🔥Santé et climat : ça chauffe !
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Cette vidéo explore le lien crucial entre le changement climatique et la santé humaine, avec les éclairages de la climatologue Valérie Masson-Delmotte et du spécialiste des maladies infectieuses Roger Legrand, abordant vagues de chaleur, maladies infectieuses, pollution et vulnérabilités.
- 0:00 L'été 2025, deux vagues de chaleur, dont une fin juin pendant le temps scolaire.
- 0:03 Donc on était beaucoup à se déplacer, à utiliser des éventails pour essayer de faire face à la chaleur.
- 0:08 Mais on peut faire mieux, on peut faire mieux par des stratégies d'adaptation face aux changements climatiques.
- 0:13 Et c'est exactement ce qu'on va aborder dans ces échanges.
- 0:22 Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette nouvelle vidéo.
- 0:25 Alors aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un enjeu majeur,
- 0:28 le lien entre changement climatique et santé humaine.
- 0:31 Vagues de chaleur, pollution, maladie, derrière les courbes de température,
- 0:34 ce sont des humains et des systèmes de santé qui doivent s'adapter.
- 0:37 Et donc pour en discuter, j'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui deux invités.
- 0:41 Nous avons d'un côté Valérie Masson-Delmotte, tu es climatologue au CEA,
- 0:45 coprésidente du groupe de travail 1 du GIEC de 2015 à 2023.
- 0:49 Tu es une voix majeure de la recherche sur les bases physiques du changement climatique.
- 0:53 Bonjour et merci d'être avec nous.
- 0:54 Merci de l'invitation.
- 0:56 Roger Legrand, tu es spécialiste des maladies infectieuses humaines au CEA,
- 1:00 membre du COVARS, le comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires
- 1:04 pour conseiller les ministères de la santé et de la recherche.
- 1:07 Merci d'être avec nous.
- 1:07 Merci beaucoup, très heureux du travail de vous.
- 1:09 Alors pour commencer, on le voit depuis plusieurs décennies,
- 1:12 les observations sont assez claires.
- 1:14 La planète se réchauffe et chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences.
- 1:19 Les rapports du GIEC montrent que les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes,
- 1:23 plus intenses, plus longues, avec une mortalité accrue,
- 1:25 notamment chez les plus fragiles, personnes âgées, nourrissons,
- 1:28 personnes malades, travailleurs exposés, etc.
- 1:30 Valérie, pour commencer, est-ce que tu peux peut-être nous rappeler
- 1:34 les grandes lignes du diagnostic scientifique
- 1:37 et à quel point le réchauffement est aujourd'hui sans équivoque ?
- 1:40 Oui, bien sûr.
- 1:41 Et donc, depuis les années 60, on a commencé à comprendre
- 1:44 à quel point les activités humaines, en brûlant des énergies fossiles,
- 1:47 mais aussi par la déforestation, ajoutent des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
- 1:51 notamment du CO2, qui piègent de la chaleur.
- 1:53 Et entre les années 60 et 80, on avait déjà compris
- 1:58 que ça conduisait à une accumulation de chaleur,
- 2:01 à un réchauffement qui était déjà observé,
- 2:03 et que ça allait amplifier un ensemble de caractéristiques.
- 2:08 Et c'est ce que moi j'appelle l'attribution.
- 2:10 Les sciences de l'attribution, c'est des sciences du climat
- 2:13 qui permettent de comprendre les causes des changements observés.
- 2:15 Donc, sur l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
- 2:19 aucun doute, c'est établi depuis les années 60.
- 2:21 Et puis, à l'aide de carottage dans les glaces
- 2:23 et de l'analyse des bulles d'air piégées dans les glaces,
- 2:25 on a pu montrer que cette augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
- 2:30 due aux activités humaines, elle est inédite à l'échelle de plus de 800 000 ans.
- 2:33 Ensuite, l'attribution par rapport au réchauffement,
- 2:36 ça a été établi dans les années 90, c'est-à-dire le climat lui-même fluctue.
- 2:40 Il peut réagir à l'activité du soleil ou des volcans.
- 2:42 Et puis, il y a l'éléphant dans la pièce, les activités humaines.
- 2:46 Et à partir de méthodes objectives, rigoureuses,
- 2:48 on a pu démontrer que le réchauffement est dû aux activités humaines.
- 2:51 Aujourd'hui, on en est, en 2024, fin 2024,
- 2:55 dans un monde 1,36 degré plus chaud,
- 2:58 dû aux conséquences des activités humaines par rapport au climat pré-industriel.
- 3:02 Et puis, plus récemment, ces travaux d'attribution,
- 3:06 ils ont permis de montrer, en fait, dans un climat qui se réchauffe,
- 3:08 à quel point les émissions de gaz à effet de serre dopent des événements extrêmes,
- 3:13 donc rendent plus probables, plus intenses des vagues de chaleur,
- 3:16 des sécheresses agricoles, des épisodes de pluie extrêmes.
- 3:19 Et c'est ces événements qui, en plus des tendances graduelles,
- 3:22 pèsent pour beaucoup de dimensions, dont la santé.
- 3:25 Et à quel point chaque petit incrément de réchauffement supplémentaire
- 3:29 va amplifier ces impacts, justement ?
- 3:31 Alors, le réchauffement, il est amplifié au-dessus des continents,
- 3:34 il est amplifié pour les vagues de chaleur.
- 3:36 Et donc, entre, par exemple, le monde d'aujourd'hui
- 3:38 et un monde 2 degrés plus chaud, qui est possible vers 2050,
- 3:42 c'est une trajectoire sur laquelle on se place pour l'instant,
- 3:46 compte tenu des efforts qui ont été accomplis,
- 3:47 mais qui ne sont pas encore suffisants pour arriver à limiter le réchauffement à un niveau plus bas.
- 3:51 Ça veut dire, par exemple, dans l'Hexagone,
- 3:54 5 fois plus de vagues de chaleur à horizon 2050.
- 3:57 Ça veut dire aussi, par exemple, à Paris,
- 3:59 la possibilité, à l'avenir, d'atteindre, vers 2050,
- 4:03 sur les événements les plus extrêmes, jusqu'à 50 degrés de température.
- 4:07 Et on voit bien à quel point des températures à ce niveau-là
- 4:10 posent des risques pour la santé, puis aussi pour des infrastructures critiques.
- 4:14 C'est aussi, en fait, un mois en métropole, par exemple,
- 4:16 un mois de sécheresse des sols de plus, en été.
- 4:20 Donc, des tensions sur les ressources en eau,
- 4:22 qui peuvent affecter la disponibilité en eau ou la qualité de l'eau.
- 4:26 C'est aussi 10% de plus sur l'intensité des pluies extrêmes.
- 4:29 Donc, des événements de pluie extrême qui vont être plus présents et plus intenses.
- 4:33 Et puis, souvent, on en parle moins,
- 4:35 mais chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire,
- 4:37 il va aussi acter des conséquences à plus long terme inéluctables.
- 4:40 Parce que le gros de la chaleur rentre dans l'océan qui gonfle,
- 4:43 et puis les glaciers vont s'ajuster graduellement au réchauffement.
- 4:46 Les glaciers, puis les glaces du Groenland, de l'Antarctique.
- 4:48 Et donc, chaque incrément de réchauffement immédiat supplémentaire,
- 4:52 ça va acter des dizaines de centimètres de montée
- 4:55 du niveau de la mer supplémentaire à plus long terme.
