Arte documentaire : CONTINUEREZ-VOUS À MANGER DU SAUMON ?
Connectez-vous pour changer la langue des sous-titres, ajuster la vitesse et la taille/couleur des sous-titres.
Ce documentaire explore l'industrie du saumon, ses conséquences environnementales et culturelles, notamment en Norvège et au Chili, et la menace qu'elle représente pour le saumon sauvage, tout en interrogeant la durabilité de sa consommation.
- 0:00 C'est l'histoire de la nature, de l'homme, et d'un poisson dont les hommes ne veulent
- 0:08 plus se passer quoi qu'il en coûte.
- 0:10 Le saumon atlantique, une espèce originaire de Norvège.
- 0:15 La force et l'énergie de cette créature magnifique sont tellement fantastiques qu'elle
- 0:24 vous coupe le souffle.
- 0:25 Dans la haute gastronomie française aussi, le saumon s'est taillé la part du lion.
- 0:31 Tous les clients qui s'asseyaient à la table des trois gros souhaitaient goûter au saumon
- 0:40 à l'oseille.
- 0:41 Flairant le bon filon, l'homme a ainsi décidé d'élever le saumon.
- 0:49 C'est de l'or, et c'est ce qui le rend cool.
- 0:53 Mais même les médailles d'or ont un revers.
- 0:59 En 2018, 50 millions de saumons sont morts à cause de conditions d'élevage déplorables.
- 1:06 En Norvège, comme dans le Pacifique.
- 1:10 Le Chili est le pays où l'industrie du saumon enregistre le plus grand nombre de
- 1:27 morts et d'accidents au niveau mondial.
- 1:29 Et aujourd'hui, le saumon d'élevage menace le saumon sauvage.
- 1:36 On le tue parce qu'il s'est échappé d'une ferme d'élevage, il n'a rien à faire dans
- 1:44 cette rivière.
- 1:45 On ne veut pas qu'il fraie avec les saumons sauvages.
- 1:47 En Norvège, les saumons sauvages se font de plus en plus rares.
- 1:52 Ces 35 dernières années, la population de saumons sauvages a été divisée par deux
- 1:58 en Norvège.
- 1:59 Il est clair que cette espèce est menacée, qu'un gros nuage noir plane au-dessus d'elle.
- 2:33 La Norvège, le pays des fjords.
- 2:41 Autrefois, le fleuve d'Olé regorgeait de saumons sauvages.
- 2:45 Canesse Brovik a la protection de l'environnement chevillé au corps.
- 2:52 Mandaté par la Fédération des chasseurs norvégiens, il s'occupe d'enfants et d'adolescents
- 2:56 qui ont des problèmes d'apprentissage.
- 2:58 Il faut tenir la canne bien haut, ne jamais lâcher.
- 3:02 On lance la ligne et on la remonte lentement.
- 3:04 Le saumon est là-bas, au bout de la rivière.
- 3:06 C'est là que le poisson doit mordre à l'hameçon.
- 3:08 Et il y a un saumon énorme dans cette rivière.
- 3:11 Énorme ! Compris ?
- 3:13 Canesse Brovik sait de quoi il parle.
- 3:21 Il a pour ainsi dire grandi avec le saumon.
- 3:24 Ses méthodes pédagogiques sont toujours en lien avec la nature.
- 3:33 Pour lui, la pêche est bien plus qu'une thérapie.
- 3:36 Le saumon fait partie de notre patrimoine culturel, de notre identité en tant que Norvégiens.
- 3:47 C'est aussi le symbole de la force ultime de la nature.
- 3:55 Cette force ultime, elle se ressent physiquement quand le saumon mord à l'hameçon, quand
- 4:04 il tire sur la ligne.
- 4:06 Pour Canesse, c'est une expérience sensorielle difficile à décrire, mais qui visiblement
- 4:16 rend accro.
- 4:17 Je pense au saumon tous les jours de l'année.
- 4:24 Quand tu pèches ton premier saumon, c'est difficile à expliquer.
- 4:35 C'est difficile parce que la force que tu ressens, elle te parcourt de la tête au pied.
- 4:44 Et tu te mets à trembler.
- 4:47 C'est le « salmon shake », le tremblement du saumon.
- 4:53 La pêche au saumon, c'est une expérience très particulière.
- 4:58 Et quand tu attrapes ton premier saumon, c'est une nouvelle vie qui commence.
- 5:04 Source de bien des émois, le saumon est une véritable passion pour de nombreux Norvégiens.
- 5:14 Un élément fondateur de leur identité.
- 5:16 Oui, mais voilà, ce mythe de la culture norvégienne est aujourd'hui menacé.
- 5:23 Les rivières ne sont plus aussi saumonneuses qu'avant.
- 5:26 Je m'inquiète beaucoup pour les saumons.
- 5:31 On est en train de les perdre les uns après les autres.
- 5:35 Comme des grains de sable qui vous filent entre les doigts.
- 5:43 Kenes Brovik a de bonnes raisons de s'inquiéter.
- 5:48 Le saumon a plus d'ennemis que d'amis.
- 5:51 Et voilà comment débute la vie de celui que beaucoup appellent le roi des poissons.
- 5:59 Les saumons aiment frayer dans le lit gravillonneux des rivières.
- 6:05 Dès leur sortie de l'œuf, les petits se mettent en route pour un long voyage.
- 6:11 Une aventure hautement périlleuse puisque le danger est partout.
- 6:16 Devenus ce que l'on appelle des smolt,
- 6:18 les jeunes saumons parcourent des milliers de kilomètres direction la mer.
- 6:31 Après un voyage à travers le monde qui dure plusieurs années,
- 6:35 le saumon revient là où il est né pour frayer à son tour.
- 6:39 Il déploie pour cela une force phénoménale.
- 6:42 Il faut lutter contre le courant, contre la pesanteur et franchir des obstacles.
- 6:48 Le poisson retrouve l'endroit où il a vu le jour comme s'il disposait d'un GPS intégré.
- 6:54 Mais son parcours est semé d'embûches.
- 7:00 L'homme est devenu le pire ennemi du saumon sauvage en multipliant les fermes d'élevage.
- 7:06 Aujourd'hui, on estime à 530 000 le nombre de saumons sauvages en Norvège
- 7:11 contre 400 millions au moins de saumons d'élevage.
- 7:18 Sur les rives de l'Etneu, un barrage à saumons a été dressé
- 7:22 pour les besoins d'un projet de recherche bien particulier.
- 7:26 L'objectif est de séparer le bon grain de l'ivraie,
- 7:30 car les saumons d'élevage menacent la population sauvage.
- 7:34 Chaque année, officiellement, plus de 183 000 poissons s'échapperaient des fermes.
- 7:40 Mais selon les experts, ils seraient bien plus nombreux.
- 7:48 En frayant avec leurs congénères en liberté,
- 7:53 les saumons d'élevage polluent l'ADN des saumons sauvages,
- 7:57 qui du coup ne le sont plus vraiment.
- 8:03 Mais est-ce là une façon de traiter le roi des poissons ?
- 8:11 Il modifie les caractéristiques de la population sauvage et réduit sa productivité.
- 8:18 Nous allons prélever de nombreux échantillons de cet exemplaire
- 8:21 pour tester d'éventuels agents pathogènes et être sûr qu'il a bien été classifié.
- 8:28 Mensuration, ADN, sang, tout est passé au crible
- 8:32 afin de sauver la réputation du saumon sauvage puissant et musculeux.
- 8:37 Car ce qui se vend surtout et dans le monde entier,
- 8:40 c'est l'image des eaux claires des fjords norvégiens et de ces étincelants poissons.
- 8:45 Il y a plusieurs décennies, la Norvège a découvert le potentiel de la salmoniculture.
- 8:50 Mais ses nombreuses évasions posent problème.
- 8:54 Nous avons constaté que les saumons d'élevage rivalisaient avec les sauvages en matière de nourriture.
- 8:59 Et que lorsqu'ils se reproduisaient avec les saumons sauvages,
- 9:04 ces derniers étaient moins vifs.
- 9:09 Ils arrivent moins bien à s'adapter à leur environnement naturel.
- 9:14 Comparé aux années 1980,
- 9:16 le nombre de saumons qui reviennent dans leurs rivières de naissance a baissé de 54%.
- 9:21 Soit plus de la moitié.
- 9:29 Ici, c'est la science qui décide quels saumons poursuivront leur voyage.
- 9:34 Un procédé qui coûte des millions d'euros à l'état norvégien.
- 9:38 Toute la question est maintenant de savoir comment la nature va gérer ça.
- 9:43 Est-ce que les saumons sauvages vont s'en remettre ?
- 9:47 Est-ce que la sélection naturelle va faire disparaître le matériel génétique des saumons d'élevage ?
- 9:53 Et si oui, en combien de temps ?
- 10:00 La patience est donc de mise en oeuvre.
- 10:03 Comme pour visiter une ferme d'élevage.
- 10:05 Les géants du secteur n'aiment pas trop qu'on mette son nez dans leurs affaires.
- 10:09 L'ancien champion de biathlon, Zandré Haïde, fait exception à la règle.
- 10:14 Il a accepté la présence de caméras dans sa ferme.
- 10:17 L'occasion pour Kenneth Brovik de lui parler du saumon sauvage et de son fameux tremblement.
- 10:23 T'as déjà pêché le saumon ?
- 10:25 Ouais, j'ai essayé. C'est vrai que j'ai pêché le saumon.
- 10:28 Et la pêche à la mouche ?
- 10:29 Non.
- 10:31 On peut dire que c'est hyper euphorisant à chaque fois que tu lances la mouche et que tu remontes la ligne.
- 10:40 Et le jour où un saumon mort pour la première fois et qu'il tire comme un malade,
- 10:45 ce jour-là, tu es pris par le tremblement du saumon.
- 10:51 Le tremblement du saumon.
- 10:53 Tu es pris par le tremblement du saumon.
- 10:58 Le salmon shake.
- 11:02 Kenneth s'intéresse à un problème que les éleveurs de saumon ont bien du mal à régler.
- 11:07 Le pouls du saumon.
- 11:09 Un tout petit parasite aux effets dévastateurs,
- 11:12 puisque dix pouls seulement peuvent provoquer la mort d'un saumon de petite taille.
- 11:17 Le problème, c'est qu'ils menacent aussi les saumons sauvages
- 11:20 qui passent obligatoirement devant cette ferme pour rejoindre la mer.
- 11:26 Sur dix poissons, combien de pouls tu vas trouver ?
- 11:29 Là, maintenant, 0,1 chez les reproducteurs.
- 11:32 La limite légale est à 0,5.
- 11:36 On aimerait bien se développer et devenir une entreprise plus durable encore.
- 11:41 Et ça, c'est un des critères.
- 11:43 Le développement durable.
- 11:45 Un objectif à la mode pour de nombreuses entreprises depuis quelques années.
- 11:50 Mais comment y arriver lorsque la nature est façonnée par l'homme ?
- 11:56 Pour savoir si les poissons sont infestés de pouls,
- 11:59 quelques spécimens sont anesthésiés avant examen.
- 12:05 Je pense pas qu'il y ait beaucoup de pouls.
- 12:08 Je pense pas qu'il y ait beaucoup de pouls.
- 12:11 Tu revois ?
- 12:20 Je suis pas sûr.
- 12:27 Non, je n'en vois aucun.
- 12:31 L'examen est terminé.
- 12:33 Retour à la case départ.
- 12:38 Dans l'un de ces enclos flottants,
- 12:40 l'entreprise Haïde Fjordbrook élève 90 000 poissons.
