ? Dollars ? Euros ?
- 52:26 Dollars, euros, livres au sterling, quasiment toutes les monnaies.
- 52:31 C'est rapide et efficace alors ?
- 52:33 Oui.
- 52:35 Oui, c'est ça.
- 52:37 Rapide et efficace.
- 52:39 Car à Dubaï, c'est tout à fait légal.
- 52:42 Encore aujourd'hui.
- 52:44 Les frères et chaouti ont fait fonctionner ce système.
- 52:47 Les frères et chaouti ont fait fonctionner ce système à plein régime.
- 52:55 Nous avons mis la main sur des documents inédits
- 52:58 qui concernent Renad International.
- 53:01 Voici plus de 11 000 virements bancaires.
- 53:06 Le cash est transféré sur le compte de milliers de sociétés
- 53:10 dans le monde entier.
- 53:12 Chinoises, coréennes, européennes.
- 53:15 Regardez.
- 53:17 Ici, un virement de 150 000 dollars.
- 53:21 Là, un autre de 168 000 dollars.
- 53:26 L'argent est également envoyé à une quinzaine de sociétés françaises.
- 53:31 Dont celle-ci, basée à Paris.
- 53:34 Sur un compte Société Générale,
- 53:37 elle reçoit par exemple le 28 septembre 2014
- 53:40 quatre virements de plusieurs dizaines de milliers de dollars chacun.
- 53:46 Nous contactons le patron de cette société.
- 54:00 On se réjouissait de voir ce patron.
- 54:03 Mais son conseil a dû lui conseiller de nous envoyer ce mail.
- 54:06 Je trouve choquant que vous ayez en votre possession des documents bancaires.
- 54:10 Je ne manquerai pas de déposer plainte pour diffamation
- 54:13 si vous portez atteinte à mon honneur.
- 54:16 Ficht ! Bigre !
- 54:19 Dans la foulée, nous contactons un autre chef d'entreprise français
- 54:23 qui a reçu deux virements.
- 54:26 C'est Renad, je crois.
- 54:28 C'est ça, Renad.
- 54:30 Moi, je m'en fous d'où ça arrive.
- 54:32 Ce qui m'intéresse, c'est que vous êtes sur mon compte.
- 54:34 Ça a le mérite d'être clair, comme nos calculs.
- 54:38 D'après nos documents, qui ne concernent qu'un seul bureau de change,
- 54:42 Renad International a blanchi 259 millions d'euros pour ses clients
- 54:48 entre 2008 et 2015.
- 54:52 259 millions, réinvestis dans l'économie mondiale.
- 54:56 Ce n'est pas rien, non, Capitaine Mugg ?
- 54:59 Ce dont on parle là,
- 55:01 c'est le bénéfice du trafic.
- 55:05 Ce n'est pas le chiffre d'affaires, c'est ce qui reste une fois
- 55:08 qu'on a vendu la drogue, payé la logistique, etc.
- 55:11 Il reste cet argent-là.
- 55:13 Cet argent va se retrouver dans le système financier.
- 55:17 On a été très surpris de découvrir que l'argent du trafic de drogue via Renad
- 55:21 a financé une quinzaine de sociétés françaises tout à fait normales.
- 55:26 Dites-nous comment c'est possible que cet argent de la drogue
- 55:29 se retrouve réinvesti dans des sociétés légales en France ?
- 55:35 L'argent est arrivé sur le compte des sociétés françaises ?
- 55:37 Oui. Une société de textile basée à Paris par exemple, vous la voyez ici,
- 55:41 a reçu plus de 720 000 euros entre décembre 2013 et septembre 2014.
- 55:46 Une société qui fabriquait encore il y a très peu de temps des foulards en soie à Lyon
- 55:51 a reçu plus de 160 000 euros de cette société.
- 55:54 Il y a aussi un chocolatier en Picardie, un garage, une coopérative agricole.
- 55:59 Typiquement, ça c'est intéressant. Je ne sais pas ce qu'il en est de ces sociétés-là.
- 56:02 Mais imaginons par exemple qu'un commerçant quelconque se retrouve avec
- 56:06 une somme importante en cash provenant de fraudes fiscales ou d'abus de biens sociaux.
