Les trésors de la Haute Couture
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Ce documentaire explore l'univers de la haute couture française, mettant en lumière l'histoire, les maisons emblématiques comme Chanel et Dior, et le savoir-faire exceptionnel des artisans d'art (brodeurs, plumassiers, plisseurs) qui donnent vie à ces créations uniques.
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- 0:37 L'excellence française dans la mode remonte sans doute au XVIIe siècle, à l'époque de Louis XIV.
- 0:43 C'est au XIXe que naît le défilé et la notion de collection avec Frédéric Wörth.
- 0:48 Il faudra attendre les années 1880 pour que le terme haute couture soit définitivement établi.
- 0:55 Alors aujourd'hui, nous avons beaucoup de chance.
- 0:57 Nous sommes dans l'appartement d'une légende de la haute couture parisienne, celui de Gabrielle Chanel.
- 1:04 Elle va créer sa maison en 1909, mais va s'installer ici, rue Cambon, à Paris, à partir de 1910.
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- 1:15 C'est ici qu'elle recevait ses plus proches collaborateurs, ses mannequins, mais aussi et surtout ses artisans d'art qui travaillaient pour et avec elle.
- 1:24 Nous allons maintenant partir à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui donnent vie à ces collections,
- 1:30 ces véritables trésors de la haute couture française.
- 1:34 Pour vous, nous avons poussé les portes des plus grandes maisons, Chanel, bien sûr,
- 1:39 mais aussi Christian Dior, Schiaparelli, Yves Saint Laurent, entre autres.
- 1:44 C'est dans les ateliers de ces maisons que nous avons rencontré les virtuoses de la haute couture.
- 1:50 Le temps d'une collection, nous avons vécu avec les brodeurs, plumassiers, bottiers, plisseurs les plus expérimentés,
- 1:58 tous passionnés, qui nous ont fait partager leurs savoir-faire.
- 2:01 Je pense que quelqu'un qui regarde de près la broderie ressent cette émotion.
- 2:06 La broderie, c'est de l'émotion, oui.
- 2:08 C'est chez le brodeur Le Sage que les petites mains s'activent sur une pièce unique qui a nécessité plus de 800 heures de travail.
- 2:16 Chez le plumassier Le Marier, les artisans créent sous nos yeux une robe aux 12 500 plumes cousues une à une à la main.
- 2:26 Pendant que dans les ateliers de couture Chanel, les premières nous livrent leurs secrets de fabrication.
- 2:32 Nous avons aussi suivi les stylistes dans leur démarche créatrice.
- 2:36 Ils puisent leur inspiration dans un patrimoine unique.
- 2:41 Toujours le même plaisir ?
- 2:42 Oui.
- 2:44 Ça, c'est superbe.
- 2:48 Ça, ça doit être la collection Cirque, non ?
- 2:50 Nous sommes allés à la recherche des pièces les plus audacieuses et novatrices des plus grandes maisons.
- 2:56 Les broderies en béton de Chanel ou la robe en porcelaine de Schiaparelli.
- 3:01 Enfin, les maisons Yves Saint Laurent et Christian Dior nous ont ouvert leurs réserves pour découvrir les pièces mythiques qui ont fait la réputation de ces grands couturiers.
- 3:10 Et pour la première fois, la maison Chanel a autorisé une caméra à filmer dans son sanctuaire incroyable quelques-uns de ces 6000 trésors.
- 3:20 Des trésors qui depuis plus d'un siècle font de Paris et de la France le centre du monde.
- 3:25 Quelque part, on est quand même des créateurs de rêves parce qu'il y a des gens qui arrivent avec des projets fous et on arrive à leur donner satisfaction.
- 3:55 Juillet 2016. La collection haute couture automne-hiver investit la capitale de la mode.
- 4:06 Pendant une semaine, Paris accueille une trentaine de défilés.
- 4:10 Sur les podiums, des tenues d'exception imaginées par des créateurs mais brodées, plissées, coupées par des artisans d'excellence qui travaillent dans l'ombre des grandes maisons.
- 4:27 Ce jour-là, un grand styliste, Karl Lagerfeld, rend un hommage appuyé à ses petites mains des métiers d'art à travers le décor du défilé transformé en atelier mais aussi à travers les 4 premières qui dirigent les couturières de la maison Chanel.
- 4:53 C'est avec elle qu'il a choisi cette fois-ci de partager les applaudissements du public.
- 5:02 J'avais envie que les premières et les ouvriers voient leur collection défilée et en plus comme c'était très près du public, je trouvais que ça donnait une osmose assez intéressante.
- 5:14 C'est amusant que les gens voient comment les grands luxes se fabriquent, que c'est fait comme il y a 100 ans.
- 5:20 Et parmi les 4 premières mises en avant, Cécile, 15 ans de maison, 40 ans de métier, que cet hommage a bouleversé.
- 5:29 J'ai du mal à formuler l'émotion que je ressens parce que c'est un métier qui est dur, il faut être passionné, il faut être patient pour le faire, il faut une persévérance, il faut tous les jours.
- 5:42 C'est mettre en avant toutes ces filles qui sont sur le tabouret à tirer l'aiguille tout le temps, les plumassières, les meureuses, tout le monde au travers de nous les premières, il a mis tout en avant.
- 5:51 Et ça c'est... il n'y a pas de mot, je n'ai pas de mot.
- 5:55 Mettre en avant tous ces métiers d'art, c'est reconnaître que sans eux, la haute couture n'aurait pas existé.
- 6:01 Une évidence pour Bruno Pavlovski, président des activités mode de Chanel.
- 6:06 Ils ont cette capacité à proposer, à rebondir, à interpréter les demandes qui sont faites.
- 6:13 C'est quelquefois quand même des niches assez spécifiques.
- 6:16 C'est une petite partie d'eux, mais cette petite partie ajoutée à une autre petite partie font que l'objet, la robe devient tout à fait magique.
- 6:26 Donc oui, aujourd'hui, sans ces métiers d'art, la haute couture ne pouvait pas être ce qu'elle est.
- 6:33 Et notamment sans la broderie.
- 6:35 La Maison Dior s'adresse à l'atelier Vermont, situé dans le Vieux Paris, Faubourg Poissonnière.
- 6:42 Six jours plus tôt, tout l'atelier s'activait encore sur les broderies d'une basque pour un tailleur pantalon de la collection automne-hiver de la Maison Dior.
- 6:52 On doit rendre pratiquement tout aujourd'hui, demain et après-demain.
- 6:59 Pour chaque broderie commandée, tout commence par un échantillon élaboré par les brodeuses de la Maison Vermont, selon les demandes et les exigences de la maison de couture.
- 7:10 À la base, l'échantillon est fait ici.
- 7:13 Une fille le crée sous une directive, évidemment, de la Maison Dior.
- 7:17 Il nous donne les couleurs de l'or, de l'argent.
- 7:20 Après, ils choisissent.
- 7:22 Et là, il a été validé tel quel.
- 7:26 Pour le reproduire, l'échantillon est dessiné minutieusement légendé et reporté sur un calque piqué à la main, avec dextérité par les dessinatrices.
- 7:36 Je suis vraiment ma légende pour ne pas qu'il y ait de confusion au niveau de la broderie.
- 7:42 Chaque type de perle est soigneusement notée et codifiée.
- 7:46 Ici, nous avons le travail des tubes en orgue de différentes couleurs, qui se retrouvent ici.
- 7:52 Ça, c'est l'axe de pose des tubes.
- 7:54 Et là, ça va être la couleur.
- 7:56 La croix représente le noir, le petit trait représente l'argent et le point représente l'or.
- 8:00 Comme ça, la brodeuse, elle saura exactement quoi mettre et dans quel sens le mettre.
- 8:07 On double toujours les calques.
- 8:09 On garde le dessiné tel que pour pouvoir faire la légende après.
- 8:12 Et on prend celui qu'on a piqué.
- 8:14 Donc, il n'y a pas le dessin, il n'y a que le dessin qui est piqué.
- 8:20 Et donc là, je viens passer la poudre.
- 8:27 Et là, je viens alcooliser.
- 8:31 Je viens sécher, voire fixer.
- 8:36 Une étape préparatoire essentielle pour que les brodeuses puissent travailler.
- 8:42 Je t'apporte un autre morceau de la base avec son dessin légendaire et l'échantillon.
- 8:49 Depuis des siècles, les gestes sont les mêmes.
- 8:52 Les techniques se perpétuent de génération en génération.
- 8:56 C'est la technique du crochet de Lunéville.
- 8:59 C'est une technique qui a été née au point à Lunéville il y a plusieurs centaines d'années maintenant.
- 9:05 C'est un savoir-faire qu'on a gardé et qu'on utilise encore aujourd'hui.
- 9:10 C'est pour poser tout ce qui est fourniture, perles ou paillettes.
- 9:15 La particularité de cette technique, c'est qu'on va poser toutes les fournitures à l'envers.
- 9:21 Mathilde pousse à chaque fois, vous voyez en dessous avec son doigt, la matière.
- 9:25 Ça peut être une paillette, une perle ou un tube.
- 9:27 Et une à une, elle est posée et maintenue par une chaîne.
- 9:30 Mathilde, vous en êtes où ?
- 9:32 J'ai bientôt fini, il me reste les petits ponts, les petits profonds à l'envers.
- 9:37 Est-ce que la base est du coup toute terminée ?
- 9:39 Oui, c'est le dernier.
- 9:42 Et après, j'ai la veste, la paillette.
- 9:45 Toi, tu me fais quoi, le dos ?
- 9:47 C'est le demi-dos.
- 9:51 On va présenter cet échantillon qui est fait de lames.
- 9:55 Vous voyez, c'est de la lame argent et de la lame or, des perles et des petites fleurs.
- 10:01 Donc la lame se présente, vous voyez, sur le métier d'Elsa.
- 10:08 Voilà la lame.
- 10:10 Ce sont des rubans de métal qu'on va poser.
- 10:13 Là, vous voyez, on a fait un petit bourrage.
- 10:15 Et après, on lance.
- 10:17 Là, ce que fait Tomomi.
- 10:19 On lance de la lame pour recouvrir le bourrage et faire une forme de crape.
- 10:25 Là, vous voyez que l'intervention de la machine n'existe pas.
- 10:29 On brode comme on pourrait broder il y a 100 ans.
- 10:34 Ces brodeuses sont les héritières de savoir-faire d'excellence à la française liée à notre histoire.
- 10:42 Ils ont été codifiés pour certains au XIIIe siècle.
- 10:45 Et puis, c'est Louis XIV qui a installé vraiment tous les métiers d'art au service de la gloire de l'Etat.
- 10:52 L'art et la mode au service de l'Etat.
- 10:55 Et puis, c'est Louis XIV qui a installé vraiment tous les métiers d'art au service de la gloire de l'Etat.
- 11:01 L'art et la mode au service de l'Etat.
- 11:04 Il a fait venir des artisans de l'Europe entière, les plus spécialisés dans chaque domaine du luxe.
- 11:10 Il a installé avec Colbert des manufactures.
- 11:13 Et à partir de là, ça a été un art total qui a rayonné partout en Europe et même dans le monde bien au-delà de l'Europe.
- 11:21 Un héritage unique que l'on sauvegarde depuis longtemps, comme ici dans la maison Le Sage.
- 11:27 L'atelier de broderie le plus prestigieux créé en 1924.
- 11:32 Murielle Lemoyne est la directrice du patrimoine Le Sage.
- 11:36 Aujourd'hui, elle reçoit Bertrand Guyon, le styliste haute couture de la marque Stiaparelli, pour une séance de travail.
- 11:45 Dans ces boîtes, 75 000 échantillons créés par l'atelier Le Sage pour les plus grands couturiers de Chanel à Yves Saint Laurent.
- 11:53 Un siècle de haute couture.
- 11:56 C'est toujours émouvant de regarder ces boîtes.
- 11:59 Toujours le même plaisir.
- 12:02 Ça c'est superbe.
- 12:05 Ça, ça doit être la collection Cirque, non ?
- 12:08 Je pense. Oui, je pense.
- 12:11 Ici, dans toutes ces boîtes, vous avez toute l'évolution de l'histoire de la mode de la fin du 19e jusqu'à nos jours.
- 12:18 C'est inouï, c'est unique d'ailleurs.
- 12:20 Je crois qu'il n'existe aucune maison à avoir une archive aussi importante.
- 12:25 Un trésor inestimable pour les stylistes d'aujourd'hui qui viennent y puiser leur inspiration.
- 12:32 C'est vraiment partie intégrante du patrimoine français.
- 12:36 Et c'est quelque chose qu'il faut préserver à tout prix.
- 12:39 C'est une richesse que nous en vit le monde entier.
- 12:43 Pour sa prochaine collection, Bertrand Guyon vient s'imprégner des échantillons d'Elsa Schiaparelli,
- 12:50 l'une des grandes créatrices de l'Entre-deux-Guerres dont il représente aujourd'hui la maison.
- 12:55 Ce qui m'intéresse, c'est d'essayer de comprendre le travail d'Elsa Schiaparelli
- 13:02 et d'essayer de le traduire sans la trahir.
- 13:09 Le reproduire à l'identique, ça n'aurait pas beaucoup d'intérêt.
- 13:12 En revanche, ce qui est intéressant, c'est de retraduire les chevaux de manège
- 13:19 en le traitant avec des sensibilités d'aujourd'hui, des matières et un goût d'aujourd'hui.
- 13:26 Oui, c'est joli ça.
- 13:28 Elle est un petit peu abîmée.
- 13:30 Ses trésors témoignent aussi de l'extraordinaire inventivité des stylistes et notamment d'Elsa Schiaparelli,
- 13:37 la première à avoir introduit en haute couture le rose shocking et les couleurs vives.
