Surtourisme à Bali, sur une île écolo

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La face sombre d'une île soit-disant écolo

  1. 0:03 C'est une question qui se pose dans le monde entier.
  2. 0:06 Comment protéger les petits coins de nature ravagés par l'affluence des touristes,
  3. 0:11 suite à une jolie photo sur les réseaux sociaux ?
  4. 0:14 Nous voilà juste à côté de Bali, sur une île de rêve.
  5. 0:22 L'eau, elle est bonne, on a pied hyper loin et c'est super.
  6. 0:26 Sur tous les réseaux sociaux, il y a des photos et tout ça.
  7. 0:28 J'avoue que ça m'a poussé à venir ici.
  8. 0:32 J'aime bien, il y a bien le soleil qui tape dessus.
  9. 0:34 Celle-là, elle est originale. En plus, on voit bien la mer derrière.
  10. 0:37 On a beaucoup posté sur les réseaux sociaux.
  11. 0:39 Pour la simple et bonne raison qu'on aime bien que tout notre entourage... il voit tout ce qu'on a à faire.
  12. 0:44 Nous sommes à Gili Trawangan, l'île de la fête dans un cadre sauvage.
  13. 0:49 Avec l'assurance de pouvoir prendre de jolies photos d'une nature intacte.
  14. 1:01 Là, c'est vraiment paradisiaque.
  15. 1:04 Les eaux sont turquoises, le sable blanc, c'est vraiment beau.
  16. 1:09 Par contre, il y a un monde de fou.
  17. 1:11 Une Française a débarqué ici il y a 20 ans, quand il n'y avait pas encore foule.
  18. 1:16 Elle a décidé d'y faire sa vie.
  19. 1:18 Aujourd'hui, elle ne reconnaît plus son île.
  20. 1:22 Salut Delphine !
  21. 1:23 Salut, ça va ?
  22. 1:24 Ça va et toi ?
  23. 1:25 Ça va, c'est juste la foule là.
  24. 1:27 C'est comme ça tous les jours ?
  25. 1:28 Tous les jours, c'est pire en juillet et août.
  26. 1:33 Comment ça se passe sur l'île ? Comment on se déplace ?
  27. 1:35 À vélo ou en charrette.
  28. 1:37 Il n'y a pas de voiture ?
  29. 1:38 Pas de voiture, pas de mobilette, pas de truc à moteur.
  30. 1:41 C'est génial ça !
  31. 1:42 C'est top !
  32. 1:43 Donc on est sur une île écolo ?
  33. 1:44 Ouais..., à première vue.
  34. 1:50 Je suis arrivée ici après un voyage autour du monde pour la plongée et les chevaux.
  35. 1:56 Je suis arrivée et je suis restée.
  36. 1:59 À ce moment-là, c'était encore assez calme.
  37. 2:03 Et c'est en 2008 qu'il y a eu le gros clash où il y a eu de plus en plus de monde qui est venu.
  38. 2:10 On a vu des hôtels pousser un petit peu partout comme des champignons.
  39. 2:14 Et du coup, on a décidé qu'on allait faire quelque chose.
  40. 2:23 J'essaye de faire de mon mieux pour préserver l'île où j'ai décidé de vivre et d'éduquer mon fils.
  41. 2:30 Donc c'est pour lui que je le fais, que je me bats.
  42. 2:35 Je m'appelle Delphine Robbe, je me bats pour protéger l'île de Gili Traongan du tourisme de masse.
  43. 2:43 Delphine va nous montrer les coulisses de l'île écolo, ravitaillées tous les matins par ces petits bateaux traditionnels colorés.
  44. 2:53 C'est quoi ça Delphine ?
  45. 2:54 Du diesel et de l'essence.
  46. 2:55 Mais pourquoi, parce qu'il n'y a pas de voiture ?
  47. 2:57 Un groupe électrogène parce qu'on a pas mal de pannes d'électricité.
  48. 3:00 Pour tous les hôtels, les bars, les restaurants ?
  49. 3:02 Non là c'est pour un hôtel.
  50. 3:03 Là c'est pour un hôtel ?
  51. 3:04 Ouais.
  52. 3:05 Tout ça ?
  53. 3:06 Ouais.
  54. 3:07 Ah ouais d'accord.
  55. 3:08 Et là dans les sacs ?
  56. 3:09 Les draps.
  57. 3:10 Le linge sale qui repart, le linge propre qui arrive.
  58. 3:12 Les draps qui vont partir ou revenir pour la lessive en fait.