- 56:11 Cette personne-là a un million d'euros.
- 56:13 Il a besoin de faire un paiement vers une des sociétés que vous avez sur votre tableau.
- 56:17 Il va aller voir le SARAF et il dit tiens, est-ce que tu peux me transférer cet argent
- 56:21 sur le compte de la société XY qui se trouve à Lyon ?
- 56:24 Société textile en France, société de soirée à Lyon, chocolatier, garage.
- 56:27 Voilà, et le SARAF va dire pas de problème, je vais te faire un virement depuis Dubaï,
- 56:31 j'ai une société là-bas et tu n'auras qu'à prévenir ton fournisseur
- 56:34 qui va être payé par la société Renadé.
- 56:36 Et le virement est opéré comme ça.
- 56:39 Vous diriez quoi ? Vous diriez que c'est une couverture cette société ?
- 56:44 Oui, c'est une couverture. La société n'a pas de compte bancaire quand même.
- 56:48 C'est-à-dire que c'est assez intelligent parce que si vous êtes enquêteur financier
- 56:52 et que vous voyez arriver par exemple un virement,
- 56:54 ce virement ne sera pas au nom de Renadé International.
- 56:56 C'est au nom évidemment de l'argent de change.
- 56:59 Donc ça veut bien dire que Renadé est un énorme tuyau de blanchiment
- 57:03 et qui va ensuite irriguer l'économie réelle en France aussi.
- 57:10 Oui, c'est toute la problématique.
- 57:12 Et ça on se dit que c'est aussi un des axes de la mondialisation mais qu'on ne voit pas du tout.
- 57:15 C'est vrai, l'argent circule de manière assez libre
- 57:20 et surtout lorsqu'il circule dans ses circuits occultes
- 57:23 pour finalement finir par rejaillir quelque part, pour réintégrer le système légal.
- 57:29 C'est tout le principe du blanchiment.
- 57:32 C'est-à-dire que le blanchiment est une activité qui mise beaucoup sur l'internationalisation des transactions
- 57:37 de manière à faire échec ou en tout cas à compliquer les enquêtes.
- 57:43 Et c'est vrai que les frères Esh Chahouti courent toujours.
- 57:47 Pas inquiétés au Maroc, jamais poursuivis à Dubaï,
- 57:50 l'investigation du capitaine Meug s'est arrêtée là.
- 57:55 Alors nous avons décidé de poursuivre l'enquête sur la piste des mêmes sarrafs marocains.
- 58:06 A Dubaï, nous avons découvert que l'un des plus gros cabinets d'audit au monde
- 58:12 aurait fermé les yeux sur une opération des frères Esh Chahouti.
- 58:21 Pour vous raconter la suite de notre histoire, on s'est payé un petit tour à la campagne.
- 58:27 Après Dubaï, c'est vrai que tout ce vert, ça nous fait du bien.
- 58:34 Nous voici dans les Midlands, au beau milieu de l'Angleterre.
- 58:39 C'est reposant, non ? Vous ne trouvez pas ?
- 58:43 Enfin, pas pour moi.
- 58:45 Non, vous ne trouvez pas ?
- 58:49 Enfin, pas pour tout le monde.
- 58:53 Nous avons rendez-vous avec un spécialiste du marché de l'or.
- 58:57 Depuis 2013, il est en guerre avec son ancien employeur.
- 59:02 Il a même dû fuir précipitamment Dubaï.
- 59:07 Il faut dire que son ex-employeur n'est pas n'importe qui.
- 59:12 Un géant mondial de la finance et de l'audit.
- 59:15 Ernst & Young, EY en English.
- 59:19 Un mastodonte de 35 milliards de dollars de chiffre d'affaires,
- 59:23 implanté dans 150 pays.
- 59:26 Et donc, à Dubaï.
- 59:29 Mais revenons à nous.
- 59:33 En 2013, Amjad Rian est donc installé à Dubaï.
- 59:37 Il réalise des audits pour Ernst & Young.
- 59:42 Au mois de février,
- 59:44 Ernst & Young est missionné par la société Caloti
- 59:47 pour réaliser un audit industriel.
- 59:50 À Dubaï, Caloti est une institution.
