Les Trésors des Archives nationales | Documentaire
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Ce documentaire explore l'histoire et les trésors des Archives nationales de France, de l'Armoire de Fer aux fonds présidentiels et aux dossiers de citoyens ordinaires, révélant des moments clés de l'histoire française et le rôle essentiel de la conservation des documents.
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- 0:21 Depuis que les hommes savent écrire, ils se sont attachés à conserver les documents qu'ils considèrent comme importants.
- 0:28 Chez nous, depuis la Révolution, cette tâche est confiée aux archives nationales.
- 0:34 Derrière ces portes, des centaines de kilomètres de rayonnage d'archives conservent la mémoire de nos grands hommes, de nos rois, de nos présidents.
- 0:43 Ensemble, nous allons pénétrer au sein des seins des archives nationales, l'armoire de fer.
- 0:50 Ce gigantesque coffre-fort contient les documents les plus importants de notre histoire, et son accès n'est autorisé qu'à de rares privilégiés.
- 0:58 A travers les trésors qu'elle recèle, nous allons revivre certains des événements les plus passionnants de notre histoire.
- 1:05 Quand un vocat général demandait la peine de mort à moins d'un mètre, j'entendais respirer derrière moi celui dont on demandait la tête.
- 1:17 Les archives nationales sont les témoins de notre histoire, une histoire souvent héroïque.
- 1:23 Une histoire faite de notes secrètes, de parchemins mystérieux, de lettres d'amour et de haine.
- 1:36 Et aussi parfois sur de modestes formulaires administratifs, d'émouvantes signatures d'inconnus destinées à laisser leur nom dans l'histoire.
- 1:45 Notre nom c'est Aznaourian, et là c'est Aznavorian. C'est pas grave, on a fini par se faire un nom quand même.
- 1:55 Les archives nationales, ce sont aussi des lieux fascinants, et eux-mêmes chargés d'histoire.
- 2:02 Nous allons pénétrer ensemble là où les caméras de télévision ne sont presque jamais admises.
- 2:09 Des magnifiques hôtels particuliers au cœur de Paris, à l'édifice futuriste de Pierrefitte-sur-Seine, sans oublier les intrigants bâtiments cachés au cœur de la forêt de Fontainebleau.
- 2:23 L'extraordinaire histoire des archives de notre pays commence en 1194.
- 2:30 Ce jour-là, le roi de France, Philippe Auguste, est vaincu lors d'une bataille contre son pire ennemi, l'Anglais Richard, cœur de Lyon, qui brûle toutes ses archives.
- 2:41 Le document était la preuve écrite que l'on était bien propriétaire de son royaume, que l'on était bien en capacité de convoquer son armée.
- 2:50 Et donc il convenait de toujours avoir ses documents avec soi.
- 2:54 De retour à Paris, Philippe Auguste fait reconstituer ses archives et les installe à l'abri du donjon du Palais-Royal, sur l'île de la Cité.
- 3:03 Dorénavant, c'est là que seront conservées les archives du royaume, mais en 1789, un événement va tout changer.
- 3:11 Nous brûlons la Bastille !
- 3:15 C'est une révolte.
- 3:17 Non sire, c'est une révolution.
- 3:20 Le régime s'effondre, mais les révolutionnaires ne détruiront pas les archives royales.
- 3:25 C'est pourquoi il nous est possible aujourd'hui de faire revivre les personnages illustres de notre histoire.
- 3:31 Comme notamment Jeanne Lapucelle, avec la dernière lettre qu'elle écrivit avant de périr sur le bûcher.
- 3:39 Ou Louis XIV, qui au crépuscule de sa vie coucha d'une écriture tremblante un dernier codicil sur son testament.
- 3:50 Certains de ces trésors sont conservés ici, au cœur du Marais à Paris, dans l'Armoire de Fer, le saint des saints des archives nationales.
- 4:02 Construite dans la fièvre de la Révolution, l'Armoire de Fer est un chef-d'œuvre dans l'art du coffre-fort.
- 4:09 Une épaisse porte de bois, deux caissons de fer forgés, quatre serrures, trois clés,
- 4:14 l'Armoire de Fer s'ouvre exceptionnellement devant nos yeux, selon un protocole immuable.
- 4:25 C'est là que sont entreposés les documents les plus prestigieux de notre histoire.
- 4:36 Dans l'un de ces compartiments de cuir, nous avons déniché ce registre de marocains rouges.
- 4:43 A l'intérieur, protégé par un étui, un petit morceau de papier très fin, écriblé de trous.
- 4:50 Quel est ce mystérieux document ?
- 4:53 Ce que ce billet va nous révéler, c'est une conspiration.
- 4:57 Une conspiration qui a scellé la destinée d'une reine.
- 5:03 Nous sommes le 28 août 1793. Louis XVI a été exécuté sept mois plus tôt.
- 5:10 Marie-Antoinette, emprisonnée à la conciergerie, attend que le tribunal révolutionnaire ouvre son procès.
- 5:21 Le concierge faisait venir un certain nombre de curieux qui lui donnaient un pourboire pour voir cette prisonnière tout à fait extraordinaire.
- 5:34 Un bonjour est arrivé à un chevalier de Saint-Louis du nom de Rougeville.
- 5:41 Ce chevalier a jeté un œillet par terre.
- 5:45 La reine a trouvé dans cet œillet un billet qui lui laissait entendre qu'on allait préparer une tentative d'évasion.
- 5:55 Marie-Antoinette connaissait le chevalier de Rougeville. C'était un allié sûr.
- 6:02 N'ayant ni plume ni encre dans sa cellule, la reine doit trouver un moyen de lui répondre.
- 6:10 Elle a essayé de répondre à cet homme en piquant sur un bout de papier, en faisant des petits trous.
- 6:18 Elle aurait écrit ainsi, je suis gardée à vue, je ne parle à personne, je me fie à vous, je viendrai.
- 6:28 Mais Marie-Antoinette est surprise par un gardien qui la dénonce et remet le billet criblé de trous aux autorités révolutionnaires qui en profitent pour commencer les interrogatoires.
- 6:42 Le procès a lieu le 14 octobre 1793.
- 6:46 Marie-Antoinette sait qu'elle risque sa tête.
- 6:49 Elle va se défendre jusqu'au bout.
- 6:51 Les minutes de son procès sont conservées dans l'armoire de fer.
- 6:56 N'avez-vous rien écrit depuis quelques jours ?
- 7:00 Je n'ai pas même de quoi écrire.
- 7:03 Et là, le petit papier percé doit lui être présenté.
- 7:09 Ne vous seriez-vous pas servi d'aucun instrument ou d'aucun moyen pour transmettre vos idées ?
- 7:18 Et la reine se défend encore.
- 7:21 N'étant pas seule, même un moment, je ne le pourrai pas.
