Les Trésors de l'art sacré | Documentaire
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Ce documentaire explore le riche patrimoine sacré de la France, des premières églises clandestines aux chefs-d'œuvre gothiques et romans comme Notre-Dame et le Mont-Saint-Michel, jusqu'aux créations d'artistes contemporains, soulignant leur histoire et leur importance culturelle.
- 0:30 Si tous les villages de France ont une mairie, ils ont aussi une église, un clocher, voire
- 0:46 même plusieurs.
- 0:47 Le patrimoine sacré en France représente un ensemble unique au monde de près de 90
- 0:52 000 édifices dont certains comme Notre-Dame de Paris où je me trouve aujourd'hui sont
- 0:58 mondialement connus.
- 0:59 Figurez-vous que près de 13 millions de visiteurs se prestent ici chaque année.
- 1:05 Ce chef-d'œuvre gothique est avec la Tour Eiffel l'un des monuments les plus visités
- 1:09 en France.
- 1:10 Le patrimoine sacré ce sont aussi des vitraux, des sculptures, des peintures, des reliques
- 1:16 qui se sont constituées au fil des siècles et qui sont étroitement liées à l'histoire
- 1:20 de France.
- 1:21 De l'installation des premiers chrétiens au IVe siècle jusqu'à nos jours, ce
- 1:29 patrimoine religieux n'a cessé de s'étoffer et c'est donc à la découverte de ces trésors
- 1:35 d'art sacré que je vous convie maintenant.
- 1:37 Église, cathédrale, chapelle, abbaye, en France, les trésors de l'art sacré se
- 1:54 comptent par dizaines de milliers.
- 1:56 Le patrimoine religieux est le plus grand patrimoine bâti du pays, un ensemble d'édifices
- 2:02 uniques au monde.
- 2:03 Si la France est depuis toujours surnommée la fille aînée de l'église, ce n'est pas
- 2:08 un hasard.
- 2:09 Ces monuments de légende et les merveilles qu'ils renferment ont fleuri au fil des siècles.
- 2:15 Moyen-âge, grand siècle, romantisme, modernisme, à chaque période son style.
- 2:25 A Saint-Savin, nous percerons les mystères de cette abbaye que l'on appelle la Sixtine
- 2:30 de l'art roman en raison de son plafond couvert de fresques.
- 2:34 Une vingtaine d'années finalement pour arriver à ornementer l'ensemble de ce lieu, c'est
- 2:40 quand même extrêmement rapide.
- 2:41 A la basilique Saint-Denis, nous découvrirons les secrets de la naissance de l'art gothique
- 2:49 et de la conquête de la lumière.
- 2:51 La Sainte-Chapelle, construite comme un écrin de verre pour abriter la couronne d'épines
- 2:58 du Christ, l'une des pièces phares du trésor de la Passion.
- 3:02 Posséder les reliques de la Passion, c'est pouvoir pratiquement faire de Paris la nouvelle
- 3:08 Jérusalem.
- 3:09 Notre-Dame de Paris, entièrement reconstruite au XIXe siècle par un architecte star, Eugène
- 3:16 Viollet-le-Duc, inventeur des gargouilles et des chimères.
- 3:19 L'abbaye du Mont-Saint-Michel, l'un des lieux de pèlerinage les plus célèbres du
- 3:25 monde.
- 3:26 Il y a dans la conscience collective que la vie monastique, c'est de fuir le monde.
- 3:30 Je peux vous garantir que notre quotidien, ce n'est pas du tout ça.
- 3:34 La chapelle du Roser, dessinée par Henri Matisse sur la côte d'Azur dans les années 50.
- 3:39 Majestueux, somptueusement décoré, imperturbable face aux temps qui passent, comment ces trésors
- 3:48 sont-ils nés ? Comment ont-ils traversé les siècles ? Voyage au cœur d'une histoire
- 3:55 qui commence avec les tout premiers chrétiens.
- 3:58 Lorsque l'on voit l'extraordinaire lumière de nos cathédrales et partout en France les
- 4:14 figures flamboyantes de la Vierge Marie et du Christ sur la croix, on ne se doute pas
- 4:20 que l'histoire a commencé ici, dans l'ombre, cachée.
- 4:25 Jusqu'au début du IVe siècle en effet, le christianisme se développe clandestinement
- 4:36 et dans la douleur au sein de l'Empire romain qui englobe la Gaule à l'époque.
- 4:42 Partout, les chrétiens sont persécutés, pourchassés, martyrisés.
- 4:47 Pour célébrer leur foi, les minuscules communautés sont donc obligées de se réunir en cachette
- 4:57 dans les termes de villas gallo-romaines comme ici, à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne.
- 5:03 Au IVe siècle, il n'y avait pas encore d'église ici, mais probablement déjà un
- 5:09 lieu de culte, l'un des plus anciens de France.
- 5:13 C'est en sous-sol que l'on en trouve les vestiges archéologiques exceptionnels.
- 5:18 Les termes d'une maison privée, une pièce d'eau romaine, possiblement chrétienne,
- 5:24 qui aurait servi de baptistère clandestin.
- 5:26 C'est vrai que pour cette église, on va détruire les bains de tiède, les bains chauds,
- 5:31 par contre le bain froid, on va probablement le préserver.
- 5:34 La piscine de froide dont on allait se prélasser dans l'Antiquité va devenir probablement
- 5:38 le baptistère.
- 5:39 C'est une hypothèse.
- 5:40 Vous savez qu'à l'origine, dans les premiers temps chrétiens, le baptême se fait déjà
- 5:43 quand on est pratiquement à l'âge adulte, et c'est par immersion.
- 5:46 Donc on peut imaginer que sous nos pieds, l'ancienne piscine du Frigidarium deviendra
- 5:51 le baptistère de cette première église.
- 5:53 C'est l'édit signé par l'empereur romain Constantin Ier, en 313, qui va faire sortir
- 6:08 le christianisme de la clandestinité.
- 6:10 Un édit qui tolère le culte de Jésus, de la Bible et des Évangiles, avant que le christianisme
- 6:17 ne soit imposé dans la totalité de l'Empire romain.
- 6:20 Un socle politique fort sur lequel la religion va fleurir.
- 6:24 Démarre alors l'évangélisation des campagnes gallo-romaines, qui commence au IVe siècle
- 6:34 avec un personnage emblématique, Martin de Tour.
- 6:39 C'est lui qui va fonder la première communauté de moines de notre histoire.
- 6:44 Prêcheur dans les campagnes, évangélisateur, il amorce aussi le modèle qui structure la
- 6:49 France encore aujourd'hui, un village, une église.
- 6:54 Il a passé son temps à aller dans les campagnes, à détruire les idoles païennes et à demander
- 7:03 à ce qu'on construise une église, ou un lieu de culte.
- 7:06 Mais ce maillage du territoire, une église, une commune si on peut dire, on le doit à
- 7:13 Martin.
- 7:14 Il est en tout cas celui qui a démarré cette dynamique.
- 7:16 Les premières pierres sont posées, la formidable histoire de notre patrimoine sacré peut désormais
- 7:26 démarrer, s'amplifier, s'envoler vers le ciel en une course aux merveilles qui dure
- 7:32 depuis des siècles.
- 7:33 Nous sommes dans le Poitou, au bord de la Vienne, en plein centre de la France.
- 7:51 Apparemment tout simple, Saint-Pierre-les-Eglises à Chauvigny est l'un des rares édifices
- 7:59 carolingiens à être encore debout.
- 8:01 Construit en 782, il raconte parfaitement la politique de christianisation massive menée
- 8:10 par Charlemagne au 8ème siècle.
- 8:12 Partout en France, il encourage la pratique religieuse.
- 8:16 13 siècles que cette église est là, un trésor historique particulièrement touchant.
- 8:23 Le trésor que contient cette église et qui fait effectivement sa renommée et qui amène
- 8:28 des gens à venir spécifiquement la voir, ce sont des fresques qui ornent son chevet
- 8:33 aujourd'hui et qui se révèlent l'une des plus anciennes que l'on connaisse pour le
- 8:38 Moyen-Âge européen occidental.
- 8:40 Sur le plan pictural, ce sont des fresques qui marquent par leur simplicité, elles font
- 8:53 appel à une gamme de couleurs restreintes, les ocres, le blanc et le gris.
- 8:57 Elles sont peintes avec l'intention de montrer des mouvements, c'est des scènes animées,
- 9:05 elles sont très vivantes en fait.
- 9:06 Ces fresques comptent parmi les plus anciennes d'Europe.
- 9:12 Si elles étaient aussi vivantes, c'était probablement pour apprendre le catéchisme
- 9:18 aux fidèles fraîchement christianisées par l'empereur Charlemagne et qui ne savaient
- 9:23 ni lire ni écrire.
- 9:24 La Vierge Marie enceinte, le bain de l'enfant Jésus, la découverte de son tombeau vide,
- 9:34 dix scènes simples et claires comme si la vie du Christ était diffusée pour un très
- 9:39 large public à la télévision aujourd'hui.
- 9:42 Vous avez par exemple l'adoration des mages, avec là un dessin des mages représentés
- 9:51 avec leurs caractères orientaux, un décor apporté à leurs chevaux qui est assez somptueux.
- 9:57 Vous avez également une scène évoquant l'apocalypse avec l'ange Michel qui se bat
- 10:05 contre un monstre à sept têtes et le monstre est particulièrement bien dessiné, son corps
- 10:10 évoque celui d'un serpent avec des détails très recherchés.
- 10:13 Donc en fait vous avez vraiment un récit qui est très cohérent pour le spectateur
- 10:18 sur plusieurs aspects de la vie de Jésus.
- 10:23 Nous sommes avant l'an 1000, dans le haut Moyen-Âge, et les campagnes françaises sont
- 10:30 désormais remplies de petites églises comme celle-ci.
- 10:33 Le développement du christianisme a fait un grand pas, pourtant l'histoire et le patrimoine
- 10:39 sacré vont prendre une envolée nouvelle, car certains considèrent déjà que la parole
- 10:46 du Christ a été dévoyée et qu'elle n'est pas assez strictement respectée par les prêtres
- 10:52 qui sont au contact des paroissiens dans les églises, ce sont les moines.
- 10:55 Constitués en communauté, ils n'auront de cesse que de se rapprocher de la doctrine
- 11:08 originelle et de ne se consacrer qu'à la prière, au silence et à la pénitence.
- 11:13 C'est ainsi qu'au Xe et XIe siècle, des ordres monastiques puissants vont se constituer
- 11:26 en d'imposantes structures et s'enfermer dans de grands monuments religieux conçus
- 11:31 exclusivement pour eux, avec dortoirs, réfectoires et églises fermées au public.
- 11:37 C'est la naissance des grandes abbayes, appuyées sur une architecture révolutionnaire pour
- 11:43 l'époque, l'art roman.
- 11:45 Un art dont le but était de faire grandir les églises et qui va faire apparaître dans
- 11:52 le paysage des édifices d'une ampleur nouvelle.
- 11:55 L'un des exemples en est l'abbaye de Citeaux, dans les vignobles de Bourgogne.
- 12:03 C'est ici que naîtra l'ordre cistercien, un ordre austère qui existe toujours et qui
- 12:12 rayonnait dans la totalité de l'Europe à l'époque.
- 12:17 Autre exemple, celui de l'incroyable Cluny, entre Dijon et Lyon, le berceau de la communauté
- 12:26 bénédictine en France.
