La vie dans l'univers, hasard ou nécessité ? Christophe Galfard raconte
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Christophe Galfard, spécialiste de l'univers, explore les origines de la vie, sa probabilité dans le cosmos, l'évolution et la recherche de vie extraterrestre, s'appuyant sur son livre "La vie à portée de main".
- 0:00 Mon sentiment personnel si vous le voulez, c'est qu'il y a de la vie absolument partout dans notre univers.
- 0:05 Il se trouve que ça c'est un mystère aussi.
- 0:07 On est au tout début d'une recherche de vie ailleurs,
- 0:10 on ne sait absolument pas si l'apparition de la vie est en réalité bien plus probable qu'improbable.
- 0:18 Et du coup est-ce qu'on est seul, est-ce qu'on est le fruit d'un déterminisme ou le fruit du hasard ?
- 0:22 Ce que Darwin a montré, c'est qu'en réalité les espèces changent.
- 0:25 La question de savoir, mais d'où ça vient tout ça ?
- 0:30 Christophe Galfard, on vous connaissait comme l'un des spécialistes français des origines de l'univers,
- 0:40 des trous noirs et dans votre nouveau livre « La vie à portée de main »,
- 0:45 on vous découvre également érudit quant aux origines de la vie.
- 0:49 Mais Christophe Galfard, par quoi est-ce qu'on commence quand on veut raconter la vie ?
- 0:56 On commence par s'interroger.
- 0:58 Moi j'ai mis les lecteurs et les lectrices au début du livre au milieu d'une forêt
- 1:04 à regarder les arbres, les papillons, les fleurs,
- 1:08 et je ne sais pas pourquoi, mais soudain le lecteur et la lectrice se posent la question de savoir d'où ça vient tout ça.
- 1:15 Je suis sûr que c'est une question qu'on s'est tous et toutes posé à un moment dans nos vies.
- 1:19 Et là, en regardant, comment est-ce qu'on fait pour remonter dans le temps, pour savoir d'où ça vient ?
- 1:25 Je vous confirme qu'on s'est beaucoup posé ces questions,
- 1:27 puisque ce sont également les questions qui nous ont amené à créer cette émission.
- 1:30 Nous, on n'a pas choisi de partir d'une clairière comme vous,
- 1:34 mais d'un planetarium, le planetarium du Figaro Tristan Ray.
- 1:37 Vous êtes journaliste scientifique au Figaro,
- 1:41 assez inattendu de la part de Christophe Galfard que vous avez suivi depuis ces années de carrière journalistique.
- 1:46 Oui, j'étais un peu surpris de vous voir vous aventurer sur ce terrain-là,
- 1:49 mais finalement, il y a une logique, parce que derrière toutes les recherches qu'il y a sur l'astrophysique,
- 1:55 on en vient toujours à l'origine de l'univers.
- 1:58 Et en filigrane, il y a toujours cette question de l'origine de la vie qui vient avec les grandes thématiques astrophysiques actuelles,
- 2:04 les exoplanètes, la recherche de vie dans le système solaire, la chimie interstellaire.
- 2:09 On voit bien que tout ça a quand même vocation à essayer de comprendre pourquoi on est là.
- 2:15 Et du coup, est-ce qu'on est seul? Est-ce qu'on est le fruit d'un déterminisme ou le fruit du hasard?
- 2:20 Et donc, c'était intéressant de voir vous questionner là-dessus.
- 2:26 On remarque quand même petit à petit qu'il y a beaucoup de choses qui sont interconnectées
- 2:31 et de la même manière qu'on cloisonne souvent les élèves en bon en français ou bon en lettres ou bon en science.
- 2:38 Moi, je n'y crois pas trop à ces cloisonnements, à ces cases qu'on met un peu sur chacun.
- 2:45 Et d'autant moins en science où l'idée globale, c'est d'essayer de comprendre la nature, la réalité, l'origine des choses.
- 2:53 Il y a un lien qui est flagrant, comme vous venez de le dire à l'instant, entre l'univers et la Terre.
- 2:59 Il n'y a pas une déconnexion comme on a pu, comme nos ancêtres ont pu le croire,
- 3:03 où la Terre est au centre de l'univers, protégée dans sa bulle et le reste était complètement différent et centré sur nous.
- 3:11 Non, il y a des interconnexions constantes, mais ne serait-ce que le Soleil.
- 3:15 Le Soleil, c'est une étoile, c'est la nôtre.
- 3:17 Elle nous envoie sa lumière que les plantes transforment en sucre qui nous permettent de vivre.
- 3:23 Rien que ça, c'est un lien direct, semi-indirect, disons semi-direct avec l'univers proche.
