La vie dans l'univers, hasard ou nécessité ? Christophe Galfard raconte

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Christophe Galfard, spécialiste de l'univers, explore les origines de la vie, sa probabilité dans le cosmos, l'évolution et la recherche de vie extraterrestre, s'appuyant sur son livre "La vie à portée de main".

  1. 0:00 Mon sentiment personnel si vous le voulez, c'est qu'il y a de la vie absolument partout dans notre univers.
  2. 0:05 Il se trouve que ça c'est un mystère aussi.
  3. 0:07 On est au tout début d'une recherche de vie ailleurs,
  4. 0:10 on ne sait absolument pas si l'apparition de la vie est en réalité bien plus probable qu'improbable.
  5. 0:18 Et du coup est-ce qu'on est seul, est-ce qu'on est le fruit d'un déterminisme ou le fruit du hasard ?
  6. 0:22 Ce que Darwin a montré, c'est qu'en réalité les espèces changent.
  7. 0:25 La question de savoir, mais d'où ça vient tout ça ?
  8. 0:30 Christophe Galfard, on vous connaissait comme l'un des spécialistes français des origines de l'univers,
  9. 0:40 des trous noirs et dans votre nouveau livre « La vie à portée de main »,
  10. 0:45 on vous découvre également érudit quant aux origines de la vie.
  11. 0:49 Mais Christophe Galfard, par quoi est-ce qu'on commence quand on veut raconter la vie ?
  12. 0:56 On commence par s'interroger.
  13. 0:58 Moi j'ai mis les lecteurs et les lectrices au début du livre au milieu d'une forêt
  14. 1:04 à regarder les arbres, les papillons, les fleurs,
  15. 1:08 et je ne sais pas pourquoi, mais soudain le lecteur et la lectrice se posent la question de savoir d'où ça vient tout ça.
  16. 1:15 Je suis sûr que c'est une question qu'on s'est tous et toutes posé à un moment dans nos vies.
  17. 1:19 Et là, en regardant, comment est-ce qu'on fait pour remonter dans le temps, pour savoir d'où ça vient ?
  18. 1:25 Je vous confirme qu'on s'est beaucoup posé ces questions,
  19. 1:27 puisque ce sont également les questions qui nous ont amené à créer cette émission.
  20. 1:30 Nous, on n'a pas choisi de partir d'une clairière comme vous,
  21. 1:34 mais d'un planetarium, le planetarium du Figaro Tristan Ray.
  22. 1:37 Vous êtes journaliste scientifique au Figaro,
  23. 1:41 assez inattendu de la part de Christophe Galfard que vous avez suivi depuis ces années de carrière journalistique.
  24. 1:46 Oui, j'étais un peu surpris de vous voir vous aventurer sur ce terrain-là,
  25. 1:49 mais finalement, il y a une logique, parce que derrière toutes les recherches qu'il y a sur l'astrophysique,
  26. 1:55 on en vient toujours à l'origine de l'univers.
  27. 1:58 Et en filigrane, il y a toujours cette question de l'origine de la vie qui vient avec les grandes thématiques astrophysiques actuelles,
  28. 2:04 les exoplanètes, la recherche de vie dans le système solaire, la chimie interstellaire.
  29. 2:09 On voit bien que tout ça a quand même vocation à essayer de comprendre pourquoi on est là.
  30. 2:15 Et du coup, est-ce qu'on est seul? Est-ce qu'on est le fruit d'un déterminisme ou le fruit du hasard?
  31. 2:20 Et donc, c'était intéressant de voir vous questionner là-dessus.
  32. 2:26 On remarque quand même petit à petit qu'il y a beaucoup de choses qui sont interconnectées
  33. 2:31 et de la même manière qu'on cloisonne souvent les élèves en bon en français ou bon en lettres ou bon en science.
  34. 2:38 Moi, je n'y crois pas trop à ces cloisonnements, à ces cases qu'on met un peu sur chacun.
  35. 2:45 Et d'autant moins en science où l'idée globale, c'est d'essayer de comprendre la nature, la réalité, l'origine des choses.
  36. 2:53 Il y a un lien qui est flagrant, comme vous venez de le dire à l'instant, entre l'univers et la Terre.
  37. 2:59 Il n'y a pas une déconnexion comme on a pu, comme nos ancêtres ont pu le croire,
  38. 3:03 où la Terre est au centre de l'univers, protégée dans sa bulle et le reste était complètement différent et centré sur nous.
  39. 3:11 Non, il y a des interconnexions constantes, mais ne serait-ce que le Soleil.
  40. 3:15 Le Soleil, c'est une étoile, c'est la nôtre.