- 12:45 A elle seule, cette ferme comptabilise 650 000 saumons qu'il faut bien sûr alimenter.
- 12:54 Ce carnassier se nourrit normalement d'autres animaux aquatiques.
- 12:58 Dans l'incapacité de fournir autant de poissons aux saumons,
- 13:02 l'homme en a fait une.
- 13:05 Je suis en train de nourrir les poissons.
- 13:08 Grâce aux caméras, je peux voir s'ils mangent bien tous les granulés
- 13:13 et s'ils sont rassasiés.
- 13:15 Et là, si vous regardez bien,
- 13:18 les granulés glissent vers le fond
- 13:20 avant d'être avalés par les poissons.
- 13:24 Mais que continue-t-il ?
- 13:27 Je ne sais pas.
- 13:29 Pour le savoir, direction Bremerhaven, dans le nord de l'Allemagne,
- 13:33 les scientifiques de l'Institut Thunen consacrent l'essentiel de leurs travaux
- 13:37 à la pisciculture et à l'alimentation des poissons.
- 13:41 Ces dernières années, l'aquaculture joue un rôle de plus en plus important
- 13:45 dans l'alimentation de la population mondiale.
- 13:47 Mais le saumon est trop cher pour nourrir toute la planète.
- 13:52 Les poissons et les saumons,
- 13:55 mais le saumon est trop cher pour nourrir toute la planète.
- 13:59 Quelle dose de protéines animales voulons-nous consommer ?
- 14:02 Pour le professeur Fokken, c'est une question centrale,
- 14:05 car actuellement, nous en mangeons deux fois plus que nécessaire.
- 14:09 Le professeur travaille en ce moment sur les carpes,
- 14:12 qui ont besoin de bien moins de farine de poisson que les saumons.
- 14:16 L'époque où la nourriture destinée aux poissons
- 14:19 était constituée pour moitié de farine de poisson
- 14:22 a évolué depuis longtemps, y compris pour les saumons.
- 14:26 Là, tout en bas, nous avons environ 10% de farine de poisson,
- 14:30 puis une grosse quantité de protéines de soja,
- 14:33 puis environ 4 à 5% d'huile de poisson.
- 14:39 La nourriture destinée aux saumons contient donc aujourd'hui jusqu'à un tiers de soja.
- 14:45 Mais qui dit plus de végétaux et moins de poissons, dit aussi moins d'oméga-3,
- 14:49 ces acides gras qui font du saumon une nourriture très attractive pour l'homme.
- 14:54 Et ce qui fait que nous aimons tant le roi des poissons, c'est aussi sa couleur orangée.
- 15:03 Le saumon sauvage doit sa couleur à ce que l'on appelle l'astaxanthine.
- 15:08 Il s'agit d'un pigment que l'on trouve dans les petits crustacés.
- 15:13 Pour le saumon d'élevage, c'est la même chose.
- 15:16 Sa couleur rougeâtre provient de sa nourriture,
- 15:19 à laquelle on ajoute généralement de l'astaxanthine synthétique.
- 15:25 L'essentiel, c'est de faire illusion.
- 15:31 Retour en Norvège, à Oslo.
- 15:33 C'est ici, à la maison de l'environnement,
- 15:36 que se trouve le siège de la fondation Sauver la forêt tropicale.
- 15:41 Ida Brecken-Claudy est l'une de ses porte-paroles.
- 15:45 Mais quel rapport peut-il bien y avoir entre le saumon de Norvège
- 15:48 et la forêt tropicale brésilienne ?
- 15:53 En fait, il y a un lien très étroit entre le saumon de Norvège
- 15:56 et la forêt tropicale d'Amérique du Sud,
- 15:59 parce que le saumon mange du soja.
- 16:02 Et c'est principalement à cause du soja que les forêts sud-américaines sont déboisées.
- 16:07 C'est une industrie mondiale en plein essor,
- 16:10 et elle est devenue hors de contrôle.
- 16:15 Hors de contrôle,
- 16:17 comme les feux qui ont ravagé l'Amazonie à l'été 2019.
- 16:22 Ces incendies font partie de la stratégie de déboisement
- 16:25 pour créer des surfaces cultivables
- 16:27 et nourrir une population mondiale en constante augmentation,
- 16:30 si l'on en croit les éleveurs de bétail et les cultivateurs de soja.
- 16:34 Un argument que les éleveurs de saumon utilisent eux aussi volontiers.
- 16:44 Jusqu'à un certain point,
- 16:46 je peux comprendre l'argument de la salmoniculture
- 16:49 selon lequel il nous faut plus d'aliments pour nourrir la planète.
- 16:52 Mais le saumon norvégien est un produit tellement cher
- 16:55 qu'il rapporte surtout au marché des produits de luxe.
- 16:59 Le soja a besoin de place.
- 17:01 Beaucoup de place.
- 17:03 Et l'économie mondiale a besoin de croissance.
- 17:06 Beaucoup de croissance.
- 17:08 C'est le crédo de l'industrie du soja.
- 17:10 Ironie de l'histoire,
- 17:12 la Norvège est aussi le donateur le plus important
- 17:15 pour la sauvegarde de la forêt amazonienne.
- 17:18 L'industrie du saumon est très puissante.
- 17:21 C'est la deuxième industrie de Norvège.
- 17:25 Et le gouvernement compte multiplier par cinq
- 17:28 la production de saumon d'ici à 2050.
- 17:35 Si à cette date, le saumon est nourri de la même façon qu'aujourd'hui,
- 17:39 ce sera forcément aux dépens de la forêt brésilienne.
- 17:45 Le transport de cette nourriture par cargo pose lui aussi problème.
- 17:49 Pour qu'elle se conserve mieux,
- 17:51 de l'étoxyquine lui est ajoutée,
- 17:53 un produit de plus en plus cher.
- 17:55 Cet antioxydant ralentit le processus de pourrissement
- 17:58 et empêche la nourriture de s'enflammer spontanément,
- 18:01 voire d'exploser avant d'arriver en Norvège.
- 18:04 Après la Chine,
- 18:06 la Norvège est le deuxième plus gros exportateur de poissons au monde.
- 18:10 Et après le pétrole,
- 18:12 l'élevage du saumon est le secteur économique le plus important du pays.
- 18:16 En 2019,
- 18:18 les autorités norvégiennes ont déclaré
- 18:20 qu'il n'y aurait plus d'exportation du saumon.
- 18:23 En 2019,
- 18:25 les autorités norvégiennes ont octroyé plus de 1 400 concessions
- 18:28 spécialisées dans l'élevage du saumon.
- 18:30 Sur ces innombrables fermes de saumon,
- 18:32 500 tournent en simultané.
- 18:34 Elles bordent la côte norvégienne,
- 18:36 tel un chapelet.
- 18:38 La loi norvégienne interdit à quiconque
- 18:40 d'approcher une ferme d'élevage à moins de 100 m,
- 18:43 sans être accompagnée par l'un de ses responsables.
- 18:46 Pas de quoi effrayer le Suédois Michael Fruedin,
- 18:49 journaliste d'investigation et passionné de pêche au saumon.
- 18:52 Il est aussi l'auteur du documentaire Artificial,
- 18:55 un film-choc sur la salmoniculture.
- 18:58 Dans l'extrême nord du pays, sur l'Alta,
- 19:01 le plus beau fleuve à saumon de Norvège,
- 19:03 Fruedin est allé examiner de près une ferme d'élevage.
- 19:09 J'ai toujours voulu voir une de ces fermes.
- 19:14 On a enfilé nos combinaisons de plongée,
- 19:17 on a sauté dans l'eau,
- 19:20 et on s'est approchés furtivement d'une de ces fermes.
- 19:30 Je savais que je verrais des tonnes de poissons,
- 19:33 mais je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi horrible.
- 19:37 C'était tellement horrible,
- 19:40 l'enclos était plein de poissons malades.
- 19:43 Certains étaient infestés de champignons,
- 19:46 d'autres étaient en forme de S,
- 19:49 la plupart avaient des plaies aussi larges que ma main.
- 20:04 C'était comme aller dans une ferme
- 20:07 et voir des vaches ensanglantées, couvertes de plaies,
- 20:10 et qui arrivent à peine à respirer.
- 20:13 Qui aurait envie de les manger ?
- 20:16 Personne.
- 20:18 Pour ces poissons c'est la même chose.
- 20:21 Mais comme ils vivent sous l'eau,
- 20:23 personne ne les voit et personne ne le sait.
- 20:27 Michael Fruedin a été poursuivi en justice par le gérant de la ferme.
- 20:31 Il n'en reste pas moins que les résidus de cuivre des enclos
- 20:34 et les matières fécales des poissons
- 20:37 posent de gros problèmes aux producteurs de saumon,
- 20:40 car les océans s'acidifient.
- 20:43 Retour dans le sud de la Norvège,
- 20:46 à Bergen, la capitale de la salmoniculture norvégienne.
- 20:49 C'est ici que se trouve le siège
- 20:52 de la plupart des producteurs de saumon,
- 20:55 mais aussi l'Institut de recherche pour l'aquaculture et la vie marine, Norse.
- 20:59 Le biologiste allemand Ulrich Pulgi travaille
- 21:02 et l'analyse de la situation actuelle est alarmante.
- 21:08 On peut comparer l'élevage du saumon
- 21:11 à l'élevage de porc.
- 21:14 Ce sont tous les deux des élevages de masse, industriels.
- 21:17 Et je dirais même que l'élevage de saumon
- 21:20 est encore pire,
- 21:23 car ses pertes sont bien plus importantes.
- 21:26 20% des saumons meurent dans leurs enclos.
- 21:30 Ce sont des chiffres qui seraient inacceptables
- 21:33 dans l'élevage de porc et de bovin.
- 21:36 En 2018, 50 millions de saumons sont morts
- 21:39 dans des fermes
- 21:42 parce que leurs conditions d'élevage sont déplorables.
- 21:48 Le roi des poissons est devenu un produit de masse,
- 21:51 le bon comme le mauvais.
- 21:54 Ulrich Pulgi consacre une bonne partie de son temps
- 21:57 aux victimes des poux du saumon.
- 22:00 Même les poissons nettoyeurs que les éleveurs utilisent
- 22:03 pour débarrasser les saumons des parasites meurent par millions.
- 22:06 Quant au bien-être animal sous l'eau,
- 22:09 il n'intéresse personne.
- 22:12 Les poux sont des parasites naturels
- 22:15 qui n'épargnent pas les saumons sauvages.
- 22:18 Mais l'expansion des fermes d'élevage
- 22:21 a augmenté d'autant le risque de contamination.
- 22:24 Pour les parasites, le potentiel du poux augmente
- 22:27 quand le nombre d'hôtes se multiplie.
- 22:30 Et c'est ce qui arrive au saumon d'élevage.
- 22:35 Actuellement, ils sont environ 350 millions dans les fjords.
- 22:41 Cela représente un potentiel énorme pour un parasite
- 22:44 comme le poux du saumon.
- 22:47 Et même si les éleveurs essaient d'éradiquer le problème,
- 22:50 la marge de manœuvre reste immense pour les poux.
- 22:53 Les hôtes sont si nombreux
- 22:56 que le nombre d'œufs de ces parasites l'est aussi
- 22:59 et que ces œufs finissent par s'accrocher aux saumons sauvages.
- 23:03 Tout en soutenant l'aquaculture,
- 23:06 l'État norvégien injecte des millions d'euros
- 23:09 dans la recherche pour préserver le saumon sauvage.
- 23:12 Reste qu'il est aujourd'hui menacé de toutes parts.
