The Shift Project liste les 20 chantiers à lancer d'urgence pour réussir la transition énergétique
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Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project, présente un plan robuste en 20 chantiers pour réussir la transition énergétique de l'économie française, soulignant l'urgence de la décarbonation face à la dépendance aux énergies fossiles et aux défis climatiques.
- 0:00 Dans le Grand Entretien, ce matin, nous recevons un ingénieur, sa voix est importante, c'est
- 0:05 l'un des meilleurs spécialistes des questions d'énergie et de climat, auteur de nombreux
- 0:10 best-sellers, enseignant à Mines Paris Tech, associé de Carbon4 et président de The Fee
- 0:16 Shift Project.
- 0:17 Il est l'un des auteurs pour ce think-tank d'un plan robuste pour l'économie française
- 0:24 dont le premier volet vient de paraître, son titre « Réussir la transition dans l'incertitude
- 0:29 la méthode en 20 chantiers ». Bonjour Jean-Marc Jancovici, et bienvenue sur France Inter.
- 0:36 Les auditeurs peuvent intervenir au 01 45 24 7000, vous vous interrogez sur l'application
- 0:42 Radio France parce que nous avons beaucoup de questions à vous poser, mais commençons
- 0:47 Jean-Marc Jancovici par ce titre « Réussir la transition dans l'incertitude », c'est
- 0:53 le premier volet d'un plan robuste pour l'économie française sur lequel vous travaillez avec
- 0:58 le Shift Project, 20 grands chantiers sans lesquels la transition ne réussira pas et
- 1:05 on va s'y arrêter, les transports, le logement, le numérique, l'industrie, il n'y aura
- 1:10 pas d'économie robuste sans décarbonation ?
- 1:13 On est en train de le voir en ce moment me semble-t-il, les deux derniers siècles nous
- 1:19 ont permis de disposer d'une économie extrêmement performante mais par ailleurs extrêmement
- 1:22 fragile.
- 1:23 Un exemple que j'aime bien donner, alors l'électricité n'est pas totalement fossile
- 1:27 dans le monde, mais quand même c'est un exemple que j'aime bien donner, si demain
- 1:30 matin on devait être privé définitivement d'électricité, on se retrouverait dans
- 1:33 une situation beaucoup moins confortable qu'avant que l'électricité n'apparaisse.
- 1:37 Ah oui ?
- 1:38 Bah oui, si demain matin on est totalement privé d'électricité, définitivement en
- 1:41 France vous avez des dizaines de millions de morts, on n'alimente plus les villes,
- 1:46 vous n'avez plus de transactions économiques, aucune, parce que l'argent aujourd'hui
- 1:50 c'est de l'électricité, c'est les banques, c'est les ordinateurs, on a bâti un système
- 1:55 qui est extrêmement performant grâce à l'électricité, mais si l'électricité disparaît, le système
- 1:59 est moins performant que ce qu'on avait avant l'apparition de l'électricité.
- 2:02 Donc d'une manière générale, le monde moderne est un monde qui est devenu extrêmement
- 2:06 confortable, performant, etc. à condition qu'on ait les ingrédients qui l'alimentent.
- 2:11 Et dans les ingrédients qu'il alimente, il y a les combustibles fossiles qu'il alimente
- 2:14 de façon dominante, même en France, et donc nous savons tous qu'il va falloir s'en débarrasser
- 2:19 un jour ou l'autre.
- 2:20 Alors la raison que tout le monde avait en tête c'est qu'il faut s'en débarrasser
- 2:23 pour des raisons de climat, mais l'actualité est en train de nous rappeler qu'il faut éventuellement
- 2:27 aussi s'en débarrasser parce que c'est épuisable, pas nécessairement disponible, et que nous
- 2:32 n'en avons pas en France.
- 2:33 Et vous écrivez, vous alertez sur le sujet depuis longtemps.
- 2:37 Est-ce que ça vous surprend que nous soyons surpris de notre dépendance au pétrole et
- 2:43 aux énergies fossiles en ce moment, et particulièrement depuis la guerre d'Iran et la fermeture du
- 2:49 détroit d'Ormuz ? On découvre, on redécouvre qu'on est accro aux pétroles ?
- 2:54 Disons qu'on s'est un peu trop facilement raconté qu'avec l'électricité nucléaire
- 3:00 et le développement des renouvelables, tout ça était un problème qui était en train
- 3:03 de disparaître.
- 3:04 En fait, quand je suis né, la part des combustibles fossiles dans l'approvisionnement énergétique
- 3:08 mondial était pas loin de 80%, et aujourd'hui elle est pas loin de 80%.
- 3:11 Donc ça n'a pas beaucoup changé.
- 3:14 Ça n'a pas beaucoup changé ?
- 3:15 Non, non, non.
- 3:16 Et oui, effectivement, alors je sais pas si on le découvre, mais enfin, on avait tendance
- 3:20 à pas trop s'en soucier.
- 3:21 Après, c'est le court-termisme propre au monde moderne et aux démocraties qui fait
- 3:27 que tant qu'on n'a pas le problème sous le nez, on a un peu tendance à l'oublier.
- 3:30 Mais est-ce qu'au fond, cette guerre au Moyen-Orient, c'est pas ça qui va nous obliger à faire
- 3:34 un marche-forcée, la transition écologique que vous appelez de vos voeux depuis longtemps ?
- 3:38 Si, c'est un coup de pied dans le derrière, sauf que c'est toujours beaucoup plus désagréable
- 3:44 de faire les choses parce qu'on se retrouve obligé que de faire les choses parce qu'on
- 3:49 l'a décidé et qu'on l'a organisé en conséquence.
- 3:51 Quand vous avez un...
- 3:53 Alors, prenons l'exemple du pétrole, si on consomme moins de pétrole parce qu'on s'organise
- 3:58 en conséquence, parce qu'on est plus sobre dans nos déplacements, parce qu'on est plus
- 4:02 sobre dans le chauffage, parce qu'on a isolé les logements, parce qu'on a électrifié
- 4:05 les déplacements, etc., ça n'empêche pas la société de fonctionner.
- 4:10 Si on se retrouve avec moins de pétrole parce qu'il y a moins de pétrole, alors qu'on
- 4:14 n'a rien organisé en conséquence, ça empêche un peu plus la société de fonctionner.
- 4:18 C'est un peu plus inconfortable, du reste, on le voit bien en ce moment, il y a plein
- 4:21 de gens qui disent « Ah, on n'arrive pas à fonctionner, aidez-nous ! ».
- 4:23 Il y a quelque chose de très frappant, il y a beaucoup de questions d'auditeurs, on
- 4:27 va y revenir dans un instant, mais sur ce rapport à l'incertitude, vous dites que
- 4:33 notre modèle énergétique n'est pas adapté à l'incertitude et que vous présentez
- 4:37 une sorte de plan d'évacuation en cas d'incendie, l'expression est très frappante.
- 4:42 Pour sortir de cette incertitude, est-ce qu'on doit, est-ce qu'on peut encore atteindre
- 4:47 la neutralité carbone d'ici 2050, malgré tout le retard accumulé, malgré tous les
- 4:54 constats que vous faites dans ce rapport ? Il faut agir sur l'ensemble des 20 chantiers
- 4:59 en même temps.
- 5:00 Transport, logement, numérique, tous les pans de l'économie sont concernés et il
- 5:04 faut agir de manière concertée.
- 5:06 Le discours qui a souvent été tenu ces dernières années, c'est décarboner, c'est développer
- 5:11 les énergies bas carbone, selon les préférences des uns et des autres, les renouvelables ou
- 5:14 le nucléaire.
- 5:15 Maintenant, de plus en plus, les gens disent les deux, mais c'est essentiellement là-dessus.
- 5:19 C'est ce que vous dites aussi d'ailleurs, jusqu'ici vous disiez plutôt le nucléaire.
- 5:22 On ne dit pas que ça.
- 5:23 Ce qu'on dit, c'est qu'il faut aussi s'occuper, et qu'on ne s'en est pas occupé
- 5:26 ces dernières années, électrifier les usages, donc développer les pompes à chaleur, développer
- 5:30 les voitures électriques, développer les camions électriques, diminuer par ailleurs
- 5:33 la quantité de kilomètres que nous faisons en voiture et la quantité de marchandises
- 5:37 que nous transportons, qu'il faut s'occuper de transformer l'agriculture, etc.
