Le modèle du Big Bang est-il dépassé ? Jean-Philippe Uzan répond

interview 28:02 ソース ↗ cosmologie modèle lambda-CDM big bang matière noire énergie sombre constante cosmologique
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Jean-Philippe Uzan et Tristan Veil discutent du modèle standard du Big Bang (Lambda-CDM), de ses limites face aux observations récentes, des mystères de la matière et de l'énergie noires, et des perspectives d'évolution de la cosmologie grâce aux nouvelles données expérimentales.

  1. 0:00 Les observations d'Azy auraient prétendu avoir la preuve, l'indication
  2. 0:04 que la densité d'énergie du vide, la constante cosmologique,
  3. 0:07 ne serait pas constante, évoluerait avec le temps.
  4. 0:10 Ça mettrait en défaut complètement le lambda du lambda CDM,
  5. 0:13 ça ne serait plus une constante.
  6. 0:14 Si vous voulez, le modèle lambda CDM, il explique très bien les choses
  7. 0:16 numériquement, mathématiquement, mais en mettant des choses un peu
  8. 0:20 sorties du chapeau, quoi.
  9. 0:21 D'où va venir le nouveau modèle cosmologique ?
  10. 0:24 Où est-ce qu'il va apparaître ?
  11. 0:25 Aujourd'hui, je parierais sur les mesures très fines
  12. 0:27 sur l'expansion de l'univers et leur variation.
  13. 0:29 Tout en sachant qu'aujourd'hui, le débat est quand même là
  14. 0:33 autour de ces observations.
  15. 0:34 Tout le monde n'est pas convaincu par ces observations
  16. 0:36 et la façon dont elles sont analysées.
  17. 0:38 Il ne peut pas être renversé ce modèle actuel
  18. 0:40 dont on parle depuis le début, lambda CDM.
  19. 0:48 On dit parfois, Jean-Philippe Huzan, qu'on ne comprend aujourd'hui
  20. 0:51 plutôt plus que 5% de l'univers.
  21. 0:54 Qu'est-ce que ça veut dire ?
  22. 0:55 C'est en général sur le contenu matériel de l'univers.
  23. 0:58 On sait que dans l'univers, il y a de la matière.
  24. 0:59 Il y a moi, il y a vous, il y a toutes ces atomes
  25. 1:01 que de notre quotidien, les planètes, les étoiles, les galaxies,
  26. 1:04 toute cette matière qui brille.
  27. 1:06 Et aujourd'hui, l'astrophysique a été capable de faire un bilan
  28. 1:09 de la matière dans l'univers.
  29. 1:11 Et ce que l'on sait, c'est qu'il doit exister,
  30. 1:13 si le modèle est correct,
  31. 1:15 eh bien 95% de cette matière qui serait sous une forme inconnue
  32. 1:19 qu'on appelle le secteur sombre.
  33. 1:20 Donc ça, c'est un domaine de recherche très actif de savoir
  34. 1:24 quelle est la nature de la matière noire,
  35. 1:25 quelle est la nature de cette énergie sombre
  36. 1:27 qui, pour l'instant, sont des mots qui caractérisent
  37. 1:29 des types de matières qu'on est capable un petit peu d'écrire,
  38. 1:33 mais dont on ne connaît pas l'identité physique.
  39. 1:37 Et ça, ça a été une surprise parce que ça montre que
  40. 1:40 tout ce que l'on a compris sur l'univers
  41. 1:41 vient de ces 5% de matière ordinaire,
  42. 1:44 donc qui est fait des atomes que l'on connaît ici sur Terre
  43. 1:48 et dans notre environnement,
  44. 1:49 et de se dire qu'en fait, on est un peu l'écume
  45. 1:51 d'un océan de matière noire d'énergie sombre
  46. 1:53 et que rien que ça, on a réussi à identifier le fait
  47. 1:56 qu'il y avait encore tout ça à comprendre.
  48. 1:57 Comme si vous voyiez le haut d'un iceberg
  49. 2:00 et que vous savez par les lois de la physique
  50. 2:01 que si vous voyez dépasser ça,
  51. 2:02 eh bien, il y a tout ça qui est en dessous
  52. 2:04 qu'il va falloir comprendre.
  53. 2:06 C'est quelque chose d'assez renversant
  54. 2:08 parce que l'étude de l'univers lui-même, de la nature,
  55. 2:11 nous dit qu'en fait, il manque des choses dans votre description,
  56. 2:14 dans votre compréhension de la nature.
  57. 2:15 Et ça, c'est un petit peu l'essence des sciences.
  58. 2:17 À chaque étape de notre compréhension de la nature,
  59. 2:19 il y avait des problèmes d'incomplétude.
  60. 2:22 Il y a quelque chose qui ne marche pas
  61. 2:23 et en fait, ça va révéler des nouvelles particules.
  62. 2:25 Par exemple, on a découvert l'antimatière,
  63. 2:27 on a découvert des particules comme les neutrinos.
  64. 2:29 Tout ça parce que dans certaines expériences,
  65. 2:30 il semblait manquer quelque chose.
  66. 2:32 Et en fait, la science, elle se construit parce que l'on voit,
  67. 2:35 mais parce que l'on ne voit pas aussi.
  68. 2:37 Donc ça, c'est quelque chose qui est intéressant.
  69. 2:39 Et le mot voir est en fait un peu troublant
  70. 2:42 parce que pour la plupart d'entre nous,
  71. 2:43 on identifie ça à la vue,
  72. 2:45 alors que pour un scientifique,
  73. 2:46 c'est le fait d'interagir avec,
  74. 2:48 d'être capable de montrer l'existence.
  75. 2:50 Et là, la clé de cette vision, c'est la gravitation
  76. 2:54 parce que toute matière, quelle qu'elle soit,
  77. 2:56 va influer les autres par sa propre gravitation.
  78. 2:58 Même si elle est noire, si elle est invisible,
  79. 3:02 si elle est sans masse,
  80. 3:04 elle va agir de cette façon-là.
  81. 3:06 Et ça, c'est un outil qui est, on va dire, assez nouveau
  82. 3:09 parce que cette gravitation-là,
  83. 3:11 elle s'est construite au début du XXe siècle.