  41. 3:17 Elle nous envoie sa lumière que les plantes transforment en sucre qui nous permettent de vivre.
  42. 3:23 Rien que ça, c'est un lien direct, semi-indirect, disons semi-direct avec l'univers proche.
  43. 3:30 Et je ne sais pas, moi, la curiosité et l'interrogation par rapport aux choses en général, je trouve ça magnifique.
  44. 3:39 Et d'avoir des disciplines que nos ancêtres ont ouvertes, ont créées,
  45. 3:45 qui nous permettent d'aller encore plus loin que ce qu'on pensait, je trouve que c'est jouissif.
  46. 3:50 C'est d'autant plus connecté quand on sait aussi que l'eau de nos océans vient probablement des astéroïdes,
  47. 3:55 qu'il y a probablement des molécules prébiotiques qui ont été apportées, la question est de savoir lesquelles.
  48. 4:03 Quel est votre sentiment ? Est-ce qu'on est seul dans l'univers ?
  49. 4:06 Est-ce que la vie, c'est quelque chose qui dépend de trop de hasards ?
  50. 4:09 Vous en décrivez certains dans votre livre, comme la création de la Lune par exemple,
  51. 4:13 mais il y en a bien d'autres sur l'immigration des planètes.
  52. 4:15 Alessandro Morbidelli a fait ça à leçon au Collège de France sur la stochasticité justement dans la formation des systèmes planétaires.
  53. 4:23 Quel est votre sentiment ? Est-ce que la vie est amenée à apparaître quoi qu'il arrive ?
  54. 4:28 Ou est-ce que c'est un hasard des plus complets et auquel cas il y aurait un risque qu'on soit seul dans l'univers ?
  55. 4:33 C'est quoi votre position ?
  56. 4:35 Il y a plein de manières de répondre à cette question,
  57. 4:37 mais je trouve que ce qui est déjà, pour commencer, génial dans la recherche qui est faite dans ces domaines-là,
  58. 4:45 et d'apprendre un petit peu ce qu'on sait, c'est qu'on peut placer les mystères au bon endroit.
  59. 4:50 Il y a énormément d'interrogations, mais certaines choses, on a des réponses.
  60. 4:55 Par exemple, on sait plus ou moins de quoi est fait le vivant aujourd'hui sur Terre,
  61. 4:59 ce qu'on ne savait pas il y a 100 ans.
  62. 5:00 Aujourd'hui, on sait.
  63. 5:02 C'est des petites choses comme ça.
  64. 5:04 Ou comme vous l'avez dit, l'eau sur Terre, ça, pour le coup, c'est encore un mystère.
  65. 5:09 On ne sait pas exactement d'où elle vient dans sa globalité.
  66. 5:12 Une partie, oui, la totalité, non.
  67. 5:14 C'est aussi étonnant que ça puisse paraître.
  68. 5:17 Ça, c'est assez drôle.
  69. 5:18 Maintenant, ces questions de hasard ou de nécessité par rapport à l'apparition de la vie dans notre univers,
  70. 5:25 il se trouve que ça, c'est un mystère aussi.
  71. 5:28 Et ne serait-ce que de dire que nous sommes le résultat, nous, humains,
  72. 5:33 sommes le résultat d'une quantité extraordinaire de coïncidences, de hasards, d'accidents.
  73. 5:40 C'est vrai.
  74. 5:42 De dire la même chose pour le vivant en soi, on ne peut pas.
  75. 5:46 Parce qu'on n'a absolument pas d'autres exemples.
  76. 5:48 On est au tout début d'une recherche de vie ailleurs.
  77. 5:52 On ne sait absolument pas si l'apparition de la vie est en réalité bien plus probable qu'improbable.
  78. 6:01 Parce que pour faire ça, il faudrait pouvoir faire des statistiques, mais on ne les a pas.
  79. 6:05 Donc, on est au début de la recherche des différents éléments.
  80. 6:08 Et on commence à comprendre ça, mais on n'est pas encore capable de faire de statistiques.
  81. 6:14 Pour aller dans le sens de ce qui est intéressant, c'est également quelque chose qui m'a frappé.
  82. 6:17 Le nombre de paramètres qu'il faut aligner pour, au final, obtenir cette vie.
  83. 6:23 A un détail près, il n'y avait rien de tout ça.
  84. 6:25 Vous évoquiez, Tristan, une de ces contingences-là qui est celle du couple Terre-Lune.
  85. 6:30 Est-ce que vous pouvez nous la raconter, celle-ci ?