- 5:41 Et tous ces trucs-là et qu'il faut électrifier un certain nombre de processus industriels
- 5:44 et il faut faire tout ça en même temps, selon une expression célèbre.
- 5:48 Et aujourd'hui, on a eu trop de tendance, enfin jusqu'à récemment, on a eu trop
- 5:51 de tendance à penser que c'était un problème qu'on pouvait confier au secteur énergétique.
- 5:55 D'accord ? Dans son coin là, il faut construire plus d'éoliennes, plus de panneaux solaires
- 6:02 et plus de réacteurs nucléaires et puis c'est bon, ça règle le problème.
- 6:05 Alors en fait non, ça ne règle pas le problème, c'est une partie de ce qui règle le problème,
- 6:10 mais ce qui règle le problème, c'est aussi de s'occuper de tout le reste.
- 6:12 Mais il y a deux choses en ce moment, c'est-à-dire qu'on a cette guerre et le prix du pétrole
- 6:15 qui montait qui nous forcent à réfléchir à comment on peut se passer ou utiliser
- 6:19 moins de pétrole.
- 6:20 Et d'un autre côté, on entend aussi l'argument de la guerre pour dire « les temps sont durs,
- 6:24 attendons pour mettre en place certaines mesures ». Par exemple, le chancelier allemand Friedrich
- 6:27 Merz qui disait « la politique climatique ne doit pas mettre en péril l'industrie,
- 6:31 c'est la France, l'Allemagne, l'Italie qui demandent d'attendre pour réformer les
- 6:35 quotas carbone, c'est-à-dire ces droits à polluer que doivent acheter les entreprises ».
- 6:38 Vous l'entendez cet argument ?
- 6:40 Oui je l'entends, mais malheureusement c'est un argument qui ne sera pas opérant, parce
- 6:44 qu'il part du principe que plus tard ça sera plus facile.
- 6:46 Mais sauf que plus tard ça ne sera pas plus facile, plus tard ça sera encore plus dur.
- 6:50 Pourquoi est-ce que plus tard ça sera encore plus dur ? Parce que l'Europe est déjà
- 6:53 en décrus subie de combustibles fossiles depuis 2007.
- 6:56 Elle est en décrus subie de combustibles fossiles, alors si on regarde la consommation agrégée
- 7:00 de pétrole, gaz, charbon en Europe, ça baisse depuis 2007.
- 7:03 Mais c'est un choix non ?
- 7:05 Non, non.
- 7:06 La production de charbon en Europe baisse depuis les années 80, parce que ça fait
- 7:09 deux siècles qu'on tape dans nos mines à cause de la révolution industrielle.
- 7:12 Vous savez, extraire quelque chose d'une mine ou d'un gisement de pétrole c'est
- 7:16 vider un placard.
- 7:17 Vous avez un placard qui est rempli au départ, la nature l'a rempli en quelques dizaines
- 7:22 ou centaines de millions d'années, donc c'est lent le remplissage du placard, pour
- 7:26 le charbon il faut 300 millions d'années pour remplir le placard et pour le pétrole
- 7:29 entre 40 et 400 millions d'années.
- 7:30 Et donc, extraire du pétrole et du gaz et du charbon de terre, c'est vider un placard.
- 7:35 C'est assez simple de comprendre que quand on vide un placard, il y a un moment où
- 7:38 il y en a moins, et que quand il y en a moins, c'est pas facile d'avoir toujours le même
- 7:41 flux extractif tous les ans.
- 7:43 Donc en ce qui concerne le pétrole, l'Europe voit sa consommation baisser parce que la
- 7:48 mer du Nord, qui produisait une partie du pétrole qu'on consomme, a passé son pic
- 7:51 en 2000, et que le monde a passé son pic en 2008 sur le pétrole qu'on appelle conventionnel,
- 7:56 tout ce qui n'est pas le pétrole de schiste américain et les sables bitumineux canadiens.
- 7:59 Sur le gaz, la mer du Nord a passé son pic en 2005, le gaz étant gazeux, il se transporte
- 8:04 plus difficilement que le pétrole, et donc ça, ça a déclenché instantanément la
- 8:07 baisse de la consommation de gaz en Europe, et enfin sur le charbon, comme je le disais,
- 8:11 ça date des années 80.
- 8:12 Donc en fait, on est en décrus subi de combustibles fossiles en Europe depuis 2007, et depuis
- 8:16 2007, la production industrielle en volume a tendance à baisser.
- 8:19 La production automobile, par exemple, est passée par un maximum en 2007 en Europe,
- 8:22 les tonnes chargées dans les camions sont passées par un maximum en 2007 en Europe,
- 8:26 la construction est passée par un maximum en 2007 en Europe, donc en fait, et on voit
- 8:30 bien aujourd'hui qu'un nombre croissant de nos concitoyens sur des choses matérielles,
- 8:34 le logement, les déplacements, la nourriture, la consommation, etc., sont déjà dans la
- 8:38 décroissance, ils y sont déjà.
- 8:40 Donc, l'argument des politiques, qui ne comprennent pas ça, parce qu'ils ne regardent
- 8:44 pas la physique, ils ne regardent que l'économie, qui ne représentent pas la physique, ils
- 8:48 se disent « demain ça sera plus simple », non non, c'est comme le vieillissement, si
- 8:51 vous voulez penser que « demain je pourrai faire des choses plus facilement parce que
- 8:54 j'aurai arrêté de vieillir ou que ça j'aurai rajeuni », non, c'est pas vrai, donc il
- 8:58 faut s'en occuper tout de suite et arrêter de se raconter des histoires en pensant que
- 9:02 « demain ça sera plus facile ».
- 9:03 Alors justement, il y a Jean-Marc Jancovici, le Premier ministre, qui a créé la surprise
- 9:08 en annonçant une série de mesures qui vont prendre la forme d'un projet de loi qui sera
- 9:12 présenté d'ici l'été sur la rénovation urbaine, la décentralisation, les passoires
- 9:18 thermiques.
- 9:19 Le gouvernement lance en urgence un projet de loi « relance logement », laisser davantage
- 9:26 aux communes plus de latitude sur le logement social, la construction pour relancer la rénovation
- 9:31 urbaine.
- 9:32 En gros, ça repousserait le moment où on lutterait véritablement contre les passoires
- 9:37 thermiques.
- 9:38 Qu'est-ce que ça peut avoir comme conséquence pour vous ?
- 9:41 Alors, il faut encore une fois faire les deux, parce que l'idée qu'on ne lutte pas contre
- 9:46 les passoires thermiques va avec l'idée que les gens qui occupent ces logements auront
- 9:50 toujours accès à l'énergie de chauffage.
- 9:53 Or, on se focalise sur les prix, mais on devrait se focaliser un peu plus sur les quantités.
- 9:57 Parce que certes, il y a un cas de figure dans lequel on paye son chauffage un peu cher
- 10:02 mais on a de quoi se chauffer, mais il y a aussi un cas de figure dans lequel il n'y
- 10:05 a plus de quoi se chauffer parce que le gaz ou le pétrole ne rentrent plus.
- 10:08 Oui, mais là, vous comprenez, l'idée c'est de dire qu'on attend un peu de rendre inhabitable
- 10:12 certains logements, de rendre impossible d'allouer certains logements, parce qu'on a besoin
- 10:15 de ces logements pour loger ces gens.
- 10:18 Oui, mais ces gens, ils ont peut-être envie d'être dans un endroit dans lequel ils vont
- 10:22 avoir de quoi se chauffer.
- 10:23 Mais c'est mieux d'avoir un toit mal chauffé que pas de toit du tout.
- 10:26 On est d'accord, ça on est tout à fait d'accord.
- 10:29 Mais ce qu'il faut quand même, c'est se mettre dans une configuration dans laquelle
- 10:32 on fait les deux en même temps.
- 10:33 Donc peut-être qu'on pourrait se dire, moi je ne sais pas, je n'ai pas regardé dans
- 10:35 le détail parce que tout ça est récent, mais on pourrait peut-être se dire, on les
- 10:39 laisse rentrer dedans, mais dès à présent, on programme les travaux qui ne le réaliseront
- 10:43 pas tout de suite, dans un an, dans deux ans, dans trois ans.
- 10:45 C'est un peu l'idée, effectivement, d'avoir des devis.