- 13:43 Vous avez une association, un mélange des couleurs que l'on ne retrouve pas forcément à cette époque.
- 13:50 Et la maison Le Sage a su, avec elle bien évidemment, travailler sur des associations, des mélanges.
- 13:59 Vous avez du turquoise, du shocking, des mélanges de lames très utilisés à cette période.
- 14:06 Des strass, mais pas trop.
- 14:09 Chaque échantillon, même le plus petit que vous trouvez dans nos boîtes, est complètement magique en couleur.
- 14:18 On imagine aujourd'hui, en 2016, tout à fait porté.
- 14:23 On a vraiment ce sentiment que l'échantillon a été créé aujourd'hui.
- 14:28 Et ça, c'est assez exceptionnel.
- 14:33 Elsa Schiaparelli a ouvert sa maison de couture à Paris, Place Vendôme, en 1927.
- 14:39 Cette aristocrate italienne, grande rivale de Gabrielle Chanel, a révolutionné la haute couture de l'entre-deux-guerres.
- 14:48 Schiaparelli va travailler d'une manière très particulière, puisqu'elle va introduire l'art dans la mode.
- 14:55 En travaillant avec des artistes, notamment avec Dali et avec sa femme Gala,
- 15:00 elle va faire des choses assez extravagantes.
- 15:03 Elle va travailler par thème.
- 15:05 Et ça, c'est un point important, parce que c'est la première qui va mettre au point des thèmes
- 15:09 comme le cirque, le cosmos, la musique, etc.
- 15:13 Et elle va donner à tous ces fournisseurs ce thème sur lequel ils vont broder.
- 15:20 Le musée Galliera, à Paris, conserve quelques-uns des vêtements emblématiques de la styliste.
- 15:31 C'est dans ces réserves que se trouve la célèbre cape Phoebus, le nom du Dieu Soleil dans la Grèce antique.
- 15:38 Elle a été réalisée par la maison Le Sage pour la collection Cosmos de 1938.
- 15:45 Ce qui est particulièrement frappant dans cette cape, c'est évidemment le dos,
- 15:51 qui donne donc son nom au modèle, la cape Phoebus, avec ce soleil rayonnant particulièrement remarquable.
- 16:01 Cette cape est emblématique par sa couleur,
- 16:04 rose shocking, qui résume presque à lui seul ce qu'est Elsa Schiaparelli.
- 16:11 Il y a quelque chose qu'il faut également voir, mais qui ne se découvre que quand on retourne la pièce.
- 16:20 C'est le travail de la doublure qui manifeste un très, très grand raffinement.
- 16:26 Vous voyez qu'il y a un travail qui donne l'illusion de la doublure,
- 16:31 vous voyez qu'il y a un travail qui donne l'illusion d'une sorte de capiton,
- 16:36 avec des boutons en fil métallique, donc passementerie dorée, sur ce fond rose shocking.
- 16:47 Il est certain que là, si on parle de cet exemple précis, la collaboration avec Le Sage est particulièrement remarquable.
- 16:55 Chez Le Sage, l'échantillon est encadré tel un trésor, symbole de l'âge d'or de la maison.
- 17:02 Une période particulièrement novatrice, où Madame Le Sage avait poussé à l'extrême l'excellence de son savoir-faire.
- 17:10 C'est elle qui a inventé dans les années 30 un point mythique, le vermicelle carré, une merveille de technique et d'esthétique.
- 17:19 Le vermicelle carré, vous avez une toute petite perle maintenue, mais presque microscopique, maintenue par un petit fil.
- 17:29 La technique est au carré, c'est-à-dire qu'on fait un premier point pour maintenir un deuxième et un troisième,
- 17:35 et en fait vous faites un carré et vous tournez en rond, vous tournez pratiquement avec un petit carré.
- 17:42 Et en fait on a l'impression même que ça ne tient à rien, mais vous avez une toute petite chaînette qui est à l'arrière et qui est pratiquement microscopique.
- 17:55 Les dessins sont juste extraordinaires et d'une légèreté.
- 18:00 C'est très moderne.
- 18:01 C'est très moderne, exactement.
- 18:04 C'est magnifique.
- 18:06 Ce savoir-faire précieux est encore transmis aujourd'hui dans les ateliers Le Sage.
- 18:12 Racheté par la maison Chanel en 2002, les ateliers Le Sage continuent à travailler pour de nombreux stylistes de haute couture.
- 18:21 Sur ces grandes tables, une longue robe de Mousseline peinte pour la maison Valentino, autour de laquelle s'affairent pas moins d'une dizaine de bredeuses.
- 18:30 À quelques jours des défilés, les broderies sont presque terminées.
- 18:34 Là on a les paillettes, elles sont plates.
- 18:37 On a la soie, on a la chenille, on a du ruban aussi pour poser le ruban.
- 18:43 C'est vraiment une technique bien particulière.
- 18:46 Il est maintenu de chaque côté avec un petit point.
- 18:50 Donc la difficulté c'est de pouvoir le tourner.
- 18:53 On le tourne dans un sens, dans un autre, pour suivre la forme et lui donner du relief.
- 19:00 La difficulté c'est que déjà le tissu, c'est un tissu qui est quand même très fragile.
- 19:05 Donc il faut que la tension soit pas trop forte.
- 19:08 Il faut faire attention de ne pas érailler le tissu ou de tirer les fils.
- 19:12 Après on est plusieurs à travailler dessus, donc déjà il faut qu'on travaille à peu près toutes pareilles.
- 19:18 Près de 800 heures passaient déjà sur cette broderie.
- 19:22 Et pourtant, la robe semble encore inachevée.
- 19:26 Une demande spécifique de Maria Grazia, alors styliste chez Valentino.
- 19:32 Le couturier a choisi une vieille archive qu'il avait.
- 19:36 Et comme elle est très ancienne, il y a des parties qui sont déchirées.
- 19:40 Il y a des parties où la broderie est un petit peu partie.
- 19:45 Donc ça fait comme si ça faisait des vides.
- 19:47 Donc on a voulu reproduire la même chose avec la nouvelle robe.
- 19:51 Donc dans ces parties-ci que l'on voit ici, on a juste fait pour l'instant le contour.
- 19:56 Mais ensuite ça va être déchiré à l'intérieur pour donner justement aussi cet effet usé.
- 20:13 Et voici la robe cinq jours plus tard au défilé Valentino.
- 20:18 Reproduire cet effet nostalgique d'une robe surannée, usée par le temps, déchirée.
- 20:24 Seule la haute couture peut se le permettre.
- 20:31 Retour chez le sage, Hubert Barrère est responsable des nombreuses broderies
- 20:36 réalisées pour chaque collection de la Maison Chanel.
- 20:42 Elle va être super contente, Madame Josette.
- 20:44 La haute couture, c'est comme une sorte de laboratoire d'idées.
- 20:48 Donc on va le plus loin possible dans la création et dans la technique, heureusement d'ailleurs.
- 20:55 Aujourd'hui, métier d'art et haute couture sont intimement liés.
- 21:00 Difficile de faire perdurer l'un sans l'autre.
- 21:04 Monsieur le sage disait qu'un défilé de haute couture sans broderie,
- 21:08 ce serait comme un 14 juillet qui n'aurait pas de feu d'artifice.
- 21:11 Mais sans la haute couture, la broderie ne pourrait pas avoir ses lettres de noblesse.
- 21:15 En revanche, ce serait beaucoup moins facile et légitime de faire perdurer le savoir-faire de la broderie, je pense.
- 21:27 Devenir une brodeuse d'exception dans cet atelier prestigieux, c'était le rêve de Caroline.
- 21:33 Brodeuse chez le sage depuis 4 ans, une reconversion réussie.
- 21:38 J'étais responsable du secteur pour une marque de cosmétiques.
- 21:41 Au bout d'un moment, j'étais un peu fatiguée des tableaux de chiffres et des résultats de vente.
- 21:46 J'avais envie de travailler avec mes mains.
- 21:48 Et surtout, j'avais envie de construire quelque chose avec mes mains.
- 21:53 Ce sont des galons qui vont aller sur une veste qu'on a déjà brodée et envoyée chez Chanel.
- 21:58 Ce sont des galons qu'on va rajouter sur les emmanchures et au niveau du col.
- 22:05 Sur ce galon, on travaille exclusivement à l'aiguille.
- 22:09 On a d'abord utilisé deux mèches de laine, de 13 brins chacun, qu'on a entrelacées et fixées avec des fleurettes et des toupies.
- 22:20 Et ensuite, par-dessus, on vient rajouter les ponts de perles pour faire l'habillage.
- 22:28 Et vous voyez là, je me suis trompée. Je l'ai fait dans le mauvais sens.
- 22:31 Donc je recommence.
- 22:35 La broderie n'est pas un métier, c'est une passion.
- 22:39 Il y a un supplément d'alpes qui est absolument obligatoire.
- 22:42 Parce que la broderie, ce n'est pas juste trois perles qui sont posées comme ça.
- 22:45 C'est une broderie qui est faite avec le cœur et la main.
- 22:49 Et je pense que quelqu'un qui regarde de près la broderie ressent cette émotion.
- 22:55 La broderie, c'est de l'émotion, oui.
- 22:59 Et pendant que les brodeurs travaillent d'arrache-pied, dans les ateliers de couture des grandes maisons,
- 23:05 les couturières s'activent elles aussi et coupent les toiles de tous les modèles.
- 23:14 Nous sommes de retour rue Cambon, mais cette fois dans les ateliers de la Maison Chanel.
- 23:18 Et c'est vraiment un privilège d'être ici et de vous rencontrer, ma chère Olivia.
- 23:23 Comment dois-je vous appeler ? Madame Olivia, Mademoiselle Olivia ou Olivier tout court ?
- 23:28 Si c'est moi à choisir, je préfère Mademoiselle Olivia, mais dans la haute couture, on dit Madame Olivia.
- 23:33 C'est une tradition ?
- 23:34 C'est une tradition.
- 23:35 Il y a combien d'ateliers exactement dans la Maison Chanel ?
- 23:37 Nous avons quatre ateliers haute couture, donc deux ateliers tailleurs et deux ateliers flous.
- 23:42 Alors combien d'étapes sont nécessaires entre le moment où Karl Lagerfeld vous donne son croquis,
- 23:47 la réalisation de la robe, j'allais dire de l'œuvre terminée ?
- 23:51 Déjà, il y a la réalisation du patronage. Je prends le croquis de Karl, je l'analyse, je regarde comment il est fait,
- 23:59 les lignes, les courbes. Je me plonge aussi dans le thème pour sentir aussi le vêtement.
- 24:04 Et suite à ça, un premier essayage en toile.
- 24:08 C'est ce qu'on a là derrière nous, c'est ça ?
- 24:10 Voilà, tout à fait. Donc ça, c'est la robe que nous avons préparée pour le premier essayage.
- 24:13 C'est du factice, on a fait tout en toile et c'est du dessin.
- 24:17 Suite au premier essayage, nous lançons les vraies broderies et nous lançons dans le vrai tissu qui a été choisi au moment de l'essayage.
- 24:23 D'accord. Alors là, par exemple, on a une toile, comme vous dites, et la robe définitive juste à côté ?
- 24:28 Tout à fait. Vous avez l'exemple type de la toile et le modèle fini.
- 24:32 Et vous travaillez vraiment en étroite collaboration avec tous les artisans d'art.
- 24:36 Avec toutes les maisons d'art.
- 24:37 On voit des choses absolument exceptionnelles à côté de vous.
- 24:40 Donc c'est un travail très fin, très joli.
- 24:42 Qu'est-ce qu'elle est belle cette broderie, c'est absolument magnifique.
- 24:46 J'imagine qu'il faut des centaines d'heures de travail.
- 24:49 Des centaines et des centaines d'heures, oui. On ne les compte plus d'ailleurs.
- 24:52 J'imagine. Et puis, il doit y avoir une grande confidentialité entre le brodeur et le styliste.
- 24:57 Oui, tout à fait. Jusqu'au bout du défilé. Mais de toute façon, les brodeurs ont l'habitude de ça.
- 25:01 On travaille vraiment comme ça jusqu'au bout.
- 25:03 Une grande confidentialité, une grande complicité entre le styliste et le brodeur, comme on va le voir.
- 25:16 C'est très joli. C'est très, très joli.
- 25:18 Mais Muriel n'est pas là. Il faudrait charger un peu plus.
- 25:23 Tu me connais en fait.
- 25:26 C'est très, très beau. Je pense que ça va être super joli.
- 25:28 Avec la lumière, ça va être très, très beau.
- 25:30 Le jeune styliste Alexandre Vautier est venu suivre et corriger sur place, chez Le Sage,
- 25:36 la broderie d'un de ses modèles phares de sa collection.
- 25:40 C'est Muriel Lemoyne qui est la coordinatrice entre le styliste et l'atelier.
- 25:44 Tu as le vert qui ressort parce que tu as moins de noir.
- 25:46 L'idée, c'est que si tu renforces ton noir, il faudrait renforcer un poil le vert.
- 25:50 Et donc du coup, renforcer, comme le noir est plein là, un soupçon.
- 25:54 Et comme le noir est vraiment presque en foule, il faut rajouter de l'olivine en fait.
- 26:00 Cette broderie, c'est en fait, comment rehausser un imprimé qui est universel,
- 26:08 qui existe depuis des années et des années, et le transposer dans un côté excessivement luxe.
- 26:15 Moi, ce que j'adore, c'est ça. Tu vois cette partie-là.
- 26:17 Les tâches sont bien soutenues.