  86. 6:32 Je pense que c'est un des exemples les plus parlants de ces contingences qu'on n'imagine pas forcément.
  87. 6:38 On a souvent l'impression que, c'est ce que nos ancêtres pensaient d'ailleurs aussi,
  88. 6:43 que l'état des choses actuelles a toujours été l'état des choses actuelles.
  89. 6:49 Que si on remonte dans le temps deux, trois cents ans, la Terre ressemblait à celle qu'elle est aujourd'hui.
  90. 6:55 Oui.
  91. 6:56 Mais si on remonte bien plus loin, non.
  92. 6:59 Là, on commence à changer, réellement changer.
  93. 7:02 Et ce que ça signifie, c'est que notre planète elle-même possède une histoire.
  94. 7:10 Et qui dit histoire, dit début.
  95. 7:12 Et il se trouve que le début de notre planète, on sait comment il a eu lieu et on sait quand il a eu lieu.
  96. 7:18 On sait qu'il a eu lieu à l'intérieur d'un nuage gigantesque de poussière d'étoiles il y a un peu plus de 4,5 milliards d'années.
  97. 7:26 C'est là que sont nées toutes les planètes en même temps.
  98. 7:29 Et on sait aussi, en tout cas on a des indices quand même très très forts qui tendent vers ça,
  99. 7:35 qui nous disent qu'au départ, notre planète n'avait pas de lune.
  100. 7:40 Qu'elle était tranquille dans l'espace, un peu toute seule.
  101. 7:43 Mais pas si tranquille que ça, parce qu'étant toute seule, elle pouvait tourner un peu dans toutes les directions.
  102. 7:48 On n'avait pas un truc de jour et nuit comme on a aujourd'hui, de stabilité, de cycles, etc.
  103. 7:53 Mais voilà que quelques centaines de millions d'années après sa naissance, bam !
  104. 7:57 Elle s'est prise une autre planète de plein fouet.
  105. 8:02 Cette planète, on l'appelle Théia, elle a disparu.
  106. 8:06 Mais une grosse partie de Théia et de la Terre a été envoyée dans l'espace
  107. 8:12 à former une sorte de nuage de cailloux qui relativement rapidement, en quelques centaines de milliers d'années,
  108. 8:17 s'est agglomérée pour former une boule qui est devenue aujourd'hui la Lune.
  109. 8:21 Cette lune qui maintient notre planète dans une sorte de cycle de jour et de nuit qui est bien stable,
  110. 8:28 qui attire nos océans, qui crée les marées et qui permet une activité terrestre qui n'aurait pas lieu sans la Lune.
  111. 8:38 Et vous parlez d'une autre lune aussi dans votre livre, c'est une lune de Jupiter, Europe, une trace de vie potentielle.
  112. 8:46 Il y a quelque chose d'amusant quand on cherche de la vie dans l'espace,
  113. 8:49 parce que la recherche de la vie dans l'espace est débutante.
  114. 8:55 On est au tout début, on commence à avoir des outils.
  115. 8:57 Vous considérez qu'on est au balbutiement encore ?
  116. 9:00 On n'est pas à dix ans, ça fait à peine dix ans qu'on a commencé à avoir des télescopes
  117. 9:05 et des outils qui nous permettraient de détecter quelque chose.
  118. 9:08 La question est de détecter quoi ?
  119. 9:11 Parce que, par exemple, est-ce qu'on pourrait détecter de la vie sur Terre si on était dans l'espace loin avec nos télescopes ?
  120. 9:17 Ce n'est pas si clair, ce n'est pas si clair qu'on y arrive.
  121. 9:21 Alors on se dit, première chose, comprenons ce qu'est la vie sur Terre.
  122. 9:26 On réalise assez vite que si on cherche les éléments de base qu'il nous faudrait pour faire de la vie sur Terre,
  123. 9:33 c'est de l'eau liquide, parce que tout le vivant existant sur Terre a besoin d'eau liquide et est fait d'eau liquide.
  124. 9:42 Bon, du coup, on va chercher de l'eau liquide dans l'espace, première étape.
  125. 9:46 Là, il y a une notion amusante qui a été inventée,
  126. 9:51 qui est une zone, la bonne zone, autour d'une étoile pour que l'eau sur une planète qui serait là soit liquide.
  127. 10:00 Les conditions sont relativement simples à la base, après ça devient plus compliqué,
  128. 10:04 mais disons qu'il ne faut pas qu'elle soit trop proche, il ferait trop chaud, ce serait sous forme de vapeur.
  129. 10:09 Il ne faut pas qu'elle soit trop loin, ce serait avec de la glace, il n'y aurait pas d'eau liquide.
