LE PASSÉ ET LE FUTUR SONT-ILS DES ILLUSIONS ? | HUBERT REEVES
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Hubert Reeves explore la question du déterminisme et du hasard en physique, en commençant par l'expérience de Rutherford sur la désintégration radioactive, pour discuter de l'impact de la physique quantique sur notre conception du passé, du présent et du futur, et de la liberté.
- 0:00 Ça se passe en 1900 et un physicien qui s'appelle Rutherford, celui qui a découvert les particules alpha,
- 0:09 se trouve dans son bureau, dans son laboratoire, assis devant un bloc de thorium radioactif et un compteur Geiger.
- 0:21 Et il écoute les clics que font les désintégrations des particules émises par ce thorium avec un compteur.
- 0:33 Alors ça fait clics, clics, clics, clics, clics, clics et tout d'un coup il se pose des questions.
- 0:41 Il se dit, mais c'est curieux, il y a ce qu'en musique on appellerait une partition,
- 0:48 c'est-à-dire ce qui contrôle le rythme auquel ces clics arrivent, qui est extrêmement irrégulier.
- 0:57 Il est attiré par le fait qu'apparemment il n'y a aucune partition, ce qu'on appellerait aujourd'hui un algorithme,
- 1:05 et il entend tout cela, il se pose la question, il se dit, mais c'est très curieux,
- 1:12 je n'arrive pas à comprendre ce qui peut déterminer cet ensemble de sons que je reçois, cette partition.
- 1:21 C'est un physicien, il connaît bien la physique et il a appris ce qu'Étienne a répété tout à l'heure,
- 1:28 comme venant d'Huygens, mais ça vient aussi de Laplace, qui disait, il y a toujours une cause.
- 1:35 Là vous croyez voir le hasard, c'est votre ignorance, c'est parce que vous ne connaissez pas cette cause.
- 1:42 Donc il se dit, il doit y avoir une cause, moi j'ai été un bon élève, j'ai été élevé à la Faculté des sciences,
- 1:48 j'ai appris qu'il n'y a pas d'effet sans cause, que chaque cause correspond à un certain effet,
- 1:54 et un seul, de façon déterministe, et il se met à chercher, il consulte ses amis,
- 2:02 il fait faire des travaux sur le sujet, personne ne peut lui donner une réponse,
- 2:08 quelle est la partition, qu'est-ce qui détermine la partition.
- 2:12 Alors il se dit, peut-être qu'il n'y en a pas, peut-être que c'est le hasard,
- 2:19 mais il se dit, c'est vrai que je ne trouve pas de hasard,
- 2:25 mais on peut dire qu'à chaque fois qu'on dit que c'est le hasard, en fait c'est qu'on est ignorant,
- 2:33 c'est-à-dire qu'on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de cause,
- 2:38 l'absence de cause, voilà le proverbe que j'aime bien, l'absence de cause n'est pas cause d'absence.
- 2:46 Il se dit, ce n'est pas parce que je ne la connais pas qu'il n'y en a pas, c'est simplement mon ignorance,
- 2:51 c'est ce qu'aurait dit Laplace, c'est ce qu'aurait dit Huygens,
- 2:54 c'est ce qu'auraient dit tous les scientifiques du 19e siècle.
- 2:57 Et alors il a cette idée, il consulte un physicien de son laboratoire,
- 3:04 un homme belge, qui se pose aussi la même question,
- 3:08 et qui se dit, moi j'ai envie de faire une expérience pour savoir s'il y aurait peut-être des causes.
- 3:15 Comment est-ce que vous pouvez savoir ?
- 3:18 Je vais faire deux calculs.
- 3:20 Je vais faire un calcul d'une partition en supposant qu'il y a une cause et que je ne la connais pas,
- 3:30 et je vais en faire une en supposant qu'il n'y a pas de cause.
- 3:35 Lui est convaincu qu'il va prouver qu'il y a une cause à son grand désarroi, mais qui va le rendre célèbre.
- 3:43 Il découvre que celle qui colle bien avec les résultats, c'est tout un assemblage de détections simultanées,
- 3:51 un jeu assez compliqué.
- 3:53 Celle qui colle le mieux, c'est un peu ce qu'Étienne nous a promis tout à l'heure de vous dire plus tard.
