Le modèle du Big Bang est-il dépassé ? Jean-Philippe Uzan répond
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Jean-Philippe Uzan et Tristan Veil discutent du modèle standard du Big Bang (Lambda-CDM), de ses limites face aux observations récentes, des mystères de la matière et de l'énergie noires, et des perspectives d'évolution de la cosmologie grâce aux nouvelles données expérimentales.
- 0:00 Les observations d'Azy auraient prétendu avoir la preuve, l'indication
- 0:04 que la densité d'énergie du vide, la constante cosmologique,
- 0:07 ne serait pas constante, évoluerait avec le temps.
- 0:10 Ça mettrait en défaut complètement le lambda du lambda CDM,
- 0:13 ça ne serait plus une constante.
- 0:14 Si vous voulez, le modèle lambda CDM, il explique très bien les choses
- 0:16 numériquement, mathématiquement, mais en mettant des choses un peu
- 0:20 sorties du chapeau, quoi.
- 0:21 D'où va venir le nouveau modèle cosmologique ?
- 0:24 Où est-ce qu'il va apparaître ?
- 0:25 Aujourd'hui, je parierais sur les mesures très fines
- 0:27 sur l'expansion de l'univers et leur variation.
- 0:29 Tout en sachant qu'aujourd'hui, le débat est quand même là
- 0:33 autour de ces observations.
- 0:34 Tout le monde n'est pas convaincu par ces observations
- 0:36 et la façon dont elles sont analysées.
- 0:38 Il ne peut pas être renversé ce modèle actuel
- 0:40 dont on parle depuis le début, lambda CDM.
- 0:48 On dit parfois, Jean-Philippe Huzan, qu'on ne comprend aujourd'hui
- 0:51 plutôt plus que 5% de l'univers.
- 0:54 Qu'est-ce que ça veut dire ?
- 0:55 C'est en général sur le contenu matériel de l'univers.
- 0:58 On sait que dans l'univers, il y a de la matière.
- 0:59 Il y a moi, il y a vous, il y a toutes ces atomes
- 1:01 que de notre quotidien, les planètes, les étoiles, les galaxies,
- 1:04 toute cette matière qui brille.
- 1:06 Et aujourd'hui, l'astrophysique a été capable de faire un bilan
- 1:09 de la matière dans l'univers.
- 1:11 Et ce que l'on sait, c'est qu'il doit exister,
- 1:13 si le modèle est correct,
- 1:15 eh bien 95% de cette matière qui serait sous une forme inconnue
- 1:19 qu'on appelle le secteur sombre.
- 1:20 Donc ça, c'est un domaine de recherche très actif de savoir
- 1:24 quelle est la nature de la matière noire,
- 1:25 quelle est la nature de cette énergie sombre
- 1:27 qui, pour l'instant, sont des mots qui caractérisent
- 1:29 des types de matières qu'on est capable un petit peu d'écrire,
- 1:33 mais dont on ne connaît pas l'identité physique.
- 1:37 Et ça, ça a été une surprise parce que ça montre que
- 1:40 tout ce que l'on a compris sur l'univers
- 1:41 vient de ces 5% de matière ordinaire,
- 1:44 donc qui est fait des atomes que l'on connaît ici sur Terre
- 1:48 et dans notre environnement,
- 1:49 et de se dire qu'en fait, on est un peu l'écume
- 1:51 d'un océan de matière noire d'énergie sombre
- 1:53 et que rien que ça, on a réussi à identifier le fait
- 1:56 qu'il y avait encore tout ça à comprendre.
- 1:57 Comme si vous voyiez le haut d'un iceberg
- 2:00 et que vous savez par les lois de la physique
- 2:01 que si vous voyez dépasser ça,
- 2:02 eh bien, il y a tout ça qui est en dessous
- 2:04 qu'il va falloir comprendre.
- 2:06 C'est quelque chose d'assez renversant
- 2:08 parce que l'étude de l'univers lui-même, de la nature,
- 2:11 nous dit qu'en fait, il manque des choses dans votre description,
- 2:14 dans votre compréhension de la nature.
- 2:15 Et ça, c'est un petit peu l'essence des sciences.
- 2:17 À chaque étape de notre compréhension de la nature,
- 2:19 il y avait des problèmes d'incomplétude.
- 2:22 Il y a quelque chose qui ne marche pas
- 2:23 et en fait, ça va révéler des nouvelles particules.
- 2:25 Par exemple, on a découvert l'antimatière,
- 2:27 on a découvert des particules comme les neutrinos.
- 2:29 Tout ça parce que dans certaines expériences,
- 2:30 il semblait manquer quelque chose.
- 2:32 Et en fait, la science, elle se construit parce que l'on voit,
- 2:35 mais parce que l'on ne voit pas aussi.
- 2:37 Donc ça, c'est quelque chose qui est intéressant.
- 2:39 Et le mot voir est en fait un peu troublant
- 2:42 parce que pour la plupart d'entre nous,
- 2:43 on identifie ça à la vue,
- 2:45 alors que pour un scientifique,
- 2:46 c'est le fait d'interagir avec,
- 2:48 d'être capable de montrer l'existence.
- 2:50 Et là, la clé de cette vision, c'est la gravitation
- 2:54 parce que toute matière, quelle qu'elle soit,
- 2:56 va influer les autres par sa propre gravitation.
- 2:58 Même si elle est noire, si elle est invisible,
- 3:02 si elle est sans masse,
- 3:04 elle va agir de cette façon-là.
- 3:06 Et ça, c'est un outil qui est, on va dire, assez nouveau
- 3:09 parce que cette gravitation-là,
- 3:11 elle s'est construite au début du XXe siècle.
- 3:13 Et les outils que l'on a aujourd'hui
- 3:16 pour voir avec cette vision gravitationnelle,
- 3:19 c'est des outils qui ont eu une dizaine d'années.
- 3:21 Donc on a aussi une période de transition
- 3:22 de l'astrophysique et de la cosmologie
- 3:24 qui va pouvoir étudier ce que l'on ne voit pas
- 3:26 avec nos yeux et avec nos télescopes.