- 3:30 Et je ne sais pas, moi, la curiosité et l'interrogation par rapport aux choses en général, je trouve ça magnifique.
- 3:39 Et d'avoir des disciplines que nos ancêtres ont ouvertes, ont créées,
- 3:45 qui nous permettent d'aller encore plus loin que ce qu'on pensait, je trouve que c'est jouissif.
- 3:50 C'est d'autant plus connecté quand on sait aussi que l'eau de nos océans vient probablement des astéroïdes,
- 3:55 qu'il y a probablement des molécules prébiotiques qui ont été apportées, la question est de savoir lesquelles.
- 4:03 Quel est votre sentiment ? Est-ce qu'on est seul dans l'univers ?
- 4:06 Est-ce que la vie, c'est quelque chose qui dépend de trop de hasards ?
- 4:09 Vous en décrivez certains dans votre livre, comme la création de la Lune par exemple,
- 4:13 mais il y en a bien d'autres sur l'immigration des planètes.
- 4:15 Alessandro Morbidelli a fait ça à leçon au Collège de France sur la stochasticité justement dans la formation des systèmes planétaires.
- 4:23 Quel est votre sentiment ? Est-ce que la vie est amenée à apparaître quoi qu'il arrive ?
- 4:28 Ou est-ce que c'est un hasard des plus complets et auquel cas il y aurait un risque qu'on soit seul dans l'univers ?
- 4:33 C'est quoi votre position ?
- 4:35 Il y a plein de manières de répondre à cette question,
- 4:37 mais je trouve que ce qui est déjà, pour commencer, génial dans la recherche qui est faite dans ces domaines-là,
- 4:45 et d'apprendre un petit peu ce qu'on sait, c'est qu'on peut placer les mystères au bon endroit.
- 4:50 Il y a énormément d'interrogations, mais certaines choses, on a des réponses.
- 4:55 Par exemple, on sait plus ou moins de quoi est fait le vivant aujourd'hui sur Terre,
- 4:59 ce qu'on ne savait pas il y a 100 ans.
- 5:00 Aujourd'hui, on sait.
- 5:02 C'est des petites choses comme ça.
- 5:04 Ou comme vous l'avez dit, l'eau sur Terre, ça, pour le coup, c'est encore un mystère.
- 5:09 On ne sait pas exactement d'où elle vient dans sa globalité.
- 5:12 Une partie, oui, la totalité, non.
- 5:14 C'est aussi étonnant que ça puisse paraître.
- 5:17 Ça, c'est assez drôle.
- 5:18 Maintenant, ces questions de hasard ou de nécessité par rapport à l'apparition de la vie dans notre univers,
- 5:25 il se trouve que ça, c'est un mystère aussi.
- 5:28 Et ne serait-ce que de dire que nous sommes le résultat, nous, humains,
- 5:33 sommes le résultat d'une quantité extraordinaire de coïncidences, de hasards, d'accidents.
- 5:40 C'est vrai.
- 5:42 De dire la même chose pour le vivant en soi, on ne peut pas.
- 5:46 Parce qu'on n'a absolument pas d'autres exemples.
- 5:48 On est au tout début d'une recherche de vie ailleurs.
- 5:52 On ne sait absolument pas si l'apparition de la vie est en réalité bien plus probable qu'improbable.
- 6:01 Parce que pour faire ça, il faudrait pouvoir faire des statistiques, mais on ne les a pas.
- 6:05 Donc, on est au début de la recherche des différents éléments.
- 6:08 Et on commence à comprendre ça, mais on n'est pas encore capable de faire de statistiques.
- 6:14 Pour aller dans le sens de ce qui est intéressant, c'est également quelque chose qui m'a frappé.
- 6:17 Le nombre de paramètres qu'il faut aligner pour, au final, obtenir cette vie.
- 6:23 A un détail près, il n'y avait rien de tout ça.
- 6:25 Vous évoquiez, Tristan, une de ces contingences-là qui est celle du couple Terre-Lune.
- 6:30 Est-ce que vous pouvez nous la raconter, celle-ci ?
- 6:32 Je pense que c'est un des exemples les plus parlants de ces contingences qu'on n'imagine pas forcément.
- 6:38 On a souvent l'impression que, c'est ce que nos ancêtres pensaient d'ailleurs aussi,
- 6:43 que l'état des choses actuelles a toujours été l'état des choses actuelles.
- 6:49 Que si on remonte dans le temps deux, trois cents ans, la Terre ressemblait à celle qu'elle est aujourd'hui.
- 6:55 Oui.
- 6:56 Mais si on remonte bien plus loin, non.
- 6:59 Là, on commence à changer, réellement changer.
- 7:02 Et ce que ça signifie, c'est que notre planète elle-même possède une histoire.