  130. 10:13 Elle a un très joli nom, vous vous souvenez ?
  131. 10:16 Boucle d'or.
  132. 10:17 Boucle d'or, Goldilocks en anglais, c'est le nom du personnage de contes pour enfants,
  133. 10:24 dans lequel il y a cette boucle d'or qui veut son chocolat, ni trop chaud, ni trop froid.
  134. 10:29 Donc là, c'est pareil, il ne faut que ce soit ni trop chaud, ni trop froid.
  135. 10:31 Pendant longtemps, ce qu'on a fait, c'est qu'on a cherché des planètes qui pourraient être dans cette zone, comme la Terre.
  136. 10:37 Autour du Soleil, il y a la Terre, Mars et Vénus qui sont dans ce cas-là.
  137. 10:39 Après, elles ont eu des histoires un peu différentes que la Terre,
  138. 10:44 mais on pense qu'il y a eu de l'eau liquide à la surface de ces deux autres mondes, Mars et Vénus, il y a longtemps.
  139. 10:50 Aujourd'hui, c'est plus compliqué, mais il y en a eu.
  140. 10:53 Alors, on aurait pu dire, du coup, c'est cuit.
  141. 10:56 Mais on a découvert récemment, qu'il y a quelques années, qu'en fait,
  142. 11:00 il existe d'autres endroits où on peut avoir de l'eau liquide,
  143. 11:04 bien au-delà de la zone boucle d'or, bien au-delà de Goldilocks zone,
  144. 11:09 notamment sous les surfaces gelées de certaines lunes de planètes géantes.
  145. 11:15 Europe, pour Jupiter, en est une.
  146. 11:18 Encelade, en est une autre pour Saturne.
  147. 11:22 Et il y en a probablement plein d'autres encore.
  148. 11:24 Mais ça, je trouve ça génial, parce qu'on sait qu'il y a des océans d'eau liquide sur ces lunes-là, sous une couche glacée.
  149. 11:31 Si jamais vous vouliez y aller creuser, regardez, je vous dis juste, en moyenne,
  150. 11:36 au pôle Nord, la banquise fait 2 m d'épaisseur.
  151. 11:39 Ça diminue, certes, mais disons que ça fait à peu près 2 m, en moyenne, d'épaisseur.
  152. 11:44 Là, on parle d'une couche de glace, sur Europe, qui fait environ 50 km.
  153. 11:49 C'est plus gros.
  154. 11:50 Mais, sous la surface, il y a plus d'eau liquide que dans tous les océans de la Terre réunis.
  155. 11:58 Encore faut-il qu'il y ait suffisamment d'énergie pour faire apparaître de la vie ?
  156. 12:02 Eh bien, vu que l'eau est liquide, ça signifie qu'il y a une source d'énergie.
  157. 12:06 Et on connaît la source d'énergie, en plus, de ce genre de lune, et elle est gravitationnelle.
  158. 12:12 Ce n'est pas l'énergie du Soleil.
  159. 12:14 Il y a un petit peu de radioactivité, comme sur Terre,
  160. 12:17 mais c'est surtout l'énergie de la gravitation de l'énorme planète qui est juste à côté,
  161. 12:23 qui tord un petit peu les roches qui sont à l'intérieur, crée des frottements, et il y a de l'énergie.
  162. 12:29 Et les petites différences gravitationnelles malaxent, un peu comme on pétrirait une balle,
  163. 12:34 et ça crée des forces de frottement qui chauffent.
  164. 12:37 Et ça, ça veut dire que, peut-être qu'un jour, on pourra aller pêcher là-bas.
  165. 12:41 Vous laissez la porte ouverte à de la vie ailleurs.
  166. 12:46 Ah ben absolument !
  167. 12:47 C'est pour ça qu'on a du mal à voir votre sentiment à vous,
  168. 12:51 plus que l'état de vos connaissances, elles sont très claires dans le livre,
  169. 12:54 mais votre sentiment à vous, votre conviction à vous.
  170. 12:56 Alors, il y a pas mal de choses par rapport à ça.
  171. 12:58 Déjà, en 1, il y a beaucoup de paramètres qui, étant donné notre ignorance,
  172. 13:04 relèvent de l'ordre de la croyance ou de l'imaginaire.
  173. 13:09 Et moi, j'ai pas eu envie de briser l'imaginaire ou la croyance des lecteurs
  174. 13:13 en imposant ma vision qui est ma croyance à moi.
  175. 13:17 Il y a des indices quand même, tout du long.