  84. 3:13 Et les outils que l'on a aujourd'hui
  85. 3:16 pour voir avec cette vision gravitationnelle,
  86. 3:19 c'est des outils qui ont eu une dizaine d'années.
  87. 3:21 Donc on a aussi une période de transition
  88. 3:22 de l'astrophysique et de la cosmologie
  89. 3:24 qui va pouvoir étudier ce que l'on ne voit pas
  90. 3:26 avec nos yeux et avec nos télescopes.
  91. 3:28 Et alors, vous l'avez dit, pour étudier ces phénomènes-là,
  92. 3:31 vous disposez et vous créez des modèles
  93. 3:34 et notamment un modèle qui est aujourd'hui le modèle standard.
  94. 3:38 C'est d'ailleurs comme ça qu'on l'appelle le modèle standard du Big Bang
  95. 3:41 ou modèle lambda CDM.
  96. 3:43 Tristan Veil, vous êtes journaliste au Service Sciences du Figaro.
  97. 3:45 Qu'est-ce que c'est que ce modèle si cher aux cosmologistes
  98. 3:49 comme Jean-Philippe Huzyn ?
  99. 3:50 Alors, le modèle lambda CDM,
  100. 3:51 c'est un peu un nom de code.
  101. 3:54 Le lambda, justement, il représente l'énergie noire
  102. 3:56 dont parlait Jean-Philippe Huzyn.
  103. 3:57 Il représente l'expansion de l'univers.
  104. 4:01 Il y a une question aujourd'hui pour savoir si c'est lambda
  105. 4:03 ou si c'est un oméga, si c'est une quantité stable,
  106. 4:06 une quantité variable avec le temps.
  107. 4:08 Donc ça pourrait bientôt devenir le modèle oméga CDM.
  108. 4:11 Il y a des observations qui commencent à pointer vers ça.
  109. 4:14 On n'a pas encore la confiance statistique exacte
  110. 4:18 qu'il y a bien une variation au cours du temps,
  111. 4:19 mais on a des indices.
  112. 4:21 Le CDM, c'est pour Cold Dark Matter,
  113. 4:23 ça veut dire matière noire froide.
  114. 4:26 Et ça, c'est l'idée qu'il y a une matière invisible,
  115. 4:29 enfin transparente, qui structure tout l'univers
  116. 4:32 et qui est froide, ce qui veut dire qu'elle reste relativement en place.
  117. 4:35 Si elle était chaude, elle aurait tendance à se dilater, à bouger.
  118. 4:37 Elle est froide, donc elle permet aux structures de garder leur forme
  119. 4:40 et elle structure vraiment tout l'univers.
  120. 4:41 Et donc le nom du modèle, je trouve que c'est assez beau
  121. 4:43 parce que finalement, il est appelé par quatre lettres
  122. 4:46 qui décrivent des choses qu'on ne connaît pas
  123. 4:48 parce qu'on ne sait pas ce que c'est que cette matière noire.
  124. 4:50 On ne sait pas ce que c'est que cette énergie noire.
  125. 4:51 Elles apparaissent comme ça dans le modèle,
  126. 4:53 assez naturellement, de manière numérique.
  127. 4:56 Il reste le défi pour les astrophysins comme Jean-Philippe Huzon
  128. 4:58 de découvrir ce qui se casse et ce qui est derrière.
  129. 5:01 Il nous parle de choses qu'on ne sait pas
  130. 5:03 et pourtant, ce modèle, il décrit beaucoup de choses.
  131. 5:04 Il est au cœur de votre livre, L'univers incompris.
  132. 5:06 Vous commencez par établir les bases de ce modèle
  133. 5:09 et en fait, vous le triturez, vous le poussez à ses limites
  134. 5:12 pour voir jusqu'où il s'arrête.
  135. 5:14 C'est ce que vous avez voulu faire avec ce livre, L'univers incompris.
  136. 5:16 C'est de pousser dans ses retranchements ce modèle
  137. 5:18 qui explique pourtant tant de choses.
  138. 5:19 Il vous explique la gravité, l'expansion de l'univers,
  139. 5:22 toutes sortes de phénomènes.
  140. 5:23 Alors, il y avait plusieurs ambitions.
  141. 5:25 En fait, on a ce modèle, modèle lambda CDM
  142. 5:27 qui a été longtemps appelé modèle du Big Bang.
  143. 5:29 Ce qui était important pour moi,
  144. 5:31 c'était peut-être le point de vue du chercheur,
  145. 5:32 c'est que c'est déjà faire comprendre à tout le monde
  146. 5:35 ce que c'est qu'une notion de modèle
  147. 5:37 parce qu'on a une vision de la science avec des équations,
  148. 5:39 des choses que les gens comprennent,
  149. 5:40 des applications éventuellement technologiques qui en découlent.
  150. 5:44 Mais si on réfléchit à ce que produit la science,
  151. 5:46 en fait, dans son cœur, ce sont des modèles.
  152. 5:49 Et ces modèles, ce sont des descriptions en général simplifiées
  153. 5:52 mais qui ne sont pas simplistes de phénomènes de la nature.
  154. 5:54 On va mathématiser un phénomène de la nature.
  155. 5:57 Et à partir de ce moment-là,
  156. 5:58 on va avoir pris sur ce phénomène de la nature.
  157. 6:01 Et surtout, ce qu'on va pouvoir faire, c'est le questionner.
  158. 6:03 Donc, le modèle dit qu'est-ce qui est mesurable ?
  159. 6:05 Comment je le mesure ? Comment je le questionne ?
  160. 6:07 Et c'est là la difficulté.
  161. 6:08 C'est que souvent, on se dit qu'il y a des problèmes,
  162. 6:11 il faudrait changer de modèle.
  163. 6:12 Le problème, c'est que vous ne pouvez pas abandonner
  164. 6:14 et dire on va faire radicalement différemment
  165. 6:17 parce que sinon, vous ne pouvez plus interpréter vos données.
  166. 6:19 Des observations comme celles d'objets suèves
  167. 6:21 qui vont encore plus loin que le Hubble Space Telescope et ainsi de suite,
  168. 6:23 on a été nourri d'observations.