- 4:57 Et donc, on va voir aussi comment ces hausses des températures
- 4:59 touchent la santé humaine.
- 5:01 Toi, Roger, tu es spécialiste des maladies infectieuses.
- 5:03 Et justement, à partir de quand, peut-être, tu as commencé à voir
- 5:06 que le climat commençait à paraître comme un facteur incontournable dans tes travaux ?
- 5:11 Tout comme Valéry, je vais remonter aux années 90.
- 5:14 J'étais jeune vétérinaire à l'époque, c'est ma formation initiale.
- 5:19 Et donc, est apparue une maladie chez les moutons qui s'appelle la fièvre catarale,
- 5:26 qui est transmise par un moucheron de la famille des Culicoïdés.
- 5:30 Et cette fièvre catarale est sortie de son endroit endémique habituel,
- 5:34 du sud de la Méditerranée, vers les pays du nord,
- 5:38 la France et les Pays-Bas,
- 5:41 et apparaître ces nouvelles épidémies graves pour les moutons.
- 5:44 Donc, ça, c'est vraiment le moment pour toi où tu t'es dit
- 5:47 le climat change vraiment la donne ou il y en a eu d'autres ?
- 5:49 Alors, c'est le moment où la relation entre réchauffement climatique
- 5:54 et une distribution différente, migration des moucherons
- 5:58 et impact sur les moutons était évidente.
- 6:00 Et puis, bien entendu, ensuite, c'est celle que vous connaissez,
- 6:03 donc les émergences dues aux arbovirus,
- 6:07 donc le chikungunya, la dengue, qui s'est répandue du fait de l'extension
- 6:13 des territoires des moustiques, des vecteurs qui le transmettent.
- 6:17 Et cette extension est en grande partie liée au réchauffement climatique.
- 6:21 Alors, ces événements extrêmes dont on vient de parler,
- 6:23 on les observe désormais chaque année.
- 6:25 Ils traduisent une pression croissante sur nos corps,
- 6:27 nos sociétés et nos systèmes de santé.
- 6:29 Tout à l'heure, Valérie, on parlait du fait que
- 6:31 chaque crément de réchauffement supplémentaire va amplifier
- 6:34 ses caractéristiques climatiques.
- 6:35 Et ce n'est pas seulement une idée abstraite,
- 6:37 puisqu'à chaque dixième de degré en plus,
- 6:38 on voit des vagues de chaleur plus fréquentes,
- 6:40 une pollution de l'air qui va s'aggraver,
- 6:42 des ressources en eau qui vont se modifier.
- 6:43 Et ça se traduit par des effets bien réels sur, notamment, la santé humaine.
- 6:47 Donc ça, on va avoir des stress thermiques,
- 6:48 déshydratation, maladies respiratoires, infectieuses, malnutrition
- 6:52 et aussi des troubles psychiques, on va en parler.
- 6:54 Il y a toute une chaîne de mécanismes qui relient le climat à nos corps
- 6:57 et ses impacts qui touchent d'abord les plus vulnérables.
- 6:59 Et pour nous expliquer ça, tu nous as ramené un petit objet un peu insolite.
- 7:03 J'ai envie de dire, est-ce que peut-être tu peux nous expliquer
- 7:06 justement comment ça se traduit concrètement sur la santé, tout ça ?
- 7:09 Oui, en fait, j'ai amené des matrioshkas.
- 7:12 En fait, c'est ces petites poupées qui s'insèrent les unes dans les autres.
- 7:15 Alors, je vais les sortir juste rapidement,
- 7:17 parce que c'est pour illustrer ce que je veux dire.
- 7:19 Donc, ce que l'on voit, en fait, là,
- 7:21 c'est une représentation de différentes générations successives.
- 7:24 Donc, des grands-mères, des mamans et des petits-enfants.
- 7:30 Et j'ai choisi de montrer cela parce que la question du changement climatique
- 7:34 fait que selon le moment où on est né,
- 7:36 on va être exposé, selon notre âge,
- 7:38 de différentes manières à ces caractéristiques climatiques.
- 7:40 Donc, par exemple, dans le climat d'aujourd'hui,
- 7:42 la prise de conscience de la gravité des risques pour la santé,
- 7:45 si on prend le cas de la France,
- 7:47 c'est né avec notamment la canicule de 2003,
- 7:49 qui a entraîné une très forte surmortalité avec des effets liés à la chaleur.
- 7:53 On n'était pas prêts, il n'y avait pas d'alerte.
- 7:54 Et avec des effets aussi liés à la dégradation de la qualité de l'air,
- 7:57 pipe d'ozone, pendant cet épisode chaud.
- 7:59 Et on sait aujourd'hui que les personnes plus âgées
- 8:02 sont plus fragiles par rapport à la chaleur, notamment les femmes âgées.
- 8:05 On sait également que ceux qui travaillent en extérieur,
- 8:07 plutôt des hommes, sur le bâtiment,
- 8:10 les travailleurs saisonniers agricoles aussi,
- 8:12 eux, sont exposés de manière disproportionnée.
- 8:14 Et puis, il y a des vulnérabilités toutes particulières
- 8:17 pour la santé maternelle, les femmes enceintes, par exemple,
- 8:19 et les enfants.
- 8:20 Donc, pendant la grossesse, la chaleur peut augmenter
- 8:23 les naissances prématurées ou les petits poids de naissance.
- 8:26 Et puis, les enfants sont particulièrement fragiles
- 8:28 simplement par leur corps plus exposé à la chaleur
- 8:31 ou au risque de déshydratation, par exemple.
- 8:33 Quand je parle des enfants, je pense aussi
- 8:36 à une des caractéristiques du climat qui change,
- 8:37 qui fait que la saison de croissance des plantes augmente.
- 8:40 Et du coup, on peut avoir davantage d'allergènes, de pollens,
- 8:43 sources d'allergies, qui sont pour lesquelles
- 8:46 les enfants peuvent être particulièrement exposés.
- 8:47 Donc, on voit qu'il y a des effets multiples, directs, indirects.
- 8:50 Et les enfants qui naissent aujourd'hui,
- 8:52 tout au long de leur vie, tout au long de ce siècle,
- 8:53 ils vont être exposés d'une manière disproportionnée
- 8:56 et cumulative par rapport aux générations,
- 8:58 ma génération ou celle d'avant, à des extrêmes chauds,
- 9:00 à des périodes de difficulté d'approvisionnement en eau
- 9:04 ou à des événements de pluie extrême.
- 9:06 Alors, il n'y a pas qu'en France, c'est partout dans le monde.
- 9:08 Et ces épisodes de manque d'eau ou de pluie extrême,
- 9:11 ça peut dégrader la qualité de l'eau.
- 9:13 Ça peut introduire des pathogènes dans l'eau.
- 9:16 Ça peut aussi jouer par le fait que le changement climatique,
- 9:19 il va affecter la production agricole.
- 9:21 Les agriculteurs, ils sont en première ligne.
- 9:23 Et par les chocs de production, ça peut augmenter les prix.
- 9:26 Par exemple, le prix de l'huile d'olive, le prix du café,
- 9:28 le prix du cacao, pour donner quelques exemples.
- 9:30 Et ça, ça peut saper la capacité des familles
- 9:33 à acheter une alimentation saine et diversifiée.