  176. 13:19 Mais cela étant dit, une fois de plus, quand vous dites toutes ces coïncidences,
  177. 13:24 toute cette succession extraordinaire de choses qui se passent,
  178. 13:28 une fois de plus, c'est pour arriver à nous.
  179. 13:31 C'est pas nécessairement pour arriver à l'ensemble du vivant qui existe sur Terre.
  180. 13:35 Lui, il est probablement bien plus probable que notre existence à nous, en tant qu'humains,
  181. 13:41 qui, elle, c'est difficile de l'imaginer autre qu'hautement improbable.
  182. 13:46 Et pour arriver à nous aujourd'hui, franchement,
  183. 13:49 c'était pas un ou deux dés qu'il fallait lancer,
  184. 13:51 c'est une succession de dés pendant un milliard d'années non-stop
  185. 13:57 qui tombe à chaque fois sur le bon résultat, si on veut aboutir à nous.
  186. 14:01 Mais rien ne nous dit qu'il y a eu quelque chose qui a voulu aboutir à nous.
  187. 14:06 Du coup, vous voyez, il y a quelque chose d'assez amusant.
  188. 14:08 Si on essaie d'obtenir les humains en partant de rien, franchement, c'est cuit.
  189. 14:13 C'est impossible, je dirais.
  190. 14:16 Aboutir à nous, c'est aussi improbable qu'aboutir sur une certaine bactérie
  191. 14:19 sur laquelle on va tomber dans la rue, ou un oiseau, ou un chihuahua,
  192. 14:23 ou ce que vous voulez, c'est aussi improbable.
  193. 14:25 Si vous en prenez une espèce quelque part, une forme de vie,
  194. 14:29 la probabilité qu'elle existe deux fois est zéro.
  195. 14:32 En revanche, l'ensemble, ça, on ne sait pas.
  196. 14:35 Et pour rebondir sur la vie extraterrestre, il y a une humilité à avoir.
  197. 14:41 Depuis qu'on observe le ciel, ou même la Terre,
  198. 14:48 les humains ont se fait descendre nous-mêmes du piédestal sur lequel nous nous étions mis.
  199. 14:54 On était au centre de l'univers, on ne l'est plus.
  200. 14:56 On était une planète extraordinaire.
  201. 14:58 Il y en a quand même plein.
  202. 15:00 Le Soleil était censé être une étoile vraiment particulière parmi d'autres.
  203. 15:05 Il y en a des centaines de milliards, ne serait-ce qu'autour de nous.
  204. 15:08 Le vivant, on était censé être différent du reste du vivant sur Terre.
  205. 15:12 Pas du tout, on est fait de la même chose.
  206. 15:13 On est cousins avec toutes les autres espèces, plus ou moins éloignés.
  207. 15:18 Mon sentiment personnel, si vous le voulez,
  208. 15:20 c'est qu'il y a de la vie absolument partout dans notre univers,
  209. 15:23 mais qu'on est juste au tout début de nos technologies permettant de les détecter ou voir.
  210. 15:30 Mais c'est une croyance.
  211. 15:32 Je ne dis pas qu'on a trouvé tout ça encore.
  212. 15:34 C'est la vôtre, c'est intéressant de le savoir.
  213. 15:38 Vous abordez aussi dans votre livre,
  214. 15:39 vous attaquez votre livre par ce que je considère être un gros morceau,
  215. 15:44 c'est la théorie de l'évolution.
  216. 15:45 On revient sur Terre.
  217. 15:46 Pourquoi est-ce que vous avez tenu à commencer votre livre par ça ?
  218. 15:50 Parce que chronologiquement, vous auriez pu le commencer par quelque chose de plus essentiel, originel.
  219. 15:55 Non, vous avez choisi de l'attaquer par ce biais-là.
  220. 15:58 On revient à l'idée que nous sommes des humains qui habitons une planète
  221. 16:03 et en gros, on débarque, comme le fait le lecteur au début du livre.
  222. 16:09 Je considère qu'on ne sait rien.
  223. 16:12 Par où on commence, une fois de plus, pour essayer de comprendre ce qui est autour de nous ?
  224. 16:16 Nos ancêtres ont fait cette découverte fascinante qu'il y a des cycles autour de nous
  225. 16:23 et qu'en réalité, il y a des lois dans la nature.
  226. 16:26 Ces lois s'appliquent par exemple au lever du soleil.
  227. 16:28 Tous les jours, le soleil va se lever, peut-être pas à la même heure,
  228. 16:31 mais en regardant les heures différentes, on va comprendre les trajectoires dans le ciel,
  229. 16:35 finalement que c'est la Terre qui tourne autour du soleil.