  169. 6:25 Et se pose la question aujourd'hui de savoir
  170. 6:27 est-ce que la description mathématique de ce modèle
  171. 6:30 est aussi précise, aussi juste qu'il le faudrait
  172. 6:33 pour interpréter ces observations avec une telle précision ?
  173. 6:36 Et là, il y a trois types de grands problèmes qui vont apparaître.
  174. 6:41 Du fait que le modèle, comme c'était une version simplifiée de la réalité physique,
  175. 6:46 eh bien, il a laissé des choses en dehors de son champ explicatif
  176. 6:49 que parfois, on a envie de savoir.
  177. 6:50 La fameuse question qu'on pose tout le temps,
  178. 6:52 qui avait-il avant le Big Bang ?
  179. 6:53 L'univers est-il infini ?
  180. 6:55 Là, le modèle est un peu muet.
  181. 6:59 Est-ce qu'on peut l'étendre pour aborder ces questions-là ?
  182. 7:01 Donc ça, c'est vraiment des questions structurelles.
  183. 7:03 Tristan Wey, quelles sont, vous, les questions
  184. 7:06 aux limites de modèles que vous posez le plus ?
  185. 7:09 Je pense, les questions métaphysiques, de devenir de l'univers.
  186. 7:12 Et du coup, qu'est-ce qu'il était avant avec cette idée ?
  187. 7:15 Est-ce que c'est un univers qui a un début et une fin ?
  188. 7:17 Ou est-ce que c'est quelque chose qui est infini dans le temps ?
  189. 7:20 Une autre chose, moi, qui m'intéresse, c'est les petites incohérences
  190. 7:23 qu'il y a dans le modèle.
  191. 7:26 Qu'est-ce qui se passe dans un trou noir ?
  192. 7:27 C'est pas très bien comment y aller.
  193. 7:29 Est-ce qu'en creusant cette voie, on peut trouver quelque chose d'intéressant ?
  194. 7:32 Comment croissent les galaxies au début de l'univers ?
  195. 7:34 Avec le James Webb, on commence à voir que c'est pas aussi clair qu'on le pensait.
  196. 7:38 Tout a l'air de se structurer très vite, plus vite que ce qu'on imaginait.
  197. 7:41 On fait pas craquer les modèles, mais on commence à tirer un peu dessus.
  198. 7:45 J'aime bien cette idée-là, d'aller chercher les petites imperfections
  199. 7:49 pour essayer d'en faire apparaître quelque chose de plus grand.
  200. 7:51 Je trouve que c'est assez beau.
  201. 7:52 Parce qu'évidemment, si on se dit, qu'est-ce qu'il y a avant le Big Bang, etc.,
  202. 7:54 c'est un peu évident qu'on va trouver quelque chose de nouveau.
  203. 7:57 Quand on va unifier la mécanique quantique et le modèle,
  204. 8:00 on va trouver forcément un modèle plus grand, plus large, qui explique mieux.
  205. 8:02 Mais c'est très difficile.
  206. 8:03 Et des fois, passer par ces petites voies détournées,
  207. 8:05 de voir les petites choses qui marchent pas,
  208. 8:06 c'est ça qui m'intéresse le plus aujourd'hui.
  209. 8:09 Jean-Philippe, je vous ai écouté dans une conférence récente à l'IAP,
  210. 8:13 vous disiez que c'était souvent les mêmes questions
  211. 8:16 qu'on vous posait sur votre travail,
  212. 8:18 et que la plupart de ces questions étaient précisément,
  213. 8:20 en limite, voire au-delà de ce modèle.
  214. 8:23 Vous dites, non sans espéglerie, mais c'est toujours les mêmes qu'on vous pose.
  215. 8:27 Mais moi, j'ai envie de vous dire,
  216. 8:28 c'est précisément parce que ce modèle est extrêmement puissant,
  217. 8:31 qu'il explique déjà beaucoup de choses.
  218. 8:33 Et donc, on se tourne vers lui quand il nous reste des questions,
  219. 8:36 quand il reste des choses qu'on ne comprend pas.
  220. 8:38 C'est légitime, non ?
  221. 8:38 Oui, c'est tout à fait légitime.
  222. 8:40 Et c'est aussi la preuve qu'il est en train de diffuser culturellement
  223. 8:43 dans notre environnement.
  224. 8:44 C'est-à-dire qu'en effet, il y a, on va dire, 20 ans, 30 ans,
  225. 8:48 il y avait peu de gens qui faisaient de la vulgarisation de l'astrophysique
  226. 8:51 et de la cosmologie.
  227. 8:52 Ça a commencé principalement en France avec Hubert Reeves.
  228. 8:55 Et puis, quand le James Webb vous fait une belle image,
  229. 8:58 quand vous avez cette bouée ou cette donut de lumière
  230. 9:02 qui est la preuve de la matière qui s'accrête sur un trou noir supermassif,
  231. 9:06 ça se propage sur Internet.
  232. 9:07 Et donc, les gens sont exposés à ce savoir-là.
  233. 9:09 Et donc, bien sûr, ils se questionnent.
  234. 9:11 Et je pense que c'est pour ça.
  235. 9:13 Avant le Big Bang, qu'est-ce qu'il y avait naturellement ?
  236. 9:15 Je veux dire, si je vous explique que c'est comme ça, il y a une limite.
  237. 9:18 Mais qu'y a-t-il après l'endroit où vous arrêtez de me donner des choses ?
  238. 9:22 C'est la question naturelle.
  239. 9:23 C'est un peu la question du petit enfant.
  240. 9:26 Et pourquoi ça ?
  241. 9:27 Et on lui donne une réponse.
  242. 9:28 Et pourquoi ça ?
  243. 9:28 Donc, le but, c'est toujours d'aller plus loin.
  244. 9:31 Il y a un philosophe allemand qui s'appelle Jonas Kohn.
  245. 9:33 Il a un très beau texte là-dessus.
  246. 9:34 Vous savez, le mot comprendre, c'est la même chose en allemand, ça se traduit bien.
  247. 9:37 Dans le mot comprendre, il y a le mot prendre, il y a le mot saisir.
  248. 9:40 Ce que je comprends, ce sont les limites de l'objet que je tiens dans ma main.
