Pétrole, une histoire de pouvoir - Cupidité et corruption - 2⧸2

documentary 52:31 Fonte ↗ pétrole géopolitique choc pétrolier opec Marc Rich effondrement urss
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Ce documentaire explore l'histoire du pétrole depuis 1859, son rôle dans les crises géopolitiques et économiques majeures (choc pétrolier de 1973, effondrement de l'URSS, guerre du Golfe), les méthodes d'extraction controversées et l'impact de l'industrie sur le changement climatique.

  1. 0:00 La plus précieuse des matières premières a entamé sa marche triomphale en 1859 dans l'état de Pennsylvanie.
  2. 0:08 Ce qui s'apparentait d'abord à une ruée vers l'or s'est transformé en une course mondiale pour accéder aux Elephant Fields,
  3. 0:15 au plus grand champ pétrolifère de la planète.
  4. 0:18 Les Américains possédaient la technologie et l'argent, les Saoudiens avaient le pétrole.
  5. 0:23 Dès que des intérêts nationaux sont en jeu, à fortiori quand il s'agit d'une ressource stratégique comme le pétrole,
  6. 0:30 les gouvernements de tous bords politiques oublient leurs principes moraux et leurs idéologies.
  7. 0:36 Dès les années 1970, les chercheurs étaient conscients du danger des gaz à effet de serre.
  8. 0:42 Le pétrole est devenu le moteur de l'économie mondiale. Va-t-il à présent sceller notre destin ?
  9. 0:54 Le Pétrole
  10. 1:08 Le dimanche 25 novembre 1973 et les trois dimanches suivants, il est interdit de circuler en voiture sur tout le territoire ouest allemand.
  11. 1:16 Une première dans l'histoire du pays.
  12. 1:19 De même que pour la première fois depuis la fin de la guerre, l'essence est rationnée.
  13. 1:31 Certaines stations-services allemandes et britanniques sont en rupture de stock.
  14. 1:36 En France, les prix explosent. Ici aussi on craint de manquer de pétrole.
  15. 1:41 Les gens font tous des réserves comme si on était à l'aube d'une troisième guerre mondiale.
  16. 1:49 En Allemagne, entre octobre et décembre 1973, il y a eu 20% de plein d'essence en plus.
  17. 1:55 Une grande partie a été stockée dans des réservoirs inflammables quelque part dans les maisons.
  18. 2:01 150 000 tonnes rien qu'en novembre.
  19. 2:04 Et pareil pour le mazout. Les ventes ont augmenté de 30% par rapport à la normale.
  20. 2:09 Au total, 16 millions de tonnes de mazout léger ont été entreposées dans les citernes des caves allemandes pour pouvoir se chauffer à fond jusqu'au mois de mars.
  21. 2:19 Mais l'Europe n'est pas le seul continent en état d'urgence.
  22. 2:23 Aux Etats-Unis, des files d'attente se forment aux stations-essence.
  23. 2:27 Beaucoup d'Américains prennent conscience que leurs champs pétrolifères ne suffisent plus à couvrir leurs propres besoins.
  24. 2:33 C'est la conséquence d'un conflit qui s'est embrasé quelques semaines plus tôt dans une autre région du monde.
  25. 2:50 Le 6 octobre 1973, des troupes égyptiennes et syriennes attaquent Israël.
  26. 2:56 Cela arrive le jour même où les Juifs du monde entier célèbrent Yom Kippour, la fête la plus importante dans la religion juive.
  27. 3:03 L'offensive prend les Israéliens par surprise.
  28. 3:07 Les Arabes ont mis à exécution leur menace de jeter Israël à la mer.
  29. 3:12 Grâce à l'approvisionnement en armes américaines, l'état hébreu parvient in extremis à éviter une défaite militaire.
  30. 3:19 Mais le soutien des Etats-Unis a un prix.
  31. 3:25 Quelques jours seulement après les livraisons d'armements américains, les pays pétroliers arabes réduisent leurs exportations.
  32. 3:32 Du jour au lendemain, le prix du baril augmente de 70%.
  33. 3:36 Le pétrole est devenu une arme politique et ses effets sont potentiellement redoutables pour l'Occident.
  34. 3:42 Plus de 60% des réserves connues à l'époque se trouvent dans le monde arabe.
  35. 3:49 Les nouveaux maîtres de l'or noir ne sont plus uniquement les pompistes de l'Occident.
  36. 3:53 Ils forment une élite éduquée et sûre d'elle, affichant une attitude tout autre que celle de leur prédécesseur.
  37. 4:07 Les livraisons de pétrole aux alliés d'Israël, comme l'Allemagne, sont réduites à partir du 5 novembre 1973.
  38. 4:13 Une baisse qui peut atteindre 20%.
  39. 4:16 Le prix de l'essence et du mazout flambent.
  40. 4:18 Il passe de 12 à 70 pfennig le litre.
  41. 4:22 Les pays arabes exportateurs jugent le moment idéal pour prendre cette mesure.
  42. 4:27 L'hiver, c'est aussi le moment de la consommation.
  43. 4:30 Une réduction de l'approvisionnement ne peut donc pas tomber plus mal.
  44. 4:39 Il y a aussi un facteur psychologique.
  45. 4:41 A savoir qu'à l'époque, les noms comme Arabie Saoudite ou Koweït sont entrés dans la carte mentale des Européens de l'Occident.
  46. 4:48 C'est-à-dire qu'ils n'ont pas eu de nom.
  47. 4:50 C'est-à-dire qu'ils n'ont pas eu de nom.
  48. 4:52 C'est-à-dire qu'ils n'ont pas eu de nom.
  49. 4:54 A savoir qu'à l'époque, les noms comme Arabie Saoudite ou Koweït sont entrés dans la carte mentale des Européens de l'Ouest.
  50. 5:03 Alors qu'avant le choc pétrolier, ils ne connaissaient sans doute même pas l'existence de ces pays.
  51. 5:12 Pour la première fois, ce sont les exportateurs de pétrole qui mènent le jeu.
  52. 5:16 Le ministre du Pétrole saoudien ne mâche pas ses mots.
  53. 5:25 Les journalistes trouvent un terme pour désigner les nouvelles règles en vigueur dans l'industrie pétrolière.
  54. 5:31 Le chantage.
  55. 5:33 Cela reflète le sentiment de nombreux Européens de l'Ouest qui prennent soudain conscience de leur dépendance à la politique des princes arabes.
  56. 5:40 L'image de pays pétroliers cupides arrange bien certains dirigeants occidentaux.
  57. 5:45 Car le véritable problème est délicat à expliquer.
  58. 5:49 En réalité, la pénurie de pétrole tient moins à la baisse des exportations en provenance du Proche-Orient qu'à la hausse drastique de la consommation dans les pays industrialisés.
  59. 6:04 En Occident, les besoins sont passés de 19 millions de barils par jour au début des années 1960 à 44 millions en 1972.