- 7:26 Eh bien nous, nous savons qu'elle l'a pu, puisque nous conservons le petit papier qu'elle a percé de son épingle.
- 7:36 Marie-Antoinette est condamnée à la peine de mort dès le lendemain.
- 7:40 Elle sera exécutée le 16 octobre 1793.
- 7:45 Si ces documents exceptionnels ont été conservés, c'est grâce aux archives nationales.
- 7:50 Une institution qui va voir le jour aux heures les plus tumultueuses de notre histoire.
- 7:55 Le 20 juin 1789, c'est le serment du jeu de paume.
- 7:59 Au jeu de paume !
- 8:01 Les 600 députés se sont constitués en Assemblée Nationale.
- 8:05 C'est la première fois que l'Assemblée nationale s'est constituée.
- 8:09 Les 600 députés se sont constitués en Assemblée Nationale.
- 8:13 Faisons le serment, ici et maintenant, de ne jamais nous séparer,
- 8:20 et de nous rassembler partout où les circonstances l'exigent,
- 8:24 jusqu'à ce que nous ayons donné à la France une constitution.
- 8:31 Pour les 600 députés, ce serment est l'expression d'un immense espoir.
- 8:36 Ce document incarne et légitime le nouveau régime.
- 8:40 Les députés décident de mettre le serment du jeu de paume en lieu sûr dans un coffre-fort.
- 8:46 Ce coffre-fort, c'est l'armoire de fer, puisque la carcasse de l'armoire de fer
- 8:52 est la carcasse d'origine, et on l'a conservée au sein de l'institution.
- 8:57 Pour en faire le lieu le plus précieux qui va permettre de continuer à garder un lien
- 9:04 avec cette fonction d'origine, c'est-à-dire de conserver les titres nationaux.
- 9:11 Avec l'armoire de fer, les archives nationales sont nées.
- 9:15 Le serment du jeu de paume est l'un des premiers textes à y être conservé,
- 9:20 et bientôt d'autres textes le rejoindront.
- 9:23 La déclaration des droits de l'homme,
- 9:26 la première constitution,
- 9:30 l'armoire devient la gardienne de notre République.
- 9:34 Et aujourd'hui, nous perpétuons cette tradition,
- 9:38 et à chaque fois qu'une loi constitutionnelle est promulguée,
- 9:42 l'original scellé, parce que les constitutions en France sont toujours scellées du grand seau de la République,
- 9:48 entre dans l'armoire de fer.
- 9:55 L'armoire de fer conserve chaque trace de l'évolution de nos institutions,
- 10:00 comme ce texte qui scelle l'abolition de la peine de mort en 1981.
- 10:07 Nombre de votants, 487.
- 10:11 Suffrage de l'armoire de fer,
- 10:13 nombre de votants, 487.
- 10:17 Suffrage exprimé, 482.
- 10:22 Majorité absolue, 242.
- 10:26 La peine de mort est abolie.
- 10:35 Depuis 1791, on ne compte pas moins de 85 tentatives d'abolition de la peine de mort.
- 10:42 En 1848, Victor Hugo avait incarné ce combat.
- 10:47 Un siècle et demi plus tard, c'est Robert Badinter, le garde des Sceaux, qui en sera le maître d'œuvre.
- 10:55 Dans les années 70, l'opinion publique se déchaîne contre les avocats abolitionnistes
- 11:00 qui plaident dans un grand nombre de procès contre la peine de mort.
- 11:05 Robert Badinter est alors à l'avant-garde de ce combat.
- 11:10 Quand l'avocat général demandait la peine de mort,
- 11:15 à moins d'un mètre, j'entendais respirer derrière moi celui dont on demandait la tête,
- 11:21 et je savais qu'entre la mort et lui, il y avait simplement ce que je pourrais dire.
- 11:31 Aucune responsabilité ne peut se comparer à cela.
- 11:34 Il défendait des gens indéfendables, et donc il plaidait contre la peine de mort.
- 11:40 Il ne plaidait pas pour les coupables, il plaidait contre la peine de mort.
- 11:44 En 1981, l'année des élections présidentielles,
- 11:48 impossible pour les candidats de faire l'impasse sur leur positionnement dans le débat.
- 11:53 Alain Duhamel pose la question à François Mitterrand devant 2 millions de téléspectateurs.
- 11:59 Il y a actuellement 5 condamnés à mort dans des cellules.
- 12:02 Je voudrais savoir si vous étiez élu président de la République, si vous les graciriez.
- 12:06 Une opinion majoritaire est pour la peine de mort.
- 12:09 Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République,
- 12:12 et je demande une majorité de suffrage aux Français,
- 12:16 mais je ne la demande pas dans le secret de ma pensée.
- 12:20 Je ne suis pas favorable à la peine de mort.
- 12:23 5, 4, 3, 2, 1.
- 12:27 François Mitterrand est élu président de la République.
- 12:31 En dépit de cet aveu impopulaire, François Mitterrand est élu le 10 mai 1981.
- 12:37 Robert Badinter, nommé garde des Sceaux,
- 12:40 porte le débat sur la peine de mort devant l'Assemblée Nationale.
- 12:44 Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d'efforts courageux,
- 12:53 un des derniers, presque le dernier,
- 12:57 et je baisse la voix pour le dire, en Europe occidentale,
- 13:02 à abolir la peine de mort.
- 13:07 Près de deux siècles après la Révolution,
- 13:09 la loi qui abolit la peine de mort rejoint les autres textes fondateurs de notre nation
- 13:14 dans l'armoire de fer.
- 13:28 Mais aussi prestigieuse soit-elle,
- 13:31 cet armoire de fer n'est qu'une petite partie d'un immense ensemble.
- 13:38 Après la Révolution française,
- 13:40 les archives nationales vont élire domicile ici,
- 13:43 dans le Marais, au cœur de Paris.
- 13:48 Nous sommes en 1808,
- 13:50 Napoléon Ier souhaite rassembler en un seul lieu toutes les archives du pays.
- 13:55 Il acquiert un hôtel particulier, le luxueux hôtel de Soubise.
- 14:06 On reprend la façade pour créer cette façade sud,
- 14:08 on dessine cette cour à colonne tout à fait spectaculaire.
- 14:11 Il faut dire que c'est un parti tellement original que tout Paris a parlé de ça
- 14:15 et que même Louis XIV a vœu qu'on lui en parle.
- 14:17 C'est un roi qui aime l'architecture, alors il dit,
- 14:19 mais alors cette cour dont tout le monde parle, comment elle est ?
- 14:21 Il y a un effet de mode très fort.
- 14:24 L'hôtel du prince de Soubise voit défiler le tout Paris du XVIIIe siècle.
- 14:29 Et ce sont ces salons mythiques,
- 14:31 considérés par le roi Soleil lui-même comme le comble du raffinement et du bon goût,
- 14:36 que Napoléon décide de transformer en un dépôt d'archives.