- 59:53 C'est le plus gros raffineur d'or de l'émirat.
- 59:58 Caloti détient 50 à 55% du marché à Dubaï.
- 1:00:03 L'audit devait déterminer si la société Caloti avait notamment mis en place
- 1:00:08 un système de gestion client digne de ce nom.
- 1:00:13 L'équipe d'Ernst & Young
- 1:00:16 examine Caloti sous toutes ses coutures.
- 1:00:20 Elles seront au siège, située dans cette maisonnette.
- 1:00:25 C'est ici que l'on découvre l'histoire de Caloti.
- 1:00:28 Elles sont au siège, située dans cette maisonnette,
- 1:00:32 au 35ème étage.
- 1:00:35 Elles visitent également la fonderie de Caloti,
- 1:00:39 dans cette zone industrielle.
- 1:00:43 L'or y est raffiné.
- 1:00:46 Les lingots sont coulés,
- 1:00:49 puis estampillés.
- 1:00:51 Caloti produit ainsi 300 tonnes d'or par an.
- 1:01:01 Mais l'équipe d'auditeurs, Dame Jadrian,
- 1:01:04 veut en savoir plus sur ses fournisseurs.
- 1:01:07 Comme en atteste cette note,
- 1:01:10 ils visitent le principal comptoir du groupe,
- 1:01:13 situé dans le souk de l'or,
- 1:01:16 là où arrivent les lingots.
- 1:01:18 Et c'est là qu'ils auraient découvert de drôles de pratiques.
- 1:01:22 La visite est organisée par Oussama Caloti,
- 1:01:25 le fils du grand patron.
- 1:01:28 La scène se serait déroulée
- 1:01:31 au 2ème étage du Gold Center.
- 1:01:35 Juste ici, où nous nous sommes rendus
- 1:01:38 avec une caméra cachée.
- 1:01:41 Dans ces bureaux,
- 1:01:44 le fils du patron se serait lancé
- 1:01:46 dans une étrange démonstration.
- 1:01:50 La visite était supervisée par Oussama Caloti.
- 1:01:53 Il a emmené mon équipe dans son bureau.
- 1:01:56 Et là, les auditeurs ont découvert
- 1:01:59 une pile de barres argentées sur une table.
- 1:02:02 M. Caloti en a saisi une et l'a montrée à mon équipe
- 1:02:05 en disant, d'après vous, de quoi s'agit-il ?
- 1:02:08 Mes collègues ont répondu, de l'argent,
- 1:02:11 parce que ça ressemblait à de l'argent.
- 1:02:13 Oussama Caloti s'est mis à rire.
- 1:02:16 Il a pris un morceau de métal,
- 1:02:19 a gratté l'une des barres en enlevant
- 1:02:22 une fine couche d'argent.
- 1:02:25 Et cette barre, c'était bien de l'or.
- 1:02:28 Pour un auditeur, c'est choquant.
- 1:02:31 Est-ce que c'est malin ?
- 1:02:34 C'est de la fraude.
- 1:02:37 Une fraude dans la chaîne d'approvisionnement.
- 1:02:40 Et leur réponse a été,
- 1:02:43 ils maquillent l'or en lingots d'argent
- 1:02:46 et les exportent de cette manière.
- 1:02:54 Alors, d'après vous,
- 1:02:57 qui peuvent bien être ces Marocains
- 1:03:00 qui maquillent des lingots comme des voitures volées ?
- 1:03:03 Voyons, des Marocains qui blanchissent à Dubaï ?
- 1:03:09 C'est le moment de vous raconter comment
- 1:03:11 l'ancien auditeur d'Ernst & Young
- 1:03:14 a croisé la route de Renade International,
- 1:03:17 la société des frères Eshauti.
- 1:03:21 Nous avons demandé à Amjad Rian
- 1:03:24 de venir à Paris,
- 1:03:27 muni de ces documents.
- 1:03:30 Dans ces fichiers,
- 1:03:33 les fournisseurs du groupe Caloti,
- 1:03:36 les transactions réalisées
- 1:03:38 pour l'année 2012.
- 1:03:42 Nous allons maintenant comparer ces données
- 1:03:45 avec les éléments de notre enquête.
- 1:03:48 J'ai trouvé une référence.