- 10:47 Et on se garantit, on se donne quand même la garantie que les travaux vont arriver.
- 10:53 Alors il y a les questions des auditeurs d'Inter, je le disais sur l'application Jean-Marc
- 10:57 Jancovici.
- 10:58 Il y a Eric qui s'interroge sur la volonté d'imposer des pompes à chaleur.
- 11:02 Ce sont des systèmes de production d'énergie, dit-il, dont la rentabilité n'est pas assurée
- 11:07 dans certaines régions de France.
- 11:08 Pourquoi ne pas proposer des systèmes comme la géothermie, entre autres ?
- 11:11 Alors la rentabilité des pompes à chaleur est assurée à peu près partout.
- 11:15 Il faut savoir qu'en Suède, c'est un système qui est extrêmement répandu et qu'il fait
- 11:19 plus froid que chez nous.
- 11:20 Donc aujourd'hui, ça fonctionne bien, la pompe à chaleur, il n'y a pas de problème
- 11:23 avec ça.
- 11:24 La pompe à chaleur géothermique, c'est quelque chose qui coûte beaucoup plus cher que la
- 11:30 pompe à chaleur aérothermique, qui est celle qui est la plus répandue.
- 11:34 Donc si on impose la pompe à chaleur géothermique, en gros, ça double le coût d'installation
- 11:40 des pompes à chaleur partout.
- 11:41 Dans les mesures annoncées par le gouvernement, il y a le prix du litre de gazole qui a atteint
- 11:46 2,25 euros en moyenne nationale.
- 11:48 Et pour contrer ça, pour les personnes les plus modestes, toute une série d'aides.
- 11:52 A nouveau, 180 millions annoncés sur le mois en cours, déjà 150 millions d'euros le mois
- 11:59 précédent au mois d'avril.
- 12:00 Aides pour les travailleurs modestes, les pêcheurs, les agriculteurs.
- 12:02 Est-ce que l'exécutif a raison d'aider les plus pénalisés par cette hausse du prix
- 12:07 du pétrole ?
- 12:08 L'exécutif, il a éventuellement raison de les aider, à la condition que ce ne soit
- 12:12 pas la seule mesure mise en place.
- 12:14 Il faut bien voir que ces aides, c'est des anthalgiques, ce n'est pas des médicaments
- 12:19 qui guérissent la maladie, c'est juste des médicaments qui vous empêchent transitoirement
- 12:22 de ne pas avoir trop mal.
- 12:23 Mais tant qu'on reste dépendant des combustibles fossiles pour nos déplacements, on aura périodiquement
- 12:29 le problème qu'on a aujourd'hui.
- 12:30 Ça va avec le plan d'électrification annoncé par le gouvernement ?
- 12:34 Le gouvernement aujourd'hui, il a le choix entre dire tout de suite on vous paye votre
- 12:39 carburant ou bien tout de suite on vous promet que dans pas longtemps on va vous aider à
- 12:43 passer à l'électricité en vous aidant financièrement à faire ça.
- 12:47 Du reste, c'est le principe du leasing social.
- 12:49 Qui revient ?
- 12:50 Oui absolument, les deux dernières fois qu'il a été mis en place, il a été victime de
- 12:53 son succès.
- 12:54 Quoi qu'on puisse raconter sur l'électricité, finalement, quand on permet aux gens d'y goûter,
- 12:57 ils ne sont pas si mécontents que ça et personnellement je pense que c'était une
- 13:01 excellente mesure.
- 13:02 Alors certes, ça pompe aussi dans les finances publiques, mais ça règle définitivement
- 13:07 le problème.
- 13:08 Une fois que vous êtes passé à la voiture électrique, vous n'avez plus besoin jamais
- 13:11 de réclamer un chèque au gouvernement quand le prix du pétrole augmente et c'est vers
- 13:15 ça qu'il faut aller évidemment.
- 13:16 D'autres mesures ont été présentées par le Premier ministre Sébastien Lecornu, mais
- 13:22 il y a quelque chose d'intéressant dans votre rapport, je le disais, il était question
- 13:26 de logements, de transports, mais aussi d'agriculture et d'industrie, deux secteurs qui doivent
- 13:31 transformer leurs pratiques.
- 13:33 Les émissions non énergétiques laissent un talon d'émissions, pour vous citer, d'émissions
- 13:39 incompressibles.
- 13:40 Si rien ne change, je cite, pour atteindre les objectifs climatiques, il faudra réduire
- 13:44 la taille des cheptels bovins, remplacer les engrais de synthèse, changer le modèle agricole
- 13:50 au fond.
- 13:51 Est-ce qu'on y est prêt à ça ?
- 13:52 Alors, les agriculteurs y sont très majoritairement prêts à condition qu'ils y trouvent leur
- 13:56 compte sur le plan économique.
- 13:58 Il y a un peu plus d'un an, le Chiffre-Project avait publié un très gros rapport sur la
- 14:02 question agricole et qui avait été complété par ce qu'on avait appelé une grande consultation,
- 14:06 c'est-à-dire qu'on avait demandé directement leur avis aux agriculteurs.
- 14:08 On leur avait dit, ben voilà, vous en pensez quoi de tout ça ? Est-ce que vous êtes d'accord,
- 14:11 pas d'accord ? À quelles conditions vous êtes d'accord ? Est-ce que vous pensez que
- 14:14 vous en faites trop, vous en faites assez, etc.
- 14:15 Et l'esprit de ce qui nous avait été répondu, c'est, nous, on est tout à fait prêt à
- 14:21 se mettre en conformité avec les attentes des citoyens, parce que les citoyens demandent
- 14:25 globalement que l'agriculture soit, entre guillemets, plus vertueuse, mais on ne veut
- 14:30 pas y laisser notre chemise, qui n'est déjà pas grasse pour beaucoup d'agriculteurs, et
- 14:35 ce qu'on voudrait, c'est y trouver notre compte économiquement, et cette demande est
- 14:38 tout à fait légitime, et en plus, il est tout à fait possible de la satisfaire.
- 14:40 Jean-Marc Jancovici, l'invité du Grand Entretien, bonjour Benjamin, merci d'être avec nous
- 14:46 ce matin sur France Inter.
- 14:47 Oui, bonjour.
- 14:48 Vous avez une question pour notre invité ?
- 14:50 Oui, bonjour, merci à votre invité, merci à Jean-Marc Jancovici.
- 14:54 Moi, j'ai une question sur la sobriété, et plutôt la sobriété d'usage.
- 14:58 Moi, je suis étonné de jamais entendre, en priorité en fait, le fait de recourir
- 15:04 à la sobriété, donc c'est-à-dire moins se déplacer, moins consommer, moins se produire
- 15:11 aussi, moins se chauffer, moins s'éclairer, ou en tout cas mieux, et on parle toujours
- 15:15 de voitures électriques, de nucléaires, d'énergies renouvelables, mais pour moi, la sobriété,
- 15:21 ça serait le premier levier activé, le plus facile, le plus immédiat, et le moins cher,
- 15:27 et qui rapporte de l'argent aussi.
- 15:28 Merci Benjamin pour votre intervention, qu'est-ce que vous en pensez Jean-Marc Jancovici ? Placer
- 15:33 la sobriété en premier, tout en haut des priorités ?
- 15:37 Alors, quand on regarde les préconisations du chiffre-project, c'est partout dedans,
- 15:42 mais par contre, la nature humaine étant ce qu'elle est, en fait, moins c'est quelque
- 15:46 chose qui est difficile à vendre, ce qu'on arrive à vendre, c'est mieux ou différemment.
- 15:50 Donc en fait, il faut arriver à mettre la sobriété dans des choses qui sont différentes
- 15:54 ou mieux.
- 15:55 Un exemple que je présente souvent, c'est pour les gens qui arrivent à passer de la
- 15:59 voiture au vélo à assistance électrique pour leur déplacement du quotidien, ce qui
- 16:04 concerne un gros paquet de déplacements possibles, en gros, dès que vous êtes à moins de 10-15
- 16:08 kilomètres de votre destination, le vélo à assistance électrique est souvent une bonne
- 16:11 alternative.
- 16:12 Les gens perçoivent ça comme moins, donc il faut arriver à faire passer le mieux qui
- 16:17 va avec.
- 16:18 Et la sobriété peut être heureuse.
- 16:20 C'est une expression de Pierre Rabhi, ce n'est pas de la même école que vous, mais...