- 7:10 Et qui dit histoire, dit début.
- 7:12 Et il se trouve que le début de notre planète, on sait comment il a eu lieu et on sait quand il a eu lieu.
- 7:18 On sait qu'il a eu lieu à l'intérieur d'un nuage gigantesque de poussière d'étoiles il y a un peu plus de 4,5 milliards d'années.
- 7:26 C'est là que sont nées toutes les planètes en même temps.
- 7:29 Et on sait aussi, en tout cas on a des indices quand même très très forts qui tendent vers ça,
- 7:35 qui nous disent qu'au départ, notre planète n'avait pas de lune.
- 7:40 Qu'elle était tranquille dans l'espace, un peu toute seule.
- 7:43 Mais pas si tranquille que ça, parce qu'étant toute seule, elle pouvait tourner un peu dans toutes les directions.
- 7:48 On n'avait pas un truc de jour et nuit comme on a aujourd'hui, de stabilité, de cycles, etc.
- 7:53 Mais voilà que quelques centaines de millions d'années après sa naissance, bam !
- 7:57 Elle s'est prise une autre planète de plein fouet.
- 8:02 Cette planète, on l'appelle Théia, elle a disparu.
- 8:06 Mais une grosse partie de Théia et de la Terre a été envoyée dans l'espace
- 8:12 à former une sorte de nuage de cailloux qui relativement rapidement, en quelques centaines de milliers d'années,
- 8:17 s'est agglomérée pour former une boule qui est devenue aujourd'hui la Lune.
- 8:21 Cette lune qui maintient notre planète dans une sorte de cycle de jour et de nuit qui est bien stable,
- 8:28 qui attire nos océans, qui crée les marées et qui permet une activité terrestre qui n'aurait pas lieu sans la Lune.
- 8:38 Et vous parlez d'une autre lune aussi dans votre livre, c'est une lune de Jupiter, Europe, une trace de vie potentielle.
- 8:46 Il y a quelque chose d'amusant quand on cherche de la vie dans l'espace,
- 8:49 parce que la recherche de la vie dans l'espace est débutante.
- 8:55 On est au tout début, on commence à avoir des outils.
- 8:57 Vous considérez qu'on est au balbutiement encore ?
- 9:00 On n'est pas à dix ans, ça fait à peine dix ans qu'on a commencé à avoir des télescopes
- 9:05 et des outils qui nous permettraient de détecter quelque chose.
- 9:08 La question est de détecter quoi ?
- 9:11 Parce que, par exemple, est-ce qu'on pourrait détecter de la vie sur Terre si on était dans l'espace loin avec nos télescopes ?
- 9:17 Ce n'est pas si clair, ce n'est pas si clair qu'on y arrive.
- 9:21 Alors on se dit, première chose, comprenons ce qu'est la vie sur Terre.
- 9:26 On réalise assez vite que si on cherche les éléments de base qu'il nous faudrait pour faire de la vie sur Terre,
- 9:33 c'est de l'eau liquide, parce que tout le vivant existant sur Terre a besoin d'eau liquide et est fait d'eau liquide.
- 9:42 Bon, du coup, on va chercher de l'eau liquide dans l'espace, première étape.
- 9:46 Là, il y a une notion amusante qui a été inventée,
- 9:51 qui est une zone, la bonne zone, autour d'une étoile pour que l'eau sur une planète qui serait là soit liquide.
- 10:00 Les conditions sont relativement simples à la base, après ça devient plus compliqué,
- 10:04 mais disons qu'il ne faut pas qu'elle soit trop proche, il ferait trop chaud, ce serait sous forme de vapeur.
- 10:09 Il ne faut pas qu'elle soit trop loin, ce serait avec de la glace, il n'y aurait pas d'eau liquide.
- 10:13 Elle a un très joli nom, vous vous souvenez ?
- 10:16 Boucle d'or.
- 10:17 Boucle d'or, Goldilocks en anglais, c'est le nom du personnage de contes pour enfants,
- 10:24 dans lequel il y a cette boucle d'or qui veut son chocolat, ni trop chaud, ni trop froid.
- 10:29 Donc là, c'est pareil, il ne faut que ce soit ni trop chaud, ni trop froid.
- 10:31 Pendant longtemps, ce qu'on a fait, c'est qu'on a cherché des planètes qui pourraient être dans cette zone, comme la Terre.
- 10:37 Autour du Soleil, il y a la Terre, Mars et Vénus qui sont dans ce cas-là.
- 10:39 Après, elles ont eu des histoires un peu différentes que la Terre,
- 10:44 mais on pense qu'il y a eu de l'eau liquide à la surface de ces deux autres mondes, Mars et Vénus, il y a longtemps.