- 9:36 Et du coup, c'est aussi un facteur qui peut peser sur la santé
- 9:39 par rapport à cette insécurité alimentaire,
- 9:41 par rapport à une perte de qualité nutritive de l'alimentation.
- 9:45 Et les enfants, en fait, ils sont très, très fragiles.
- 9:47 D'où l'importance de tenir compte de ces dimensions-là,
- 9:50 dans la manière dont on voit ce qu'est le changement climatique
- 9:53 et d'en tenir compte pour avoir des réponses
- 9:56 de sorte à réduire ces vulnérabilités et à protéger
- 9:59 toutes les personnes les plus fragiles.
- 10:00 Alors, en dehors de tout ça, il y a aussi tout ce qui gravite
- 10:03 et circule autour de nos corps rougés,
- 10:05 par exemple les moustiques, les tiques, les virus, les bactéries.
- 10:08 Du côté biomédical, est-ce que tu as des exemples concrets
- 10:11 de maladies ou de vecteurs qui se déplacent,
- 10:14 qui sont bousculés, justement, avec ce réchauffement ?
- 10:16 Donc, on a parlé tout à l'heure des maladies liées
- 10:18 aux moustiques tigres, donc le virus chikungunya,
- 10:22 le virus de la dengue, le virus de la fièvre jaune
- 10:25 sont tout autant de virus que porte ce moustique.
- 10:27 Sa nouvelle répartition déplace nécessairement
- 10:30 l'évolution des populations à risque et des facteurs de la maladie.
- 10:36 Mais prenons par exemple la grippe aujourd'hui
- 10:39 et la menace de la grippe aviaire qui viendrait des oiseaux.
- 10:43 Le réchauffement climatique, aujourd'hui,
- 10:45 se traduit par une réduction des points d'eau
- 10:48 dans lesquels les oiseaux sauvages viennent s'abreuver lors des migrations.
- 10:53 C'est eux qui transportent le virus d'un continent à l'autre, entre autres,
- 10:57 et c'est parce qu'il y a réduction à l'eau qu'il y a une faune sauvage
- 11:00 qui est beaucoup plus concentrée, donc plus en proximité,
- 11:03 et passage possible de la maladie des oiseaux
- 11:07 à des petits mammifères sauvages ou des plus grands mammifères sauvages,
- 11:10 voire même ultérieurement à des mammifères domestiques et puis à l'homme.
- 11:14 Donc cet effet de confrontation du fait du changement climatique
- 11:19 et du changement de route des migrations
- 11:22 fait qu'on est aujourd'hui dans une situation de risque accru pour la grippe aviaire.
- 11:28 Il y a vraiment un lien entre perte de biodiversité,
- 11:30 fragmentation des habitats, etc.,
- 11:32 et transmission de pathogènes vers la santé humaine.
- 11:35 C'est ce qu'on appelle aussi les zoonoses.
- 11:37 Les zoonoses, ce sont les maladies qui sont transmises des animaux à l'homme.
- 11:41 C'est tout de même 70% des maladies infectieuses aujourd'hui
- 11:45 qui sont communes à l'homme et l'animal.
- 11:47 Et donc tout rapprochement, toute absence de barrière va faciliter ce transfert.
- 11:53 Et la biodiversité, en réalité, nous protège.
- 11:57 C'est-à-dire que plus il y a des éléments de transmission
- 12:01 qui sont plus sensibles que d'autres,
- 12:03 donc ceux qui sont moins sensibles constituent des barrières
- 12:07 au passage du virus d'un individu à l'autre.
- 12:10 Si ces éléments qui sont plus résistants à la barrière diminuent,
- 12:16 ça ouvre la voie à une transmission plus forte à d'autres barrières.
- 12:20 Un autre élément qui rejoint ce que disait Valéry sur les allergies,
- 12:27 il y a un lien aujourd'hui qui est identifié entre le réchauffement climatique,
- 12:33 les changements d'alimentation et les changements de microbiote.
- 12:37 Vous savez que l'organisme humain, comme beaucoup d'autres organismes,
- 12:41 en fait, vit en soi un écosystème.
- 12:45 Nous vivons avec des bactéries, avec des virus,
- 12:49 avec lesquels nous sommes interdépendants,
- 12:50 donc qui apportent des facteurs de nutriments,
- 12:53 qui apportent des facteurs de protection.
- 12:56 Ces changements de microbiote qui apparaissent dès le plus jeune âge
- 13:01 pourraient favoriser les émergences des allergies.
- 13:05 On a entendu parler aussi de fonte du permafrost
- 13:09 avec ce réchauffement, de potentielle réémergence de très anciens virus.
- 13:13 Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur ces nouveaux risques ?
- 13:16 Est-ce que c'est un scénario plausible ou ça reste assez long ?
- 13:21 C'est certainement un scénario plausible.
- 13:24 En revanche, il est très difficile aujourd'hui d'évaluer le niveau de risque que ça représente.
- 13:30 On sait que dans cet RGD,
- 13:37 il y a l'archivage de pathogènes, de virus qui ont disparu ou plus ou moins disparu,
- 13:43 qui pourraient réémerger.
- 13:44 On pense à la variole, par exemple, qui a disparu dès la planète.
- 13:47 Elle a été éradiquée par la vaccination.
- 13:50 Et aujourd'hui, la population la plus jeune n'a pas été vaccinée.
- 13:58 Elle est plus vulnérable à l'émergence de ces pathogènes.
- 14:02 Et si la variole venait à ressurgir d'éléments congelés,
- 14:08 ça pourrait être un risque sanitaire important.
- 14:11 Mais ça reste encore des scénarios relativement hypothétiques aujourd'hui.
- 14:16 Et peut-être je peux rajouter que par demi-degré de réchauffement supplémentaire,
- 14:20 on peut perdre environ un quart des sols velés sur plusieurs mètres en Arctique.
- 14:24 Donc c'est tout à fait important.
- 14:26 Les rapports scientifiques le répètent.
- 14:27 Les impacts vont s'aggraver avec la poursuite de ce réchauffement.
- 14:30 Mais il existe des leviers puissants d'action pour s'adapter et protéger cette santé.
- 14:36 Adapter, ça veut dire renforcer les systèmes de santé, améliorer la prévention,
- 14:40 la formation, la résilience des infrastructures et l'accès équitable aux soins.
- 14:44 Mais ça veut aussi dire fonder les politiques publiques sur des données scientifiques,
- 14:48 les évaluer, les ajuster et agir au niveau des territoires, des plans canicules,
- 14:53 des verdissements urbains, des îlots de fraîcheur,
- 14:55 anticipation des vagues de chaleur et des pics de pollen allergène.
- 14:59 Valérie, est-ce que tu penses qu'on a encore des leviers d'action ?
- 15:02 Et si oui, lesquels concrètement du point de vue de la santé ?
- 15:05 Oui, alors pour les risques climatiques, dont ceux pour la santé, la première chose,
- 15:08 le premier levier d'action, c'est réduire les émissions de gaz à effet de serre
- 15:12 pour limiter l'ampleur du réchauffement, les multiples caractéristiques,
- 15:16 puis aussi se donner plus de marge de manœuvre pour l'adaptation.
- 15:19 Parce que c'est plus « faisable » dans des plages de réchauffement plus faibles.
- 15:24 Ça, c'est le premier volet.