- 4:00 Bon, désolé Étienne, je vais le dire maintenant.
- 4:04 Le résultat qui marque de beaucoup le mieux, c'est celui dans lequel on dit qu'il n'y a pas de cause.
- 4:11 Alors, ce n'est pas si simple, ce que vous avez vraiment prouvé.
- 4:15 Les discussions, ça c'est vrai, se poursuivent depuis toujours.
- 4:19 Des gens inventent des scénarios le plus tordus possible pour dire,
- 4:23 oui, mais, oui, mais, on parle de non-localité, on parle de quantité de choses.
- 4:28 Mais aujourd'hui, la communauté, après maintenant plusieurs décennies de cette situation,
- 4:35 le fait que dans aucun cas on a été capable de trouver une raison qui soit de l'accord des spécialistes,
- 4:43 parce qu'après tout la science c'est aussi beaucoup, c'est aussi un consensus,
- 4:47 c'est ce qu'on appelle la vérité en science,
- 4:49 c'est ce dont la majorité des scientifiques pensent que c'est la bonne introduction,
- 4:54 parce que vous pouvez toujours, vous êtes un peu tordus,
- 4:57 trouver quelque chose qui soit du style, oui, mais, oui, mais.
- 5:01 Si bien qu'aujourd'hui on peut dire qu'il y a un accord, et d'ailleurs,
- 5:05 plusieurs personnes l'ont mentionné tout à l'heure, notre ami des sciences chimistes l'a dit tout à l'heure,
- 5:12 il y a cet accord aujourd'hui chez les scientifiques,
- 5:15 est-ce que ça va redurer, est-ce que ça va demeurer, on ne sait pas,
- 5:19 mais ça devient de plus en plus crédible, c'est-à-dire de plus en plus tordu,
- 5:25 d'avoir à trouver des raisons pour lesquelles il n'y aurait pas de cause,
- 5:30 de sorte que les scientifiques qui normalement aiment les choses simples,
- 5:35 admettent, prennent pour acquis, certains vont le marteler, d'autres vont dire oui,
- 5:40 mais la situation présente aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas de cause.
- 5:45 Alors, qu'est-ce que ça change ? Qu'est-ce que ça change en cosmologie ?
- 5:49 Ça change énormément de choses.
- 5:51 Si vous pensez qu'il y a des causes à tout,
- 5:54 vous êtes d'accord avec Simon de Laplace qui disait, sa fameuse phrase,
- 6:00 un esprit qui connaîtrait toutes les sciences, toutes les causes,
- 6:05 qui connaîtrait toutes les situations de toutes les particules dans le monde,
- 6:09 pour lui, l'avenir serait connaissable, c'est-à-dire l'avenir serait écrit.
- 6:16 Et toute la question, c'est de savoir est-ce que l'avenir est écrit ?
- 6:20 Parce que si vous voulez faire un modèle de cosmologie, ça change tout.
- 6:24 Ou bien vous êtes dans la position d'Einstein,
- 6:26 Einstein avait une curieuse position là-dessus.
- 6:29 Il y a d'ailleurs un incident que je trouve assez troublant.
- 6:32 Un jour, Einstein perd un de ses meilleurs amis,
- 6:36 un ami Besso, un ami qu'il aimait beaucoup,
- 6:39 et il écrit les choses suivantes à un autre ami en disant,
- 6:44 « Je suis bien attristé de la mort de monsieur Besso,
- 6:50 mais on peut se consoler en disant que vous et moi,
- 6:55 nous savons que le présent, le passé et le futur sont des illusions. »
- 7:04 Ça veut dire qu'il acceptait totalement l'idée qu'il n'y a pas,
- 7:09 que tout est causé, ce qui, quand vous y pensez, a un impact fantastique.
- 7:14 Ça veut dire qu'il n'y a jamais rien de nouveau dans le monde.
- 7:17 Comment il peut y avoir du nouveau ?
- 7:19 Vous voyez très bien que c'est basé sur la physique, sur l'astronomie au départ.