- 14:42 L'empereur, qui s'est bâti un empire en envahissant l'Europe,
- 14:45 s'est mis en tête de réunir ici toutes les archives des pays conquis.
- 14:50 Les archives nationales deviennent les archives impériales.
- 15:02 Après Napoléon, le palais Soubise reste dédié aux archives des administrations de l'État.
- 15:10 Mais il devient vite trop petit,
- 15:12 d'autant que mal stockés, les archives s'abîment inexorablement.
- 15:21 Louis-Philippe, puis Napoléon III,
- 15:23 se lance dans la construction de grands dépôts pour augmenter la capacité de stockage.
- 15:30 Un immense bâtiment extrêmement sécurisé.
- 15:35 Les trésors de la nation sont dans ces grands dépôts,
- 15:38 littéralement mis en scène, à des fins politiques.
- 15:42 D'abord un décor fastueux avec des colonnes, quelque chose de très noble,
- 15:46 et au fond, la porte qui se retrouve sur l'histoire par le document,
- 15:51 ça vient vraiment mettre en scène ce culte qu'a eu le XIXème siècle pour les archives,
- 15:55 et qui nous vaut ces somptueux ensembles encore aujourd'hui.
- 16:03 Ainsi, les archives de la nation sont présentées de manière à adoucir la rupture
- 16:08 provoquée par la Révolution,
- 16:10 et montrer au peuple républicain comme monarchiste
- 16:13 qu'ils ont une histoire et des racines communes,
- 16:15 et doivent regarder l'avenir ensemble.
- 16:20 A la fin du XIXème siècle, les archives nationales ont donc leur temple,
- 16:24 un magnifique ensemble que l'on appelle encore aujourd'hui
- 16:27 le quadrilatère des archives.
- 16:31 Mais avec le XXème siècle, l'histoire va drainer son lot d'événements
- 16:35 et avec eux, son torrent d'archives.
- 16:38 Le manque de place devient à nouveau critique.
- 16:41 Il y avait 500 kilomètres d'archives qui dormaient dans les placards des ministères,
- 16:47 certaines remontant au XIXème siècle.
- 16:50 Les dossiers étaient rangés un petit peu comme on pouvait,
- 16:54 dans des caves, dans des greniers, dans les bureaux.
- 16:56 Impossible de trouver autant de place aux archives nationales.
- 17:02 Les archives nationales se trouvent dans l'incapacité de remplir leur mission,
- 17:06 conserver les documents et les mettre à la disposition du public et des chercheurs.
- 17:11 Étrangement, c'est d'une décision capitale de politique internationale
- 17:16 que va venir la solution.
- 17:18 Et qui est la décision prise par la France de se retirer de l'OTAN
- 17:24 et de recouvrer le plein exercice de sa souveraineté sur son sol et dans son ciel.
- 17:32 Le 7 mars à 1966, la France se retire de l'OTAN, l'Alliance Atlantique.
- 17:38 Cette décision laisse vide une base de l'organisation militaire installée près de Fontainebleau
- 17:44 depuis la Seconde Guerre mondiale.
- 17:46 On y entrepose les archives de la Vème République.
- 17:50 Pour compléter ces bâtiments, on construit un grand complexe de 32 magasins,
- 17:55 tous situés en sous-sol.
- 17:57 Ici, on trouve des archives sensibles.
- 18:00 Des documents portant les noms de fonctionnaires, policiers, militaires,
- 18:04 engagés dans des opérations délicates et tenues secrètes.
- 18:08 Des informations sur notre histoire récente,
- 18:11 qui ne sont pas communicables sans dérogation.
- 18:16 Alors la guerre d'Algérie, c'est vrai que pour des fonctionnaires par exemple,
- 18:20 ce sont des périodes assez troublées,
- 18:22 où les personnes n'ont pas le droit d'en parler.
- 18:26 Où les personnes n'ont pas été mises forcément dans des situations très confortables
- 18:30 du point de vue de l'exercice de leurs fonctions.
- 18:33 Et donc forcément, on ne s'étonnera pas de voir dans un certain nombre de dossiers
- 18:38 le reflet des événements qui se sont passés en Algérie à cette époque-là.
- 18:47 Toute la lumière n'a pas été faite sur certains épisodes de notre histoire récente.
- 18:53 Les documents qui les concernent doivent donc être traités avec précaution.
- 18:58 Comme ceux concernant la guerre d'Algérie.
- 19:01 Certains dossiers sont restés secrets pendant 60 ans,
- 19:05 hormis dérogations aux historiens.
- 19:08 Le temps qu'il faut pour laisser les enjeux politiques et les passions humaines s'apaiser.
- 19:14 Les archives, c'est à la fois le lieu de la transparence,
- 19:17 c'est un outil de démocratie,
- 19:19 mais également, c'est l'endroit où l'on garde les secrets d'État.
- 19:26 Et des secrets d'État sur le site de Fontainebleau, il y en a de plusieurs natures.
- 19:31 Avec l'arrivée des nouvelles technologies, les archives nationales collectent de l'image, du son
- 19:36 et tous les documents numériques produits par tous les organismes publics et jusqu'au sommet de l'État.
- 19:43 Nous avons retrouvé le discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995
- 19:48 pour commémorer la rafle du Veldiv pendant la seconde guerre mondiale.
- 19:54 Grâce à la conservation de ce discours historique,
- 19:57 nous avons la possibilité de réécouter les propos du président dans leur intégralité,
- 20:02 alors que les journaux télévisés n'en avaient diffusé que de brefs extraits.
- 20:09 La France, patrie des lumières, patrie des droits de l'homme, la France terre d'accueil.
- 20:15 Ce discours est important puisque c'est le premier discours fait par un président de la République
- 20:20 qui reconnaît véritablement la responsabilité de la France en tant qu'État
- 20:25 vis-à-vis de la persécution des juifs pendant la seconde guerre mondiale.
- 20:31 Le président Mitterrand auparavant affirmait que cette responsabilité
- 20:35 incombait uniquement au gouvernement du Vichy.
- 20:39 Pour les prédécesseurs de Jacques Chirac,
- 20:41 l'État français légitime était avec le général de Gaulle à Londres
- 20:45 et n'avait donc pas à se porter responsable de la déportation.
- 20:49 Ça ne correspond en rien à la réalité historique,
- 20:51 puisqu'effectivement l'État français et une partie des Français,
- 20:54 surtout dans les élites, ont collaboré avec les Allemands
- 20:57 et mené une politique notamment vis-à-vis des juifs absolument honteuse.
- 21:02 Et donc la position de Chirac est plus juste.
- 21:06 Et donc ce discours est un discours très important de réconciliation nationale
- 21:11 et de réconciliation notamment avec les Français juifs
- 21:14 qui pouvaient légitimement considérer qu'ils avaient été trahis ou abandonnés pendant la guerre.