- 15:25 Donc on disait, chaque incrément de réchauffement compte,
- 15:27 chaque tombe de CO2 évitée compte en fait, de ce point de vue-là.
- 15:30 Et ensuite, l'adaptation, elle prend plusieurs dimensions.
- 15:33 Le premier volet, c'est bien comprendre où sont les vulnérabilités.
- 15:36 Parce que finalement, les risques climatiques, c'est le résultat des aléas,
- 15:40 les facteurs climatiques générateurs d'impact dont je parlais tout à l'heure,
- 15:43 comme les extrêmes chauds et le reste.
- 15:45 De l'exposition à ces aléas peut être exposée de manière différente à la chaleur,
- 15:50 selon l'endroit où on vit par exemple.
- 15:51 Et ensuite, des vulnérabilités.
- 15:54 Les vulnérabilités, ça peut être celle des infrastructures.
- 15:57 Par exemple, si on ne peut pas accéder à un hôpital quand il y a une inondation,
- 16:02 sur les trajets entre là où vivent les gens et les hôpitaux,
- 16:05 c'est un facteur de vulnérabilité énorme en fait.
- 16:08 Et puis, il y a aussi des vulnérabilités par rapport à l'état de santé,
- 16:12 aux inégalités de santé qui sont déjà là, dont il faut tenir compte.
- 16:16 Et quand on réfléchit à l'adaptation au changement climatique,
- 16:19 finalement, il y a plusieurs grades.
- 16:22 Il y a d'abord l'alerte.
- 16:23 Donc, faire une alerte précoce quand on annonce, d'un point de vue météorologique,
- 16:28 un événement extrême, une canicule ou bien des pluies intenses,
- 16:32 ça permet de se préparer.
- 16:34 Ça permet de mettre à l'abri des personnes, notamment les plus fragiles,
- 16:38 dans des espaces rafraîchis par exemple, pour les personnes âgées.
- 16:41 Et ça, on sait que ça limite les risques, ça a une efficacité.
- 16:45 Le deuxième volet, c'est quand on est touché par un événement extrême
- 16:48 auquel on était mal préparé et que ça entraîne des dommages importants.
- 16:52 Donc là, c'est la gestion de crise.
- 16:54 On va en tirer des leçons.
- 16:56 Je vais prendre un exemple.
- 16:57 Dans un climat qui se réchauffe, ça augmente la proportion
- 17:01 des cyclones tropicaux les plus intenses.
- 17:04 On a vu à Mayotte, on a vu récemment à la Jamaïque,
- 17:07 que les établissements de santé ont été touchés.
- 17:10 La leçon qu'on peut en tirer, c'est faire en sorte que les toits,
- 17:14 les fenêtres des établissements de santé soient mieux dimensionnés,
- 17:18 de sorte à ce que ce soit des endroits protégés,
- 17:21 pour ne pas avoir à évacuer des femmes au moment de leur accouchement,
- 17:24 quasiment des nouveau-nés, ce qui a été le cas récemment.
- 17:27 Donc là, c'est tirer les leçons des crises et faire en sorte
- 17:30 que ces espaces soient mieux aménagés et soient plus résistants à l'avenir.
- 17:35 Et puis après, il y a ce qu'on appelle l'adaptation par anticipation.
- 17:38 Donc pas simplement après coup, mais par anticipation pour éviter des crises.
- 17:43 Et donc là, ça veut dire comment à chaque endroit, dans chaque territoire,
- 17:47 on va construire des chemins d'adaptation.
- 17:49 Et un chemin d'adaptation, c'est on va déployer différents leviers d'action dans le temps.
- 17:53 Certains vont bien marcher à court terme, moins bien à long terme.
- 17:56 Et donc, on a à construire ces trajectoires-là.
- 17:58 Par exemple, des espaces rafraîchis avec la climatisation ou des réseaux de froid,
- 18:02 c'est important pour des personnes particulièrement fragiles
- 18:05 qui ont besoin de se reposer la nuit,
- 18:08 parce que sinon, il y a un épuisement.
- 18:09 Ça peut être des pratiques au travail.
- 18:11 Les gens qui travaillent en extérieur, en atmosphère chaude au moment des vagues de chaleur,
- 18:15 il faut des espaces rafraîchis pour que le corps, les organes puissent tenir le choc, je dirais.
- 18:21 Et puis après, il y a comment on améliore le confort thermique des bâtiments,
- 18:25 faire en sorte qu'en été, on puisse bien ombrager, rafraîchir, faire des courants d'air.
- 18:31 Et ça, c'est la rénovation des bâtiments.
- 18:34 Et puis ensuite, les villes, elles aggravent les effets des vagues de chaleur par les îlots de chaleur.
- 18:39 La forme, les matériaux qui captent la chaleur la restituent.
- 18:43 Paris, c'est le pire exemple.
- 18:45 Et donc du coup, pour arriver à rafraîchir les villes, on peut mettre des ombrages.
- 18:50 Ce qui marche bien, c'est mettre de la végétation ou des espaces d'eau
- 18:54 qui vont, par l'évaporation et la transpiration, rafraîchir en surface.
- 18:58 On peut travailler sur la ventilation, les courants d'air, par exemple,
- 19:01 pour les cheminements piétons ou à vélo dans les villes.
- 19:04 Et donc ça, c'est vraiment une planification à faire dans la durée,
- 19:08 entre ce qu'on peut déployer à court terme et puis à plus long terme.
- 19:11 Et il y a des volets d'adaptation qui ont plein d'effets indésirables,
- 19:15 qui vont émettre plus de gaz à effet de serre, qui peuvent être injustes, coûteux.
- 19:19 Et puis, il y a des volets d'adaptation qui ont plein de bénéfices,
- 19:22 par exemple pour la biodiversité, pour la qualité de vie quand on verdit les villes,
- 19:27 la santé, le bien-être, ou bien qui permettent d'ajouter du stockage de carbone.
- 19:32 Et donc là, en fait, c'est ces options-là qui sont à privilégier
- 19:35 parce qu'elles ont plus de bénéfices que d'autres.
- 19:38 Et alors, pour anticiper ces risques avant qu'ils ne deviennent des crises,
- 19:41 toi, Roger, au CEA, comment tu travailles sur cette compréhension
- 19:45 justement des maladies infectieuses ?
- 19:47 Concrètement, comment tu fais le lien avec le climat et tes travaux ?
- 19:52 C'est un parallèle très fort avec ce qu'a dit Valérie
- 19:57 sur l'ensemble des moyens à mettre en place pour se préparer
- 20:01 aux impacts du changement climatique.
- 20:04 Il y a différents niveaux.
- 20:06 Le premier niveau est une compréhension de l'évolution des écosystèmes,
- 20:12 de l'évolution de l'écologie des maladies infectieuses.
- 20:14 Et c'est de se projeter pour voir sur quelles cibles
- 20:18 faut-il s'acharner pour essayer de prévenir.
- 20:21 Et donc, par la vaccination, par des traitements,
- 20:24 par des mesures sanitaires diverses et typiquement aujourd'hui,
- 20:28 l'OMS a mis en place une feuille de route qui s'appelle
- 20:33 la préparation en moins de 100 jours aux émergences
- 20:37 avec l'identification du pathogène X.
