Grasse : la capitale de la parfumerie française I WIDE

documentary 10:12 Fuente ↗ grasse parfumerie rosa centifolia rose de mai extraction de parfum Philippe Garneron
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Ce documentaire explore Grasse, la capitale mondiale de la parfumerie française, en se concentrant sur la culture et l'extraction de la Rosa centifolia, ou rose de mai, et les défis auxquels sont confrontés les cultivateurs face à l'urbanisation, tout en retraçant l'histoire de la ville dans l'industrie du parfum.

  1. 0:00 Perchée sur un éperon rocheux à 300 mètres au-dessus de la mer Méditerranée,
  2. 0:05 la ville de Grasse jouit d'une réputation mondiale.
  3. 0:10 Cette petite citadelle de la Côte d'Azur est considérée depuis plus d'un siècle
  4. 0:15 comme la capitale de la parfumerie française.
  5. 0:20 C'est là, en périphérie du centre historique, sur la commune de Montméhan,
  6. 0:25 que Philippe Garneron cultive avec passion l'une des fleurs qui ont fait la notoriété de sa ville natale.
  7. 0:31 Une rose que les spécialistes appellent Rosa centifolia, la rose au sang pétale.
  8. 0:40 « Si on compte les pétales de cette fleur, elles ne sont pas au nombre de 100,
  9. 0:46 mais en fait il y en a une trentaine de pétales.
  10. 0:49 Donc en fait c'est une évolution, c'est un hybride de roses,
  11. 0:53 c'est une partie d'une rose ancienne qui avait 120 pétales, si mes souvenirs sont bons.
  12. 0:58 Donc après l'hybridation a fait que les pétales se sont perdus dans la nature
  13. 1:03 et effectivement il n'y a qu'une trentaine de pétales. »
  14. 1:06 Issue de bouturages successifs, Rosa centifolia n'est pas une œuvre de la nature,
  15. 1:11 mais une création humaine.
  16. 1:15 Si ses origines précises sont encore mal connues,
  17. 1:18 c'est au XIXe siècle qu'elle s'est installée sur les coteaux calcaires surplombant la Méditerranée.
  18. 1:25 « On n'est pas loin de la mer, elle est à 15 kilomètres à voile d'oiseau
  19. 1:28 et la chaîne préalpe se trouve à 10 kilomètres.
  20. 1:31 Donc tout ça combiné fait qu'on a une rose exceptionnelle.
  21. 1:36 Le fait de se trouver entre mer et montagne,
  22. 1:39 ça crée effectivement une atmosphère où elle se développe,
  23. 1:42 elle développe une odeur qu'on ne retrouvera jamais ailleurs. »
  24. 1:49 Choyée des créateurs de parfums, la rose centifolia de Grasse
  25. 1:53 a inspiré des fragrances aussi célèbres que Naéma de Jean-Paul Guerlin,
  26. 1:57 Trésor de Sophia Grossmann ou plus récemment la petite robe noire de Thierry Vasseur.
  27. 2:05 « Bonjour Philippe, Thierry Vasseur bonjour, comment allez-vous ? »
  28. 2:09 Pour le nez de la prestigieuse Maison Guerlin, il est vital d'entretenir les liens intimes
  29. 2:14 qui unissent la parfumerie parisienne à l'horticulture provençale.
  30. 2:23 « Derrière moi, il y a quatre générations de parfumeurs
  31. 2:26 qui ont créé et qui ont créé entre autres avec cette rose.
  32. 2:30 Donc pour moi, il est primordial pour préserver l'intégrité des formules de notre patrimoine
  33. 2:36 de surveiller de très près ce qui se fait ici. »
  34. 2:41 Le problème pour les parfumeurs d'aujourd'hui,
  35. 2:43 c'est que les producteurs de roses comme Philippe Garneron,
  36. 2:46 il n'en reste qu'une trentaine autour de Grasse.
  37. 2:50 L'urbanisation massive de la Côte d'Azur
  38. 2:53 a fait peu à peu disparaître les champs de fleurs de l'arrière-pays.
  39. 2:58 C'est la raison pour laquelle chaque printemps,
  40. 3:00 on scrutitie avec anxiété ces caprices du ciel et du temps
  41. 3:04 qui peuvent à tout moment menacer la récolte de l'année.
  42. 3:12 « La rose Santifolia est une culture assez fragile.