- 16:24 Il faut qu'elle comporte des éléments désirables, sinon vous ne le ferez pas.
- 16:28 Sinon, c'est de la coercition.
- 16:29 Donc, là, si je reprends le même exemple, ce qu'il faut arriver à vendre, c'est l'élément
- 16:36 sanitaire, ça pollue moins, ça vous met un maintien en forme, etc.
- 16:39 Le fait que ce soit moins stressant, le fait que vous soyez moins coincé dans les bouchons,
- 16:44 le fait que ça vous coûte moins cher, le fait que vous n'ayez pas besoin de trouver
- 16:46 une place de parking pour vous garer, enfin voilà, il faut arriver à vendre les avantages,
- 16:50 parce que si vous ne vendez que le fait que ça va être moins de voitures, dit comme
- 16:54 ça, les gens ont beaucoup de mal à s'énerver.
- 16:56 Mais vous aviez assumé des mesures de coercition, par exemple, sur France Inter, d'ailleurs,
- 17:00 vous aviez fait beaucoup réagir en disant qu'il fallait limiter quatre vols en avion
- 17:04 par vue...
- 17:05 Je n'ai pas dit qu'il fallait.
- 17:06 Enfin, que c'était une...
- 17:07 Que vous préconisez.
- 17:08 Non, non, non, c'est la question qui m'avait été...
- 17:09 Une idée.
- 17:10 Je m'en rappelle très bien.
- 17:11 La question qui m'avait été posée par Léa Salamé, c'était si l'aviation prend
- 17:14 sa part dans la réduction mondiale des émissions, qu'est-ce que ça donne comme possibilité
- 17:19 de voyage ? C'était ça la question.
- 17:21 Et j'avais dit, dans ce cadre-là, ça veut dire qu'en 2050, il y a quatre vols par vie
- 17:25 et par personne.
- 17:26 Mais dans les quatre vols par vie et par personne, j'avais mis les Somaliens, les Français,
- 17:31 les Chinois et les Brésiliens.
- 17:32 C'est-à-dire que c'était une moyenne pour les terriens mondiaux, pour les terriens dans
- 17:36 leur ensemble.
- 17:37 Et ce n'était pas juste les quatre supérieurs qui vous écoutent.
- 17:39 D'accord.
- 17:40 Qui eux ont sauté en l'air.
- 17:41 Pas que des quatre supérieurs, Jean-Marc, vous conjurez comme si vous seriez surpris.
- 17:43 Il y a une bonne nouvelle quand même.
- 17:44 Je n'ai pas dit qu'il n'y avait que des quatre supérieurs qui vous écoutent.
- 17:46 J'ai dit que ceux qui vous écoutent et qui sont quatre supérieurs avaient sauté en
- 17:48 l'air.
- 17:49 Voilà.
- 17:50 Mais ça ne concernait pas qu'eux.
- 17:51 Il y a une bonne nouvelle quand même.
- 17:52 C'est que les énergies renouvelables ont produit plus d'électricité que le charbon
- 17:55 en 2025.
- 17:56 Ce qui fait dire aux auteurs du rapport, qui ont fait le calcul, un groupe de réflexion
- 18:01 britannique, dans le monde, nous sommes entrés dans l'ère de la croissance propre.
- 18:05 Ah oui, si on médite en électricité, oui, évidemment.
- 18:06 Voilà.
- 18:07 Est-ce qu'il ne pourrait pas suffire ces énergies renouvelables à faire la transition ?
- 18:09 À l'époque où il n'y avait que des énergies renouvelables, c'est-à-dire il y a un peu
- 18:15 plus de deux siècles, le monde ne ressemblait pas vraiment à ce qu'il y a aujourd'hui.
- 18:18 Et aujourd'hui, c'est très difficile de savoir à quoi pourrait ressembler un monde
- 18:22 dans lequel il n'y aurait de nouveau que des énergies renouvelables parce que ce qu'on
- 18:28 appelle les énergies renouvelables qu'on utilise aujourd'hui bénéficient aussi des
- 18:31 énergies fossiles.
- 18:32 Pour faire un panneau solaire, un barrage, une éolienne moderne ou une pompe à chaleur
- 18:37 moderne, il faut des énergies fossiles.
- 18:39 Il faut de l'acier qui a été fabriqué avec du charbon, il faut des moyens de transport
- 18:44 parce que toutes ces fabrications sont mondialisées.
- 18:46 La mondialisation, c'est des bateaux et des camions, donc c'est du pétrole, etc.
- 18:50 Donc en fait, la question qui est si je retire les énergies fossiles partout et tout le
- 18:56 temps et que je n'ai plus que des éoliennes, des panneaux solaires et des barrages pour
- 18:59 fabriquer tout ce que nous avons dans le monde moderne, à quoi est-ce que j'ai vraiment
- 19:03 droit ? C'est très difficile de répondre à cette question parce qu'en fait, c'est
- 19:06 un cas de figure qui est beaucoup trop loin du monde que nous connaissons aujourd'hui.
- 19:10 Jean-Marc Jancovici, l'électricité française est décarbonée à 95,2% en 2025, mais les
- 19:18 énergies fossiles représentent encore 56% de la consommation d'énergie finale du pays.
- 19:23 L'électricité française, elle est propre, mais notre énergie ne l'est pas.
- 19:27 Comment est-ce que vous expliquez ce paradoxe français ?
- 19:29 Ce n'est pas un paradoxe.
- 19:30 L'électricité ne représente qu'une partie.
- 19:33 L'énergie finale, pardon pour commencer par ça, c'est l'énergie qui alimente les
- 19:36 machines qu'on utilise.
- 19:37 C'est celle qui est à la fin du système énergétique, donc c'est celle qui alimente
- 19:41 les machines que nous utilisons, qu'il s'agisse des ascenseurs, des voitures, des laminoirs
- 19:45 ou des tractopelles.
- 19:46 Et dans cette énergie dite finale, effectivement, l'électricité représente un petit quart
- 19:52 et le reste, c'est essentiellement des combustibles fossiles.
- 19:55 Et en fait, si on regarde le mode de vie des Français, il faut en plus y rajouter l'énergie
- 19:59 qui a été utilisée en dehors de France et qui a servi à fabriquer les ordinateurs
- 20:03 qui sont dans ce studio, vos lunettes qui ont été pour partie fabriquées en dehors
- 20:06 de France, vos vêtements qui ont été pour partie fabriqués en dehors de France, etc.
- 20:09 Et si on regarde l'énergie totale utilisée par les Français pour leur mode de vie, y
- 20:13 compris celle qui a été utilisée en dehors de France et qui nous fournit les produits
- 20:17 et services qu'on consomme en France, on est fossile à 75%, très proche du mix mondial
- 20:21 qui est fossile à 80%.
- 20:23 Tout simplement parce que les Français ont un mode de vie industriel occidental qui a
- 20:27 été fabriqué par les combustibles fossiles et qui en dépend encore aujourd'hui énormément.
- 20:32 Mercredi, Emmanuel Macron était dans l'Allier pour inaugurer une mine de lithium de l'entreprise
- 20:36 Imerys.
- 20:37 Ce site permettra à partir de 2030 de produire des dizaines de tonnes par an d'hydroxyde
- 20:43 de lithium qui correspond à l'équipement de batterie pour 700 000 voitures électriques.
- 20:47 Emmanuel Macron a fait valoir, je cite, la méthode Notre-Dame.
- 20:51 La méthode Notre-Dame, c'est donc 5 ans, on va vite, on se débarrasse d'un certain
- 20:55 nombre de précautions pour accélérer les projets industriels.
- 20:59 Est-ce qu'on peut faire la comparaison entre ce qu'il faudrait faire en matière énergétique
- 21:04 et la reconstruction de Notre-Dame ?
- 21:06 Alors, je ne suis pas un spécialiste de la reconstruction de Notre-Dame.
- 21:09 Non, justement, c'est qu'en pense l'ingénieur de cette comparaison.
- 21:12 Comparaison n'est pas raison ?
- 21:13 Par contre, oui, c'est un peu une image.
- 21:17 Ce qui est sûr, c'est qu'il y a un certain nombre de sujets sur lesquels il va falloir
- 21:21 accélérer et par ailleurs, ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura pas de solution sans
- 21:25 inconvénient.