- 20:39 C'est-à-dire qu'on ne connaît pas ce pathogène,
- 20:41 mais qu'on essaie d'imaginer, pour lequel on a plusieurs scénarios possibles,
- 20:45 donc X1, X2, X3, X4, auxquels on développe des mesures,
- 20:49 des contre-mesures adaptées à ce nouveau pathogène
- 20:52 de manière à les préparer en amont et pouvoir les déployer
- 20:56 très rapidement, en quelques mois ou quelques semaines, si c'est possible.
- 21:00 Et donc, au CEA, dans nos laboratoires,
- 21:03 on travaille sur ces stratégies d'immunisation, de vaccination,
- 21:07 par exemple, en essayant effectivement de développer celles
- 21:11 qui ont ces facteurs d'adaptation possibles.
- 21:14 C'est aussi, de notre point de vue, mieux comprendre les maladies.
- 21:18 Et mieux comprendre les maladies, en fait, c'est aller plus loin.
- 21:21 C'est mieux comprendre les facteurs de susceptibilité à la maladie.
- 21:24 On est inégaux tous face aux pathogènes.
- 21:28 Quand on s'infecte, on ne développe pas nécessairement une maladie sévère,
- 21:30 mais d'autres développent une maladie très sévère.
- 21:34 L'exemple de la Covid-19 a été très marquant là-dessus.
- 21:38 Et donc, comprendre les facteurs physiologiques qui fait que,
- 21:41 eh bien, on est plus sensible parce qu'on a un diabète,
- 21:45 parce qu'on yait, parce que certains facteurs chez les jeunes
- 21:49 rendent cette susceptibilité.
- 21:51 Et donc, essayer de les comprendre par des approches moléculaires,
- 21:55 par des approches génétiques, par des approches de compréhension
- 22:01 des mécanismes d'interaction du système immunitaire.
- 22:05 Et donc, tout ça, ça fait un ensemble de données qu'il faut traiter
- 22:08 pour lequel on a besoin des nouveaux outils d'IA,
- 22:10 à intégrer de manière à pouvoir les ordonnancer, les classifier,
- 22:15 les identifier, puis développer des modèles qui nous permettent
- 22:20 de se dire, eh bien, voilà, tel type d'individu va être plus susceptible
- 22:24 ou moins susceptible de ce point de vue-là.
- 22:26 Donc, on va même vers une médecine dite aujourd'hui
- 22:29 ou une prévention personnalisée, c'est-à-dire pour chaque individu,
- 22:33 on devrait pouvoir identifier avec ces méthodes-là assez rapidement.
- 22:38 S'ils sont plus sensibles à un pathogène ou un autre.
- 22:40 Et là, pour le coup, développer les mesures de prévention et de protection
- 22:45 en sachant que le climat va nécessairement aggraver tous ces phénomènes-là.
- 22:49 Donc, il y a une interdépendance de tous ces éléments-là avec le climat
- 22:54 qui vient s'attarder, qui va être interdépendant des facteurs d'âge,
- 22:56 qui va être interdépendant des facteurs liés à la pollution,
- 22:59 qui va être interdépendant des facteurs liés à l'isolement,
- 23:04 aux problèmes de santé mentale.
- 23:05 Oui, et puis moi, je peux ajouter qu'en fait, on a vraiment un développement
- 23:08 de recherche vraiment interdisciplinaire ou transdisciplinaire,
- 23:10 d'ailleurs avec différentes formes de participation.
- 23:13 Parce que du côté des sciences du climat, finalement, la question qui est posée,
- 23:17 c'est qu'est-ce qu'on peut aller mobiliser dans nos domaines à nous,
- 23:20 qui sont les projections climatiques futures, globales, régionales,
- 23:23 tous ces facteurs climatiques dont on sait qu'ils peuvent être générateurs d'impact.
- 23:26 Quelle peut être l'information utile pour les spécialistes de la santé ?
- 23:30 On parlait tout à l'heure du déplacement des airs climatiques.
- 23:32 Je parlais plutôt de la chaleur, mais il y a les combinaisons chaleur-humidité
- 23:35 qui jouent beaucoup et souvent le besoin de connaissances fines à l'échelle plus locale.
- 23:39 Donc, c'est aussi quelque chose qui fait avancer les sciences du climat,
- 23:42 de répondre aux demandes de spécialistes de la santé et d'aller chercher des connaissances
- 23:47 qu'aujourd'hui, on n'a pas complètement sur les évolutions à venir, notamment.
- 23:51 Je pense qu'un exemple qui me frappe,
- 23:53 moi aussi, on a parlé plutôt du côté atmosphère continentale,
- 23:56 mais les vagues de chaleur marine, elles augmentent fortement
- 23:59 pour chaque incrément de réchauffement supplémentaire,
- 24:02 notamment en Méditerranée, où on pourrait aller vers 2050 à 100 nuits chaudes par an,
- 24:08 c'est-à-dire vraiment des enjeux de repos nocturne pour les organismes.
- 24:12 Récemment, en Australie, il y a eu des vagues de chaleur marine
- 24:15 associées à des blooms d'algues toxiques qui émettent des neurotoxines particulières.
- 24:21 C'est exactement ce que tu décrivais, c'est-à-dire une émergence d'un pathogène
- 24:25 auquel une partie de la population a été exposée.
- 24:28 Et ça montre qu'il y a aussi l'effet de ce qui se passe dans l'océan,
- 24:32 donc les écosystèmes marins, dans un climat qui se réchauffe,
- 24:36 qu'on a besoin de mieux comprendre pour apporter des réponses et être mieux préparé.
- 24:40 Je peux peut-être compléter le propos de Valérie sur le fait que,
- 24:44 de plus en plus, et de manière quasi obligatoire maintenant,
- 24:48 nous intégrons les sciences sociales et humaines dans nos propres recherches
- 24:52 de biologie moléculaire, sur le climat, voire d'autres éléments.
- 24:55 Pourquoi ? Parce que non seulement il faut comprendre les facteurs d'émergence et autre chose,
- 25:00 mais surtout, c'est que lorsqu'on va appliquer des contre-mesures,
- 25:03 proposer des nouvelles technologies pour que la population se protège,
- 25:08 il faut que ces technologies, ces mesures soient acceptées, soient comprises,
- 25:12 soient mises en œuvre par les populations.
- 25:15 Et là, il y a souvent un obstacle important, par manque d'accès à la connaissance,
- 25:21 par manque de confiance dans ce qu'on peut leur proposer.
- 25:24 Et donc, il est très important, en amont de nos travaux de recherche,
- 25:27 de pouvoir anticiper le produit final qui va être le mieux accepté
- 25:32 pour être le plus efficace dans les mesures de prévention.
- 25:35 Les actions pour limiter le réchauffement ne sont pas seulement bonnes pour le climat.
- 25:39 On l'a vu, les actions sont aussi là pour atténuer le changement climatique
- 25:43 et qui ont des co-bénéfices majeurs pour la santé.
- 25:46 Mais ces transformations, elles peuvent réussir que si elles sont aussi justes.
- 25:49 On va parler de justice sociale et d'équité qui sont au cœur de cette transition.
- 25:54 Les plus vulnérables, comme tu le disais, sont les plus touchés
- 25:57 et donc ils doivent être aussi les premiers protégés.
- 25:59 Il ne faut pas oublier les aspects de santé mentale.
- 26:02 Donc, il y a l'anxiété, perte de repère, sentiment d'impuissance face aux catastrophes,
- 26:07 besoin de soutien psychologique aussi.