- 21:21 Le journal télévisé avait alors diffusé un extrait du discours
- 21:25 en adéquation avec les préoccupations politiques de l'époque.
- 21:28 Lors des élections, le Front National avait remporté pour la première fois
- 21:32 la mairie de villes importantes, mais le discours disait aussi autre chose.
- 21:36 Certains partis politiques se révèlent porteurs de manière plus ou moins ouverte
- 21:42 d'une idéologie xénophobe, raciste, antisémite.
- 21:48 Alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime,
- 21:54 doit se manifester avec la plus grande force.
- 21:59 Dans le discours du président de la République, il y a aussi toute une partie,
- 22:02 et une partie très importante, qui parle aussi de l'aspect de la transmission de la mémoire
- 22:08 et de la responsabilité directe de la France dans la persécution des juifs.
- 22:13 La France, ce jour-là, accomplissait l'ivraie par amour.
- 22:19 L'ivraie s'est protégée à leur bourreau.
- 22:25 La lecture de l'intégralité du discours sera indispensable aux chercheurs
- 22:30 pour écrire l'histoire de la fin du XXe siècle.
- 22:34 Et c'est ici, aux Archives Nationales, qu'ils pourront la trouver.
- 22:38 François Fillon a posé ce matin la première pierre du nouveau centre des Archives Nationales
- 22:43 à Pierre Fitz-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis.
- 22:50 Quand le XXe siècle s'achève, les bâtiments des archives sont à nouveau devenus trop petits.
- 22:56 L'idée d'en construire un autre s'impose, et le 12 février 2013,
- 23:01 on inaugure le nouveau site des Archives Nationales.
- 23:06 Ce nouveau centre dispose de 60 000 m² de superficie,
- 23:11 et comprend 220 magasins d'archives répartis sur 11 niveaux,
- 23:16 soit 360 km linéaires de rayonnage.
- 23:21 Il est conçu comme un coffret précieux, imposant, massif et métallique.
- 23:26 Il constitue à ce jour le plus grand site d'archives d'Europe.
- 23:31 Les Archives Nationales évoluent avec le temps et l'histoire.
- 23:36 Mais leur raison d'être, elle, ne change pas.
- 23:40 Donner accès aux chercheurs, comme aux citoyens, aux archives de notre pays.
- 23:45 Pour cela, il faut que les documents soient en état d'être consultés.
- 23:49 Papyrus, parchemin, papier, cuir, cire,
- 23:53 toutes les matières utilisées par le passé racontent aussi des histoires.
- 23:58 Les documents les plus anciens conservés aux archives, sont les actes du Moyen-Âge.
- 24:04 Ils sont ornés de sceaux, qui grâce au progrès de la science,
- 24:08 nous permettent de faire des découvertes sensationnelles.
- 24:12 Le sceau est un objet de cire utilisé pour valider un document.
- 24:16 Il avait la fonction de notre signature actuelle,
- 24:19 et beaucoup ont été endommagés au fil du temps.
- 24:22 Et pourtant, en restaurant un sceau du VIIe siècle,
- 24:26 Agnès Prévost a fait une découverte extraordinaire,
- 24:29 qui va nous éclairer sur les rois les plus méconnus de notre histoire,
- 24:33 les rois mérovingiens.
- 24:36 Le plus célèbre de ces rois est certainement Clovis.
- 24:40 Le roi Franc et son peuple sont encore aujourd'hui présentés dans les manuels scolaires,
- 24:44 comme des êtres barbares, vivant dans une époque trouble.
- 24:49 Mais cette découverte, faite récemment en restaurant ces sceaux,
- 24:53 est en train de chambouler nos certitudes.
- 24:57 L'enquête commence.
- 25:00 Il y avait des fibres qui dépassaient.
- 25:03 Je les ai vues d'abord à l'œil nu, je me suis questionnée,
- 25:07 et là je me suis rappelée les textes qui parlent de la présence de cheveux humains dans les sceaux.
- 25:17 En effet, des chroniqueurs de l'époque rapportent que les rois mérovingiens,
- 25:21 appelés rois chevelus,
- 25:23 scellaient leurs écrits par des seaux garnis de cheveux.
- 25:26 Mais personne ne les ayant jamais vus, on croyait à une légende.
- 25:32 Un médecin légiste est contacté pour faire des analyses plus poussées.
- 25:36 Et quelques mois plus tard, c'est confirmé, les fameuses fibres sont bien des cheveux.
- 25:44 On voit bien que ce n'est pas un poil qui est tombé dessus,
- 25:47 mais qu'on a mis une mèche et qu'on l'a mélangé à la cire.
- 25:51 Non seulement on a devant les yeux, entre les mains,
- 25:54 un document qui a été vu, qui a été touché par un roi mérovingien,
- 25:58 mais en plus ce sont ses cheveux qui sont dans le seau.
- 26:01 Donc c'est vrai que c'est un sentiment extraordinaire d'avoir pu découvrir ça.
- 26:09 En effet, on sait que la tignasse de ces rois leur conférait dans la hiérarchie de l'époque,
- 26:14 une puissance symbolique.
- 26:20 Et leurs ennemis le savaient bien.
- 26:22 En cas de victoire, les premières représailles étaient de couper les cheveux du roi.
- 26:28 Pas de pire humiliation pour nos ancêtres les francs,
- 26:31 qui préféraient mourir que d'être tondus.
- 26:36 Mais pourquoi déposer des mèches de leur précieuse crinière dans des seaux ?
- 26:42 On s'est dit que c'était peut-être un moyen de renforcer le pouvoir de l'acte
- 26:46 en introduisant dans le seau une parcelle du corps royal, en l'occurrence des cheveux.
- 26:53 D'après les historiens, les cheveux auraient aussi joué le rôle d'une empreinte biologique.
- 27:00 Lorsqu'un document est mis en doute, si on ne sait pas si c'est un vrai ou si c'est un faux,
- 27:04 le document est présenté en procès,
- 27:06 et la personne qui a émis le document peut inspecter non seulement la teneur de l'acte,
- 27:11 mais également les différents signes physiques,
- 27:13 c'est-à-dire si la couleur du seau est la bonne, si la forme du seau est la bonne,
- 27:16 éventuellement si le contenu du seau est le bon.
- 27:19 Les rois barbares ne l'étaient finalement pas tant que cela.
- 27:22 Cette découverte a sans doute d'autres secrets à nous révéler.
- 27:27 Les scientifiques cherchent actuellement un extrait de l'ADN, il y aura d'autres surprises.
- 27:35 L'atelier de restauration a eu récemment à relever un autre challenge,
- 27:40 restaurer le magnifique rouleau des Templiers, un parchemin de 22 mètres 40 de long.