  59. 3:16 Et des bateaux comme ça en train de décharger, il y en a partout, tout le long de la plage en fait.
  60. 3:20 Là-bas aussi, devant chaque hôtel.
  61. 3:22 Exactement.
  62. 3:27 Là ils sont posés sur l'herbe…
  63. 3:29 L'herbe marine qui va retenir tout le sable, donc éviter l'érosion.
  64. 3:32 Et c'est là où les tortues, à marée haute, viennent manger.
  65. 3:42 Regarde ce qu'il fait là avec son moteur, ça c'est ouf.
  66. 3:45 C'est autorisé ça ?
  67. 3:46 Non, mais il n'y a personne qui est là pour contrôler, donc tout le monde fait ce qu'il veut...
  68. 3:52 En marchant sur la plage, on foule des restes de coraux, morts.
  69. 3:59 Ça, c'est qu'ils ont été arrachés ?
  70. 4:01 Retournés, arrachés, ancres, touristes.
  71. 4:04 L'autre jour on a vu, il y en avait qui déplaçaient, qui jetaient les coraux pour pouvoir faire rentrer leur bateau.
  72. 4:09 À ce point ?
  73. 4:10 Ouais.
  74. 4:12 Ça fait mal au cœur comme d'hab.
  75. 4:14 Comme d'hab ?
  76. 4:15 Ouais, comme d'hab.
  77. 4:16 C'est tous les jours quoi.
  78. 4:18 Elle va nous emmener voir de plus près l'état du corail.
  79. 4:22 Dépêche-toi parce que dans dix minutes j'ai la chair de poule.
  80. 4:24 Mais elle n'est pas froide l'eau là.
  81. 4:26 Si elle est froide.
  82. 4:27 Elle fait 27 degrés mais pour Delphine l'eau est froide.
  83. 4:31 Le corail, c'est la protection naturelle de l'île contre l'érosion.
  84. 4:35 Et c'est un habitat fragile pour les espèces exotiques.
  85. 4:39 Voilà ce qu'il reste de ce monde magique.
  86. 4:42 Lorsqu'on se trouve juste au pied des bateaux.
  87. 4:56 Défoncé...
  88. 4:57 Là, un récif comme ça, il va mettre combien d'années à se remettre ?
  89. 4:59 Il pourra jamais récupérer.
  90. 5:01 C'est un récif qui est condamné quoi.
  91. 5:02 Condamné.
  92. 5:04 Si tout le monde continue, il n'y en aura plus.
  93. 5:07 Il n'y aura plus d'îles, il n'y aura plus de plages, il n'y aura plus de touristes...
  94. 5:12 Il y a désormais plus d'un million de touristes
  95. 5:15 qui débarquent chaque année sur cette petite île
  96. 5:17 d'à peine trois kilomètres carrés.
  97. 5:20 Les vacanciers piétinent les coraux
  98. 5:23 et bousculent les animaux sauvages.
  99. 5:27 C'est quoi le problème vis-à-vis des tortues ?
  100. 5:29 Les touristes qui les touchent, les touristes qui veulent les attraper.
  101. 5:33 Il y en a même qui les remontent sur le bateau.
  102. 5:35 Mais non!!!
  103. 5:36 Pour faire quoi ?
  104. 5:37 Faire une photo !
  105. 5:39 Delphine a décidé de réagir.
  106. 5:43 Comme le gouvernement ne fait rien,
  107. 5:45 nous, on a mis des bouées en place pour éviter les ancres.
  108. 5:50 Pour que les bateaux stationnés ne détruisent plus le corail,
  109. 5:53 elle a installé ces bouées bleues,
  110. 5:55 sur lesquelles ils peuvent s'attacher gratuitement.
  111. 5:57 Encore faut-il les faire connaître.
  112. 5:59 Il y en a un qui arrive.
  113. 6:01 Celui-là, il a la main sur son ancre.
  114. 6:04 Il va faire le tour de la bouée et jeter l'ancre...
  115. 6:11 En plus, il l'a jetée, mais juste à côté d'une bouée qui est libre.
  116. 6:19 Pourquoi vous jetez votre ancre ici ?
  117. 6:21 Il y avait une bouée juste à côté.
  118. 6:26 Il va mettre l'ancre lui aussi.
  119. 6:30 Il nous a vu, il a changé d'avis.
  120. 6:33 Il a changé d'avis.
  121. 6:38 Gili Trawangan est pourtant souvent vendu comme une île écolo.
  122. 6:43 Ici, certains hôtels s'appellent même des éco-villas.