  43. 3:16 Les boutons apparaissent au courant du mois de mai
  44. 3:19 où ici, on n'est encore pas à l'abri des gelées.
  45. 3:22 Et un coup de gel ou un coup de grêle sur ces plantes,
  46. 3:26 votre récolte, elle est anéantie.
  47. 3:30 Pendant la période du mois d'avril,
  48. 3:32 on croise les doigts pour ne pas qu'il y ait de violents orages de grêle
  49. 3:36 ou qu'il n'y ait pas de gelée.
  50. 3:41 Aujourd'hui, les scènes de glace sont passées.
  51. 3:43 Normalement, la saison est lancée et bien lancée. »
  52. 3:52 Si le mois de mai revêt une telle importance
  53. 3:54 aux derniers cultivateurs grassois,
  54. 3:56 c'est que la rose Santifolia ne fleurit qu'une fois par an,
  55. 3:59 entre les dernières pluies du printemps
  56. 4:01 et la sécheresse de l'été méditerranéen.
  57. 4:06 C'est ce qui lui vaut son surnom affectueux de « rose de mai ».
  58. 4:11 Dès les premières lueurs de l'aube,
  59. 4:13 on récolte à la main des centaines de tonnes de pétales
  60. 4:17 qui sont directement portées à l'usine pour y être transformées.
  61. 4:21 Dans les ateliers de la société Roberté,
  62. 4:24 on reproduit les mêmes gestes depuis plus d'un siècle
  63. 4:27 pour extraire le parfum des fleurs fraîches.
  64. 4:34 « Les fleurs ont été ramassées le matin
  65. 4:36 et cette matière première est traitée tout de suite.
  66. 4:39 On va mettre les fleurs dans des extracteurs,
  67. 4:42 effectuer des lavages successifs avec un solvant,
  68. 4:46 qui est l'hexane en général.
  69. 4:49 Il faut compter à peu près une opération de deux heures et demie.
  70. 4:54 Une opération sur un extracteur,
  71. 4:56 il faut compter environ deux heures et demie,
  72. 4:58 mais ça peut être plus long aussi. »
  73. 5:03 L'extraction au solvant volatile
  74. 5:05 est une technique typiquement grassoise.
  75. 5:08 Elle a été inventée par les chimistes du XIXe siècle
  76. 5:11 pour récupérer progressivement
  77. 5:13 toutes les molécules aromatiques de la rose
  78. 5:15 sans avoir à la chauffer inutilement.
  79. 5:19 « Le premier lavage, on récupère à peu près 70%
  80. 5:23 de la valeur olfactive de la fleur.
  81. 5:26 Ensuite, il faut faire d'autres lavages
  82. 5:28 pour s'assurer que la fleur est bien épuisée. »
  83. 5:33 Au bout de trois ou quatre lavages,
  84. 5:35 les fleurs ont livré tout leur patrimoine olfactif.
  85. 5:39 Pour Thierry Vasseur, l'extraction est une étape cruciale
  86. 5:43 dans le chemin qui conduit la rose
  87. 5:45 du champ du cultivateur jusqu'à son laboratoire de création.
  88. 5:50 « On arrive juste pour décharger. »
  89. 5:52 « Juste au bon moment.
  90. 5:54 Là, il y a le déchargement de la fleur
  91. 5:56 qui a été traitée ce matin.
  92. 5:58 C'est bon ? Allez, c'est parti.
  93. 6:01 Envoyez la vapeur. »
  94. 6:04 L'extraction se termine lorsque la totalité
  95. 6:06 du solvant a été évaporée.
  96. 6:09 Pour les jolies fleurs, épuisées,
  97. 6:11 c'est la fin du chemin.
  98. 6:13 Mais elles ont déposé dans la cuve
  99. 6:15 un mélange de molécules aromatiques et de cire végétale
  100. 6:18 qu'on appelle la concrète.
  101. 6:21 C'est ce miel de rose que les connaisseurs récoltent
  102. 6:23 avec délictation une fois l'opération terminée.
  103. 6:27 « On dirait des gourmands. »
  104. 6:29 « Oui, des gourmands.
  105. 6:31 Le milieu est encore un peu chaud. »
  106. 6:34 « Oui, elle est bien souple. »
  107. 6:42 « On a toutes les caractéristiques
  108. 6:44 de la rose de mai.
  109. 6:46 Extrêmement fleurie, chaude, mielée.
  110. 6:49 Non, mais c'est un début de saison.