- 27:47 Utilisé durant tout le Moyen-Âge, avant l'arrivée du papier,
- 27:51 le parchemin est une peau d'animal disposée en rouleau pour faciliter la lecture et le rangement.
- 27:57 Mais la peau de chèvre, de mouton ou de veau vieillit mal,
- 28:01 elle se raidit, se craquelle, s'altère irrémédiablement.
- 28:09 Il y a bien un troupeau de 22 chèvres, ce qui a 44 membranes, donc 22 chèvres.
- 28:15 Cette partie-là, elle est en train de bouger, donc ça va falloir recaler.
- 28:20 La couture, ce n'est pas enlevé, mais c'est accroché.
- 28:27 Ce rouleau qui nous transporte au XIVe siècle,
- 28:31 lève le voile sur l'une des plus grandes énigmes de notre Moyen-Âge,
- 28:35 le terrible procès des Templiers.
- 28:39 L'ordre du Temple, un ordre religieux et militaire qui a mené les croisades en Terre sainte
- 28:45 et dont la puissance et la fortune sont si grandes
- 28:49 qu'il menace le pouvoir du roi de France sur son propre territoire.
- 28:57 Nous sommes vendredi 13 octobre 1307, il est 5 heures du matin.
- 29:02 Des hommes en armes sont dépêchés à travers le royaume par le roi Philippe le Bel
- 29:07 pour arrêter tous les chevaliers de l'ordre du Temple.
- 29:10 Une injonction d'autant plus incroyable que cet ordre ne relève pas du roi, mais du pape.
- 29:21 C'est un coup de force, un coup de force absolument illégal,
- 29:25 puisque l'ordre des Templiers est un ordre religieux, il dépend directement du pape.
- 29:29 En gros, c'est l'ordre de la papauté.
- 29:38 Le grand maître et les Templiers sont accusés d'hérésie,
- 29:42 reniement du Christ, sodomie, adoration d'une idole, des crimes inexpiables.
- 29:48 Or, le rouleau nous apprend que 134 des 138 accusés
- 29:52 les avouent dès le premier jour devant leurs accusateurs.
- 29:56 Les Templiers étaient-ils donc coupables ?
- 29:59 Quand ils avouent tous qu'ils ont soit craché, soit uriné sur la croix,
- 30:04 ou embrassé au bas de l'épine dorsale, je cite l'euphémisme qui est utilisé dans les documents,
- 30:09 le Templier qui les a reçus dans l'ordre,
- 30:13 bon là éventuellement, pourquoi pas les croire ?
- 30:15 Mais quand, en même temps, ils disent qu'après avoir uriné sur le Christ,
- 30:19 ils ont vu apparaître un chat noir, miraculeusement,
- 30:22 et qu'il avait eu un coup de force,
- 30:26 et qu'ils l'ont embrassé sur le derrière aussi,
- 30:29 avant que ce chat noir disparaisse tout aussi miraculeusement,
- 30:33 on a un peu plus de mal à les suivre.
- 30:36 La rapidité de ces aveux, mais surtout, leurs invraisemblances,
- 30:40 posent donc question.
- 30:42 Et c'est dans le rouleau des Templiers que se trouve la clé du mystère.
- 30:47 Ce rouleau d'interrogatoire nous rapporte des interrogatoires standardisés,
- 30:51 stéréotypés, très secs.
- 30:53 On peut se dire que l'objectif de Philippe Lebel était d'obtenir,
- 30:56 coup de coco, des aveux de tous ces Templiers,
- 30:59 par la torture ou par d'autres moyens, très rapidement,
- 31:02 pour convaincre la terre entière de l'hérésie des Templiers et supprimer l'ordre.
- 31:06 C'est donc l'étude de ce parchemin par des générations d'historiens
- 31:10 qui a permis de comprendre les rouages cachés de cette grande affaire d'Etat.
- 31:14 Une manipulation destinée à justifier la mort de centaines de Templiers.
- 31:20 Conserver ces documents est donc de la plus extrême importance.
- 31:24 Comment assurer la pérennité de ces archives et les rendre accessibles en même temps ?
- 31:30 C'est là la mission des restaurateurs.
- 31:33 Aujourd'hui, à l'atelier, on travaille sur un plan inédit du château de Versailles du temps de Louis XV,
- 31:40 avec une esquisse de l'architecte, le grand Jacques-Ange Gabriel.
- 31:44 En deux mots, tout ce qui est à l'encre, c'est l'Etat vers 1738,
- 31:50 et tout ce qui est difficile d'ailleurs à lire comme ça, à griffonner,
- 31:55 c'est Gabriel qui a lancé son travail.
- 31:59 C'est des esquisses.
- 32:00 Non, parce que c'est même pas des traits hyper précis.
- 32:02 Non, c'est vraiment une esquisse.
- 32:04 C'est le jeu, il est ajouté comme ça.
- 32:07 Et qu'on a du mal à voir d'ailleurs.
- 32:08 Et qu'on a du mal à voir, oui.
- 32:10 Ce qui est important pour nous, c'est de ne surtout en aucun cas interagir sur cette action d'esquisse,
- 32:19 qui est des fois très très légère, de l'architecte, et donc de le ménager au maximum.
- 32:25 Donc effectivement, c'est fondamental de faire un dépoussiérage, un gommage extrêmement extrêmement fin et limité.
- 32:33 Tu sais ce qui va se passer, c'est qu'on va surtout pas y toucher.
- 32:36 Il arrive que restaurer consiste à s'assurer de la meilleure conservation possible pour assurer la pérennité de l'archive.
- 32:44 Et c'est la numérisation de ces documents qui va permettre de les communiquer au plus grand nombre sans avoir à les manipuler.
- 32:57 On n'aura pas de retouches ponctuelles à faire ?
- 33:00 Non, ça me semble parfait.
- 33:02 C'est vrai que nous on découvre des détails qu'on n'a pas vus au premier abord.
- 33:06 Et c'est vrai qu'en vérifiant par exemple la netteté des images, on va zoomer aléatoirement à certains endroits
- 33:14 et on va découvrir par hasard des petits détails tels que par exemple le gibet de potence qu'on a vu sur un plan qu'on a numérisé le mois dernier
- 33:22 avec un petit pendu dessiné à la plume, c'est vrai que c'est assez drôle.
- 33:27 Ou des petits hangars, des petites fontaines qui nous permettent mieux d'imaginer la vie à l'époque
- 33:32 et ce qui entourait non pas seulement le château de Versailles mais le village alentour.
- 33:40 Les conservateurs des archives nationales ont pour mission d'enrichir sans cesse les collections.
- 33:45 Chaque année viennent s'ajouter des centaines d'archives qui bientôt seront mises à la disposition de tous.
- 33:51 La majorité des fonds proviennent des institutions de l'État et les plus prestigieux, les plus sensibles aussi, sont les archives présidentielles.