- 10:50 Aujourd'hui, c'est plus compliqué, mais il y en a eu.
- 10:53 Alors, on aurait pu dire, du coup, c'est cuit.
- 10:56 Mais on a découvert récemment, qu'il y a quelques années, qu'en fait,
- 11:00 il existe d'autres endroits où on peut avoir de l'eau liquide,
- 11:04 bien au-delà de la zone boucle d'or, bien au-delà de Goldilocks zone,
- 11:09 notamment sous les surfaces gelées de certaines lunes de planètes géantes.
- 11:15 Europe, pour Jupiter, en est une.
- 11:18 Encelade, en est une autre pour Saturne.
- 11:22 Et il y en a probablement plein d'autres encore.
- 11:24 Mais ça, je trouve ça génial, parce qu'on sait qu'il y a des océans d'eau liquide sur ces lunes-là, sous une couche glacée.
- 11:31 Si jamais vous vouliez y aller creuser, regardez, je vous dis juste, en moyenne,
- 11:36 au pôle Nord, la banquise fait 2 m d'épaisseur.
- 11:39 Ça diminue, certes, mais disons que ça fait à peu près 2 m, en moyenne, d'épaisseur.
- 11:44 Là, on parle d'une couche de glace, sur Europe, qui fait environ 50 km.
- 11:49 C'est plus gros.
- 11:50 Mais, sous la surface, il y a plus d'eau liquide que dans tous les océans de la Terre réunis.
- 11:58 Encore faut-il qu'il y ait suffisamment d'énergie pour faire apparaître de la vie ?
- 12:02 Eh bien, vu que l'eau est liquide, ça signifie qu'il y a une source d'énergie.
- 12:06 Et on connaît la source d'énergie, en plus, de ce genre de lune, et elle est gravitationnelle.
- 12:12 Ce n'est pas l'énergie du Soleil.
- 12:14 Il y a un petit peu de radioactivité, comme sur Terre,
- 12:17 mais c'est surtout l'énergie de la gravitation de l'énorme planète qui est juste à côté,
- 12:23 qui tord un petit peu les roches qui sont à l'intérieur, crée des frottements, et il y a de l'énergie.
- 12:29 Et les petites différences gravitationnelles malaxent, un peu comme on pétrirait une balle,
- 12:34 et ça crée des forces de frottement qui chauffent.
- 12:37 Et ça, ça veut dire que, peut-être qu'un jour, on pourra aller pêcher là-bas.
- 12:41 Vous laissez la porte ouverte à de la vie ailleurs.
- 12:46 Ah ben absolument !
- 12:47 C'est pour ça qu'on a du mal à voir votre sentiment à vous,
- 12:51 plus que l'état de vos connaissances, elles sont très claires dans le livre,
- 12:54 mais votre sentiment à vous, votre conviction à vous.
- 12:56 Alors, il y a pas mal de choses par rapport à ça.
- 12:58 Déjà, en 1, il y a beaucoup de paramètres qui, étant donné notre ignorance,
- 13:04 relèvent de l'ordre de la croyance ou de l'imaginaire.
- 13:09 Et moi, j'ai pas eu envie de briser l'imaginaire ou la croyance des lecteurs
- 13:13 en imposant ma vision qui est ma croyance à moi.
- 13:17 Il y a des indices quand même, tout du long.
- 13:19 Mais cela étant dit, une fois de plus, quand vous dites toutes ces coïncidences,
- 13:24 toute cette succession extraordinaire de choses qui se passent,
- 13:28 une fois de plus, c'est pour arriver à nous.
- 13:31 C'est pas nécessairement pour arriver à l'ensemble du vivant qui existe sur Terre.
- 13:35 Lui, il est probablement bien plus probable que notre existence à nous, en tant qu'humains,
- 13:41 qui, elle, c'est difficile de l'imaginer autre qu'hautement improbable.
- 13:46 Et pour arriver à nous aujourd'hui, franchement,
- 13:49 c'était pas un ou deux dés qu'il fallait lancer,
- 13:51 c'est une succession de dés pendant un milliard d'années non-stop
- 13:57 qui tombe à chaque fois sur le bon résultat, si on veut aboutir à nous.
- 14:01 Mais rien ne nous dit qu'il y a eu quelque chose qui a voulu aboutir à nous.
- 14:06 Du coup, vous voyez, il y a quelque chose d'assez amusant.
- 14:08 Si on essaie d'obtenir les humains en partant de rien, franchement, c'est cuit.
- 14:13 C'est impossible, je dirais.
- 14:16 Aboutir à nous, c'est aussi improbable qu'aboutir sur une certaine bactérie
- 14:19 sur laquelle on va tomber dans la rue, ou un oiseau, ou un chihuahua,
- 14:23 ou ce que vous voulez, c'est aussi improbable.