- 21:26 En fait, aujourd'hui, la solution que nous avons, les combustibles fossiles, c'est très
- 21:29 pratique, c'est très puissant, ça a des inconvénients, ça fait du changement climatique
- 21:34 et c'est épuisable.
- 21:35 Et ça crée également tout un tas de pollution locale dans un certain nombre de cas de figure.
- 21:40 Donc, les alternatives, elles ne seront jamais parfaites.
- 21:43 Donc, faire une mine, effectivement, ça fait un trou, ça fait de la poussière sur
- 21:46 place, etc.
- 21:47 On ne peut pas faire sans.
- 21:50 Après, il faut voir qu'entre la mine de lithium et la batterie, il y a plusieurs étapes
- 21:56 intermédiaires.
- 21:57 À partir du lithium, il faut faire les composants des batteries, il faut faire les cathodes,
- 22:03 il faut faire la batterie elle-même.
- 22:04 Alors, des usines de batterie, on en a, des mines de lithium, on en a, mais entre les
- 22:07 deux, il y a le raffinage du lithium et la fabrication des composants.
- 22:10 Et ça, pour le moment, on n'a pas.
- 22:11 Donc, il faudrait aussi faire ça chez nous si on veut être souverain sur la chaîne.
- 22:13 Il y a aussi la question du nucléaire qui occupe une grande place dans votre rapport
- 22:16 sur la transition.
- 22:17 Il y aura 40 ans, dimanche, qu'un des réacteurs de la centrale de Tchernobyl a explosé.
- 22:22 La zone est encore hautement radioactive.
- 22:23 Il n'y a pas eu d'accident de cette ampleur, peut-être Fukushima encore il y a quelques
- 22:27 années.
- 22:28 Mais c'est impossible aujourd'hui d'écarter totalement les risques dans le nucléaire parce
- 22:32 qu'il y a eu plusieurs défaillances techniques ces dernières années.
- 22:35 Puis, il y a le réchauffement qui peut impacter les centrales.
- 22:37 Puis, il y a les guerres aussi.
- 22:38 Par exemple, la centrale de Zaporizhzhia, en Ukraine, qui peut être menacée.
- 22:41 Ça vaut le coup encore de prendre ce risque du nucléaire ?
- 22:44 Je le disais tout à l'heure, aucune énergie n'est sans inconvénients et aucune énergie
- 22:50 n'est sans risques.
- 22:51 Les risques associés aux alternatives sont très importants, les risques associés au
- 22:55 combustible bien supérieurs, évidemment.
- 22:57 Vous savez que les installations de production d'énergie qui ont fait le plus de morts
- 23:02 instantanés en Europe, c'est les barrages.
- 23:05 Les barrages ?
- 23:07 Oui, le barrage de Vajon, en Italie, au début des années 60, a fait plus de 2000 morts.
- 23:14 Il y a eu un accident de barrage instantané, absolument.
- 23:17 Et la rupture du barrage de Malpasset, en France, ce n'était pas un barrage de production
- 23:23 électrique, mais il a quand même fait quelques centaines de morts.
- 23:25 Et le plus grand complexe de barrages à avoir jamais rompu en Chine a fait 100 000 morts
- 23:30 dans les années 70.
- 23:31 Donc, vous avez des risques absolument partout.
- 23:36 Et en fait, ce qu'il faut regarder, c'est les bénéfices-risques ou l'arbitrage des
- 23:38 risques.
- 23:39 Quand vous demandez aux médecins, par exemple, ils vous disent que le nucléaire, accident
- 23:42 inclus, est le plus sûr des modes de production électrique.
- 23:46 Merci en tout cas, Jean-Marc Jancovici, d'avoir été l'invité de France Inter.
- 23:51 Je rappelle donc ce plan robuste pour l'économie française dont le premier volet vient de
- 23:55 paraître.
- 23:56 Il est très facile à trouver en ligne.
- 23:58 Son titre ? Réussir la transition dans l'incertitude, la méthode en 20 chantiers.
- 24:03 Espérons que les politiques le liront.
- 24:05 Merci infiniment et bonne journée.
- 0:00 In today's Grand Entretien, we welcome an engineer whose voice is important. He is
- 0:05 one of the best specialists in energy and climate issues, author of numerous
- 0:10 bestsellers, a lecturer at Mines Paris Tech, associate at Carbon4, and president of The Shift
- 0:16 Project.
- 0:17 For this think tank, he is one of the authors of a robust plan for the French economy,
- 0:24 the first part of which has just been published, titled
- 0:29 Hello Jean-Marc Jancovici, and welcome to France Inter.
- 0:36 Listeners can call 01 45 24 7000, you can ask questions on the Radio France app
- 0:42 because we have many questions for you, but let's start,
- 0:47 It's
- 0:53 the first part of a robust plan for the French economy that you are working on with
- 0:58 The Shift Project: 20 major projects without which the transition will not succeed. And
- 1:05 we'll focus on them: transport, housing, digital technology, industry. There will be
- 1:10 no robust economy without decarbonization?
- 1:13 It seems to me we are seeing it right now. The last two centuries have allowed us to have
- 1:19 an extremely high-performing economy, but also an extremely
- 1:22 fragile one.
- 1:23 An example I like to give: electricity is not entirely fossil-based
- 1:27 globally, but it's still an example I like to give. If tomorrow
- 1:30 morning we were permanently deprived of electricity, we would find ourselves in
- 1:33 a much less comfortable situation than before electricity appeared.
- 1:37 Oh, really?
- 1:38 Yes, if tomorrow morning we are totally deprived of electricity, permanently, in
- 1:41 France you would have tens of millions of deaths. Cities would no longer be supplied,
- 1:46 you would have no economic transactions, none, because money today
- 1:50 is electricity. It's banks, it's computers. We have built a system
- 1:55 that is extremely efficient thanks to electricity, but if electricity disappears, the system
- 1:59 is less efficient than what we had before the advent of electricity.
- 2:02 So, generally speaking, the modern world has become an extremely
- 2:06 comfortable, efficient, etc., provided we have the ingredients that power it.
- 2:11 And among the ingredients that power it, there are fossil fuels, which power it
- 2:14 predominantly, even in France. And so we all know that we will have to get rid of them
- 2:19 sooner or later.
- 2:20 Now, the reason everyone had in mind was that we need to get rid of them
- 2:23 for climate reasons, but current events are reminding us that we may also need to
- 2:27 get rid of them because they are exhaustible, not necessarily available, and that we
- 2:32 don't have them in France.
- 2:33 And you have been writing and warning about this subject for a long time.
- 2:37 Does it surprise you that we are surprised by our dependence on oil and
- 2:43 fossil fuels right now, especially since the Iran war and the closure of the
- 2:49 Strait of Hormuz? Are we discovering, or rediscovering, that we are addicted to oil?
- 2:54 Let's say we too easily convinced ourselves that with nuclear electricity
- 3:00 and the development of renewables, all of this was a problem that was
- 3:03 disappearing.
- 3:04 In fact, when I was born, the share of fossil fuels in the global energy supply
- 3:08 was close to 80%, and today it's still close to 80%.
- 3:11 So it hasn't changed much.
- 3:14 It hasn't changed much?
- 3:15 No, no, no.
- 3:16 And yes, indeed, I don't know if we're discovering it, but we tended
- 3:20 not to worry about it too much.
- 3:21 Then, it's the short-termism inherent in the modern world and democracies that means
- 3:27 that as long as the problem isn't right in front of us, we tend to forget about it.
- 3:30 But deep down, isn't this war in the Middle East what will force us to undertake
- 3:34 the forced ecological transition that you have been advocating for a long time?
- 3:38 Yes, it's a kick in the backside, except it's always much more unpleasant
- 3:44 to do things because you're forced to, rather than doing them because you've
- 3:49 decided to and organized accordingly.
- 3:51 When you have a...
- 3:53 So, let's take the example of oil. If we consume less oil because we organize ourselves
- 3:58 as a result, because we are more moderate in our travel, because we are more
- 4:02 moderate in heating, because we have insulated homes, because we have electrified
- 4:05 transport, etc., that doesn't prevent society from functioning.
- 4:10 If we end up with less oil because there is less oil, while we
- 4:14 haven't organized anything accordingly, that prevents society from functioning a bit more.