- 3:28 Et alors, vous l'avez dit, pour étudier ces phénomènes-là,
- 3:31 vous disposez et vous créez des modèles
- 3:34 et notamment un modèle qui est aujourd'hui le modèle standard.
- 3:38 C'est d'ailleurs comme ça qu'on l'appelle le modèle standard du Big Bang
- 3:41 ou modèle lambda CDM.
- 3:43 Tristan Veil, vous êtes journaliste au Service Sciences du Figaro.
- 3:45 Qu'est-ce que c'est que ce modèle si cher aux cosmologistes
- 3:49 comme Jean-Philippe Huzyn ?
- 3:50 Alors, le modèle lambda CDM,
- 3:51 c'est un peu un nom de code.
- 3:54 Le lambda, justement, il représente l'énergie noire
- 3:56 dont parlait Jean-Philippe Huzyn.
- 3:57 Il représente l'expansion de l'univers.
- 4:01 Il y a une question aujourd'hui pour savoir si c'est lambda
- 4:03 ou si c'est un oméga, si c'est une quantité stable,
- 4:06 une quantité variable avec le temps.
- 4:08 Donc ça pourrait bientôt devenir le modèle oméga CDM.
- 4:11 Il y a des observations qui commencent à pointer vers ça.
- 4:14 On n'a pas encore la confiance statistique exacte
- 4:18 qu'il y a bien une variation au cours du temps,
- 4:19 mais on a des indices.
- 4:21 Le CDM, c'est pour Cold Dark Matter,
- 4:23 ça veut dire matière noire froide.
- 4:26 Et ça, c'est l'idée qu'il y a une matière invisible,
- 4:29 enfin transparente, qui structure tout l'univers
- 4:32 et qui est froide, ce qui veut dire qu'elle reste relativement en place.
- 4:35 Si elle était chaude, elle aurait tendance à se dilater, à bouger.
- 4:37 Elle est froide, donc elle permet aux structures de garder leur forme
- 4:40 et elle structure vraiment tout l'univers.
- 4:41 Et donc le nom du modèle, je trouve que c'est assez beau
- 4:43 parce que finalement, il est appelé par quatre lettres
- 4:46 qui décrivent des choses qu'on ne connaît pas
- 4:48 parce qu'on ne sait pas ce que c'est que cette matière noire.
- 4:50 On ne sait pas ce que c'est que cette énergie noire.
- 4:51 Elles apparaissent comme ça dans le modèle,
- 4:53 assez naturellement, de manière numérique.
- 4:56 Il reste le défi pour les astrophysins comme Jean-Philippe Huzon
- 4:58 de découvrir ce qui se casse et ce qui est derrière.
- 5:01 Il nous parle de choses qu'on ne sait pas
- 5:03 et pourtant, ce modèle, il décrit beaucoup de choses.
- 5:04 Il est au cœur de votre livre, L'univers incompris.
- 5:06 Vous commencez par établir les bases de ce modèle
- 5:09 et en fait, vous le triturez, vous le poussez à ses limites
- 5:12 pour voir jusqu'où il s'arrête.
- 5:14 C'est ce que vous avez voulu faire avec ce livre, L'univers incompris.
- 5:16 C'est de pousser dans ses retranchements ce modèle
- 5:18 qui explique pourtant tant de choses.
- 5:19 Il vous explique la gravité, l'expansion de l'univers,
- 5:22 toutes sortes de phénomènes.
- 5:23 Alors, il y avait plusieurs ambitions.
- 5:25 En fait, on a ce modèle, modèle lambda CDM
- 5:27 qui a été longtemps appelé modèle du Big Bang.
- 5:29 Ce qui était important pour moi,
- 5:31 c'était peut-être le point de vue du chercheur,
- 5:32 c'est que c'est déjà faire comprendre à tout le monde
- 5:35 ce que c'est qu'une notion de modèle
- 5:37 parce qu'on a une vision de la science avec des équations,
- 5:39 des choses que les gens comprennent,
- 5:40 des applications éventuellement technologiques qui en découlent.
- 5:44 Mais si on réfléchit à ce que produit la science,
- 5:46 en fait, dans son cœur, ce sont des modèles.
- 5:49 Et ces modèles, ce sont des descriptions en général simplifiées
- 5:52 mais qui ne sont pas simplistes de phénomènes de la nature.
- 5:54 On va mathématiser un phénomène de la nature.
- 5:57 Et à partir de ce moment-là,
- 5:58 on va avoir pris sur ce phénomène de la nature.
- 6:01 Et surtout, ce qu'on va pouvoir faire, c'est le questionner.
- 6:03 Donc, le modèle dit qu'est-ce qui est mesurable ?
- 6:05 Comment je le mesure ? Comment je le questionne ?
- 6:07 Et c'est là la difficulté.
- 6:08 C'est que souvent, on se dit qu'il y a des problèmes,
- 6:11 il faudrait changer de modèle.
- 6:12 Le problème, c'est que vous ne pouvez pas abandonner
- 6:14 et dire on va faire radicalement différemment
- 6:17 parce que sinon, vous ne pouvez plus interpréter vos données.
- 6:19 Des observations comme celles d'objets suèves
- 6:21 qui vont encore plus loin que le Hubble Space Telescope et ainsi de suite,
- 6:23 on a été nourri d'observations.
- 6:25 Et se pose la question aujourd'hui de savoir
- 6:27 est-ce que la description mathématique de ce modèle
- 6:30 est aussi précise, aussi juste qu'il le faudrait
- 6:33 pour interpréter ces observations avec une telle précision ?
- 6:36 Et là, il y a trois types de grands problèmes qui vont apparaître.
- 6:41 Du fait que le modèle, comme c'était une version simplifiée de la réalité physique,
- 6:46 eh bien, il a laissé des choses en dehors de son champ explicatif
- 6:49 que parfois, on a envie de savoir.
- 6:50 La fameuse question qu'on pose tout le temps,
- 6:52 qui avait-il avant le Big Bang ?
- 6:53 L'univers est-il infini ?
