L'intelligence artificielle vue par Aurélien Barrau

lecture 14:06 ソース ↗ intelligence artificielle Aurélien Barrau critique technologique écologie crise systémique surveillance de masse
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Aurélien Barrau dénonce l'intelligence artificielle comme étant non pas une solution mais le problème central d'une crise systémique plus large, critiquant son impact environnemental, son rôle dans la surveillance de masse et la déshumanisation de la société.

  1. 0:00 La question n'est pas de savoir s'il faut ou non décarboner l'IA. La question est uniquement de savoir si nous voulons que des algorithmes, qui, cela dit en passant, n'ont rien d'intelligent,
  2. 0:14 produisent un réel, prévisible, normé, calculé, sans exubérance et sans protubérance, sans bifurcation et sans imprévu, adapté à la surveillance de masse et formaté à la rentabilité.
  3. 0:28 Normé, calculé, sans exubérance et sans protubérance, sans bifurcation et sans imprévu, adapté à la surveillance de masse et formaté à la rentabilité.
  4. 0:42 Voulons-nous que les publicités soient ciblées pour décupler nos addictions, que les contenus pseudo-informationnels soient choisis pour confronter nos convictions,
  5. 0:53 que nos curriculums vités soient lus par des programmes ou des machines, que la finance mondiale, qui nous gouverne d'ores et déjà, n'est-ce pas, dans une large mesure, soit régie par des codes
  6. 1:04 dont plus personne ne comprend les rouages, que nos désirs soient anticipés afin qu'aucune excursion hors des attendus ne puisse survenir, que nos assurances et autres vulnérabilités soient calculées en fonction de probabilités objectivées,
  7. 1:22 que nos amis ou nos amants soient sélectionnés par les filtres normalisés, indépendamment des liens bien réels de l'intelligence artificielle avec la destruction des écosystèmes et le néocolonialisme ?
  8. 1:40 Ma question est n'est-elle pas en tant que telle une gigantesque bouse ? Et comme toujours dans ces situations, interroger le bien fondé de notre nécrophilie numérique est assimilé par nombre de spécialistes et de décideurs et décideuses à un obscurantisme.
  9. 2:03 Je crois que la bouffonnerie a assez duré. Et surtout, qu'on ne nous dise pas que l'intelligence artificielle pourrait apporter des solutions au problème. Elle est le problème. Elle aurait quelques effets positifs, dit-on, ici ou là. Mais oui, c'est vrai, bien sûr, comme la plupart des produits cancérigènes.
  10. 2:25 L'argument « mais la médecine pourrait bénéficier de l'intelligence artificielle », c'est le point Godwin de la techno-débilité. Appelons-le, si vous voulez, le point Barreau. On ne peut plus justifier n'importe quel délire ingénérique globalement délétère au motif qu'il pourrait avoir quelques bénéfices marginaux en médecine.
  11. 2:48 C'est fondamentalement stupide. C'est un peu comme si on rasait toutes les forêts du monde à la recherche de nouvelles molécules. On aurait forcément quelques informations acquises pertinentes pour la médecine. Et trois ans après, on sera tous morts. Ça n'a aucun sens.
  12. 3:06 Sans compter que par son caractère intrinsèquement non disruptif, l'intelligence artificielle ne peut par essence rien nous apporter de véritablement nouveau. Elle se contente d'interpeller entre le déjà connu et le déjà produit.
  13. 3:24 Dernière pitrerie en date. Chat GPT, donc. Un agent conversationnel. Un programme débilos permet de compléter les phrases en utilisant une approche statistique fondée sur les contenus ingurgités sur Internet de façon à trouver la suite la plus probable en singeant l'écriture humaine.
  14. 3:48 Wow ! Quelle merveille ! Magnifique ! Vous vous rendez compte du niveau d'insipidité de ce qui nous enthousiasme alors que la vie, le magique, le merveilleux meurt autour de nous ? Au-delà du caractère, me semble-t-il, ubuesque de cette artuferie, il faut bien comprendre que quelque chose d'assez grave se joue ici en réalité.