- 12:28 Aujourd'hui, celle que l'on appelait la maillor ecclesia, littéralement la plus grande
- 12:35 église de la chrétienté, n'existe plus.
- 12:38 Sur les cinq clochers qui formaient l'ensemble, il n'en reste plus qu'un seul.
- 12:42 Cluny a été démantelée et détruite à la révolution.
- 12:48 C'est une reconstitution en 3D qui fait revivre cet absolu trésor.
- 13:12 Heureusement, des grandes abbayes romanes datant du XIe siècle, notre pays en compte
- 13:23 encore de très belles.
- 13:25 Pour découvrir l'une des plus extraordinaires d'entre elles, direction le centre de la
- 13:30 France.
- 13:31 Saint-Savin-sur-Gartempe, dans le Poitou.
- 13:40 Classé au patrimoine mondial de l'humanité, cette abbaye que l'on appelle ainsi parce
- 13:46 que c'était une église exclusivement réservée aux moines, est un chef-d'oeuvre de l'art
- 13:51 roman.
- 13:52 Un style qui marque une révolution.
- 14:01 Fini les petits édifices carolingiens en forme de cubes, la grande invention de l'art
- 14:08 roman, c'est l'église en forme de croix pour faciliter, entre autres, la circulation
- 14:13 de la communauté dans l'abbaye.
- 14:15 La forme de la croix latine rappelle, en numéro 1, la croix sur laquelle le Christ
- 14:23 est mort.
- 14:24 Ensuite, les transeptes, les bras de la croix, c'était des couloirs de circulation qui
- 14:29 permettaient pour le transepte du nord de pouvoir accéder côté cimetière et pour
- 14:34 le transepte sud d'accéder vers leur dortoir.
- 14:37 Tout est très pratique, tout est pensé pour faciliter au mieux la vie de la communauté.
- 14:45 Il faut imaginer qu'autour du chœur, il y a effectivement un couloir de circulation
- 14:55 de déambulatoire qui permet d'accéder à cinq chapelles rayonnantes, toutes munies
- 15:01 d'autels et de reliques, ce qui veut dire que ce sont des autels consacrés qui sont
- 15:05 en activité.
- 15:06 Et derrière ces autels était célébrée une chose qui devient à la mode à partir
- 15:11 du XIe siècle, que sont les messes privées.
- 15:14 Par exemple, le cas de figure très particulier chez nous, c'est la Comtesse Aumaud.
- 15:19 La Comtesse Aumaud, en 1010, peu de temps avant sa mort, quand elle fait le don d'argent
- 15:24 aux moines de l'abbaye de Saint-Savin, il n'est pas désintéressé.
- 15:27 Elle a acheté des messes qui étaient dites avant et après sa mort pour permettre, grâce
- 15:33 à ces messes dites par les moines de cette abbaye, à son âme, d'accéder à une
- 15:38 place de choix au ciel.
- 15:39 En tous les cas, c'était le rôle de ces chapelles dans le chœur, c'était de pouvoir
- 15:43 célébrer ces messes privées, payantes, ce qui enrichissait d'autant plus la communauté.
- 15:48 À Saint-Savin, on voit aussi parfaitement bien l'autre coup de génie apporté par
- 15:56 l'art roman à notre patrimoine religieux, la fameuse voûte en berceau qui soutient
- 16:02 l'ensemble de l'édifice d'une vingtaine de mètres de haut.
- 16:05 Une prouesse pour les architectes du Moyen-Âge.
- 16:08 À la base de la voûte, vous avez des petites corniches qui n'ont l'air de rien, mais c'est
- 16:18 sur ces petites corniches que l'on construisait des immenses cintres en bois qui ont une forme
- 16:25 de demi-cercle et sur lesquelles les pierres de la voûte étaient tout bonnement disposées.
- 16:30 La voûte fait quand même environ deux mètres d'épaisseur, donc ça fait quand même
- 16:34 une sacrée structure à mettre en place.
- 16:36 Ensuite, il faut attendre le temps qu'il faut pour faire en sorte que les enduits qui
- 16:40 collent les pierres les unes avec les autres soient parfaitement secs.
- 16:43 Et ensuite, forcément, la phase délicate, c'est le démontage des cintres en bois qui
- 16:48 devait être quand même absolument monstrueux.
- 16:50 Ça devait faire un tunnel de bois assez impressionnant à voir.
- 16:54 L'objectif étant, lorsque l'on démonte, c'est d'espérer que ça va tenir puisque
- 17:00 notre voûte quand même fait 42 mètres de long, 17 mètres de hauteur, 2 mètres d'épaisseur
- 17:05 en moyenne.
- 17:06 Et il est vrai que c'est quand même franchement une prouesse architecturale époustouflante
- 17:11 que d'avoir réussi à construire un monstre pareil.
- 17:13 Mais si Saint-Savin est un trésor, c'est aussi en raison de son plafond époustouflant
- 17:21 qui lui vaudra d'être surnommé la Sixtine de l'art roman par André Malraux en référence
- 17:27 au plafond peint de la chapelle Sixtine à Rome.
- 17:30 Sur toute la longueur de la voûte, une collection de 20 fresques réalisées par les moines
- 17:42 et pour les moines se lit comme un livre.
- 17:44 Réservée à l'usage de la prière et à la formation monastique, elle représente
- 17:54 44 scènes de l'Ancien Testament comme ici la construction de la tour de Babel peinte
- 18:01 avec des ocres à même les murs à 17 mètres de hauteur.
- 18:05 Un travail de titan réalisé il y a 900 ans et qui était destiné à asseoir par l'image
- 18:19 la puissance spirituelle de l'abbaye et de ceux qui l'habitaient.
- 18:23 Pour ornementer la totalité du lieu, il faut enduire les murs, ensuite il faut peindre.
- 18:30 Nous savons que sur la voûte de la Nef par exemple, il y avait trois couches d'enduit
- 18:34 de 460 mètres carrés de surface.
- 18:37 C'est un travail titanesque donc on estime que seulement pour la voûte de la Nef, il
- 18:42 aurait fallu pour les quatre ateliers d'artisans peintres anonymes environ cinq ans de travail
- 18:49 et une vingtaine d'années finalement pour arriver à ornementer l'ensemble de ce lieu.
- 18:54 C'est quand même extrêmement rapide.
- 18:55 Parmi les scènes emblématiques de cet incroyable ensemble de peintures murales, une arche de
- 19:04 Noé connue dans le monde entier.
- 19:06 C'est elle notamment qui a valu à l'abbaye d'être classée au patrimoine mondial de
- 19:12 l'humanité en 1983.
- 19:14 À Saint-Savin donc, des fresques, il y en a absolument partout.
- 19:21 Au plafond mais aussi sur les parois intérieures du porche, sur les murs du coeur qui entourent
- 19:41 l'hôtel, et dans la crypte cachée sous le coeur, un trésor restauré il y a neuf
- 19:53 ans.
- 19:54 C'est donc ainsi, accompagnés de ces fresques, que les moines vivaient ici sous la règle
- 20:13 de Saint-Benoît, d'où le nom d'abbaye bénédictine.
- 20:16 Une règle de vie stricte, sévère, imposée au dixième et onzième siècle par les successeurs
- 20:23 de Charlemagne à tous les monastères de l'Empire et qui persistent encore aujourd'hui.
- 20:28 Selon la règle de Saint-Benoît, il y a trois temps forts dans la journée d'un moine.
- 20:36 Il y a tout d'abord les messes qui sont célébrées dans l'église, donc il y en a sept à huit
- 20:41 par jour.
- 20:42 Ensuite vous avez un temps de méditation indispensable, donc vraiment le moine se retrouve
- 20:47 en huis clos pour pouvoir méditer les textes sacrés.
- 20:50 Et il y a aussi le travail manuel qui est absolument fondamental dans cette règle.
- 20:54 On fait travailler autant le corps que l'esprit quelque part.
- 20:57 La fin du onzième siècle a sonné et partout en France, l'art roman a donné vie à des
- 21:06 édifices imposants, puissants, solides.
- 21:09 C'est un art très étroitement lié à la vie monastique et à une pratique religieuse
- 21:14 plutôt austère.
- 21:16 Un art qui va vite être dépassé parce qu'il est à milieu de celui qui va naître au douzième
- 21:22 siècle en Ile-de-France, là où se trouvent les rois, avides de grandeur, de hauteur
- 21:27 infinie et surtout de lumière.
- 21:30 Comme nous venons de l'entendre, l'art roman est vraiment l'art des campagnes au
- 21:45 onzième siècle.
- 21:46 C'est aussi à cette époque que les grandes villes se développent et que va s'instaurer
- 21:50 entre eux une véritable concurrence commerciale, ce qui va avoir des répercussions aussi sur
- 21:56 les édifices religieux.
- 21:58 C'est celui vraiment qui aura le plus grand, le plus beau, le plus nouveau.
- 22:02 Là, je me trouve actuellement au sommet de la tour Nord de la cathédrale Notre-Dame
- 22:08 de Paris qui culmine à 69 mètres d'altitude pour atteindre son sommet.
- 22:12 J'ai dû gravir 422 marches, croyez-moi, sur parole, je les ai toutes comptées.
- 22:17 Petite anecdote, cette tour est plus grande et plus forte que la tour qui se trouve juste
- 22:22 en face, qui est la tour sud.
- 22:23 Et pour pouvoir constater cela, je vous conseille vivement de vous mettre au centre du parvis
- 22:30 qui est juste en dessous.
- 22:31 Devant moi, c'est la flèche que vous pouvez admirer, qui culmine, elle, à 96 mètres
- 22:40 et qui permettait à la cathédrale d'être vue à des kilomètres à la ronde.
- 22:44 Notre-Dame de Paris est un véritable trésor classé au patrimoine mondial de l'humanité,
- 22:51 un trésor qui n'aurait peut-être pas vu le jour sans une véritable révolution architecturale
- 22:58 qui va nous mener petit à petit jusqu'à l'art gothique, un art qui a vu le jour à
- 23:02 quelques kilomètres d'ici, à Saint-Denis.
- 23:11 La basilique Saint-Denis, à quelques kilomètres de Paris, au milieu d'un océan d'immeubles
- 23:17 modernes, l'un des plus beaux joyaux de notre patrimoine sacré, vogue majestueusement.
- 23:33 Ce monument aux proportions gigantesques, construit au XIIe siècle, il y a 900 ans,
- 23:39 est un trésor sans précédent.
- 23:40 C'est le tout premier chef-d'œuvre de l'art gothique en France.
- 23:48 Un art qui marque une vraie rupture de style à l'époque.
- 23:52 Désormais, le but sera de faire monter les églises le plus haut possible vers Dieu
- 23:57 et d'y faire entrer la lumière considérée comme l'esprit du divin.
- 24:10 Un projet ambitieux, né dans l'imagination d'un homme, l'abbé Suger.
- 24:15 Conseiller du roi Louis VI le Gros, il a les pleins pouvoirs dans l'abbaye de Saint-Denis
- 24:20 où il vit avec ses moines.
- 24:22 Il va décider de la transformer de fond en comble.
- 24:28 Suger est à la tête d'une des abbayes les plus anciennes et les plus puissantes
- 24:33 du royaume de France.
- 24:35 Et c'est une abbaye qui a toujours été très proche de la monarchie française.
- 24:42 Mais dans la première moitié du XIIe siècle,
- 24:46 elle paraît à l'abbé Suger un peu vieillotte, hors de mode.