- 26:19 Voilà, exactement. Quand ça devient un peu mélangé et poussiéreux, anecdotique,
- 26:24 tu perds de ta force en vert.
- 26:29 Alexandre Vautier travaille exclusivement avec Jean-Marie, le seul homme brodeur chez Le Sage.
- 26:36 Jean-Marie, je le connais depuis, on va dire, quelques années.
- 26:40 Voilà, fallait pas le dire, mais bon, 20 ans.
- 26:43 On a un vocabulaire en commun qui fait que lorsque je commence à travailler mes broderies sur la couture,
- 26:50 il est toujours là, parce qu'il comprend. Et Muriel aussi, parce que ça fait 20 ans que je la connais aussi.
- 26:54 Ils comprennent très vite ce que je veux et il y a une espèce de complicité professionnelle qui se fait.
- 27:01 On essaye chaque saison de faire des choses un peu différentes, de se renouveler,
- 27:06 de trouver de nouvelles technicités, de nouveaux mélanges,
- 27:10 pour justement être assez surprenant par le biais de ce métier d'art.
- 27:18 Muriel, tu me livres demain.
- 27:19 Ah non !
- 27:21 Quelquefois, cette complicité devient si intime que l'artisan d'art est capable d'interpréter à la perfection
- 27:28 l'idée du styliste, une symbiose qui est souvent à l'origine de nombreux chefs-d'oeuvre.
- 27:34 Ce fut le cas entre François Lessage et Yves Saint-Laurent.
- 27:39 Cet échantillon que je vais vous montrer nous a tenus pendant des heures,
- 27:44 puisque je pense de mémoire que la veste, je pense qu'il y avait mille heures de travail,
- 27:50 et tout le monde a travaillé toutes les brodeuses, toute la maison,
- 27:53 travaillait sur les raisins que vous avez ici.
- 27:56 Ce sont des toutes petites boules avec, je pense qu'il y a 50 coloris de fournitures différentes.
- 28:02 Et cette collaboration avec M. Saint-Laurent, en fait, est partie de rien, juste d'un mot.
- 28:09 Ce mot, bon art, le peintre.
- 28:13 Cet échantillon appartient à la collection Hommage aux grands peintres.
- 28:17 Elle est aujourd'hui précieusement conservée dans les réserves de la fondation Yves Saint-Laurent à Paris,
- 28:23 que nous ouvre sa responsable, Sandrine Tinturier.
- 28:32 Dans ses armoires, plus de 5000 vêtements d'exception,
- 28:36 40 ans de haute couture de la maison Yves Saint-Laurent,
- 28:39 dont cette fameuse collection de 1988.
- 28:48 Ici, nous avons deux pièces remarquables, qui sont deux hommages à Van Gogh,
- 28:54 qui reprennent les tableaux d'Eziris et des tournesols,
- 29:01 et qui ont été réalisés par Le Sage.
- 29:03 Ce sont des pièces remarquables parce qu'elles ont nécessité,
- 29:08 chacune autour de 700 heures de broderie,
- 29:11 avec une technique qui est assez propre à Le Sage,
- 29:15 qui utilise des matériaux assez communs pour les brodeurs,
- 29:20 des paillettes, des perles de rocaille,
- 29:22 mais qui, en plus, inclut, comme vous le voyez, des rubans,
- 29:26 et avec des effets de peinture,
- 29:29 des effets de peinture,
- 29:31 des effets de peinture,
- 29:33 des effets de peinture,
- 29:35 des rubans,
- 29:36 et avec des effets de mat brillant,
- 29:39 qui donnent l'effet de coup de pinceau,
- 29:42 qui ressemblent vraiment à de la peinture.
- 29:49 Il y a une autre veste exceptionnelle,
- 29:51 qui fait partie de la collection hommage,
- 29:53 et qui est un hommage d'Yves Saint-Laurent à la maison de couture.
- 29:57 Et il a demandé à Le Sage,
- 29:59 comme on aurait demandé une robe couleur de temps,
- 30:03 de réfléchir à une broderie
- 30:06 qui arriverait à traduire la lumière
- 30:09 qui passe à travers le lustre des grands salons,
- 30:12 des salons de couture.
- 30:18 Yves Saint-Laurent, styliste surdoué et visionnaire,
- 30:22 se retrouve à la tête de la maison Dior à seulement 21 ans.
- 30:26 Quatre ans plus tard, il n'a que 25 ans,
- 30:29 quand il crée en 1961, avec Pierre Berger,
- 30:32 sa propre maison de couture.
- 30:34 Très vite, il bouleverse les codes de la mode
- 30:37 et ceux de la société.
- 30:39 Il a donné le pouvoir aux femmes
- 30:41 au travers d'une garde-robe,
- 30:43 qui est un transfuge de la garde-robe masculine.
- 30:46 Vous avez le tailleur pantalon, bien évidemment,
- 30:49 le smoking, bien sûr,
- 30:51 mais aussi la saharienne, le jumpsuit,
- 30:54 le caban, la marinière.
- 30:56 Il a pris pratiquement tous les éléments du vestiaire masculin
- 30:59 et il a donné aux femmes le pouvoir de les porter.
- 31:02 Il a fait rentrer le pantalon dans les bureaux, finalement.
- 31:07 Lorsque, dans les années 70,
- 31:09 les riches clientes délaissent les maisons de haute couture
- 31:12 pour le prêt-à-porter de luxe,
- 31:14 les métiers d'art et la transmission de leurs savoir-faire
- 31:17 sont alors en danger.
- 31:19 Jusqu'à ce que Yves Saint-Laurent, en 1976,
- 31:22 relance les industries du luxe en général,
- 31:24 c'est-à-dire tous les métiers d'art,
- 31:26 et la haute couture en particulier,
- 31:28 avec une collection qui s'appelle Opéra Ballerus,
- 31:30 qui est d'une opulence extraordinaire,
- 31:32 qui emploie des tissus du brocard,
- 31:35 des tissus d'or,
- 31:37 de la soie à nouveau à profusion,
- 31:39 des fourrures, des broderies.
- 31:41 Et ça relance tout à coup l'intérêt pour cette profession.
- 31:45 Ça montre qu'elle peut être d'avant-garde,
- 31:48 ça montre qu'elle peut être à la pointe du désir
- 31:52 et qu'elle peut relancer le désir des femmes.
- 31:57 Dès lors, Yves Saint-Laurent s'entoure des plus grands artisans d'art parisiens
- 32:02 et avant de quitter le monde de la haute couture en 2002,
- 32:05 crée avec eux des pièces extraordinaires.
- 32:09 Il s'agit du manteau lion,
- 32:11 qui est un manteau de l'hiver 90.
- 32:15 C'est des plumes de faisanne, des plumes de vautour.
- 32:21 La demande d'Yves Saint-Laurent, adressée à le marié,
- 32:24 était « je voudrais un manteau de plume qui ressemble à un lion ».
- 32:29 3 000 plumes teintes et cousues une à une à la main,
- 32:33 sur un organza très léger.
- 32:35 Une pièce exceptionnelle.
- 32:38 Elle est exceptionnelle parce qu'elle est spectaculaire.
- 32:42 Et c'est un manteau qu'on aime beaucoup,
- 32:44 qui est très très fragile, donc assez peu exposé.
- 32:47 Les bêtes, c'est un manteau qui est très fragile,
- 32:51 donc assez peu exposé.
- 32:53 Les bêtes adorent les plumes,
- 32:55 donc c'est quelque chose qu'on surveille particulièrement.
- 32:58 On a dans nos réserves, les plumes sont dans un endroit particulier,
- 33:02 qu'on surveille plus que les autres choses.
- 33:04 Ce manteau a été réalisé par la maison Lemarié,
- 33:07 le plus grand plume à scie au monde,
- 33:09 incontournable pour la haute couture depuis le XIXe siècle.
- 33:13 La maison nous a ouvert ses coulisses.
- 33:15 Donc là, on va rentrer dans la réserve de plumes, si vous voulez bien.
- 33:19 Alors là, vous voyez, toutes les plumes sont répertoriées,
- 33:22 toutes rangées dans des boîtes identifiées.
- 33:25 Et là, par exemple, nous avons mis de côté
- 33:28 toutes les plumes que nous venons de teindre
- 33:30 et que nous allons utiliser pour le modèle de la haute couture.
- 33:33 Un tailleur Chanel de la nouvelle collection automne-hiver
- 33:36 que la maison Lemarié est en train de réaliser.
- 33:40 Elles sont en sachet.
- 33:42 On a un camaïeu de couture,
- 33:44 on a un camaïeu de plumes,
- 33:46 alors elles sont en sachet.
- 33:48 On a un camaïeu de couleurs qui sont représentées, vous voyez.
- 33:51 Elles sont donc...
- 33:57 Vous avez toutes les couleurs utilisées sur le modèle.
- 34:05 Alors, en plus ou moins grande quantité,
- 34:07 suivant le dosage que l'on veut donner.
- 34:10 Et là, en fait, elles sont naturelles.
- 34:12 Donc, en fait, c'est ces plumes-là qui ont été teintes et utilisées.
- 34:15 C'est de l'oie, d'un nageoire d'oie.
- 34:17 Une plume élégante et souple
- 34:19 qui se trouve sur les flancs de l'animal.
- 34:23 C'est une plume qui se teint bien
- 34:26 et qui se prêtait bien à cette fleur.
- 34:28 On n'allait pas utiliser de l'autruche, vous voyez,
- 34:31 pour faire un aplat de plumes comme ça.
- 34:33 Les plumes d'autruche, la maison les destine plutôt
- 34:36 à l'une des pièces emblématiques
- 34:38 de la prochaine collection haute couture Chanel,
- 34:40 la robe de mariée.
- 34:43 On travaille sur un grand col
- 34:45 où on vient mélanger, en fait,
- 34:47 de l'autruche, du brin d'autruche brûlé
- 34:49 et des fouets de coque.
- 34:51 Là, c'est le brin entier
- 34:53 et là, c'est le brin qui a été travaillé, en fait.
- 34:58 Je vais vous montrer aussi le fouet de coque
- 35:00 poudré, dans les mêmes tons,
- 35:02 qui est très aérien, très joli
- 35:04 et qui donne un...
- 35:06 Persommer dans les brins d'autruche
- 35:08 va donner un petit supplément
- 35:10 dans le modèle.
- 35:12 Bien sûr, nous avons des plumes
- 35:14 que nous regrettons de ne pas pouvoir utiliser.
- 35:16 Les grêtes,
- 35:18 l'oiseau de paradis,
- 35:20 qui sont des plumes tout simplement magnifiques.
- 35:22 Les grêtes, on n'en trouve plus.
- 35:24 C'est un stock très précieux que nous avons
- 35:26 parce que c'est un animal
- 35:28 complètement protégé.
- 35:30 On ne peut pas en acheter, on ne peut pas en vendre.
- 35:32 Mais bon, quand vous avez, vous voyez,
- 35:34 c'est tout simplement
- 35:36 magnifique.
- 35:38 On a aussi les oiseaux
- 35:40 de paradis qu'on conserve
- 35:42 dans une très très vieille boîte.
- 35:44 Mais quand vous voyez le dégradé
- 35:46 de couleurs et la légèreté
- 35:48 de ces plumes avec ces
- 35:50 beiges, ce marron,
- 35:52 ce jaune tellement délicat,
- 35:54 très très pâle, je ne pense pas
- 35:56 même avec les meilleurs teinturiers
- 35:58 qu'on pourrait arriver
- 36:00 à cette subtilité de ton.
- 36:02 Ça fait partie du patrimoine de la maison
- 36:04 On les conserve et on prend énormément
- 36:06 soin d'elles.
- 36:08 Un stock précieux, acquis avant
- 36:10 les mesures prises pour sauvegarder
- 36:12 ces oiseaux.
- 36:14 A l'étage au-dessus dans les ateliers,
- 36:16 les plumacières travaillent
- 36:18 pour toutes les maisons de haute couture
- 36:20 qui réclament leur savoir-faire unique.
- 36:22 Ce jour-là, elles s'activent
- 36:24 autour d'un tailleur Chanel.
- 36:26 Nous y retrouvons les nageoires doigtantes
- 36:28 utilisées en aplat,
- 36:30 une technique mise au point ici.
- 36:34 Le vrai plus de la Maison Lemarié,
- 36:36 c'est qu'ici, toutes les personnes
- 36:38 qui travaillent dans cet atelier,
- 36:40 travaillent toutes les techniques.
- 36:42 On peut faire un travail de plumes classiques,
- 36:44 de pincées, de truches
- 36:46 fixées sur une base,
- 36:48 mais on peut aussi faire ce qu'on appelle
- 36:50 une marquetterie de plumes.
- 36:52 Là, ce n'est pas de la broderie,
- 36:54 ce n'est pas du fil,
- 36:56 ce sont des plumes découpées
- 36:58 morceau par morceau, plume par plume
- 37:00 pour reconstituer un dessin.
- 37:03 Généralement, le duvet, ici,
- 37:05 on l'enlève, on ne l'utilise jamais.
- 37:07 Après, on va utiliser les barbes.
- 37:09 Vous avez la côte centrale, la raie.
- 37:11 Ensuite, vous avez les barbes
- 37:13 qui partent de chaque côté.
- 37:15 Pour la marquetterie, j'ai encollé ma partie.
- 37:17 Après,
- 37:19 je récupère
- 37:21 mes barbes.
- 37:23 Après, je vais le découper
- 37:25 à la forme que je veux.
- 37:27 Là, on ne l'utilise pas en tant que plume
- 37:29 pour sa forme,
- 37:31 mais pour sa matière.
- 37:33 La plume, aussi,
- 37:35 il y a une vraie brillance
- 37:37 selon la manière dont on la regarde.