  60. 6:13 Une augmentation colossale, notamment aux Etats-Unis.
  61. 6:16 Les Américains, qui représentent 6% de la population mondiale, consomment plus de 30% de toute l'énergie et plus de la moitié de l'essence produite sur Terre.
  62. 6:25 Par exemple, une grosse voiture américaine brûle environ 10 litres pour 57 kilomètres.
  63. 6:30 Avec la même quantité de carburant, de nombreux modèles européens parcourent près de deux fois cette distance.
  64. 6:47 Ce qui inquiète tout particulièrement les Américains, c'est que le pays a atteint son pic de production en 1970 avec 11 millions de barils par jour.
  65. 6:56 Même au Texas, la quantité de brutes extraites diminuera par la suite.
  66. 7:01 En 1973, le président Nixon s'adresse à tous les Américains dans un discours télévisé.
  67. 7:31 Le gouvernement américain commande un film pour inciter la population à changer de mode de vie.
  68. 8:01 L'industrie automobile américaine est alors appelée à doubler les performances des moteurs en 10 ans.
  69. 8:25 Concrètement, cela signifie que leur consommation de carburant doit passer de 19 à 11 litres pour 100 kilomètres.
  70. 8:32 En France aussi, on réagit face à la forte consommation de pétrole.
  71. 8:38 La plupart des mines de charbon ont fermé en raison de leurs coûts de production trop élevés.
  72. 8:43 Et depuis les années 1960, le pays est encore plus dépendant du pétrole que l'Allemagne de l'Ouest.
  73. 8:49 Il faut faire des économies d'énergie.
  74. 8:53 Les publicités lumineuses sont interdites et les programmes de la télévision publique s'arrêtent à 23 heures.
  75. 8:58 Mais le changement le plus important réside dans l'exploitation d'une nouvelle ressource énergétique.
  76. 9:03 Notre grande chance, c'est l'énergie électrique de régime nucléaire.
  77. 9:08 Parce que nous avons une bonne expérience dans tout cela.
  78. 9:11 Nous l'avons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
  79. 9:14 Et nous avons développé toutes les activités nucléaires, civiles et militaires, depuis une douzaine d'années, comme vous le savez.
  80. 9:19 Et puis aussi, parce que maintenant, nous avons la volonté de le faire, car nous croyons que c'est cela la solution à nos besoins.
  81. 9:27 Et nous avons pris, aujourd'hui même, une décision très importante.
  82. 9:34 Entre 1974 et 1989, la France construit 56 réacteurs nucléaires.
  83. 9:40 Et ce n'est que le début.
  84. 9:42 Si en 1973, l'énergie atomique ne représente que 8% de la production d'électricité nationale,
  85. 9:48 sa proportion atteint 72% en 2019, soit la part la plus élevée au monde.
  86. 9:55 Là encore, une conséquence du choc pétrolier.
  87. 10:00 Cela a obligé les pays les plus énergivores à diversifier leurs sources d'approvisionnement et à réduire leur consommation de pétrole.
  88. 10:12 Avec le recul, on peut dire qu'en 1973, on a raté l'occasion de changer de modèle de développement et de sortir des énergies fossiles.
  89. 10:22 A commencer par le pétrole.
  90. 10:24 La première maison solaire américaine offre une démonstration pratique de l'utilisation de la puissance du soleil.
  91. 10:31 Trappée par des collecteurs à couverture de verre, la chaleur solaire réchauffe un film d'eau qui transfère sa chaleur aux chemicals
  92. 10:37 qui transmettent la chaleur à un système de radiateur à eau chaude.
  93. 10:44 La femme d'une maison sette la température par un thermostat,
  94. 10:48 la femme d'une maison sette la température par un thermostat,
  95. 10:50 fournissant de l'huile à l'aide de l'hiver, l'hiver, l'été ou l'automne, chaque jour de l'année.
  96. 11:18 Elle aurait peut-être eu un impact plus fort si elle avait duré plus longtemps.
  97. 11:22 Mais avant même de donner une chance aux énergies renouvelables, on ferme la plupart des installations et on abandonne les programmes de recherche.
  98. 11:30 Car dès le printemps 1974, l'horizon s'éclaircit sur le front du pétrole.
  99. 11:38 Si l'Arabie Saoudite a largement contribué au boycott, elle rouvre à présent les vannes.
  100. 11:43 Le conflit au Proche-Orient se détend.
  101. 11:45 Il faut dire que les enjeux financiers sont de taille.
  102. 11:49 L'Arabie Saoudite tire la quasi-totalité de ses revenus de l'or noir.
  103. 11:53 Elle a donc tout intérêt à rétablir de bonnes relations avec les pays occidentaux.
  104. 12:16 L'OPEP, l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, a remporté sa première épreuve de force avec l'Occident.
  105. 12:23 L'or noir coule de nouveau à flot, mais il est plus cher.
  106. 12:27 Pour les pays producteurs, c'est le début d'un âge d'or.
  107. 12:31 En 1973, on a dit qu'il s'agissait du plus grand transfert de richesse qui se soit jamais produit dans le monde en si peu de temps.
  108. 12:39 Les dollars sont passés des plus gros consommateurs de pétrole, Etats-Unis, Europe de l'Ouest et Japon, aux pays exportateurs de pétrole.
  109. 12:53 Pour la première fois de leur histoire, certains de ces Etats étaient en mesure de construire des infrastructures.
  110. 12:59 Les revenus des pays exportateurs passent de 23 milliards de dollars en 1972 à 140 milliards en 1977.
  111. 13:07 Ils amassent tellement d'argent sur leurs comptes que les experts craignent un manque de liquidité et, par voie de conséquence, un effondrement du cycle économique mondial.
  112. 13:17 Cette peur est infondée.
  113. 13:19 Les pays exportateurs ne peuvent plus payer leurs impôts.
  114. 13:21 Ils craignent un manque de liquidité et, par voie de conséquence, un effondrement du cycle économique mondial.
  115. 13:27 Cette peur est infondée.
  116. 13:29 Les nouveaux maîtres du pétrole dépensent sans compter.
  117. 13:32 Ils investissent dans les infrastructures, les administrations et la modernisation de leur pays, mais aussi dans l'immobilier et l'armement.
  118. 13:40 Les membres de l'OPEP accomplissent ce que personne ne croyait possible.
  119. 13:45 En quatre ans, ils dépensent encore plus qu'ils ne gagnent.
  120. 13:51 L'OPEP a besoin de l'argent de l'Occident et l'Occident a besoin du pétrole de l'OPEP.
  121. 13:56 Les dirigeants arabes sont courtisés et les grands groupes pétroliers se remplissent les poches.
  122. 14:02 Sept d'entre eux dominent le marché mondial. BP, Shell, Exxon, Gulf, Mobil, Chevron et Texaco.
  123. 14:11 Ils extraient, transportent, raffinent et vendent.