  249. 9:44 Et donc, il y a un moment où on est bloqué, en fait, presque ontologiquement,
  250. 9:47 parce que nous, on est dans l'univers, au milieu de l'univers, ici, aujourd'hui.
  251. 9:51 On ne peut pas sortir de l'univers pour le regarder,
  252. 9:53 pour avoir une vision globale de la nature.
  253. 9:55 On fait le mieux qu'on a avec toute la lumière
  254. 9:57 et toutes les particules qu'on récolte depuis ici sur Terre aujourd'hui.
  255. 10:01 Et puis, cette construction, elle est par essence imparfaite.
  256. 10:05 Et moi, je crois qu'elle sera toujours imparfaite.
  257. 10:06 Et c'est ça aussi une certaine beauté.
  258. 10:08 Et on fait le mieux que l'on a avec les outils intellectuels et technologiques
  259. 10:12 que l'on a à un moment donné de l'histoire.
  260. 10:13 Ce travail de débat continuel où les gens arrivent avec des nouvelles idées.
  261. 10:18 Mais en fait, on a ce modèle cosmologique comme langage commun
  262. 10:20 qui est la base de toutes ces discussions.
  263. 10:22 Et chacun va avoir son modèle de qu'est-ce qu'il y a avant le Big Bang,
  264. 10:25 de est-ce que l'univers est fini, est-ce qu'il est infini ?
  265. 10:27 Est-ce qu'il y a de la matière noire de tel type ou de tel type ?
  266. 10:30 Et chacun va essayer de pousser ses idées.
  267. 10:32 Chacun va arriver avec des arguments, des contre-arguments.
  268. 10:35 Et c'est dans cet exercice d'aller-retour, en fait,
  269. 10:38 que va émerger, en fait, peut-être l'état du modèle suivant,
  270. 10:42 la nouvelle version Big Bang 2.0.
  271. 10:44 Mais aujourd'hui, c'est toujours difficile de savoir, de dire
  272. 10:47 quelle va être dans ces spéculations,
  273. 10:49 quelle est celle qui va aboutir et qui va s'établir
  274. 10:51 et qui va être validée par l'expérience.
  275. 10:53 Et ça contredit un petit peu ces images où on a des génies qui arrivent
  276. 10:57 et qui ont une vision et qui vous disent la nature est comme ça,
  277. 10:59 un petit peu comme si c'était des prophètes.
  278. 11:02 Je trouve que cette façon d'écrire l'histoire des sciences,
  279. 11:04 c'est un petit peu daté.
  280. 11:07 Et en particulier sur les expériences de satellites
  281. 11:10 ou de grands observatoires,
  282. 11:12 les collaborations des centaines, voire des milliers de personnes,
  283. 11:15 on va dans quelques semaines avoir, je l'espère,
  284. 11:18 les résultats du satellite Euclide.
  285. 11:20 C'est presque 1000 personnes à travers le monde
  286. 11:22 qui travaillent pour que ces données puissent exister,
  287. 11:24 pour qu'elles puissent être interprétées.
  288. 11:26 Et cet engagement de milliers de scientifiques dont parle Jean-Philippe Usain,
  289. 11:29 on ne cesse de le répéter, c'est aussi beaucoup de créativité.
  290. 11:32 C'est aussi beaucoup d'ingéniosité, je sais que c'est vous Michel.
  291. 11:34 Beaucoup de créativité, beaucoup d'ingéniosité, beaucoup d'imagination.
  292. 11:37 La cosmologie, c'est un domaine qui a attiré beaucoup ces 30 dernières années
  293. 11:42 devant un peu les limites de la physique des particules,
  294. 11:45 qui était avant un peu le chemin privilégié des gens qui voulaient faire de la physique.
  295. 11:51 Et finalement, on est un peu arrivé dans des impasses.
  296. 11:54 C'est-à-dire qu'en fait, on ne faisait que confirmer ce que prévoyait la théorie.
  297. 11:59 C'était un chemin un peu balisé.
  298. 12:00 On pensait qu'on aurait des surprises.
  299. 12:01 Il n'y en a pas vraiment eu.
  300. 12:03 On est un peu aux limites des instruments.
  301. 12:04 Là, il faudrait repartir dans un nouvel accélérateur qui prendra des années
  302. 12:07 à être construit pour éventuellement défricher un nouveau terrain.
  303. 12:10 Et de l'autre côté, on avait la cosmologie où on découvrait l'expansion accélérée de l'univers.
  304. 12:15 Puis maintenant, on découvre qu'elle a peut-être évolué avec le temps.
  305. 12:18 Il y a cette question de la nature de l'énergie noire et de la matière noire.
  306. 12:22 Il y a ce mur.
  307. 12:24 Dans les premiers instants du Big Bang, la première seconde,
  308. 12:26 il y a beaucoup de choses qui ne sont encore pas tout à fait bien comprises.
  309. 12:29 Il y a pas mal de théories possibles.
  310. 12:30 Il y a un champ à investir qui est assez grand.
  311. 12:34 Il y a quelque chose de mystérieux.
  312. 12:36 On a envie de regarder.
  313. 12:37 C'est comme les hiéroglyphes.
  314. 12:39 D'un coup, il y a un parfum qui, je pense, attire l'esprit humain.
  315. 12:44 On est attiré par cette espèce d'espace inconnu,
  316. 12:47 cet terra incognita qui est là juste devant nous.
  317. 12:49 Et le fait que personne ne sache ce que c'est,
  318. 12:51 je pense que pour un jeune qui a 20 ans aujourd'hui,
  319. 12:53 se dire peut-être moi je vais trouver,
  320. 12:55 peut-être moi je vais apporter ma contribution à trouver ce que c'est,
  321. 12:58 c'est quand même super enthousiasmant.
  322. 13:00 C'est interdit de chercher.
  323. 13:01 100% de ceux qui le trouvent ont commencé à chercher.
  324. 13:05 C'est un peu comme un génie.
  325. 13:06 Vous savez, dans tous ces contes,
  326. 13:08 on a un génie qui fait vos trois souhaits ou qui répond à vos questions.
  327. 13:12 Si vous ne formulez pas votre question ou votre souhait de la façon la plus parfaite,
  328. 13:15 vous vous faites un peu avoir.
  329. 13:17 Et donc, la nature, c'est pareil.