- 23:18 Le poux du saumon et l'intrusion génétique des saumons
- 23:21 qui s'échappent des fermes d'élevage
- 23:24 sont considérés comme les deux plus gros problèmes
- 23:27 auxquels le saumon sauvage est confronté.
- 23:30 Mais ce ne sont sans doute pas les seuls
- 23:33 car tout n'a pas été étudié
- 23:36 et on ignore encore par exemple
- 23:39 les faits que peuvent avoir sur les saumons sauvages
- 23:42 les maladies qui touchent les saumons d'élevage.
- 23:45 Mieux connaître les dangers qui guettent le roi des poissons.
- 23:48 Jean Flecke, président de la fondation Sauver le saumon sauvage.
- 23:54 Là je me rends sur les rives de la Berbie.
- 23:57 C'est un tout petit cours d'eau dans le sud de la Norvège,
- 24:00 près de la frontière suédoise.
- 24:03 Depuis quelques semaines,
- 24:06 des saumons sont retrouvés morts dans la rivière
- 24:09 et personne ne sait de quelle maladie ils souffrent.
- 24:12 Je veux aller voir ce qu'il se passe.
- 24:19 Jens-Olaf Flecke dirige sa propre entreprise.
- 24:22 Il travaille dans la logistique et les emballages verts,
- 24:25 c'est-à-dire sans plastique.
- 24:28 Mais comme son ami Kenneth Browick,
- 24:31 il consacre tout son temps libre aux saumons.
- 24:35 Salut Bjarne, merci d'être venu.
- 24:38 De rien, j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances.
- 24:41 Oui, on a connu des jours meilleurs.
- 24:44 C'est terrible.
- 24:47 Tu veux voir les poissons qu'on a repêchés ?
- 24:50 Oui.
- 24:54 J'ai entendu dire que vous en aviez sorti beaucoup.
- 24:57 Une cinquantaine.
- 25:00 On va voir ça, Bjarne.
- 25:04 C'est pas beau à voir.
- 25:07 Je redoute un peu.
- 25:10 Oh mon Dieu.
- 25:13 Je vais te montrer les plus mal en point.
- 25:16 Celle-ci est congelée.
- 25:19 Celui-ci, par exemple, regarde ici,
- 25:22 près de la nageoire anal.
- 25:25 On voit qu'il y a une sorte d'hématome.
- 25:28 Il y a des meurtrissures au niveau de chaque nageoire.
- 25:31 À la base de chacune, il y a du sang.
- 25:34 Et ce sang devient marron
- 25:37 quand il passe trop de temps hors de l'eau,
- 25:40 à l'air libre.
- 25:43 C'est un peu comme si ces poissons pourrissaient vivants.
- 25:46 Oui, c'est ça.
- 25:49 Ils se décomposent et pourrissent tout simplement.
- 25:56 La rivière Berby a été fermée.
- 25:59 Jens Olaf et son ami du club de pêche local
- 26:02 cherchent des poissons malades.
- 26:05 Les poissons sauvages sont régulièrement victimes
- 26:08 des maladies qui se développent dans les fermes d'élevage.
- 26:12 Au printemps dernier,
- 26:14 8 millions ont été tués par une algue toxique.
- 26:41 Pourquoi les saumons meurent-ils par dizaines
- 26:44 dans la rivière Berby ?
- 26:47 Pour le savoir, Jens Olaf a envoyé
- 26:50 l'un des spécimens de la rivière Berby
- 26:53 à l'hôpital de Berby.
- 26:56 C'est l'hôpital de Berby.
- 26:59 C'est l'hôpital de Berby.
- 27:02 C'est l'hôpital de Berby.
- 27:05 C'est l'hôpital de Berby.
- 27:08 Pour le savoir, Jens Olaf a envoyé
- 27:11 l'un des spécimens à l'institut vétérinaire d'Oslo.
- 27:14 Il a tenu à assister à l'autopsie
- 27:17 pour apprendre en direct ce qui ne tourne pas rond
- 27:20 dans la rivière ou le fjord.
- 27:23 Mais même la médecine a ses limites.
- 27:26 Les influences environnementales sont trop nombreuses
- 27:29 pour déterminer clairement les causes
- 27:32 de cette mortalité massive dans la rivière Berby.
- 27:38 Ces poissons sont beaux à voir,
- 27:41 mais ils se comportent de façon anormale.
- 27:44 Ils traversent un fjord long et étroit
- 27:47 où se trouvent d'anciens sites industriels et miniers.
- 27:50 Nous n'en sommes pas certains, mais il se pourrait
- 27:53 que dans ce fjord, les poissons entrent en contact
- 27:56 avec un élément qui les rend malades
- 27:59 et qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
- 28:02 Ça pourrait expliquer pourquoi il y a des problèmes
- 28:06 surtout quand on ne sait pas vraiment quel est le problème.
- 28:09 Par sécurité, la rivière Berby a donc été fermée.
- 28:12 Les saumons sauvages ont-ils été contaminés dans la rivière,
- 28:15 entre la source et l'embouchure,
- 28:18 ou plutôt dans la mer ?
- 28:21 Les océans et les fleuves sont pollués par des milliers
- 28:24 de substances synthétiques et chimiques,
- 28:27 d'où la difficulté, même pour un spécialiste,
- 28:30 d'établir un diagnostic.
- 28:33 Actuellement, l'environnement est soumis
- 28:36 à une multitude d'influences.
- 28:39 Il est possible que ce fjord subisse une pollution quelconque,
- 28:42 mais nous n'en sommes pas sûrs.
- 28:45 Ce qui est certain, c'est que les activités humaines
- 28:48 influent beaucoup sur les cours d'eau et les océans
- 28:51 et que cette influence n'est pas bonne.
- 28:56 Sauver le saumon sauvage.
- 28:59 Jens Olaf Flecke fait tout ce qui est en son pouvoir
- 29:02 fascinant. Et il n'est pas le seul.
- 29:05 Kenes Brovik n'a qu'une seule chose en tête.
- 29:11 Je vois un saumon énorme.
- 29:14 Mon pouce accélère.
- 29:17 On est en train d'assister à un spectacle incroyable.
- 29:20 Doucement.
- 29:32 Approche-toi tout doucement.
- 29:35 La femelle est juste devant nous et le mâle est à côté d'elle.
- 29:38 Regardez ça.
- 29:41 Regardez, il frétille.
- 29:44 Et il laisse échapper sa laitance.
- 29:47 C'est fantastique de voir ça.
- 29:50 Le poisson tremble de tout son corps.
- 29:53 Regardez.
- 29:56 Quelle chance d'assister à ce spectacle.
- 29:59 C'est la première fois que je vois ça.
- 30:02 C'est fantastique.
- 30:09 Incroyable.
- 30:17 L'aéroport international d'Oslo.
- 30:20 Ici, un terminal tout entier est dédié au poisson
- 30:23 et bien sûr au saumon atlantique.
- 30:26 A l'aéroport d'Oslo, le Salmo Salar,
- 30:29 c'est son nom scientifique, a le vent en poupe.
- 30:34 Et voici son plus grand fan, Martin Langas,
- 30:37 directeur du fret aérien.
- 30:40 Son surnom, l'Axen, saumon en français.
- 30:43 La majeure partie de nos exportations de saumon
- 30:46 est destinée à l'Asie et aux Etats-Unis.
- 30:49 En Asie, par exemple, on livre le Japon et la Corée
- 30:52 qui représentent le plus gros marché.
- 30:55 Vers l'Australie, Addis-Abeba, la Malaisie,
- 30:58 la Thaïlande, le Qatar, l'Afrique du Sud.
- 31:01 Le saumon s'exporte partout dans le monde
- 31:04 et pour nous, c'est un sacré avantage
- 31:07 parce que quelle que soit la compagnie aérienne
- 31:10 avec laquelle nous travaillons, on peut toujours
- 31:13 remplir la cargaison avec du saumon.
- 31:16 Grâce à M. Saumon, jamais un avion ne décolle à vide
- 31:19 de l'aéroport d'Oslo.
- 31:22 Les aériens à Oslo enregistrent des taux de croissance
- 31:25 à faire rêver plus d'un aéroport.
- 31:28 Et Martin Langas ne compte pas s'arrêter là.
- 31:31 Je pense que les poissons et les animaux marins
- 31:34 représentent une chance énorme pour la Norvège.
- 31:37 Nous devons davantage industrialiser l'élevage,
- 31:40 développer encore plus l'aquaculture.
- 31:43 Là, c'est juste un début.
- 31:46 L'année 2020 a bien commencé pour la salmoniculture norvégienne.
- 31:49 Les poissons ont été exportés
- 31:52 pour une valeur totale de 677 millions d'euros.
- 31:55 La valeur ajoutée a même enregistré un record historique.
- 31:58 Tandis que les volumes n'ont augmenté que de 3%,
- 32:01 les recettes, elles, ont bondi de 21%.
- 32:04 Pour vous aider à visualiser l'importance de cette industrie,
- 32:07 imaginez qu'on prenne toutes les caisses de poissons
- 32:10 qui sont exportées dans le monde.
- 32:13 Cela ferait une sorte de passerelle qui irait d'Oslo à Shanghai.
- 32:16 Voilà l'ampleur des exportations.
- 32:19 Et elles augmentent chaque année.
- 32:22 Une croissance jusqu'ici illimitée.
- 32:25 L'objectif est de multiplier par 5 l'élevage du saumon dans le Nord.
- 32:28 Selon Martin Langas,
- 32:31 cela assurerait à la pisciculture norvégienne
- 32:34 un chiffre d'affaires potentiel de 50 milliards d'euros par an.
- 32:37 Pour les éleveurs, une somme aussi alléchante
- 32:40 qu'un filet de saumon, sauvage ou pas.
- 32:46 Un vol classique d'Oslo vers Bangkok, par exemple,
- 32:49 transporte 300 passagers et 30 tonnes de saumon,
- 32:52 ce qui représente 2 sources de revenus importantes.
- 32:55 Il n'existe pas beaucoup d'aéroports en Europe
- 32:58 qui combinent aussi bien le transport de passagers et le fret.
- 33:04 L'aéroport d'Oslo arrive déjà aux limites de ses capacités.
- 33:07 Un nouveau terminal doit être construit,
- 33:10 surtout si la pisciculture se développe selon les prévisions du gouvernement
- 33:13 et que les quantités de marchandises augmentent.
- 33:17 Pour moi, la fraîcheur des produits norvégiens est incomparable.
- 33:20 Avec nos fjords et nos glaciers,
- 33:23 nos paysages comptent parmi les plus beaux du monde.
- 33:26 Pouvoir livrer au monde entier les produits de mon pays me remplit de fierté.
- 33:29 Chaque fois que j'entends décoller un avion de fret,
- 33:32 je me retourne pour le regarder s'élever dans les airs,
- 33:35 parce que je suis fier que toute la planète
- 33:38 puisse profiter de notre poisson norvégien.
- 33:42 Pas de doute, M. Saumon voit la vie en rose.
- 33:55 Le Japon, Tokyo,
- 33:58 son marché aux poissons.
- 34:01 Bienvenue au pays du sushi.
- 34:07 Et qui est, pour ainsi dire, dixième Dan en sushi ?
- 34:10 En sushi au saumon ?
- 34:13 Un Norvégien.
- 34:16 Eric Olsen est un grand maître d'aïkido reconnu au niveau international.
- 34:19 Mais c'est aussi lui qui a propulsé le saumon dans les rouleaux de sushi.
- 34:25 Je fais de l'aïkido de façon intensive depuis plus de 40 ans.
- 34:30 J'ai longtemps vécu et pratiqué au Japon
- 34:33 et j'enseigne en Norvège à titre semi-professionnel.