  124. 14:15 Ni les pays producteurs de pétrole ni les clients ne peuvent les contourner.
  125. 14:20 Mais la forte demande bouleverse le secteur dans les années 1970.
  126. 14:25 Aux quatre coins de la planète, on consomme toujours plus vite diverses quantités de pétrole.
  127. 14:31 Cela génère ce qu'on appelle un marché au comptant.
  128. 14:34 Les négociants achètent désormais à tout moment et à qui ils veulent.
  129. 14:38 Ils réagissent immédiatement aux évolutions qui se produisent chaque jour, voire chaque heure sur le marché.
  130. 14:44 Si Internet n'existe pas encore, il y a le Telex.
  131. 14:48 A l'époque, il n'en faut guère plus pour prendre part au commerce pétrolier.
  132. 14:53 L'un des acteurs de ce marché au comptant devient le roi du pétrole.
  133. 14:57 Son credo ? N'obéir qu'à une seule morale, celle du marché.
  134. 15:02 Les soubresauts de la politique mondiale ne l'intéressent pas.
  135. 15:05 Cet homme d'affaires américain prospère et pourtant méprisé par son gouvernement.
  136. 15:09 Son nom ? Marc Rich.
  137. 15:15 Marc Rich a continué à acheter et vendre du pétrole iranien alors que les Iraniens occupaient l'ambassade américaine et détenaient des otages.
  138. 15:25 C'était la plus grande humiliation que les Américains avaient essuyée depuis des décennies,
  139. 15:29 et lui, en tant que citoyen américain, il vendait du pétrole iranien malgré l'embargo sur le pays.
  140. 15:34 Il est devenu «persona non grata» aux Etats-Unis.
  141. 15:37 On ne lui a jamais pardonné de faire du commerce avec l'ennemi de la nation.
  142. 15:47 L'opinion publique est indignée.
  143. 15:50 Mais en coulisses, les décideurs américains savent très bien que leur principal allié au Proche-Orient, Israël, est dépendant du pétrole de Marc Rich.
  144. 15:59 L'Iran était pratiquement en guerre contre Israël, et l'Ayatollah menaçait sans cesse de détruire l'unité sioniste.
  145. 16:08 Ce qui est fou, c'est qu'en même temps, les mollahs vendaient leur pétrole à l'homme d'affaires juif américain Marc Rich,
  146. 16:16 qui le livrait ensuite à leur ennemi juré, Israël.
  147. 16:19 Mais le plus incroyable, c'est que ce même Marc Rich m'a confié que toutes les parties concernées étaient au courant.
  148. 16:28 Les Iraniens savaient que le pétrole allait directement à Israël, et Israël savait qu'il venait d'Iran.
  149. 16:34 Tout le monde était d'accord. En secret, bien sûr.
  150. 16:38 Pourquoi ? L'Iran voulait vendre du pétrole pour lutter contre Israël.
  151. 16:42 Aujourd'hui, presque plus personne ne connaît l'histoire de la connexion pétrolière israélo-iranienne.
  152. 16:48 Dix ans avant que les deux pays ne deviennent ennemis, le pétrole iranien est transporté par bateau jusqu'à Eilat, en Israël,
  153. 16:55 en passant par l'armée israélienne.
  154. 16:58 L'armée israélienne s'appelait Israël.
  155. 17:01 L'armée israélienne s'appelait Israël.
  156. 17:04 L'armée israélienne s'appelait Israël.
  157. 17:06 Lorsque les deux pays ne deviennent ennemis, le pétrole iranien est transporté par bateau jusqu'à Eilat, en Israël,
  158. 17:12 en passant par le golfe Persique et la mer Rouge.
  159. 17:15 Il emprunte ensuite un pipeline de 250 km jusqu'au port pétrolier israélien d'Ashkelon, sur la Méditerranée.
  160. 17:22 Officiellement, l'Iran et Israël n'ont pas de relation diplomatique.
  161. 17:27 Officiellement, l'Iran boycotte Israël.
  162. 17:31 Mais en coulisses, le Shah fournit des millions de tonnes de pétrole à l'État hébreu.
  163. 17:36 Des millions de tonnes d'huile.
  164. 18:06 Les deux pays ont besoin d'un intermédiaire discret.
  165. 18:09 Quelqu'un comme Markitch.
  166. 18:14 Les affaires marchent tellement bien qu'Israël peut même revendre le pétrole iranien.
  167. 18:19 Là encore, Markitch tire les ficelles dans l'ombre.
  168. 18:25 Markitch réceptionnait le pétrole à Ashkelon, sur la côte méditerranéenne israélienne,
  169. 18:30 et l'envoyait en Espagne, via la Roumanie.
  170. 18:33 La Roumanie est le seul pays du bloc communiste à ne pas avoir rompu ses relations avec Israël.
  171. 18:38 Mais le pétrolier n'y décharge pas sa cargaison.
  172. 18:41 L'itinéraire emprunté n'est qu'une couverture.
  173. 18:44 La véritable destination est l'Espagne.
  174. 18:48 Le dictateur fasciste espagnol Franco n'avait pas de relation avec Israël, et ne voulait pas en avoir.
  175. 18:54 Seulement, il avait besoin de pétrole.
  176. 18:57 Il lui en fallait le plus possible, même s'il venait de l'État hébreu.
  177. 19:01 Peu lui importait qu'il provienne d'Israël, mais il n'a jamais voulu le reconnaître publiquement.
  178. 19:06 D'où ce détour par la Roumanie.
  179. 19:11 Cet accord marque le début de l'ascension fulgurante de Markitch dans l'industrie pétrolière.
  180. 19:16 Sa spécialité est de mettre en contact des partenaires qui, officiellement, ne veulent rien avoir à faire ensemble.
  181. 19:23 Après la guerre du Kipour et l'embargo, le prix du baril est multiplié par 4, et le pétrole plus convoité que jamais.
  182. 19:32 Ça a été une période bénie pour Markitch.
  183. 19:35 Alors que les compagnies pétrolières occidentales étaient à sec, lui, il nageait littéralement dans le pétrole, grâce à ses bonnes relations avec l'Iran.
  184. 19:47 L'homme d'affaires indépendant continue à être approvisionné par l'Iran.
  185. 19:50 Les Molas ont besoin de lui car leur pays ne dispose pas de canaux de distribution.
  186. 19:55 Markitch achète et vend du pétrole dans le monde entier.
  187. 19:59 Il traite avec Fidel Castro à Cuba, et les Sandinistes au Nicaragua.
  188. 20:03 Il vend du brut iranien, équatorien, vénézuélien, nigérien ou soviétique à l'Espagne, la Turquie ou l'Italie, mais aussi au ministère américain de la Défense.
  189. 20:14 Il fournissait du pétrole au régime cubain et aux Sandinistes.
  190. 20:18 Pour ces derniers, il était même sans doute plus important que le mouvement de solidarité qui les soutenait en Occident.