- 24:51 Il veut la réédifier au goût du jour.
- 24:55 C'est ainsi qu'il se lance dans ce chantier au style extrêmement novateur pour l'époque,
- 25:01 donc la reconstruction en style gothique.
- 25:05 Tout en ambition divine, l'abbé Suger dessine pour remplacer sa vieille abbaye
- 25:12 un bâtiment de 29 mètres de hauteur,
- 25:15 bien plus haut donc que ne l'étaient les anciennes abbayes romanes.
- 25:19 Trop fragile, le principe architectural de la voûte en berceau est donc abandonné
- 25:24 au profit de la grande nouveauté apportée par l'art gothique,
- 25:28 les célèbres croisées d'Augive.
- 25:34 Ces arcs immenses
- 25:37 qui, en se croisant au plafond,
- 25:42 vont permettre de reporter le poids monstrueux
- 25:45 sur des piliers nombreux et non plus sur les murs.
- 25:52 Un système ingénieux renforcé à l'extérieur de l'édifice.
- 25:59 Lorsque l'on avait des bâtiments de très grande ampleur,
- 26:03 cela impliquait aussi d'articuler la croisée d'Augive
- 26:09 avec des piles extérieures et des arcs boutants.
- 26:13 Ce sont des sortes de contreforts,
- 26:16 mais à la structure extrêmement allégée
- 26:19 qui permet de monter beaucoup plus haut.
- 26:22 Croisée d'Augive à l'intérieur,
- 26:25 soutenue par des arcs boutants à l'extérieur.
- 26:28 Voilà les secrets de construction
- 26:31 qui vont permettre de faire presque disparaître les murs de l'église
- 26:34 et de les remplacer par d'immenses verrières de vitraux
- 26:37 sur lesquelles l'abbé sujet se fait représenter en personne
- 26:40 au milieu de scènes évoquant la vie des moines.
- 26:48 Les immenses rosaces de 14 mètres de diamètre,
- 26:51 véritables roues de lumière,
- 26:54 seront rajoutées bien plus tard.
- 26:59 Le vitrail, une technique qui prend son envolée ici.
- 27:04 A Saint-Denis, pour la première fois,
- 27:07 on dépense plus d'argent pour la fabrication des vitraux
- 27:10 que pour l'édification des murs.
- 27:13 C'est une technique qui existe déjà depuis quelques siècles
- 27:16 mais qui, à partir du XIIe siècle,
- 27:19 connaît un grand développement.
- 27:22 C'est un art extrêmement coûteux
- 27:25 car il faut utiliser plusieurs types de verres colorés,
- 27:28 petits panneaux de verre
- 27:32 sur lesquels souvent les artistes
- 27:35 ajoutent des traits de peinture
- 27:38 pour préciser des détails de visages, d'objets.
- 27:45 Et ces éléments de verre
- 27:48 sont agencés les uns avec les autres
- 27:51 grâce à des bordures en plomb
- 27:54 qui permettent de les tenir.
- 28:02 Ainsi, à Saint-Denis,
- 28:05 le grand pari de l'art gothique est-il tenu ?
- 28:08 Pour la première fois de l'histoire
- 28:11 de notre patrimoine sacré,
- 28:14 la lumière entre vraiment dans une église.
- 28:20 Pourtant, le trésor de la basilique
- 28:23 ne s'arrête pas là
- 28:26 car sous le coeur, bien caché dans la crypte,
- 28:30 il y a un monument
- 28:33 apparemment anodin
- 28:36 mais en fait d'une importance capitale.
- 28:43 C'est ici, à cet endroit précisément
- 28:46 que selon la légende au IIIe siècle,
- 28:49 un chrétien martyrisé serait venu mourir.
- 28:52 Denis, Saint-Patron de Paris.
- 28:55 Denis, vraisemblablement au milieu du IIIe siècle,
- 28:59 sur une colline qui domine
- 29:02 la luttesse de l'époque
- 29:05 qu'on appelle désormais Mont Martre,
- 29:08 c'est-à-dire le Mont des Martyrs.
- 29:11 Denis est décapité
- 29:14 et selon la légende,
- 29:17 son corps porte sa tête
- 29:20 et il marche en direction du nord
- 29:23 et finalement s'écroule
- 29:26 par la suite l'abbaye de Saint-Denis.
- 29:30 Pour assurer le salut de leur âme,
- 29:33 tous les rois de France vont vouloir être enterrés
- 29:36 au plus près des restes de Saint-Denis.
- 29:43 Si la basilique est célèbre dans le monde entier,
- 29:46 c'est parce qu'elle est la plus grande
- 29:49 nécropole royale d'Europe.
- 29:56 De Dagobert à Louis XVIII,
- 29:59 42 rois, 32 reines,
- 30:02 63 princes et princesses
- 30:05 y reposent dans des tombeaux
- 30:08 qui rivalisent de beauté
- 30:11 comme celui de François Ier
- 30:14 saisissant de réalisme
- 30:17 représenté en taille réelle.
- 30:26 L'un de ces tombeaux
- 30:29 est particulièrement émouvant,
- 30:32 celui de Louis XII
- 30:35 et d'âme de Bretagne.
- 30:48 Nous avons la représentation
- 30:51 du couple royal
- 30:55 en deux exemplaires
- 30:58 sous un dé avec arcade
- 31:01 les transis, c'est-à-dire
- 31:04 les corps des souverains morts
- 31:07 dans le plus cru réalisme
- 31:10 et en revanche à l'état supérieur
- 31:13 le roi et la reine
- 31:16 mais sans leurs attributs royaux
- 31:19 en prière comme Oran
- 31:23 A Saint-Denis,
- 31:26 le style gothique est né.
- 31:29 On sait désormais construire haut,
- 31:32 construire grand
- 31:35 et faire tenir des édifices
- 31:38 quasiment sans mur.
- 31:41 Toutes les bases sont posées
- 31:44 pour que s'imposent dans notre paysage
- 31:47 des monuments aux proportions démesurées
- 31:51 les plus prospères, les plus peuplées
- 31:54 et les plus religieuses.
- 31:57 Nous sommes à la fin du XIIe siècle,
- 32:00 le temps est venu des premières cathédrales.
- 32:08 Chartres, au beau milieu
- 32:11 des plaines de la Beauce.
- 32:14 Depuis 900 ans, on voit de très loin
- 32:17 cette cathédrale que l'on appelle ainsi
- 32:21 la cathédrale du Moyen-Âge.
- 32:24 Construite pour dominer
- 32:27 avec ses deux tours caractéristiques
- 32:30 des cathédrales du Moyen-Âge,
- 32:33 elle se repère à des kilomètres à la ronde.
- 32:36 Figurante au patrimoine mondial de l'humanité,
- 32:39 c'est un édifice absolument unique en France.
- 32:42 La seule cathédrale qui,
- 32:45 depuis le XIIIe siècle,
- 32:48 la seule qui a su résister
- 32:51 dans sa forme initiale aux secousses de l'Histoire
- 32:54 et aux ravages du temps.
- 32:57 En témoigne cet étonnant labyrinthe
- 33:00 parcouru par les fidèles au fil des siècles.
- 33:08 Et ses vitraux qui constituent
- 33:11 la merveille de la cathédrale.
- 33:14 Une collection unique au monde.
- 33:18 Les vitraux de Chartres
- 33:21 sont des barrières en apparence fragiles
- 33:24 mais qui sont en fait des rocs.
- 33:31 C'est le plus bel ensemble verrier
- 33:34 qui existe du XIIIe siècle.
- 33:37 Les vitraux de Chartres ont traversé
- 33:40 la guerre de cent ans, la guerre de religion,
- 33:43 les changements de goût à l'époque classique,
- 33:46 les restaurations, les deux guerres mondiales
- 33:49 puisqu'ils sont entièrement déposés
- 33:52 et réaffichés, c'est ainsi que s'expriment
- 33:55 les maîtres verriers en 1946-1947.
- 33:58 Des vitraux démontés, cachés
- 34:01 pendant la seconde guerre mondiale
- 34:04 puis remontés.
- 34:07 C'est grâce au génie humain
- 34:10 que les trésors de Chartres ont survécu.
- 34:13 Les vitraux verriers racontent
- 34:16 l'impressionnant travail des bâtisseurs de cathédrales.
- 34:19 Un travail qui s'est étalé ici sur 36 ans
- 34:22 et dont on prend la mesure en montant
- 34:25 les 300 marches qui mènent au-dessus du chœur.
- 34:35 Ici, à l'extérieur,
- 34:38 à plus de 40 mètres du sol
- 34:41 se trouvent des dizaines d'arcs boutants
- 34:44 bien plus fins et plus virevoltants
- 34:47 que ceux de la basilique Saint-Denis.
- 34:55 Des arcs conçus pour soutenir
- 34:58 mais aussi pour être beaux.
- 35:01 Du gothique classique, on est passé
- 35:04 au gothique flamboyant, avec toujours moins de murs
- 35:07 et toujours plus de lumière.
- 35:11 On peut, peut-être en provoquant,
- 35:14 dire que c'est essentiellement du feeling et de l'expérience.
- 35:17 Mais quel feeling, quelle expérience ?
- 35:20 C'est-à-dire qu'ils apprennent des chantiers précédents,
- 35:23 qu'ils leur laissent des clés sur les bonnes solutions
- 35:26 qui ont été trouvées et celles qui restent à poursuivre.
- 35:29 Ils savent aussi intuitivement
- 35:32 comment les forces vont s'exprimer
- 35:35 et ce qu'il faut pour assurer le coup
- 35:38 une fois que le bâtiment sort de terre.
- 35:44 Charpentiers, tailleurs de pierres,
- 35:47 maçons, maîtres verriers,
- 35:50 ceux qui ont travaillé ici étaient tous
- 35:53 des spécialistes de très haut niveau,
- 35:56 très bien payés, rémunérés à la tâche
- 35:59 et organisés en confréries itinérantes.
- 36:09 Mais la cathédrale de Chartres fait apparaître aussi
- 36:12 l'incroyable travail des sculpteurs.
- 36:17 Finis les fresques murales du début du Moyen-Âge.
- 36:20 Désormais, les représentations religieuses
- 36:23 se font par la pierre.
- 36:27 Au total, plus de 4000 sculptures sont réalisées.
- 36:30 Presque toutes d'origine
- 36:33 en cours de restauration aujourd'hui.
- 36:37 Elle constitue le plus grand trésor statuaire de France.
- 36:45 Les sculpteurs avaient un travail
- 36:48 extrêmement important à réaliser.
- 36:51 Généralement, on ne sculptait pas sur l'édifice achevé.
- 36:54 On sculptait en atelier et on assemblait ensuite
- 36:57 sur le monument, ce qui nécessitait
- 37:00 d'avoir une vision globale d'éléments
- 37:03 et ça nécessitait un travail préparatoire,
- 37:06 intellectuel ou en passant par des dessins
- 37:09 dont on ne garde aucune trace.
- 37:12 Mais la phase de l'assemblage est presque aussi importante
- 37:15 que la phase de la réalisation des œuvres.
- 37:21 Dans cette cathédrale, des sculptures
- 37:24 il y en a partout.
- 37:27 Ainsi, sur les portails, voit-on apparaître
- 37:30 une nouvelle manière de représenter le Christ
- 37:33 en ce que l'on appelle un beau Dieu.
- 37:36 Flamboyant,
- 37:39 serein, apaisé,
- 37:42 accueillant.