- 34:37 Les connaissances que j'ai acquises grâce à l'aïkido
- 34:40 sur la culture et la mentalité japonaise
- 34:43 m'ont beaucoup aidé à développer des stratégies
- 34:46 pour introduire le saumon norvégien au Japon.
- 34:51 Aïkido signifie la voie de l'harmonie.
- 35:07 Absorber l'énergie de l'adversaire pour la faire sienne.
- 35:10 L'aïkido est un art martial basé sur la défense.
- 35:13 C'est donc de manière harmonieuse, à la japonaise,
- 35:16 que le saumon norvégien a entrepris de conquérir le marché japonais
- 35:19 sous un nom de code, le projet Japon.
- 35:22 A la solde du gouvernement norvégien,
- 35:25 Eric Olsen, spécialiste du marketing.
- 35:28 Son objectif, vendre du poisson au japonais
- 35:31 qui pourtant n'en manque pas.
- 35:36 Dans le projet Japon, ma mission était d'analyser le marché japonais
- 35:39 et de développer des stratégies pour les différents poissons
- 35:42 que nous voulions y introduire.
- 35:45 Ce marché est l'un des plus conservateurs au monde.
- 35:48 Il n'est pas très difficile d'y lancer, par exemple, des hamburgers,
- 35:51 un produit totalement nouveau qui n'est en concurrence
- 35:54 avec aucun produit traditionnel.
- 35:57 Mais introduire un produit aussi profondément ancré
- 36:00 dans la culture japonaise que le poisson, cela semblait impossible.
- 36:03 Pourtant, on s'est accroché.
- 36:06 Il y avait trop de potentiel pour qu'on renonce.
- 36:09 Au Japon, en matière de sushis,
- 36:12 c'était le thon qui se taillait la part du lion.
- 36:15 Le saumon atlantique n'était consommé qu'à la vapeur ou grillé,
- 36:18 jamais cru par crainte des parasites.
- 36:21 Produit par des éleveurs norvégiens,
- 36:24 c'était un aliment totalement nouveau.
- 36:27 Comment Olsen et son équipe ont-ils réussi à convaincre les consommateurs ?
- 36:33 En 1987-88,
- 36:36 quand nous avons commencé à introduire le saumon
- 36:39 sur le marché des sushis et des sashimis,
- 36:42 le processus a été très lent.
- 36:45 Le progrès était quasi inexistant.
- 36:48 Et puis, en 1991-92, la salmoniculture norvégienne
- 36:51 a été confrontée à un gros problème.
- 36:54 L'association des pisciculteurs a fait faillite
- 36:57 parce que la production avait augmenté trop vite.
- 37:01 De nombreuses entreprises ont déposé le bilan.
- 37:04 Les cours des actions se sont effondrés.
- 37:07 La salmoniculture norvégienne a dû se réorganiser,
- 37:10 mais les Norvégiens ne voulaient pas jeter leur stock de saumon congelé.
- 37:13 C'est ainsi que le projet Japon a commencé,
- 37:16 avec comme premier client,
- 37:19 un producteur japonais de fruits de mer.
- 37:22 Les premières cibles sur le marché
- 37:25 ont été les ménagères japonaises.
- 37:28 Ensuite et surtout, ce sont les cuisiniers professionnels
- 37:31 qu'il a fallu convaincre de confectionner des sushis
- 37:34 avec du saumon norvégien.
- 37:39 Les ménagères à qui on faisait goûter des sushis au saumon
- 37:42 trouvaient ça très bon.
- 37:45 Mais les professionnels de l'industrie, eux,
- 37:48 disaient que cela sentait mauvais,
- 37:51 que ça n'avait pas une belle couleur.
- 37:54 Ils décrétaient que la forme de sa tête était bizarre,
- 37:57 que le joueur était curieux, qu'il sentait le fleuve.
- 38:00 Et là, on a compris qu'en fait, tout était question de perception.
- 38:03 La perception, c'est la réalité.
- 38:06 Et quand on est vraiment persuadé qu'une chose est mauvaise, alors elle est mauvaise.
- 38:09 Donc on devait les faire changer d'avis.
- 38:12 On s'est alors tourné vers les chefs cuisiniers,
- 38:15 parce qu'ils étaient plus proches des consommateurs
- 38:18 et plus ouverts à notre produit que les industriels.
- 38:21 C'est ainsi que le saumon est devenu un succès au Japon,
- 38:24 d'autant qu'à cette époque, le thon commençait à se faire rare et donc cher.
- 38:27 Depuis plusieurs années maintenant,
- 38:30 le saumon est l'une des garnitures préférées des Japonais.
- 38:33 Contrairement à ce qui se pratique sur les tatamis d'aïkido,
- 38:36 sur le marché du poisson,
- 38:39 l'attaque est souvent la meilleure défense.
- 38:47 Retour en Norvège.
- 38:50 Aujourd'hui, Kenneth Brouwick est en cuisine avec son fils.
- 38:53 Il prépare une spécialité soi-disant japonaise.
- 38:58 Je vais cuisiner des pâtes au saumon
- 39:01 et puis
- 39:07 je vais aussi préparer quelques sushis.
- 39:13 Les sushis au saumon sont l'une de ses spécialités.
- 39:16 Kenneth Brouwick est un digne héritier du projet Japon.
- 39:20 A cette différence près qu'il n'utilise jamais de saumon d'élevage.
- 39:30 C'est du saumon sauvage.
- 39:35 Un des deux saumons que j'ai pêchés
- 39:38 et que je mangerai cette année.
- 39:41 Pour moi, c'est très important
- 39:45 préparer ce repas.
- 39:48 C'est une façon de célébrer le saumon.
- 39:53 Je dirais même d'honorer le saumon.
- 40:00 Le saumon, pour moi,
- 40:03 c'est de l'or.
- 40:06 Pas de l'argent.
- 40:09 Même si ses écailles sont argentées.
- 40:13 Mais vraiment de l'or.
- 40:16 Quand je mange du saumon,
- 40:19 je me rappelle toujours à quel point
- 40:22 c'est une créature incroyable.
- 40:25 Et cette créature
- 40:28 me donne sa chair
- 40:31 et je la savoure
- 40:34 avec un immense respect.
- 40:37 De l'honneur.
- 40:43 Chez Kenneth, la préparation du saumon
- 40:46 tient du rituel et confie nos religieux.
- 41:05 Mangez bien et bon en pleine conscience.
- 41:08 Kenneth met en pratique la devise
- 41:11 de la nourriture.
- 41:14 Son respect de mère nature
- 41:17 rappelle celui des indigènes.
- 41:20 Pour ce père de famille,
- 41:23 préserver la nature serait notre mission
- 41:26 à tous, justement en tant que parents.
- 41:34 Le poisson s'invite de plus en plus souvent
- 41:37 dans nos assiettes.
- 41:40 C'était la consommation moyenne
- 41:43 dans le monde en 2017.
- 41:46 La Norvège était loin devant
- 41:49 avec 43,7 kg.
- 41:52 Les Allemands, eux,
- 41:55 en ont mangé 13,4 kg.
- 41:58 Et les Français, 34.
- 42:01 Le saumon est l'un des poissons
- 42:04 les plus consommés en France et en Allemagne.
- 42:07 Pour accroître encore leur production,
- 42:10 ils ont investi le Pacifique
- 42:13 et implanté des élevages au large du Chili.
- 42:19 Le Rio Mapocho à Santiago,
- 42:22 la capitale chilienne.
- 42:25 Si ce fleuve est célèbre,
- 42:28 ce n'est pas pour son saumon,
- 42:31 mais pour les cadavres des adversaires de Pinochet
- 42:35 Juan Carlos Cardenas dirige
- 42:38 l'organisation écologiste Ecocéanos.
- 42:41 Le vétérinaire se bat surtout contre
- 42:44 la très puissante industrie salmonicole chilienne.
- 42:47 Petit tour sur le marché de Santiago
- 42:50 pour s'enquérir des tarifs du moment.
- 43:05 Juan Carlos Cardenas n'est pas là pour faire ses courses,
- 43:08 mais par intérêt pour les conditions de vie
- 43:11 des travailleurs de la pêche.
- 43:35 Même s'il est élevé ici aujourd'hui,
- 43:38 le saumon est un produit d'importation
- 43:41 car son ADN est norvégien.
- 43:44 Et il reste cher par rapport aux espèces locales.
- 43:47 C'est un produit de luxe au Chili.
- 44:04 Ça a de lourdes conséquences sur les espèces locales
- 44:07 parce que quand ils s'échappent,
- 44:10 et c'est un million de saumons d'élevage qui s'échappent chaque année,
- 44:13 ils dévorent les poissons d'ici qui sont sans défense.
- 44:16 Effectivement, le Chili se trouve dans le Pacifique.
- 44:19 Que vient y faire un poisson de l'Atlantique ?
- 44:27 L'île de Chiloé, dans le sud du pays,
- 44:30 aux confins de la Patagonie.
- 44:35 Juan Carlos Cardenas est né ici.
- 44:38 Le militant écologiste a gardé un lien très fort
- 44:41 avec la mer et ses riverains.
- 44:44 Cela fait des années qu'il se préoccupe du sort de son pays
- 44:47 et des siens.
- 44:52 Chiloé est la capitale du saumon chilien.
- 44:55 50% de la production en vient.
- 44:58 L'élevage industriel a commencé ici
- 45:01 il y a 30-40 ans.
- 45:04 Et ça fait une vingtaine d'années
- 45:07 que nous nous battons contre les effets de l'industrie du saumon
- 45:10 et que nous mettons en garde
- 45:13 contre ses conséquences environnementales,
- 45:16 sociales et culturelles.
- 45:22 L'adversaire est de taille, car la salmoniculture
- 45:25 connaît aussi une croissance fulgurante au Chili.
- 45:28 Et là encore, les entreprises sont fermées comme des huîtres.
- 45:31 Pas moyen de décrocher une interview,
- 45:34 pas plus qu'un tournage dans un atelier de production.
- 45:37 Transparence, zéro.
- 45:40 Seul le représentant des intérêts de la Fédération Industrielle
- 45:43 Salmon Chile a accepté de s'exprimer
- 45:46 devant nos caméras.
- 45:49 Pour lui, les chiffres parlent d'eux-mêmes.
- 45:53 L'an dernier, nous en avons vendu
- 45:56 pour 5,2 milliards de dollars environ.
- 45:59 C'est un record pour ce secteur.
- 46:02 Et cette année,
- 46:05 ce sera certainement un peu plus encore.
- 46:08 La Norvège est le premier producteur
- 46:11 de saumon sur le marché mondial.
- 46:14 En 2017, les Scandinaves en ont commercialisé
- 46:17 1,2 million de tonnes
- 46:20 et le Chili est arrivé en deuxième position avec 609 000 tonnes.
- 46:23 Dans les Andes aussi,
- 46:26 on mise tout sur la croissance.
- 46:29 Les Chiliens ont été à bonne école avec les Norvégiens.
- 46:32 Et bien sûr,
- 46:35 la croissance se doit d'être durable.
- 46:38 Le principal défi,
- 46:41 c'est effectivement de rendre cette industrie
- 46:44 de plus en plus durable.
- 46:47 Le Chili est relativement nouvel au Chili.
- 46:50 Mais nous avons acquis de l'expérience depuis.
- 46:53 Et il est clair que l'industrie chilienne a contribué
- 46:56 au développement du pays
- 46:59 et à l'amélioration de la qualité de vie.
- 47:02 Le saumon chilien, une belle réussite ?