- 26:09 Valérie, selon toi, les actions pour le climat, ce sont aussi des actions pour la santé.
- 26:14 Est-ce que tu peux nous donner quelques exemples très concrets ?
- 26:17 Oui, tout à fait.
- 26:19 Quand on regarde les actions qui permettent de protéger le système climatique
- 26:22 en réduisant les émissions de gaz à effet de serre,
- 26:25 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, on peut regarder ce qui pèse le plus.
- 26:30 Ce qui pèse le plus, c'est le fait de brûler des énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz.
- 26:34 Que ce soit dans des centrales thermiques ou que ce soit par le chauffage ou le transport,
- 26:42 cette combustion d'énergie fossile, à la fois, elle réchauffe le climat
- 26:45 puis elle émet un ensemble de polluants dans l'atmosphère.
- 26:48 Et donc, y substituer des technologies propres,
- 26:52 on peut donner l'exemple des pompes à chaleur pour le chauffage
- 26:54 ou l'exemple des véhicules électriques pour les mobilités,
- 26:57 ça réduit les émissions de polluants, notamment autour des grands axes routiers ou dans les villes.
- 27:03 Et ça, c'est vraiment quelque chose qui améliore la santé publique de manière spectaculaire.
- 27:07 On comprend d'ailleurs de mieux en mieux à quel point la pollution de l'air
- 27:11 pèse très lourdement sur beaucoup d'aspects de santé.
- 27:15 L'autre exemple que je veux donner, c'est dans des facteurs qui jouent sur le réchauffement,
- 27:20 donc les émissions de gaz à effet de serre, il y a le système alimentaire.
- 27:23 C'est à peu près un tiers des émissions de gaz à effet de serre,
- 27:26 depuis la production à la consommation et aux déchets dans l'ensemble.
- 27:30 Et bien, en fait, ce qui est intéressant, c'est que les guides nutritionnels,
- 27:33 c'est-à-dire les recommandations de ce qu'on mange pour vivre longtemps et en bonne santé,
- 27:38 c'est ce qui permet de réduire l'empreinte environnementale de l'alimentation.
- 27:42 Donc une alimentation diversifiée, plus de protéines végétales
- 27:45 quand on mange trop de protéines animales, des fruits et des légumes,
- 27:50 des légumineuses nutritives de saison, des choses comme ça.
- 27:55 C'est ce qui permet de réduire l'empreinte environnementale.
- 27:57 Donc là, ça s'aligne très bien.
- 27:58 Après, les investissements, par exemple, pour la performance des logements,
- 28:01 pour éviter de trop consommer d'énergie en hiver
- 28:05 et puis pour se protéger de la chaleur en été, ça améliore le confort thermique.
- 28:09 Et le confort thermique d'un logement, c'est un vecteur de bonne santé.
- 28:12 Et on a encore, malheureusement, beaucoup de personnes qui vivent dans des logements indignes
- 28:16 où ils sont froids en hiver, chauds en été, exposés à des moisissures, des problèmes de ventilation.
- 28:22 Donc investir sur ce volet-là, c'est bien pour le climat,
- 28:25 mais c'est aussi bien directement en termes de bien-être, de qualité de vie, de santé.
- 28:30 On parlait aussi de végétaliser les villes.
- 28:32 Ça, ça a été démontré que la proximité avec des espaces verts, c'est important pour la santé.
- 28:38 Ça favorise des activités physiques en extérieur, santé physique, santé mentale.
- 28:43 Et tout ce qui est mobilité active, marche à pied, vélo et tout le reste,
- 28:46 c'est aussi très positif pour la santé physique et mentale.
- 28:49 Et ça peut se substituer à une partie de déplacement, par exemple, en voiture où on a trop de sédentarité.
- 28:54 Donc, ce sont quelques exemples, mais qui illustrent qu'une politique bien pensée
- 28:59 de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, ça peut être une politique de santé publique
- 29:04 avec des bénéfices assez immédiats.
- 29:06 Et souvent, on ne le regarde pas de cette manière-là, c'est-à-dire qu'on a l'impression
- 29:08 que c'est coûteux d'investir pour décarboner.
- 29:12 Alors qu'en fait, ne serait-ce qu'au niveau mondial, pour les bénéfices en termes d'amélioration
- 29:16 de la qualité de l'air, c'est tout à fait viable économiquement, positif économiquement.
- 29:22 Et quand on parle de santé humaine, justement, on parlait aussi de santé mentale.
- 29:26 Qu'est-ce que tu peux nous dire un peu sur ce lien entre santé mentale et changement climatique ?
- 29:30 En fait, il y a plusieurs dimensions liées à la santé mentale.
- 29:33 Il y a une dimension des personnes qui sont touchées directement par des événements extrêmes
- 29:38 qui doivent en fait se déplacer de manière contrainte.
- 29:41 Je pense aux personnes touchées par des inondations ou des submersions sur le littoral.
- 29:45 Je pense également aux personnes touchées par des incendies de forêt ou la pollution
- 29:50 atmosphérique liée aux incendies de forêt.
- 29:52 Là, il y a un stress post-traumatique lié à l'événement en fait,
- 29:56 ou les personnes exposées à des inondations de forte amplitude,
- 30:01 ou l'inquiétude sur l'approvisionnement en eau.
- 30:03 Par exemple, pour des activités industrielles ou agricoles, c'est une source parfois de stress.
- 30:10 Ça, c'est le gros morceau en fait.
- 30:11 Après, on a également une forme d'effet sur la santé mentale
- 30:15 pour des personnes très attachées à des écosystèmes, des paysages,
- 30:19 et qui souffrent de voir disparaître des glaciers ou des plages, des forêts ou des zones humides,
- 30:23 ce qu'on appelle la solastalgie.
- 30:25 C'est une forme de deuil qu'il faut arriver à accueillir,
- 30:28 c'est-à-dire qu'il faut faire le deuil d'un climat qui change,
- 30:31 et donc de choses qui vont devoir être perdues.
- 30:35 Et puis après, il y a une autre forme qui est peut-être davantage liée à de l'empathie,
- 30:40 qui est en fait ce qu'on appelle parfois l'éco-anxiété,
- 30:43 c'est-à-dire sans être soi-même directement touchée,
- 30:46 être très sensible aux conséquences du changement climatique partout.
- 30:50 Et parfois, ça peut conduire à une forme d'angoisse très difficile à vivre.
- 30:55 Et ce que disent les travaux des psychologues que je lis, moi je n'en suis pas spécialiste,
- 30:59 c'est que la meilleure manière de répondre à cela,
- 31:02 c'est de se faire accompagner quand ça paralyse, quand ça submerge,
- 31:05 et puis c'est aussi de trouver un levier d'action collectif avec d'autres personnes
- 31:10 pour ne pas être dans la sidération quelque part,
- 31:14 mais être dans soi-même la capacité à porter, accompagner des transformations.
- 31:19 Et ça a été démontré notamment pour les enfants
- 31:21 que c'est ce qui permet le mieux de répondre à cette inquiétude-là.
- 31:25 Moi je dis toujours que le mieux en fait, c'est que les adultes,
- 31:28 et nous tous en fait, on se relève les manches,
- 31:30 qu'on montre qu'on est capable de porter des actions efficaces,
- 31:34 c'est la meilleure réponse en fait.