- 37:47 Une nouvelle manière aussi de représenter les saints
- 37:50 en statue-colonne, debout depuis 900 ans.
- 37:56 La statue-colonne, c'est une colonne
- 37:59 remplacée par une statue sur toute sa hauteur.
- 38:02 Ça va donner à ces statues un corps tout à fait effilé
- 38:05 et ça va permettre, progressivement,
- 38:08 à partir du milieu du XIIe siècle, l'époque à laquelle elles apparaissent,
- 38:11 ça va permettre à la statue
- 38:14 de retrouver sa place dans l'architecture.
- 38:17 La figure va sortir du mur et va reconquérir l'espace
- 38:20 et donc s'humaniser davantage.
- 38:25 L'ensemble des cathédrales était peinte
- 38:28 à l'intérieur et à l'extérieur.
- 38:31 Au Moyen-Âge, l'image, c'est à la fois l'image écrite,
- 38:34 l'image sculptée, l'image peinte, l'image sur le vitrail
- 38:37 et l'image, pour être vivante, a besoin de couleurs.
- 38:42 À Chartres, c'est un spectacle de polychromie
- 38:45 projeté sur les murs de la cathédrale
- 38:48 qui permet de retrouver les couleurs de l'époque,
- 38:51 aujourd'hui disparues.
- 38:55 Une manière, pour les spectateurs,
- 38:58 de se replonger avec émotion
- 39:01 dans les splendeurs du Moyen-Âge.
- 39:04 Une émotion que de nombreux fidèles retrouvent aussi
- 39:07 en venant contempler ce petit morceau de tissu
- 39:10 présenté à Chartres comme LA relique sacrée
- 39:13 sur laquelle repose depuis des siècles
- 39:16 toute la puissance spirituelle de la cathédrale.
- 39:19 Un fragment de voile
- 39:22 qui aurait appartenu à Marie, la mère de Jésus.
- 39:26 Aujourd'hui, le culte autour des reliques
- 39:29 peut faire sourire, mais à l'époque,
- 39:32 elles étaient incroyablement importantes,
- 39:35 considérées comme les trésors les plus mystérieux
- 39:38 de notre patrimoine sacré.
- 39:41 Des trésors que l'on ne peut comprendre
- 39:44 sans remonter le fil de l'histoire.
- 39:48 Dès le début de l'époque carolingienne
- 39:51 et tout au long du Moyen-Âge,
- 39:54 c'est au nombre de ces reliques
- 39:57 que se mesure la puissance d'une ville,
- 40:00 d'une église ou d'une abbaye.
- 40:03 Toutes s'arrachent le moindre petit morceau
- 40:06 d'os ou de tissu ayant appartenu à des saints,
- 40:09 des doigts, des dents,
- 40:12 tout ce qui, de près ou de loin,
- 40:15 était sacré, authentifié ou pas.
- 40:20 Le but, attirer des milliers de fidèles
- 40:23 et organiser autour de ces reliques
- 40:26 de gigantesques pèlerinages et d'immenses foires commerciales
- 40:29 qui rapportaient beaucoup d'argent.
- 40:34 Pour une abbaye, avoir une relique,
- 40:37 c'est l'assurance d'un rayonnement spirituel,
- 40:40 sans que ce soit de l'idolâtrie pour autant,
- 40:43 on en attend quelque chose,
- 40:46 puisque les reliques sont supposées apporter des bienfaits,
- 40:49 protéger, et effectivement,
- 40:52 il y a un intérêt marchand.
- 40:55 Les deux se conjuquent, si on peut dire.
- 40:59 Un culte qui donne lieu à des contes
- 41:02 pas toujours très nets.
- 41:05 Les historiens ont ainsi dénombré
- 41:08 plus de 30 corps de Saint-Georges,
- 41:11 12 têtes et 50 doigts de Saint-Jean-Baptiste,
- 41:14 dont 11 index de la main droite.
- 41:17 Des invraisemblances qui semblaient ne déranger personne à l'époque.
- 41:25 L'importance des reliques,
- 41:28 Charlemagne est le premier à l'avoir mesurée.
- 41:31 Au milieu de son règne, pour renforcer son image spirituelle,
- 41:34 il se procure la sainte tunique
- 41:37 qui aurait été portée par Jésus
- 41:40 et par Luclice.
- 41:43 Des fragments de vêtements très fragiles,
- 41:46 aujourd'hui conservés à la basilique d'Argenteuil,
- 41:49 et exceptionnellement sortis de leur reliquaire pour nous.
- 41:52 Un tissage de fil marron
- 41:55 fixé sur une étamine de laine blanche.
- 41:58 Cette étoffe, on sait qu'elle provient bien de Palestine,
- 42:01 mais son appartenance à Jésus
- 42:04 et sa datation d'origine n'ont pas été prouvées,
- 42:07 selon des analyses scientifiques au carbone 14.
- 42:14 Au XIIIe siècle, le très religieux Louis IX
- 42:17 va vouloir lui aussi acheter des reliques
- 42:20 pour asseoir son pouvoir, aussi bien religieux que politique.
- 42:23 Et pas n'importe lesquels.
- 42:26 Il va offrir à la France le trésor reliquaire
- 42:29 le plus précieux et le plus symbolique de la chrétienté.
- 42:38 Né en 1214
- 42:41 et mort en croisade à Tunis en 1270,
- 42:44 canonisé après sa mort,
- 42:47 Louis IX, que l'on connaît sous le nom de Saint Louis,
- 42:50 est avec Charlemagne l'un des souverains
- 42:53 qui a le plus contribué à faire de la France
- 42:56 la fille aînée de l'église.
- 42:59 Il avait des temps de prière
- 43:02 quasiment identiques à ceux des moines.
- 43:05 C'était quelqu'un qui priait la nuit,
- 43:08 qui priait la journée,
- 43:11 qui arrêtait son travail de roi pour se plonger dans la prière.
- 43:17 Il y a toute une histoire autour de sa nuit de noces
- 43:20 où on raconte que cette nuit-là,
- 43:23 il a prié plutôt que de consommer son mariage.
- 43:29 Il a, au cours de sa vie,
- 43:32 une relation avec Jésus-Christ
- 43:35 au point de s'assimiler au roi Christ,
- 43:38 au roi souffrant.
- 43:41 Il portait un silice,
- 43:44 un vêtement à la toile très rêche
- 43:47 de manière à se mortifier,
- 43:50 à se faire souffrir la peau.
- 43:53 Il s'administrait ou se faisait administrer la flagellation.
- 43:57 Ainsi, Saint Louis l'Exalté
- 44:00 va-t-il se lancer à corps perdu
- 44:03 dans l'achat d'un trésor d'une valeur inestimable,
- 44:06 le trésor de la passion constitué par les reliques
- 44:09 qui auraient été touchées par le Christ lors de la crucifixion.
- 44:16 L'un des clous qui était planté dans ses poignets,
- 44:21 un fragment du bois de la croix
- 44:24 dans laquelle il a été crucifié
- 44:30 et la couronne d'épines qui lui déchirait le front,
- 44:33 le tout enchassé dans des reliquaires d'or
- 44:36 et de pierres précieuses.
- 44:50 Un trésor qui, depuis Saint Louis,
- 44:53 depuis 800 ans, fait partie de notre patrimoine national.
- 44:56 Tellement symbolique qu'aujourd'hui encore
- 44:59 des millions de fidèles, venus de tous les pays,
- 45:02 se pressent pour le célébrer chaque 1er vendredi du mois
- 45:05 à Notre-Dame de Paris.
- 45:15 C'est cette ferveur-là, justement,
- 45:18 que le roi voulait créer en achetant ce somptueux trésor.
- 45:22 Faire de Paris une grande capitale de la chrétienté,
- 45:25 aussi bien sur le plan spirituel que politique.
- 45:31 Posséder les reliques de la Passion,
- 45:34 c'est pouvoir pratiquement faire de Paris la Nouvelle Jérusalem.
- 45:42 En 1237, donc, l'aventure commence.
- 45:45 Saint Louis part à la conquête de la fameuse couronne d'épines
- 45:48 qui appartenait jusque-là à Constantinople,
- 45:51 l'ancienne Istanbul.
- 45:54 Et pour abriter son trésor,
- 45:57 il va faire construire un monument extraordinaire
- 46:00 au sein même de son palais, la Sainte-Chapelle.
- 46:08 Située sur l'île de la cité,
- 46:11 en plein cœur de la résidence royale à l'époque,
- 46:14 aujourd'hui devenue le palais de justice de Paris,
- 46:17 Paris, classé au patrimoine mondial de l'humanité,
- 46:20 est unique en son genre.
- 46:26 C'est un écrin de verre imaginé comme un coffre-fort,
- 46:29 une somptueuse bulle de 650 m² de vitraux,
- 46:32 rouges, bleus et or.
- 46:36 Exposée ici, dans un hôtel lui-même en forme de chapelle,
- 46:39 trônait majestueusement la couronne d'épines
- 46:42 que le roi avait payée une fortune.
- 46:50 On ne peut pas comprendre la Sainte-Chapelle
- 46:53 si on ne comprend pas que ça a été construit
- 46:56 véritablement pour abriter la couronne d'épines.
- 46:59 On ne peut pas comprendre la couronne d'épines
- 47:02 si on ne comprend pas que ça a été construit
- 47:05 véritablement pour abriter ces reliques.
- 47:08 Et il y a un petit chiffre qui donne une idée
- 47:11 de l'importance des reliques pour l'homme du Moyen-Âge,
- 47:14 parce que je crois qu'aujourd'hui on a un peu du mal à le percevoir.
- 47:17 Le coût d'acquisition des reliques,
- 47:20 ça a été de 135 000 livres tournois,
- 47:23 ce qui représentait à peu près la moitié
- 47:26 du budget de France annuel à l'époque.
- 47:30 Trois fois plus d'argent dépensé pour acheter les reliques
- 47:33 que pour construire la somptueuse Sainte-Chapelle.
- 47:36 C'est dire si la couronne d'épines était exorbitante.
- 47:39 Car pour son écrin de verre,
- 47:42 Saint-Louis ne lésine sur rien.
- 47:45 Il veut que ce soit le plus beau chef-d'œuvre
- 47:48 du gothique rayonnant.
- 47:52 Le gothique rayonnant, c'est le moment
- 47:55 où on évide au maximum les murs.
- 47:58 On emploie tous les moyens qu'on peut
- 48:01 pour laisser le minimum de murs
- 48:04 et laisser la plus belle part au verre dans l'église.
- 48:07 On utilise toutes sortes de procédés
- 48:10 de telle sorte que ça soit véritablement des murs de lumière.
- 48:22 Il ne faudra que 7 ans pour faire dessiner,
- 48:25 découper, cercler et monter
- 48:28 ces 1113 vitraux aux formes géométriques.
- 48:31 1113 scènes bibliques et religieuses
- 48:34 parmi lesquelles l'achat,
- 48:37 le voyage
- 48:40 et l'arrivée des Saintes-Reliques à Paris.
- 48:43 C'est l'un des plus beaux moments
- 48:46 de l'histoire.
- 48:49 Après avoir transporté le trésor de la Passion
- 48:52 lui-même, pieds nus,
- 48:55 dans la plus grande dévotion,
- 48:58 Saint Louis venait prier auprès de lui
- 49:01 7 fois par jour dans cette chapelle palatine
- 49:04 que l'on appelle ainsi parce qu'elle était
- 49:07 dans l'enceinte du palais,
- 49:10 directement reliée aux appartements du roi,
- 49:13 exclusivement réservée à son usage personnel.