- 47:05 Des voix affirment pourtant que Chiloé
- 47:08 est l'une des régions les plus pauvres du pays.
- 47:11 Non, Chiloé n'est pas la région
- 47:14 les plus pauvres du Chili.
- 47:17 C'est un mythe.
- 47:20 Elle était très pauvre avant l'arrivée de la salmoniculture.
- 47:23 Dans le secteur du saumon,
- 47:26 le niveau des salaires est aujourd'hui supérieur
- 47:29 de 30% au revenu moyen.
- 47:32 Le ministère chilien des Affaires sociales
- 47:35 ne voit pas les choses du même œil.
- 47:38 Selon le rapport officiel de la CASEN,
- 47:42 Niveau des salaires supérieur ?
- 47:45 Développement durable ?
- 47:48 Meilleure qualité de vie ?
- 47:51 Mais où s'en vont les milliards de l'industrie du saumon ?
- 47:54 Aujourd'hui, près de 30 ans après l'implantation
- 47:57 de la salmoniculture à Chiloé,
- 48:00 cette province est le 2e producteur mondial de saumon.
- 48:03 Mais c'est aussi l'une des 3 régions les plus pauvres du Chili.
- 48:06 Il y a plus d'argent qui circule, c'est vrai,
- 48:09 mais il est concentré dans un très petit nombre de mains.
- 48:15 Inégalité sociale, néolibéralisme effréné,
- 48:18 des émeutes ont éclaté dans tout le pays.
- 48:23 Le gouvernement chilien fait les frais de cette évolution.
- 48:30 Mais qu'en est-il des ouvriers de l'industrie du saumon ?
- 48:33 Kenneth Brevik s'informe par tchat auprès de son collègue chilien.
- 48:39 Et l'entreprise norvégienne du saumon
- 48:42 contrôle l'industrie du saumon à Chiloé.
- 48:45 Nous avons annoncé au mois d'octobre
- 48:48 que Chiloé est le pays
- 48:51 où l'industrie du saumon
- 48:54 a le plus haut niveau de mortalité
- 48:57 de travailleurs au monde.
- 49:00 Je suis choqué d'entendre ça.
- 49:03 Je ne savais pas que la situation des ouvriers
- 49:07 et du Chili en général était aussi grave.
- 49:10 Je ne connais pas l'histoire du pays.
- 49:18 Après cette conversation,
- 49:21 Kenneth a besoin d'un bol d'air.
- 49:24 Et pour cela, quoi de mieux que de retrouver ses cannes et ses appâts.
- 49:36 En route pour une partie de pêche à la mouche en famille.
- 49:39 Et pas n'importe où.
- 49:42 Dans le Lerdal.
- 49:45 Ce fleuve se trouve en plein cœur de la Norvège
- 49:48 et le passionné de pêche aime y taquiner le saumon.
- 50:00 Au bord de l'eau,
- 50:03 nous avons rencontré notre ami Jens-Ola Flecke.
- 50:22 Jens-Ola Flecke vient souvent ici.
- 50:25 Il connaît l'endroit comme sa poche
- 50:28 et sait exactement où lancer les lignes.
- 50:34 Un saumon.
- 50:37 Normalement, ils sont nombreux ici, à Unsteigen.
- 50:40 Mais pour le moment,
- 50:43 cette partie de pêche n'est pas une grande réussite.
- 50:53 C'est un bébé.
- 50:59 Je vais le relâcher.
- 51:04 Je pense qu'il va rejoindre la mer l'an prochain.
- 51:09 Et quand il reviendra, ce sera un véritable athlète.
- 51:16 C'est un joli petit poisson.
- 51:20 Mais nous, c'est des gros qu'on veut.
- 51:34 Où sont passés les gros poissons ?
- 51:37 On dirait que quelque chose ne tourne pas rond ici.
- 52:04 C'est très frustrant.
- 52:07 Il devrait y avoir du saumon dans ce fleuve.
- 52:10 Mais là, il n'y en a pas,
- 52:13 et ça me frustre.
- 52:16 Je me fais vraiment du souci pour les saumons.
- 52:19 Ça m'inquiète.
- 52:34 La pêche est un jeu de patience.
- 52:37 Surtout quand le poisson se fait rare.
- 52:40 C'est pourtant la haute saison pour le saumon.
- 52:43 Le lerdal devrait grouiller de poissons.
- 52:48 Les deux hommes persistent pendant plusieurs heures,
- 52:51 mais sans succès.
- 52:55 De toute évidence,
- 52:58 le saumon sauvage n'est pas remonté jusqu'au lerdal cette année.
- 53:01 Il y a plusieurs raisons à cela.
- 53:04 On trouve des élevages partout le long de la côte,
- 53:07 ce qui n'est pas très propice.
- 53:10 Cette année, jusqu'à 90% des jeunes smolts en route pour l'océan
- 53:13 ont été contrôlés par le lerdal.
- 53:16 Le lerdal n'est pas le seul.
- 53:19 Il y a aussi des petits poissons.
- 53:22 Plusieurs jeunes smolts en route pour l'océan ont été contaminés
- 53:25 et tués par le pouls du saumon.
- 53:28 Et ce n'est qu'un danger parmi d'autres.
- 53:37 La vallée du lerdal vit traditionnellement du saumon
- 53:40 et du tourisme de la pêche.
- 53:46 Dans ce lodge en pleine nature,
- 53:49 le saumon a mis l'évolution dramatique des dernières années
- 53:52 à la lumière des chiffres relevés à un point précis du fleuve.
- 54:00 Qu'est-ce que vous avez observé ?
- 54:03 2016 a été une très bonne année.
- 54:06 Il y avait beaucoup de poissons.
- 54:09 On en a pris 129. C'était une super année.
- 54:12 C'est un bon chiffre ?
- 54:15 Très bon. Donc on était optimiste.
- 54:18 2017 serait encore meilleur.
- 54:21 Mais on n'a eu que 28 prises.
- 54:24 L'année suivante, on est descendu à 19.
- 54:27 Et officiellement, cette année, on n'en a attrapé qu'un seul.
- 54:35 Un seul poisson.
- 54:38 Encore un indice que cet emblème de la Norvège est en perdition.
- 54:43 Je dirais que le saumon sauvage, c'est le panda norvégien.
- 54:47 C'est un symbole très important de la Norvège,
- 54:50 de l'état de santé du pays et de ses fleuves.
- 54:53 Donc si le saumon disparaît,
- 54:56 ça veut dire que nous avons tout faux dans notre rapport à la nature.
- 55:01 Et pensez aux pays qui ont déjà perdu leur saumon.
- 55:06 En Allemagne, le saumon a disparu.
- 55:11 Jamais j'oublierai ce qu'un chercheur allemand m'a dit un jour.
- 55:15 Préservez ce que vous avez, parce que quand vous l'aurez perdu,
- 55:21 ce sera trop tard.
- 55:31 De sombres perspectives pour le roi des poissons.
- 55:34 Et le Lerdal est loin d'être une exception.
- 55:38 En 1980,
- 55:41 1 288 cours d'eau norvégiens
- 55:44 abritaient encore des saumons.
- 55:47 En 2000, il n'y en avait plus que 687.
- 55:50 Aujourd'hui, les scientifiques estiment
- 55:53 qu'il en reste 450 environ.
- 55:56 Cela représente une perte de 2 tiers en 40 ans.
- 56:02 Direction l'Amérique du Sud.
- 56:05 Juan Carlos Cardenas se préoccupe plus de la situation des ouvriers
- 56:08 que de la disparition du saumon sauvage.
- 56:11 Il a déjà entendu maintes témoignages alarmants
- 56:14 sur les conditions de travail dans la salmoniculture.
- 56:20 Sur l'île de Chiloé en Patagonie,
- 56:23 Juan Carlos retrouve deux plongeurs qui ont passé des années
- 56:26 à réparer des filets et repêcher des saumons morts dans le Pacifique.
- 56:35 Aujourd'hui, ils sont en pré-retraite.
- 56:38 Leurs os et leurs articulations ne leur permettent plus de travailler.
- 56:41 Quand on plonge,
- 56:44 on ne sait jamais si on va remonter,
- 56:47 si on sortira de la vivant ou pas.
- 56:50 C'est trop risqué.
- 56:53 Dans les élevages de saumons,
- 56:56 les plongeurs travaillent la plupart du temps
- 56:59 sous des grandes plateformes grillagées
- 57:02 et sous une masse de câbles et de contrepoids.
- 57:05 Je ne veux plus y retourner.
- 57:08 Si tu te coinces là-dedans, tu peux y rester.
- 57:11 Il y a toute la mer des poissons là-dessous.
- 57:14 On peut très facilement glisser et tomber dans une cage.
- 57:17 On nous fait aussi plonger les jours de tempête,
- 57:20 même quand les ports sont fermés.
- 57:23 Vous êtes invisibles
- 57:26 pour l'opinion publique et pour les consommateurs.
- 57:29 2% du saumon que vous produisez est exporté.
- 57:32 Il n'en reste que 2% ici.
- 57:35 Il faut que les consommateurs connaissent
- 57:38 le coût réel du saumon qu'on produit.
- 57:41 Son coût, c'est la vie des plongeurs.
- 57:44 C'est ça.
- 57:47 Ecocéanos déplore 50 décès ces 7 dernières années
- 57:50 dans les fermes salmonicoles chiliennes.
- 57:53 Et parmi eux, de nombreux plongeurs.
- 57:56 Comment le représentant des entreprises du secteur
- 57:59 l'explique-t-il ?
- 58:02 Beaucoup d'entre eux viennent d'autres domaines
- 58:05 liés à l'extraction de matières premières,
- 58:08 à la pêche.
- 58:11 Et dans leurs activités précédentes,
- 58:14 il n'y avait souvent pas cette culture,
- 58:17 cette habitude de faire attention à soi.
- 58:20 La faute à l'inconscience, à l'imprudence de la main-d'oeuvre
- 58:23 ou plutôt à la pression qui pèse sur elle,
- 58:26 à sa formation insuffisante et son absence de qualification.
- 58:29 Juan Carlos Cardenas a rendez-vous
- 58:32 avec le syndicaliste Gustavo Cortez,
- 58:35 lui-même employé dans le secteur de la transformation du saumon
- 58:38 depuis 23 ans.
- 58:44 Des ouvrières sont venues décrire
- 58:47 leurs conditions de travail à Juan Carlos Cardenas.
- 58:50 70% des salariés des ateliers sont des femmes
- 58:53 et elles travaillent à des températures très basses.
- 58:56 Quels sont les effets sur la santé,
- 58:59 en particulier celles des femmes qui travaillent à la chaîne ?
- 59:03 Beaucoup souffrent de varices,
- 59:06 de cystites, d'infections urinaires,
- 59:09 ce genre de choses.
- 59:12 Ce n'est pas rare alors, chez les ouvrières du saumon.
- 59:15 C'est très fréquent.
- 59:18 En plus des douleurs, cela oblige à aller plus souvent aux toilettes.
- 59:21 J'imagine que c'est un problème
- 59:24 quand la production est en flux continu.
- 59:27 Oui, c'est un problème
- 59:30 parce que les contre-maîtres veulent que ça avance.
- 59:33 Alors ils nous crient dessus.
- 59:36 Si vous avez besoin d'aller aux toilettes 3 fois de suite par exemple,
- 59:39 ils vous demandent pourquoi devant tout le monde.
- 59:42 Ils le disent vraiment devant tout le monde.
- 59:45 Pour eux, il faudrait qu'on y aille qu'une seule fois.
- 59:49 Une fois le matin, une fois l'après-midi.
- 59:52 15 minutes.