- 6:55 Là, le modèle est un peu muet.
- 6:59 Est-ce qu'on peut l'étendre pour aborder ces questions-là ?
- 7:01 Donc ça, c'est vraiment des questions structurelles.
- 7:03 Tristan Wey, quelles sont, vous, les questions
- 7:06 aux limites de modèles que vous posez le plus ?
- 7:09 Je pense, les questions métaphysiques, de devenir de l'univers.
- 7:12 Et du coup, qu'est-ce qu'il était avant avec cette idée ?
- 7:15 Est-ce que c'est un univers qui a un début et une fin ?
- 7:17 Ou est-ce que c'est quelque chose qui est infini dans le temps ?
- 7:20 Une autre chose, moi, qui m'intéresse, c'est les petites incohérences
- 7:23 qu'il y a dans le modèle.
- 7:26 Qu'est-ce qui se passe dans un trou noir ?
- 7:27 C'est pas très bien comment y aller.
- 7:29 Est-ce qu'en creusant cette voie, on peut trouver quelque chose d'intéressant ?
- 7:32 Comment croissent les galaxies au début de l'univers ?
- 7:34 Avec le James Webb, on commence à voir que c'est pas aussi clair qu'on le pensait.
- 7:38 Tout a l'air de se structurer très vite, plus vite que ce qu'on imaginait.
- 7:41 On fait pas craquer les modèles, mais on commence à tirer un peu dessus.
- 7:45 J'aime bien cette idée-là, d'aller chercher les petites imperfections
- 7:49 pour essayer d'en faire apparaître quelque chose de plus grand.
- 7:51 Je trouve que c'est assez beau.
- 7:52 Parce qu'évidemment, si on se dit, qu'est-ce qu'il y a avant le Big Bang, etc.,
- 7:54 c'est un peu évident qu'on va trouver quelque chose de nouveau.
- 7:57 Quand on va unifier la mécanique quantique et le modèle,
- 8:00 on va trouver forcément un modèle plus grand, plus large, qui explique mieux.
- 8:02 Mais c'est très difficile.
- 8:03 Et des fois, passer par ces petites voies détournées,
- 8:05 de voir les petites choses qui marchent pas,
- 8:06 c'est ça qui m'intéresse le plus aujourd'hui.
- 8:09 Jean-Philippe, je vous ai écouté dans une conférence récente à l'IAP,
- 8:13 vous disiez que c'était souvent les mêmes questions
- 8:16 qu'on vous posait sur votre travail,
- 8:18 et que la plupart de ces questions étaient précisément,
- 8:20 en limite, voire au-delà de ce modèle.
- 8:23 Vous dites, non sans espéglerie, mais c'est toujours les mêmes qu'on vous pose.
- 8:27 Mais moi, j'ai envie de vous dire,
- 8:28 c'est précisément parce que ce modèle est extrêmement puissant,
- 8:31 qu'il explique déjà beaucoup de choses.
- 8:33 Et donc, on se tourne vers lui quand il nous reste des questions,
- 8:36 quand il reste des choses qu'on ne comprend pas.
- 8:38 C'est légitime, non ?
- 8:38 Oui, c'est tout à fait légitime.
- 8:40 Et c'est aussi la preuve qu'il est en train de diffuser culturellement
- 8:43 dans notre environnement.
- 8:44 C'est-à-dire qu'en effet, il y a, on va dire, 20 ans, 30 ans,
- 8:48 il y avait peu de gens qui faisaient de la vulgarisation de l'astrophysique
- 8:51 et de la cosmologie.
- 8:52 Ça a commencé principalement en France avec Hubert Reeves.
- 8:55 Et puis, quand le James Webb vous fait une belle image,
- 8:58 quand vous avez cette bouée ou cette donut de lumière
- 9:02 qui est la preuve de la matière qui s'accrête sur un trou noir supermassif,
- 9:06 ça se propage sur Internet.
- 9:07 Et donc, les gens sont exposés à ce savoir-là.
- 9:09 Et donc, bien sûr, ils se questionnent.
- 9:11 Et je pense que c'est pour ça.
- 9:13 Avant le Big Bang, qu'est-ce qu'il y avait naturellement ?
- 9:15 Je veux dire, si je vous explique que c'est comme ça, il y a une limite.
- 9:18 Mais qu'y a-t-il après l'endroit où vous arrêtez de me donner des choses ?
- 9:22 C'est la question naturelle.
- 9:23 C'est un peu la question du petit enfant.
- 9:26 Et pourquoi ça ?
- 9:27 Et on lui donne une réponse.
- 9:28 Et pourquoi ça ?
- 9:28 Donc, le but, c'est toujours d'aller plus loin.
- 9:31 Il y a un philosophe allemand qui s'appelle Jonas Kohn.
- 9:33 Il a un très beau texte là-dessus.
- 9:34 Vous savez, le mot comprendre, c'est la même chose en allemand, ça se traduit bien.
- 9:37 Dans le mot comprendre, il y a le mot prendre, il y a le mot saisir.
- 9:40 Ce que je comprends, ce sont les limites de l'objet que je tiens dans ma main.
- 9:44 Et donc, il y a un moment où on est bloqué, en fait, presque ontologiquement,
- 9:47 parce que nous, on est dans l'univers, au milieu de l'univers, ici, aujourd'hui.
- 9:51 On ne peut pas sortir de l'univers pour le regarder,
- 9:53 pour avoir une vision globale de la nature.
- 9:55 On fait le mieux qu'on a avec toute la lumière
- 9:57 et toutes les particules qu'on récolte depuis ici sur Terre aujourd'hui.
- 10:01 Et puis, cette construction, elle est par essence imparfaite.
- 10:05 Et moi, je crois qu'elle sera toujours imparfaite.
- 10:06 Et c'est ça aussi une certaine beauté.
- 10:08 Et on fait le mieux que l'on a avec les outils intellectuels et technologiques
- 10:12 que l'on a à un moment donné de l'histoire.
- 10:13 Ce travail de débat continuel où les gens arrivent avec des nouvelles idées.