- 14:25 Si vous en prenez une espèce quelque part, une forme de vie,
- 14:29 la probabilité qu'elle existe deux fois est zéro.
- 14:32 En revanche, l'ensemble, ça, on ne sait pas.
- 14:35 Et pour rebondir sur la vie extraterrestre, il y a une humilité à avoir.
- 14:41 Depuis qu'on observe le ciel, ou même la Terre,
- 14:48 les humains ont se fait descendre nous-mêmes du piédestal sur lequel nous nous étions mis.
- 14:54 On était au centre de l'univers, on ne l'est plus.
- 14:56 On était une planète extraordinaire.
- 14:58 Il y en a quand même plein.
- 15:00 Le Soleil était censé être une étoile vraiment particulière parmi d'autres.
- 15:05 Il y en a des centaines de milliards, ne serait-ce qu'autour de nous.
- 15:08 Le vivant, on était censé être différent du reste du vivant sur Terre.
- 15:12 Pas du tout, on est fait de la même chose.
- 15:13 On est cousins avec toutes les autres espèces, plus ou moins éloignés.
- 15:18 Mon sentiment personnel, si vous le voulez,
- 15:20 c'est qu'il y a de la vie absolument partout dans notre univers,
- 15:23 mais qu'on est juste au tout début de nos technologies permettant de les détecter ou voir.
- 15:30 Mais c'est une croyance.
- 15:32 Je ne dis pas qu'on a trouvé tout ça encore.
- 15:34 C'est la vôtre, c'est intéressant de le savoir.
- 15:38 Vous abordez aussi dans votre livre,
- 15:39 vous attaquez votre livre par ce que je considère être un gros morceau,
- 15:44 c'est la théorie de l'évolution.
- 15:45 On revient sur Terre.
- 15:46 Pourquoi est-ce que vous avez tenu à commencer votre livre par ça ?
- 15:50 Parce que chronologiquement, vous auriez pu le commencer par quelque chose de plus essentiel, originel.
- 15:55 Non, vous avez choisi de l'attaquer par ce biais-là.
- 15:58 On revient à l'idée que nous sommes des humains qui habitons une planète
- 16:03 et en gros, on débarque, comme le fait le lecteur au début du livre.
- 16:09 Je considère qu'on ne sait rien.
- 16:12 Par où on commence, une fois de plus, pour essayer de comprendre ce qui est autour de nous ?
- 16:16 Nos ancêtres ont fait cette découverte fascinante qu'il y a des cycles autour de nous
- 16:23 et qu'en réalité, il y a des lois dans la nature.
- 16:26 Ces lois s'appliquent par exemple au lever du soleil.
- 16:28 Tous les jours, le soleil va se lever, peut-être pas à la même heure,
- 16:31 mais en regardant les heures différentes, on va comprendre les trajectoires dans le ciel,
- 16:35 finalement que c'est la Terre qui tourne autour du soleil.
- 16:37 À partir de certaines remarques sur le comportement de la nature,
- 16:43 disons, ou certains événements qui se répètent,
- 16:46 on peut poser une pensée et avancer.
- 16:51 Pour le vivant, il n'y avait pas grand-chose,
- 16:55 jusqu'à des Lamarck ou Darwin ou Wallace,
- 16:58 il n'y avait pas grand-chose qui nous permettait de comprendre ce qui se passait autour de nous.
- 17:03 Une fois de plus, c'est un peu comme on disait tout à l'heure,
- 17:06 dans l'imaginaire de nos ancêtres,
- 17:10 le vivant sur Terre avait toujours été tel qu'on le voit aujourd'hui.
- 17:15 Il y a peut-être eu quelques accidents de temps en temps,
- 17:18 mais les espèces sont ce qu'elles sont et resteront ce qu'elles sont pour toujours
- 17:23 et elles sont là depuis la création, quelle que soit cette création.
- 17:28 Elles évoluent dans le temps.
- 17:30 Et de la même manière que si la Terre change, elle a une histoire,
- 17:33 si les espèces changent et évoluent dans le temps,
- 17:36 elles aussi peuvent avoir une histoire.
- 17:38 Donc, d'arriver sur les premières bases,
- 17:42 de commencer par les premières bases de réflexion scientifique sur le vivant
- 17:46 qui ont permis ensuite de comprendre que la vie avait une histoire,
- 17:50 je trouvais ça important.
- 17:52 Il y a quand même une différence de réception,
- 17:55 je parle par le grand public,
- 17:57 entre les théories qui concernent les trous noirs ou la cosmologie ou la physique
- 18:01 et celles qui concernent l'origine de la vie.