- 59:55 Tu vois, Juan Carlos, on est d'accord.
- 59:58 Ce qui intéresse l'industrie aujourd'hui, c'est produire, produire, produire
- 1:00:01 à n'importe quel prix.
- 1:00:04 Chaque temps d'arrêt qui pourrait servir à te former ou te perfectionner,
- 1:00:07 pour eux, c'est de l'argent fichu par les fenêtres.
- 1:00:11 Les ateliers sont maintenus en permanence
- 1:00:14 à des températures de conservation optimales pour le saumon.
- 1:00:17 Et les ouvrières font souvent des quarts de 12 heures debout.
- 1:00:20 Ces images ont été tournées en caméra cachée
- 1:00:23 par des activistes dans l'une des grandes usines
- 1:00:26 de transformation du saumon de Chiloé.
- 1:00:29 Les fermes piscicoles n'accordent quasiment plus d'autorisation de tournage.
- 1:00:32 Et quand elles le font, tout est contrôlé
- 1:00:35 et d'une propreté chirurgicale.
- 1:00:39 Qui voudrait voir un bain de sang ?
- 1:00:42 Le saumon d'élevage se vend mieux avec d'autres images.
- 1:00:45 Mais à Chiloé, c'est bien ça, la réalité.
- 1:00:59 Juan Carlos Cardenas a un dernier rendez-vous sur l'île au saumon.
- 1:01:02 Rosa est une ancienne ouvrière de l'une de ses fermes.
- 1:01:05 Elle y était agent de nettoyage jusqu'au jour qui a chamboulé sa vie.
- 1:01:08 Un collègue avait oublié d'éteindre les machines.
- 1:01:16 La machine était encore allumée.
- 1:01:19 C'était celle qui sert à retirer les arêtes des poissons.
- 1:01:22 Elle a un moteur et elle a une poulie aussi.
- 1:01:25 Moi, j'étais là pour faire le ménage
- 1:01:28 et je n'ai vraiment touché aucun bouton.
- 1:01:31 Seuls les ouvriers spécialisés ont le droit de le faire.
- 1:01:34 Je suis arrivée et j'ai commencé à nettoyer.
- 1:01:37 J'avais des gants et une éponge.
- 1:01:40 Quand j'ai mis la main dedans pour nettoyer,
- 1:01:43 la poulie a accroché mon gant et m'a aussitôt arrachée deux doigts.
- 1:01:50 Je me suis tout de suite rejetée en arrière,
- 1:01:53 sinon la machine m'aurait attrapée le bras entier.
- 1:01:56 En fait, j'ai bien réagi.
- 1:01:59 C'est la seule chose que j'ai faite quand mes doigts sont partis.
- 1:02:04 Je n'ai pas senti la douleur sur le moment.
- 1:02:08 Aujourd'hui, Rosa ne peut plus travailler
- 1:02:11 et elle est suivie en psychiatrie.
- 1:02:14 Au tribunal, son employeur a tenté de rejeter la faute sur elle.
- 1:02:17 Mais comme le dit Rosa,
- 1:02:20 qui est prêt à sacrifier deux doigts en parfait état pour un poisson mort ?
- 1:02:23 Elle n'avait reçu aucune explication ni formation appropriée,
- 1:02:26 comme la plupart de ses collègues.
- 1:02:29 Est-ce que beaucoup de cas semblables
- 1:02:32 et plus graves encore se sont produits ?
- 1:02:35 Est-ce qu'il y a eu des morts ?
- 1:02:38 Oui, il y a eu des morts et des bras amputés.
- 1:02:41 Yadran, par exemple.
- 1:02:44 C'est un jeune qui s'est fait arracher le bras par un système d'aspiration.
- 1:02:53 Les histoires affligeantes autour du saumon ne manquent pas.
- 1:03:03 Fort heureusement, il y a aussi des lueurs d'espoir.
- 1:03:06 Nous voici en Allemagne,
- 1:03:09 en forêt noire plus précisément, au bord de la morgue,
- 1:03:12 un affluent du Rhin.
- 1:03:15 Ces deux hommes ont entrepris d'y réintroduire le saumon.
- 1:03:32 Le Français Martin Gerber
- 1:03:35 et l'Allemand Ingo Kramer
- 1:03:38 collaborent dans le cadre d'un projet européen.
- 1:03:41 Un projet ambitieux
- 1:03:44 qui s'étend sur plusieurs générations.
- 1:03:47 Et ce, d'autant plus que l'argent manque à tous les niveaux.
- 1:04:12 Les politiques se montrent de bonne volonté,
- 1:04:15 mais leur soutien reste purement théorique, déplorent les deux pisciculteurs.
- 1:04:20 Eux ne ménagent pas leurs efforts, construisent des frayères,
- 1:04:23 se battent pour rétablir la continuité du Rhin.
- 1:04:26 Le saumon est un bon indicateur de la santé de ce biotope.
- 1:04:32 En fin de compte, les saumons ont disparu dans le Rhin
- 1:04:35 quand nous on est plus ou moins nés.
- 1:04:38 L'influence de l'industrie sur le Rhin supérieur, c'était du côté de Rhinau,
- 1:04:41 au côté français,
- 1:04:44 et c'était je crois dans les années 67.
- 1:04:47 Il ne faut jamais oublier que,
- 1:04:50 avant le déclin du saumon dans le Rhin,
- 1:04:53 le Rhin était le fleuve avec la plus grosse population
- 1:04:56 de saumons atlantiques au monde.
- 1:04:59 Les bonnes années, je crois que les chiffres,
- 1:05:02 c'était de 200 000 saumons.
- 1:05:06 En 1986, l'incendie de l'usine agrochimique
- 1:05:09 Sandoz près de Bâle avait mis fin à la vie dans le Rhin.
- 1:05:12 Mais suite à une prise de conscience
- 1:05:15 et sous la pression de l'opinion publique,
- 1:05:18 les politiques des états riverains ont réagi
- 1:05:21 et fait du Rhin un projet de prestige.
- 1:05:26 Les centrales hydroélectriques, ou plutôt leurs turbines,
- 1:05:29 bloquent souvent le poisson de retour vers les frayères.
- 1:05:32 Le barrage Diefenzeim en Allemagne
- 1:05:35 est désormais équipé d'une passe à saumons
- 1:05:38 qui permet de recenser leur population.
- 1:05:41 Chris Pardela repêche les poissons quand il y en a
- 1:05:44 et les confie à Martin Gerber pour son élevage.
- 1:05:58 Aujourd'hui, c'est une zibline qui s'est coincée dans la nasse.
- 1:06:02 Elle porte à une bonne centaine le nombre de poissons
- 1:06:05 de retour de la mer qui sont passés par là.
- 1:06:11 En général, je viens ici pour chercher les saumons,
- 1:06:14 les saumons qu'on récupère sur le Rhin,
- 1:06:17 qui nous servent de géniteurs.
- 1:06:20 Chris remet le poisson à l'eau de l'autre côté du barrage.
- 1:06:23 Si c'était un saumon, Martin Gerber l'emporterait
- 1:06:26 et s'en servirait comme étalon pour préserver
- 1:06:29 les patrimoines génétiques de la morgue
- 1:06:32 ou d'un autre affluent du Rhin.
- 1:06:37 D'après nos spécialistes, les centrales électriques
- 1:06:40 sont un obstacle insurmontable pour la plupart des poissons
- 1:06:43 car les turbines tournent en continu,
- 1:06:46 même pendant la migration du saumon.
- 1:06:49 Et quand l'un d'eux atteint Ifetzeim, près de Karlsruhe,
- 1:06:52 il a déjà dû affronter le courant et bien d'autres épreuves
- 1:06:55 sur plus de 600 km.
- 1:06:59 Cette électricité n'est pas verte.
- 1:07:02 Si elle était verte, elle n'aurait aucun impact,
- 1:07:05 notamment sur les saumons et surtout les autres poissons
- 1:07:08 parce qu'on voit toujours le saumon,
- 1:07:11 mais l'impact que ça a sur le saumon,
- 1:07:14 ça l'a aussi sur les autres espèces.
- 1:07:17 Et l'idée du saumon, on appelle ça une espèce parapluie,
- 1:07:20 c'est qu'en faisant la promotion du saumon,
- 1:07:23 on arrive à protéger plein d'autres espèces.
- 1:07:26 C'est le saumon que Martin élève la nouvelle génération.
- 1:07:29 Un demi-million d'alevins environ
- 1:07:32 qu'il peut remettre à l'eau chaque année
- 1:07:35 grâce à leurs géniteurs qui ont migré jusque-là.
- 1:07:38 Il en faudrait le double pour être efficace,
- 1:07:41 mais les moyens manquent.
- 1:07:44 Pour le saumon, on pense qu'il faudra minimum
- 1:07:47 encore une vingtaine d'années pour arriver,
- 1:07:50 si tout va bien, à avoir des populations
- 1:07:53 qui se tiennent naturellement,
- 1:07:56 c'est-à-dire qu'on n'a plus besoin d'en rajouter
- 1:07:59 pour qu'il en revienne.
- 1:08:02 C'est ce que l'on appelle la renaturation.
- 1:08:14 Quand on dit renaturer une rivière,
- 1:08:17 on parle du côté humain,
- 1:08:20 c'est que l'homme essaie de renaturer une rivière.
- 1:08:23 Personnellement, j'ai un gros doute sur le sujet,
- 1:08:26 parce qu'on ne se fera jamais aussi bien que la nature.
- 1:08:29 Donc il faut bien réfléchir avant de casser,
- 1:08:32 parce qu'après refaire, c'est très difficile.
- 1:08:45 Et moins d'hommes, ajouterait le philosophe
- 1:08:48 et naturaliste américain Henry Toro,
- 1:08:51 qui se demandait au 19e siècle
- 1:08:54 qui entend les poissons quand ils pleurent.
- 1:08:57 Et aujourd'hui, qui les entend ?
- 1:09:00 Les chiffres de la surpêche dans les océans
- 1:09:03 sont aussi à pleurer.
- 1:09:06 Le volume de poissons attrapés en mer est passé
- 1:09:09 de 13,3 millions de tonnes en 1950
- 1:09:12 à 66 millions en 2017, 5 fois plus.
- 1:09:15 Aujourd'hui, 33% des réserves de pêche marine
- 1:09:18 sont considérées comme surexploitées
- 1:09:21 et 60 autres % sont déjà à la limite maximale
- 1:09:24 de l'exploitation durable.
- 1:09:27 Si nous continuons de la sorte,
- 1:09:30 la pêche commerciale ne sera plus possible dès 2050.
- 1:09:37 Est-ce là que se trouve l'avenir du roi des poissons ?
- 1:09:43 Kenes Brovik et sa famille s'apprêtent à visiter
- 1:09:46 un musée au bord du Lerdal,
- 1:09:49 un musée du saumon, du saumon sauvage.
- 1:10:02 Je ne suis pas certain que ce soit un saumon sauvage.
- 1:10:05 C'est possible, mais ses taches sont bizarres,
- 1:10:08 et la queue aussi.
- 1:10:11 C'est étrange.
- 1:10:14 Le précédent avait plus l'air d'un saumon sauvage.
- 1:10:18 Il a très peu de taches sur la ligne médiane.
- 1:10:22 Qu'inspire ce musée à notre fervent amateur de saumon ?
- 1:10:29 J'espère qu'on n'arrivera jamais au point
- 1:10:32 de devoir aller dans un musée pour en voir.
- 1:10:36 Ce serait une honte.
- 1:10:41 Pour les touristes, d'accord,
- 1:10:44 ça leur permet de découvrir le saumon et son histoire,
- 1:10:47 et c'est important.