  330. 13:18 C'est une sorte de génie qui répond de la façon la plus bête possible aux questions que vous lui posez.
  331. 13:22 Et ce sont les modèles qui nous apprennent à poser des questions à l'intelligence,
  332. 13:26 à construire des expériences qui vont exactement nous permettre
  333. 13:29 de trancher entre telle hypothèse ou telle hypothèse.
  334. 13:32 Vous avez expliqué un petit peu plus tôt que vous ne croyez pas vraiment
  335. 13:36 au récit du scientifique prophétique qui débarque et qui renverse la table, etc.
  336. 13:41 En tout cas, qu'il faudrait le raconter autrement.
  337. 13:43 Est-ce que ça signifie que ce modèle, il est voué à ne pas être renversé ?
  338. 13:47 Il est voué à évoluer, être amélioré ?
  339. 13:51 Il ne peut pas être renversé ce modèle actuel dont on parle depuis le début, l'AMDA-CDM ?
  340. 13:55 Quand vous arrivez avec votre nouveau modèle, c'est assez difficile.
  341. 13:57 La première chose que vous devez faire, c'est un, avoir une formulation mathématique qui est robuste.
  342. 14:02 Et deuxièmement, montrer que vous faites au moins aussi bien que l'ancien modèle.
  343. 14:05 C'est-à-dire que vous expliquez déjà dans votre nouveau cadre tout ce que l'ancien modèle expliquait.
  344. 14:10 Et puis ensuite dire, il y a des nouvelles choses.
  345. 14:11 On réjoue des problèmes, on a des nouvelles prédictions.
  346. 14:14 Donc ça, ça ne se fait pas en un jour.
  347. 14:15 Mais si ce modèle est séduisant dans le sens où il a un potentiel de découverte,
  348. 14:19 je suis sûr que ça va accréter des jeunes qui vont arriver et qui vont vouloir prendre le relais.
  349. 14:26 C'est ça la difficulté.
  350. 14:27 Un changement de modèle, on ne peut pas prédire la façon dont ça se passe.
  351. 14:31 Et je pense que dans l'histoire des sciences, on a eu un petit peu différentes versions
  352. 14:36 que si on prend le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme.
  353. 14:40 Là, ça a pris un certain temps.
  354. 14:42 Même s'il y a eu Copernic, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain.
  355. 14:44 Voilà, il a fallu que les gens se rendent compte que,
  356. 14:46 ah oui, ça explique que c'était beaucoup plus logique, et ainsi de suite,
  357. 14:48 d'aller jusqu'à Newton, et ainsi de suite,
  358. 14:50 pour que ça soit complètement admis et que les gens changent de vision.
  359. 14:54 Donc voilà, ça ne s'est pas fait instantanément,
  360. 14:55 même si on peut marquer un moment où quelqu'un formule bien cette nouvelle idée.
  361. 15:01 Quand c'est le cas de la mécanique quantique, c'est un ensemble de jalons,
  362. 15:05 parce qu'en fait, on n'est pas passé de la théorie classique à la quantique d'un seul coup.
  363. 15:08 Il y a eu des jalons, il y a eu des éléments,
  364. 15:10 il y a eu des sous-phénomènes qui ont été expliqués,
  365. 15:12 puis ensuite, ça s'est structuré.
  366. 15:14 Pour la Relativité Générale, là, ça a été beaucoup plus dans le récit traditionnel du grand génie,
  367. 15:18 parce que ça a été porté par une seule personne.
  368. 15:21 Et là aussi, voilà, 1919, Eddington dit,
  369. 15:24 ben ouais, Einstein a raison, il fait ce discours extraordinaire
  370. 15:28 à la Royal Society sous le portrait de Newton,
  371. 15:31 en disant que c'est la nouvelle théorie qui étend la théorie de Newton.
  372. 15:35 Pour autant, à l'époque, ils sont une poignée à être capables de travailler sur cette théorie,
  373. 15:39 parce que là aussi, un problème éducatif,
  374. 15:42 les bases mathématiques de cette théorie-là
  375. 15:44 n'étaient pas enseignées à tous les physiciens et astrophysiciens de l'époque,
  376. 15:48 et les phénomènes qui étaient prédits, à part cette déflection de la lumière,
  377. 15:51 étaient tous tellement faibles qu'ils n'avaient aucune incidence
  378. 15:55 sur l'astrophysique et sur la physique à la surface de la Terre.
  379. 15:58 Donc, la plupart des physiciens ne s'y sont pas intéressés.
  380. 16:01 Et donc, il y a eu cette annonce,
  381. 16:03 et puis ensuite, il y a eu un temps de latence.
  382. 16:05 Jean Eisenstein, qui était historien des sciences,
  383. 16:07 parlait de la relativité à l'étiage,
  384. 16:10 donc ces décennies pendant lesquelles la théorie est étudiée
  385. 16:13 par quelques théoriciens, mathématiciens,
  386. 16:16 avant qu'elle trouve son champ d'application,
  387. 16:17 et que là, elle part et elle explose.
  388. 16:20 Est-ce nécessaire, ça, pour que la science soit validée,
  389. 16:24 qu'elle soit validée par le grand public ?
  390. 16:26 Ce débat se passe d'abord dans le champ scientifique,
  391. 16:29 mais nécessairement, elle doit diffuser,
  392. 16:32 puisque la science que l'on fait,
  393. 16:34 si elle change notre façon de voir le monde,
  394. 16:36 c'est nécessaire qu'elle diffuse dans le grand public.
  395. 16:40 La communauté scientifique,
  396. 16:41 c'est une partie du grand public, entre guillemets.
  397. 16:45 Elle ne vit pas dans une bulle en dehors de la société.
  398. 16:48 Des fois, on a cette image-là un peu,
  399. 16:50 on interroge la science comme si la science était en dehors du champ.
  400. 16:54 Il n'en reste pas moins partie intégrante du monde.
  401. 16:59 Ils sont imprégnés d'idées, ils sont imprégnés des modes,
  402. 17:02 c'est des gens qui discutent entre eux,
  403. 17:04 il y a toute une sociologie de la science.
