AMI propose "la prochaine révolution de l'IA, qui comprend le monde réel", déclare Yann Le Cun

interview 9:15 출처 ↗ Yann Le Cun Amilabs intelligence artificielle ia modèle robotique
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Yann Le Cun, co-fondateur d'Amilabs, discute de la mission de sa nouvelle startup de révolutionner l'IA en développant des systèmes qui comprennent le monde réel, contrastant avec les modèles actuels basés sur le langage, et annonce une levée de fonds record d'un milliard de dollars.

  1. 0:00 Benjamin Duhamel, votre invité, est l'ancien directeur de la recherche fondamentale en
  2. 0:04 intelligence artificielle de META.
  3. 0:06 Il est l'un des pères de l'IA, l'une des stars françaises du secteur après avoir
  4. 0:10 travaillé pendant 12 ans avec Mark Zuckerberg.
  5. 0:12 Il a claqué la porte pour fonder sa propre start-up, Amilabs, qui annonce ce matin une
  6. 0:17 levée de fonds exceptionnelle d'un milliard de dollars.
  7. 0:20 Bonjour Yann Lecun.
  8. 0:21 Bonjour.
  9. 0:22 Merci d'avoir choisi France Inter pour votre première prise de parole.
  10. 0:25 Vous allez nous expliquer dans un instant comment votre start-up compte révolutionner
  11. 0:28 l'intelligence artificielle.
  12. 0:30 Et pour bien comprendre votre démarche, Yann Lecun, il faut revenir sur votre départ
  13. 0:34 de META et ce constat que vous faites.
  14. 0:36 Selon vous, les modèles d'IA que nos auditeurs connaissent, utilisent sans doute au quotidien,
  15. 0:40 Chadjipiti, Claude, sont dans une impasse.
  16. 0:42 Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
  17. 0:44 C'est une impasse si on espère les rendre aussi intelligents que les humains, avoir
  18. 0:51 les mêmes capacités.
  19. 0:52 Ce n'est pas une impasse pour ce qui concerne les produits.
  20. 0:56 Ces systèmes sont très utiles et il y a beaucoup d'investissements qui sont faits
  21. 1:00 pour les développer.
  22. 1:01 Ils vont devenir de plus en plus utiles, mais effectivement, ils sont limités dans
  23. 1:04 leurs capacités.
  24. 1:05 Ils sont limités parce qu'effectivement, ils ont du mal à réfléchir, à appréhender
  25. 1:11 le monde qui les entoure et c'est votre objectif ? Vous souhaitez, dites-vous, développer
  26. 1:16 une IA qui a vocation à comprendre le monde réel ? Et vous avez cette formule, cette
  27. 1:20 métaphore.
  28. 1:21 Un chat de gouttière possède un modèle mental du monde physique bien supérieur à
  29. 1:24 ce que permet aujourd'hui ChatGPT.
  30. 1:25 Donc votre objectif, Yann Lequin, c'est de créer une intelligence artificielle qui
  31. 1:29 comprenne le monde.
  32. 1:30 Comment est-ce que vous faites ça et surtout à quoi ça sert ?
  33. 1:33 Il s'avère que le monde est beaucoup plus complexe que la langue.
  34. 1:38 La langue est finalement facile à manipuler et on a l'impression qu'en tant qu'humain,
  35. 1:44 qu'une entité est intelligente si elle manipule la langue, mais finalement, on est
  36. 1:50 trompé par cette capacité à manipuler la langue.
  37. 1:55 Pourquoi la langue ? C'est simple, parce que la langue, c'est une séquence de symboles
  38. 1:59 discrets.
  39. 2:00 Juste, la langue, c'est ChatGPT à qui on demande, faites-moi le résumé de tel texte,
  40. 2:06 expliquez-moi cette analyse de sang et ça, c'est pour vous limiter.
  41. 2:09 Ou écrivez un bout de code ou même démontrez un théorème de mathématiques.
  42. 2:12 Tout ça, ce sont des symboles discrets.
  43. 2:15 Maintenant, il s'avère que le monde réel est bien plus complexe et comprendre le monde
  44. 2:18 réel nécessite d'utiliser des techniques complètement différentes de celles qu'on
  45. 2:23 utilise pour la langue.
  46. 2:24 Et c'est votre ambition.
  47. 2:25 Et concrètement, ça servira à quoi cette intelligence artificielle en modèle monde
  48. 2:30 ?
  49. 2:31 A plein de choses.
  50. 2:32 D'abord, à long terme, certainement, d'avoir des robots.
  51. 2:35 Pourquoi aujourd'hui, on a des systèmes qui passent l'examen du barreau, qui demandent
  52. 2:41 des théorèmes, qui écrivent du code, mais on n'a toujours pas de robots domestiques,
  53. 2:45 on n'a même pas de voitures qui se conduisent toutes seules vraiment de manière complètement
  54. 2:48 autonome.
  55. 2:49 On en a quelques-unes, mais qui sont limitées.
  56. 2:50 Mais qui sont limitées.