- 34:02 Durant chaque mandat, un conservateur est à l'Élysée pour collecter, trier et indexer les dossiers de la présidence.
- 34:10 Ces archives sont conservées sous haute surveillance.
- 34:13 Seules quelques rares personnes y ont accès, dont le conservateur des fonds présidentiels.
- 34:19 Lui seul est autorisé à nous faire pénétrer dans ce lieu interdit au public.
- 34:41 Auparavant, les présidents n'avaient aucune obligation de verser leurs documents aux archives nationales.
- 34:49 Dès son élection en 1974, Valéry Giscard d'Estaing a souhaité changer les choses.
- 34:57 Quand j'ai été élu en 1974, je suis arrivé à l'Élysée et j'ai demandé où sont les dossiers.
- 35:06 On m'a dit quels dossiers ? Les dossiers sur les affaires en cours, parce qu'il y a des projets en cours, il y a des visites prévues.
- 35:14 Ah, il n'y a rien. Comment il n'y a rien ? Non. L'Élysée était vide.
- 35:23 Le nouveau président a pris conscience que la mission des archives nationales ne peut être totalement remplie
- 35:29 tant que les dossiers des chefs de l'État restent leur propriété privée.
- 35:33 Je savais que, par exemple, l'appel du général de Gaulle a été vendu plusieurs fois et ainsi de suite.
- 35:38 Donc il y avait un commerce de documents des archives. En fait, ça appartient à la nation, ça n'appartient pas à des personnes.
- 35:47 En 1979, une loi est votée. Toute personne qui travaille à l'Élysée doit verser ses dossiers aux archives nationales.
- 35:55 Un changement majeur dans la politique élyséenne pour une transparence maximale.
- 36:01 Valéry Giscard d'Estaing laissera plus de 4200 cartons, des dossiers politiques et économiques, mais aussi des documents plus insolites.
- 36:11 Monsieur le Président, nous sommes une famille de Français moyens qui souhaiterait vous recevoir. Cette visite nous permettrait d'échanger des idées, etc.
- 36:19 En arrivant à l'Élysée, le Président avait fait part de son désir d'aller dîner chez les Français.
- 36:25 Beaucoup ont envoyé une invitation au couple présidentiel. Ce que nous pouvons aujourd'hui découvrir dans les dossiers, c'est que loin d'être totalement improvisés, ces dîners faisaient l'objet d'une organisation très huilée.
- 36:40 On élabore une fiche de renseignement, on est fin février, on donne les noms, on donne leur âge, on donne même le menu.
- 36:48 Crudités, quiche Lorraine, épaules d'agneau, haricots verts du jardin, tarte maison, je cite. Quelques informations sur les personnes, on indique notamment qu'elles sont inconnues tant sur le plan politique que syndicaliste. On va loin dans la présentation des personnes.
- 37:05 Dès le lendemain, les caméras de télévision débarquent chez la famille de Mani pour recueillir leurs premières impressions.
- 37:13 Alors comment ça s'est passé hier soir ?
- 37:14 C'était un ami vraiment, parce qu'on pouvait parler de n'importe quoi. Il s'intéressait à tout.
- 37:22 Les archives présidentielles ne sont pas accessibles sans dérogation avant un délai de 60 ans. Pourtant, quand les 12 500 cartons des deux septennats de François Mitterrand sont arrivés sur les rayons, les demandes de lecture ont explosé.
- 37:38 Il y avait l'idée que tout le monde allait pouvoir avoir accès à ces archives dans n'importe quelle condition et que des secrets, parce que c'est ça, quelque chose qu'on interdit, suscite des interrogations.
- 37:54 Donc le secret, on allait révéler des secrets d'Etat. Mais non, les archives présidentielles ne font que révéler l'action du président de la République.
- 38:04 Pas de secret d'Etat au sens strict du terme, mais une plongée dans les coulisses de l'Elysée.
- 38:10 Ce que révèlent les documents conservés dans le fonds présidentiel de François Mitterrand, c'est surtout que de grandes tensions régnaient entre les réseaux d'influence qui gravitaient autour du président.
- 38:22 Nous sommes convoqués, Jacques Lang et moi, un dimanche après-midi. Alors on ne sait pas quand on a été convoqués en même temps et on se retrouve vers 17h, un dimanche, au Louvre.
- 38:33 Il nous dit « J'ai bien réfléchi et il faudrait quand même, rue de Rivoli, dans les niches qui sont encore vides, rendre hommage à quelques amiraux de la Grande Guerre ».
- 38:44 On se regarde avec Jacques Lang et alors il nous dit « Quel amiral de la Grande Guerre suggérez-vous ? ».
- 38:49 Jacques Lang sèche et se retourne vers moi et dit « Monsieur mon conseiller culturel, qui suggérez-vous pour mettre dans la niche ? »
- 38:57 « Eh bien, Monsieur le Président, je dois vous dire que, quoique marin, je ne connais pas vraiment d'amiral de la Grande Guerre ».
- 39:03 Alors il était ravi, parce qu'évidemment il avait préparé son coup. Il était ravi de jouer comme ça avec le pouvoir, vous savez.
- 39:11 Donc il nous regarde tous les deux et il dit « Je suis bien conseillé. Je suis bien conseillé avec des gens aussi incultes en histoire.
- 39:19 Monsieur le ministre de la Culture, Monsieur mon conseiller culturel, je vous remercie. »
- 39:22 Ça a duré 6 minutes ce rendez-vous.
- 39:24 Mitterrand ne faisait jamais de réunion. Il voyait toujours les gens un par un.
- 39:29 Et il avait la manie fâcheuse aussi de mettre plusieurs personnes sur le même dossier et puis de les laisser se battre entre eux
- 39:35 et de voir lequel finalement allait émerger. Ça lui permettait finalement d'exercer son pouvoir sans partage.
- 39:41 Certains ont peut-être pu peser plus que d'autres, mais personne ne peut dire « J'ai pu influencer le Président de la République, François Mitterrand, et je ne suis responsable de personne ».
- 39:57 Les fonds présidentiels nous permettent ainsi de mieux comprendre les grandes décisions de nos dirigeants
- 40:04 et font de nous les témoins privilégiés du quotidien de ceux qui vivent au cœur du pouvoir.
- 40:11 Il existe aussi des documents passionnants provenant de fonds moins connus du public.
- 40:19 Ce sont les traces qu'ont laissées derrière eux de simples citoyens.
- 40:23 Car cette institution ne concerne pas que les rois, les princes et les présidents de la République.
- 40:29 Dès lors qu'une personne a eu un jour affaire avec l'État, on peut en retrouver la trace aux archives nationales.
- 40:40 Dans le département consacré à la France sous l'occupation, on trouve les archives du commissariat aux questions juives.
- 40:53 En mars 1941, ce commissariat a été créé pour appliquer les lois du régime de Vichy vis-à-vis des Juifs de France.