  404. 17:06 Et moi, ce qui aujourd'hui m'enthousiasme le plus peut-être,
  405. 17:10 c'est de voir d'où va venir le nouveau modèle cosmologique,
  406. 17:14 où est-ce qu'il va apparaître ?
  407. 17:15 Aujourd'hui, je parierais sur les mesures très fines
  408. 17:19 sur l'expansion de l'univers et leur variation,
  409. 17:23 parce que je pense que de là,
  410. 17:24 si vous voulez, le modèle d'Anders Zedem,
  411. 17:25 il explique très bien les choses numériquement, mathématiquement,
  412. 17:29 mais en mettant des choses un peu sorties du chapeau.
  413. 17:32 Hop, on met un truc là, c'est la matière noire,
  414. 17:34 on ne sait pas ce que c'est, on lui donne des propriétés.
  415. 17:37 L'énergie noire, on la met là,
  416. 17:39 c'est un paramètre dans le modèle et ça fonctionne bien.
  417. 17:41 À partir du moment où le paramètre devient quelque chose qui varie avec le temps,
  418. 17:44 je pense que ça va nourrir une certaine forme d'inventivité dans la communauté des chercheurs.
  419. 17:50 Juste pour préciser, vous disiez le fait que ça évolue avec le temps.
  420. 17:52 Est-ce que vous pouvez préciser ?
  421. 17:54 Ce sont les découvertes récentes qui nous incitent à penser ?
  422. 17:56 Il y a des indices que ce paramètre lambda n'est pas une constante
  423. 18:02 et qu'il a varié dans le passé et qu'il y a eu un ralentissement.
  424. 18:07 Et ça, c'est juste les données qui le disent.
  425. 18:08 Il n'y a rien théoriquement qui le prédisait.
  426. 18:12 Donc, c'est une vraie surprise expérimentale qui sera peut-être confirmée à terme.
  427. 18:17 Alors, pas dans les semaines qui viennent par Euclide,
  428. 18:19 mais à terme, quand Euclide aura fini son travail,
  429. 18:22 il va falloir penser comment cette chose-là peut varier avec le temps.
  430. 18:25 Et d'un coup, je pense que ça va faire fleurir tout un tas de théories.
  431. 18:30 Mais là où j'en suis plus dans, c'est que c'est vraiment les observations
  432. 18:33 qui vont être le juge de paix.
  433. 18:36 Et aujourd'hui, on en a beaucoup de projets.
  434. 18:39 Il y a Euclide, il y a l'ESST, il y a les zones gravitationnelles avec l'ISA
  435. 18:44 qui va nous apporter des données.
  436. 18:47 Il faudra faire fonctionner ça avec Planck,
  437. 18:49 c'est-à-dire l'analyse du fond diffus cosmologique,
  438. 18:50 qui est aussi quelque chose de très important.
  439. 18:51 Il va falloir que toutes ces briques-là marchent dans le même modèle.
  440. 18:55 Et autant les théoriciens peuvent produire des théories un peu très facilement.
  441. 18:59 Il y a beaucoup de théories,
  442. 19:00 mais une théorie qui arrive à expliquer tout de manière cohérente
  443. 19:02 et qui arrive à faire une prédiction qui soit vérifiée,
  444. 19:05 ce ne sera peut-être pas évident.
  445. 19:06 Donc, ce n'est peut-être pas quelqu'un qui va arriver en disant
  446. 19:08 « moi, je vais renverser la table ».
  447. 19:09 Ce sera peut-être plutôt mille personnes qui vont arriver en proposant quelque chose
  448. 19:12 et les données expérimentales qui vont dire « c'est lui qui a raison ».
  449. 19:15 Et je pense qu'on saurait même faire quelque chose qui aura cette forme-là, à mon avis.
  450. 19:20 Jean-Philippe Huzon, on peut s'attendre,
  451. 19:22 mettons dans les deux décennies qui viennent, peut-être trois,
  452. 19:25 à des évolutions significatives ?
  453. 19:28 Moi, j'espère, parce que dans trois décennies, je serai à la retraite,
  454. 19:31 c'est moi qui irai aux conférences de vulgarisation et j'ai envie d'avoir des surprises.
  455. 19:36 Non, je pense qu'on met tout en œuvre pour qu'il y ait cette évolution.
  456. 19:39 Je pense que le satellite Euclide va vraiment nous apprendre des choses fondamentales.
  457. 19:43 En cartographiant l'univers.
  458. 19:44 Voilà, donc pour revenir juste en quelques mots sur cette histoire d'énergie sombre.
  459. 19:47 Donc, on a compris à la fin des années 90, début des années 2000,
  460. 19:53 que l'expansion de l'univers,
  461. 19:55 on savait que depuis les années 1920-1929, l'espace se dilate au cours du temps.
  462. 20:00 Donc ça, c'est devenu un fait observationnel qui a été confirmé par un nombre d'observations.
  463. 20:07 C'est quelque chose qui est complètement établi.
  464. 20:09 Et en mesurant le taux d'expansion en fonction du temps,
  465. 20:11 on s'est rendu compte que dans l'univers récent,
  466. 20:13 donc dans les derniers milliards d'années,
  467. 20:14 l'expansion, au lieu de se ralentir, s'accélérait.
  468. 20:18 Et ça, si on croit la théorie de la relativité générale,
  469. 20:22 qui est notre théorie de la gravitation,
  470. 20:24 ça voulait dire que la matière qui est à la source de cette expansion accélérée
  471. 20:28 devait avoir la propriété d'avoir une pression qui était négative.
  472. 20:32 Alors ça, dans la nature, des objets qui ont une pression négative,
  473. 20:34 on n'en connaît pas beaucoup.
  474. 20:36 Et on s'est rendu compte que, toujours d'un point de vue théorique,
  475. 20:40 il y avait une constante dans la théorie de la relativité générale
  476. 20:42 qu'on appelle la constante cosmologique, qui avait un statut un peu bizarre.
  477. 20:46 On la mettait parce que pour avoir la théorie la plus générale possible,
  478. 20:50 il fallait la prendre en compte.
  479. 20:51 Et comme on dit en physique théorique, tout ce qui n'est pas interdit est obligatoire,
  480. 20:54 donc on la met, on la mesure, il fallait savoir est-ce qu'elle est nulle ou est-ce qu'elle est non nulle.