- 49:17 Et une fois par an, au moment de Noël,
- 49:20 installé au balcon de sa sainte chapelle,
- 49:23 il présentait ses reliques à son peuple
- 49:26 comme le symbole de son pouvoir absolu.
- 49:31 Aujourd'hui, 800 ans plus tard,
- 49:34 le trésor de la Passion déplacé à Notre-Dame de Paris
- 49:37 suscite toujours autant de ferveur,
- 49:40 preuve qu'il n'a rien perdu
- 49:43 de sa puissance d'antan.
- 50:14 La couronne d'épines
- 50:17 C'est une couronne couverte de fleurs de lys
- 50:20 et une couronne ajourée au travers de laquelle
- 50:23 on peut voir la relique à l'intérieur.
- 50:26 Vieux-le-Luduc va plus loin puisqu'il rajoute la partie basse
- 50:29 et cette partie basse évoque l'histoire de la couronne d'épines.
- 50:32 Devant nous, Saint Louis qui tient la couronne
- 50:35 et derrière, sur le côté gauche, par exemple,
- 50:38 Saint Hélène qui est censée avoir découverte
- 50:41 la couronne d'épines.
- 50:44 Continuons notre découverte de ce trésor, si vous le voulez bien.
- 50:49 Là, devant nous, nous avons une chasuble pontificale
- 50:52 de 1997 créée par Jean-Charles de Castelbajac
- 50:55 pour Jean-Paul II à l'occasion des JMJ,
- 50:58 les Journées Mondiales de la Jeunesse.
- 51:01 Exactement, il y avait eu lieu à Paris
- 51:04 et il y avait eu une grande cérémonie ici à Notre-Dame de Paris
- 51:07 et à cette occasion-là, lui avait été commandé
- 51:10 des vêtements liturgiques dont cette très belle chasuble
- 51:13 qui a été réalisée et portée pendant tout l'événement
- 51:16 par le pape Jean-Paul II.
- 51:19 Est-ce qu'aujourd'hui, vous, dans votre rôle d'inventaire
- 51:22 des objets d'art, vous allez toujours à la rencontre d'artistes
- 51:25 qui veulent vraiment créer des œuvres
- 51:28 pour l'Église ?
- 51:31 Bien sûr, il y a toujours des œuvres qui se font.
- 51:34 C'est très intéressant que les artistes se frontent
- 51:38 avec le regard du XXIe siècle.
- 51:41 J'étais hier soir dans l'atelier d'un artiste parisien,
- 51:44 d'origine chinoise, à qui nous avons commandé
- 51:47 une représentation de Notre-Dame de Chine
- 51:50 qui sera accrochée à l'intérieur de la cathédrale
- 51:53 dans quelques semaines.
- 51:56 Merci beaucoup, Laurent. Tous ces trésors que nous vous avons montrés
- 51:59 ont été commandés par l'Église, mais à la fin du Moyen-Âge,
- 52:02 dès le XVe siècle, les édifices religieux vont se remplir
- 52:05 de chefs-d'œuvres commandés cette fois par des donateurs privés,
- 52:08 des mécènes qui entendaient sûrement soulager leur âme
- 52:11 pour offrir à Dieu ce qu'ils avaient de plus beau.
- 52:23 Dans le centre de la Bourgogne,
- 52:26 Beaune est une ville célèbre pour ses vignobles,
- 52:29 mais aussi pour ses auspices aux tuiles vernissées.
- 52:35 Un bâtiment religieux d'un genre nouveau
- 52:38 que l'on appelle un hôtel-dieu.
- 52:43 Le Moyen-Âge s'achève, la Renaissance s'annonce,
- 52:46 la France a bien changé.
- 52:54 En 1443, sous le règne de Charles VII,
- 52:57 un homme richissime et trépieux,
- 53:00 Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne,
- 53:04 décide de faire construire un hôpital pour les pauvres,
- 53:07 entièrement financé par sa fortune personnelle.
- 53:10 Une nouvelle manière de se rapprocher de Dieu.
- 53:16 Nicolas Rolin est issu d'une famille bourgeoise d'Autun,
- 53:19 dans le duché de Bourgogne.
- 53:22 Il devient l'homme de confiance du duc de Bourgogne,
- 53:25 Philippe le Bon,
- 53:28 un des plus puissants princes d'Occident,
- 53:31 qui le nomme chancelier, c'est-à-dire une sorte de premier ministre,
- 53:34 et Nicolas Rolin profite de sa position
- 53:37 comme bras droit du duc pour s'enrichir.
- 53:43 Au Moyen-Âge, à cette époque-là, on ne pouvait pas être riche
- 53:46 et ne pas donner aux pauvres,
- 53:49 qui sont l'image du Christ souffrant sur terre.
- 53:52 C'était quelque chose de naturel,
- 53:55 et donc on donnait en proportion de sa fortune.
- 53:59 Gagner son paradis en finançant des bonnes œuvres,
- 54:02 mais aussi en offrant à Dieu des trésors.
- 54:05 Le 4 août 1443,
- 54:08 Nicolas Rolin lit ce document sur le parvis
- 54:11 de l'église Notre-Dame de Beaune.
- 54:14 C'est l'acte de fondation des Hospices,
- 54:17 un magnifique hôtel-dieu qu'il construit comme un palais,
- 54:20 avec sa femme, Guigonne de Salins.
- 54:24 Sous la partie en tuile vernissée,
- 54:27 duquel partaient une pharmacie, une cuisine
- 54:30 et les appartements des sœurs hospitalières.
- 54:34 Et de l'autre côté de la cour, sous ce toit en ardoise,
- 54:37 matériau noble et très onéreux à l'époque,
- 54:40 la salle des pauvres, composée de 30 lits et d'une chapelle.
- 54:49 C'est pour cette chapelle que Nicolas Rolin fait réaliser
- 54:52 l'un des plus grands tableaux religieux d'Europe par sa taille.
- 54:55 Un retable de 12 mètres carrés,
- 54:58 placé à l'époque derrière l'hôtel
- 55:01 et aujourd'hui exposé au public dans le musée des Hospices.
- 55:09 Voilà donc ce que les malades voyaient de leur lit,
- 55:12 un jugement dernier de 5,28 mètres de long
- 55:15 et 2,20 mètres de haut,
- 55:18 présenté en un polyptyque de neuf volets
- 55:21 et peint recto verso.
- 55:24 Le retable du jugement dernier, signé d'un grand nom
- 55:27 de la peinture primitive flamande, Roger van der Weyden.
- 55:32 Le retable du jugement dernier se trouvait sur le maître-hôtel
- 55:35 de la chapelle.
- 55:38 Il était fermé les jours ordinaires.
- 55:41 On pouvait voir les portraits de Nicolas Rolin et de Guigonne de Salin.
- 55:48 Et puis les jours de fête et les dimanches, il était ouvert
- 55:51 et donc on découvrait la grande scène du jugement dernier.
- 55:58 D'un côté, les âmes élues pour le paradis.
- 56:01 De l'autre, les hommes jetés en enfer.
- 56:04 Le thème du jugement dernier était parfait
- 56:07 pour une salle d'hôpital.
- 56:13 En contemplant ce Christ dans son grand manteau rouge,
- 56:16 les pieds posés sur un globe terrestre
- 56:19 et l'archange Saint Michel en train de peser les âmes,
- 56:22 les malades étaient invités à réfléchir sur leurs bonnes
- 56:25 et leurs mauvaises actions à l'approche d'une mort possible.
- 56:34 Invités surtout à prier pour se retrouver ici,
- 56:37 à la droite de Dieu, au paradis.
- 56:40 Au milieu des fleurs et des angelots souriants,
- 56:43 au pied d'une tour en or représentant la Jérusalem céleste.
- 56:50 Car du côté de l'enfer, c'est le cauchemar.
- 56:57 Et donc là, on voit des scènes un peu de crise collective
- 57:00 où les gens s'embordent les doigts
- 57:03 ou bien sont chassés, on les voit chassés comme Adam et Ève,
- 57:06 chassés du paradis.
- 57:09 Et puis donc ensuite, ils s'entraînent tous dans le gouffre
- 57:12 en se tirant de l'eau.
- 57:15 Et puis donc ensuite, ils s'entraînent tous dans le gouffre
- 57:18 en se tirant les cheveux, en s'agrippant
- 57:21 et donc dans une sorte de chaos et de bruit.
- 57:35 Ce tableau, Roger van der Weyden y a travaillé pendant 10 ans
- 57:38 utilisant les bois les plus précieux
- 57:41 et les peintures les plus éclatantes
- 57:44 pour ce trésor que le chancelier Rollin a payé une fortune.
- 57:50 Offrir à Dieu ce que l'on a de plus beau,
- 57:53 financer les artistes religieux les plus prestigieux
- 57:56 ou commander les chapelles les plus grandioses,
- 57:59 c'est une mode qui va sévir chez les grandes Europes,
- 58:02 en France, en Italie, en Espagne,
- 58:05 tout au long de la Renaissance et des siècles qui vont suivre.
- 58:09 Un courant qui trouve son apogée à Versailles
- 58:12 sous le règne de Louis XIV.
- 58:15 Le roi soleil veut briller sur la terre comme au ciel.
- 58:18 Pour son somptueux palais,
- 58:21 il va vouloir la plus belle des chapelles,
- 58:24 toute de marbre, d'or et de peinture.
- 58:34 Vice-Dieu, roi très chrétien et maître absolu dans son royaume,
- 58:37 n'ayant de compte à rendre qu'au ciel,
- 58:40 c'est ainsi que se présentait Louis XIV,
- 58:43 conseillé par le très pieux cardinal Mazarin.
- 58:52 En 1687, sentant la fin de sa vie approchée,
- 58:55 il décide de magnifier le divin à Versailles
- 58:58 en y faisant construire le seul trésor qui y manquait encore,
- 59:01 une chapelle royale.
- 59:04 Un projet destiné à servir tout autant sa dévotion
- 59:07 que sa puissance.
- 59:25 C'est le chantier le plus ambitieux du règne de Louis XIV à Versailles.
- 59:28 Le roi très chrétien, le roi de France,
- 59:31 veut affirmer sa piété publique par cet édifice
- 59:34 et ainsi se poser comme un modèle
- 59:37 aux yeux des autres souverains d'Europe
- 59:40 qui serrent tous des chapelles dans leur palais
- 59:43 mais pas de cette ampleur, pas de cette magnificence.
- 59:46 De tous les chantiers de Versailles,
- 59:49 c'est celui qui a coûté le plus cher.
- 59:52 On est à la somme de 2 500 000 livres.
- 59:55 Quand on compare avec les autres parties du château,
- 59:58 la Galerie des Glaces, qui est l'autre fleuron de Versailles,
- 1:00:01 elle n'a coûté, si je puis dire, que 800 000 livres.
- 1:00:13 Donc, vous voyez, l'échelle est tout à fait différente.
- 1:00:18 Une chapelle trois fois plus chère
- 1:00:21 que la célèbre Galerie des Glaces.
- 1:00:24 Pour témoigner de son attachement à Dieu,
- 1:00:27 Louis XIV fait appel au grand architecte du château de Versailles,
- 1:00:30 Jules-Ardouin Mansart,
- 1:00:33 l'homme qui a conçu l'ensemble du palais
- 1:00:36 comme le plus beau trésor architectural du monde.