- 4:18 It's a bit more uncomfortable, moreover, we can see it clearly right now, there are plenty
- 4:21 of people saying
- 4:23 There's something very striking, there are many listener questions, we
- 4:27 will come back to that in a moment, but regarding this relationship with uncertainty, you say that
- 4:33 our energy model is not adapted to uncertainty and that you present
- 4:37 a kind of evacuation plan in case of fire, the expression is very striking.
- 4:42 To get out of this uncertainty, should we, can we still achieve
- 4:47 carbon neutrality by 2050, despite all the accumulated delays, despite all the
- 4:54 findings you make in this report? We must act on all 20 projects
- 4:59 at the same time.
- 5:00 Transport, housing, digital technology, all sectors of the economy are concerned and we
- 5:04 must act in a concerted manner.
- 5:06 The discourse often held in recent years is to decarbonize, to develop
- 5:11 low-carbon energies, according to everyone's preferences, renewables or
- 5:14 nuclear.
- 5:15 Now, more and more, people say both, but it's essentially about that.
- 5:19 That's what you say too, by the way, until now you were rather saying nuclear.
- 5:22 We don't just say that.
- 5:23 What we're saying is that we also need to address, and we haven't addressed it
- 5:26 in recent years, electrifying uses, so developing heat pumps, developing
- 5:30 electric cars, developing electric trucks, and also reducing
- 5:33 the number of kilometers we drive and the amount of goods
- 5:37 we transport, that we need to transform agriculture, etc.
- 5:41 And all these things, and that we need to electrify a number of industrial processes
- 5:44 and we need to do all of that at the same time, according to a famous expression.
- 5:48 And today, we've had too much of a tendency, well, until recently, we've had too much
- 5:51 of a tendency to think that it was a problem we could entrust to the energy sector.
- 5:55 Okay? In its corner, we need to build more wind turbines, more solar panels
- 6:02 and more nuclear reactors and then it's fine, that solves the problem.
- 6:05 But in fact no, that doesn't solve the problem, it's part of what solves the problem,
- 6:10 but what solves the problem is also taking care of everything else.
- 6:12 But there are two things right now, that is, we have this war and the rising oil price
- 6:15 which are forcing us to think about how we can do without or use
- 6:19 less oil.
- 6:20 And on the other hand, we also hear the argument of the war to say
- 6:24 let's wait to implement certain measures.
- 6:27 Merz who said
- 6:31 it's France, Germany, Italy that are asking to wait to reform the
- 6:35 carbon quotas, meaning these pollution rights that companies must buy.
- 6:38 Do you hear that argument?
- 6:40 Yes, I hear it, but unfortunately it's an argument that won't be effective, because
- 6:44 it assumes that later it will be easier.
- 6:46 But the thing is, later it won't be easier, later it will be even harder.
- 6:50 Why will it be even harder later? Because Europe is already
- 6:53 experiencing an involuntary decline in fossil fuels since 2007.
- 6:56 It's in an involuntary decline of fossil fuels, so if we look at the aggregated consumption
- 7:00 of oil, gas, coal in Europe, it has been decreasing since 2007.
- 7:03 But that's a choice, isn't it?
- 7:05 No, no.
- 7:06 Coal production in Europe has been declining since the 80s, because we've been
- 7:09 tapping into our mines for two centuries due to the industrial revolution.
- 7:12 You know, extracting something from a mine or an oil field is like
- 7:16 emptying a cupboard.
- 7:17 You have a cupboard that is initially full, nature filled it over tens
- 7:22 or hundreds of millions of years, so filling the cupboard is slow, for
- 7:26 coal takes 300 million years to fill the cupboard, and for oil
- 7:29 between 40 and 400 million years.
- 7:30 So, extracting oil, gas, and coal from the earth is like emptying a cupboard.
- 7:35 It's quite simple to understand that when you empty a cupboard, there comes a point when
- 7:38 there's less of it, and when there's less, it's not easy to always maintain the same
- 7:41 extractive flow every year.
- 7:43 So, regarding oil, Europe is seeing its consumption decrease because the
- 7:48 North Sea, which produced some of the oil we consume, passed its peak
- 7:51 in 2000, and the world passed its peak in 2008 for what we call conventional oil,
- 7:56 everything that isn't American shale oil and Canadian oil sands.
- 7:59 For gas, the North Sea passed its peak in 2005. Gas, being gaseous, is transported
- 8:04 more difficultly than oil, and so that instantly triggered the
- 8:07 decrease in gas consumption in Europe. And finally, for coal, as I said,
- 8:11 that dates back to the 80s.
- 8:12 So in fact, Europe has been experiencing a forced decline in fossil fuels since 2007, and since
- 8:16 2007, industrial production by volume has tended to decrease.
- 8:19 Automobile production, for example, peaked in 2007 in Europe,
- 8:22 the tons loaded onto trucks peaked in 2007 in Europe,
- 8:26 construction peaked in 2007 in Europe. So, in fact, we can clearly see
- 8:30 today that a growing number of our fellow citizens, concerning material things,
- 8:34 housing, travel, food, consumption, etc., are already experiencing
- 8:38 degrowth; they are already there.
- 8:40 So, the argument of politicians, who don't understand this because they don't look at
- 8:44 physics, they only look at economics, which doesn't represent physics, they
- 8:48 tell themselves 'tomorrow it will be simpler.' No, no, it's like aging; if
- 8:51 you want to think that 'tomorrow I'll be able to do things more easily because
- 8:54 I'll have stopped aging or I'll have gotten younger,' no, that's not true. So we
- 8:58 need to deal with it right away and stop telling ourselves stories by thinking that
- 9:02 'tomorrow it will be easier.'
- 9:03 Speaking of which, Jean-Marc Jancovici, the Prime Minister, caused a surprise
- 9:08 by announcing a series of measures that will take the form of a bill to be
- 9:12 presented by summer on urban renovation, decentralization, and energy-inefficient
- 9:18 housing.
- 9:19 The government is urgently launching a 'housing recovery' bill, allowing more
- 9:26 latitude to municipalities regarding social housing and construction to boost urban
- 9:31 renovation.
- 9:32 Basically, that would postpone the moment when we would truly fight against energy-inefficient
- 9:37 homes.
- 9:38 What consequences could that have for you?
- 9:41 Well, once again, we need to do both, because the idea that we're not fighting against
- 9:46 energy-inefficient homes goes hand in hand with the idea that people occupying these homes will always have
- 9:50 access to heating energy.
- 9:53 However, we focus on prices, but we should focus a bit more on quantities.
- 9:57 Because, certainly, there's a scenario where you pay a bit much for heating,
- 10:02 but you have enough to heat yourself. But there's also a scenario where there's no longer
- 10:05 enough to heat yourself because gas or oil are no longer coming in.
- 10:08 Yes, but you see, the idea is to say that we're waiting a bit before making certain homes uninhabitable,
- 10:12 making it impossible to allocate certain homes, because we need
- 10:15 these homes to house these people.
- 10:18 Yes, but these people might want to be in a place where they will
- 10:22 have enough to heat themselves.
- 10:23 But it's better to have a poorly heated roof than no roof at all.
- 10:26 We agree, we completely agree on that.
- 10:29 But what we still need to do is get into a configuration where
- 10:32 we do both at the same time.
- 10:33 So maybe we could say, I don't know, I haven't looked into the
- 10:35 details because all of this is recent, but maybe we could say, we let them
- 10:39 move in, but right now, we schedule the work that won't be completed
- 10:43 immediately, but in one, two, or three years.
- 10:45 That's kind of the idea, indeed, to get quotes.
- 10:47 And we guarantee, we give ourselves the guarantee that the work will be done.
- 10:53 So there are questions from Inter listeners, as I said on the Jean-Marc app
- 10:57 Jancovici.
- 10:58 Eric is wondering about the desire to impose heat pumps.
- 11:02 He says these are energy production systems whose profitability is not guaranteed
- 11:07 in certain regions of France.
- 11:08 Why not propose systems like geothermal energy, among others?
- 11:11 Well, the profitability of heat pumps is pretty much guaranteed everywhere.
- 11:15 You should know that in Sweden, it's an extremely widespread system, and it's
- 11:19 colder than here.
- 11:20 So today, heat pumps work well, there's no problem
- 11:23 with that.
- 11:24 Geothermal heat pumps are much more expensive than
- 11:30 aerothermal heat pumps, which are the most common.