- 10:18 Mais en fait, on a ce modèle cosmologique comme langage commun
- 10:20 qui est la base de toutes ces discussions.
- 10:22 Et chacun va avoir son modèle de qu'est-ce qu'il y a avant le Big Bang,
- 10:25 de est-ce que l'univers est fini, est-ce qu'il est infini ?
- 10:27 Est-ce qu'il y a de la matière noire de tel type ou de tel type ?
- 10:30 Et chacun va essayer de pousser ses idées.
- 10:32 Chacun va arriver avec des arguments, des contre-arguments.
- 10:35 Et c'est dans cet exercice d'aller-retour, en fait,
- 10:38 que va émerger, en fait, peut-être l'état du modèle suivant,
- 10:42 la nouvelle version Big Bang 2.0.
- 10:44 Mais aujourd'hui, c'est toujours difficile de savoir, de dire
- 10:47 quelle va être dans ces spéculations,
- 10:49 quelle est celle qui va aboutir et qui va s'établir
- 10:51 et qui va être validée par l'expérience.
- 10:53 Et ça contredit un petit peu ces images où on a des génies qui arrivent
- 10:57 et qui ont une vision et qui vous disent la nature est comme ça,
- 10:59 un petit peu comme si c'était des prophètes.
- 11:02 Je trouve que cette façon d'écrire l'histoire des sciences,
- 11:04 c'est un petit peu daté.
- 11:07 Et en particulier sur les expériences de satellites
- 11:10 ou de grands observatoires,
- 11:12 les collaborations des centaines, voire des milliers de personnes,
- 11:15 on va dans quelques semaines avoir, je l'espère,
- 11:18 les résultats du satellite Euclide.
- 11:20 C'est presque 1000 personnes à travers le monde
- 11:22 qui travaillent pour que ces données puissent exister,
- 11:24 pour qu'elles puissent être interprétées.
- 11:26 Et cet engagement de milliers de scientifiques dont parle Jean-Philippe Usain,
- 11:29 on ne cesse de le répéter, c'est aussi beaucoup de créativité.
- 11:32 C'est aussi beaucoup d'ingéniosité, je sais que c'est vous Michel.
- 11:34 Beaucoup de créativité, beaucoup d'ingéniosité, beaucoup d'imagination.
- 11:37 La cosmologie, c'est un domaine qui a attiré beaucoup ces 30 dernières années
- 11:42 devant un peu les limites de la physique des particules,
- 11:45 qui était avant un peu le chemin privilégié des gens qui voulaient faire de la physique.
- 11:51 Et finalement, on est un peu arrivé dans des impasses.
- 11:54 C'est-à-dire qu'en fait, on ne faisait que confirmer ce que prévoyait la théorie.
- 11:59 C'était un chemin un peu balisé.
- 12:00 On pensait qu'on aurait des surprises.
- 12:01 Il n'y en a pas vraiment eu.
- 12:03 On est un peu aux limites des instruments.
- 12:04 Là, il faudrait repartir dans un nouvel accélérateur qui prendra des années
- 12:07 à être construit pour éventuellement défricher un nouveau terrain.
- 12:10 Et de l'autre côté, on avait la cosmologie où on découvrait l'expansion accélérée de l'univers.
- 12:15 Puis maintenant, on découvre qu'elle a peut-être évolué avec le temps.
- 12:18 Il y a cette question de la nature de l'énergie noire et de la matière noire.
- 12:22 Il y a ce mur.
- 12:24 Dans les premiers instants du Big Bang, la première seconde,
- 12:26 il y a beaucoup de choses qui ne sont encore pas tout à fait bien comprises.
- 12:29 Il y a pas mal de théories possibles.
- 12:30 Il y a un champ à investir qui est assez grand.
- 12:34 Il y a quelque chose de mystérieux.
- 12:36 On a envie de regarder.
- 12:37 C'est comme les hiéroglyphes.
- 12:39 D'un coup, il y a un parfum qui, je pense, attire l'esprit humain.
- 12:44 On est attiré par cette espèce d'espace inconnu,
- 12:47 cet terra incognita qui est là juste devant nous.
- 12:49 Et le fait que personne ne sache ce que c'est,
- 12:51 je pense que pour un jeune qui a 20 ans aujourd'hui,
- 12:53 se dire peut-être moi je vais trouver,
- 12:55 peut-être moi je vais apporter ma contribution à trouver ce que c'est,
- 12:58 c'est quand même super enthousiasmant.
- 13:00 C'est interdit de chercher.
- 13:01 100% de ceux qui le trouvent ont commencé à chercher.
- 13:05 C'est un peu comme un génie.
- 13:06 Vous savez, dans tous ces contes,
- 13:08 on a un génie qui fait vos trois souhaits ou qui répond à vos questions.
- 13:12 Si vous ne formulez pas votre question ou votre souhait de la façon la plus parfaite,
- 13:15 vous vous faites un peu avoir.
- 13:17 Et donc, la nature, c'est pareil.
- 13:18 C'est une sorte de génie qui répond de la façon la plus bête possible aux questions que vous lui posez.
- 13:22 Et ce sont les modèles qui nous apprennent à poser des questions à l'intelligence,
- 13:26 à construire des expériences qui vont exactement nous permettre
- 13:29 de trancher entre telle hypothèse ou telle hypothèse.
- 13:32 Vous avez expliqué un petit peu plus tôt que vous ne croyez pas vraiment
- 13:36 au récit du scientifique prophétique qui débarque et qui renverse la table, etc.
- 13:41 En tout cas, qu'il faudrait le raconter autrement.
- 13:43 Est-ce que ça signifie que ce modèle, il est voué à ne pas être renversé ?
- 13:47 Il est voué à évoluer, être amélioré ?
- 13:51 Il ne peut pas être renversé ce modèle actuel dont on parle depuis le début, l'AMDA-CDM ?
- 13:55 Quand vous arrivez avec votre nouveau modèle, c'est assez difficile.
- 13:57 La première chose que vous devez faire, c'est un, avoir une formulation mathématique qui est robuste.
- 14:02 Et deuxièmement, montrer que vous faites au moins aussi bien que l'ancien modèle.