- 37:39 Ça prend la lumière de manière très différente.
- 37:41 Ça chatouille, ça intrigue.
- 37:43 Il y a peut-être ce côté intrigant
- 37:45 qui est un peu différent.
- 37:47 Nous, sur cet échantillon,
- 37:49 on l'a encore plus éclairé
- 37:51 avec certains strass, certaines perles
- 37:53 qui viennent apporter un peu plus de brillance
- 37:55 au modèle.
- 37:57 Le volume est donné par les plumes.
- 37:59 Quatre jours plus tard,
- 38:01 le modèle était terminé
- 38:03 et défilait avec toute la collection.
- 38:05 Le savoir-faire des ateliers parisiens,
- 38:07 c'est aussi savoir respecter
- 38:09 des délais très courts.
- 38:15 Un peu à l'écart,
- 38:17 nous retrouvons les plumes rose poudrées
- 38:19 destinées au col de la robe de mariée
- 38:21 sur lequel Valentin,
- 38:23 fraîchement devenu plumacier,
- 38:25 travaille depuis cinq jours.
- 38:27 On va venir recouvrir la manche
- 38:29 plus la partie encolure
- 38:31 et l'autre manche.
- 38:33 Pour éviter d'avoir un raccord,
- 38:35 on l'a fait en une fois
- 38:37 pour quelque chose d'un peu plus uniforme.
- 38:41 Ce col doit être livré
- 38:43 le soir même.
- 38:45 Il a nécessité plus de 2500 plumes
- 38:47 et plus de 100 heures de travail.
- 38:49 La technique est classique.
- 38:51 Il s'agit de pincer les plumes
- 38:53 et de les fixer sur une base
- 38:55 de tuiles et de dentelles.
- 38:57 On les assemble sur un petit détour
- 38:59 qui devient piqué.
- 39:01 Ensuite, tous ces piqués,
- 39:03 ici on a à peu près
- 39:05 300 je crois,
- 39:07 on vient les assembler
- 39:09 ce qui permet d'avoir l'élément entier.
- 39:11 Là, c'est en cours d'assemblage.
- 39:15 Plus d'un siècle
- 39:17 que la Maison Chanel collabore
- 39:19 étroitement avec ce plumacier de légende.
- 39:21 A tel point qu'en 1996,
- 39:23 pour sauvegarder
- 39:25 ce trésor de savoir-faire
- 39:27 et ce patrimoine,
- 39:29 les ateliers Lemarié ont été rachetés
- 39:31 par la maison de haute couture
- 39:33 la plus ancienne et la plus mythique au monde.
- 39:37 Aujourd'hui, c'est dans cet écran
- 39:39 high-tech que la Maison Chanel
- 39:41 conserve son patrimoine.
- 39:43 C'est la première fois
- 39:45 que la maison ouvre à une caméra
- 39:47 les portes de son sanctuaire
- 39:49 où tous les modèles de Mademoiselle Chanel
- 39:51 sont sauvegardés.
- 39:53 Un trésor inestimable.
- 39:59 Comme vous pouvez remarquer,
- 40:01 les modèles les plus fragiles
- 40:03 sont conservés à plat.
- 40:05 Ce sont tous les modèles
- 40:07 qui ne supportent pas la suspension.
- 40:09 On les préserve de cette façon
- 40:11 à plat.
- 40:15 On a environ
- 40:17 6000 modèles.
- 40:19 Quand je dis modèles,
- 40:21 ce sont des modèles complets.
- 40:23 En termes de pièces,
- 40:25 ça fait beaucoup plus.
- 40:27 On a entre 6000 et 6500 looks.
- 40:29 Je compte à la fois
- 40:31 Gabrielle Chanel
- 40:33 et Karl Lagerfeld.
- 40:35 On a énormément de trésors.
- 40:37 On a même un tailleur
- 40:39 qui est appartenu
- 40:41 à Gabrielle Chanel.
- 40:43 Ça semble une toute petite chose.
- 40:45 Là, on est dans la relique.
- 40:47 Chanel a apporté
- 40:49 énormément à la mode.
- 40:51 D'abord, elle a été une égérie.
- 40:53 Elle s'est comportée comme une femme libre.
- 40:55 Sa liberté, elle la doit
- 40:57 à son travail.
- 40:59 Elle s'est portée comme modèle
- 41:01 pour les autres femmes.
- 41:03 Sa mode est
- 41:05 exemple de préjugé.
- 41:07 Elle va porter la première des pyjamas de plage,
- 41:09 des pantalons.
- 41:11 C'est extrêmement novateur.
- 41:13 Gabrielle Chanel
- 41:15 est issue d'un milieu
- 41:17 des plus modestes.
- 41:19 Elle a une formation de couturière
- 41:21 et à 26 ans, 1909,
- 41:23 simple modiste,
- 41:25 elle arrive à Paris pour créer des chapeaux
- 41:27 qui plaisent à la bonne société.
- 41:29 Un an plus tard,
- 41:31 aidée financièrement par un riche amant,
- 41:33 elle installe son atelier
- 41:35 puis son appartement rue Cambon
- 41:37 pour créer des vêtements.
- 41:39 On a installé ici
- 41:41 une petite blouse
- 41:43 qui n'a l'air de rien
- 41:45 mais c'est notre joconde.
- 41:47 C'est une blouse qui a 100 ans.
- 41:49 Elle date de 1916
- 41:51 et c'est la pièce la plus ancienne
- 41:53 connue de Gabrielle Chanel
- 41:55 à ce jour.
- 41:57 Elle présente évidemment la particularité
- 41:59 d'être en jersey,
- 42:01 ce jersey de soie
- 42:03 qu'elle a emprunté à la garde-robe masculine.
- 42:05 Le jersey, auparavant,
- 42:07 on en faisait des sous-vêtements
- 42:09 et Chanel s'est permis
- 42:11 à oser le voler aux hommes,
- 42:13 le détourner
- 42:15 pour en faire des blouses
- 42:17 confortables pour elle
- 42:19 et pour ses clientes.
- 42:21 Les vêtements de jersey existaient déjà
- 42:23 pour les femmes.
- 42:25 Ils étaient spécifiques pour le sport
- 42:27 et il y en avait plein les rayons
- 42:29 des grands magasins.
- 42:31 C'était des vêtements qui permettaient
- 42:33 la plus grande mobilité.
- 42:35 Elle va s'inspirer du style
- 42:37 marin des pêcheurs
- 42:39 de la côte normande.
- 42:41 Elle va faire un mix de ça
- 42:43 et elle va être en plein
- 42:45 dans le mille.
- 42:47 Les femmes ont besoin de vêtements
- 42:49 raccourcis,
- 42:51 un peu éloignés du corps,
- 42:53 souples, avec des poches,
- 42:55 des boutons.
- 42:57 C'est une nouveauté dans le vestiaire féminin.
- 42:59 Elle va obtenir un immense succès
- 43:01 avec ça.
- 43:03 C'est une façon à formaliser ce vêtement,
- 43:05 à le griffer,
- 43:07 à lui donner un caractère luxe.
- 43:13 Un autre emprunt à la garde-robe masculine
- 43:15 que Gabrielle Chanel va faire
- 43:17 c'est le tweed.
- 43:19 Ce qu'elle aime, c'est le côté
- 43:21 très irrégulier de ce fil
- 43:23 et ce qui ne se faisait pas du tout
- 43:25 en France à l'époque.
- 43:27 On voit que ce tweed
- 43:29 qui semble très simple
- 43:31 au premier abord,
- 43:33 si on le regarde de plus près,
- 43:35 est un tweed assez sophistiqué.
- 43:37 On retrouve même
- 43:39 un jeu presque de carreaux
- 43:41 dans ce tweed.
- 43:43 Le tissage est extrêmement complexe.
- 43:45 On a un autre exemple
- 43:47 de tweed.
- 43:49 Celui-ci date de 1963.
- 43:51 C'est même
- 43:53 probablement
- 43:55 l'archétype presque
- 43:57 du tailleur Chanel
- 43:59 tel qu'il est gravé
- 44:01 dans l'imaginaire collectif.
- 44:03 C'est un tailleur avec une gance
- 44:05 extrêmement graphique.
- 44:07 Ce détail de poche,
- 44:09 un graphisme très épuré.
- 44:11 En même temps,
- 44:13 c'est un vêtement extrêmement confortable.
- 44:15 Ce tailleur est conçu
- 44:17 pour une femme qui bouge.
- 44:19 Chanel a contribué
- 44:21 toute sa vie à éviter
- 44:23 que la femme ne soit entravée
- 44:25 par le vêtement.
- 44:27 La conception même
- 44:29 qu'elle avait de la mode en général
- 44:31 était de la libérer des carcans,
- 44:33 qu'ils soient psychologiques
- 44:35 ou physiques.
- 44:37 Elle s'est ingéniée par tous les moyens
- 44:39 à libérer la femme.
- 44:43 Depuis son arrivée chez Chanel
- 44:45 en 1983,
- 44:47 Karl Lagerfeld est resté fidèle
- 44:49 à la grammaire de la maison.
- 44:51 Le lien ici avec ce modèle
- 44:53 se passe presque de commentaires.
- 44:55 C'est un tailleur qui date
- 44:57 de la collection Haute Couture
- 44:59 automne-hiver 2011.
- 45:01 On voit ici une réinterprétation
- 45:03 de Karl Lagerfeld
- 45:05 avec cette même idée de gance.
- 45:07 Le graphisme est exactement
- 45:09 le même
- 45:11 mais avec une forme
- 45:13 beaucoup plus moderne.
- 45:15 Les créations les plus emblématiques
- 45:17 et prestigieuses de Karl Lagerfeld
- 45:19 rendent souvent hommage
- 45:21 à Mademoiselle Chanel.
- 45:23 Elles aussi conservées
- 45:25 dans cet écrin de technologie.
- 45:27 Il en est une ici.
- 45:29 Cette robe
- 45:31 est en deux parties.
- 45:33 Un body en partie haute
- 45:35 et cette jupe couverte
- 45:37 de camélias en partie basse.
- 45:39 Si vous remarquez bien,
- 45:41 vous allez voir que les camélias
- 45:43 sont de taille croissante,
- 45:45 c'est-à-dire qu'ils sont
- 45:47 fermés en bouton
- 45:49 tout en haut et au fur et à mesure
- 45:51 s'ouvrent et sont de plus en plus larges.
- 45:53 Cette robe est couverte
- 45:55 de 2500 camélias.
- 45:59 Or le camélia,
- 46:01 c'était la fleur fétiche
- 46:03 de Gabrielle Chanel.
- 46:05 Ce sont les ateliers Lemarié
- 46:07 qui ont réalisé cette robe.
- 46:09 Plus de 700 heures de travail.
- 46:11 Le plumassier est aussi un fleuriste
- 46:13 hors pair et grâce à ses deux savoir-faire,
- 46:15 le styliste de Chanel
- 46:17 a pu concevoir des pièces exceptionnelles.
- 46:21 Cette robe est exceptionnelle
- 46:23 parce qu'elle allie
- 46:25 les deux savoir-faire de Lemarié,
- 46:27 à savoir le travail des fleurs,
- 46:29 des camélias
- 46:31 et tous ces rinceaux
- 46:33 qui sont des rinceaux en plumes.
- 46:35 On a cette double technique
- 46:37 que l'on retrouve sur cette robe.
- 46:45 Aujourd'hui,
- 46:47 comme il y a plus d'un siècle,
- 46:49 chez Lemarié,
- 46:51 la fabrication des fleurs
- 46:53 suit un savoir-faire ancien
- 46:55 et artisanal.
- 46:57 Première étape avec Mathieu,
- 46:59 l'apprêteur de tissus.
- 47:01 C'est tout simplement de la soie,
- 47:03 la doublure de veste.
- 47:05 On dit qu'on fait crier la matière.
- 47:07 Une fois bien étiré,
- 47:09 le tissu est alors enduit
- 47:11 d'un apprès à base de gélatine alimentaire.
- 47:13 L'apprès est bien chaud.
- 47:15 Moi, quand j'ai appris
- 47:17 à faire les apprès,
- 47:19 on m'a dit, tant que tu ne brûles pas,
- 47:21 c'est que c'est pas assez chaud.
- 47:29 Et voilà.
- 47:31 Après deux heures exactement,
- 47:33 on retrouve un produit prêt à l'emploi.
- 47:35 Prêt à l'emploi et rigide.
- 47:39 Des pétales y sont alors découpées
- 47:41 au millimètre près
- 47:43 grâce à ces moules en porte-pièce
- 47:45 anciens,
- 47:47 certains ont plus d'un siècle.
- 47:51 Reste alors à les bouler.
- 47:55 Il faut que ça soit légèrement humide,
- 47:57 plus pratique pour gaufrer,
- 47:59 pour que ça prenne la forme.
- 48:01 Donc ça, c'est les moyens,
- 48:03 qui est le deuxième rang autour du cœur.
- 48:09 Ça tient avec un fil.
- 48:11 On monte avec un fil et un peu de colle.
- 48:15 Et on assemble.
- 48:23 20 minutes suffisent
- 48:25 à une fleuriste expérimentée
- 48:27 pour bouler et monter
- 48:29 une fleur de camélia en soie.
- 48:31 Dans l'atelier d'à côté,
- 48:33 une dizaine de fleuristes
- 48:35 très concentrées finissent d'assembler
- 48:37 des centaines de pétales
- 48:39 sur une robe Chanel
- 48:41 prévue pour défiler dans trois jours.
- 48:43 C'est ce qui devrait être livré demain.
- 48:45 On est en phase terminale
- 48:47 et on espère bien le finaliser
- 48:49 comme il se doit.