  230. 16:37 À partir de certaines remarques sur le comportement de la nature,
  231. 16:43 disons, ou certains événements qui se répètent,
  232. 16:46 on peut poser une pensée et avancer.
  233. 16:51 Pour le vivant, il n'y avait pas grand-chose,
  234. 16:55 jusqu'à des Lamarck ou Darwin ou Wallace,
  235. 16:58 il n'y avait pas grand-chose qui nous permettait de comprendre ce qui se passait autour de nous.
  236. 17:03 Une fois de plus, c'est un peu comme on disait tout à l'heure,
  237. 17:06 dans l'imaginaire de nos ancêtres,
  238. 17:10 le vivant sur Terre avait toujours été tel qu'on le voit aujourd'hui.
  239. 17:15 Il y a peut-être eu quelques accidents de temps en temps,
  240. 17:18 mais les espèces sont ce qu'elles sont et resteront ce qu'elles sont pour toujours
  241. 17:23 et elles sont là depuis la création, quelle que soit cette création.
  242. 17:28 Elles évoluent dans le temps.
  243. 17:30 Et de la même manière que si la Terre change, elle a une histoire,
  244. 17:33 si les espèces changent et évoluent dans le temps,
  245. 17:36 elles aussi peuvent avoir une histoire.
  246. 17:38 Donc, d'arriver sur les premières bases,
  247. 17:42 de commencer par les premières bases de réflexion scientifique sur le vivant
  248. 17:46 qui ont permis ensuite de comprendre que la vie avait une histoire,
  249. 17:50 je trouvais ça important.
  250. 17:52 Il y a quand même une différence de réception,
  251. 17:55 je parle par le grand public,
  252. 17:57 entre les théories qui concernent les trous noirs ou la cosmologie ou la physique
  253. 18:01 et celles qui concernent l'origine de la vie.
  254. 18:03 Ce que je veux dire par là,
  255. 18:05 quand je disais un gros morceau sur la théorie de l'évolution,
  256. 18:08 c'est que c'est aussi un champ d'études
  257. 18:11 qui est l'objet de beaucoup de polémiques ou de remises en question,
  258. 18:16 encore aujourd'hui.
  259. 18:17 Vous l'entendez d'un niveau religieux peut-être ?
  260. 18:19 Par exemple.
  261. 18:20 Parce que le côté polémique à l'intérieur des laboratoires de recherche théorique scientifique,
  262. 18:29 il n'y est pas vraiment.
  263. 18:31 Il n'y a pas de polémique à ce niveau-là, du tout.
  264. 18:34 Les polémiques vont porter plutôt sur l'identification des premières traces de vie
  265. 18:39 qui peut être problématique à identifier, etc.
  266. 18:43 C'est vrai, je ne sais pas si je dirais polémique...
  267. 18:46 Si, lorsqu'on trouve une pierre et qu'il y a quelque chose dedans,
  268. 18:51 oui, ça, ça devient polémique.
  269. 18:52 C'est très difficile.
  270. 18:53 Et d'ailleurs, ça pose la question de trouver la vie quelque part ailleurs
  271. 18:56 avec les instruments qu'on a,
  272. 18:58 sachant que sur Terre, c'est déjà extrêmement compliqué.
  273. 19:01 Voilà, il y a des...
  274. 19:03 De reconnaître une trace qui date d'il y a 4 milliards d'années, c'est vraiment...
  275. 19:06 Il peut y avoir des petits débats de phylogénéticiens sur certaines filiations.
  276. 19:11 Il peut y avoir des débats sur les dinosaures.
  277. 19:13 Il y a beaucoup de débats sur les espèces.
  278. 19:15 Est-ce que chaque dinosaure découvrait une nouvelle espèce ou non ?
  279. 19:19 Est-ce qu'il n'y a pas des juvéniles qui ont perturbé notre compréhension ?
  280. 19:22 Est-ce qu'il n'y a pas des tas de fossiles qu'il faudrait réattribuer
  281. 19:25 pour mieux comprendre ça ?
  282. 19:26 Mais je pense qu'il n'y a pas de...
  283. 19:27 Ça, c'est sain comme questionnement.
  284. 19:28 Il n'y a pas de débat, je pense, sur l'idée générale.
  285. 19:32 Je pensais aussi à Bergson.
  286. 19:34 Bergson disait que l'œil était trop complexe
  287. 19:37 pour la théorie de l'évolution.
  288. 19:38 Ça, c'est plus d'actualité ?
  289. 19:39 Non, c'est un truc qui a été relativement résolu.