  481. 20:59 Et en fait, on a réussi à la mesurer, à montrer qu'elle était non nulle,
  482. 21:03 et c'est ce qu'on appelle la constante cosmologique, le fameux lambda du lambda CDM.
  483. 21:07 Donc ça, c'est la première étape.
  484. 21:09 Et puis, d'un autre côté, il y avait les physiciens qui travaillaient.
  485. 21:11 On a commencé à comprendre que le vide avait une énergie.
  486. 21:15 Et là, dans nos théories, on peut faire une estimation de l'énergie du vide.
  487. 21:18 Et cette énergie du vide, en fait, elle a la propriété d'avoir une pression négative
  488. 21:23 qui est exactement égale à l'opposé de sa densité d'énergie.
  489. 21:26 Et donc, dans ce cadre-là, elle agit comme une constante.
  490. 21:28 Et en fait, la constante cosmologique pouvait être, on va dire,
  491. 21:32 la manifestation au geyssel cosmologique de l'énergie du vide qu'on a au niveau microscopique.
  492. 21:37 Le problème, c'est que les deux chiffres que l'on obtient,
  493. 21:40 ils ont un désaccord de 120 ordres de grandeur.
  494. 21:45 Donc, ça voulait dire qu'il y avait, entre la description macroscopique
  495. 21:49 et l'observation de notre univers et notre compréhension microscopique du monde,
  496. 21:53 eh bien, 10 avec 120 zéros sur le même nombre qui était prévu.
  497. 21:58 Donc, une incompatibilité entre l'infiniment grand et l'infiniment petit.
  498. 22:01 Et donc là, ça a attiré toutes les communautés
  499. 22:04 parce qu'on avait peut-être une clé pour ce lien entre gravitation et cosmologie.
  500. 22:09 Et puis, la question était de savoir est-ce que cette énergie-là,
  501. 22:12 elle est vraiment constante ?
  502. 22:13 Est-ce que la constante cosmologique est vraiment constante ?
  503. 22:16 Et là, dans les années, début des années 2000,
  504. 22:18 quand on a commencé à avoir ces preuves expérimentales de l'accélération de l'univers,
  505. 22:21 les gens ont commencé à faire des modèles, dire ben voilà,
  506. 22:24 je peux avoir des types de matières qui vont évoluer au cours du temps,
  507. 22:29 qui vont se comporter comme la constante cosmologique puis ensuite vont varier.
  508. 22:32 On a utilisé les mots de quintessence et ainsi de suite.
  509. 22:35 Il y a eu aujourd'hui des modèles comme ça.
  510. 22:36 Il y en a des dizaines qu'on est capable de construire.
  511. 22:40 Et ces modèles-là vont avoir une...
  512. 22:43 Cette relation entre pression et densité va évoluer au cours du temps.
  513. 22:47 Et c'est vrai qu'il y a quelques mois, maintenant presque un an,
  514. 22:52 les observations d'Akhenajeev et des instruments des îles
  515. 22:55 auraient prétendu avoir la preuve, l'indication,
  516. 22:57 que la densité d'énergie du vide, la constante cosmologique,
  517. 23:00 ne serait pas constante, évoluerait avec le temps.
  518. 23:03 Alors ça, c'est hyper intéressant parce que, un,
  519. 23:05 ça mettrait en défaut complètement le lambda du lambda CDM,
  520. 23:08 ça ne serait plus une constante.
  521. 23:10 Et quelque chose qui varie, quelque chose qui a une dynamique,
  522. 23:12 ça veut dire qu'il y a une physique derrière.
  523. 23:14 Donc si on est capable d'aller creuser cette dynamique,
  524. 23:17 éventuellement, on va tirer le fil et dire parmi toutes les théories
  525. 23:20 quelles sont celles qui sont compatibles avec ces observations.
  526. 23:24 Et puis d'aller commencer à creuser, voir ce qui est exclu,
  527. 23:28 voir ce qui est favorisé, tout en sachant qu'aujourd'hui,
  528. 23:32 le débat est quand même là autour de ces observations.
  529. 23:35 Tout le monde n'est pas convaincu par ces observations
  530. 23:36 et la façon dont elles sont analysées.
  531. 23:39 Et tout le monde n'est pas convaincu, en fait,
  532. 23:40 qu'il y a cette équation d'état qui varie.
  533. 23:44 Et ce qui est même intéressant, c'est qu'elle prend une valeur.
  534. 23:46 Alors là, ça devient un peu technique,
  535. 23:47 mais en gros, il y a un chiffre qui est moins...
  536. 23:49 C'est-à-dire que si la pression, c'est moins la densité,
  537. 23:51 c'est moins 1 fois la densité.
  538. 23:53 Et donc le paramètre qui est la pression divisé par la densité,
  539. 23:56 qui vaut donc moins 1, c'est ce qu'on appelle l'équation d'état.
  540. 23:59 Et Desi a l'impression de dire que c'est plus négatif que moins 1.
  541. 24:04 Et ça, ça pose des problèmes,
  542. 24:05 parce que dans le cadre de la relativité générale,
  543. 24:07 ça veut dire que certains théorèmes, en fait,
  544. 24:09 sur des conditions d'énergie sont violés.
  545. 24:12 Dans les années 2000, quand on a eu ces premières observations,
  546. 24:15 qu'on se posait la question de savoir
  547. 24:16 quelle pourrait être la valeur de cette équation d'état.
  548. 24:18 Avec deux de mes étudiants, on avait fait un travail montrant
  549. 24:22 que si ça descend en dessous de moins 1,
  550. 24:24 fort probablement, c'est aussi le signe
  551. 24:26 qu'il doit y avoir une violation de la relativité générale,
  552. 24:30 que la théorie de la gravitation
  553. 24:31 ne peut pas être exactement à la relativité générale,
  554. 24:34 et qu'en fait, on doit avoir des signatures
  555. 24:35 dans notre système solaire.
  556. 24:37 Et ça, aujourd'hui, les données de Desi
  557. 24:39 ne sont pas compatibles avec le fait
  558. 24:41 qu'on teste la relativité générale
  559. 24:43 avec une très très grande précision
  560. 24:44 dans notre système solaire.