- 31:36 Et du côté de la recherche médicale, Roger,
- 31:38 comment on documente justement ces inégalités d'exposition
- 31:41 et ces vulnérabilités psychologiques ?
- 31:43 Alors, on les documente par différentes approches,
- 31:50 par des approches de source humaine et sociale,
- 31:53 par les approches des psychothérapeutes,
- 31:58 par tous ces individus-là.
- 32:01 Je pense qu'on les approche également
- 32:03 par des facteurs révélateurs épidémiologiques ou de situations de crise.
- 32:06 Et je crois que la Covid-19 a été un véritable révélateur
- 32:11 de ce que pouvaient être les impacts sur la santé mentale
- 32:14 d'une situation de crise comme celle-là,
- 32:17 qui implique à la fois les problèmes de déconceptés et de solestagiers,
- 32:22 mais pas seulement, je pense qu'il y a l'isolement en soi,
- 32:24 l'isolement face à la maladie qui répate,
- 32:28 et puis le manque de lien social
- 32:32 qui fait que finalement on est capable de réagir collectivement à une situation.
- 32:36 Et ça, c'est une discipline que je ne dirais pas émergente,
- 32:40 mais qui a été véritablement révélée
- 32:42 et qui était jusqu'à présent peu abordée par les scientifiques
- 32:46 et peu intégrée de manière stratégique
- 32:50 dans la prévention d'une crise.
- 32:52 Et je pense que là, véritablement, il y a un effort important de recherche à poursuivre.
- 32:58 Et au sein de ces changements, on l'a vu,
- 33:00 il y a plein d'humains qui doivent s'adapter,
- 33:02 il y a des soignants qui voient déjà les effets du climat sur leurs patients,
- 33:05 des chercheurs qui doivent s'adapter et adapter leurs travaux
- 33:09 pour que les décideurs qui doivent agir vite
- 33:13 et pour que les citoyens qui les vivent au quotidien essayent de réagir.
- 33:16 Alors comment on redonne toute sa place à l'humain
- 33:19 derrière la science, en quelque sorte ?
- 33:21 Alors, au risque de me répéter, je pense qu'il faut d'abord avoir une approche
- 33:25 qui intègre plusieurs disciplines et puis travailler une vision globale
- 33:32 des mesures à mettre en place pour se protéger,
- 33:36 pour aborder cette approche climat.
- 33:39 Je crois que jusqu'à présent, nos différents domaines ont travaillé relativement en silo
- 33:46 et pour des raisons évidentes de moyens, souvent.
- 33:53 Et il y a véritablement un travail à faire pour que dès la formation des médecins,
- 33:59 dès la formation des personnels soignants,
- 34:01 on intègre ces facteurs d'écologie, ces facteurs de OANES dont on parlera peut-être,
- 34:08 les facteurs de sciences sociales dont on parlait,
- 34:12 des facteurs OV qui englobent tous ces éléments-là et qui permettent ensuite
- 34:19 d'anticiper et d'avoir une vision collective de ce qu'il faut faire.
- 34:22 Tu peux peut-être justement nous parler de cette approche OANELS ?
- 34:26 Je peux parler de l'approche OANELS qui consiste à considérer la santé
- 34:32 du point de vue de l'ensemble des éléments qui la garantissent ou qui peuvent l'impacter.
- 34:38 Et en sachant que la santé humaine est fortement liée à la santé animale,
- 34:42 on en a eu quelques exemples, elle est fortement liée à l'environnement,
- 34:45 c'est de ce dont on parle aujourd'hui, et qui a une interdépendance de ces éléments-là
- 34:51 parce que la pollution de l'environnement va générer de la pollution pour l'homme,
- 34:57 va impacter les animaux, va impacter la biodiversité,
- 35:02 va impacter la transmission des pathogènes.
- 35:04 Et donc c'est cette vision-là qu'il faut développer,
- 35:07 pour laquelle du coup, très pratiquement, ça impose d'appliquer des mesures globales.
- 35:15 Et donc si, dans mon domaine, on travaille sur un vaccin contre le virus de la grippe par exemple,
- 35:23 eh bien il faut aujourd'hui certainement envisager un vaccin ou des vaccins
- 35:28 qui vont agir à la fois sur la pathologie de l'animal et à la fois sur la pathologie humaine
- 35:34 pour interrompre les chaînes de transmission,
- 35:36 pour interrompre ou pour atténuer les réservoirs viraux chez les animaux,
- 35:42 et donc avoir toute cette vision-là,
- 35:44 et en ayant également, en prenant en compte les points de haut dont on a parlé tout à l'heure,
- 35:49 donc qui sont RFI, comment les recréer, comment les retravailler.
- 35:53 Et si on n'a pas cette vision globale, eh bien on va avoir tout le temps des éléments
- 35:56 qui vont se déséquilibrer les uns par rapport aux autres et qui vont avoir des impacts importants.
- 36:03 Je vais peut-être donner un exemple très d'actualité.
- 36:05 Vous avez peut-être entendu parler de la fièvre de la vallée du Rift aujourd'hui
- 36:09 qui affecte des pays d'Afrique de l'Ouest, le Sénégal, la Mauritanie.
- 36:14 Eh bien, il y a des déplacements de migrations de transhumance, pardon,
- 36:20 de bovins qui ont lieu habituellement,
- 36:24 eh bien qui se concentrent aujourd'hui vers des points d'eau qui se raréfient.
- 36:30 Et donc ça a augmenté la transmission de ce pathogène lié à un insecte
- 36:36 qui va affecter les moutons et les bovins.
- 36:40 Et donc cette transmission, les animaux revenant infectés ont augmenté la transmission chez l'homme
- 36:46 qui sont en contact direct avec les individus.
- 36:50 Et donc aujourd'hui, si on ne pense pas la prévention contre cette maladie-là chez l'homme,
- 36:59 en pensant la transhumance des animaux, en pensant comment recréer des points d'eau,
- 37:03 en pensant comment limiter ces effets de concentration,
- 37:08 et simplement un vaccin ne suffira pas pour pouvoir interrompre ces phénomènes.
- 37:14 Oui, je peux rebondir sur ce point-là parce que finalement, vous parliez de l'humain.
- 37:18 Et pour moi, il y a le côté mettre en premier la dignité humaine.
- 37:21 Ça fait partie de nos principes à tous, des enfants, des adultes,
- 37:25 mais aussi l'habitabilité, dans certains contextes, ça devient difficile dans un climat qui se réchauffe,
- 37:30 et les interdépendances.
- 37:32 Et du coup, finalement, c'est un peu l'image des poupées, des matrioshkas qu'on peut reprendre
- 37:36 parce qu'il y a ce lien étroit entre la santé humaine, la santé des écosystèmes dont on parlait,
- 37:41 et puis la santé planétaire finalement.
- 37:43 C'est une autre manière de penser ces différentes interactions.
- 37:46 Alors là, ce qui est un peu fou, c'est que dans la discussion, on voit quand même qu'il y a des leviers d'action.
- 37:51 Les experts nous disent qu'on a une petite fenêtre peut-être pour agir.
- 37:57 On en est où de ça ?
- 37:59 Si on prend le réchauffement, avant l'accord de Paris,
- 38:02 on avait des émissions de gaz à effet de serre qui augmentaient fortement.
- 38:06 Depuis l'accord de Paris, ça baisse davantage qu'avant dans les pays industrialisés.