- 7:24 Newton fait cette fabuleuse découverte de la phase de gravité,
- 7:29 il rencontre des planètes, des orbites et tout cela,
- 7:33 et puis s'affiche dans l'idée des physiciens
- 7:37 que comme les orbites planétaires, l'avenir est complètement déterminé,
- 7:43 ce qui veut dire qu'il ne peut y avoir rien de nouveau.
- 7:47 Si tout est causé, si tout a une cause,
- 7:50 et que ces causes existent dans quelque univers platonicien,
- 7:54 comme on dit généralement,
- 7:56 c'est bien sûr qu'il n'y a pas de rien de nouveau.
- 8:00 Donc il n'y a pas de créativité, il n'y a pas de diversité,
- 8:04 et c'est ce qui donne ce qu'elle a appelé après le nihilisme,
- 8:14 Nietzsche, d'une part, trace cette idée de l'éternel retour,
- 8:18 c'est l'idée de l'éternel retour.
- 8:20 Schopenhauer aussi va dire que l'univers piétine depuis toujours,
- 8:24 fait la même chose, et c'est pour cela qu'il recommande
- 8:28 que la vie soit inutile, etc.
- 8:30 En fait, tout le nihilisme est basé là-dessus.
- 8:32 Vous voyez, ça a un impact formidable sur toute l'évolution,
- 8:36 sur toute la pensée scientifique.
- 8:38 Si l'univers est écrit sur un grand livre,
- 8:41 par un dieu quelconque qui aurait tout écrit,
- 8:44 parce qu'il connaîtrait toutes les forces et les positions,
- 8:47 et bien il ne peut y avoir rien de nouveau.
- 8:50 Voilà, je pense que c'est ça qui change de façon importante
- 8:53 dans notre conception de la cosmologie,
- 8:56 c'est l'ouverture vers des choses possibles,
- 9:00 qui sont nouvelles,
- 9:02 et c'est ce que dit la physique quantique.
- 9:04 La physique quantique dit non pas
- 9:07 pour chaque effet il y a une cause,
- 9:10 elle dit pour chaque, pardon, oui, c'est ça,
- 9:14 elle dit pour chaque cause il n'y a pas un seul effet,
- 9:18 il y a une ribambelle d'effets,
- 9:21 il peut y en avoir l'infini,
- 9:23 le choix de ces effets est dû strictement au hasard.
- 9:29 Voilà ce que vous demande la physique quantique de croire,
- 9:32 autrement vous trouverez vos propres explications
- 9:35 à tous les phénomènes qu'elle a expliqués,
- 9:37 comme le laser et tout ça, c'est un enjeu.
- 9:40 Si vous voulez vous servir du laser d'une façon cohérente,
- 9:43 vous devez admettre la physique quantique.
- 9:45 Si vous admettez la physique quantique,
- 9:47 vous admettez qu'il peut y avoir du nouveau dans le monde,
- 9:50 ce qui soulage beaucoup les philosophes
- 9:52 qui étaient coincés avec la liberté,
- 9:54 comment vous pouvez avoir une liberté
- 9:56 si tout est déterminé à l'avance ?
- 9:59 Si vous tuez quelqu'un et que le juge vous condamne,
- 10:02 vous dites, c'est pas ma faute, moi c'est une des causes.
- 10:06 Donc c'est ça je pense qui est l'effet important de la cosmologie,
- 10:11 c'est est-ce qu'on se met dans un univers
- 10:13 dans lequel tout est écrit à l'avance
- 10:15 ou bien si on admet qu'il y a du nouveau ?
- 10:18 Et je termine en disant,
- 10:20 d'écrire une photo que j'aime bien
- 10:22 car je veux parler du hasard et de la nécessité,
- 10:25 je montre des cristaux de neige.
- 10:28 Les cristaux de neige pour moi,
- 10:30 j'ai une photo, j'aurais pu la porter,
- 10:32 c'est un ensemble de cristaux de neige.
- 10:34 Ces cristaux de neige, vous voyez qu'à la fois
- 10:38 ils obéissent à une nécessité
- 10:40 qui est d'avoir six pointes,
- 10:44 mais en même temps, vous regardez,
- 10:47 chaque cristal est différent.
- 10:50 Vous apercevez que le nombre de formes
- 10:53 que vous pouvez créer avec l'idée
- 10:55 de l'eau qui passe dans un nuage,
- 10:59 c'est pratiquement infini.