- 18:03 Ce que je veux dire par là,
- 18:05 quand je disais un gros morceau sur la théorie de l'évolution,
- 18:08 c'est que c'est aussi un champ d'études
- 18:11 qui est l'objet de beaucoup de polémiques ou de remises en question,
- 18:16 encore aujourd'hui.
- 18:17 Vous l'entendez d'un niveau religieux peut-être ?
- 18:19 Par exemple.
- 18:20 Parce que le côté polémique à l'intérieur des laboratoires de recherche théorique scientifique,
- 18:29 il n'y est pas vraiment.
- 18:31 Il n'y a pas de polémique à ce niveau-là, du tout.
- 18:34 Les polémiques vont porter plutôt sur l'identification des premières traces de vie
- 18:39 qui peut être problématique à identifier, etc.
- 18:43 C'est vrai, je ne sais pas si je dirais polémique...
- 18:46 Si, lorsqu'on trouve une pierre et qu'il y a quelque chose dedans,
- 18:51 oui, ça, ça devient polémique.
- 18:52 C'est très difficile.
- 18:53 Et d'ailleurs, ça pose la question de trouver la vie quelque part ailleurs
- 18:56 avec les instruments qu'on a,
- 18:58 sachant que sur Terre, c'est déjà extrêmement compliqué.
- 19:01 Voilà, il y a des...
- 19:03 De reconnaître une trace qui date d'il y a 4 milliards d'années, c'est vraiment...
- 19:06 Il peut y avoir des petits débats de phylogénéticiens sur certaines filiations.
- 19:11 Il peut y avoir des débats sur les dinosaures.
- 19:13 Il y a beaucoup de débats sur les espèces.
- 19:15 Est-ce que chaque dinosaure découvrait une nouvelle espèce ou non ?
- 19:19 Est-ce qu'il n'y a pas des juvéniles qui ont perturbé notre compréhension ?
- 19:22 Est-ce qu'il n'y a pas des tas de fossiles qu'il faudrait réattribuer
- 19:25 pour mieux comprendre ça ?
- 19:26 Mais je pense qu'il n'y a pas de...
- 19:27 Ça, c'est sain comme questionnement.
- 19:28 Il n'y a pas de débat, je pense, sur l'idée générale.
- 19:32 Je pensais aussi à Bergson.
- 19:34 Bergson disait que l'œil était trop complexe
- 19:37 pour la théorie de l'évolution.
- 19:38 Ça, c'est plus d'actualité ?
- 19:39 Non, c'est un truc qui a été relativement résolu.
- 19:42 L'idée d'une complexité,
- 19:45 c'est un peu comme de se dire
- 19:47 quelle est la probabilité pour qu'un humain débarque dans le vivant.
- 19:51 C'est zéro quand on le dit comme ça.
- 19:54 Mais vu que dans notre compréhension de l'histoire des choses,
- 20:00 il n'y a pas particulièrement de but,
- 20:02 c'est un petit peu tourner la question à l'envers
- 20:05 que de dire quelle est la probabilité.
- 20:08 J'ai un autre exemple.
- 20:10 Imaginez que vous croisiez une voiture dans la rue.
- 20:12 Vous regardez sa plaque d'immatriculation.
- 20:15 Je dis n'importe quoi, 583ZX72.
- 20:20 Et vous vous dites,
- 20:21 hallucinant d'être tombé sur cette plaque-là maintenant.
- 20:25 Parce que si a priori vous aviez dit
- 20:27 quelle est la probabilité que je tombe sur cette plaque-là
- 20:30 alors que je suis je ne sais pas où, c'est zéro.
- 20:32 Mais une fois qu'elle est là,
- 20:33 il y a plein de choses qui se sont passées pour qu'elle soit arrivée là
- 20:36 et la question de la probabilité est fallacieuse.
- 20:39 Pour le vivant, c'est une erreur qu'on fait souvent.
- 20:43 Et que Bergson, je ne me souviens pas exactement
- 20:46 dans quels termes il parlait des yeux,
- 20:48 mais disons n'importe quoi.
- 20:50 Disons, moi, je vois un œil, je dis non,
- 20:52 sérieusement, c'est beaucoup trop complexe
- 20:54 pour que ça ait apparu comme ça.
- 20:56 Il va falloir qu'il y ait une intelligence derrière, c'est clair.
- 20:59 Mais c'est la même chose que la plaque d'immatriculation
- 21:02 sauf qu'il y a 160 000 chiffres derrière.