- 11:34 So if we impose geothermal heat pumps, it essentially doubles the installation cost
- 11:40 of heat pumps everywhere.
- 11:41 Among the measures announced by the government, the price of a liter of diesel has reached
- 11:46 2.25 euros on a national average.
- 11:48 And to counter that, for the most modest individuals, a whole series of aids.
- 11:52 Again, 180 million announced for the current month, already 150 million euros the previous month
- 11:59 in April.
- 12:00 Aid for low-income workers, fishermen, farmers.
- 12:02 Is the executive right to help those most penalized by this price increase
- 12:07 of oil?
- 12:08 The executive may be right to help them, provided that it is not
- 12:12 the only measure implemented.
- 12:14 It's important to understand that these aids are painkillers, they are not medicines
- 12:19 that cure the disease; they are just medicines that temporarily prevent you
- 12:22 from feeling too much pain.
- 12:23 But as long as we remain dependent on fossil fuels for our travel, we will periodically have
- 12:29 the problem we have today.
- 12:30 Does that align with the electrification plan announced by the government?
- 12:34 Today, the government has the choice between immediately saying we'll pay for your
- 12:39 fuel, or immediately promising that soon we will help you
- 12:43 switch to electricity by financially assisting you to do so.
- 12:47 Moreover, that's the principle of social leasing.
- 12:49 Which is coming back?
- 12:50 Yes, absolutely. The last two times it was implemented, it was a victim of
- 12:53 its own success.
- 12:54 Whatever one might say about electricity, ultimately, when people are allowed to experience it,
- 12:57 they're not that unhappy, and personally, I think it was an
- 13:01 excellent measure.
- 13:02 Of course, it also drains public finances, but it definitively solves
- 13:07 the problem.
- 13:08 Once you've switched to an electric car, you'll never again need
- 13:11 to ask the government for a check when oil prices rise, and that's what
- 13:15 we should be aiming for, obviously.
- 13:16 Other measures were presented by Prime Minister Sébastien Lecornu, but
- 13:22 there's something interesting in your report, as I mentioned, it was about
- 13:26 housing, transport, but also agriculture and industry, two sectors that must
- 13:31 transform their practices.
- 13:33 Non-energy emissions leave a 'heel' of emissions, to quote you, of incompressible
- 13:39 emissions.
- 13:40 If nothing changes, I quote, to achieve climate objectives, it will be necessary to reduce
- 13:44 the size of cattle herds, replace synthetic fertilizers, and fundamentally change the agricultural model.
- 13:50 fundamentally.
- 13:51 Are we ready for that?
- 13:52 Well, farmers are overwhelmingly ready for it, provided they find it economically
- 13:56 beneficial.
- 13:58 A little over a year ago, the Shift Project published a very extensive report on
- 14:02 agricultural issue and which had been supplemented by what we called a major consultation,
- 14:06 meaning we had directly asked farmers for their opinion.
- 14:08 We had told them, well, what do you think of all this? Do you agree,
- 14:11 or disagree? Under what conditions do you agree? Do you think that
- 14:14 you're doing too much, or enough, etc.
- 14:15 And the gist of what we were told was, we are absolutely ready to
- 14:21 comply with citizens' expectations, because citizens generally ask
- 14:25 that agriculture be, so to speak, more virtuous, but we don't want
- 14:30 to lose our shirts, which are already not fat for many farmers, and
- 14:35 what we want is to find our economic benefit, and this demand is
- 14:38 perfectly legitimate, and moreover, it is entirely possible to satisfy it.
- 14:40 Jean-Marc Jancovici, guest of Le Grand Entretien, hello Benjamin, thank you for being with us
- 14:46 this morning on France Inter.
- 14:47 Yes, hello.
- 14:48 Do you have a question for our guest?
- 14:50 Yes, hello, thank you to our guest, thank you to Jean-Marc Jancovici.
- 14:54 I have a question about sobriety, or rather, sobriety of use.
- 14:58 I'm surprised I never hear, as a priority, the idea of resorting
- 15:04 to sobriety, meaning less travel, less consumption, less production
- 15:11 too, less heating, less lighting, or at least better, and we always talk
- 15:15 about electric cars, nuclear power, renewable energies, but for me, sobriety,
- 15:21 would be the first lever to activate, the easiest, the most immediate, and the cheapest,
- 15:27 and it also saves money.
- 15:28 Thank you Benjamin for your input, what do you think Jean-Marc Jancovici? Placing
- 15:33 sobriety first, at the top of priorities?
- 15:37 Well, when you look at the recommendations of the Shift Project, it's all in there,
- 15:42 but on the other hand, human nature being what it is,
- 15:46 less
- 15:50 is something that is hard to sell. What we manage to sell is
- 15:54 better
- 15:55 or
- 15:59 differently.
- 16:04 So in fact, you have to manage to incorporate sobriety into things that are different
- 16:08 or better.
- 16:11 An example I often give is for people who manage to switch from
- 16:12 cars to electric-assist bicycles for their daily commutes, which
- 16:17 concerns a large number of possible trips. Basically, as soon as you are less than 10-15
- 16:18 kilometers from your destination, an electric-assist bicycle is often a good
- 16:20 alternative.
- 16:24 People perceive this as
- 16:28 less,
- 16:29 so you have to manage to convey the
- 16:36 better
- 16:39 that comes with it.
- 16:44 And sobriety can be joyful.
- 16:46 It's an expression by Pierre Rabhi, he's not from the same school as you, but...
- 16:50 It must include desirable elements, otherwise you won't do it.
- 16:54 Otherwise, it's coercion.
- 16:56 So, if I take the same example, what you need to sell is the health
- 17:00 aspect: it pollutes less, it keeps you fit, etc.
- 17:04 The fact that it's less stressful, the fact that you're less stuck in traffic,
- 17:05 the fact that it costs you less, the fact that you don't need to find
- 17:06 a parking spot to park, well, you have to manage to sell the advantages,
- 17:07 because if you only sell the idea that it will mean fewer cars, said like
- 17:08 that, people have a hard time getting excited.
- 17:09 But you had advocated for coercive measures, for example, on France Inter, in fact,
- 17:10 you caused a lot of reaction by saying that one should limit four plane flights
- 17:11 per year...
- 17:14 I didn't say it was necessary.
- 17:19 Well, that it was a...
- 17:21 And I had said, in that context, that means that in 2050, there will be four flights per lifetime
- 17:25 and per person.
- 17:26 But in those four flights per lifetime and per person, I had included Somalis, the French,
- 17:31 the Chinese, and the Brazilians.
- 17:32 That is to say, it was an average for global inhabitants, for people in
- 17:36 their entirety.
- 17:37 And it wasn't just the top tier who are listening to you.
- 17:39 Right.
- 17:40 Who then reacted strongly.
- 17:41 Not just the top tier, Jean-Marc, you're protesting as if you would be surprised.
- 17:43 There's still some good news.
- 17:44 I didn't say that only the top tier are listening to you.
- 17:46 I said that those who are listening to you and who are in the top tier had jumped
- 17:48 up.
- 17:49 Exactly.
- 17:50 But it didn't only concern them.
- 17:51 There's still some good news.
- 17:52 That renewable energies produced more electricity than coal
- 17:55 in 2025.
- 17:56 Which led the authors of the report, who did the calculations, a British think tank,
- 18:01 to say that, globally, we have entered the era of clean growth.
- 18:05 Ah yes, if we focus on electricity, yes, obviously.
- 18:06 Right.
- 18:07 Couldn't these renewable energies be enough to make the transition?
- 18:09 In the era when there were only renewable energies, that is, a little over
- 18:15 two centuries ago, the world didn't really look like it does today.
- 18:18 And today, it's very difficult to know what a world might look like
- 18:22 in which there would again be only renewable energies, because what we
- 18:28 call renewable energies that we use today also benefit from
- 18:31 fossil fuels.
- 18:32 To make a solar panel, a dam, a modern wind turbine, or a modern heat pump,
- 18:37 fossil fuels are needed.
- 18:39 You need steel that was manufactured with coal, you need means of transport
- 18:44 because all these manufacturing processes are globalized.
- 18:46 Globalization means boats and trucks, so that's oil, etc.