- 14:05 C'est-à-dire que vous expliquez déjà dans votre nouveau cadre tout ce que l'ancien modèle expliquait.
- 14:10 Et puis ensuite dire, il y a des nouvelles choses.
- 14:11 On réjoue des problèmes, on a des nouvelles prédictions.
- 14:14 Donc ça, ça ne se fait pas en un jour.
- 14:15 Mais si ce modèle est séduisant dans le sens où il a un potentiel de découverte,
- 14:19 je suis sûr que ça va accréter des jeunes qui vont arriver et qui vont vouloir prendre le relais.
- 14:26 C'est ça la difficulté.
- 14:27 Un changement de modèle, on ne peut pas prédire la façon dont ça se passe.
- 14:31 Et je pense que dans l'histoire des sciences, on a eu un petit peu différentes versions
- 14:36 que si on prend le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme.
- 14:40 Là, ça a pris un certain temps.
- 14:42 Même s'il y a eu Copernic, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain.
- 14:44 Voilà, il a fallu que les gens se rendent compte que,
- 14:46 ah oui, ça explique que c'était beaucoup plus logique, et ainsi de suite,
- 14:48 d'aller jusqu'à Newton, et ainsi de suite,
- 14:50 pour que ça soit complètement admis et que les gens changent de vision.
- 14:54 Donc voilà, ça ne s'est pas fait instantanément,
- 14:55 même si on peut marquer un moment où quelqu'un formule bien cette nouvelle idée.
- 15:01 Quand c'est le cas de la mécanique quantique, c'est un ensemble de jalons,
- 15:05 parce qu'en fait, on n'est pas passé de la théorie classique à la quantique d'un seul coup.
- 15:08 Il y a eu des jalons, il y a eu des éléments,
- 15:10 il y a eu des sous-phénomènes qui ont été expliqués,
- 15:12 puis ensuite, ça s'est structuré.
- 15:14 Pour la Relativité Générale, là, ça a été beaucoup plus dans le récit traditionnel du grand génie,
- 15:18 parce que ça a été porté par une seule personne.
- 15:21 Et là aussi, voilà, 1919, Eddington dit,
- 15:24 ben ouais, Einstein a raison, il fait ce discours extraordinaire
- 15:28 à la Royal Society sous le portrait de Newton,
- 15:31 en disant que c'est la nouvelle théorie qui étend la théorie de Newton.
- 15:35 Pour autant, à l'époque, ils sont une poignée à être capables de travailler sur cette théorie,
- 15:39 parce que là aussi, un problème éducatif,
- 15:42 les bases mathématiques de cette théorie-là
- 15:44 n'étaient pas enseignées à tous les physiciens et astrophysiciens de l'époque,
- 15:48 et les phénomènes qui étaient prédits, à part cette déflection de la lumière,
- 15:51 étaient tous tellement faibles qu'ils n'avaient aucune incidence
- 15:55 sur l'astrophysique et sur la physique à la surface de la Terre.
- 15:58 Donc, la plupart des physiciens ne s'y sont pas intéressés.
- 16:01 Et donc, il y a eu cette annonce,
- 16:03 et puis ensuite, il y a eu un temps de latence.
- 16:05 Jean Eisenstein, qui était historien des sciences,
- 16:07 parlait de la relativité à l'étiage,
- 16:10 donc ces décennies pendant lesquelles la théorie est étudiée
- 16:13 par quelques théoriciens, mathématiciens,
- 16:16 avant qu'elle trouve son champ d'application,
- 16:17 et que là, elle part et elle explose.
- 16:20 Est-ce nécessaire, ça, pour que la science soit validée,
- 16:24 qu'elle soit validée par le grand public ?
- 16:26 Ce débat se passe d'abord dans le champ scientifique,
- 16:29 mais nécessairement, elle doit diffuser,
- 16:32 puisque la science que l'on fait,
- 16:34 si elle change notre façon de voir le monde,
- 16:36 c'est nécessaire qu'elle diffuse dans le grand public.
- 16:40 La communauté scientifique,
- 16:41 c'est une partie du grand public, entre guillemets.
- 16:45 Elle ne vit pas dans une bulle en dehors de la société.
- 16:48 Des fois, on a cette image-là un peu,
- 16:50 on interroge la science comme si la science était en dehors du champ.
- 16:54 Il n'en reste pas moins partie intégrante du monde.
- 16:59 Ils sont imprégnés d'idées, ils sont imprégnés des modes,
- 17:02 c'est des gens qui discutent entre eux,
- 17:04 il y a toute une sociologie de la science.
- 17:06 Et moi, ce qui aujourd'hui m'enthousiasme le plus peut-être,
- 17:10 c'est de voir d'où va venir le nouveau modèle cosmologique,
- 17:14 où est-ce qu'il va apparaître ?
- 17:15 Aujourd'hui, je parierais sur les mesures très fines
- 17:19 sur l'expansion de l'univers et leur variation,
- 17:23 parce que je pense que de là,
- 17:24 si vous voulez, le modèle d'Anders Zedem,
- 17:25 il explique très bien les choses numériquement, mathématiquement,
- 17:29 mais en mettant des choses un peu sorties du chapeau.
- 17:32 Hop, on met un truc là, c'est la matière noire,
- 17:34 on ne sait pas ce que c'est, on lui donne des propriétés.
- 17:37 L'énergie noire, on la met là,
- 17:39 c'est un paramètre dans le modèle et ça fonctionne bien.
- 17:41 À partir du moment où le paramètre devient quelque chose qui varie avec le temps,
- 17:44 je pense que ça va nourrir une certaine forme d'inventivité dans la communauté des chercheurs.
- 17:50 Juste pour préciser, vous disiez le fait que ça évolue avec le temps.
- 17:52 Est-ce que vous pouvez préciser ?
- 17:54 Ce sont les découvertes récentes qui nous incitent à penser ?
- 17:56 Il y a des indices que ce paramètre lambda n'est pas une constante
- 18:02 et qu'il a varié dans le passé et qu'il y a eu un ralentissement.