  123. 6:47 Poussons la porte de ce resort par exemple,
  124. 6:50 qui promet de ne jamais utiliser de plastique à usage unique.
  125. 6:53 Là on est dans un très bel hôtel,
  126. 6:55 avec des grands lodges individuels,
  127. 6:57 un jardin bien entretenu,
  128. 6:59 et une interminable piscine avec une grande cascade au bout.
  129. 7:02 Voilà le côté face.
  130. 7:04 Allons voir le côté pile.
  131. 7:06 L'arrière-cour.
  132. 7:14 Ah ouais, d'accord.....
  133. 7:23 C'est carrément une décharge en fait.
  134. 7:25 Ah ouais mais ça va super loin derrière.
  135. 7:27 C'est hallucinant.
  136. 7:33 Il y en a tellement, que les arbres sont complètement étouffés par les déchets.
  137. 7:39 Et derrière, il y a les vaches qui mangent dans les ordures.
  138. 7:46 Ça on le voit pas sur Instagram.
  139. 7:57 Et un chausson, à usage unique, siglé au nom de l'hôtel.
  140. 8:02 Les chambres sont juste là.
  141. 8:05 On voit l'arrière des lodges, il y a un mur pour que les clients voient pas.
  142. 8:17 L'hôtel se présente comme éco-responsable.
  143. 8:21 C'est fou, non mais...
  144. 8:23 Voyage durable.
  145. 8:25 Ils parlent aussi de leur bonne gestion des déchets.
  146. 8:29 Ils ont peur de rien.
  147. 8:31 L'hôtel a vu que nous avions tourné des images.
  148. 8:34 Ils ont donc décidé de nettoyer,
  149. 8:36 et de relancer une petite campagne sur Internet.
  150. 8:48 Le nettoyage, Delphine l'a filmé.
  151. 8:51 Une partie des déchets a bien été emmenée,
  152. 8:54 et déplacée un peu plus loin.
  153. 8:56 Il y a deux charrettes, qui viennent tous les jours,
  154. 9:00 pour récupérer les poubelles, et les emmener à un autre endroit de l'île.
  155. 9:09 Un bel hôtel.
  156. 9:11 Et voilà, le nouveau terrain.
  157. 9:13 La nouvelle décharge.
  158. 9:20 La décharge sauvage est reconstituée.
  159. 9:24 Devant un autre hôtel.
  160. 9:26 Voilà.
  161. 9:31 Les déchets, c'est le combat principal de Delphine.
  162. 9:34 Elle y consacre la majeure partie de son temps.
  163. 9:38 Ne cherchez pas d'incinérateur ici.
  164. 9:41 Sympa.
  165. 9:43 Tout est entreposé, à même le sol, au milieu de l'île.
  166. 9:46 Ohlala mais c'est hallucinant.
  167. 9:50 C'est le revers du tourisme de masse.
  168. 9:55 Ça va jusqu'à là-bas.
  169. 10:02 Ça, c'est le résultat d'un million de visiteurs par an.
  170. 10:05 12 à 15 tonnes par jour.
  171. 10:07 Par jour ?
  172. 10:08 Par jour.
  173. 10:12 Il existe un système de collecte.
  174. 10:14 En charrette.
  175. 10:16 Payé par les hôtels et les restaurants.
  176. 10:20 Il suffit de regarder pour voir qu'il y a tout le reste du tourisme.
  177. 10:24 Des bouteilles d'alcool, des noix de coco, des pailles.
  178. 10:27 Une bouteille de vin.
  179. 10:28 Un paquet de chips.
  180. 10:30 Un reste de shampoing.
  181. 10:32 C'est écrit en français.
  182. 10:34 Et là, un reste de masque de plongée.
  183. 10:39 Il y a des palmes.
  184. 10:45 Ce qu'on voit, c'est des villas de touristes, ça ?
  185. 10:47 Oui.
  186. 10:48 Juste à côté de la décharge ?
  187. 10:49 Oui.
  188. 10:50 Les murs sont assez hauts.
  189. 10:51 Je pense qu'ils ne découvrent même pas, en fait.
  190. 10:53 C'est complètement fou.
  191. 10:54 On a l'impression qu'il y a des murs qui se sont mis
  192. 10:56 juste pour que les touristes ne se rendent pas compte
  193. 10:58 de ce qui se passe derrière.
  194. 11:00 C'est ça.
  195. 11:02 D'un côté, les touristes à vélo.
  196. 11:05 Et les vacances bas carbone.
  197. 11:07 De l'autre, des poubelles à perte de vue.