  57. 2:51 Et certainement, c'est une différence de complexité qui existe depuis très longtemps,
  58. 3:00 qui a même un nom, qui s'appelle le paradoxe de Moravec.
  59. 3:02 Et alors, comment faire en sorte que les machines puissent apprendre à comprendre le monde
  60. 3:09 en l'observant à la manière d'un jeune enfant, par exemple, ou même d'un chat
  61. 3:12 gouttière ?
  62. 3:13 C'est un peu le problème qui me fascine depuis des années, sinon des décennies.
  63. 3:19 Et on a fait des progrès assez significatifs ces dernières années.
  64. 3:23 Donc maintenant, on a des systèmes qu'on peut entraîner sur des vidéos et qui comprennent
  65. 3:27 à représenter ces vidéos.
  66. 3:28 C'est-à-dire que vous montrez pendant plusieurs mois à une intelligence artificielle des
  67. 3:32 vidéos pour qu'elles s'entraînent ?
  68. 3:33 Voilà, exactement.
  69. 3:34 En fait, ce qu'on fait, c'est qu'on prend une vidéo et on en enlève des morceaux.
  70. 3:40 Et ensuite, on entraîne le système à essayer de trouver une représentation abstraite de
  71. 3:44 la vidéo telle que ce système puisse prédire la représentation de la vidéo complète à
  72. 3:50 partir de celle qui a été corrompue.
  73. 3:52 Et ce faisant, le système apprend à remplir les trous et à comprendre le monde.
  74. 4:00 Donc développer une intelligence artificielle qui pourrait révolutionner l'industrie,
  75. 4:04 la robotique.
  76. 4:05 Vous avez annoncé ce matin, je le disais, une levée de fonds record d'un milliard
  77. 4:08 de dollars avec des investisseurs variés qui viennent du monde entier.
  78. 4:11 Jeff Bezos, NVIDIA, le géant des puces électroniques, en passant par la famille Mullier en France.
  79. 4:16 Est-ce que vous avez de quoi, Yann Lecun, concurrencer les géants américains et chinois ?
  80. 4:21 Est-ce que c'est possible de faire aussi bien qu'eux ?
  81. 4:25 Bien sûr.
  82. 4:26 On a les talents.
  83. 4:27 On a les talents en Europe.
  84. 4:28 Alors, ce que je vais vous dire, c'est que cette nouvelle entreprise est basée à Paris.
  85. 4:32 Oui, son siège social est à Paris.
  86. 4:34 Mais c'est une entreprise mondiale avec des bureaux à Paris, New York, Montréal et Singapour
  87. 4:40 pour l'instant.
  88. 4:41 Des investisseurs, comme je l'avais dit, très divers, très diversifiés.
  89. 4:45 Un peu plus du tiers des investisseurs sont européens, une grande partie de Français.
  90. 4:51 Un peu moins du tiers viennent d'Asie et du Moyen-Orient et à peu près un tiers sont
  91. 4:56 américains.
  92. 4:57 Donc, très diversifiés dans les sources parce qu'on offre un chemin vers la prochaine
  93. 5:04 révolution de l'intelligence artificielle, celle qui comprend le monde réel.
  94. 5:08 Je m'arrête un instant.
  95. 5:09 Vous avez effectivement expliqué que le siège social était à Paris.
  96. 5:11 Est-ce que ça veut dire qu'Amilabs, si on a envie d'être un peu chauvin ce matin,
  97. 5:15 c'est une future success story française ?
  98. 5:18 Oui, c'est une success story.
  99. 5:20 Vous savez, quand une entreprise dépasse une valorisation d'un milliard, on appelle ça
  100. 5:24 une licorne.
  101. 5:25 Nous, on dépasse les 3 milliards, donc on est un tri-start-up.
  102. 5:29 C'est pas mal, une triple licorne.
  103. 5:31 Ça veut dire aussi que si le siège social est fondé à Paris, ça veut dire que quand
  104. 5:34 vous ferez des bénéfices, vous paierez des impôts en France.
  105. 5:37 Oui, bien sûr.
  106. 5:38 Enfin, pour la partie qui est en France, elle est filiale un peu partout.
  107. 5:42 Mais effectivement, oui, avant qu'une start-up de ce type-là commence à faire des bénéfices,
  108. 5:47 ça prend quelques années.
  109. 5:48 Mais est-ce que c'est aussi un message que vous envoyez en vous implantant avec un siège
  110. 5:51 social à Paris ? On entend beaucoup l'Europe, la France, ils sont très bons pour réguler.
  111. 5:55 Mais pour autant, pour faire émerger des champions, c'est un peu plus compliqué.
  112. 5:58 Et là, les Américains et les Chinois sont meilleurs.
  113. 5:59 Vous voulez vous inscrire en faux par rapport à cette idée ?
  114. 6:01 Oui, les obstacles, bien sûr, il y a quelques obstacles de régulation, fiscalité, etc.
  115. 6:07 Mais l'obstacle principal, c'est l'accès au capital.