- 18:07 Et ça, c'est juste les données qui le disent.
- 18:08 Il n'y a rien théoriquement qui le prédisait.
- 18:12 Donc, c'est une vraie surprise expérimentale qui sera peut-être confirmée à terme.
- 18:17 Alors, pas dans les semaines qui viennent par Euclide,
- 18:19 mais à terme, quand Euclide aura fini son travail,
- 18:22 il va falloir penser comment cette chose-là peut varier avec le temps.
- 18:25 Et d'un coup, je pense que ça va faire fleurir tout un tas de théories.
- 18:30 Mais là où j'en suis plus dans, c'est que c'est vraiment les observations
- 18:33 qui vont être le juge de paix.
- 18:36 Et aujourd'hui, on en a beaucoup de projets.
- 18:39 Il y a Euclide, il y a l'ESST, il y a les zones gravitationnelles avec l'ISA
- 18:44 qui va nous apporter des données.
- 18:47 Il faudra faire fonctionner ça avec Planck,
- 18:49 c'est-à-dire l'analyse du fond diffus cosmologique,
- 18:50 qui est aussi quelque chose de très important.
- 18:51 Il va falloir que toutes ces briques-là marchent dans le même modèle.
- 18:55 Et autant les théoriciens peuvent produire des théories un peu très facilement.
- 18:59 Il y a beaucoup de théories,
- 19:00 mais une théorie qui arrive à expliquer tout de manière cohérente
- 19:02 et qui arrive à faire une prédiction qui soit vérifiée,
- 19:05 ce ne sera peut-être pas évident.
- 19:06 Donc, ce n'est peut-être pas quelqu'un qui va arriver en disant
- 19:08 « moi, je vais renverser la table ».
- 19:09 Ce sera peut-être plutôt mille personnes qui vont arriver en proposant quelque chose
- 19:12 et les données expérimentales qui vont dire « c'est lui qui a raison ».
- 19:15 Et je pense qu'on saurait même faire quelque chose qui aura cette forme-là, à mon avis.
- 19:20 Jean-Philippe Huzon, on peut s'attendre,
- 19:22 mettons dans les deux décennies qui viennent, peut-être trois,
- 19:25 à des évolutions significatives ?
- 19:28 Moi, j'espère, parce que dans trois décennies, je serai à la retraite,
- 19:31 c'est moi qui irai aux conférences de vulgarisation et j'ai envie d'avoir des surprises.
- 19:36 Non, je pense qu'on met tout en œuvre pour qu'il y ait cette évolution.
- 19:39 Je pense que le satellite Euclide va vraiment nous apprendre des choses fondamentales.
- 19:43 En cartographiant l'univers.
- 19:44 Voilà, donc pour revenir juste en quelques mots sur cette histoire d'énergie sombre.
- 19:47 Donc, on a compris à la fin des années 90, début des années 2000,
- 19:53 que l'expansion de l'univers,
- 19:55 on savait que depuis les années 1920-1929, l'espace se dilate au cours du temps.
- 20:00 Donc ça, c'est devenu un fait observationnel qui a été confirmé par un nombre d'observations.
- 20:07 C'est quelque chose qui est complètement établi.
- 20:09 Et en mesurant le taux d'expansion en fonction du temps,
- 20:11 on s'est rendu compte que dans l'univers récent,
- 20:13 donc dans les derniers milliards d'années,
- 20:14 l'expansion, au lieu de se ralentir, s'accélérait.
- 20:18 Et ça, si on croit la théorie de la relativité générale,
- 20:22 qui est notre théorie de la gravitation,
- 20:24 ça voulait dire que la matière qui est à la source de cette expansion accélérée
- 20:28 devait avoir la propriété d'avoir une pression qui était négative.
- 20:32 Alors ça, dans la nature, des objets qui ont une pression négative,
- 20:34 on n'en connaît pas beaucoup.
- 20:36 Et on s'est rendu compte que, toujours d'un point de vue théorique,
- 20:40 il y avait une constante dans la théorie de la relativité générale
- 20:42 qu'on appelle la constante cosmologique, qui avait un statut un peu bizarre.
- 20:46 On la mettait parce que pour avoir la théorie la plus générale possible,
- 20:50 il fallait la prendre en compte.
- 20:51 Et comme on dit en physique théorique, tout ce qui n'est pas interdit est obligatoire,
- 20:54 donc on la met, on la mesure, il fallait savoir est-ce qu'elle est nulle ou est-ce qu'elle est non nulle.
- 20:59 Et en fait, on a réussi à la mesurer, à montrer qu'elle était non nulle,
- 21:03 et c'est ce qu'on appelle la constante cosmologique, le fameux lambda du lambda CDM.
- 21:07 Donc ça, c'est la première étape.
- 21:09 Et puis, d'un autre côté, il y avait les physiciens qui travaillaient.
- 21:11 On a commencé à comprendre que le vide avait une énergie.
- 21:15 Et là, dans nos théories, on peut faire une estimation de l'énergie du vide.
- 21:18 Et cette énergie du vide, en fait, elle a la propriété d'avoir une pression négative
- 21:23 qui est exactement égale à l'opposé de sa densité d'énergie.
- 21:26 Et donc, dans ce cadre-là, elle agit comme une constante.
- 21:28 Et en fait, la constante cosmologique pouvait être, on va dire,
- 21:32 la manifestation au geyssel cosmologique de l'énergie du vide qu'on a au niveau microscopique.
- 21:37 Le problème, c'est que les deux chiffres que l'on obtient,
- 21:40 ils ont un désaccord de 120 ordres de grandeur.
- 21:45 Donc, ça voulait dire qu'il y avait, entre la description macroscopique
- 21:49 et l'observation de notre univers et notre compréhension microscopique du monde,
- 21:53 eh bien, 10 avec 120 zéros sur le même nombre qui était prévu.
- 21:58 Donc, une incompatibilité entre l'infiniment grand et l'infiniment petit.
- 22:01 Et donc là, ça a attiré toutes les communautés
- 22:04 parce qu'on avait peut-être une clé pour ce lien entre gravitation et cosmologie.