- 1:03:51 Regardons.
- 1:03:54 Et c'est bien Abdel Wahid Eshauti.
- 1:03:59 Il possède une société
- 1:04:02 qui s'appelle Renade International.
- 1:04:05 Il en est officiellement le patron.
- 1:04:08 Je me souviens du nom maintenant
- 1:04:11 parce que c'était l'un des fournisseurs marocains de Caloti
- 1:04:14 qui maquillaient les lingots en argent.
- 1:04:17 Il y a beaucoup de transactions avec Caloti.
- 1:04:20 Oui, je vois ça.
- 1:04:23 Oui, il y a beaucoup de transactions.
- 1:04:26 Tous les mois.
- 1:04:29 Presque tous les jours.
- 1:04:32 En tout cas, elles sont très fréquentes.
- 1:04:35 Il y en a beaucoup, effectivement.
- 1:04:38 Il y a beaucoup de transactions.
- 1:04:41 On a tout vérifié.
- 1:04:44 Pour l'année 2012, Renade International
- 1:04:47 a vendu plus de 3000 kg d'or à Caloti.
- 1:04:50 Le chiffre est bien en tonnes.
- 1:04:53 Plus de 3,5 tonnes en un an.
- 1:04:56 3500 kg d'or vendus.
- 1:04:59 C'est énorme.
- 1:05:02 C'est beaucoup plus que la totalité de l'or
- 1:05:05 exporté annuellement par le Maroc.
- 1:05:08 C'est 146 millions de dollars
- 1:05:11 sur un an.
- 1:05:14 Et la majorité de ces transactions
- 1:05:17 sont faites en cash.
- 1:05:20 C'est pratique.
- 1:05:23 Aussi simple que ça.
- 1:05:26 Des fournisseurs entrent avec des valises pleines d'or
- 1:05:29 et ressortent de chez Caloti avec des valises pleines de cash.
- 1:05:32 Décidément, avec les frères Esh-Shahouti...
- 1:05:35 Merci.
- 1:05:38 Et cette fois, dans les valises...
- 1:05:41 Merci. Il y a 146 millions de dollars.
- 1:05:44 Rien que pour l'année 2012.
- 1:05:47 Merci.
- 1:05:50 Grâce à Renade International,
- 1:05:53 les sarafs marocains ont encore réinvesti
- 1:05:56 des montagnes de cash dans l'économie légale.
- 1:05:59 Pourtant, même à Dubaï,
- 1:06:02 il existe une règle anti-blanchiment.
- 1:06:05 Toute transaction suspecte en cash au-dessus de 10 000 dollars
- 1:06:08 aura lieu vers le mois de mars.
- 1:06:11 C'est prévu.
- 1:06:14 Ouh la la !
- 1:06:17 « Après matrix,
- 1:06:20 une전� 반 businessman
- 1:06:23 désintéressé à BD
- 1:06:26 revient
- 1:06:28 pour self-assurer
- 1:06:30 des fortunes »
- 1:06:33 Admettons...
- 1:06:35 Nous aussi, nous avons obtenu un rendez-vous dans la maisonnette
- 1:06:39 au 35ème étage.
- 1:06:44 Hello, good morning.
- 1:06:47 Nous sommes reçus par l'un des patrons du groupe.
- 1:06:50 En polo d'été,
- 1:06:52 le monsieur pèse 10 milliards de dollars de chiffre d'affaires.
- 1:06:56 À l'écouter, le cash, il ne connaît pas.
- 1:06:59 Mais l'or, il adore.
- 1:07:02 Seriez-vous intéressé par de l'or qui vient d'Afrique ?
- 1:07:07 Ça dépend de quel pays ?
- 1:07:10 Le Maroc ?
- 1:07:12 Le Maroc n'est pas un problème, si vous avez tous les documents d'exportation.
- 1:07:21 Est-ce que vous êtes en mesure de payer cash ?
- 1:07:24 Non.
- 1:07:26 Uniquement par chèque ou virement bancaire ?
- 1:07:28 Je croyais qu'en tant que premier acteur du marché, ça ne posait pas de problème.
- 1:07:34 Oui, c'est vrai. Nous sommes le plus gros acteur du marché.