- 21:05 Ce que ça veut dire, c'est qu'en regardant les autres espèces,
- 21:10 en regardant les fossiles qu'on peut trouver ailleurs,
- 21:14 on comprend un petit peu mieux comment la vision est apparue
- 21:19 et comment petit à petit,
- 21:21 on peut se développer des organes tels que ceux qu'on a aujourd'hui
- 21:25 sans avoir besoin d'invoquer une complexité qui existait dès le départ.
- 21:31 On peut imaginer comment un œil peut apparaître étape par étape,
- 21:36 étape simple en étape simple, petit à petit.
- 21:39 C'est plus le mystère que ça a pu être pour nos ancêtres.
- 21:42 Moi, ce qui me fascine après dans le vivant,
- 21:45 c'est que je trouve qu'on a eu beaucoup de travaux qui ont montré
- 21:47 à quel point les choses pouvaient se développer rapidement,
- 21:49 des caractères particuliers se développaient à différents endroits.
- 21:52 La coévolution, c'est assez fantastique de voir que la pression naturelle
- 21:57 arrive à faire émerger des caractéristiques similaires
- 21:59 dans des environnements juste en sélectionnant des mutations aléatoires.
- 22:02 C'est quand même assez fascinant de voir à quel point ça marche,
- 22:05 à quel point ça a été validé par des tas et des tas d'expériences naturelles.
- 22:10 Le mot que vous avez employé là qui est émergé,
- 22:13 il est sympa parce qu'il peut avoir plein de sens différents ce mot,
- 22:17 mais je pense que le sens que vous utilisez là signifie qu'en réalité,
- 22:22 la sélection telle qu'on la comprend aujourd'hui,
- 22:25 celle de Darwin, n'est pas une source de variété.
- 22:29 C'est plutôt une source de sélection, à savoir que la variété existe,
- 22:33 même en nous, même dans les autres animaux,
- 22:36 et il y a pas mal de choses qui ne sont pas exprimées.
- 22:40 Lorsque des contraintes arrivent, que ce soit des catastrophes
- 22:44 ou même des changements dans l'environnement,
- 22:48 des choses peuvent se retrouver à être exprimées alors qu'elles ne l'étaient pas avant.
- 22:52 Et ça, ça peut apparaître dans différents endroits un petit peu partout.
- 22:55 On commence à comprendre ce genre de phénomène et de mécanismes,
- 22:59 et moi je trouve ça très joli encore.
- 23:00 En fait, je trouve tout joli.
- 23:04 Ce que je trouve assez merveilleux et assez fascinant,
- 23:07 c'est de se dire que toute la vie sur Terre,
- 23:09 à peu près les mêmes molécules de base,
- 23:11 il y a la question de la chiralité,
- 23:13 les sucres qui sont orientés dans un sens,
- 23:15 l'ADN qui est orienté dans l'autre,
- 23:17 identique pour tout le vivant,
- 23:18 qu'on ne retrouve pas nécessairement dans la chimie interstellaire,
- 23:21 c'est-à-dire que les molécules qu'on trouve dans l'espace
- 23:23 sont beaucoup plus variées et variables que ce qu'on trouve sur Terre.
- 23:26 Quand on regarde le développement des molécules chimiques qu'on trouve sur un astéroïde,
- 23:30 on trouve vraiment tout et n'importe quoi.
- 23:31 C'est-à-dire des chaînes de carbone faites dans tous les sens,
- 23:34 n'importe comment, avec tout un tas de possibles.
- 23:36 Sur Terre, tout a été sélectionné par le vivant.
- 23:39 Le vivant vraiment sélectionne, sélectionne,
- 23:42 et on a une diversité chimique qui nous paraît énorme sur Terre.
- 23:45 Et en fait, beaucoup plus réduite.
- 23:46 Et ce que je trouve fascinant,
- 23:48 c'est que ça nous laisse penser qu'une fois que le vivant est apparu,
- 23:52 une fois qu'il a été sélectionné, d'un coup, il a tout écrasé et il est inarrêtable.
- 23:57 Et il y a une espèce de balance comme ça entre le vivant qui,
- 24:00 de toute évidence, n'apparaît pas facilement,
- 24:02 parce qu'on a du mal à le trouver dans le système solaire.
- 24:04 Donc, on se demande si c'est si facile qu'il apparaisse.
- 24:09 Et une fois qu'il apparaît, par contre,
- 24:11 le sentiment qu'il écrase tout et qu'il est quand même très résilient.
- 24:16 La Terre, elle est passée sur plus de 3 milliards d'années
- 24:19 par des phases extrêmement variées.
- 24:21 La durée du jour a changé.
- 24:23 Les climats ont drastiquement changé.
- 24:25 Et le vivant, voilà, change, s'adapte, survit.
- 24:30 Quand il s'adapte, on a toujours la mauvaise image de penser
- 24:32 qu'il s'adapte par volonté de s'adapter.