  116. 6:10 Il y a beaucoup plus d'argent disponible aux Etats-Unis qu'aux fonds de pension qui
  117. 6:15 n'existent pas en Europe et ailleurs dans le monde.
  118. 6:18 Mais visiblement, notre expérience montre que quand même, on peut lever l'argent.
  119. 6:25 Votre projet, Yann Lequin, il s'inscrit dans un moment où les débats autour de l'IA
  120. 6:28 sont absolument passionnés.
  121. 6:29 Notamment entre ceux qu'on appelle les « doomers ».
  122. 6:32 Alors moi, j'ai découvert ce mot, c'est ceux qui ont un discours très catastrophiste.
  123. 6:35 Pas confondre avec les « boomers » Patrick Cohen.
  124. 6:37 Les « doomers » qui ont peur que l'IA, au fond, échappe à son créateur.
  125. 6:41 Et ceux qui, au contraire, ont un discours très optimiste.
  126. 6:43 Vous avez par exemple Dario Amodei, le patron d'Antropik, géant de l'intelligence artificielle,
  127. 6:48 qui lui, a un discours très sombre.
  128. 6:49 On se croirait quasiment dans 2001, Odyssée de l'espace.
  129. 6:52 Vous êtes aussi pessimiste que ça, ou pas ?
  130. 6:54 Non, je ne suis pas du tout pessimiste.
  131. 6:56 Je suis même carrément optimiste, on peut le dire.
  132. 6:59 Les promesses de l'IA en termes de progrès scientifique dans la médecine, et puis bien
  133. 7:06 sûr, progrès économique, sont gigantesques, sont énormes.
  134. 7:11 Alors, il y a toujours des risques dans la technologie, mais il faut savoir…
  135. 7:15 Donc, une IA qui échapperait à son créateur, qui aurait une conscience, qui refuserait
  136. 7:18 de se débrancher quand elle est sur le point d'être mise à jour, ça, c'est des…
  137. 7:21 Ça n'existe pas ?
  138. 7:22 Non, ça, c'est de la science-fiction.
  139. 7:23 Certainement, ça n'existe pas aujourd'hui.
  140. 7:26 Et puis, il y a un contresens qui est qu'on associe la volonté de liberté ou de dominance,
  141. 7:36 etc. à l'intelligence.
  142. 7:37 Mais c'est absolument faux.
  143. 7:38 Ça, c'est une caractéristique peut-être de la nature humaine, mais pas des intelligences.
  144. 7:42 Vous avez quand même dit au point Yann Lequin, si je pensais que l'IA pouvait avoir un
  145. 7:45 quelconque effet délétère sur la société, je ferais autre chose.
  146. 7:47 On a entendu dans le journal de 7 heures, un papier de Stéphane Jourdain, notre spécialiste
  147. 7:51 à France Inter de l'intelligence artificielle, qui expliquait les métiers qui allaient être
  148. 7:54 impactés directement par l'IA.
  149. 7:56 Il y a bien des gens qui vont perdre leur emploi à cause de l'intelligence artificielle,
  150. 7:59 non ?
  151. 8:00 Ce qui est clair, c'est que tous les emplois vont être affectés, vont être transformés.
  152. 8:03 Une partie des tâches de chacun des emplois va pouvoir être automatisée.
  153. 8:07 Ça va rendre les gens plus productifs, peut-être plus créatifs, plus rationnels, on peut l'espérer.
  154. 8:12 Mais supprimer un métier, c'est compliqué, parce qu'il y a tout un tas de tâches que
  155. 8:17 pour l'instant, on ne sait pas automatiser, donc ce n'est pas du tout clair.
  156. 8:21 Certainement, beaucoup de métiers vont être déplacés, plein de métiers vont apparaître.
  157. 8:24 Essayez de vous replacer en 2005, avant la généralisation des smartphones, qui auraient
  158. 8:29 pu penser que dix ans plus tard, le métier le plus chaud aurait été développeur d'applications
  159. 8:35 mobiles sur smartphone ou toutes les applications qui ont été permises par ça.
  160. 8:40 Donc, c'est facile d'imaginer quels métiers vont être supprimés, c'est beaucoup plus
  161. 8:44 difficile d'imaginer quels métiers vont être créés, d'une part.
  162. 8:48 Et puis d'autre part, je dirais que pour ce genre de questions, il faut écouter les
  163. 8:52 économistes qui ont passé leur carrière à étudier le phénomène de ce qu'on appelle
  164. 8:57 la destruction créatrice.
  165. 8:58 La destruction créatrice, c'est surtout l'effet sur le marché du travail des innovations
  166. 9:03 technologiques, des gens comme Philippe Agnan, qu'on a souvent reçus dans ce studio.
  167. 9:06 Merci infiniment Yann Lequin, qui annonce donc ce matin cette levée de fonds record,
  168. 9:10 un milliard de dollars pour Amilabs, un futur champion français et mondial.
  169. 9:14 Merci beaucoup.