  15. 4:14 Une double trahison de la référentialité. Je crois que tout le langage est fondé d'une part sur une référence au réel et d'autre part sur une référence à l'auteur ou à l'autrice.
  16. 4:29 Or, chat GPT et consorts n'ont ni concept de vérité, c'est un peu contrariant, ni chaîne symbolique, ce qui est tout aussi affligeant. Ce sont des mots sans attache. Le contraire, si vous voulez, du fondement même de l'idiome. C'est une méta-vacuité.
  17. 4:50 GPT éructe du texte comme on vomit du code. Finalement, lire chat GPT, c'est faire l'amour avec une poupée gonflable. Tout y est, chauffe l'amour. C'est bêta.
  18. 5:04 Deuxièmement, les causes. Vous voyez, il fait très beau dehors. Vous pouvez encore sortir. Interruption des cycles bio-géochimiques, acidification des océans, pollution, artificialisation des terres, destruction des habitats, surexploitation des ressources, réchauffement climatique, prolifération des espèces invasives introduites par les humains.
  19. 5:31 On mentionne aussi souvent la chute de la biodiversité. C'est vrai. Et c'est certainement le pire de nos soucis. Mais je me refuse à le voir comme une cause. La chute de la vie, ce n'est pas une des origines du problème. C'est le problème en tant que tel.
  20. 5:51 Nous irons plus loin. Mais notons-le dès à présent. Le climat, quant à lui, n'est qu'un petit aspect du cataclysme. La crise est systémique et plurifactorielle. Les piliers de l'habitabilité de cette planète cèdent les uns après les autres.
  21. 6:11 Même sans un seul degré de réchauffement climatique et sans un seul gramme de CO2 émis, nous serions quand même dans la sixième extinction massive, autrement dit face à l'une des pires situations pour la vie sur Terre dans toute l'histoire.
  22. 6:31 Pourquoi alors cette surfocalisation sur le climat ? Parce que, me semble-t-il, cela fait perdurer encore un peu l'illusion littéralement délirante suivant laquelle nous serions face à un problème technique qui aurait une solution technique. Parce que c'est tout ce que notre société de technocrates est capable de penser.
  23. 6:54 Vous connaissez l'adage de Maslow. « Quand on a une tête en forme de marteau, on voit tous les problèmes en forme de clous ». Nous en sommes là. Tellement ensorcelés – je pèse mes mots – par la technologie que nous ne parvenons plus à raisonner au-delà de son horizon. Prométhée est à la fois déchaînée et aliénée.
  24. 7:22 Troisièmement, les vraies causes. Ça, c'était les fausses. Parce que les causes que je viens d'énoncer, en réalité, vous l'avez compris, ce sont des conséquences. Première remarque. Nous ne les traitons pas, ces conséquences. Les COP se succèdent avec un effet dérisoire.
  25. 7:41 Deuxième remarque. Quand bien même nous le ferions – tenter de les traiter –, cela reviendrait à peu près à diriger l'extincteur sur le haut des flammes. Le point essentiel, nodal et pourtant trivial, est ailleurs. La question, me semble-t-il, est « souhaite-t-on absolument ? », sachant qu'en plus, nous n'y arriverons pas. Tenter de rendre durable un monde qui n'est même pas souhaitable.
  26. 8:12 Tout est là. Et ça me semble doublement inepte. Avant de se demander comment poursuivre, encore un peu, sans doute pas très longtemps, pourquoi ne nous demandons-nous pas si nous désirons vraiment continuer sur le chemin esquissé ?
  27. 8:29 Nous raisonnons comme s'il était évident qu'élever nos enfants aux vidéos TikTok et les nourrir aux produits Carrefour dans un monde de béton, d'algorithmes et de machines qui, entre parenthèses, laissent mourir les réfugiés devant ces frontières closes, était évidemment souhaitable.