- 1:07:38 Mais nous avons plus de règles à suivre que les autres.
- 1:07:41 C'est quelque chose qui a changé ?
- 1:07:43 Non, nous faisons ça depuis toujours.
- 1:07:46 Nous, nous suivons les règles scrupuleusement.
- 1:07:51 À en croire ce patron de calotis,
- 1:07:54 le groupe ne paye pas en cash.
- 1:07:58 On s'est dit qu'on allait quand même vérifier.
- 1:08:01 Venez, on repasse au comptoir de calotis, là où arrivent les lingots.
- 1:08:06 Et là, quand on demande à être payé en liquide, ce n'est plus du tout le même discours.
- 1:08:12 Une livraison de 70 kilos par semaine en provenance du Maroc, ça vous irait ?
- 1:08:17 Pas de problème.
- 1:08:19 Et je serais payé en cash ?
- 1:08:21 Dans ce bureau ?
- 1:08:23 Oui, vous nous appelez un jour à l'avance et on vous remet le cash.
- 1:08:26 Est-ce qu'il y a un plafond ?
- 1:08:28 Non, aucun. Aucun plafond.
- 1:08:37 Des paiements en cash, Amjad Rian en identifie dès le début de son audite.
- 1:08:43 Car pour l'année 2012, le groupe calotis lui a fourni tous ses versements en liquide.
- 1:08:50 Il y a les 146 millions de dollars reçus par Renade International.
- 1:08:55 Mais regardez, cette société, elle a touché 485 millions de dollars en cash.
- 1:09:01 Et puis celle-ci, plus de 773 millions.
- 1:09:06 Des transactions jamais déclarées.
- 1:09:10 En 2012, calotis a ainsi payé la somme astronomique de 5 milliards, 244 millions,
- 1:09:18 779 mille, 146 dollars et 40 centimes en cash.
- 1:09:26 Vous pouvez répéter la question ?
- 1:09:28 Avez-vous déjà payé en cash ?
- 1:09:30 Non, notre service de la conformité ne l'accepterait pas.
- 1:09:36 Nous avons évidemment sollicité calotis.
- 1:09:39 Et après plusieurs semaines, le groupe a finalement répondu par le biais de ses avocats.
- 1:09:44 Calotis dément totalement avoir acheté de l'or recouvert d'argent à Renade ou à quiconque.
- 1:09:54 Calotis a historiquement utilisé le cash comme moyen de paiement.
- 1:09:59 Mais uniquement dans le respect des règles de conformité client et de lutte contre le blanchiment d'argent.
- 1:10:05 Calotis nie toute accusation de blanchiment d'argent et de falsification de documents.
- 1:10:14 Quand l'auditeur d'Ernst & Young découvrit les transactions en cash de Calotis,
- 1:10:20 quand il identifia les fournisseurs d'or marocains, que croyez-vous qu'il fit ?
- 1:10:25 Juste son travail.
- 1:10:27 Il rédige alors ce rapport.
- 1:10:30 Détaille tout ce qu'il considère comme des irrégularités.
- 1:10:34 Il parle de fournisseurs à haut risque,
- 1:10:38 de falsification de documents,
- 1:10:40 et de risque d'évasion fiscale.
- 1:10:43 Puis, il envoie tout à sa direction.
- 1:10:50 Dans ce document, nous décrivons les résultats de notre audite de manière équitable.
- 1:10:56 Notre évaluation fut violation de tous les protocoles, zéro tolérance.
- 1:11:02 Et qu'est-ce que ça veut dire ?
- 1:11:04 Pour un groupe, c'est la pire.
- 1:11:06 Du coup, Ernst & Young a tout de suite pris la décision d'aider Calotis à dissimuler cette évaluation.
- 1:11:17 Ernst & Young va ensuite édulcorer l'audite et falsifier les résultats.
- 1:11:26 Ça, c'est la version d'Amjad Riad.
- 1:11:29 Alors, on a passé au crible les différentes versions du rapport.
- 1:11:35 Ernst & Young aurait bien supprimé plusieurs passages qui mettaient en cause Calotis.
- 1:11:44 Ernst & Young a enlevé le mot « Maroc ».