- 48:51 On a travaillé des matières classiques
- 48:53 comme la soie,
- 48:55 la dentelle,
- 48:57 le lamé, qui est un tissu qui scintille,
- 48:59 mais aussi des matières
- 49:01 plus modernes, des rhodoïdes,
- 49:03 des matières plastiques
- 49:05 qui donnent un effet plus moderne
- 49:07 au modèle.
- 49:09 Là, elles sont en train de
- 49:11 s'assembler une à une
- 49:13 pour demain.
- 49:15 Sachant qu'on n'a pas eu
- 49:17 énormément de temps pour faire
- 49:19 l'ensemble du modèle.
- 49:21 Une fois terminée,
- 49:23 broderies et fleurs sont livrées
- 49:25 dans les ateliers de couture
- 49:27 où pour les couturières commence
- 49:29 la course contre la montre.
- 49:35 Nous sommes toujours dans les ateliers
- 49:37 de la maison Chanel
- 49:39 en compagnie de Madame Cécile.
- 49:45 Combien de robes vous réalisez
- 49:47 lors d'une collection haute couture ?
- 49:49 Au sein de l'atelier,
- 49:51 nous réalisons en général une vingtaine de modèles.
- 49:53 Pour combien de robes
- 49:55 dans une collection ?
- 49:57 Cette année, on a fait 71 passages.
- 49:59 Vous êtes surprise à chaque fois
- 50:01 par les nouvelles créations ?
- 50:03 A chaque fois, on est surprise
- 50:05 parce que ce sont des matières différentes,
- 50:07 mais ce n'est jamais pareil.
- 50:09 On mélange du tweed
- 50:11 avec des broderies.
- 50:13 Je trouve ça d'une modernité incroyable.
- 50:15 En plus, c'est un 3 pièces.
- 50:17 Vous avez la robe,
- 50:19 la petite robe bustier,
- 50:21 le petit top
- 50:23 et le pantalon.
- 50:25 C'est l'assemblage des trois
- 50:27 et vous pouvez tout dissocier.
- 50:29 Je trouve ça génial comme idée.
- 50:31 Qu'est-ce qui est le plus difficile
- 50:33 à faire dans une robe ?
- 50:35 Tout est difficile.
- 50:37 Tout demande beaucoup d'investissement.
- 50:39 Du départ de la toile
- 50:41 jusqu'à la réalisation.
- 50:43 J'imagine que ça doit être une course contre le temps
- 50:45 avant le jour J du défilé.
- 50:47 Pas du tout.
- 50:49 Bien sûr,
- 50:51 parce qu'il y a la date butoir.
- 50:53 C'est un peu comme une préparation
- 50:55 de spectacle.
- 50:57 Il y a un stress qui monte.
- 50:59 C'est comme avoir un spectacle,
- 51:01 mais c'est un bon stress.
- 51:03 La clé de tout,
- 51:05 que ce soit ici dans vos ateliers
- 51:07 ou dans les ateliers des autres grandes maisons
- 51:09 comme chez Christian Dior.
- 51:11 Nous avons eu la chance d'aller dans l'atelier tailleur
- 51:13 deux jours avant un défilé.
- 51:15 Croyez-moi, la pression monte.
- 51:17 Vous allez voir sous vos yeux
- 51:19 la réalisation d'un tailleur pantalon
- 51:21 brodé avec de magnifiques broderies
- 51:23 de la maison Vermont.
- 51:25 Chez Dior,
- 51:27 nous retrouvons Nadej,
- 51:29 la seconde de l'atelier tailleur.
- 51:31 Elle est en train de se battre
- 51:33 avec des manches du tailleur
- 51:35 dont les broderies ont été réalisées
- 51:37 par la maison Vermont.
- 51:39 Comme la manche est étroite,
- 51:41 il faut que je rentre tout à l'intérieur
- 51:43 pour pouvoir retourner.
- 51:45 J'ai déjà du mal à passer la main.
- 51:47 Ensuite, il faut que j'attrape
- 51:49 la manche,
- 51:51 et ensuite,
- 51:53 il faut que j'attrape mon bas de manche.
- 51:55 Il faut que j'attrape
- 51:57 le plastique en même temps.
- 51:59 Et le plastique
- 52:01 protège,
- 52:03 évitera aux broderies
- 52:05 de se riper entre elles à l'intérieur.
- 52:07 Il n'y a pas d'autre moyen
- 52:09 pour aller piquer à la machine
- 52:11 que de retourner la manche.
- 52:13 Voilà.
- 52:15 Je vais aller piquer
- 52:17 à la machine maintenant.
- 52:19 Pour le moment,
- 52:21 la manche est cousue
- 52:23 par ce que l'on appelle des points de bâti,
- 52:25 des points provisoires
- 52:27 que Nadège remplace par une couture délicate
- 52:29 et définitive.
- 52:31 Il faut tout son savoir-faire
- 52:33 pour y arriver.
- 52:35 Il faut que les fils
- 52:37 de la broderie s'accrochent.
- 52:45 Ça ne facilite pas le travail.
- 52:47 C'est sûr que quand les choses
- 52:49 sont brodées,
- 52:51 on met plus de temps en général
- 52:53 pour travailler.
- 52:55 Mais le rendu
- 52:57 est tellement plus joli aussi.
- 53:09 C'est un peu délicat
- 53:11 parce que j'ai des broderies
- 53:13 des deux côtés.
- 53:15 Il ne faut pas que je les abîme en repassant.
- 53:17 On ouvre les coutures,
- 53:19 on met en forme la manche
- 53:21 et comme ça, on peut la finir après.
- 53:23 Dans les ateliers de haute couture,
- 53:25 les savoir-faire,
- 53:27 comme les traditions, ont traversé les siècles.
- 53:29 C'est vrai qu'on est
- 53:31 un peu superstitieux dans le métier.
- 53:33 Quand on renverse une boîte d'épingles,
- 53:35 si elle est complètement retournée
- 53:37 et complètement vide d'épingles,
- 53:39 ça veut dire qu'on va avoir beaucoup de travail.
- 53:41 Donc il faut qu'on jette des épingles
- 53:43 par-dessus son épaule
- 53:45 pour conjurer le sort.
- 53:49 Quand on a un nœud au centimètre,
- 53:51 ça veut dire aussi beaucoup de travail.
- 53:53 Donc il faut défaire le nœud
- 53:55 avec une seule main.
- 53:57 C'est des choses... C'est rigolo.
- 53:59 En général, les jeunes filles,
- 54:01 quand il y a une robe de mariée de fête,
- 54:03 celles qui veulent se marier ou trouver
- 54:05 un chéri, elles mettent un cheveu
- 54:07 dans la robe de mariée de la cliente.
- 54:09 Mais il ne faut pas le dire.
- 54:11 Angélique s'était arrivée
- 54:13 de mettre un cheveu, toi,
- 54:15 dans une robe de mariée ?
- 54:17 Oui, quand j'étais apprentie, j'ai mis un cheveu.
- 54:19 Je suis mariée.
- 54:21 Je ne sais pas si ça a vraiment marché
- 54:23 ou si c'est le destin.
- 54:25 Mais je pense qu'on l'a toute faite.
- 54:27 Donc là, regarde,
- 54:29 on se raccorde ici.
- 54:31 Ouais, regarde.
- 54:33 Là, c'est bien.
- 54:35 Je suis bien sur l'écran.
- 54:39 Regardez derrière.
- 54:41 Sur la toile,
- 54:43 la blouse du tailleur commence par magie
- 54:45 à prendre forme.
- 54:47 Reste maintenant à coudre tous les éléments
- 54:49 entre eux.
- 54:51 Ben, écoute,
- 54:53 tout est bien aligné,
- 54:55 apparemment.
- 54:59 Ces couturières fleuront
- 55:01 de la haute couture française.
- 55:03 Ce sont les héritières des petites mains
- 55:05 qui ont fait de Paris, à la fin du
- 55:07 XIXe siècle, la capitale
- 55:09 de l'élégance.
- 55:11 Les maisons, les collections
- 55:13 et même les défilés, l'organisation
- 55:15 de la haute couture telle que nous la connaissons
- 55:17 aujourd'hui est née à cette époque-là.
- 55:19 Au Second Empire,
- 55:21 du monde entier,
- 55:23 les plus riches se précipitaient dans la
- 55:25 ville lumière pour s'amuser,
- 55:27 sortir, se montrer et acheter
- 55:29 leur nouvelle garde-robe.
- 55:31 Car les modistes parisiennes sont réputées
- 55:33 les meilleures couturières au monde.
- 55:36 Mais les délais sont très longs
- 55:38 et les artisans débordés.
- 55:40 Alors un Anglais installé à Paris
- 55:42 et homme d'affaires avisé,
- 55:44 un certain Frédéric Wurz,
- 55:46 profite de l'opportunité.
- 55:49 Il a l'idée de faire
- 55:51 des collections, c'est-à-dire des prototypes
- 55:53 qu'il va présenter à la clientèle
- 55:55 sous la forme de défilés.
- 55:57 Chaque femme va pouvoir avoir la robe
- 55:59 de son choix dans les plus brefs délais.
- 56:01 La clientèle lui est acquise
- 56:03 puisqu'il est amie de la princesse de Méternic
- 56:05 qui va l'introduire à la cour.
- 56:07 A partir de là, il va régenter le monde de la mode
- 56:09 et c'est un homme qui prend le pouvoir sur la mode.
- 56:11 Ses modèles vont être vendus
- 56:13 de manière extrêmement rapide
- 56:15 et à des prix exorbitants.
- 56:17 Il va se considérer comme un artiste
- 56:19 donc il va signer ses robes, il va poser une griffe
- 56:21 et voilà, la haute couture est née.
- 56:25 Chez Dior, à la veille du jour J,
- 56:27 le stress est monté d'un cran.
- 56:29 Pour le studio,
- 56:31 l'équipe des stylistes,
- 56:33 c'est l'heure des fittings.
- 56:35 Une répétition générale des passages
- 56:37 avec tous les mannequins.
- 56:39 La tension est palpable.
- 56:41 Dans un chuchotement ou un regard,
- 56:43 un vêtement peut être
- 56:45 refusé ou modifié,
- 56:47 un mannequin remercié.
- 56:49 C'est aussi le moment
- 56:51 où les stylistes accessoirisent la silhouette.
- 56:57 Car de la tête au pied,
- 56:59 chaque détail compte.
- 57:01 Même les chaussures doivent être
- 57:03 à la hauteur du vêtement
- 57:05 magnifié par le mannequin.
- 57:17 Entre la maison Massaro
- 57:19 et la haute couture,
- 57:21 c'est déjà une longue histoire.
- 57:23 Depuis 1894,
- 57:25 le bottier parisien a travaillé
- 57:27 sur les chaussures Chanel.
- 57:29 En 1957,
- 57:31 le bottier crée
- 57:33 les fameuses chaussures bicolores
- 57:35 pour Gabrielle Chanel.
- 57:37 Un succès planétaire phénoménal.
- 57:39 Ici,
- 57:41 ce n'est que du fait main,
- 57:43 du sur-mesure de grand luxe.
- 57:45 Cette année encore,
- 57:47 pour ses collections,
- 57:49 Karl Lagerfeld est resté fidèle
- 57:51 à cet atelier pour son savoir-faire
- 57:53 et sa capacité d'adaptation.
- 57:55 Karl Lagerfeld a demandé
- 57:57 une cuissarde.
- 57:59 D'ailleurs, nous avons ici son dessin.
- 58:01 Vous voyez qu'on a exprimé
- 58:03 le talon qui n'est pas très haut.
- 58:05 Et ensuite, on a le bout du pied.
- 58:07 Le bout du pied qui est donc
- 58:09 de forme carré
- 58:11 et un carré très marqué.
- 58:13 Ici,
- 58:15 on a le premier prototype
- 58:17 qui a été
- 58:19 soumis à Karl Lagerfeld.
- 58:21 On voit ici le bout carré
- 58:23 qui est un bout carré très fin.
- 58:25 Et on voit la hauteur
- 58:27 de la cuissarde.
- 58:29 Mais la plus grosse difficulté
- 58:31 a été la mise en place du plissé.
- 58:33 Le premier prototype
- 58:35 de plissé que l'on a,
- 58:37 c'est celui-ci.
- 58:39 On l'a fait sur une base basse.
- 58:41 Alors là, ça a été négatif
- 58:43 puisque le plissé
- 58:45 est trop mécanique.
- 58:47 La volonté de Karl Lagerfeld,
- 58:49 c'est d'avoir un drapé,
- 58:51 quelque chose de flottant
- 58:53 et de naturel.
- 58:55 Ensuite, on tombe
- 58:57 sur un autre essayage.
- 58:59 Là, c'est un petit peu décollé
- 59:01 mais je vous montre
- 59:03 à peu près ce que ça peut donner.
- 59:05 Donc là, on retrouve le bout de la forme,
- 59:07 le bout du pied.
- 59:09 Et ici, vous avez
- 59:11 un drapé
- 59:13 qui ici tombe
- 59:15 naturellement, pas égal,
- 59:17 un peu comme il vient.
- 59:19 Et là, on a fixé
- 59:21 une idée qui est parfaite.
- 59:23 Il aura donc fallu
- 59:25 trois essayages pour enfin répondre
- 59:27 aux exigences du styliste.
- 59:29 Notre compétence,
- 59:31 c'est de s'adapter
- 59:33 à la demande
- 59:35 et parfois d'aller dans des terrains
- 59:37 que l'on ne connaît pas
- 59:39 et d'arriver à le concrétiser
- 59:41 et à en faire quelque chose
- 59:43 qu'on puisse reproduire
- 59:45 dans des temps très limités.