  111. 6:51 C'est un départ, c'est super beau. »
  112. 6:53 « Il faut quand même être prudent
  113. 6:55 parce que tu sais que c'est la nature
  114. 6:57 qui décide de beaucoup de choses. »
  115. 6:59 « Et on est au début. »
  116. 7:01 « On n'est qu'au début de la campagne.
  117. 7:03 Là, on est bien parti,
  118. 7:05 mais il faudrait que ça continue encore comme ça. »
  119. 7:12 L'invention du procédé d'extraction au solvant
  120. 7:15 a constitué une véritable révolution
  121. 7:17 pour la rose Santifolia
  122. 7:19 et pour la ville de Grasse.
  123. 7:21 Les progrès de la chimie fine du XIXe siècle
  124. 7:23 ont brusquement ouvert l'air
  125. 7:25 de la parfumerie moderne,
  126. 7:27 parachevant ainsi plusieurs siècles
  127. 7:29 de spécialisation progressive
  128. 7:31 dans le travail des odeurs.
  129. 7:34 Il faut dire qu'au Moyen Âge,
  130. 7:36 Grasse était surtout réputée
  131. 7:38 pour la puanteur de ses rues.
  132. 7:42 « On lavait les cuirs à ciel ouvert.
  133. 7:44 Ça circulait à travers la ville.
  134. 7:46 Ça sentait la charogne,
  135. 7:48 les choses comme elles sont.
  136. 7:50 Donc les eaux malodorantes
  137. 7:52 de la cité grassoise,
  138. 7:54 là où il y avait des ateliers de tannerie,
  139. 7:56 ça partait dans les premiers jardins
  140. 7:58 au pied de la ville de Grasse.
  141. 8:00 Et ensuite, il est venu
  142. 8:02 par l'Espagne et par l'Italie,
  143. 8:04 les premières formes de parfums
  144. 8:06 dans lesquels on parfumait
  145. 8:08 les cuirs. »
  146. 8:11 « Le cuir qui devenait du coup
  147. 8:13 un produit qui, enfin,
  148. 8:15 commençait à sentir bon. »
  149. 8:17 De tanner,
  150. 8:19 les Grassois sont devenus
  151. 8:21 gantiers, puis gantiers-parfumeurs,
  152. 8:23 avant d'abandonner totalement
  153. 8:25 la ganterie au profit
  154. 8:27 de la parfumerie, tirant ainsi
  155. 8:29 partie de la flore luxuriante
  156. 8:31 de leur arrière-pays.
  157. 8:33 Au milieu du XXe siècle,
  158. 8:35 les abords de la ville étaient
  159. 8:37 encore tapissés de champs de jasmin,
  160. 8:39 de tubéreuse ou de rose.
  161. 8:45 « Moi, je suis né en 1939
  162. 8:47 et il se trouve que c'est en 1938
  163. 8:49 qu'on a atteint des sommums
  164. 8:51 de production de roses.
  165. 8:53 Dans mon enfance,
  166. 8:55 j'ai connu cet air parfumé
  167. 8:57 au mois de mai, parce qu'il y avait
  168. 8:59 des rosiers partout, comme en été,
  169. 9:01 il y avait des jasmins partout.
  170. 9:03 C'était encore l'époque,
  171. 9:05 on faisait entre 400 et 500 tonnes
  172. 9:07 quand j'étais enfant,
  173. 9:09 et donc ce sont des choses qui vous marquent
  174. 9:11 profondément et durablement. »
  175. 9:13 « Quand je suis rentré
  176. 9:15 dans cette société en 1959,
  177. 9:17 ce qui fait 58 ans
  178. 9:19 de présence,
  179. 9:21 pour venir
  180. 9:23 du centre-ville
  181. 9:25 ici, chez Robertet,
  182. 9:27 il n'y avait pratiquement que des champs.
  183. 9:29 Il y avait des champs de jasmin,
  184. 9:31 de violette, des rosiers
  185. 9:33 un peu partout, même au-dessous
  186. 9:35 de l'usine, il n'y avait que des plantations
  187. 9:37 de jasmin aussi. Il y avait énormément.
  188. 9:39 Aujourd'hui, il n'y en a plus. »
  189. 9:45 Si Grasse demeure la capitale industrielle
  190. 9:47 de la parfumerie française,
  191. 9:49 elle défend désormais bec et ongle
  192. 9:51 son identité agricole
  193. 9:53 face à la pression immobilière.
  194. 10:05 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org