- 1:11:47 Ils ont enlevé l'expression « lingot recouvert d'argent ».
- 1:11:51 C'est-à-dire qu'ils ont enlevé l'expression « lingot recouvert d'argent ».
- 1:11:54 Ils ont enlevé le mot « Maroc ».
- 1:11:56 Ils ont enlevé l'expression « lingot recouvert d'argent ».
- 1:12:00 Et en très peu de temps, les résultats de notre audite ont été enterrés.
- 1:12:07 Calotis a ensuite été déclaré totalement conforme par Ernst & Young.
- 1:12:18 Comment analysez-vous la réaction d'Ernst & Young ?
- 1:12:21 Le groupe connaissait les faits et les résultats de notre audite.
- 1:12:25 Tout est dans mon rapport.
- 1:12:27 On les a plusieurs fois alertés.
- 1:12:32 Donc, de mon point de vue, ce qu'a fait Ernst & Young est immoral, non professionnel et illégal.
- 1:12:41 Amjad Riad refuse de signer le rapport final.
- 1:12:45 Il affirme avoir ensuite été écarté par sa hiérarchie.
- 1:12:48 Sa hiérarchie, justement, la voici.
- 1:12:52 Hervé Labode.
- 1:12:55 Dans le top management d'Ernst & Young, il fait partie de ceux qui, selon Amjad Riad, auraient privilégié les intérêts de Calotis.
- 1:13:09 L'approche d'Hervé Labode était claire.
- 1:13:12 Il s'agissait d'aider le client et d'enterrer les résultats de l'audite.
- 1:13:17 Mais laissez-moi vous faire écouter une conversation que j'ai eue avec Hervé Labode.
- 1:13:27 Hervé, bonjour Amjad.
- 1:13:30 Comment ça va Hervé ?
- 1:13:32 Je vais bien et toi ?
- 1:13:34 En septembre 2013, Amjad Riad tente une dernière fois de faire valoir sa vérité.
- 1:13:39 Selon moi, le rapport a été complètement édulcoré. Vraiment.
- 1:13:43 Sur le cash, c'était pas transparent.
- 1:13:46 Sur le Maroc, la façon dont vous l'avez réécrit, ce n'est pas transparent non plus.
- 1:13:52 Amjad, Amjad.
- 1:13:55 Les choses sont en train de rentrer dans l'ordre.
- 1:13:58 Nous avons apaisé la relation avec Calotis.
- 1:14:02 Je me sens exclu.
- 1:14:03 Et je suis très à l'aise avec la manière dont le problème a été géré.
- 1:14:08 Nous accomplissons notre devoir et respectons l'engagement qui nous lie par contrat.
- 1:14:15 En fait, je ne faisais que mon travail en qualité d'associé de l'entreprise.
- 1:14:19 En refusant de signer.
- 1:14:21 Tu n'as pas fait ton devoir, Amjad.
- 1:14:25 Après cette conversation téléphonique, Amjad se rend compte qu'il n'y a pas de problème.
- 1:14:30 Après cette conversation téléphonique, Amjad Rian a fini par démissionner d'Ernst & Young.
- 1:14:37 Il a porté plainte contre son ancien employeur devant la justice britannique.
- 1:14:42 Le procès devrait se tenir cours en 2020.
- 1:14:45 Selon nos informations, le Français Hervé Labaude est parti à la retraite et a quitté Londres.
- 1:14:52 Nous tentons de le joindre sur son portable.
- 1:14:54 Oui, bonjour, monsieur. Vous êtes Hervé Labaude?
- 1:14:59 Vous êtes Hervé Labaude?
- 1:15:02 Vous n'êtes pas Hervé Labaude?
- 1:15:13 Hervé Labaude nous raccroche au nez.
- 1:15:16 Eh oui, Élise, c'était pourtant le bon numéro.
- 1:15:19 Nous avons également sollicité Ernst & Young.
- 1:15:21 Nous avons également sollicité Ernst & Young, qui refuse toute interview, mais nous a envoyé ce courriel.
- 1:15:29 M. Rian a soulevé certaines allégations infondées dans une plainte que nous contestons vigoureusement.