  198. 11:11 Entre les deux, un mur.
  199. 11:15 Tout le travail de Delphine, c'est de rapprocher ces deux mondes
  200. 11:18 et de faire passer les visiteurs de l'autre côté.
  201. 11:21 Elle organise une excursion, a priori, pas très instagrammable.
  202. 11:25 La visite de la décharge.
  203. 11:29 Voilà, on arrive sur le côté sombre.
  204. 11:32 Sur la colline, on a à peu près 30 ans de poubelles
  205. 11:35 qui viennent principalement du tourisme.
  206. 11:38 Waouh !
  207. 11:40 Ça, c'est quelque chose, là.
  208. 11:42 Ça, c'est des bouteilles de merde.
  209. 11:44 T'as une belle photo touristique.
  210. 11:48 Vous vous doutiez que c'était à ce point
  211. 11:50 la phase cachée un peu du tourisme ici ?
  212. 11:53 Non, c'est clair que quand tu reviens de ton beau voyage en bateau
  213. 11:56 avec l'eau bleue, les tortues,
  214. 11:58 et que tu fais 300 mètres au milieu de l'île
  215. 12:00 et que tu vois comme ça une décharge
  216. 12:02 de je ne sais pas combien de kilomètres.
  217. 12:05 C'est vrai que ça fait bizarre.
  218. 12:07 On voit déjà dans les rues quand même que c'est pas propre
  219. 12:09 parce qu'on voit les bouteilles un peu partout, etc.
  220. 12:11 Mais on ne s'imagine pas qu'un truc aussi énorme...
  221. 12:14 C'est le Instagram VS réalité.
  222. 12:19 Elle propose aussi aux touristes
  223. 12:21 de se retrousser les manches
  224. 12:23 et de filer un coup de main.
  225. 12:26 Premier jour de vacances.
  226. 12:29 C'est terrible.
  227. 12:30 On s'est dit qu'on ne pouvait pas rester sans rien faire.
  228. 12:33 Tout le monde veut venir ici.
  229. 12:35 C'est très à la mode.
  230. 12:36 J'ai bien conscience de faire partie du problème
  231. 12:38 et c'est ma manière de rendre service.
  232. 12:41 Alors, qu'est-ce que tu as ramassé ?
  233. 12:43 Du plastique recyclable.
  234. 12:46 Allez, on sort les muscles.
  235. 12:49 90 kilos de déchets,
  236. 12:51 ramassés en une heure seulement.
  237. 12:54 Ceux-là quitteront l'île par bateau
  238. 12:56 pour rejoindre un centre de tri.
  239. 12:59 Et 4500 de putains de mégots.
  240. 13:06 Ce qui est absurde, c'est que figurez-vous qu'il existe un centre de tri sur l'île.
  241. 13:12 Ça ne trie pas beaucoup là.
  242. 13:14 Mais il n'a jamais été mis en service.
  243. 13:17 Ça fait 4 ans que nous attendons des autorisations pour l'utiliser.
  244. 13:22 Et en attendant, les déchets continuent à s'entasser derrière.
  245. 13:25 La colline grandit, grossit et pollue.
  246. 13:28 C'est incroyable.
  247. 13:29 Non, c'est déprimant.
  248. 13:33 Avec une association locale,
  249. 13:35 financée par des donateurs du monde entier,
  250. 13:37 elle organise le ramassage des bouteilles en verre.
  251. 13:42 Ça paraît un peu être une goutte d'eau dans l'océan de déchets,
  252. 13:45 ce qu'on est en train de faire.
  253. 13:47 Oui, mais on fait ce qu'on peut.
  254. 13:48 Cette colline-là,
  255. 13:49 si on n'avait pas ramassé les bouteilles depuis 2011,
  256. 13:51 je pense qu'elle serait trois fois plus haute.
  257. 13:54 Le verre va avoir une deuxième vie.
  258. 13:58 C'est les bouteilles qu'on a ramassé,
  259. 14:00 et qui sont transformées en sable.
  260. 14:02 Du sable de verre, de l'eau, du ciment.
  261. 14:06 Et voilà, ça donne des briques.
  262. 14:10 C'est un petit espoir comme quoi on a trouvé une solution
  263. 14:13 pour un type de déchets,
  264. 14:15 mais c'est pas non plus la solution pour tout le reste.
  265. 14:18 La seule solution qu'on voit, c'est réduire le tourisme,
  266. 14:21 réduire la quantité de gens qui viennent sur l'île.
  267. 14:24 C'est trop. Les limites ont été dépassées.