  191. 20:24 Lui, le capitaliste pur et dur, aidait les révolutionnaires marxistes.
  192. 20:31 Quelle ironie de l'histoire !
  193. 20:36 Markitch révolutionne le commerce du pétrole.
  194. 20:40 Son entreprise, installée dans la ville pittoresque de Zug, près de Zurich, engrange plus d'un milliard de dollars en 1974.
  195. 20:48 A la fin des années 70, Markitch possède 30 bureaux sur tous les continents.
  196. 20:54 Son principal partenaire commercial est l'entreprise de l'économie.
  197. 20:58 Il est le premier d'une série d'entreprises à s'intégrer au marché du pétrole.
  198. 21:02 A la fin des années 70, Markitch possède 30 bureaux sur tous les continents.
  199. 21:08 Son principal partenaire commercial reste l'Iran, à qui il achète en moyenne 200 000 barils par jour.
  200. 21:17 Mais voilà que la révolution islamique déferle sur le pays.
  201. 21:21 Le Shah Reza par la vie est destitué.
  202. 21:24 L'ayatollah Khomeini revient de son exil.
  203. 21:27 Le 4 novembre 1979, des centaines d'Iraniens attaquent l'ambassade américaine à Téhéran et prennent en otage 52 employés.
  204. 21:36 Impuissants, les Etats-Unis voient leur drapeau brûler.
  205. 21:40 L'affaire des otages est sans doute le pire affront qu'ils aient subi jusque-là.
  206. 21:57 Le président Carter inflige toute une série de sanctions politiques et économiques.
  207. 22:03 Mais cela n'impressionne guère Markitch, qui bénéficie de la neutralité helvétique.
  208. 22:10 Sa position était la suivante.
  209. 22:13 Son entreprise, basée à Zug, était soumise aux lois suisses et non pas américaines.
  210. 22:18 C'est donc en toute légalité qu'il pouvait acheter du pétrole à l'Iran.
  211. 22:25 Les Israéliens continuent eux aussi à acheter du pétrole iranien.
  212. 22:29 A présent, Markitch les livre avec des navires citernes.
  213. 22:36 Je crois qu'on peut dire que les Israéliens sont en train d'agir.
  214. 22:40 Les Israéliens sont en train d'agir.
  215. 22:43 Je crois qu'on peut dire sans exagérer que Markitch était vital pour Israël.
  216. 22:48 Officiellement, l'Ayatollah parlait d'éliminer Israël.
  217. 22:52 Mais dès qu'il était question de devise, de pouvoir et de pétrole,
  218. 22:56 la doctrine pure, l'idéologie, passait au second plan.
  219. 23:00 L'essentiel était de pouvoir vendre le pétrole.
  220. 23:06 Il ne peut y avoir plus grand paradoxe.
  221. 23:09 Il ne peut y avoir plus grand paradoxe.
  222. 23:12 C'est le triomphe du marché sur l'idéologie.
  223. 23:15 Les États-Unis annoncent toutefois des représailles
  224. 23:18 contre l'attaque de leur ambassade et la prise en otage de leurs ressortissants.
  225. 23:22 Markitch est accusé de commerce avec l'ennemi.
  226. 23:25 Le FBI le place sur la liste des personnes les plus recherchées.
  227. 23:30 Mais il vit en Suisse, qui fait prévaloir son autonomie juridique et ne l'extrade pas.
  228. 23:38 En 1985, deux agents américains tentent d'enlever Markitch en Suisse.
  229. 23:44 Bien sûr, c'est parfaitement illégal selon la loi helvétique.
  230. 23:49 Ils se rendent à Zug, ils connaissent même l'angle de pente de la rue.
  231. 23:53 Ils pensent qu'un hélicoptère va pouvoir atterrir et s'apprêtent à capturer Markitch.
  232. 24:00 Mais voilà que deux hommes en civil arrivent et leur demandent leur papier.
  233. 24:05 À ce moment-là, les agents américains réalisent qu'ils ont été démasqués.
  234. 24:11 Les deux hommes sont des policiers fédéraux suisses
  235. 24:14 et ils leur font clairement comprendre qu'ils seront arrêtés s'ils ne quittent pas la Suisse immédiatement.
  236. 24:23 Le FBI n'abandonne pas la partie pour autant.
  237. 24:26 Le négociant en pétrole est un ennemi de l'État américain et un des criminels les plus recherchés.
  238. 24:31 Comme dans un roman d'espionnage, on assiste à un jeu du chat et de la souris.
  239. 24:36 Un jeu auquel Markitch risque gros.
  240. 24:41 Les États-Unis ont essayé à plusieurs reprises de faire sortir Markitch de Suisse
  241. 24:46 ou de l'arrêter dans d'autres pays, notamment en Angleterre, en Jamaïque et en Russie.
  242. 24:52 Mais Markitch m'a confié qu'il était toujours très vigilant, il faisait attention.
  243. 24:57 Il ne prenait jamais d'avion de ligne.
  244. 25:00 Il voyageait toujours dans des jets privés qu'il réservait à la dernière minute.
  245. 25:04 Il s'enregistrait à l'hôtel sous un faux nom.
  246. 25:08 Et puis, chose très importante, son chef de sécurité personnelle était un ancien agent du Mossad,
  247. 25:14 les services secrets israéliens.
  248. 25:16 Il organisait minutieusement tous ses projets et ses voyages.
  249. 25:20 De plus, Markitch avait bien évidemment les moyens d'engager plusieurs gardes du corps.
  250. 25:28 Il pouvait se payer la protection dont il avait besoin.
  251. 25:32 Un agent américain, qui a été à ses trousses pendant 17 ans,
  252. 25:36 m'a dit un jour que c'était comme s'il avait eu affaire à un homme d'État.
  253. 25:42 Les États-Unis tentent également de capturer Markitch au moyen de l'argent.
  254. 25:45 La radio Voice of America diffuse régulièrement un message qui promet 750 000 dollars à celui qui le prendra.
  255. 25:53 Tout cela ne sert à rien.
  256. 25:55 La justice américaine le traquera pendant 17 ans, l'homme restera insaisissable.
  257. 26:00 Mais aux États-Unis, il ne se débarrassera jamais de son image d'ennemi public.
  258. 26:07 Malgré tous ces obstacles, il continue à développer ses activités.
  259. 26:10 En 1990, 7 ans après sa mise en examen, son entreprise est implantée dans 128 pays et emploie 1200 salariés.
  260. 26:19 Il achète et vend 1 500 000 barils de pétrole par jour, soit plus que la quantité produite par un pays de l'OPEP comme le Koweït.
  261. 26:28 En 1993, Markitch vend les dernières parts de son entreprise, la Markitch & Co. AG,
  262. 26:34 qui devient la société suisse Glencore, aujourd'hui le plus grand groupe de négoces de matières premières au monde.
  263. 26:41 L'histoire de Markitch montre la double morale qui prévaut en politique.