- 59:47 Et là, c'est là qu'intervient
- 59:49 le savoir-faire de Jacques
- 59:51 puisque une fois que je lui donne
- 59:53 le là,
- 59:55 ensuite, il avance,
- 59:57 il trouve des solutions.
- 59:59 Et ici, la solution pour maintenir le drapé
- 1:00:01 avant de coudre,
- 1:00:03 c'est cet ouvrier chevronné qui l'a trouvé.
- 1:00:05 Une astuce toute simple.
- 1:00:07 Encore fallait-il y penser.
- 1:00:11 Il a trouvé ce système
- 1:00:13 fixé à l'aide d'un scotch
- 1:00:15 au centre
- 1:00:17 et sans pour autant être obligé
- 1:00:19 de le fixer définitivement.
- 1:00:21 C'est succinct, mais ça lui a permis
- 1:00:23 de produire ce drapé
- 1:00:25 qui était voulu pour la collection.
- 1:00:33 Une fois la cuissarde cousue,
- 1:00:35 le drapé est définitivement maintenu.
- 1:00:39 Reste à enlever avec précaution
- 1:00:41 le ruban adhésif
- 1:00:43 pour ne pas abîmer la peau rose poudrée.
- 1:00:45 C'est alors au bottier-monteur
- 1:00:47 de prendre le relais.
- 1:00:51 Je passe ça sur la forme.
- 1:00:57 Tous les éléments de la chaussure
- 1:00:59 sont fabriqués à la main ici.
- 1:01:03 Le travail à la main permet de faire
- 1:01:05 des choses qu'on ne peut pas faire avec des machines.
- 1:01:07 La finesse,
- 1:01:09 les dessins de semelles,
- 1:01:11 de chaussures...
- 1:01:15 La machine ne permet pas tout.
- 1:01:17 J'ai l'impression de faire un métier d'art.
- 1:01:21 Des fois, on est des créateurs de rêves
- 1:01:23 parce qu'il y a des gens qui arrivent
- 1:01:25 avec des projets fous
- 1:01:27 et on arrive à leur donner satisfaction.
- 1:01:35 Ces cuissardes d'exception
- 1:01:37 destinées à la robe de mariée
- 1:01:39 de la collection Chanel
- 1:01:41 sont prêtes à être livrées rue Cambon.
- 1:01:47 Rue Cambon, chez Chanel,
- 1:01:49 à trois jours du défilé,
- 1:01:51 la fabrication de la collection
- 1:01:53 touche à sa fin.
- 1:01:55 Sauf peut-être pour Mme Josette,
- 1:01:57 première de l'atelier tailleur,
- 1:01:59 qui commence à s'inquiéter pour la robe de mariée
- 1:02:01 que Karl Lagerfeld veut voir
- 1:02:03 le soir même.
- 1:02:07 Ça, c'est fini.
- 1:02:09 Ce soir, Karl aura au moins
- 1:02:11 le pantalon avec le bustier monté.
- 1:02:15 On va faire nos effets avec la toile
- 1:02:17 puisqu'on n'a pas le reste de la robe.
- 1:02:19 On va faire l'effet avec ça.
- 1:02:21 Ça, c'est la veste
- 1:02:23 avec la traîne
- 1:02:25 qui sera rebrodée
- 1:02:27 de plumes,
- 1:02:29 tout en dentelle aussi.
- 1:02:31 Et on a le...
- 1:02:37 On va tout couper.
- 1:02:41 On a le col de plumes qui sera remis là.
- 1:02:47 Voilà.
- 1:02:49 Comme ça, normalement.
- 1:02:53 Je vous le mets comme ça.
- 1:02:55 Juste comme ça.
- 1:02:57 Jusqu'en bas des manches.
- 1:02:59 Qu'est-ce qu'il vous reste à faire ?
- 1:03:01 Presque tout.
- 1:03:03 Pas encore de manteau
- 1:03:05 ni de traîne,
- 1:03:07 mais le bustier, lui,
- 1:03:09 vient d'arriver.
- 1:03:11 Elles vont enfin pouvoir le monter.
- 1:03:13 Là, elle bâtit.
- 1:03:15 On va pouvoir se remettre
- 1:03:17 au mannequin,
- 1:03:19 voir si j'ai bien la bonne image
- 1:03:21 comme sur le croquis que Karl veut
- 1:03:23 pour le cintrage,
- 1:03:25 voir si le fait d'avoir été
- 1:03:27 molletonné, ça n'a pas perdu
- 1:03:29 en largeur,
- 1:03:31 qu'il ne faut pas qu'on redonne.
- 1:03:33 Et après, de toute manière,
- 1:03:35 il faudra que ce soit piqué pour ce soir.
- 1:03:37 Voilà.
- 1:03:39 Avant de piquer,
- 1:03:41 c'est-à-dire coudre définitivement le bustier,
- 1:03:43 mieux vaut s'assurer que tout va bien
- 1:03:45 sur le mannequin.
- 1:03:49 Ce petit bustier intérieur sert de fondation
- 1:03:51 pour tenir l'autre qui est dessus.
- 1:03:53 La couture, c'est un peu de l'architecture.
- 1:03:55 Quand vous n'avez pas de fondation,
- 1:03:57 les maisons ne tiennent pas.
- 1:03:59 Quand il n'y a pas de bustier,
- 1:04:01 la robe ne tient pas.
- 1:04:03 Pour l'instant, on va se regarder comme ça.
- 1:04:09 Le mannequin est un peu faible.
- 1:04:11 La fille est un peu plus forte.
- 1:04:13 Non, ça va, ça se met bien.
- 1:04:15 Il n'y a pas de souci.
- 1:04:17 Il va falloir dégarnir un peu dans les coutures
- 1:04:19 pour pas que ça fasse trop épais.
- 1:04:21 Sinon, ça ne va pas être très fin.
- 1:04:23 Je vais regarder dans la glace
- 1:04:25 pour le cintrage.
- 1:04:27 Karl voulait que ce soit
- 1:04:29 cintré, mais pas trop.
- 1:04:31 Il faut qu'on ait le bon galbe
- 1:04:33 là où il faut.
- 1:04:35 Ça va être joli.
- 1:04:41 Là, ce n'est pas brodé du tout.
- 1:04:43 Et là, il n'y avait pas de voiture.
- 1:04:45 Ça sera tout comme ça.
- 1:04:47 C'est avant, après.
- 1:04:51 La robe sera prête à temps.
- 1:04:53 Elle aura nécessité
- 1:04:55 plus de 1 200 heures de travail
- 1:04:57 et plus de 12 500 plumes.
- 1:05:13 Chez Schiaparelli, Place Vendôme,
- 1:05:15 c'est aussi la course contre la montre.
- 1:05:19 Le styliste Bertrand Guyon
- 1:05:21 est en plein essayage.
- 1:05:23 C'est la troisième collection
- 1:05:25 qu'il crée pour la maison.
- 1:05:27 Cette fois,
- 1:05:29 il a réinterprété la collection phare
- 1:05:31 d'Elsa Schiaparelli,
- 1:05:33 la collection cirque.
- 1:05:35 Les couleurs sont magnifiques.
- 1:05:39 80 ans après,
- 1:05:41 les techniques sauvegardées
- 1:05:43 et les savoir-faires exceptionnels
- 1:05:45 permettent au styliste de rester fidèle
- 1:05:47 à la grammaire de la maison Schiaparelli
- 1:05:49 tout en la réinventant.
- 1:05:53 Voici cette robe.
- 1:05:57 C'est une robe brodée
- 1:05:59 avec un tout petit peu
- 1:06:01 d'animaux.
- 1:06:05 C'est très lourd.
- 1:06:07 Là, vous avez l'éléphant
- 1:06:09 qui est sur sa balle.
- 1:06:11 Le zèbre.
- 1:06:13 Les petits papillons.
- 1:06:15 Ça aussi, c'est très Schiaparelli, les papillons.
- 1:06:17 Toujours la petite touche
- 1:06:19 de constellation.
- 1:06:21 On voit des petits singes.
- 1:06:23 C'est une broderie tout à fait sublime.
- 1:06:27 Aucun de ces éléments
- 1:06:29 n'appartient aux archives
- 1:06:31 de Le Sage.
- 1:06:33 Ce sont des dessins
- 1:06:35 que nous réalisons ici
- 1:06:37 dans l'esprit
- 1:06:39 en évoquant
- 1:06:41 et en restant fidèle
- 1:06:43 à l'esprit de la maison.
- 1:06:45 Mais je ne voulais pas
- 1:06:47 que ce soit copié.
- 1:06:49 Dans cette collection,
- 1:06:51 le styliste,
- 1:06:53 grâce à la maison Le Sage,
- 1:06:55 s'est même permis de réinterpréter
- 1:06:57 la fameuse cape Phoebus.
- 1:07:03 Ce n'est pas du tout
- 1:07:05 le même échantillon.
- 1:07:07 C'est un travail très contemporain.
- 1:07:09 Il y a un côté
- 1:07:11 un peu aussi au sensoir.
- 1:07:13 Il y a un côté christique
- 1:07:15 dans cette veste que j'aime beaucoup.
- 1:07:19 Pour cette collection cirque,
- 1:07:21 j'avais envie d'ajouter
- 1:07:23 une petite touche de cubisme.
- 1:07:25 Ce n'est pas non plus
- 1:07:27 une citation à Picasso.
- 1:07:29 Mais je trouvais que c'était assez beau
- 1:07:31 d'avoir des bustiers graphiques
- 1:07:33 avec des patches
- 1:07:35 de matière
- 1:07:37 qui évoquent un Picasso
- 1:07:39 en reprenant le shocking
- 1:07:41 de ce qu'il y a par-là.
- 1:07:43 Et puis certains éléments
- 1:07:45 de ce qui constitue la robe
- 1:07:47 dans son entier.
- 1:07:49 Là, évidemment, elle est protégée
- 1:07:51 parce que c'est très fragile.
- 1:07:53 Et ça, c'est justement la jupe
- 1:07:55 qui ira avec le petit bustier.
- 1:07:57 C'est un travail assez incroyable.
- 1:08:03 Ce sont des petites franges
- 1:08:05 de cellophane qui sont cousues
- 1:08:07 sur une base de tulle.
- 1:08:09 Là, on le voit.
- 1:08:11 Chaque bande a sa couleur
- 1:08:13 et est cousue sur un tulle
- 1:08:15 comme une espèce de rainbow.
- 1:08:19 Ce qui est amusant,
- 1:08:21 c'est que dans les archives
- 1:08:23 de la maison,
- 1:08:25 j'ai retrouvé ce modèle
- 1:08:27 qui doit dater de 1935-1936
- 1:08:29 où on voit une robe
- 1:08:31 qui était enlamée
- 1:08:33 et qui reprend
- 1:08:35 cette même idée
- 1:08:39 d'arc-en-ciel.
- 1:08:41 C'est, je dirais,
- 1:08:43 une coïncidence
- 1:08:45 parce que là, pour le coup,
- 1:08:47 très honnêtement,
- 1:08:49 je ne l'avais pas vue avant.
- 1:08:53 Mais là, on est complètement
- 1:08:55 dans l'univers
- 1:08:57 de ce qui est Paris.
- 1:09:11 Nous sommes de retour
- 1:09:13 dans les ateliers de la Maison Chanel
- 1:09:15 en compagnie de Mme Cécile.
- 1:09:17 Cécile, vous me le disiez tout à l'heure,
- 1:09:19 ça fait 14 ans que vous travaillez
- 1:09:21 dans cette prestigieuse maison.
- 1:09:23 Comment êtes-vous devenue
- 1:09:25 première d'atelier ?
- 1:09:27 Il faut apprendre le métier très jeune.
- 1:09:29 On démarre, on est apprentie.
- 1:09:31 C'est un peu comme du compagnonnage.
- 1:09:33 L'apprentie est associée
- 1:09:35 avec une couturière
- 1:09:37 qui lui apprend le métier
- 1:09:39 mois en mois, d'année en année.
- 1:09:41 Comme ça, on gravit les échelons.
- 1:09:43 Après, on passe seconde d'atelier.
- 1:09:45 Parfois,
- 1:09:47 il y a une place qui se libère
- 1:09:49 et on est choisi comme première d'atelier.
- 1:09:51 Il faut se lancer aussi.
- 1:09:53 Et là, c'est la consécration ?
- 1:09:55 Un peu, oui.
- 1:09:57 Quelles sont les qualités requises
- 1:09:59 pour entrer dans une grande maison comme la vôtre ?
- 1:10:01 La patience.
- 1:10:03 Cette passion qui vous la transmise ?
- 1:10:05 Ma mère.
- 1:10:07 Et quand on me posait la question,
- 1:10:09 quand j'étais plus jeune,
- 1:10:11 tu veux faire comme ta mère ?
- 1:10:13 La transmission, c'est vraiment important.
- 1:10:15 C'est un patrimoine.
- 1:10:17 C'est un vrai patrimoine qu'on a en France.
- 1:10:19 De fabriquer encore ici, à Paris,
- 1:10:21 de la vraie haute couture.
- 1:10:23 C'est une grande chance.
- 1:10:25 Et de transmettre ce métier.
- 1:10:27 C'est un métier de passion,
- 1:10:29 donc automatiquement,
- 1:10:31 on a envie de transmettre.
- 1:10:33 J'imagine que la pression monte
- 1:10:35 J'ai les mamoites avant le défilé.
- 1:10:37 J'ai le trac.
- 1:10:39 Je ne sais pas quelle heure il est.
- 1:10:41 J'ai les yeux qui sont partout.
- 1:10:43 On va vous retrouver
- 1:10:45 quelques minutes avant le défilé.