- 1:00:41 Le roi lui commande un édifice puissant.
- 1:00:44 Mansart utilise donc le style classique
- 1:00:47 qui primait à l'époque.
- 1:00:53 La manière de construire une église se rapproche ici de la Rome antique.
- 1:00:56 Au sol, d'innombrables variétés de marbres
- 1:00:59 venus d'Italie.
- 1:01:04 Pour symboliser le pouvoir du roi,
- 1:01:07 d'imposantes colonnes.
- 1:01:11 Et un extraordinaire plafond peint à la manière
- 1:01:14 de la chapelle Sixtine, à Rome.
- 1:01:30 C'est ici, au premier étage,
- 1:01:33 entouré de ces colonnes et au-dessous du Saint-Esprit,
- 1:01:36 que Louis XIV assistait tous les matins
- 1:01:39 à la messe de dix heures.
- 1:01:42 Lui, en haut, à la tribune.
- 1:01:45 La cour, en bas, dans la nef.
- 1:01:48 Arrivé à la chapelle, il se place à la tribune,
- 1:01:51 donc au premier étage.
- 1:01:54 Et il va rester là, à genoux,
- 1:01:57 assistant à une messe qui est dite à voix basse
- 1:02:00 par le célébrant au rez-de-chaussée de la chapelle,
- 1:02:03 une messe qui dure une demi-heure
- 1:02:06 et qui est accompagnée par la musique du roi
- 1:02:09 qui exécute, pendant cette messe,
- 1:02:12 un ou plusieurs motets,
- 1:02:15 c'est-à-dire des psaumes mis en musique.
- 1:02:18 Lors des grandes fêtes religieuses,
- 1:02:21 le roi descendait de sa tribune
- 1:02:24 et venait s'agenouiller ici,
- 1:02:27 au pied de cette coulée d'or qui descendait du plafond,
- 1:02:30 l'orgue et ce maître-hôtel considéré
- 1:02:33 comme le plus beau de France.
- 1:02:36 Achevé en 1710,
- 1:02:39 cinq ans avant la mort de Louis XIV,
- 1:02:43 la chapelle royale est une forme de testament,
- 1:02:46 un trésor qu'il lègue à ses successeurs,
- 1:02:49 Louis XV puis Louis XVI
- 1:02:52 qui viendra y prier jusqu'à ses dernières heures à Versailles.
- 1:02:59 Car en 1789 survient la Révolution,
- 1:03:02 grande ennemie de la religion.
- 1:03:05 Tandis que la monarchie est décapitée,
- 1:03:08 notre patrimoine sacré bascule dans le chaos.
- 1:03:12 Le culte est interdit,
- 1:03:15 les communautés monastiques sont dissoutes,
- 1:03:18 les églises et les cathédrales sont pillées,
- 1:03:21 les statues cassées,
- 1:03:24 les grandes abbayes transformées en bâtiments publics.
- 1:03:30 Un immense saccage
- 1:03:33 qui ne parviendra pas à faire disparaître ces innombrables trésors.
- 1:03:36 En 1801,
- 1:03:40 Napoléon signe le Concordat
- 1:03:43 qui réinstaure le catholicisme
- 1:03:46 comme la religion de la majorité des Français.
- 1:03:49 Une grande politique de restauration commence.
- 1:03:55 L'architecte qui va remettre sur pied nos plus beaux édifices
- 1:03:58 s'appelle Eugène Viollet-le-Duc.
- 1:04:01 Le début de sa mission commence ici,
- 1:04:04 à Notre-Dame de Paris.
- 1:04:07 De là, de la cathédrale du Moyen-Âge,
- 1:04:10 il ne reste quasiment plus rien.
- 1:04:16 Chef-d'œuvre de l'art gothique édifié au XIIe siècle
- 1:04:19 sur l'île de la Cité,
- 1:04:22 cette cathédrale offre un triste visage à la fin de la Révolution.
- 1:04:28 Mais en 1831, un roman signé Victor Hugo
- 1:04:31 bouleverse le cœur des Français.
- 1:04:34 C'est le célèbre Notre-Dame de Paris,
- 1:04:37 un ouvrage qui va sauver la cathédrale.
- 1:04:43 Victor Hugo, c'est le premier au XIXe siècle
- 1:04:46 à avoir tissé à nouveau du lien affectif entre la ville et la cathédrale.
- 1:04:49 Par le biais d'un roman, par le biais de personnages forts
- 1:04:52 comme Esmeralda, Quasimodo, en fait, il renoue les fils
- 1:04:55 qui s'étaient un peu distendus entre la ville et la cathédrale au XVIIIe siècle.
- 1:04:58 C'est-à-dire que le romantisme permet à nouveau de donner un sens
- 1:05:01 à cette architecture gothique au sein de la ville.
- 1:05:08 En 1831, quand le roman est publié,
- 1:05:11 Notre-Dame de Paris est dans un état d'élabrement avancé.
- 1:05:14 Il y a des désordres dans les arcs boutants,
- 1:05:17 il y a des pierres qui tombent,
- 1:05:20 il y a des endroits où la couverture n'est plus d'aplomb,
- 1:05:23 le portail est mutilé, on a des plantes qui poussent sur les toitures,
- 1:05:26 la flèche a été démontée juste avant la Révolution,
- 1:05:29 évidemment, c'est un édifice qui n'est pas présentable
- 1:05:32 aux yeux des attentes des romantiques sur le Moyen-Âge.
- 1:05:35 C'est à un architecte romantique,
- 1:05:38 fantasque et autodidacte que l'on va confier
- 1:05:41 la restauration de la cathédrale en 1844,
- 1:05:44 13 ans après la sortie du roman.
- 1:05:47 Eugène Viollet-le-Duc a appris son métier
- 1:05:50 loin des beaux-arts. Épris de liberté,
- 1:05:53 il ne veut pas simplement restaurer l'édifice,
- 1:05:56 il veut réinventer le Moyen-Âge
- 1:05:59 tel que lui se l'imagine,
- 1:06:02 fantasmagorique, étrange, mystérieux.
- 1:06:07 C'est ainsi que vont naître les célèbres chimères.
- 1:06:10 Fantasmées de toutes pièces par l'architecte,
- 1:06:13 elles sont aujourd'hui connues dans le monde entier.
- 1:06:19 Une chimère, c'est un animal fantastique
- 1:06:22 résultant généralement de l'assemblage de plusieurs animaux
- 1:06:25 et qui renvoie à l'imaginaire médiéval
- 1:06:28 et derrière l'imaginaire médiéval aux monstres de l'Antiquité
- 1:06:31 comme les sphinxes ou les harpies.
- 1:06:34 Viollet-le-Duc va dessiner ses chimères
- 1:06:37 à partir de l'imaginaire qui était le sien
- 1:06:40 dans lequel on peut imaginer qu'il y a un peu de Goya,
- 1:06:43 un peu de Victor Hugo, un peu de roman médiéval.
- 1:06:56 Les chimères sont disposées par dizaines
- 1:06:59 tout autour des deux tours
- 1:07:02 et contemplent majestueusement la capitale
- 1:07:05 à 70 mètres du sol
- 1:07:08 accompagnée des gargouilles disservées de gouttières.
- 1:07:18 Elle garde aussi la flèche
- 1:07:21 achevée en 1852 après 8 ans de travaux.
- 1:07:24 L'autre grande invention de Geneviolet-le-Duc.
- 1:07:27 De nouveau, l'architecte fantasme le Moyen-Âge
- 1:07:30 en faisant monter au-dessus du cœur
- 1:07:33 une immense pointe de 96 mètres de haut
- 1:07:36 travaillée comme de la dentelle
- 1:07:39 et surmontée d'un coq dans lequel seront placées des reliques
- 1:07:42 pour un effet paratonnaire spirituel.
- 1:07:45 Autour de la flèche,
- 1:07:48 les douze apôtres en cuivre.
- 1:07:51 Clin d'œil de l'architecte,
- 1:07:54 il se fait représenter en personne
- 1:07:57 sous les traits de Saint Thomas, écart à la main
- 1:08:00 comme en contemplation devant son œuvre.
- 1:08:03 Une créativité débordante qui s'arrête là.
- 1:08:06 Pour la façade de la cathédrale,
- 1:08:09 la fantaisie n'est pas de mise.
- 1:08:12 On ne plaisante pas avec les figures religieuses
- 1:08:15 restaurées exactement comme au Moyen-Âge.
- 1:08:18 La cathédrale représentée en beau-dieu comme à Chartres,
- 1:08:21 la Vierge Marie auréolée par la Rose
- 1:08:27 et la Galerie des Rois, fidèle reconstitution.
- 1:08:38 Ce chantier gigantesque à l'extérieur comme à l'intérieur
- 1:08:41 va durer 20 ans.
- 1:08:45 Pour la première fois de l'histoire,
- 1:08:48 un architecte seul est aux commandes de l'ensemble de l'ouvrage.
- 1:08:51 Il dessine ou redessine toutes les sculptures,
- 1:08:54 les peintures, les vitraux.
- 1:08:57 Eugène Viollet-le-Duc,
- 1:09:00 architecte star et tout-puissant,
- 1:09:03 c'est le début de l'époque moderne.
- 1:09:06 Parmi ces grandes restaurations,
- 1:09:09 Notre-Dame de Reims,
- 1:09:12 le Sacre des Rois,
- 1:09:15 un édifice unique dans notre patrimoine
- 1:09:18 en raison de sa portée symbolique.
- 1:09:26 Située au centre de la ville,
- 1:09:29 en plein cœur de la Champagne,
- 1:09:32 la cathédrale Notre-Dame de Reims symbolise à elle toute seule
- 1:09:35 le lien spirituel extrêmement fort
- 1:09:38 qui a toujours uni les rois de France à l'Église catholique.
- 1:09:41 Un lien qui se dise dès le Vème siècle
- 1:09:44 lorsque Clovis, roi des Francs,
- 1:09:47 choisit de se faire baptiser en l'Église de Reims.
- 1:09:57 Pour comprendre pourquoi Reims est devenue la ville du Sacre,
- 1:10:00 une ville royale par excellence,
- 1:10:03 il faut remonter au baptême de Clovis.
- 1:10:06 Tout commence là, et à l'endroit même où nous sommes
- 1:10:09 dans la cathédrale de Reims de l'époque,
- 1:10:12 face à cette église gothique, bien évidemment.
- 1:10:15 Et c'est ici que Clovis reçoit le baptême des mains de l'évêque Saint-Rémy.
- 1:10:18 Le Sacre du Roi, qui s'est ensuite enraciné à Reims,
- 1:10:21 s'explique par ce souci de renouer la chaîne des temps.
- 1:10:24 Les rois sont venus sur les pas
- 1:10:27 de celui qui était considéré comme le fondateur du Royaume des Francs.
- 1:10:33 Pour s'inscrire dans la tradition,
- 1:10:36 les rois français et français de l'époque française et française,
- 1:10:39 presque, vont venir se faire sacrer ici, par l'archevêque.
- 1:10:42 En 1825, c'est la restauration.
- 1:10:45 Charles X, qui sera le dernier roi de France,
- 1:10:48 arrive à Reims pour une cérémonie festueuse.
- 1:10:51 Il veut tout faire dans la plus grande tradition royale.
- 1:10:58 Nombreux sont les trésors
- 1:11:01 qui restent de ce tout dernier Sacre de l'Histoire.
- 1:11:04 Le Sacre du Roi est signé par le carrosse du roi.