- 41:02 Ces archives racontent la politique du gouvernement du maréchal Pétain,
- 41:07 mais elles racontent surtout les destins de milliers de Français qui furent trahis par leurs voisins qui les ont dénoncés.
- 41:16 L'histoire dramatique de milliers de familles qui furent dépossédées de leurs biens,
- 41:21 spoliées, arrêtées par la Gestapo ou la police de Vichy, déportées, exterminées.
- 41:31 Le 27 janvier 1943
- 41:36 Ici une lettre adressée au commissaire aux questions juives le 27 janvier 1943.
- 41:44 Monsieur, nous ne comprenons pas que dans notre quartier il y ait encore des Juifs non déclarés et ne portant pas l'étoile.
- 41:52 Voici l'adresse d'une Anna B, 36 rue des Coquelicots à Clamart. Veuillez en prendre note.
- 41:59 Si d'ici quelques temps il n'y a pas de résultat, nous nous adresserons à la commandanture de quartier.
- 42:04 Un groupe contre la juiverie.
- 42:06 Cette dame Anna a été arrêtée le 13 mars, donc quelques semaines après, elle a été déportée le 25 mars 1943.
- 42:16 Monsieur le commissaire aux questions juives, je me permets de vous écrire mon étonnement de voir encore dans la rue au bord-camp des youpins tenant encore leur commerce.
- 42:27 Voici les adresses, il y a une belle chasse à faire.
- 42:31 Ce juif se cache depuis environ deux ans, il vit de marche noire, etc.
- 42:38 Les gens sont mal logés, ils voient un appartement qui a appartenu à une personne juive, ils les dénoncent.
- 42:45 Ça peut être également des personnes qui souhaitent reprendre le commerce de quelqu'un d'autre,
- 42:50 qui souhaitent éliminer un concurrent quand il s'agit d'une entreprise.
- 42:55 Les premiers mois de l'occupation, un grand nombre de français abasourdis par les événements ont écrit au maréchal Pétain.
- 43:02 Comme cette femme sourde, âgée de 63 ans.
- 43:06 Monsieur le maréchal, pardonnez à une mère dans son immense douleur l'audace de vous adresser sa demande.
- 43:12 Je n'ai qu'une fille au monde dont je ne m'étais jamais séparée.
- 43:15 La nuit du 30 au 31, on l'a emmenée, on ne sait plus où, sans que je la voie, sans pouvoir lui transmettre quelques effets de première nécessité.
- 43:24 Ayez pitié de moi, si on ne peut pas me rendre ma fille, je supplie de me permettre de partager son sort quel qu'il soit.
- 43:32 Donc la fille de cette dame a été déportée, et cette dame a été déportée également quelques mois plus tard.
- 43:41 Monsieur le maréchal de France, ne laissez pas prendre ma maman.
- 43:46 Je suis un petit garçon de 10 ans, c'est aujourd'hui mon anniversaire.
- 43:51 Je suis un français et un catholique, mais les parents de ma mère étaient israélites.
- 43:57 Je vous salue comme si j'étais votre soldat, et je vous remercie que vous m'avez donné le quatrième prix.
- 44:03 Les gens font confiance au maréchal Pétain, et pensent que le maréchal Pétain est un peu comme un père qui va prendre soin de ses enfants,
- 44:13 qu'ils se sont bien comportés.
- 44:15 Souvent ils citent que les gens de leur famille ont fait la guerre, se sont distingués, ont obtenu des médailles.
- 44:24 C'est toujours assez émouvant, mais les gens ont effectivement confiance dans le maréchal Pétain.
- 44:34 Des noms, des adresses, des lieux, des dates, autant d'indices dans ces effroyables documents,
- 44:41 que l'on transmet à ceux ou celles dont l'histoire familiale s'est rompue, et qui cherchent à en retrouver les traces.
- 44:50 C'est effectivement un aspect honteux de notre histoire, mais c'est les archives.
- 44:56 Les archives ne sont pas là pour montrer que les beaux documents et que les périodes dont on peut être fier.
- 45:04 Quand vous allez aux archives, c'est un usage démocratique que vous faites de l'institution,
- 45:10 puisque vous allez pouvoir y trouver des documents pour faire valoir vos droits,
- 45:15 ou y trouver des documents pour reconstruire votre histoire, l'histoire d'autrui.
- 45:19 C'est un usage social, démocratique, et j'irai même plus loin, éducatif,
- 45:25 puisque je suis persuadée que pour les plus jeunes, pour ne parler que d'eux,
- 45:31 c'est la connaissance de leur territoire, de leur histoire collective,
- 45:38 qui permet de se construire, et de se construire une personnalité aussi.
- 45:46 Documents purement administratifs, les dossiers de naturalisation peuvent aussi se révéler parfois très surprenants.
- 45:53 Ils nous racontent qu'à un tenté de notre histoire, une personne d'origine étrangère est devenue française.
- 45:59 Un statut qui, quelle que soit la période, ne s'obtient pas facilement.
- 46:11 Monsieur le ministre, je souhaite vivement obtenir la naturalisation française.
- 46:15 J'eusse voulu, les circonstances le permettant, gagner cette naturalisation par un engagement volontaire dans l'armée.
- 46:21 Malheureusement, j'ai été ajourné par le conseil de révision siégeant aux Invalides.
- 46:25 J'habite en France depuis mon enfance, cependant la date de ma déclaration d'étranger remonte à 1899.
- 46:31 Depuis cette époque, sous le pseudonyme de Guillaume Apollinaire, j'ai acquis une certaine réputation dans les lettres françaises,
- 46:37 comme conteur, critique d'art et poète.
- 46:39 Je m'efforcerai toujours, monsieur le ministre, de justifier l'honneur que me ferait la grande et noble nation française,
- 46:45 en m'accueillant comme un de ses enfants.
- 46:48 Guillaume Apollinaire obtint la nationalité française en 1916, deux ans avant sa mort.
- 46:55 Comme lui, d'autres poètes, des écrivains, des peintres, des hommes politiques ont passé des heures devant les guichets de la préfecture de police
- 47:04 à demander, attendre, espérer la nationalité française.
- 47:09 Les dossiers qui constituent la mémoire de ce qui fut parfois un combat avec l'administration,
- 47:15 sont aujourd'hui conservés sur le site de Pierrefitte, sur dix kilomètres de rayonnage.
- 47:27 Parmi les dossiers de naturalisation, nous avons retrouvé celui d'une famille venue d'Arménie,
- 47:33 les Aznavourions.
- 47:35 Ça a du charme, c'est le charme du passé et du passé des miens.
- 47:40 Parce que je ne la connais pas l'histoire de ma famille.
- 47:43 Je la connais mal puisque mes parents n'aimaient pas trop parler des mauvais moments.
- 47:49 Je vais construire l'histoire de ma famille à travers ces papiers.