  264. 26:46 Dès que des intérêts nationaux sont en jeu, a fortiori quand il s'agit d'une ressource stratégique comme le pétrole,
  265. 26:52 les gouvernements de tous bords politiques oublient leurs principes moraux et leurs idéologies.
  266. 26:57 Il n'y a plus que leurs intérêts qui comptent.
  267. 27:04 L'or noir provoque un étonnant revirement dans la politique énergétique du gouvernement britannique.
  268. 27:10 Depuis des décennies, la Grande-Bretagne est en bisbille avec les pays producteurs de pétrole à cause des prix élevés qu'ils pratiquent.
  269. 27:17 Au milieu des années 1970, tout bascule.
  270. 27:21 Le Premier ministre Harold Wilson caresse même l'idée d'une présidence britannique au sein de l'OPEP.
  271. 27:27 Que s'est-il passé ?
  272. 27:30 Les premiers sondages en mer du Nord ont été réalisés bien avant le choc pétrolier.
  273. 27:36 Depuis les années 1960, des entreprises américaines y prospectent du pétrole.
  274. 27:41 Après de longs efforts infructueux, elles s'apprêtent à abandonner ces recherches coûteuses.
  275. 27:47 Mais puisque la plateforme offshore est installée et payée, elles font une dernière tentative en 1969.
  276. 27:53 A 3000 mètres de profondeur, un échantillon est prélevé.
  277. 27:56 Il a un éclat doré, signe de la présence du précieux liquide.
  278. 28:05 Après cette découverte, les compagnies affluent en Norvège et en Grande-Bretagne.
  279. 28:10 Un an plus tard, BP, puis Shell et Exxon trouvent du pétrole.
  280. 28:16 L'un des gisements à explorer est le Brent, à environ 180 km au nord-est des îles Shetland.
  281. 28:21 Les premiers sondages laissent penser qu'il s'agit d'un important réservoir de pétrole.
  282. 28:26 Cela provoque une véritable ruée vers l'or noir.
  283. 28:30 La perspective d'extraire du pétrole dans un pays qui n'augmente pas les prix de façon arbitraire,
  284. 28:35 ne menace pas d'imposer des quotas et ne déclenche pas de révolution, est stimulante.
  285. 28:40 Même si le forage en mer du Nord coûte dix fois plus cher que la production de l'Arab Light,
  286. 28:45 le brut de référence au Moyen-Orient.
  287. 28:52 Les investissements sont étroitement liés au prix du pétrole.
  288. 28:57 Lorsque celui-ci augmente, de nombreux investissements qui n'étaient pas rentables jusque-là le deviennent.
  289. 29:06 C'est ce qui s'est passé en 1973.
  290. 29:11 Avec la hausse du prix du baril, il est devenu économiquement plus intéressant de prospecter en mer du Nord.
  291. 29:18 Mais la mer du Nord est dangereuse, financièrement et physiquement.
  292. 29:23 Il faut creuser bien plus en profondeur.
  293. 29:26 La météo est impitoyable et change en quelques minutes.
  294. 29:29 Des vagues de plus de 20 mètres peuvent s'abattre sur les plateformes et les navires de ravitaillement,
  295. 29:34 et en cas de tempête, les vents soufflent à plus de 120 km heure.
  296. 29:39 Malgré tous ces inconvénients, l'extraction d'hydrocarbures à grande échelle démarre.
  297. 29:44 Six ans après la découverte du premier gisement, le 18 juin 1975,
  298. 29:50 le Royaume-Uni raffine pour la première fois son pétrole.
  299. 30:06 Tout porte à croire que la Grande-Bretagne va bientôt nager dans le pétrole.
  300. 30:10 Le Brent produit à lui seul 500 000 barils par jour.
  301. 30:14 Qui pourrait encore vouloir une baisse du prix du grut ?
  302. 30:35 Du jour au lendemain, Aberdeen devient la capitale européenne du pétrole offshore.
  303. 30:40 Le port écossais s'enrichit.
  304. 30:52 A la fin des années 1990, le boom est terminé.
  305. 30:56 En 1999, les plateformes de la mer du Nord ne produisent plus qu'environ 6 millions de barils par jour,
  306. 31:03 et en 2017, 2 millions seulement.
  307. 31:06 Désormais, on démonte les installations.
  308. 31:09 Avec la baisse des prix, le forage offshore n'est plus rentable.
  309. 31:13 Mais au début des années 1980, le pétrole de la mer du Nord a un impact colossal.
  310. 31:19 La suprématie de l'OPEC commence à s'effriter.
  311. 31:22 Les États membres sont inquiets.
  312. 31:26 L'OPEC a pris une décision qu'elle n'avait encore jamais prise.
  313. 31:30 Elle a instauré un système de quotas pour soutenir le cours du pétrole.
  314. 31:35 Le problème était que l'Arabie saoudite, le membre clé du cartel qui jouait le rôle d'arbitre pour défendre ses propres intérêts,
  315. 31:43 a réduit sa production de 10 millions de barils par jour en 1982
  316. 31:49 à 2 millions en 1985 afin de stabiliser les prix.
  317. 31:56 L'OPEC impose un quota de production faible à tous ses États membres.
  318. 32:00 Mais hormis l'Arabie saoudite, ils ne peuvent pas suivre,
  319. 32:02 car un tel contingent ne leur permet plus de réaliser des bénéfices.
  320. 32:07 Le quota n'est donc pas respecté à la lettre.
  321. 32:13 Le chaos qui régnait au sein de l'organisation a pris une tournure absurde.
  322. 32:18 En 1984, l'OPEC a chargé une agence internationale de la contrôler elle-même.
  323. 32:24 Les chiffres de production de chaque État membre devaient être rigoureusement vérifiés à partir des comptes, des factures et des documents d'exportation.
  324. 32:32 Mais la mission a échoué parce que les inspecteurs n'ont pas eu accès aux bureaux et sites de production.
  325. 32:37 Certains pays leur ont même refusé l'entrée sur leurs territoires.
  326. 32:43 L'OPEC ne peut pas endiguer la chute des prix.
  327. 32:46 Si un baril de brut coûte encore plus de 39 dollars en avril 1980, il vaut moins de 10 dollars en 1986, soit une réduction de 74%.
  328. 32:56 Pour l'OPEC, c'est une situation inédite.
  329. 33:03 Pour la plupart des habitants des pays occidentaux, en revanche, la baisse du cours du pétrole est une bonne nouvelle.
  330. 33:09 On peut de nouveau filer à toute vitesse sur les autoroutes et dans les airs.
  331. 33:16 À l'époque, la question des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat n'intéressait qu'une poignée de spécialistes.
  332. 33:24 Le terme réchauffement climatique n'existait pas encore.
  333. 33:26 Non seulement on considérait que le pétrole était moins dangereux et moins sale, mais on voyait aussi les grands avantages qu'il présentait.