- 1:10:52 Ce lieu a une mission essentielle à ce titre,
- 1:10:55 mais moi, personnellement, ça me fait très bizarre.
- 1:10:59 Petit retour en arrière.
- 1:11:02 Autrefois, le saumon était simplement le saumon.
- 1:11:05 Linguistiquement aussi,
- 1:11:08 la distinction entre saumon d'élevage et saumon sauvage
- 1:11:11 est un phénomène récent, une construction humaine.
- 1:11:23 Nous voici en France,
- 1:11:26 dans le pays rouennais,
- 1:11:29 le berceau du bœuf charolais,
- 1:11:32 mais aussi, jadis, du saumon de la Loire,
- 1:11:35 un produit mythique pour ce restaurant de renommée internationale.
- 1:11:41 Bienvenue chez Trois Gros.
- 1:11:44 Ici, le dieu des fourneaux
- 1:11:47 semble avoir doté toute la famille de gènes particuliers.
- 1:11:50 Il y a plus de 50 ans,
- 1:11:53 Michel Trois Gros est devenu chef d'étoile au Guide Michelin
- 1:11:56 et il a réussi le prodige de la conserver jusqu'à ce jour.
- 1:12:05 Michel Trois Gros officie toujours en cuisine.
- 1:12:08 Depuis la disparition de Paul Bocuse,
- 1:12:11 il est considéré comme la dernière légende vivante
- 1:12:14 de la gastronomie française.
- 1:12:17 En 2017, ses pères l'ont élu
- 1:12:20 et il est devenu le chef du monde.
- 1:12:25 Oh putain, c'est une belle bête, magnifique.
- 1:12:28 Donc voilà la bête.
- 1:12:35 C'est un très beau saumon qui vient d'Izigny,
- 1:12:38 en Normandie.
- 1:12:41 C'est un saumon de 3,5-4 kg.
- 1:12:44 Cette ferme d'Izigny est une ferme française
- 1:12:48 qui est dans une eau de mer.
- 1:12:51 C'est des bassins qui vont et viennent
- 1:12:54 selon les marées et où les saumons sont élevés
- 1:12:57 dans les règles de la bio
- 1:13:00 avec une alimentation très saine,
- 1:13:03 une alimentation de crevettes et de poissons.
- 1:13:10 Le clan Trois Gros a ouvert récemment son nouveau restaurant à Ouche
- 1:13:13 près du fief familial.
- 1:13:16 Le bois sans feuilles.
- 1:13:19 Dans les années 1960, c'est avec un plat de saumon
- 1:13:22 que son père et son oncle avaient conquis la gloire.
- 1:13:25 Un succès tel que la municipalité de Rouen
- 1:13:28 avait peint sa gare aux couleurs de la célèbre escalope.
- 1:13:31 Je me souviens que dans la Loire,
- 1:13:34 il y avait des pêcheurs qui amenaient les saumons
- 1:13:37 dans les années 60-70.
- 1:13:40 Ils amenaient à Jean et Pierre Trois Gros des saumons
- 1:13:43 qui étaient sauvages.
- 1:13:46 Ce n'étaient pas des saumons qui sont beaux comme ça.
- 1:13:49 Ils étaient un peu plus petits.
- 1:13:52 Ils étaient très amaigris parce qu'ils avaient lutté
- 1:13:55 contre les courants du fleuve pendant des jours et des jours.
- 1:13:58 Les saumons étaient amenés dans des paniers sur l'ortier
- 1:14:01 et arrivaient dans la cuisine.
- 1:14:04 C'est peut-être comme ça que le plat mythique
- 1:14:07 l'escalope de saumon à l'oseille est né.
- 1:14:14 Pour Michel, comme pour son fils César,
- 1:14:17 qui marche sur les traces de son illustre père,
- 1:14:20 la qualité des produits est primordiale.
- 1:14:23 L'escalope de saumon à l'oseille
- 1:14:26 ne peut se faire qu'avec un très bon poisson.
- 1:14:37 Pour faire la sauce,
- 1:14:40 il faut de l'échalote,
- 1:14:43 de l'oseille,
- 1:14:46 donc de l'oseille du jardin.
- 1:14:49 La sauce est née avec l'oseille
- 1:14:52 parce que l'oseille était plantée
- 1:14:55 dans le jardin de ma grand-mère.
- 1:14:58 Cette année-là, en 1962,
- 1:15:01 il y avait une abondance d'oseille dans le jardin.
- 1:15:04 Les idées les plus simples sont parfois les meilleures.
- 1:15:08 L'escalope de saumon à l'oseille
- 1:15:11 est devenue la recette emblématique de la maison Trois Gros
- 1:15:14 et un monument de la gastronomie française.
- 1:15:17 Une petite rasade de sancerre
- 1:15:20 et une cuillère de crème fraîche.
- 1:15:23 Rien que du très bon.
- 1:15:26 Un petit peu de sel,
- 1:15:29 un petit peu de jus de citron.
- 1:15:32 Ce qui est important,
- 1:15:35 c'est que dans les dernières 30 secondes,
- 1:15:38 au moment où je vais mettre l'oseille dans la sauce chaude,
- 1:15:41 César va mettre l'escalope de saumon en cuisson.
- 1:15:44 En premier, je fais ça.
- 1:15:47 Très important.
- 1:15:50 L'oseille crue dans la sauce.
- 1:15:53 Et là, César met en cuisson.
- 1:15:56 C'est très important que les deux choses
- 1:15:59 soient quasiment au même moment.
- 1:16:02 La cuisson du saumon va se terminer sur l'assiette chaude.
- 1:16:05 L'oseille, vous voyez déjà, elle change de couleur.
- 1:16:08 Au moment où il retourne ce saumon,
- 1:16:11 je suis prêt à mettre l'oseille sur l'assiette.
- 1:16:14 Et la sauce, voilà.
- 1:16:17 La cuisson du saumon est rosée.
- 1:16:20 Ainsi, le temps que le service
- 1:16:23 prenne l'assiette, l'amène à table,
- 1:16:26 la cuisson du saumon va se terminer
- 1:16:29 sur l'assiette chaude, avec la sauce chaude.
- 1:16:32 C'est par anticipation
- 1:16:35 que la cuisson est parfaite
- 1:16:38 au moment où le client va plonger sa cuillère
- 1:16:41 et la porter à la bouche.
- 1:16:49 Ce passionné de nature et d'art
- 1:16:52 s'est créé son propre empire.
- 1:16:55 Hôtel 5 étoiles et jardin aromatique compris.
- 1:16:58 Et il a décidé il y a quelques années
- 1:17:01 de retirer le saumon à l'oseille de la carte.
- 1:17:04 Il en avait assez et surtout la qualité
- 1:17:07 n'était plus au rendez-vous,
- 1:17:10 le saumon étant devenu un produit industriel.
- 1:17:13 On a abîmé le saumon,
- 1:17:16 c'est-à-dire que l'intensité de sa production
- 1:17:19 nuit à sa qualité.
- 1:17:22 C'est probablement une des raisons
- 1:17:25 pour lesquelles je l'ai aussi abandonné.
- 1:17:28 La qualité qu'on m'offrait n'était pas satisfaisante
- 1:17:31 parce que les saumons sauvages de Loire
- 1:17:34 n'existaient plus,
- 1:17:37 parce qu'on a empêché les saumons
- 1:17:40 de remonter le fleuve
- 1:17:43 et parce que les pêcheurs n'en avaient plus.
- 1:17:46 On m'offrait du saumon de qualité moyenne.
- 1:17:49 Et chez Trois Gros, la médiocrité
- 1:17:52 Le credo de la nouvelle génération,
- 1:17:55 le régional est le nouveau bio
- 1:17:58 et moins de viande et moins de poisson.
- 1:18:01 Le saumon a beaucoup souffert de ça,
- 1:18:04 cette image d'un poisson banal
- 1:18:07 alors que c'était un poisson de luxe il y a 50 ans.
- 1:18:10 Même les gens ont perdu le goût du vrai saumon.
- 1:18:13 Parce que ces saumons-là
- 1:18:16 ont un goût de farine mauvaise,
- 1:18:19 ils sentent,
- 1:18:22 et ce n'est pas ça le goût du saumon,
- 1:18:25 c'est le goût de ce qu'on lui donne à manger.
- 1:18:28 Je ne suis pas sûr que ce soit Socrate qui ait dit ça.
- 1:18:31 En tout cas, c'est un grand penseur grec ou romain
- 1:18:34 qui a dit que l'homme,
- 1:18:37 il est ce qu'il mange.
- 1:18:40 Et on pourrait dire du saumon de la même façon.
- 1:18:43 Et on en revient à l'alimentation,
- 1:18:46 à celle dont on gave les poissons d'élevage.
- 1:18:52 Pour éviter que les déchets de nourriture
- 1:18:55 et les excréments des saumons
- 1:18:58 ne polluent indéfiniment les eaux norvégiennes,
- 1:19:01 la société I2 Fjordbruk investit dans les hautes technologies.
- 1:19:05 Toutes les données relatives
- 1:19:08 aux 10 élevages de l'entreprise
- 1:19:11 convergent dans cette salle de contrôle.
- 1:19:14 Une surveillance de chaque instant
- 1:19:17 qui s'appuie sur des outils ultramodernes.
- 1:19:20 Zendre I2 explique à Kenes Brovik
- 1:19:23 le fonctionnement de cette aquaculture 3.0.
- 1:19:26 Nous avons 10 fermes maintenant.
- 1:19:29 Elles ne produisent pas tout en même temps
- 1:19:32 mais sur l'année on arrive à une production
- 1:19:35 de 15 000 tonnes environ
- 1:19:38 et un chiffre d'affaires
- 1:19:41 avoisinant les 77 millions d'euros.
- 1:19:44 L'élevage industriel de saumons atlantiques
- 1:19:47 est en plein essor.
- 1:19:50 En 1993, on en produisait
- 1:19:53 300 000 tonnes.
- 1:19:56 Pour l'année 2019,
- 1:19:59 l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation
- 1:20:02 table sur 2,6 millions de tonnes.
- 1:20:05 Et le marché ne cesse de s'étendre.
- 1:20:08 Rien qu'en Norvège, le volume de production
- 1:20:11 devrait se multiplier par 5 d'ici 2050.
- 1:20:14 Bien sûr, les frères I2 se soucient de l'environnement.
- 1:20:17 Le saumon d'élevage a un très bon bilan carbone.
- 1:20:20 C'est pourquoi je pense qu'il peut devenir
- 1:20:23 la Tesla de l'aquaculture.
- 1:20:26 Car le monde va avoir besoin de plus de nourriture
- 1:20:29 et ça veut dire plus d'aquaculture.
- 1:20:32 Le nouveau monde merveilleux de la salmoniculture.
- 1:20:35 Les frères I2 s'apprêtent à ouvrir
- 1:20:38 une espèce de Disneyland du saumon dans le fjord.
- 1:20:41 The Salmon Eye.
- 1:20:44 Un parc d'attractions qui se veut également pédagogique
- 1:20:47 avec une ferme d'élevage attenante.
- 1:20:53 Et quand la mer sera trop acide,
- 1:20:56 le saumon rejoindra le rivage.
- 1:20:59 I2 Fjordbrook fait construire une ferme terrestre
- 1:21:02 en circuit fermé au bord du fjord.
- 1:21:05 Une forme de pisciculture a priori moins néfaste à l'environnement
- 1:21:08 car tout paraît être sous contrôle.
- 1:21:11 Le poisson ne peut pas s'évader,
- 1:21:15 mais pour quelle consommation énergétique ?