- 47:53 Mais j'ai remarqué une chose que j'avais totalement oublié, c'est qu'en fait, le V de Aznavour,
- 48:01 ça a été placé par une des personnes qui travaillait à la préfecture.
- 48:06 Notre nom c'est Aznaourion.
- 48:11 Et là c'est Aznavourion.
- 48:13 C'est pas grave, on a fini par se faire un nom quand même.
- 48:23 Nous sommes le 22 mai 1924.
- 48:26 Un petit Charles vient de naître dans une famille d'artistes arrivés quelques jours plus tôt à Paris,
- 48:32 d'un pays qu'ils n'avaient jamais vu.
- 48:34 Il n'y avait pas d'artistes, il n'y avait pas d'artistes, il n'y avait pas d'artistes.
- 48:38 Vient de naître dans une famille d'artistes arrivés quelques jours plus tôt à Paris,
- 48:42 d'un pays qui n'existe plus, l'Arménie.
- 48:45 Peu de temps après sa naissance, le petit Charles est déclaré français.
- 48:49 Un soulagement pour ses parents qui, eux, sont apatrides.
- 48:53 Ses parents entament de longues démarches pour être naturalisés à leur tour.
- 48:57 Les années passent, Charles grandit.
- 48:59 Dès l'âge de 10 ans, comme il parle bien le français, c'est lui qui est envoyé à la préfecture pour faire les démarches.
- 49:05 Ce sera la mission de son adolescence.
- 49:09 J'allais à la préfecture tout seul.
- 49:11 Je revenais avec les papiers signés.
- 49:13 Il y a un moment, on m'a dit, est-ce qu'il est toujours vivant, votre père ?
- 49:16 Ben, j'ai dit oui.
- 49:17 Ben, j'ai dit, il m'a dit, emmenez-le.
- 49:19 Alors, je l'ai amené.
- 49:21 Et mon père était un joyeux fantaisiste.
- 49:23 Il ne s'est plus souvenu du nom de sa femme, du nom de famille.
- 49:28 Alors, il a pris le premier nom qui est venu à sa mémoire,
- 49:32 qui était le nom d'un cousin de ma grand-mère.
- 49:37 Voilà.
- 49:38 Et ma mère s'est appelée Papazian.
- 49:40 Qu'elle lui a reproché toute sa vie.
- 49:42 Elle lui a dit une phrase que j'ai reprise dans une chanson.
- 49:46 Tu as tué deux fois mes parents.
- 49:52 C'est ainsi que dans le dossier de naturalisation,
- 49:55 Papazian remplace Bagdasarian,
- 49:58 le vrai nom de son grand-père maternel assassiné lors du génocide arménien.
- 50:03 Il y a souvent des erreurs, des coquilles dans ces dossiers de gens aux noms bizarres
- 50:08 qui parlent mal le français
- 50:10 et dont l'histoire compte peu pour une administration débordée par les demandes.
- 50:16 Mais la nationalité française va leur être refusée.
- 50:20 Ils sont déclarés sans intérêt du point de vue national.
- 50:24 À ce moment-là, Charles a 15 ans.
- 50:27 M. et Mme Aznavourian, trop âgés pour avoir d'autres enfants,
- 50:31 n'intéressent pas la France.
- 50:33 Demande sans intérêt du point de vue national.
- 50:36 Mais qu'est-ce qu'on appelle l'intérêt national ?
- 50:40 Mais qu'est-ce qu'on appelle l'intérêt national ?
- 50:45 Sinon que d'être un bon citoyen
- 50:48 et d'être là quand il faut être là,
- 50:52 au moment les plus délicat, justement.
- 50:55 Malgré ce refus, Mme Aznavourian, le père de Charles,
- 51:00 s'engage en 1939 dans l'armée française,
- 51:04 puis en 1941 dans la résistance.
- 51:07 Et c'est grâce à cet acte de courage qu'il obtiendra en 1947
- 51:11 la nationalité française.
- 51:13 Maintenant, on est français.
- 51:15 On était comme les autres.
- 51:17 Avant, on n'était pas tout à fait comme les autres.
- 51:20 Sauf moi.
- 51:32 L'histoire de chacun façonne la grande histoire.
- 51:35 C'est elle qui la nourrit.
- 51:37 Et aux archives nationales, elle a toute sa place.
- 51:40 Celle de milliers d'hommes et de femmes qui ont vécu des drames,
- 51:43 subi des guerres, construit notre pays,
- 51:46 grandit avec lui, qui lui ont apporté leurs valeurs,
- 51:49 leurs idéaux, leurs rêves, leur sang parfois.
- 51:52 Tous ont laissé leurs traces aux archives nationales.
- 52:05 Sous-titrage ST' 501
- 52:35 Sous-titrage ST' 501
Le documentaire "Les Trésors des Archives nationales" plonge au cœur de l'institution française dédiée à la préservation de la mémoire collective du pays. Il retrace l'évolution des archives depuis le XIIe siècle, lorsque Philippe Auguste a souligné l'importance de la conservation des documents après la perte des siens. L'institution prend véritablement forme avec la Révolution française, qui voit la création des Archives nationales et l'installation de l'emblématique "Armoire de Fer", un coffre-fort sécurisé abritant les textes fondateurs de la nation, tels que le Serment du Jeu de Paume, la Déclaration des Droits de l'Homme et les constitutions successives. Le film met en lumière des documents historiques poignants, comme la dernière lettre de Jeanne d'Arc, un codicille de Louis XIV, ou le billet codé de Marie-Antoinette, révélant des intrigues et des destins. Il explore également des moments cruciaux de l'histoire contemporaine, notamment le combat pour l'abolition de la peine de mort en 1981, avec des extraits des discours de Robert Badinter et François Mitterrand. Le documentaire détaille l'expansion physique des archives, de l'Hôtel de Soubise à Paris, transformé par Napoléon Ier en dépôt impérial, aux sites modernes de Pierrefitte-sur-Seine et Fontainebleau, qui conservent des documents sensibles, y compris ceux relatifs à la Guerre d'Algérie. Une section importante est consacrée aux archives présidentielles, expliquant la réforme initiée par Valéry Giscard d'Estaing pour que les documents des chefs d'État deviennent propriété nationale, et offrant un aperçu des méthodes de travail de François Mitterrand. Enfin, le film souligne le rôle démocratique et social des archives en présentant des dossiers de citoyens ordinaires, tels que les lettres de dénonciation et les suppliques à Pétain durant la Seconde Guerre mondiale, ou les dossiers de naturalisation de personnalités comme Guillaume Apollinaire et la famille Aznavourian, illustrant comment les histoires individuelles façonnent la grande histoire. Les Archives nationales sont ainsi présentées comme un outil essentiel pour la démocratie, l'éducation et la reconstruction de l'histoire personnelle et collective.
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