- 18:50 So in fact, the question is, if I remove fossil fuels everywhere and all the
- 18:56 time, and I only have wind turbines, solar panels, and dams to
- 18:59 manufacture everything we have in the modern world, what am I truly
- 19:03 entitled to? It's very difficult to answer that question because, in fact, it's
- 19:06 a scenario that is much too far removed from the world we know today.
- 19:10 Jean-Marc Jancovici, French electricity is 95.2% decarbonized in 2025, but
- 19:18 fossil fuels still account for 56% of the country's final energy consumption.
- 19:23 French electricity is clean, but our energy is not.
- 19:27 How do you explain this French paradox?
- 19:29 It's not a paradox.
- 19:30 Electricity only represents a part.
- 19:33 Final energy, pardon me for starting with that, is the energy that powers the
- 19:36 machines we use.
- 19:37 It's the one at the end of the energy system, so it's the one that powers
- 19:41 the machines we use, whether they are elevators, cars, rolling mills,
- 19:45 or backhoes.
- 19:46 And in this so-called final energy, indeed, electricity represents a small quarter,
- 19:52 and the rest is essentially fossil fuels.
- 19:55 And in fact, if we look at the French way of life, we also need to add the energy
- 19:59 that was used outside of France and served to manufacture the computers
- 20:03 that are in this studio, your glasses which were partly manufactured outside
- 20:06 of France, your clothes which were partly manufactured outside of France, etc.
- 20:09 And if we look at the total energy used by the French for their way of life, including
- 20:13 that which was used outside of France and which provides us with the products
- 20:17 and services we consume in France, we are 75% fossil-dependent, very close to the global mix.
- 20:21 which is 80% fossil-based.
- 20:23 Simply because the French have a Western industrial lifestyle that has
- 20:27 been created by fossil fuels and still depends heavily on them today.
- 20:32 On Wednesday, Emmanuel Macron was in Allier to inaugurate a lithium mine belonging to the company
- 20:36 Imerys.
- 20:37 From 2030, this site will produce tens of tons of lithium hydroxide per year,
- 20:43 which corresponds to battery equipment for 700,000 electric cars.
- 20:47 Emmanuel Macron put forward, and I quote, the "Notre-Dame method".
- 20:51 The Notre-Dame method means 5 years, we go fast, we get rid of certain
- 20:55 precautions to accelerate industrial projects.
- 20:59 Can we compare what needs to be done in terms of energy
- 21:04 with the reconstruction of Notre-Dame?
- 21:06 Well, I'm not a specialist in the reconstruction of Notre-Dame.
- 21:09 No, precisely, what does the engineer think of this comparison?
- 21:12 Is a comparison not valid?
- 21:13 However, yes, it's a bit of a metaphor.
- 21:17 What is certain is that there are a number of issues on which we will have to
- 21:21 accelerate, and furthermore, what is certain is that there will be no solution without
- 21:25 drawbacks.
- 21:26 In fact, today, the solution we have, fossil fuels, is very
- 21:29 practical, very powerful, it has drawbacks, it causes climate change
- 21:34 and it's exhaustible.
- 21:35 And it also creates a lot of local pollution in a number of scenarios.
- 21:40 So, the alternatives will never be perfect.
- 21:43 So, building a mine, indeed, it creates a hole, it creates dust on
- 21:46 site, etc.
- 21:47 We can't do without it.
- 21:50 However, it's important to note that between the lithium mine and the battery, there are several intermediate steps.
- 21:56 intermediate steps.
- 21:57 From lithium, you have to make battery components, you have to make cathodes,
- 22:03 you have to make the battery itself.
- 22:04 So, we have battery factories, we have lithium mines, but between the two,
- 22:07 there's lithium refining and component manufacturing.
- 22:10 And for now, we don't have that.
- 22:11 So, we would also need to do that here if we want to be sovereign over the supply chain.
- 22:13 There's also the question of nuclear power, which plays a significant role in your report
- 22:16 on the transition.
- 22:17 This Sunday will mark 40 years since one of the reactors at the Chernobyl power plant exploded.
- 22:22 The area is still highly radioactive.
- 22:23 There hasn't been an accident of this magnitude, perhaps Fukushima a few
- 22:27 years ago.
- 22:28 But today it's impossible to completely rule out risks in nuclear power because
- 22:32 there have been several technical failures in recent years.
- 22:35 Then there's global warming, which can impact power plants.
- 22:37 Then there are also wars.
- 22:38 For example, the Zaporizhzhia power plant in Ukraine, which could be threatened.
- 22:41 Is it still worth taking this nuclear risk?
- 22:44 As I said earlier, no energy source is without drawbacks and no energy source
- 22:50 is without risks.
- 22:51 The risks associated with alternatives are very significant, the risks associated with
- 22:55 fossil fuels are much higher, obviously.
- 22:57 You know that the energy production facilities that have caused the most instantaneous deaths
- 23:02 in Europe are dams.
- 23:05 Dams?
- 23:07 Yes, the Vajont Dam in Italy, in the early 60s, caused over 2,000 deaths.
- 23:14 There was an instantaneous dam accident, absolutely.
- 23:17 And the rupture of the Malpasset Dam in France, it wasn't a power generation dam,
- 23:23 but it still caused several hundred deaths.
- 23:25 And the largest dam complex to ever rupture in China caused 100,000 deaths
- 23:30 in the 70s.
- 23:31 So, you have risks absolutely everywhere.
- 23:36 And in fact, what you need to look at is the risk-benefit or the trade-off of
- 23:38 risks.
- 23:39 When you ask doctors, for example, they tell you that nuclear power, accident
- 23:42 included, is the safest method of electricity production.
- 23:46 Thank you anyway, Jean-Marc Jancovici, for being France Inter's guest.
- 23:51 So, I'd like to remind you of this robust plan for the French economy, the first part of which has just been
- 23:55 published.
- 23:56 It's very easy to find online.
- 23:58 Its title? Succeeding the Transition in Uncertainty: The Method in 20 Projects.
- 24:03 Let's hope politicians will read it.
- 24:05 Thank you very much and have a good day.
Dans cet entretien approfondi, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, spécialiste de l'énergie et du climat, et président de The Shift Project, expose les grandes lignes du premier volet de leur plan pour l'économie française, intitulé "Réussir la transition dans l'incertitude : la méthode en 20 chantiers". Il met en lumière la fragilité de l'économie moderne, devenue extrêmement performante grâce aux combustibles fossiles, mais aussi très vulnérable en cas de rupture d'approvisionnement, comme le montre la dépendance à l'électricité. Jancovici insiste sur la nécessité de se débarrasser des énergies fossiles non seulement pour des raisons climatiques, mais aussi en raison de leur caractère épuisable et de la non-disponibilité en France, une réalité que l'actualité géopolitique a brutalement rappelée. Il critique l'idée que la transition serait plus facile à l'avenir, arguant que l'Europe est déjà en "décrue subie" de combustibles fossiles depuis 2007, ce qui impacte déjà la production industrielle et la consommation matérielle. Le plan du Shift Project ne se limite pas au développement des énergies bas carbone (nucléaire et renouvelables), mais propose une approche globale et simultanée sur 20 chantiers. Cela inclut l'électrification des usages (pompes à chaleur, véhicules électriques), la réduction des déplacements, la transformation de l'agriculture (réduction des cheptels bovins, remplacement des engrais de synthèse) et l'électrification des processus industriels. Jancovici souligne que la décarbonation est l'affaire de tous les secteurs de l'économie, et non pas seulement du secteur énergétique. L'interview aborde également les mesures gouvernementales, comme les aides face à la hausse des prix du carburant, que Jancovici qualifie d'analgésiques plutôt que de remèdes. Il plaide pour des solutions structurelles comme le leasing social pour les voitures électriques. La question de la sobriété est également centrale : bien que difficile à "vendre", elle est présentée comme un levier essentiel, à condition d'en souligner les bénéfices désirables (santé, moins de stress, économies). Enfin, Jancovici démystifie l'idée que les énergies renouvelables seules pourraient suffire, rappelant que leur production actuelle dépend encore fortement des énergies fossiles. Il explique le "paradoxe français" d'une électricité décarbonée mais d'une consommation énergétique globale encore très fossile, en raison du mode de vie industriel et des importations. Il conclut en affirmant qu'aucune solution énergétique n'est sans inconvénients ni risques, et qu'il s'agit toujours d'un arbitrage, citant le nucléaire comme l'un des modes de production électrique les plus sûrs en termes d'accidents mortels.
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