- 1:11:07 Entièrement couvert de feuilles d'or,
- 1:11:10 garni de velours de soie et de broderies précieuses,
- 1:11:13 il est conservé dans la galerie des carrosses de Versailles.
- 1:11:16 C'est lui qui fait son entrée dans la ville.
- 1:11:19 A l'extérieur comme à l'intérieur,
- 1:11:22 la cathédrale a été spécialement décorée pour l'occasion.
- 1:11:25 Parée de tentures et d'un porche royal plaqué sur l'édifice,
- 1:11:28 la cérémonie du Sacre,
- 1:11:31 est la plus somptueuse qui soit.
- 1:11:34 La cathédrale, dans une certaine mesure,
- 1:11:37 devient le théâtre de la magnificence royale.
- 1:11:48 Les invités sont très nombreux.
- 1:11:51 Je pense à un invité célèbre, Victor Hugo,
- 1:11:54 qui était tout jeune à l'époque, mais déjà célèbre.
- 1:11:57 Il a vu un billet pour venir au Sacre.
- 1:12:00 Il est venu à ma loge, comme s'il se croyait au théâtre.
- 1:12:03 Il y a un peu de ça quand on regarde ces images.
- 1:12:06 Un théâtre de magnificence, un grand spectacle de la royauté.
- 1:12:17 Au pied de cet hôtel, dont la croix et les chandeliers
- 1:12:20 ont été spécialement fabriqués pour Charles X,
- 1:12:23 le roi prend place.
- 1:12:27 Le Sacre peut commencer.
- 1:12:30 Il aura lieu avec des objets conservés à Reims,
- 1:12:33 comme la Sainte Ampoule,
- 1:12:36 qui contient de l'huile ayant servi au baptême de Clovis.
- 1:12:39 Elle servira pour l'onction.
- 1:12:42 Le roi est dépouillé de ses vêtements.
- 1:12:45 Il arrive avec une camisole, une tunique,
- 1:12:48 très simple, de couleur blanche.
- 1:12:51 Et pour les onctions,
- 1:12:54 il va devoir se dépouiller.
- 1:12:57 Il va falloir aussi qu'il se prosterne.
- 1:13:00 Comme nous le voyons encore aujourd'hui dans les ordinations
- 1:13:03 de diacres, de prêtres ou d'évêques,
- 1:13:06 l'ordinant implore la protection des saints.
- 1:13:13 Une fois qu'il s'est relevé de cette longue prière,
- 1:13:16 le roi reçoit les onctions
- 1:13:19 avec l'huile de la Sainte Ampoule.
- 1:13:22 Il reçoit des onctions multiples sur la tête,
- 1:13:25 sur la poitrine, entre les épaules,
- 1:13:28 aux jointures des bras et, après qu'il ait été
- 1:13:31 revêtu de son manteau, sur les mains.
- 1:13:34 C'est comme si cette huile marquant la grâce
- 1:13:37 de Dieu descendait sur tous les sièges vitaux
- 1:13:40 de son corps.
- 1:13:46 Après ces onctions, le roi est revêtu
- 1:13:49 avec les insignes du pouvoir, le grand manteau
- 1:13:52 de couleur Yassin, de fleur d'Elysée,
- 1:13:55 que nous conservons encore.
- 1:14:00 Et puis les insignes, l'anneau, le sceptre
- 1:14:03 et la main de justice et la couronne
- 1:14:06 qui lui est remise solennellement.
- 1:14:09 Le roi est ainsi paré de tous ces insignes.
- 1:14:20 Couronné, sacré, Charles X quitte alors l'hôtel
- 1:14:24 et traverse la nef pour aller se placer à la tribune
- 1:14:27 sur son trône. C'est là qu'il devient
- 1:14:30 officiellement roi.
- 1:14:33 La foule l'acclame, les oiseaux sont lâchés
- 1:14:36 dans la cathédrale.
- 1:14:40 S'en suivra alors un festin immense,
- 1:14:43 organisé dans cette salle du Palais du Tau,
- 1:14:46 l'ancien palais de l'archevêque, aujourd'hui devenu un musée.
- 1:14:51 Charles X est le dernier des 30 rois de France
- 1:14:54 à avoir été sacré à Reims dans le strict respect
- 1:14:57 de la règle, du rituel et de la tradition.
- 1:15:01 La cérémonie du sacre marque l'attachement
- 1:15:04 de l'église aux valeurs immuables,
- 1:15:07 une force qui lui a permis de traverser l'histoire.
- 1:15:17 Le sacre de Charles X a été ponctué
- 1:15:20 de grands morceaux de musique joués à l'orgue.
- 1:15:23 En parlant d'orgue, je voulais vous présenter
- 1:15:26 le grand orgue de Notre-Dame de Paris
- 1:15:29 qui se trouve juste devant vous
- 1:15:32 et qui s'est embelli, enrichi au fil des siècles.
- 1:15:36 Sa dernière restauration remonte à 1992
- 1:15:39 même si on trouve encore des pièces d'origine
- 1:15:42 qui remontent à l'époque médiévale.
- 1:15:45 Alors pour vous le présenter en quelques mots,
- 1:15:48 il comporte 115 jeux, 5 claviers,
- 1:15:51 près de 8000 tuyaux et c'est probablement
- 1:15:54 l'orgue le plus célèbre au monde.
- 1:15:57 Il s'agit d'un orgue qui a été construit
- 1:16:00 dans les années 60 et 70,
- 1:16:03 c'est l'orgue le plus célèbre au monde.
- 1:16:06 Il est utilisé dans les cérémonies les plus fastueuses.
- 1:16:09 Des fastes qui sont loin de l'ambiance monacale
- 1:16:12 qui se dégage d'un autre monument mythique
- 1:16:15 que nous allons découvrir ensemble.
- 1:16:18 Il s'agit bien sûr de l'abbaye du Mont-Saint-Michel
- 1:16:21 qui elle aussi a été restaurée
- 1:16:24 par des élèves de Viollet-le-Duc au XIXe siècle.
- 1:16:34 Nous sommes en Normandie,
- 1:16:37 comme sur un paquebot de pierres.
- 1:16:40 Au milieu d'une baie balayée par les vents
- 1:16:43 et par les marées redoutables,
- 1:16:46 c'est l'abbeye de l'Occident chrétien.
- 1:16:49 Depuis l'an 700,
- 1:16:52 c'est-à-dire depuis 14 siècles,
- 1:16:55 une église est jugée comme la plus grande
- 1:16:58 de l'Occident chrétien.
- 1:17:01 On est ici sur un site
- 1:17:04 dont la singularité géologique
- 1:17:07 a depuis la nuit des temps fasciné l'humanité.
- 1:17:10 Il est clair que ce lieu,
- 1:17:13 par cette dimension presque pyramidale
- 1:17:16 d'un rocher implanté dans l'abbaye,
- 1:17:19 a fasciné et a aussi été le terreau
- 1:17:22 à l'émergence de la foi
- 1:17:25 et de l'humanité.
- 1:17:29 Dès 1708, ce songe d'Aubert,
- 1:17:32 où Aubert, évêque d'Avranches,
- 1:17:35 reçoit nuitamment en songe
- 1:17:38 la visite de Saint Michel lui-même,
- 1:17:41 est le point de départ d'une histoire
- 1:17:44 qui façonne le lieu jusqu'à nos jours.
- 1:17:47 Sur ce petit sanctuaire édifié
- 1:17:50 tout en haut du rocher,
- 1:17:53 l'abbeye de l'Occident chrétien
- 1:17:56 est l'un des plus importants
- 1:17:59 de l'histoire du monde.
- 1:18:02 Une abbaye romane va fleurir au Xe siècle,
- 1:18:05 siège d'une communauté de moines bénédictins.
- 1:18:08 Le monument ne va alors plus cesser de grandir.
- 1:18:11 Douze fois endommagé par des incendies,
- 1:18:14 notamment dus à la foudre,
- 1:18:17 il va être douze fois reconstruit
- 1:18:20 et solidement restauré
- 1:18:24 à la fin du XIXe siècle
- 1:18:27 par les élèves de Geneviolet-le-Duc.
- 1:18:30 Aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'humanité,
- 1:18:33 l'abbaye du Mont-Saint-Michel
- 1:18:36 est devenu l'un des lieux de pèlerinage
- 1:18:39 les plus célèbres qui soient.
- 1:18:42 Comme tous les autres monuments religieux de France,
- 1:18:45 c'est un lieu en activité,
- 1:18:48 un lieu où des messes sont organisées toute l'année.
- 1:18:52 Les fratères du Mont-Saint-Michel
- 1:18:55 et les fratères du Mont-Saint-Michel
- 1:18:58 sont les plus célèbres.
- 1:19:01 Il est six heures du matin,
- 1:19:04 les habitants du mont ne sont pas encore réveillés.
- 1:19:07 La première prière du jour,
- 1:19:10 les laudes, s'ouvrent dans le calme,
- 1:19:13 loin des tumultes du monde.
- 1:19:21 Les laudes
- 1:19:24 Les laudes
- 1:19:27 Les laudes
- 1:19:31 Les laudes
- 1:19:34 Les laudes
- 1:19:37 Les laudes
- 1:19:42 L'office des laudes, c'est notre premier office de la journée.
- 1:19:45 Laude, ça vient de louange.
- 1:19:48 Laude, c'est sa journée dans la louange du Seigneur, la louange du Créateur,
- 1:19:51 avec le jour qui se lève.
- 1:19:54 C'est évidemment magnifique dans cette abbatiale, orientée vers l'Est,
- 1:19:57 quand le soleil, le vent, vient éclairer les vitraux, les visages.
- 1:20:00 On est tout radieux de la beauté de la Création.
- 1:20:03 Pour la liturgie, nous les sœurs, on va revêtir une cape blanche,
- 1:20:06 et les frères, eux, vont revêtir une coule, une aube blanche.
- 1:20:09 C'est le symbole de la Liturgie.
- 1:20:12 C'est le symbole de la Liturgie.
- 1:20:15 C'est le symbole de la Liturgie.
- 1:20:29 Une fois le jour levé, voilà donc à quoi ressemble la vie ici.
- 1:20:32 Une fois le jour levé, voilà donc à quoi ressemble la vie ici.
- 1:20:35 Les grandes marées qui ponctuent la journée.
- 1:20:38 La vue que l'on a des terrasses de l'abbaye.
- 1:20:41 La vue que l'on a des terrasses de l'abbaye.
- 1:20:44 La vue que l'on a des terrasses de l'abbaye.
- 1:20:50 Le Petit jardin potager des sœurs.
- 1:20:52 Le Petit jardin potager des sœurs.
- 1:20:56 Tout appelle à la spiritualité et au contact avec les éléments, la mer le Ciel.
- 1:21:01 Tout appelle à la spiritualité et au contact avec les éléments, la mer le Ciel.
- 1:21:05 Après un repas pris en silence, il est l'heure de remonter dans la Bastiale pour une nouvelle prière,
- 1:21:13 dans une église cette fois remplie de pèlerins et de touristes.
- 1:21:19 Les Fraternités de l'Ordre de Jérusalem ne sont pas une communauté monastique comme les autres.
- 1:21:24 Leur but n'est pas de vivre hors du monde, mais d'être au contraire au cœur des foules.
- 1:21:35 Il y a dans la conscience collective que la vie monastique c'est une façon de quitter le réel, de fuir le monde.