- 22:09 Et puis, la question était de savoir est-ce que cette énergie-là,
- 22:12 elle est vraiment constante ?
- 22:13 Est-ce que la constante cosmologique est vraiment constante ?
- 22:16 Et là, dans les années, début des années 2000,
- 22:18 quand on a commencé à avoir ces preuves expérimentales de l'accélération de l'univers,
- 22:21 les gens ont commencé à faire des modèles, dire ben voilà,
- 22:24 je peux avoir des types de matières qui vont évoluer au cours du temps,
- 22:29 qui vont se comporter comme la constante cosmologique puis ensuite vont varier.
- 22:32 On a utilisé les mots de quintessence et ainsi de suite.
- 22:35 Il y a eu aujourd'hui des modèles comme ça.
- 22:36 Il y en a des dizaines qu'on est capable de construire.
- 22:40 Et ces modèles-là vont avoir une...
- 22:43 Cette relation entre pression et densité va évoluer au cours du temps.
- 22:47 Et c'est vrai qu'il y a quelques mois, maintenant presque un an,
- 22:52 les observations d'Akhenajeev et des instruments des îles
- 22:55 auraient prétendu avoir la preuve, l'indication,
- 22:57 que la densité d'énergie du vide, la constante cosmologique,
- 23:00 ne serait pas constante, évoluerait avec le temps.
- 23:03 Alors ça, c'est hyper intéressant parce que, un,
- 23:05 ça mettrait en défaut complètement le lambda du lambda CDM,
- 23:08 ça ne serait plus une constante.
- 23:10 Et quelque chose qui varie, quelque chose qui a une dynamique,
- 23:12 ça veut dire qu'il y a une physique derrière.
- 23:14 Donc si on est capable d'aller creuser cette dynamique,
- 23:17 éventuellement, on va tirer le fil et dire parmi toutes les théories
- 23:20 quelles sont celles qui sont compatibles avec ces observations.
- 23:24 Et puis d'aller commencer à creuser, voir ce qui est exclu,
- 23:28 voir ce qui est favorisé, tout en sachant qu'aujourd'hui,
- 23:32 le débat est quand même là autour de ces observations.
- 23:35 Tout le monde n'est pas convaincu par ces observations
- 23:36 et la façon dont elles sont analysées.
- 23:39 Et tout le monde n'est pas convaincu, en fait,
- 23:40 qu'il y a cette équation d'état qui varie.
- 23:44 Et ce qui est même intéressant, c'est qu'elle prend une valeur.
- 23:46 Alors là, ça devient un peu technique,
- 23:47 mais en gros, il y a un chiffre qui est moins...
- 23:49 C'est-à-dire que si la pression, c'est moins la densité,
- 23:51 c'est moins 1 fois la densité.
- 23:53 Et donc le paramètre qui est la pression divisé par la densité,
- 23:56 qui vaut donc moins 1, c'est ce qu'on appelle l'équation d'état.
- 23:59 Et Desi a l'impression de dire que c'est plus négatif que moins 1.
- 24:04 Et ça, ça pose des problèmes,
- 24:05 parce que dans le cadre de la relativité générale,
- 24:07 ça veut dire que certains théorèmes, en fait,
- 24:09 sur des conditions d'énergie sont violés.
- 24:12 Dans les années 2000, quand on a eu ces premières observations,
- 24:15 qu'on se posait la question de savoir
- 24:16 quelle pourrait être la valeur de cette équation d'état.
- 24:18 Avec deux de mes étudiants, on avait fait un travail montrant
- 24:22 que si ça descend en dessous de moins 1,
- 24:24 fort probablement, c'est aussi le signe
- 24:26 qu'il doit y avoir une violation de la relativité générale,
- 24:30 que la théorie de la gravitation
- 24:31 ne peut pas être exactement à la relativité générale,
- 24:34 et qu'en fait, on doit avoir des signatures
- 24:35 dans notre système solaire.
- 24:37 Et ça, aujourd'hui, les données de Desi
- 24:39 ne sont pas compatibles avec le fait
- 24:41 qu'on teste la relativité générale
- 24:43 avec une très très grande précision
- 24:44 dans notre système solaire.
- 24:46 Donc voilà, on a ces deux volets et c'est hyper intéressant
- 24:50 parce que si on confirme Desi,
- 24:52 on va pouvoir dire dans tel cadre théorique, c'est cohérent,
- 24:55 mais alors vous devez voir telle signature
- 24:56 à tel niveau dans le système solaire
- 24:58 ou dans d'autres types d'observations,
- 25:00 et là, on va les croiser.
- 25:02 Je pense qu'il n'y aura pas de changement
- 25:04 tant que des observations indépendantes
- 25:06 sur des systèmes physiques indépendantes,
- 25:07 que ce soit le fond diffus cosmologique,
- 25:09 les effets de l'antigravitationnel par Euclide
- 25:11 ou dans le système solaire,
- 25:12 prédisent le fait que cette énergie sombre
- 25:16 varie avec le temps.
- 25:17 Vous voyez, c'est une indication,
- 25:19 mais pour l'instant, elle est loin de convaincre
- 25:20 déjà la communauté des cosmologistes,
- 25:22 et puis après, il faut toujours se placer
- 25:24 à une échelle plus grande pour que ça change vraiment.
- 25:27 Il va falloir aussi aller convaincre nos collègues
- 25:30 qui sont astrophysiciens des planètes et des étoiles,
- 25:34 les physiciens de la mécanique antique,
- 25:35 de l'état solide, en fait.
- 25:37 Regardez, on a trouvé un nouveau type de matière
- 25:38 qui est comme ça, qui est assez exotique.
- 25:40 Ça ne se fait pas comme ça,
- 25:41 c'est-à-dire qu'il va falloir construire
- 25:43 un cas scientifique avec des arguments très forts
- 25:46 pour prouver qu'en fait, si découverte il y a,
- 25:48 parce qu'elle sera importante,
- 25:49 je veux dire, de dire que 70% de la matière
- 25:53 dans l'univers, c'est cette forme de choses
- 25:55 que vous n'avez jamais vue en laboratoire,
- 25:57 déjà de convaincre tous nos collègues scientifiques
- 25:59 va demander beaucoup de travail.