- 1:10:47 On va aller côté coulisses.
- 1:10:55 Pour la maison Chanel,
- 1:10:57 le grand jour est arrivé.
- 1:10:59 Dans ce vestiaire féerique,
- 1:11:01 71 modèles
- 1:11:03 qui représentent des milliers
- 1:11:05 d'heures de travail.
- 1:11:07 Alors, à quelques minutes du défilé,
- 1:11:09 la tension monte.
- 1:11:11 Cécile, notre première d'atelier,
- 1:11:13 ne tient pas en place
- 1:11:15 et fait le tour de ses trésors.
- 1:11:23 Tu mets ça comme ça.
- 1:11:25 Et tu les positionnes
- 1:11:27 comme ça.
- 1:11:29 Voilà.
- 1:11:31 Surtout, ça ne s'enfile pas.
- 1:11:43 Dernier petit conseil aux habilleuses,
- 1:11:45 car Cécile va bientôt devoir
- 1:11:47 leur laisser ses bébés.
- 1:11:55 C'est pour moi, surtout.
- 1:11:59 Bonjour.
- 1:12:01 First look, on habille, mesdemoiselles,
- 1:12:03 s'il vous plaît.
- 1:12:11 Après les défilés, les applaudissements
- 1:12:13 et les hurras, la plupart
- 1:12:15 de ces modèles d'exception iront rejoindre
- 1:12:17 les trésors du patrimoine de la maison.
- 1:12:19 C'est le cas chez Chanel
- 1:12:21 comme chez toutes les autres maisons de haute couture.
- 1:12:23 Et notamment chez Christian Dior,
- 1:12:25 l'autre grande maison.
- 1:12:29 Dans son showroom,
- 1:12:31 avenue Montaigne,
- 1:12:33 Dior expose ses looks mythiques
- 1:12:35 et notamment ceux de la toute première
- 1:12:37 collection de 1947.
- 1:12:39 À 40 ans,
- 1:12:41 alors inconnu du grand public,
- 1:12:43 Christian Dior,
- 1:12:45 au sortir de la guerre,
- 1:12:47 propose aux femmes une nouvelle ligne,
- 1:12:49 la ligne Corolle.
- 1:12:51 Ces deux vêtements représentent
- 1:12:53 complètement la révolution
- 1:12:55 de la première collection
- 1:12:57 de Dior au printemps été 1947.
- 1:12:59 Ce sont deux vêtements de la ligne Corolle
- 1:13:01 et bien sûr le fameux tailleur
- 1:13:03 emblématique, le tailleur Barre.
- 1:13:05 Les seins haut placés,
- 1:13:07 la taille très très fine
- 1:13:09 et les hanches accentuées
- 1:13:11 pour avoir un contraste
- 1:13:13 très important
- 1:13:15 entre une taille très très fine
- 1:13:17 et des hanches plus larges.
- 1:13:19 Monsieur Dior disait qu'il voulait rendre les femmes
- 1:13:21 plus belles et plus heureuses.
- 1:13:23 Le style new look
- 1:13:25 selon la fameuse expression
- 1:13:27 d'une journaliste de mode américaine
- 1:13:29 séduite par la collection.
- 1:13:31 Tout le monde s'est aperçu
- 1:13:33 qu'en fait cette collection
- 1:13:35 démodait toutes les autres
- 1:13:37 et c'est pour ça que c'est vraiment une vraie révolution.
- 1:13:39 Tout à coup,
- 1:13:41 en février 1947,
- 1:13:43 Dior restaure le goût du luxe,
- 1:13:45 le goût de l'opulence,
- 1:13:47 le goût de la féminité
- 1:13:49 dans une période qui était encore marquée par la pénurie,
- 1:13:51 par la pénurie textile notamment.
- 1:13:53 Il relance le goût du rêve
- 1:13:55 et les femmes vont adorer,
- 1:13:57 vont rêver de ça.
- 1:13:59 Il relance le goût du rêve
- 1:14:01 mais il relance aussi un certain formalisme
- 1:14:03 aussi bien pour le corps
- 1:14:05 qui est à nouveau corseté
- 1:14:07 dans des vêtements qui sont lourds,
- 1:14:09 qui sont extrêmement armaturés,
- 1:14:11 qui sont contraignants pour le corps
- 1:14:13 et une mode aussi
- 1:14:15 qui est contraignante dans la mesure
- 1:14:17 où pour chaque circonstance de la journée
- 1:14:19 il va trouver une toilette appropriée
- 1:14:21 et notamment
- 1:14:23 la fameuse robe de cocktail
- 1:14:25 puisqu'il va faire
- 1:14:27 de cette robe de cocktail
- 1:14:29 un des éléments emblématiques
- 1:14:31 de sa production.
- 1:14:33 La robe de cocktail
- 1:14:35 mais aussi la robe de balle.
- 1:14:37 La robe Junon
- 1:14:39 de la collection 1949
- 1:14:41 en est le meilleur exemple,
- 1:14:43 un des trésors les plus précieux
- 1:14:45 du patrimoine Dior.
- 1:14:47 Les pétales sont
- 1:14:49 constituées d'une bande
- 1:14:51 de paillettes de coloris plus foncées
- 1:14:53 pour organiser le tour du pétale
- 1:14:55 de cinq couleurs différentes
- 1:14:57 dans les tons de bleu et de vert
- 1:14:59 et puis vers l'intérieur
- 1:15:01 il y a des petites cuvettes
- 1:15:03 en fait ce sont des paillettes
- 1:15:05 plus creusées
- 1:15:07 qui sont irisées et qui donnent
- 1:15:09 toute la lumière sur la robe
- 1:15:11 et qui magnifient cette robe du soir.
- 1:15:15 Il y avait une robe de balle
- 1:15:17 et cette robe Junon
- 1:15:19 qui fait rêver
- 1:15:21 encore maintenant
- 1:15:23 dans les trois musées
- 1:15:25 dans lesquels elle se trouve également.
- 1:15:27 Christian Dior savait aussi
- 1:15:29 utiliser avec élégance
- 1:15:31 le savoir-faire des plisseurs.
- 1:15:33 Le plissé, un incontournable
- 1:15:35 de la maison Dior
- 1:15:37 que ses successeurs de 1957
- 1:15:39 à nos jours réinventent sans cesse.
- 1:15:41 Et là c'est un
- 1:15:43 très beau plissé
- 1:15:45 qui est présent dans la collection
- 1:15:47 de la Haute Couture Print en été 2015
- 1:15:49 un plissé réalisé par la société Lognon.
- 1:15:51 En fait, cette jupe
- 1:15:53 est construite avec des panneaux
- 1:15:55 de hauteurs différentes
- 1:15:57 pour retrouver ensuite ce volume
- 1:15:59 et ces panneaux
- 1:16:01 sont brodés de rubans
- 1:16:03 parfois ils sont superposés
- 1:16:05 les uns aux autres
- 1:16:07 donc il y a déjà un vrai premier travail
- 1:16:09 ici, sublime
- 1:16:11 et ensuite ces différents panneaux
- 1:16:13 sont plissés mais à des profondeurs
- 1:16:15 différentes en un plissé accordéon
- 1:16:17 pour avoir ce volume
- 1:16:19 qui graduellement
- 1:16:21 s'ouvre de plus en plus
- 1:16:23 et donner cette belle ouverture chorale
- 1:16:25 très typique des robes Dior.
- 1:16:35 C'est ici, dans l'atelier Lognon
- 1:16:37 que les maisons de Haute Couture
- 1:16:39 font encore réaliser leurs plissés
- 1:16:41 à deux ou à quatre mains
- 1:16:43 selon un savoir-faire séculaire
- 1:16:45 un atelier de légende
- 1:16:47 qui depuis 1850
- 1:16:49 a su créer plus de 3000
- 1:16:51 plissés différents
- 1:16:53 Raphaël, jeune contre-maître
- 1:16:55 prépare l'un des plissés les plus classiques
- 1:16:57 le plissé accordéon
- 1:16:59 Donc là, je vais placer un panneau de tulle
- 1:17:01 préalablement repassé
- 1:17:03 pour qu'il n'y ait plus aucune trace de pliure
- 1:17:05 Le panneau de tissu
- 1:17:07 est alors enserré
- 1:17:09 entre deux cartons mis l'un sur l'autre
- 1:17:11 appelé un métier
- 1:17:13 Élise, est-ce que tu peux m'aider
- 1:17:15 à fermer s'il te plaît ?
- 1:17:19 Donc là, on va remettre
- 1:17:21 l'épaisseur de carton du dessus
- 1:17:23 strictement
- 1:17:25 correspondante au pli du métier du dessous
- 1:17:27 Quand on referme
- 1:17:29 moi je trouve ça magique parce que je me dis
- 1:17:31 si la mousseline a bougé à l'intérieur
- 1:17:33 la surprise on l'a
- 1:17:35 en démoulant le lendemain
- 1:17:37 Le pli est alors réalisé
- 1:17:39 un à un
- 1:17:41 un savoir-faire d'excellence à l'aveugle ou presque
- 1:17:43 Il y a un petit claquement à chaque fois que je fais un pli
- 1:17:47 C'est le poids qui
- 1:17:49 se lève et redescend
- 1:17:51 Si jamais il y a un problème
- 1:17:53 le bruit ne va pas être le même
- 1:17:55 parce qu'il y aura une sur-épaisseur par exemple
- 1:17:57 Je vais sentir ne serait-ce que bruit
- 1:17:59 et à la main je vais sentir une sur-épaisseur
- 1:18:01 Là si le tissu est légèrement déformé
- 1:18:03 ce qui peut arriver sur des tissus teints ou sur des mousselines très fragiles
- 1:18:05 je peux à l'oeil
- 1:18:07 et avec le doigt et avec le souffle
- 1:18:09 je peux venir placer
- 1:18:11 pour compenser
- 1:18:13 ça va être la tension du métier, ça va être au moment de glisser
- 1:18:15 on peut faire avec
- 1:18:17 les aléas de la matière
- 1:18:19 soit parce qu'au niveau de la teinture ça a été déformé
- 1:18:21 soit parce que c'est très fragile
- 1:18:23 ce qu'une machine ne peut pas faire
- 1:18:25 Je vais venir rouler pour faire en sorte d'être parallèle
- 1:18:27 à chaque pli
- 1:18:35 Voilà j'arrive au dernier pli
- 1:18:37 je suis parallèle
- 1:18:43 Le cylindre est alors placé
- 1:18:45 dans cette étuve à 85 degrés
- 1:18:47 pendant une heure
- 1:18:49 Le temps de séchage
- 1:18:51 lui est beaucoup plus long
- 1:18:53 6 heures minimum
- 1:18:55 Loin de tomber en désuétude
- 1:18:57 le plissé évolue
- 1:18:59 Aujourd'hui les créateurs demandent
- 1:19:01 de plus en plus de plissés fantasy
- 1:19:03 sur des matières très différentes
- 1:19:05 comme le cuir par exemple
- 1:19:07 Mise à rude épreuve
- 1:19:09 les métiers en carton s'abîment rapidement
- 1:19:11 et l'atelier doit régulièrement
- 1:19:13 les renouveler
- 1:19:15 Un savoir-faire indispensable
- 1:19:17 c'est celui de Marion
- 1:19:19 Toute la journée elle construit ses origamis géants
- 1:19:21 Pour lui faciliter la tâche
- 1:19:23 aujourd'hui un rainage numérique
- 1:19:25 la guide
- 1:19:27 mais le reste est fait main, pli par pli
- 1:19:29 Selon votre sens du pli
- 1:19:31 vous voyez que vous avez un pli creux
- 1:19:33 ce qu'on appelle un pli en vallée
- 1:19:35 et un pli en montagne
- 1:19:37 vous allez plier dans le bon sens
- 1:19:41 On a préplié en fonction des montagnes
- 1:19:43 et des vallées chaque pli
- 1:19:45 et maintenant on essaye de le mettre
- 1:19:47 en forme
- 1:19:49 si vous inversez un pli vallée avec un pli montagne
- 1:19:51 ce qui fait que tout votre métier
- 1:19:53 après va être inversé
- 1:19:55 vous n'avez plus qu'à recommencer
- 1:19:57 Ce que je préfère faire dans mon métier
- 1:19:59 c'est créer de nouveaux métiers
- 1:20:01 généralement on a des maisons
- 1:20:03 qui nous demandent des choses
- 1:20:05 qu'on n'a pas forcément dans nos archives
- 1:20:07 malgré le grand nombre de métiers que l'on a
- 1:20:09 par exemple le dernier métier que j'ai fait
- 1:20:11 c'était pour la dernière collection de Chanel
- 1:20:15 c'était même deux métiers
- 1:20:17 qui ont le même motif
- 1:20:19 mais avec des mesures différentes
- 1:20:23 en fait ce sont les trois ions
- 1:20:25 ça se croise
- 1:20:27 je vais vous le rendre plus grand
- 1:20:35 les plats se croisent
- 1:20:37 donc c'est toute une recherche
- 1:20:39 de mesures et de géométrie
- 1:20:41 de sorte à ce que chaque pli
- 1:20:43 arrive au bon endroit
- 1:20:45 que ça se croise et que ça puisse bien se plier
- 1:20:49 Il lui a fallu plus d'un mois
- 1:20:51 pour réaliser ce nouveau métier
- 1:20:53 pousser les métiers d'art
- 1:20:55 toujours plus loin pour innover dans l'art de vêtir
- 1:20:57 être le premier visionnaire
- 1:20:59 à lancer les nouvelles tendances
- 1:21:01 de la mode de demain
- 1:21:03 c'est ce que recherche chaque maison de haute couture
- 1:21:05 qui rivalise de créativité
- 1:21:11 Chez Dior, le créateur Ralph Simons
- 1:21:13 a créé cette robe en 2014
- 1:21:15 Vos gants avec audace
- 1:21:17 sur le thème de la récup
- 1:21:19 version haute couture
- 1:21:21 On ose le sacrilège
- 1:21:23 peut-être, effectivement