- 1:21:43 Je peux vous garantir que notre quotidien c'est pas du tout ça.
- 1:21:48 Notre accueil ici des pèlerins, des visiteurs, se fait principalement par la liturgie.
- 1:21:53 En accueillant à l'office d'élaude le matin, à la messe à midi, au vepre le soir,
- 1:21:58 et éventuellement aussi pour des groupes qui manifestent l'intérêt de rencontrer la communauté.
- 1:22:05 À ce lieu magique est l'habiter d'une spiritualité forte.
- 1:22:10 Telle est la mission des Fraternités de l'Ordre de Jérusalem chaque jour.
- 1:22:24 Mais la force de notre patrimoine sacré est aussi de ne pas être figé dans le temps.
- 1:22:30 Il se transforme et évolue au fil des époques.
- 1:22:34 C'est ainsi qu'au milieu du XXème siècle, l'Église va s'ouvrir aux grands artistes contemporains.
- 1:22:40 Un vent de renouveau, un modernisme inédit.
- 1:22:44 En 1948, Henri Matisse est le premier à ouvrir la voie.
- 1:22:49 Avance, près de Nice, le célèbre peintre très âgé se lance dans une œuvre magistrale.
- 1:22:55 L'œuvre qui marquera la fin de sa vie.
- 1:22:59 Matisse, en 1943, s'installe à Vence.
- 1:23:03 C'est un homme vieux, il a pas loin de 80 ans, un homme fatigué, un homme malade.
- 1:23:09 Et il prend pour s'occuper de lui une infirmière, Monique Bourgeois.
- 1:23:17 Elle rentre dans les ordres et devient une infirmière.
- 1:23:22 Elle rentre dans les ordres et devient dominicaine.
- 1:23:26 Avance dans le couvent de Vence.
- 1:23:28 Continuant à soigner Matisse, elle lui parle un jour de son envie de décorer l'oratoire du couvent des Dominicaines de Vence.
- 1:23:37 Matisse saisit l'occasion et lui dit,
- 1:23:41 « Mais enfin, je peux vous aider, je peux même construire une chapelle et la décorer entièrement pour vous. »
- 1:23:49 Et l'idée est partie comme ça.
- 1:23:57 C'est un moment de sa vie où effectivement il n'a plus la force physique de peindre.
- 1:24:03 On le voit souvent avec une grande tige, avec au bout un pinceau.
- 1:24:08 Il est là, maladroit et pourtant très sûr de lui, parce que c'est quand même Matisse, c'est pas n'importe qui.
- 1:24:15 Et qui de loin, comme ça, fait quelques traits et c'est absolument extraordinaire.
- 1:24:21 Ainsi va naître la chapelle du Roser.
- 1:24:24 Mi-église, mi-musée.
- 1:24:28 Du sol au plafond.
- 1:24:30 La forme extrêmement simple du bâtiment qu'il dessine avec l'un des grands architectes des années 50, Auguste Perret.
- 1:24:38 Les vitraux éclatants de ces fameuses couleurs vives qui caractérisent l'ensemble de son œuvre.
- 1:24:44 L'autel, les bancs, les objets liturgiques et ce chemin de croix qui raconte 14 moments forts de la souffrance du Christ.
- 1:24:54 Tout est vu avec un œil neuf.
- 1:24:57 Le chemin de croix a été dessiné sur un seul panneau, sur une mosaïque de céramique.
- 1:25:04 C'est un chemin de croix très stylisé, à la manière Matisse, où en quelques traits, il arrive à suggérer un personnage, une attitude, une émotion.
- 1:25:16 Et on a du mal d'abord à voir que c'est un chemin de croix.
- 1:25:20 Il faut rester devant un certain temps pour s'apercevoir qu'il y a toutes les petites stations qui courent tout au long de la céramique.
- 1:25:27 Les plus grands noms du XXe siècle vont suivre le mouvement et concevoir eux aussi des chapelles empreintes d'une âme particulière.
- 1:25:44 Il y a ceux aussi qui ont été sollicités par l'Église pour éclairer d'un jour nouveau l'art du vitrail.
- 1:26:07 En 1974, Marc Chagall dessine des vitraux pour la cathédrale de Reims.
- 1:26:18 En 1994, Pierre Soulages réalise à son tour 106 verrières.
- 1:26:30 Très connu pour ses peintures noires, totalement noires, il a fait ici le pari du vert blanc pour une lumière grise, naturelle, irisée, qui varie avec les heures du jour.
- 1:26:43 Les vitraux de Soulages comptent aujourd'hui parmi les plus célèbres du monde.
- 1:26:51 Enfin, il y a le tout dernier né des trésors religieux français.
- 1:26:56 Achevé il y a deux ans, il se trouve dans la cathédrale d'Angoulême et est signé Jean-Michel Autoniel, mondialement connu pour ses réalisations en perles de verre.
- 1:27:07 Pour mettre en valeur des objets liturgiques du XIXe siècle, encensoir, ostensoir ou vierge en stuc, il a créé tout un univers de bleu, de doré, de noir et d'argent.
- 1:27:20 Un fabuleux décorum qui charge le sacré d'une émotion nouvelle.
- 1:27:28 Elle est présente dans mon travail, c'est-à-dire que je crois qu'il y a cette idée que l'oeuvre d'art est faite pour vous élever.
- 1:27:36 C'est une chose auquel je crois, l'oeuvre d'art contemporaine, c'est-à-dire que quand on voit une oeuvre, on est un petit peu différent qu'avant.
- 1:27:44 Donc cette notion-là, pour moi, elle est proche du sacré et donc c'est vraiment dans ce sens-là que j'ai travaillé le projet.
- 1:27:50 C'est-à-dire que j'ai mis plutôt en avant le sacré que le religieux.
- 1:27:57 Ainsi, les chefs-d'oeuvre de notre patrimoine sacré continuent-ils à traverser les âges ?
- 1:28:03 Certains presque effacés comme les fresques carolingiennes de Chauvigny.
- 1:28:08 D'autres, impeccablement restaurés comme les vitraux de la Sainte-Chapelle.
- 1:28:13 Il y a ceux qui attirent les foules et ceux dont seuls les historiens connaissent les secrets.
- 1:28:21 Ceux qui sont jalousement gardés et ceux qui s'imposent magistralement au cœur des villes.
- 1:28:28 S'ils ont su résister autant à ces tempêtes et ces tumultes, c'est parce qu'ils ont une âme.
- 1:28:35 Quelque chose de fort et de fragile à la fois, c'est leur secret.
- 1:28:40 Il faut le protéger.
- 1:28:43 Il faut le sauver.
- 1:28:49 Finalement, ces trésors sont assez fragiles.
- 1:28:52 Malgré des structures imposantes pour certains et leurs fonctions divines,
- 1:28:56 ils n'ont cessé de briller, bien sûr, mais aussi de souffrir depuis plus de 2000 ans d'histoire.
- 1:29:02 Et pour que l'histoire ne s'arrête pas, il faut savoir les protéger et les restaurer.
- 1:29:07 Pour les sauver, il faut accepter parfois de les vendre et de les laisser partir vers une vie civile.
- 1:29:13 Toutefois, ces trésors du patrimoine sacré entendent bien traverser le temps.
- 1:29:18 Et ce qui les unit, ce sont ces histoires et ces légendes
- 1:29:21 qui se transmettent de génération en génération depuis plus de 20 siècles.
- 1:29:37 Sous-titrage Société Radio-Canada
Le documentaire "Les Trésors de l'art sacré" offre une exploration approfondie du vaste patrimoine religieux de la France, qui compte près de 90 000 édifices et d'innombrables chefs-d'œuvre artistiques. Il débute en mettant en lumière des sites emblématiques tels que Notre-Dame de Paris, soulignant leur renommée mondiale et leur affluence, et présente les diverses formes d'art sacré – vitraux, sculptures, peintures, reliques – toutes intimement liées à l'histoire de France. Le récit retrace l'évolution du christianisme en France, depuis ses origines clandestines au IVe siècle sous l'Empire romain. Il illustre comment les premières communautés chrétiennes, persécutées, se réunissaient secrètement dans des villas gallo-romaines, comme en témoignent les vestiges archéologiques de Moissac, qui abritaient peut-être un baptistère clandestin. L'Édit de Milan en 313, promulgué par l'empereur Constantin Ier, marque un tournant en légalisant le culte chrétien et en ouvrant la voie à sa diffusion. Le documentaire introduit ensuite Saint Martin de Tours, figure clé du IVe siècle, crédité de l'évangélisation des campagnes et de l'établissement du modèle "un village, une église" qui structure encore le paysage français. En abordant l'ère carolingienne, la vidéo présente l'église Saint-Pierre-les-Églises à Chauvigny, un édifice du VIIIe siècle remarquable pour ses fresques anciennes. Ces peintures, simples mais vivantes, servaient de catéchisme visuel pour une population majoritairement analphabète, dépeignant des scènes de la vie du Christ et de l'Apocalypse avec une cohérence narrative frappante. Les Xe et XIe siècles voient l'émergence de puissants ordres monastiques et la naissance de l'art roman. Le documentaire explique comment les moines, cherchant une adhésion plus stricte à la doctrine chrétienne, ont construit d'imposantes abbayes comme Cîteaux et Cluny (dont la grandeur est recréée en 3D malgré sa destruction). Une partie significative est consacrée à l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et surnommée "la Sixtine de l'art roman". Ici, la vidéo explore l'architecture romane révolutionnaire, détaillant le plan en croix, la prouesse technique de la voûte en berceau, et le rôle économique des messes privées. Le point culminant est son plafond époustouflant, orné de 44 fresques de l'Ancien Testament, dont la célèbre arche de Noé, peintes par les moines sur deux décennies pour asseoir la puissance spirituelle de l'abbaye. La vie quotidienne des moines bénédictins, régie par la Règle de Saint Benoît, est également abordée, mettant l'accent sur la prière, la méditation et l'engagement communautaire. Le documentaire évoque brièvement l'avènement de l'art gothique, illustré par la basilique Saint-Denis et la Sainte-Chapelle, célèbres pour leur quête de lumière et leurs précieuses reliques. Il mentionne également la restauration de Notre-Dame de Paris au XIXe siècle par Eugène Viollet-le-Duc. Un segment majeur est dédié à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, site de pèlerinage mondialement connu en Normandie. Il retrace ses origines légendaires, ses reconstructions successives au fil des siècles et sa restauration par les élèves de Viollet-le-Duc. La vidéo offre un aperçu intime de la vie quotidienne des Fraternités de Jérusalem, soulignant leur engagement envers la prière et l'accueil des pèlerins, défiant la perception d'une vie monastique coupée du monde. Enfin, le film explore l'intégration de l'art contemporain dans les espaces sacrés aux XXe et XXIe siècles. Il présente la Chapelle du Rosaire d'Henri Matisse à Vence, témoignage de son engagement artistique et spirituel tardif, montrant son approche unique du design, des vitraux et du Chemin de Croix. D'autres exemples incluent les vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims, les verrières innovantes de Pierre Soulages à Conques, et les installations de perles de verre de Jean-Michel Othoniel à la cathédrale d'Angoulême, démontrant comment les artistes modernes continuent d'insuffler une émotion nouvelle aux sites religieux. La conclusion souligne la résilience et la fragilité de ces trésors sacrés, insistant sur la nécessité cruciale de leur protection, de leur restauration et de leur préservation pour que leurs histoires et légendes continuent d'inspirer les générations futures.
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