  561. 24:46 Donc voilà, on a ces deux volets et c'est hyper intéressant
  562. 24:50 parce que si on confirme Desi,
  563. 24:52 on va pouvoir dire dans tel cadre théorique, c'est cohérent,
  564. 24:55 mais alors vous devez voir telle signature
  565. 24:56 à tel niveau dans le système solaire
  566. 24:58 ou dans d'autres types d'observations,
  567. 25:00 et là, on va les croiser.
  568. 25:02 Je pense qu'il n'y aura pas de changement
  569. 25:04 tant que des observations indépendantes
  570. 25:06 sur des systèmes physiques indépendantes,
  571. 25:07 que ce soit le fond diffus cosmologique,
  572. 25:09 les effets de l'antigravitationnel par Euclide
  573. 25:11 ou dans le système solaire,
  574. 25:12 prédisent le fait que cette énergie sombre
  575. 25:16 varie avec le temps.
  576. 25:17 Vous voyez, c'est une indication,
  577. 25:19 mais pour l'instant, elle est loin de convaincre
  578. 25:20 déjà la communauté des cosmologistes,
  579. 25:22 et puis après, il faut toujours se placer
  580. 25:24 à une échelle plus grande pour que ça change vraiment.
  581. 25:27 Il va falloir aussi aller convaincre nos collègues
  582. 25:30 qui sont astrophysiciens des planètes et des étoiles,
  583. 25:34 les physiciens de la mécanique antique,
  584. 25:35 de l'état solide, en fait.
  585. 25:37 Regardez, on a trouvé un nouveau type de matière
  586. 25:38 qui est comme ça, qui est assez exotique.
  587. 25:40 Ça ne se fait pas comme ça,
  588. 25:41 c'est-à-dire qu'il va falloir construire
  589. 25:43 un cas scientifique avec des arguments très forts
  590. 25:46 pour prouver qu'en fait, si découverte il y a,
  591. 25:48 parce qu'elle sera importante,
  592. 25:49 je veux dire, de dire que 70% de la matière
  593. 25:53 dans l'univers, c'est cette forme de choses
  594. 25:55 que vous n'avez jamais vue en laboratoire,
  595. 25:57 déjà de convaincre tous nos collègues scientifiques
  596. 25:59 va demander beaucoup de travail.
  597. 26:01 Ce n'est pas simplement avec un best-fit
  598. 26:02 sur un type d'observation,
  599. 26:04 sachant qu'on a aussi des biais d'observationnels.
  600. 26:06 Est-ce qu'on comprend bien nos observations ?
  601. 26:08 Est-ce qu'il n'y a pas des biais observationnels
  602. 26:10 ou expérimentaux que l'on ne comprend pas ?
  603. 26:12 Parce que c'est quand même des systèmes
  604. 26:13 qui sont un petit peu complexes.
  605. 26:15 Donc il va y avoir tout un travail
  606. 26:16 et je crois que là, Daisy,
  607. 26:18 c'est la première fois qu'on a une indication
  608. 26:20 et qui nous dit voilà, on rentre dans ce travail-là.
  609. 26:22 Si Euclide a des indications
  610. 26:23 qui vont dans la même direction,
  611. 26:25 ça va être très encourageant
  612. 26:26 et là, il va falloir construire à partir de ça
  613. 26:28 pour dire voilà les preuves,
  614. 26:30 voilà les indications,
  615. 26:31 pas simplement on a un best-fit qui indique que,
  616. 26:34 parce que ça, c'est l'indication,
  617. 26:35 c'est le fil qu'on va commencer à tirer,
  618. 26:37 mais c'est loin d'être la preuve
  619. 26:38 et c'est pour ça que la communauté est encore,
  620. 26:40 voilà, hésitante.
  621. 26:42 Il peut y avoir un bug dans un code,
  622. 26:44 il peut y avoir une barre d'erreur
  623. 26:45 qui est mal estimée pour telle ou telle raison.
  624. 26:47 Donc tout ça est tellement complexe,
  625. 26:49 tellement imbriqué
  626. 26:50 qu'il faut que ça décante.
  627. 26:52 Donc la collaboration fait son annonce,
  628. 26:55 elle en tire le crédit,
  629. 26:56 elle en tire la visibilité,
  630. 26:58 ça fait parler,
  631. 26:58 ça excite tout le monde dans les conférences
  632. 27:00 et ensuite, comme c'est important,
  633. 27:02 tout le monde va regarder
  634. 27:04 et il faut se rendre compte
  635. 27:06 qu'avec les données massives,
  636. 27:08 on utilise aujourd'hui l'outil numérique
  637. 27:10 pour faire ses analyses de données,
  638. 27:11 de plus en plus des outils d'intelligence artificielle.
  639. 27:13 Tout ça, ce sont des codes,
  640. 27:15 mais pas des codes de dix lignes,
  641. 27:16 des codes des fois de millions de lignes.
  642. 27:18 Il peut y avoir une petite erreur à un endroit,
  643. 27:20 il peut y avoir tel cas, tel cas.
  644. 27:22 Et donc tout ça doit être vérifié avec un grand soin
  645. 27:25 et ça, ça ne peut se faire que de façon communautaire.
  646. 27:27 Les mêmes données sont analysées
  647. 27:28 avec différents codes
  648. 27:29 développés par différentes personnes
  649. 27:31 en différents formalismes
  650. 27:32 pour voir si on obtient le même résultat.
  651. 27:34 Donc vous voyez, tout ça,
  652. 27:34 toute cette redondance de travail
  653. 27:36 fait qu'à la fin,
  654. 27:37 on peut affirmer et dire
  655. 27:38 oui, ça tient, c'est robuste.
  656. 27:41 Mais là, on est loin de ça aujourd'hui,
  657. 27:43 mais on est dans cette partie excitante
  658. 27:45 où ça excite notre créativité.
  659. 27:49 Merci beaucoup.
  660. 27:50 Merci à vous.
  661. 27:51 Usange appelle la sortie de votre livre
  662. 27:54 « L'univers incompris »
  663. 27:55 avec l'astrophysicien Sébastien Carasso.
  664. 27:58 À la semaine prochaine
  665. 27:59 pour un prochain numéro de Planétarium.