  290. 19:42 L'idée d'une complexité,
  291. 19:45 c'est un peu comme de se dire
  292. 19:47 quelle est la probabilité pour qu'un humain débarque dans le vivant.
  293. 19:51 C'est zéro quand on le dit comme ça.
  294. 19:54 Mais vu que dans notre compréhension de l'histoire des choses,
  295. 20:00 il n'y a pas particulièrement de but,
  296. 20:02 c'est un petit peu tourner la question à l'envers
  297. 20:05 que de dire quelle est la probabilité.
  298. 20:08 J'ai un autre exemple.
  299. 20:10 Imaginez que vous croisiez une voiture dans la rue.
  300. 20:12 Vous regardez sa plaque d'immatriculation.
  301. 20:15 Je dis n'importe quoi, 583ZX72.
  302. 20:20 Et vous vous dites,
  303. 20:21 hallucinant d'être tombé sur cette plaque-là maintenant.
  304. 20:25 Parce que si a priori vous aviez dit
  305. 20:27 quelle est la probabilité que je tombe sur cette plaque-là
  306. 20:30 alors que je suis je ne sais pas où, c'est zéro.
  307. 20:32 Mais une fois qu'elle est là,
  308. 20:33 il y a plein de choses qui se sont passées pour qu'elle soit arrivée là
  309. 20:36 et la question de la probabilité est fallacieuse.
  310. 20:39 Pour le vivant, c'est une erreur qu'on fait souvent.
  311. 20:43 Et que Bergson, je ne me souviens pas exactement
  312. 20:46 dans quels termes il parlait des yeux,
  313. 20:48 mais disons n'importe quoi.
  314. 20:50 Disons, moi, je vois un œil, je dis non,
  315. 20:52 sérieusement, c'est beaucoup trop complexe
  316. 20:54 pour que ça ait apparu comme ça.
  317. 20:56 Il va falloir qu'il y ait une intelligence derrière, c'est clair.
  318. 20:59 Mais c'est la même chose que la plaque d'immatriculation
  319. 21:02 sauf qu'il y a 160 000 chiffres derrière.
  320. 21:05 Ce que ça veut dire, c'est qu'en regardant les autres espèces,
  321. 21:10 en regardant les fossiles qu'on peut trouver ailleurs,
  322. 21:14 on comprend un petit peu mieux comment la vision est apparue
  323. 21:19 et comment petit à petit,
  324. 21:21 on peut se développer des organes tels que ceux qu'on a aujourd'hui
  325. 21:25 sans avoir besoin d'invoquer une complexité qui existait dès le départ.
  326. 21:31 On peut imaginer comment un œil peut apparaître étape par étape,
  327. 21:36 étape simple en étape simple, petit à petit.
  328. 21:39 C'est plus le mystère que ça a pu être pour nos ancêtres.
  329. 21:42 Moi, ce qui me fascine après dans le vivant,
  330. 21:45 c'est que je trouve qu'on a eu beaucoup de travaux qui ont montré
  331. 21:47 à quel point les choses pouvaient se développer rapidement,
  332. 21:49 des caractères particuliers se développaient à différents endroits.
  333. 21:52 La coévolution, c'est assez fantastique de voir que la pression naturelle
  334. 21:57 arrive à faire émerger des caractéristiques similaires
  335. 21:59 dans des environnements juste en sélectionnant des mutations aléatoires.
  336. 22:02 C'est quand même assez fascinant de voir à quel point ça marche,
  337. 22:05 à quel point ça a été validé par des tas et des tas d'expériences naturelles.
  338. 22:10 Le mot que vous avez employé là qui est émergé,
  339. 22:13 il est sympa parce qu'il peut avoir plein de sens différents ce mot,
  340. 22:17 mais je pense que le sens que vous utilisez là signifie qu'en réalité,
  341. 22:22 la sélection telle qu'on la comprend aujourd'hui,
  342. 22:25 celle de Darwin, n'est pas une source de variété.
  343. 22:29 C'est plutôt une source de sélection, à savoir que la variété existe,
  344. 22:33 même en nous, même dans les autres animaux,
  345. 22:36 et il y a pas mal de choses qui ne sont pas exprimées.
  346. 22:40 Lorsque des contraintes arrivent, que ce soit des catastrophes
  347. 22:44 ou même des changements dans l'environnement,
  348. 22:48 des choses peuvent se retrouver à être exprimées alors qu'elles ne l'étaient pas avant.
  349. 22:52 Et ça, ça peut apparaître dans différents endroits un petit peu partout.
  350. 22:55 On commence à comprendre ce genre de phénomène et de mécanismes,
  351. 22:59 et moi je trouve ça très joli encore.