- 11:01 Et pour moi c'est la très belle image
- 11:03 de voir le fait que la réalité est déterminée.
- 11:08 Il y a des causes, il y a des forces
- 11:10 parce que si tout était au hasard,
- 11:12 on n'aurait que du fouillis,
- 11:14 si tout était dû, pardon,
- 11:17 oui c'est ça, si tout était au hasard,
- 11:19 si tout était déterminé par des causes déterministes,
- 11:22 on n'aurait que de la monotonie.
- 11:24 C'est-à-dire qu'on se retrouvait dans le spectacle
- 11:27 de ce philosophe dont je vous ai parlé,
- 11:30 c'est-à-dire tourner, tourner, tournant, tourner.
- 11:33 Voilà, c'est ça, je pense qu'il y a l'impact
- 11:36 très important qui arrive en 1900
- 11:40 quand pour la première fois,
- 11:42 Rutherford voit devant lui et se dit
- 11:46 est-il possible qu'il y ait des effets sans cause ?
- 11:50 Est-ce qu'il est vrai que cet algorithme,
- 11:54 si on peut dire, de cet élément radioactif,
- 11:58 c'est quelque chose qui est laissé au hasard
- 12:01 et le résultat n'est déterminé nulle part,
- 12:04 n'est écrit nulle part ?
- 12:06 Voilà, je pense, l'impact sur la cosmologie,
- 12:10 sur l'histoire de l'univers,
- 12:12 de l'existence ou non de phénomènes
- 12:15 qui ne sont pas causaux,
- 12:17 qui ne sont pas adieux à des causes
- 12:19 qui sont laissées au hasard.
- 12:21 Voilà, merci.
Dans cette conférence, Hubert Reeves aborde la question fondamentale de savoir si le passé et le futur sont des illusions, en explorant le débat entre le déterminisme classique et le hasard inhérent à la physique quantique. Il débute son exposé en 1900 avec l'expérience d'Ernest Rutherford, qui observe la désintégration irrégulière de particules de thorium à l'aide d'un compteur Geiger. Rutherford, élevé dans la tradition scientifique du 19e siècle (Huygens, Laplace) qui postulait qu'il n'y a pas d'effet sans cause, est perplexe face à l'absence apparente d'une "partition" ou d'un algorithme régissant ces désintégrations.Malgré ses recherches et celles de ses collègues, aucune cause déterministe ne peut être identifiée. Une expérience menée par un physicien belge suggère même que l'hypothèse de l'absence de cause est celle qui correspond le mieux aux observations. Reeves explique que, malgré les tentatives de trouver des explications alternatives complexes, le consensus scientifique actuel, après plusieurs décennies, penche vers l'acceptation de phénomènes sans cause spécifique, c'est-à-dire le hasard.Cette acceptation a des implications profondes pour la cosmologie et la philosophie. Si tout est causé, comme le pensait Laplace avec son "démon" capable de prédire l'avenir en connaissant toutes les forces et positions, alors l'avenir est écrit et il ne peut y avoir rien de nouveau. Reeves cite la position d'Einstein, qui, après la mort d'un ami, a écrit que le passé, le présent et le futur sont des illusions, suggérant une vision déterministe de l'univers. Cette vision mène au nihilisme, comme l'ont exploré Nietzsche (l'éternel retour) et Schopenhauer, où l'univers piétine et la vie est futile car tout est prédéterminé.Cependant, la physique quantique offre une perspective différente. Elle postule que pour une cause donnée, il n'y a pas un seul effet, mais une multitude d'effets possibles, dont le choix est dû strictement au hasard. Cette idée permet l'existence de la nouveauté et de la créativité dans le monde, soulageant ainsi les philosophes confrontés au problème de la liberté dans un univers déterministe. Reeves conclut en utilisant l'analogie des cristaux de neige : ils obéissent à la nécessité (six pointes) mais chaque cristal est unique et différent, illustrant la combinaison de la détermination et du hasard dans la réalité. L'impact de la découverte de Rutherford en 1900 est donc l'ouverture à un univers où des phénomènes non-causaux existent, changeant radicalement notre conception de l'histoire de l'univers et de la possibilité de nouveauté.
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