- 1:15:36 Nous sommes en procédure avec M. Rian et compte tenu de nos obligations de confidentialité, nous ne sommes pas en mesure de nous exprimer dans votre émission.
- 1:15:45 Quel dommage, nous aurions tant aimé leur parler de cash et de lingots.
- 1:15:52 Mais au fait, que deviennent les deux frères Eshchaouti?
- 1:15:57 Aux dernières nouvelles, ils sont toujours entre le Maroc et Dubaï et mènent des vies d'hommes d'affaires respectables.
- 1:16:03 Nul doute que ces banquiers occultes n'ont pas de problème de fin de mois.
- 1:16:08 Les Nations Unies estiment à 1600 milliards de dollars le montant de l'argent blanchi chaque année dans le monde.
- 1:16:15 De quoi transporter encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de valises.
- 1:16:27 C'est la fin de ce nouveau numéro de Cash Investigation.
- 1:16:31 On se retrouve très vite pour une nouvelle enquête.
- 1:16:34 Excellente fin de soirée sur France 2.
- 1:16:35 Merci. Bonsoir.
- 1:17:05 Sous-titrage Société Radio-Canada
L'enquête "Cannabis, la multinationale du blanchiment" de Cash Investigation plonge au cœur des mécanismes complexes et internationaux du blanchiment d'argent issu du trafic de cannabis. Le reportage débute en France, où le marché du cannabis génère plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel, entièrement en liquide. Cet argent sale doit être blanchi pour être réinvesti dans l'économie légale.L'investigation révèle d'abord le rôle crucial des "collecteurs", des individus qui ramassent des millions d'euros en petites coupures, souvent de manière insoupçonnable, comme un ambulancier utilisant son véhicule pour transporter des sacs de cash à travers Paris. Ces collecteurs, parfois des étudiants, opèrent pour le compte de superviseurs basés à l'étranger, utilisant un langage codé pour leurs transactions. La police française, à travers le témoignage du capitaine Quentin Meug, explique comment ces réseaux fonctionnent et comment ils ont réussi à démanteler une partie de ces opérations, révélant des sommes colossales transitant par ces collecteurs (plus de 250 millions d'euros pour un seul réseau).Le reportage explore ensuite la manière dont les trafiquants investissent cet argent. Un ancien trafiquant, dont le témoignage est reconstitué, explique comment il a accumulé des millions et les a réinvestis dans l'immobilier au Maroc et en Algérie, ainsi que dans des sociétés de transport ou de téléphonie en France, générant des revenus légaux considérables. Pour transférer ces fonds à l'international, ils utilisent les services de "sarafs", des banquiers occultes qui permettent de déplacer des sommes importantes d'un pays à l'autre sans passer par le système bancaire traditionnel, fonctionnant sur la confiance et le téléphone.L'enquête suit la piste de ces fonds jusqu'à Dubaï, en passant par la Belgique où l'argent de la drogue est transformé en or. À Dubaï, les frères Esh Chahouti, à la tête de la société Renade International, sont identifiés comme des acteurs majeurs de ce blanchiment, vendant des tonnes d'or à Calotis, le plus grand raffineur d'or de l'émirat. Le reportage met en lumière des pratiques suspectes chez Calotis, notamment l'achat d'or "maquillé" en argent et des paiements massifs en cash, totalisant plus de 5 milliards de dollars en une seule année.Le point culminant de l'enquête concerne le rôle du cabinet d'audit mondial Ernst & Young (EY). Un ancien auditeur d'EY, Amjad Rian, révèle comment il aurait découvert des irrégularités majeures chez Calotis, incluant des fournisseurs à haut risque et des falsifications de documents. Il allègue que sa direction chez EY aurait ensuite édulcoré et falsifié son rapport d'audit pour protéger les intérêts de Calotis, déclarant l'entreprise conforme malgré les preuves contraires. Amjad Rian a démissionné et poursuit EY en justice, dénonçant des pratiques "immorales, non professionnelles et illégales".En conclusion, le documentaire expose la sophistication et l'ampleur du blanchiment d'argent du cannabis, montrant comment des réseaux criminels exploitent la mondialisation et la complaisance de certains acteurs financiers pour réintroduire des sommes colossales dans l'économie légale, échappant ainsi à l'impôt et à la justice.
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