  352. 23:00 En fait, je trouve tout joli.
  353. 23:04 Ce que je trouve assez merveilleux et assez fascinant,
  354. 23:07 c'est de se dire que toute la vie sur Terre,
  355. 23:09 à peu près les mêmes molécules de base,
  356. 23:11 il y a la question de la chiralité,
  357. 23:13 les sucres qui sont orientés dans un sens,
  358. 23:15 l'ADN qui est orienté dans l'autre,
  359. 23:17 identique pour tout le vivant,
  360. 23:18 qu'on ne retrouve pas nécessairement dans la chimie interstellaire,
  361. 23:21 c'est-à-dire que les molécules qu'on trouve dans l'espace
  362. 23:23 sont beaucoup plus variées et variables que ce qu'on trouve sur Terre.
  363. 23:26 Quand on regarde le développement des molécules chimiques qu'on trouve sur un astéroïde,
  364. 23:30 on trouve vraiment tout et n'importe quoi.
  365. 23:31 C'est-à-dire des chaînes de carbone faites dans tous les sens,
  366. 23:34 n'importe comment, avec tout un tas de possibles.
  367. 23:36 Sur Terre, tout a été sélectionné par le vivant.
  368. 23:39 Le vivant vraiment sélectionne, sélectionne,
  369. 23:42 et on a une diversité chimique qui nous paraît énorme sur Terre.
  370. 23:45 Et en fait, beaucoup plus réduite.
  371. 23:46 Et ce que je trouve fascinant,
  372. 23:48 c'est que ça nous laisse penser qu'une fois que le vivant est apparu,
  373. 23:52 une fois qu'il a été sélectionné, d'un coup, il a tout écrasé et il est inarrêtable.
  374. 23:57 Et il y a une espèce de balance comme ça entre le vivant qui,
  375. 24:00 de toute évidence, n'apparaît pas facilement,
  376. 24:02 parce qu'on a du mal à le trouver dans le système solaire.
  377. 24:04 Donc, on se demande si c'est si facile qu'il apparaisse.
  378. 24:09 Et une fois qu'il apparaît, par contre,
  379. 24:11 le sentiment qu'il écrase tout et qu'il est quand même très résilient.
  380. 24:16 La Terre, elle est passée sur plus de 3 milliards d'années
  381. 24:19 par des phases extrêmement variées.
  382. 24:21 La durée du jour a changé.
  383. 24:23 Les climats ont drastiquement changé.
  384. 24:25 Et le vivant, voilà, change, s'adapte, survit.
  385. 24:30 Quand il s'adapte, on a toujours la mauvaise image de penser
  386. 24:32 qu'il s'adapte par volonté de s'adapter.
  387. 24:34 Oui, c'est juste comme vous l'expliquez.
  388. 24:36 Il y a une certaine variété du vivant.
  389. 24:39 Et quand il y a des goulots d'étranglement comme ça,
  390. 24:41 il n'y a pas grand chose qui survit, mais il y en a un petit peu.
  391. 24:43 Et tout de suite après, naturellement, une grande diversité qui reprend
  392. 24:48 et la sélection réopère, etc.
  393. 24:51 Il y a une espèce de mouvement comme une méduse,
  394. 24:54 comme un cœur qui bat comme ça.
  395. 24:56 Le vivant, c'est des extinctions massives, des espèces de goulots.
  396. 24:59 Puis ça redisperse, puis ça recommence, ça recommence.
  397. 25:02 Et on a l'impression que ce mouvement-là est inarrêtable.
  398. 25:05 Et je trouve qu'il y a un truc un petit peu antinomique
  399. 25:08 entre la difficulté de faire apparaître du vivant
  400. 25:11 et la capacité de résilience qui est là une fois qu'il apparaît.
  401. 25:14 Ça, c'est dans la première partie du livre,
  402. 25:16 je fais traverser le lecteur toutes ces étapes de la vie de notre planète.
  403. 25:22 Et c'est fabuleux de voir à quel point notre monde,
  404. 25:26 si on se projette dessus il y a quelques centaines de millions d'années,
  405. 25:30 c'est un monde extraterrestre complètement.
  406. 25:33 Merci Christophe Galfard.
  407. 25:34 Je rappelle la sortie de votre livre « La vie à portée de main ».
  408. 25:39 Et puis également, le précédent, c'était « L'univers à portée de main ».
  409. 25:43 Où vous parlez notamment de la question des trous noirs.
  410. 25:46 Merci beaucoup Tristan Rey, journaliste scientifique au Figaro.
  411. 25:51 À très vite pour un prochain numéro de Planétarium.