  334. 33:34 Il permettait de soulager les tâches pénibles et offrait une formidable mobilité.
  335. 33:38 Les gens s'étaient habitués à un approvisionnement abondant en pétrole.
  336. 33:42 C'était quelque chose que personne ne remettait en question, et aujourd'hui encore, ça semble aller de soi.
  337. 33:50 Parmi les produits issus de la pétrochimie figurent les détergents,
  338. 33:53 les médicaments,
  339. 33:55 les casques de vélo,
  340. 33:57 les cosmétiques,
  341. 33:59 le stylo
  342. 34:00 et le frisbee.
  343. 34:02 On peut citer également les terrains de football synthétiques
  344. 34:07 et bien sûr, les jouets en plastique.
  345. 34:10 On paie avec du pétrole, pas de carte de crédit sans plastique.
  346. 34:14 Même le monde informatique n'y échappe pas.
  347. 34:17 Clavier, écran, smartphone, tablette,
  348. 34:20 tout est fabriqué à base d'hydrocarbures.
  349. 34:23 Si la révolution numérique commence dans les années 1980,
  350. 34:27 c'est précisément parce que le prix du pétrole est stable,
  351. 34:30 une condition indispensable à la construction d'ordinateurs bon marché.
  352. 34:34 Et le prix du baril ne cesse de diminuer.
  353. 34:37 Cela s'explique entre autres par une plus grande conscience écologique de l'opinion publique.
  354. 34:42 Les marées noires ternissent l'image du pétrole.
  355. 34:45 Leur est aux économies d'énergie.
  356. 34:46 La demande d'hydrocarbures qui augmentait sans cesse jusque-là, stagne.
  357. 34:53 Si le fléchissement des prix n'entraîne qu'un petit creux dans la croissance de pays comme l'Arabie Saoudite,
  358. 34:58 d'autres états sont menacés dans leur existence même.
  359. 35:06 A la fin des années 1980,
  360. 35:08 le plus grand pays du monde s'enfonce toujours plus dans l'abîme.
  361. 35:11 A l'extérieur, l'Union soviétique démontre sa puissance,
  362. 35:15 mais une crise majeure secoue son économie
  363. 35:18 et la chute du cours du pétrole ne fait qu'aggraver la situation.
  364. 35:26 Le budget de l'État soviétique est très dépendant des exportations de pétrole.
  365. 35:30 Pour assurer sa survie,
  366. 35:32 l'immense empire a besoin de 15 à 17 milliards de dollars par an.
  367. 35:35 La baisse du prix du brut inflige des milliards de pertes à l'URSS.
  368. 35:43 Vladimir Poutine aime dire que la perestroïka a été le coup de grâce pour le bloc communiste.
  369. 35:48 Mais l'effondrement du cours du pétrole y est aussi pour beaucoup.
  370. 35:55 Au milieu des années 1980,
  371. 35:57 l'Union soviétique déclare qu'elle n'a pas besoin de pétrole.
  372. 36:01 Au milieu des années 1980,
  373. 36:04 pour la première fois,
  374. 36:06 on ne pouvait plus masquer les maux de l'économie soviétique.
  375. 36:10 Il y avait une pénurie de produits alimentaires.
  376. 36:13 Des files d'attente se formaient devant les magasins et les boulangeries.
  377. 36:17 Soudain, les gens se rendaient compte
  378. 36:20 que ce que leur régime leur avait raconté jusque-là,
  379. 36:23 à savoir que l'URSS était le meilleur pays au monde
  380. 36:26 et que le socialisme allait résoudre tous les problèmes,
  381. 36:28 que tout cela n'était pas vrai.
  382. 36:31 Le régime ne pouvait plus balayer d'un revers de la main ces difficultés
  383. 36:35 qui étaient dues en partie à la chute du prix du pétrole.
  384. 36:38 Il ne pouvait plus acheter de la nourriture à l'étranger
  385. 36:41 pour remédier temporairement à la pénurie.
  386. 36:43 Il fallait engager des réformes.
  387. 36:46 La population entière voyait bien ce qui se passait.
  388. 36:49 Les gens faisaient la queue des heures pour acheter une miche de pain.
  389. 36:53 Ce n'était pas digne d'une superpuissance.
  390. 36:56 Au début des années 1990, l'URSS implose,
  391. 37:00 avec toutes les conséquences économiques et politiques que cela implique.
  392. 37:04 Le mur de Berlin serait-il tombé sans la crise pétrolière soviétique ?
  393. 37:08 Beaucoup d'historiens en doutent.
  394. 37:16 Et aujourd'hui ?
  395. 37:18 La Russie est chroniquement dépendante des ressources soviétiques.
  396. 37:21 Près des deux tiers de ses exportations et 40% de ses recettes publiques
  397. 37:25 proviennent du pétrole, du gaz et du charbon.
  398. 37:28 Et jusqu'ici, le Président Poutine ne donne pas l'impression
  399. 37:31 de vouloir restructurer l'économie.
  400. 37:35 C'est la même situation que sous Gorbatchev.
  401. 37:39 Le pays devrait entreprendre des remaniements.
  402. 37:42 Poutine a été assez malin.
  403. 37:45 Il a dit qu'il n'en avait pas besoin.
  404. 37:48 Poutine a été assez malin.
  405. 37:51 Il a créé un important fonds souverain qui s'élève à des centaines de milliards
  406. 37:55 et en période de crise comme maintenant, il peut puiser dedans.
  407. 37:59 Mais là encore, c'est une solution provisoire
  408. 38:03 et si le prix du pétrole reste bas, il faudra une fois encore réformer.
  409. 38:08 Poutine n'aime pas réformer, parce que c'est impopulaire,
  410. 38:12 que ça l'oblige à restructurer, que ça nuit à certains groupes d'intérêt
  411. 38:15 et que ça implique la refonte du système entier.
  412. 38:21 Vladimir Poutine ne prépare pas l'avenir économique du pays.
  413. 38:25 Il compte uniquement sur le fait que le changement climatique
  414. 38:28 va libérer des matières premières au pôle nord.
  415. 38:31 Il a besoin de nouveaux champs pétrolifères.
  416. 38:34 En développant massivement sa flotte de brise-glace,
  417. 38:37 la Russie envoie un signal clair à Washington, à Pékin et aux autres capitales.
  418. 38:41 Le pays dont le littoral arctique s'étend de la frontière norvégienne au Pacifique
  419. 38:45 veut profiter au maximum de sa situation géographique,
  420. 38:49 tant sur le plan politique que sur le plan économique.
  421. 38:57 Le nord du cercle polaire renferme 13% des gisements potentiels de pétrole du globe.
  422. 39:03 Vladimir Poutine déclare en 2012
  423. 39:06 « Les champs offshore, en particulier dans l'Arctique,
  424. 39:09 constituent notre réserve stratégique pour le XXIe siècle ».
  425. 39:16 Le pétrole est ainsi une réserve, voire une arme stratégique.