- 1:21:18 Ici, il n'est question que d'empreintes carbone et de croissance.
- 1:21:28 La surface est importante
- 1:21:31 et nous aurons aussi de gros poissons dans cette ferme terrestre.
- 1:21:34 C'est clair qu'on ne pourra pas en produire 5 tonnes de cette manière
- 1:21:37 mais ça fait partie des solutions pour l'avenir.
- 1:21:40 Un investissement de plusieurs millions
- 1:21:43 mais un bon placement a priori
- 1:21:46 au vu des prévisions de croissance de l'industrie du saumon.
- 1:21:49 Et peut-être trouvera-t-on bientôt,
- 1:21:52 à côté du saumon sauvage et du saumon d'élevage,
- 1:21:55 du saumon dit « de terre »
- 1:21:58 car le terme des circuits fermés n'est pas très répandu encore.
- 1:22:01 Kenneth Brouwick l'a constaté au marché aux poissons de sa ville de Bergen.
- 1:22:04 Le saumon est en tête des ventes ici
- 1:22:07 et bien sûr, l'essentiel provient de l'élevage.
- 1:22:10 Mais lequel ?
- 1:22:35 Comment le consommateur pourrait-il le savoir
- 1:22:38 si le commerçant lui-même l'ignore ?
- 1:22:58 Une pisciculture non polluante
- 1:23:01 n'existe pas dans le monde.
- 1:23:04 C'est le rêve de Kenneth.
- 1:23:07 Personnellement,
- 1:23:10 j'ai décidé que si le poisson provient d'un élevage
- 1:23:13 en circuit fermé,
- 1:23:16 d'un mode de production plus durable,
- 1:23:19 j'en mangerai.
- 1:23:22 Je ne suis pas contre les fermes d'élevage
- 1:23:25 ni contre le saumon d'élevage.
- 1:23:29 Le combat de Kenneth est loin d'être fini
- 1:23:32 car l'industrie du poisson est puissante.
- 1:23:35 En Norvège comme au Chili
- 1:23:38 où la conquête de la Patagonie est en marche,
- 1:23:41 une course effrénée qui s'immisce jusque dans les derniers paradis naturels.
- 1:23:44 L'argument est toujours le même.
- 1:23:47 La population mondiale augmente et la faim avec elle.
- 1:23:50 Or les océans recouvrent 70% de la surface de la Terre
- 1:23:53 et ne fournissent que 2% de l'alimentation mondiale.
- 1:23:56 L'industrie du saumon va quadrupler sa production
- 1:23:59 dans les 4 ans à venir
- 1:24:02 et elle espère produire
- 1:24:05 1 million de tonnes par mois d'ici 2032
- 1:24:08 pour faire de la Patagonie
- 1:24:11 le plus gros site de salmoniculture du monde.
- 1:24:14 Pourquoi ?
- 1:24:17 Parce qu'en Patagonie les écosystèmes sont intacts,
- 1:24:20 il n'y a pas d'industrie.
- 1:24:23 A la vue de cette nature virginale,
- 1:24:26 une question se pose.
- 1:24:29 La Patagonie a-t-elle vraiment à y gagner ?
- 1:24:32 Qui donc ici profitera du boum ?
- 1:24:35 Et comment ?
- 1:24:42 La Patagonie sud-américaine est un cadeau de la nature
- 1:24:45 que ce soit pour le Chili ou pour l'Argentine.
- 1:24:48 Et le grand cadeau de la Patagonie
- 1:24:52 et le grand défi pour nous
- 1:24:55 c'est de la garder intacte,
- 1:24:58 de la préserver
- 1:25:01 tout en veillant à ce que cela soit compatible
- 1:25:04 avec le développement économique.
- 1:25:07 Le sacro-saint progrès économique,
- 1:25:10 celui que les industriels norvégiens apportent
- 1:25:13 à la Patagonie et à ses autochtones.
- 1:25:22 La Norvège a une bonne image au Chili.
- 1:25:25 On la voit comme un pays très développé,
- 1:25:28 respectueux de l'environnement
- 1:25:31 et des droits des peuples autochtones.
- 1:25:34 Mais en réalité ici,
- 1:25:37 les entreprises norvégiennes font tout ce qu'on leur interdit en Norvège
- 1:25:40 et elles se comportent comme des colons
- 1:25:43 dans cette enclave industrielle.
- 1:25:46 Le saumon, symbole d'un nouveau colonialisme ?
- 1:25:50 Les ministères chiliens et norvégiens de la pêche
- 1:25:53 n'ont pas daigné s'exprimer sur la problématique de la salmoniculture
- 1:25:56 malgré nos nombreuses requêtes.
- 1:25:59 En Norvège, les intérêts du monde politique
- 1:26:02 sont étroitement liés à ceux de l'industrie
- 1:26:05 et les Chiliens se sont formés auprès des Scandinaves
- 1:26:08 qui se soucient là-bas de ce qui se passe sous une cage comme celle-là.
- 1:26:14 Si la culture est l'expression d'un développement supérieur chez l'homme,
- 1:26:17 qu'est donc cette forme d'aquaculture ?
- 1:26:20 Une précieuse contribution à la lutte contre la faim dans le monde
- 1:26:23 ou un odieux commerce ?
- 1:26:30 Je ne mange pas de saumon.
- 1:26:33 Je ne mange que des poissons sauvages comme l'aiguilla ou le merlu.
- 1:26:36 Jamais de saumon.
- 1:26:39 D'abord parce que c'est un symbole de destruction
- 1:26:42 et puis les promesses des producteurs
- 1:26:45 comme Salmon Chili sont aussi fallacieuses
- 1:26:48 que la couleur du saumon.
- 1:26:51 Vous devez savoir que celui que vous mangez
- 1:26:54 n'est pas orange à l'origine.
- 1:26:57 C'est la couleur que leur donnent les aliments qu'ils consomment,
- 1:27:00 les pigments chimiques ou naturels.
- 1:27:03 Bref, le saumon aujourd'hui est une construction industrielle.
- 1:27:07 Heureusement, le soleil couchant garde ses couleurs en Patagonie.
- 1:27:18 Kenneth Brovick s'inquiète pour l'avenir de ses petits-enfants.
- 1:27:21 Quelle est la prochaine menace pour son cher saumon sauvage ?
- 1:27:27 J'ai très peur qu'à l'avenir,
- 1:27:30 nous aurons un saumon sauvage.
- 1:27:33 C'est pour ça qu'il est important de se réveiller
- 1:27:36 et de commencer à s'occuper des saumons sauvages
- 1:27:39 que nous avons encore.
- 1:27:42 Nous ne pouvons pas nous permettre de les perdre.
- 1:27:45 Nous devons tout faire
- 1:27:48 pour qu'il en reste dans les fleuves norvégiens.
- 1:28:04 Ce grand-père attentionné
- 1:28:07 emmène régulièrement ses petits-enfants dans la nature
- 1:28:10 et très souvent sur l'eau.
- 1:28:15 Bien sûr, pas moyen de pêcher des saumons dans le fjord,
- 1:28:18 mais autant commencer petit, modestement
- 1:28:21 et apprendre l'humilité face aux miracles de la nature.
- 1:28:33 C'est ce que notre enseignant appelle l'éducation durable.
- 1:28:36 Et pour lui, le poisson fait partie de l'ADN norvégien.
- 1:29:03 Apprendre à comprendre la nature,
- 1:29:06 l'économie circulaire au quotidien.
- 1:29:09 Kenneth cherche à montrer l'exemple.
- 1:29:12 C'est sa raison de vivre.
- 1:29:15 Mais ce qu'il souhaite surtout,
- 1:29:18 c'est faire entendre enfin la voix du saumon.
- 1:29:34 J'espère qu'à l'avenir, nous arriverons à préserver le saumon.
- 1:29:37 Il fait partie de ma culture,
- 1:29:40 comme pour de nombreux norvégiens.
- 1:29:43 Et il est essentiel
- 1:29:46 que nous transmettions cela à nos enfants,
- 1:29:49 que nous leur apprenions à pêcher le saumon.
- 1:29:52 La tâche n'est pas facile,
- 1:29:55 surtout quand les petits sont plus attirés par les marshmallows grillés.
- 1:29:58 Eh oui, on peut parfois se passer de saumon.
- 1:30:28 Sous-titrage Société Radio-Canada
Ce documentaire captivant, "Continuerez-vous à manger du saumon ?", plonge au cœur de l'industrie mondiale du saumon, révélant les défis environnementaux, culturels et éthiques liés à sa production et à sa consommation. Le film débute en célébrant la majesté du saumon atlantique, une espèce emblématique de la Norvège, et son rôle historique dans la haute gastronomie française. Il retrace l'essor fulgurant de la salmoniculture, perçue comme une "ruée vers l'or", mais met rapidement en lumière ses revers sombres. L'enquête expose les conséquences désastreuses de l'élevage intensif : des millions de saumons morts en 2018 en Norvège et au Chili, des évasions massives de poissons d'élevage qui menacent génétiquement les populations sauvages, et une réduction drastique de ces dernières, divisées par deux en Norvège en 35 ans. À travers le témoignage de Kenneth Brovik, un protecteur de l'environnement norvégien, le film souligne l'importance culturelle et identitaire du saumon sauvage, décrivant l'expérience unique du "salmon shake" lors de la pêche. L'enquête se penche sur les pratiques de l'industrie, de la gestion des poux du saumon dans les fermes à la composition de l'alimentation des poissons. Il est révélé que le régime alimentaire des saumons d'élevage, riche en soja, contribue directement à la déforestation de l'Amazonie, créant un paradoxe pour la Norvège, grand donateur pour la protection de cette forêt. Le film dénonce également la puissance économique de l'industrie du saumon, deuxième secteur en Norvège après le pétrole, et ses ambitions de multiplier par cinq sa production d'ici 2050, avec des implications environnementales mondiales. Des journalistes d'investigation, comme Michael Fruedin, révèlent des conditions d'élevage choquantes, avec des poissons malades et blessés, et les problèmes de pollution liés aux résidus de cuivre et aux déjections. Le documentaire explore les efforts de renaturation des rivières et de réintroduction de saumons sauvages, tout en soulevant des doutes sur la capacité humaine à réparer les dommages causés à la nature. Les statistiques alarmantes sur la surpêche mondiale renforcent l'urgence de la situation. Le film intègre une perspective gastronomique avec le chef Michel Trois Gros, qui explique pourquoi il a retiré le saumon de sa carte, déplorant la perte de qualité et le goût altéré du saumon d'élevage. Enfin, le documentaire examine les "solutions" technologiques proposées par l'industrie, telles que l'aquaculture 3.0 et les fermes terrestres en circuit fermé, tout en questionnant leur véritable durabilité et leur empreinte carbone. L'expansion de l'industrie vers des écosystèmes vierges comme la Patagonie chilienne est présentée comme une forme de "nouveau colonialisme", menaçant des paradis naturels intacts. En conclusion, le film lance un appel à la prise de conscience pour préserver le saumon sauvage, un symbole de la nature et du patrimoine culturel norvégien, et encourage une réflexion critique sur nos choix de consommation, soulignant la difficulté pour le consommateur de distinguer un produit durable dans un marché dominé par l'industrialisation.
Synchronisation des sous-titres
Les sous-titres sont décalés par rapport à l'audio ? Ajustez le timing ici :
Négatif = sous-titres plus tôt, positif = plus tard. Enregistré sur cet appareil, séparément pour chaque vidéo et chaque extrait.
Signaler une erreur
Dites-nous ce qui ne va pas. Nous lisons chaque signalement.
0 commentaire
Soyez le premier à commenter.