- 24:34 Oui, c'est juste comme vous l'expliquez.
- 24:36 Il y a une certaine variété du vivant.
- 24:39 Et quand il y a des goulots d'étranglement comme ça,
- 24:41 il n'y a pas grand chose qui survit, mais il y en a un petit peu.
- 24:43 Et tout de suite après, naturellement, une grande diversité qui reprend
- 24:48 et la sélection réopère, etc.
- 24:51 Il y a une espèce de mouvement comme une méduse,
- 24:54 comme un cœur qui bat comme ça.
- 24:56 Le vivant, c'est des extinctions massives, des espèces de goulots.
- 24:59 Puis ça redisperse, puis ça recommence, ça recommence.
- 25:02 Et on a l'impression que ce mouvement-là est inarrêtable.
- 25:05 Et je trouve qu'il y a un truc un petit peu antinomique
- 25:08 entre la difficulté de faire apparaître du vivant
- 25:11 et la capacité de résilience qui est là une fois qu'il apparaît.
- 25:14 Ça, c'est dans la première partie du livre,
- 25:16 je fais traverser le lecteur toutes ces étapes de la vie de notre planète.
- 25:22 Et c'est fabuleux de voir à quel point notre monde,
- 25:26 si on se projette dessus il y a quelques centaines de millions d'années,
- 25:30 c'est un monde extraterrestre complètement.
- 25:33 Merci Christophe Galfard.
- 25:34 Je rappelle la sortie de votre livre « La vie à portée de main ».
- 25:39 Et puis également, le précédent, c'était « L'univers à portée de main ».
- 25:43 Où vous parlez notamment de la question des trous noirs.
- 25:46 Merci beaucoup Tristan Rey, journaliste scientifique au Figaro.
- 25:51 À très vite pour un prochain numéro de Planétarium.
Cet entretien avec Christophe Galfard, physicien et auteur de "La vie à portée de main", explore les questions fondamentales de l'origine de la vie et sa présence potentielle dans l'univers. Galfard partage sa conviction personnelle que la vie est omniprésente, tout en soulignant que la recherche de vie ailleurs n'en est qu'à ses débuts. La discussion aborde la distinction entre le hasard et la nécessité dans l'apparition de la vie, et si l'humanité est le fruit d'un déterminisme ou d'une série de coïncidences. Le journaliste scientifique Tristan Rey met en lumière les liens étroits entre l'astrophysique et la quête des origines de la vie, citant les exoplanètes, la recherche de vie dans le système solaire et la chimie interstellaire. Galfard insiste sur l'interconnexion des disciplines scientifiques, rejetant les cloisonnements pour une compréhension globale de la nature et de la réalité. Il illustre cette interdépendance par l'exemple du Soleil, dont la lumière est essentielle à la vie terrestre, et l'origine de l'eau des océans, probablement apportée par des astéroïdes. Un point clé de l'entretien est la discussion sur les "contingences" nécessaires à l'émergence de la vie. Galfard et Rey détaillent l'importance cruciale de la formation de la Lune, résultant d'une collision avec une protoplanète nommée Théia. Cette collision a stabilisé l'axe de rotation de la Terre, créé les cycles jour-nuit et les marées, des facteurs essentiels à l'activité terrestre et à la vie telle que nous la connaissons. La conversation se tourne ensuite vers la recherche de vie extraterrestre. Galfard explique que nos outils de détection sont encore rudimentaires. Il décrit la "zone Boucle d'or" (Goldilocks zone), où l'eau liquide peut exister à la surface d'une planète. Cependant, il souligne une découverte récente et fascinante : l'existence d'océans d'eau liquide sous les surfaces glacées de lunes géantes comme Europe (autour de Jupiter) et Encelade (autour de Saturne), bien au-delà de la zone Boucle d'or. Ces océans, chauffés par l'énergie gravitationnelle des planètes géantes, pourraient abriter des formes de vie, même si la couche de glace est de plusieurs dizaines de kilomètres d'épaisseur. Galfard aborde également la théorie de l'évolution de Darwin, qu'il a choisie comme point de départ de son livre. Il explique que l'évolution permet de comprendre que les espèces changent et ont une histoire, contrairement à la vision ancestrale d'espèces fixes. Il démystifie l'argument de la complexité irréductible, comme celle de l'œil, en expliquant que les organes complexes se développent par étapes simples et successives. Il met en avant la résilience du vivant, capable de s'adapter et de se diversifier après des extinctions massives, malgré la difficulté apparente de son apparition initiale. L'entretien se conclut sur l'idée que l'humanité a constamment dû revoir sa place privilégiée dans l'univers, une leçon d'humilité scientifique.
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