  426. 39:21 Là encore, c'est une situation qui n'est pas nouvelle.
  427. 39:24 En 1990 déjà, un homme se voit comme le futur maître du pétrole
  428. 39:29 et le leader du monde arabe.
  429. 39:31 Saddam Hussein.
  430. 39:36 Le matin du 2 août 1990,
  431. 39:39 100 000 soldats irakiens envahissent le Koweït.
  432. 39:42 Saddam Hussein a un objectif clair,
  433. 39:45 la repossession des puits de pétrole koweïtiens.
  434. 39:48 La longue guerre contre l'Iran a pris fin deux ans plus tôt.
  435. 39:51 Elle a affaibli financièrement l'Irak.
  436. 39:59 Après l'attaque, le contrôle des gisements irakiens et koweïtiens
  437. 40:03 garantit 20% des réserves mondiales à Saddam Hussein.
  438. 40:06 Aux États-Unis, en Europe de l'Ouest et au Japon,
  439. 40:09 on tire la sonnette d'alarme.
  440. 40:11 La prochaine cible de Saddam Hussein sera-t-elle l'Arabie saoudite ?
  441. 40:16 Les Américains envoient rapidement des troupes dans le Golfe
  442. 40:19 car l'accord passé en 1950 avec Truman
  443. 40:22 et qui garantit la protection de l'Arabie saoudite tient toujours.
  444. 40:25 Le président George Bush impose une intervention militaire à son pays et ses alliés.
  445. 40:45 C'est le quatrième militaire le plus grand du monde.
  446. 40:49 Notre pays importe maintenant presque la moitié de l'huile qu'il consomme
  447. 40:55 et pourrait faire face à une grande menace à son indépendance économique.
  448. 40:59 Beaucoup du monde est encore plus dépendant de l'huile importée
  449. 41:03 et est encore plus vulnérable aux menaces irakiennes.
  450. 41:07 Le dirigeant irakien n'essaie même pas de contredire les arguments de George Bush.
  451. 41:12 Il veut devenir le premier producteur de pétrole de la planète
  452. 41:15 pour faire de son pays une grande puissance
  453. 41:18 et entrer dans l'histoire en tant que leader du monde islamique.
  454. 41:25 Malgré les nouvelles règles qui régissent le commerce pétrolier
  455. 41:29 et la capacité à éviter les pénuries,
  456. 41:31 malgré la fin de la guerre froide et l'entente retrouvée entre l'OPEP et l'Occident,
  457. 41:35 le pétrole revient soudain sur le devant de la scène internationale.
  458. 41:37 Il se révèle un élément clé dans les jeux de pouvoir économique et politique.
  459. 41:42 En septembre 1990, lorsque Saddam Hussein menace de détruire les sites de production saoudiens,
  460. 41:49 le prix du baril est multiplié par plus de deux.
  461. 41:54 Quatre mois plus tard, le 17 janvier 1991,
  462. 41:58 la plus grande offensive aérienne de l'histoire est lancée.
  463. 42:01 700 avions de la coalition anti-Saddam Hussein attaquent l'Irak.
  464. 42:05 Des éclairs sillonnent en permanence le ciel.
  465. 42:08 Les caméras zooment sur les bunkers.
  466. 42:11 Les images aériennes, les viseurs des bombardiers et les explosions envahissent les écrans de télévision.
  467. 42:16 La guerre du Koweït de 1991 est le premier conflit que l'on peut suivre en direct et en couleur
  468. 42:22 sur la chaîne d'information américaine CNN.
  469. 42:29 La riposte de la coalition est suivie des faits.
  470. 42:31 Quelques heures après le raid, le prix du pétrole baisse de nouveau.
  471. 42:35 Il passe à 40 dollars, puis à 30 et enfin à 20 dollars le même jour.
  472. 42:40 Personne ne croit à une victoire de Saddam Hussein, ni à une pénurie de pétrole.
  473. 42:45 Dès le début de la guerre, il a ainsi perdu sa plus grande bataille.
  474. 42:49 En dépit des puits de forage en feu, le pétrole n'est pas devenu l'arme de Saddam Hussein et son cours reste bas.
  475. 42:57 Jusqu'à l'arrivée de nouveaux acteurs sur la scène internationale.
  476. 43:01 Au début de ce millénaire.
  477. 43:04 La Chine est devenue une superpuissance économique.
  478. 43:07 Et c'est désormais le deuxième plus gros consommateur de pétrole derrière les Etats-Unis.
  479. 43:11 Les Chinois sont bien décidés à rattraper leur retard.
  480. 43:14 Ils veulent des voitures modernes, des logements spacieux et de gros climatiseurs.
  481. 43:19 Pour cela ils ont besoin d'énormes quantités d'énergie.
  482. 43:22 Dans les années 90, la Chine consommait autant de pétrole que l'Allemagne.
  483. 43:26 Aujourd'hui elle en consomme presque 5 fois plus et d'ici peu elle dépassera l'Union Européenne.
  484. 43:32 En juin 2008, le prix du baril de brut monte à 140 dollars.
  485. 43:37 La plus haute moyenne mensuelle jamais enregistrée.
  486. 43:40 Mais la ruée vers l'or noir prend fin.
  487. 43:43 Une technique d'extraction controversée devient pour la première fois rentable, la fracturation hydraulique.
  488. 43:51 Le premier boom du pétrole de schiste commence en 2008.
  489. 43:55 5 ans plus tard, en 2013, les Américains extraient plus de pétrole qu'ils ne l'ont jamais fait dans leur histoire.
  490. 44:02 La production grimpe à 1,1 million de barils par jour, soit une hausse de 13,5%.
  491. 44:08 Et tout cela grâce à la fracturation hydraulique.
  492. 44:11 10 ans plus tôt ils pensaient encore que leur réserve de pétrole serait bientôt épuisée.
  493. 44:15 Mais à présent, les Etats-Unis produisent plus de 11 millions de barils par jour, dont 3 millions rien qu'au Texas.
  494. 44:22 En 2015, pour la première fois en 40 ans, les Etats-Unis exportent à nouveau du pétrole.
  495. 44:28 L'industrie pétrochimique est florissante.
  496. 44:31 Mais la fracturation hydraulique suscite de vifs polémiques.
  497. 44:35 Il faut creuser un puits à plusieurs kilomètres de profondeur avant de poursuivre le forage à l'horizontale.
  498. 44:42 Dans la technique du forage horizontal, un mélange d'eau, de sable quartz ou de billes de céramique et de substances chimiques
  499. 44:48 est soumis à une pression pouvant atteindre 1000 bar.
  500. 44:52 Cette pression fait éclater la roche, ce qui permet au pétrole ou au gaz qu'elle contient de remonter à la surface.
  501. 44:58 Grâce à des corps solides et à des produits chimiques, on maintient les fissures obtenues ouvertes.