- 1:21:25 puisqu'on ose associer
- 1:21:27 un organza de satin
- 1:21:29 à de la gomme
- 1:21:31 qui est une matière
- 1:21:33 beaucoup moins noble
- 1:21:35 ça c'est une première chose
- 1:21:37 et puis deuxième chose
- 1:21:39 c'est que les éléments évidés
- 1:21:41 on les récupère
- 1:21:43 pour les utiliser comme éléments de broderie
- 1:21:45 d'une part pour le haut de la robe
- 1:21:47 et également aussi pour la partie fourreau
- 1:21:49 et donc ça donne maintenant
- 1:21:51 une vraie robe tout à fait technique
- 1:21:53 très novatrice
- 1:21:55 et complètement différente d'une robe
- 1:21:57 qui au départ était
- 1:21:59 en organza de satin
- 1:22:05 Chez Schiaparelli
- 1:22:07 pour la collection été 2016
- 1:22:09 sur le thème du dîner
- 1:22:11 le créateur Bertrand Guyon
- 1:22:13 est allé chercher un artisanat d'art
- 1:22:15 plutôt insolite
- 1:22:18 L'idée c'était d'avoir des porcelaines
- 1:22:20 qui soient vraiment complètement intégrées
- 1:22:22 au travail
- 1:22:24 et chaque pièce
- 1:22:26 est réalisée
- 1:22:28 avec les codes de la maison
- 1:22:30 on est parti sur
- 1:22:32 des recherches
- 1:22:34 qui sont réalisées
- 1:22:36 un peu avec ce que nous avons
- 1:22:38 là en l'occurrence
- 1:22:40 chaque plaque de porcelaine a été
- 1:22:42 travaillée avec un carton
- 1:22:44 pour voir si ça fonctionnait
- 1:22:46 le carton est troué
- 1:22:48 et puis crocheté
- 1:22:50 d'une manière assez rapide
- 1:22:52 juste pour voir si au fond
- 1:22:54 l'idée pouvait être intéressante
- 1:22:56 et à partir de là
- 1:22:58 on est parti sur
- 1:23:00 des échantillons
- 1:23:02 de porcelaine
- 1:23:04 que nous avons fait faire
- 1:23:06 chaque petite plaque en elle-même
- 1:23:08 est un petit bijou
- 1:23:10 vraiment ravissant
- 1:23:12 par exemple ici au début
- 1:23:14 c'est un peu naïf
- 1:23:16 elle était partie vraiment
- 1:23:18 de cette photocopie d'assiette
- 1:23:20 collée sur un carton
- 1:23:22 mais au final
- 1:23:24 c'était pas forcément très intéressant
- 1:23:26 et progressivement
- 1:23:28 on est venu très naturellement
- 1:23:30 à retraduire les codes de la maison
- 1:23:32 ce qui était beaucoup plus
- 1:23:34 identitaire par rapport
- 1:23:36 à la maison Schiaparelli
- 1:23:38 et sur cette veste
- 1:23:40 réalisée avec des torchons anciens
- 1:23:42 et brodée de petits nids
- 1:23:44 on voit des petits boutons
- 1:23:46 qui racontent un peu
- 1:23:48 l'histoire de l'œuf
- 1:23:50 avec l'œuf qui devient
- 1:23:52 l'œuf fêlé puis cassé
- 1:23:54 et ensuite qui devient
- 1:23:56 un petit œuf sur le plat
- 1:24:08 c'est à ça une dans la Drôme
- 1:24:10 très loin de l'ambiance feutrée
- 1:24:12 des salons de haute couture
- 1:24:14 que Bertrand Guillon a trouvé
- 1:24:16 une porcelainière
- 1:24:18 artisan d'art depuis près de 40 ans
- 1:24:20 Hélène Latou-Messie est connue
- 1:24:22 pour son savoir-faire
- 1:24:24 la finesse et la délicatesse
- 1:24:26 de ces pièces uniques
- 1:24:28 je pense qu'ils m'ont choisie
- 1:24:30 parce que je suis dans le détail
- 1:24:32 je travaille beaucoup le détail
- 1:24:34 et la haute couture c'est ça
- 1:24:36 c'est vraiment travailler le détail
- 1:24:38 dans la haute couture
- 1:24:40 et moi aussi j'ai ça
- 1:24:42 je m'en fiche d'être rentable ou pas
- 1:24:44 je fais ce que j'ai envie
- 1:24:46 au mieux
- 1:24:48 de ce qui m'intéresse
- 1:24:50 et du coup on s'est rencontré par là
- 1:24:52 c'est la première fois qu'Hélène
- 1:24:54 travaillait pour la haute couture
- 1:24:56 et malgré son savoir-faire exceptionnel
- 1:24:58 cela n'a pas toujours été simple
- 1:25:00 de s'adapter aux exigences
- 1:25:02 les œufs c'est ce qui a été
- 1:25:04 le plus dur à mettre au point
- 1:25:06 si je les cuis directement
- 1:25:08 sur la plaque d'enfournement
- 1:25:10 ça colle comme là
- 1:25:12 donc je suis obligée de les cuire suspendus
- 1:25:14 mais comme c'est de la haute température
- 1:25:16 moi je cuis à 1300°C
- 1:25:18 ça fond, ça joue beaucoup
- 1:25:20 et donc l'émail
- 1:25:22 s'il était à peine un peu épais
- 1:25:24 faisait cette petite boule là
- 1:25:26 qui n'est vraiment pas belle
- 1:25:28 dans la forme d'un œuf
- 1:25:30 donc du coup pour ne pas avoir ça
- 1:25:32 j'ai dû émailler très très fin
- 1:25:34 mais en émaillant trop fin
- 1:25:36 l'or
- 1:25:38 ne peut pas être brillant
- 1:25:40 l'or à la recuisson
- 1:25:42 prend le brillant du support
- 1:25:44 donc si mon émail est trop fin
- 1:25:46 il devient un peu mat
- 1:25:48 l'or du coup reste mat
- 1:25:50 et donc ceux-là aussi
- 1:25:52 ont été refusés
- 1:25:54 donc j'ai fait plein de petits œufs
- 1:25:56 celui-là est réussi, quand j'ai ça
- 1:25:58 j'étais bien contente
- 1:26:00 pour arriver à cet équilibre parfait
- 1:26:02 Hélène a dû jeter 80%
- 1:26:04 de sa production
- 1:26:08 c'est le tournage
- 1:26:10 à la motte
- 1:26:12 en fait vous imaginez bien
- 1:26:14 ce petit œuf, je ne peux pas le faire directement
- 1:26:16 sur ma girelle, sur ce plateau
- 1:26:20 donc je suis obligée
- 1:26:22 de le faire
- 1:26:24 sur une motte de terre
- 1:26:32 donc l'air est enfermé dedans
- 1:26:34 à partir de là
- 1:26:36 je peux trouver ma forme
- 1:26:38 la porcelaine
- 1:26:40 c'est une très très belle matière
- 1:26:42 et qui a une référence historique
- 1:26:44 je pense qu'ils sont allés chercher aussi
- 1:26:46 ça à travers mon travail
- 1:26:48 après je l'enlève
- 1:26:52 dans 24 heures
- 1:26:54 ce petit œuf sera prêt
- 1:26:56 à être dégourdi
- 1:26:58 c'est à dire cuit dans un four
- 1:27:00 à 980 degrés
- 1:27:02 pour ensuite être émaillé
- 1:27:06 comme c'est des toutes petites pièces
- 1:27:10 je mets mon émail dans un pot
- 1:27:14 après l'émaillage
- 1:27:16 les pièces sont cuites à nouveau
- 1:27:18 à 1300 degrés
- 1:27:20 un artisanat d'art ancestral
- 1:27:22 dont les contraintes ne sont pas toujours faciles
- 1:27:24 d'acconcilier avec celles de la haute couture
- 1:27:26 c'est vrai que nous en céramique
- 1:27:28 on a un délai
- 1:27:30 d'au moins une semaine à dix jours
- 1:27:32 il y a un cycle avec la terre
- 1:27:34 alors qu'en haute couture
- 1:27:36 ils sont tout le temps
- 1:27:38 de ce que j'ai vu
- 1:27:40 à la bourre
- 1:27:42 il faut répondre du tac au tac
- 1:27:44 il y avait ce décalage là
- 1:27:50 direction le four à gaz
- 1:27:52 les créateurs de haute couture
- 1:27:54 ont toujours été à la recherche
- 1:27:56 de nouvelles matières
- 1:27:58 pour de nouveaux rendus
- 1:28:00 aujourd'hui, les nouvelles technologies
- 1:28:02 leur permettent d'innover encore davantage
- 1:28:04 en 2014
- 1:28:06 dans sa collection
- 1:28:08 hommage à l'architecte Le Corbusier
- 1:28:10 Karl Lagerfeld pour la maison Chanel
- 1:28:12 est allé plus loin dans cette démarche
- 1:28:14 jusqu'à l'inimaginable
- 1:28:16 des broderies en béton
- 1:28:18 c'est carrément gonflé
- 1:28:20 mettre du béton
- 1:28:22 dans la haute couture
- 1:28:24 ça semble tellement improbable
- 1:28:26 et pourtant
- 1:28:28 il l'a fait, ça marche très bien
- 1:28:30 et on a ici une robe
- 1:28:32 parfaitement glamour
- 1:28:34 donc c'était possible
- 1:28:36 et une fois de plus
- 1:28:38 je crois que le parallèle
- 1:28:40 avec la démarche de Gabrielle Chanel
- 1:28:42 qui elle-même
- 1:28:44 en 1913 va utiliser des matériaux
- 1:28:46 dits pauvres
- 1:28:48 à l'époque, c'est à dire des matériaux
- 1:28:50 qu'on ne considérait pas comme des matériaux nobles
- 1:28:52 et bien quelque part c'est un petit peu
- 1:28:54 peut-être la même démarche
- 1:28:56 et voilà, plus de 100 ans
- 1:28:58 séparent ces deux démarches
- 1:29:00 et pourtant elles ont vraiment
- 1:29:02 un point en commun
- 1:29:04 ça c'est certain
- 1:29:06 La haute couture
- 1:29:08 est la vitrine des métiers d'art français
- 1:29:10 elle permet aux artisans
- 1:29:12 de développer et de conserver leur savoir-faire
- 1:29:14 et aux stylistes
- 1:29:16 de pouvoir compter sur des techniques
- 1:29:18 et des maîtres d'art d'excellence
- 1:29:20 et admirer dans le monde entier
- 1:29:22 Ensemble, ces hommes
- 1:29:24 et ces femmes ont su sauvegarder
- 1:29:26 plus d'un siècle de luxe
- 1:29:28 Ensemble, ils créent aujourd'hui
- 1:29:30 les trésors et le patrimoine
- 1:29:32 de la haute couture de demain
- 1:29:34 en s'inspirant de l'héritage d'hier
- 1:29:40 Comme vous venez de le voir
- 1:29:42 la haute couture française rayonne
- 1:29:44 dans le monde entier
- 1:29:46 et cela a priori ne devrait pas changer
- 1:29:48 Tout cela, c'est grâce aux talents
- 1:29:50 de ces hommes et de ces femmes
- 1:29:52 qui ont un savoir-faire
- 1:29:54 et une passion absolument exceptionnelle
- 1:29:56 Pour ma part, j'espère vous avoir
- 1:29:58 fait découvrir des chefs-d'oeuvre
- 1:30:00 qui font notre fierté
- 1:30:02 et je vous retrouve très bientôt
- 1:30:04 pour découvrir de nouveaux trésors
- 1:30:18 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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Ce documentaire plonge au cœur de la haute couture française, retraçant son histoire depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours, avec un focus particulier sur le XIXe siècle et l'établissement du terme « haute couture » dans les années 1880. Le film nous emmène dans les ateliers des plus grandes maisons parisiennes, telles que Chanel, Christian Dior, Schiaparelli et Yves Saint Laurent, pour découvrir les "trésors" et les "virtuoses" qui œuvrent dans l'ombre. Il met en lumière le travail minutieux des brodeurs (comme la maison Le Sage), des plumassiers (Le Marier), des bottiers et des plisseurs (Lognon), soulignant la passion et la persévérance nécessaires à ces métiers d'art. Le documentaire explore des techniques ancestrales comme le crochet de Lunéville et le plissé accordéon, transmises de génération en génération, et montre comment elles sont appliquées pour créer des pièces d'exception. Il présente également des innovations audacieuses, telles que les broderies en béton de Chanel ou la robe en porcelaine de Schiaparelli, démontrant la capacité des artisans à repousser les limites de la créativité. Des figures emblématiques comme Gabrielle Chanel, Karl Lagerfeld, Christian Dior et Elsa Schiaparelli sont évoquées, ainsi que leurs contributions majeures à l'évolution de la mode. Le film inclut des moments clés comme les défilés de haute couture à Paris, l'hommage de Karl Lagerfeld aux "petites mains" de Chanel, et la découverte de pièces mythiques conservées dans les réserves des maisons. Il insiste sur l'importance de préserver ce patrimoine unique, source d'inspiration pour les stylistes contemporains et vitrine de l'excellence française admirée dans le monde entier. Le documentaire souligne que sans ces métiers d'art, la haute couture telle que nous la connaissons n'existerait pas, faisant de Paris le centre mondial de cette industrie du luxe et du rêve.
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