  28. 8:49 Et nous cherchons uniquement comment poursuivre quelques années ou décennies supplémentaires, mais avec moins de CO2, parce que nous sommes conscientisés. C'est insensé. Nous sommes dépendants au point de ne plus même imaginer que cette drogue est intrinsèquement mortifère, indépendamment de ses effets sur le climat ou les plantes.
  29. 9:16 Construire une aberration n'est pas seulement intenable, c'est méprisable. Nous avons inventé un monde qui, me semble-t-il, serait hémétique même s'il était durable. Vous le savez, nos téléphones portables nous espionnent. Ce n'est pas conspirationniste, c'est vrai.
  30. 9:34 Certes, ça consomme de l'énergie. Mais enfin, vous admettrez que ce n'est pas la question. Quand bien même le bilan carbone serait nul, serions-nous heureux, fiers, sereins de savoir que Google connaît pratiquement tout de nos vies et que la police, au moins en France, a maintenant le droit d'activer nos microphones et caméras à notre insu ?
  31. 9:59 On pourrait en fait gagner sur tous les tableaux. C'est en ce sens que je maintiens et que j'ai déclaré qu'il n'y avait pas d'effort à faire. Se passer de ça n'est pas à moins bien vivre.
  32. 10:12 Regardez l'univers infiniment vulgaire et violent, sans étoiles, que nous préparent Elon Musk et ses affidés, les hommes les plus riches du monde, les grands gagnants du monopoli mondial.
  33. 10:26 Le problème qui se joue ici, ce n'est pas la pollution ou le carbone. C'est que cet intrinsèquement répugnant, ces implants dans le cerveau pour se connecter directement aux machines, ces réseaux sociaux dérégulés, ces lance-flammes commercialisées, ces employés méprisés, cette défiguration de la voûte céleste...
  34. 10:50 Je crois que c'est cela en choix qui devrait nous affliger, et pas seulement les externalités négatives. Et il semble que comme une apothéose dans une sorte de gigantesque éjaculation nihiliste, nous ayons décidé que même les cieux seront souillés.
  35. 11:08 Lanceurs privatisés, publicités spatiales, dépôts de carburants et hôtels en orbite, tourisme indécent pour richesses obscènes, jusqu'à la morphologie des constellations défaites par des esseins de satellites artificiels.
  36. 11:25 Alors que la vie s'effondre ici, nous détournons nos fantasmes vers une technoprédation planétaire, échecs et maths, avec ou sans émissions de gaz à effet de serre. Démographie. Je pense que ça n'est pas le problème.
  37. 11:48 Un seul Elon Musk fait plus de dégâts à lui seul que tout le continent africain réuni. Plus généralement, notre idéologie actuelle consiste à maximiser l'impact. Ça ne servirait à rien d'être deux fois moins nombreux. Nous utiliserions juste chacun, deux fois plus, d'espace et de ressources disponibles.
  38. 12:14 Je crois que ça n'est pas la question. Nous sommes, nous les Occidentaux, la civilisation de l'Ubris. Et n'oubliez pas que c'est cela qui a failli mener à l'échec à Troyes. C'est tout l'enseignement de l'Iliade, l'enlèvement d'Hélène, comme vous le savez, c'était un prétexte.
  39. 12:34 Oui, on voit bien quand même qu'il y a quelque chose de terriblement colonialiste et paternaliste dans cette question de la démographie. Car on le sait bien, les populations en croissance galopante, ce sont essentiellement celles des pays pauvres. Alors même qu'en réalité, ce sont les seuls à n'être essentiellement pour rien dans la catastrophe actuelle.
  40. 12:56 En y réfléchissant, le postulat non dit de l'angoisse démographique, ce serait en quelque sorte qu'il n'y aura bientôt plus assez à massacrer pour tout le monde. Et il faudrait donc réserver le droit de détruire à quelques bienheureux. Parce qu'en sortant de la logique prédatrice, il n'y a plus de problème fondamental de démographie.
  41. 13:20 Je crois donc que ce que cette inquiétude révèle est en réalité assez sordide.
  42. 13:50 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org