  502. 45:03 Le problème, c'est que 17 de ces substances chimiques sont considérées par l'Agence fédérale de protection de l'environnement comme dangereuses pour l'eau.
  503. 45:10 38 autres substances sont qualifiées de toxiques pour la santé humaine.
  504. 45:13 Et si le liquide de fracturation entre en contact avec les nappes phréatiques, ça provoque des dégâts irréversibles.
  505. 45:24 Et les États-Unis ne restent pas là.
  506. 45:26 Ils ont recours à une autre technique, elle aussi très controversée, la production de pétrole à partir de sable bitumeux.
  507. 45:33 Une activité qui transforme des régions entières en désert.
  508. 45:37 Contrairement à son prédécesseur, Barack Obama, le président Donald Trump mise beaucoup sur ces nouvelles méthodes.
  509. 45:44 En 2020, il attaque son concurrent Joe Biden sur la question du pétrole.
  510. 46:06 Trump favorise l'essor de nouvelles techniques d'extraction en accordant des concessions dans des zones naturelles protégées et en supprimant la réglementation sur la fracturation hydraulique édictée par Obama.
  511. 46:24 Rien d'étonnant à cela, puisqu'il a déclaré que le réchauffement climatique était une invention des Chinois.
  512. 46:29 Aux États-Unis, 10 millions d'Américains ont un emploi lié au pétrole, des banquiers aux métallurgistes.
  513. 46:35 Trump était président, mais aussi homme d'affaires et il avait investi dans des compagnies pétrolières américaines.
  514. 46:40 Il a sabordé l'Agence fédérale de protection de l'environnement pour maintenir l'industrie pétrolière en vie.
  515. 46:45 En 2018, au Texas, grâce aux subventions publiques et malgré le coût de la fracturation hydraulique, près de 500 dériques extraient du pétrole et du gaz sur plus de 194 000 kilomètres carrés.
  516. 47:03 En 2019, 160 ans après la découverte du premier gisement en Pennsylvanie, les progrès technologiques permettent aux États-Unis de redevenir le premier producteur de pétrole au monde devant la Russie et l'Arabie Saoudite, et aussi le plus grand exportateur de pétrole.
  517. 47:25 L'Amérique renoue ainsi avec l'époque de Rockefeller.
  518. 47:34 Sur ce point, le prix joue un rôle clé. Le baril coûte désormais plus de 70 dollars.
  519. 47:40 Un système éprouvé resurgit. Une forte demande, une hausse des prix et des défenseurs de l'environnement entravés par la loi.
  520. 47:49 Qu'est-ce qui pourrait encore faire obstacle ?
  521. 47:57 La pandémie de Covid remet en cause les anciens modèles.
  522. 48:03 Début 2020, plus aucune grande puissance économique n'a besoin de pétrole.
  523. 48:08 Tout est à l'arrêt.
  524. 48:11 Bien qu'extraordinairement bon marché, le pétrole ne trouve pas preneur.
  525. 48:16 Le cours du baril atteint son taux historique le plus bas.
  526. 48:19 Les négociants doivent mettre la main à la poche pour se débarrasser de leur stock.
  527. 48:26 Les pétroliers ne peuvent plus décharger leur cargaison car tous les entrepôts sont pleins à craquer.
  528. 48:34 Bien sûr, l'économie mondiale va redémarrer et la demande en pétrole va de nouveau augmenter.
  529. 48:40 Mais il semblerait que cette rupture arrive à un moment où l'humanité se trouve à un tournant.
  530. 48:48 Pour la préservation du climat et la survie de l'humanité, il est indispensable de repenser l'approvisionnement énergétique.
  531. 48:55 Le pétrole, le gaz et le charbon sont nocifs pour le climat.
  532. 48:58 Leur extraction et leur combustion libèrent du méthane et du dioxyde de charbon qui représentent environ 72% des gaz à effet de serre.
  533. 49:06 Lutter contre le réchauffement climatique, c'est aussi combattre la toute puissante industrie pétrolière qui dispose d'énormes moyens financiers.
  534. 49:15 Elle est défendue par l'un des lobbies les plus influents au monde et elle a longtemps tout mis en œuvre pour que la peur du dérèglement climatique ne menace pas ses bénéfices.
  535. 49:23 Shell était déjà parfaitement conscient du danger des gaz à effet de serre au milieu des années 1980.
  536. 49:31 Vers 1984, le groupe a chargé six de ses chercheurs de se pencher sur le sujet.
  537. 49:38 Et en 1988, ces six experts ont remis un rapport volumineux qui était on ne peut plus clair.
  538. 49:45 Les chercheurs expliquent sans l'ombre d'un doute que le dioxyde de carbone libéré par la combustion d'énergie fossile va réchauffer la planète.
  539. 49:53 Pas du vivant des décideurs actuels, précise-t-il, mais sans doute de celui de leurs enfants et petits-enfants, c'est-à-dire aujourd'hui.
  540. 50:01 A l'époque, l'industrie pétrolière aurait pu rendre ses connaissances publiques pour éveiller les consciences.
  541. 50:08 Si elle y avait consenti, nous serions aujourd'hui dans une situation totalement différente.
  542. 50:17 Mais les compagnies pétrolières ont décidé de ne pas faire de dérèglement climatique.
  543. 50:23 Elles ont gardé leurs connaissances secrètes et ont même saboté la recherche sur le climat.
  544. 50:33 Elles ont créé une organisation, la Global Climate Coalition,
  545. 50:40 qui avait pour mission de semer le doute sur la nature de l'énergie fossile.
  546. 50:47 Aujourd'hui, les compagnies pétrolières ne remettent plus en question le changement climatique.
  547. 50:53 Même si une sortie du pétrole serait pour elles un cauchemar financier, il n'y a pas d'alternative.
  548. 50:59 Aussi effroyable soit-elle, la pandémie pourrait bien faire émerger un autre changement climatique.
  549. 51:06 Mais la question n'est pas la seule.
  550. 51:10 Il n'y a pas d'alternative.
  551. 51:15 Aussi effroyable soit-elle, la pandémie pourrait bien faire évoluer les mentalités.
  552. 51:20 En 2020, la situation économique s'est dégradée alors que l'état de la planète s'est amélioré.
  553. 51:26 On peut douter que l'industrie pétrolière retrouve le chemin de la croissance après la crise sanitaire.
  554. 51:33 Depuis la découverte du premier gisement,
  555. 51:37 il n'y a plus sur le cours de la politique et de l'économie mondiale.
  556. 51:42 Guerre, essor, défaite, consommation, pauvreté, le précieux liquide a marqué l'ère industrielle moderne.
  557. 51:48 Il a fait naître d'étranges alliances, des partenaires sont devenus ennemis et des rivaux, amis.
  558. 51:54 Le pétrole écrit l'histoire depuis 160 ans.
  559. 51:59 Reste à savoir à quelle vitesse nous parviendrons à nous passer de l'or noir.
  560. 52:03 L'avenir même en dépend.