- 26:01 Ce n'est pas simplement avec un best-fit
- 26:02 sur un type d'observation,
- 26:04 sachant qu'on a aussi des biais d'observationnels.
- 26:06 Est-ce qu'on comprend bien nos observations ?
- 26:08 Est-ce qu'il n'y a pas des biais observationnels
- 26:10 ou expérimentaux que l'on ne comprend pas ?
- 26:12 Parce que c'est quand même des systèmes
- 26:13 qui sont un petit peu complexes.
- 26:15 Donc il va y avoir tout un travail
- 26:16 et je crois que là, Daisy,
- 26:18 c'est la première fois qu'on a une indication
- 26:20 et qui nous dit voilà, on rentre dans ce travail-là.
- 26:22 Si Euclide a des indications
- 26:23 qui vont dans la même direction,
- 26:25 ça va être très encourageant
- 26:26 et là, il va falloir construire à partir de ça
- 26:28 pour dire voilà les preuves,
- 26:30 voilà les indications,
- 26:31 pas simplement on a un best-fit qui indique que,
- 26:34 parce que ça, c'est l'indication,
- 26:35 c'est le fil qu'on va commencer à tirer,
- 26:37 mais c'est loin d'être la preuve
- 26:38 et c'est pour ça que la communauté est encore,
- 26:40 voilà, hésitante.
- 26:42 Il peut y avoir un bug dans un code,
- 26:44 il peut y avoir une barre d'erreur
- 26:45 qui est mal estimée pour telle ou telle raison.
- 26:47 Donc tout ça est tellement complexe,
- 26:49 tellement imbriqué
- 26:50 qu'il faut que ça décante.
- 26:52 Donc la collaboration fait son annonce,
- 26:55 elle en tire le crédit,
- 26:56 elle en tire la visibilité,
- 26:58 ça fait parler,
- 26:58 ça excite tout le monde dans les conférences
- 27:00 et ensuite, comme c'est important,
- 27:02 tout le monde va regarder
- 27:04 et il faut se rendre compte
- 27:06 qu'avec les données massives,
- 27:08 on utilise aujourd'hui l'outil numérique
- 27:10 pour faire ses analyses de données,
- 27:11 de plus en plus des outils d'intelligence artificielle.
- 27:13 Tout ça, ce sont des codes,
- 27:15 mais pas des codes de dix lignes,
- 27:16 des codes des fois de millions de lignes.
- 27:18 Il peut y avoir une petite erreur à un endroit,
- 27:20 il peut y avoir tel cas, tel cas.
- 27:22 Et donc tout ça doit être vérifié avec un grand soin
- 27:25 et ça, ça ne peut se faire que de façon communautaire.
- 27:27 Les mêmes données sont analysées
- 27:28 avec différents codes
- 27:29 développés par différentes personnes
- 27:31 en différents formalismes
- 27:32 pour voir si on obtient le même résultat.
- 27:34 Donc vous voyez, tout ça,
- 27:34 toute cette redondance de travail
- 27:36 fait qu'à la fin,
- 27:37 on peut affirmer et dire
- 27:38 oui, ça tient, c'est robuste.
- 27:41 Mais là, on est loin de ça aujourd'hui,
- 27:43 mais on est dans cette partie excitante
- 27:45 où ça excite notre créativité.
- 27:49 Merci beaucoup.
- 27:50 Merci à vous.
- 27:51 Usange appelle la sortie de votre livre
- 27:54 « L'univers incompris »
- 27:55 avec l'astrophysicien Sébastien Carasso.
- 27:58 À la semaine prochaine
- 27:59 pour un prochain numéro de Planétarium.
Ce dialogue approfondi entre l'astrophysicien Jean-Philippe Uzan et le journaliste scientifique Tristan Veil explore les fondements et les défis du modèle cosmologique standard, connu sous le nom de modèle Lambda-CDM (Lambda Cold Dark Matter). Le modèle, bien que très performant pour décrire l'univers, repose sur des composantes énigmatiques : l'énergie sombre (représentée par Lambda) et la matière noire froide (CDM), qui constituent environ 95% du contenu énergétique de l'univers mais dont la nature physique reste inconnue. La discussion met en lumière la nature des modèles scientifiques, les décrivant comme des descriptions simplifiées mais rigoureuses de la réalité, essentielles pour interroger et comprendre les phénomènes naturels. Uzan explique que la science progresse souvent en identifiant ce qui "manque" ou ce qui ne correspond pas aux prédictions des modèles existants, à l'image de la découverte de l'antimatière ou des neutrinos. Un point central de l'échange concerne les observations récentes, notamment celles de l'instrument DESI, qui suggèrent que la densité d'énergie du vide, ou constante cosmologique, pourrait ne pas être constante mais évoluer avec le temps. Si ces indications sont confirmées par des missions futures comme le satellite Euclid, cela remettrait en question le "Lambda" du modèle Lambda-CDM et pourrait impliquer une nouvelle physique, voire des modifications à la théorie de la relativité générale. Les intervenants soulignent l'énorme écart (120 ordres de grandeur) entre la prédiction théorique de l'énergie du vide et sa valeur observée, un problème majeur qui pourrait être résolu par une meilleure compréhension de l'énergie sombre. Le processus scientifique est dépeint comme un effort collectif et itératif, où des milliers de chercheurs travaillent à collecter et analyser des données massives, souvent avec des outils numériques avancés. La validation des découvertes nécessite une vérification rigoureuse par des observations indépendantes et des analyses multiples pour garantir la robustesse des résultats. Les intervenants expriment leur optimisme quant aux avancées significatives attendues dans les deux à trois prochaines décennies, grâce à de nouveaux observatoires et à l'ingéniosité de la communauté scientifique. Ils concluent que la beauté de la science réside dans sa quête incessante de compréhension, même si une connaissance parfaite et exhaustive de l'univers reste probablement hors de portée.
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