- 38:11 Ça augmente beaucoup moins vite dans les pays émergents.
- 38:14 La Chine n'a plus de hausse de ses émissions, premier émetteur mondial.
- 38:17 Donc on voit les choses qui ont fonctionné, des politiques publiques,
- 38:21 de technologies propres, d'efficacité, de lutte contre la déforestation.
- 38:26 On voit les choses qui ont fonctionné.
- 38:27 On sait qu'on a des leviers d'action qu'on peut déployer rapidement.
- 38:31 Et là, en fait, sur la base des politiques actuelles,
- 38:35 on irait vers un réchauffement de 2,8 degrés en fin de siècle.
- 38:38 Mais les promesses qui ont été faites à horizon 2030-2035, si elles sont tenues,
- 38:43 on irait vers 2,3-2,5 degrés en fin de siècle.
- 38:46 Si on arrive à tenir les objectifs de neutralité carbone,
- 38:49 on peut aller sous 2 degrés en fin de siècle.
- 38:51 Et donc c'est important de montrer qu'il n'y a pas une fatalité
- 38:55 par rapport aux évolutions à venir.
- 38:56 On a des leviers d'action dans tous les secteurs qu'on peut déployer,
- 38:59 à condition de le mettre en priorité et de le financer, bien sûr.
- 39:02 Et puis, à condition aussi que les connaissances que l'on a,
- 39:05 elles soient bien comprises,
- 39:08 parce que c'est aussi des sujets climat, santé,
- 39:10 qui font l'objet parfois d'idées reçues ou de désinformations
- 39:14 sur les deux sujets, c'est très frappant.
- 39:16 Donc il y a vraiment cet enjeu-là.
- 39:18 Et puis, il faut être lucide, on est aussi face à parfois
- 39:21 des obstructions très brutales qui remettent en cause
- 39:25 la place des connaissances scientifiques dans les délibérations.
- 39:28 Donc c'est important de le comprendre
- 39:30 et c'est important de renforcer les liens entre sciences et sociétés.
- 39:33 Et toi, Roger, du côté du CEA et de la recherche biomédicale,
- 39:36 comment tu vois le rôle des scientifiques auprès des politiques, par exemple ?
- 39:40 Je pense que ça a été déjà abordé par Valérie,
- 39:43 mais le scientifique est là pour informer.
- 39:46 Le politique est informer la société des enjeux,
- 39:52 d'apporter de la connaissance, ça je pense qu'est important.
- 39:55 Et cette connaissance, elle est là pour aider à la prise de décision,
- 39:58 mais ce n'est pas le scientifique qui doit prendre les décisions,
- 40:02 c'est vraiment le citoyen qui doit définir ses enjeux
- 40:07 et donc, par le relais de politique, prendre la décision.
- 40:10 Je pense que les scientifiques sont là aussi pour apporter des réponses,
- 40:14 c'est-à-dire que le citoyen doit questionner le scientifique sur des enjeux
- 40:18 que le scientifique n'a pas forcément d'emblée appréhendés.
- 40:22 Et quand on parle des sciences sociales et humaines,
- 40:24 par exemple intégrées à des sciences plus fondamentales,
- 40:27 c'est véritablement un questionnement qui peut venir de la science citoyenne
- 40:32 dans certains éléments qui sont apparus récemment.
- 40:37 Donc ça, c'était un élément très important.
- 40:39 Et puis l'autre chose, c'est qu'il faut que le scientifique explique également
- 40:45 par quelle méthode il arrive à identifier ses savoirs, à produire ses savoirs,
- 40:53 parce que la méthode garantit la crédibilité de ce qui est fait et les enjeux.
- 41:05 Tout l'enjeu est de faire en sorte que l'on comprenne véritablement
- 41:11 qu'on n'y arrive pas simplement par une émergence spontanée de la connaissance,
- 41:16 mais qu'il y a tout un cheminement qui permet de confronter les éléments
- 41:20 qui aboutissent à une information crédible.
- 41:24 Cette méthode impose aussi d'informer le politique et le citoyen
- 41:28 de ce que l'on sait et des limites de la connaissance.
- 41:30 Et de dire, voilà, là, on ne sait pas répondre.
- 41:33 Là, on devrait pouvoir investir pour répondre d'une certaine manière ou réorienter.
- 41:39 Et cette compréhension de la limite de connaissance est, à mon sens, critique
- 41:44 pour essayer de comprendre ce que peut apporter un scientifique.
- 41:49 Oui, c'est exactement ce qu'on a fait dans les évaluations, par exemple, dans le cadre du GIEC.
- 41:53 C'est établir collectivement un état des lieux, à un moment donné, qui évolue dans le temps,
- 41:58 des connaissances scientifiques sur les risques climatiques, le climat lui-même,
- 42:02 et puis les leviers d'action, en montrant à chaque fois l'état des connaissances
- 42:06 et des limites de ce que l'on ne sait pas.
- 42:08 Tout à l'heure, je vous parlais des évolutions climatiques futures les plus probables,
- 42:12 mais on peut aussi examiner, par exemple, les éventualités dont la probabilité d'occurrence est faible
- 42:18 ou très difficile à établir, mais dont les impacts seraient importants.
- 42:21 Et dans une réflexion sur les risques, c'est aussi important d'aller regarder cette dimension-là.
- 42:26 Les scientifiques ont ce rôle d'alerte, tu l'as joué, les climatologues l'ont joué depuis longtemps,
- 42:31 depuis les années 70, un rôle de co-construction de connaissances qu'on décrivait tout à l'heure,
- 42:35 c'est-à-dire répondre aux besoins de la société en allant interroger,
- 42:39 en faisant avancer les connaissances, sciences de la santé, sciences du climat.
- 42:42 Mais aussi, on a parfois un rôle que j'appelle de chien de garde,
- 42:46 c'est-à-dire quand on voit des politiques publiques qui ne s'appuient pas sur l'état des connaissances scientifiques,
- 42:53 c'est important de le dire. Et je le dis parce que, notamment dans mon domaine des sciences du climat,
- 42:58 elles font l'objet aux États-Unis d'attaques brutales, censures par mots-clés,
- 43:03 donc ce que j'exprimais tout à l'heure, je ne pourrais pas le dire en fait,
- 43:06 coupes budgétaires, licenciements brutaux.
- 43:09 Et en fait, ce qui est important, c'est de comprendre que si on les ignore,
- 43:13 en fait, la réalité du changement climatique, elle va se poursuivre.
- 43:17 Si on ne s'appuie pas sur l'état des connaissances scientifiques,
- 43:20 on sera touché de plein fouet sans pouvoir se préparer,
- 43:23 avec des risques d'augmenter de manière très claire un ensemble d'inégalités,
- 43:27 notamment les inégalités sociales de santé.
- 43:30 Et donc pour ça, je pense que c'est important effectivement que l'ensemble de la société comprenne
- 43:35 la valeur particulière des connaissances scientifiques qui ne sont pas des opinions,
- 43:39 qui sont établies de manière transparente, rigoureuse, vérifiable.
- 43:43 Et c'est vraiment la particularité de ce qu'on fait.
- 43:45 Et comme là, on s'adresse aussi à des gens curieux de sciences, je pense, dans cette émission,
- 43:49 c'est important de dire que c'est des métiers qui ont du sens.
- 43:52 C'est des métiers, en fait, qui ont une responsabilité particulière
- 43:56 par rapport aux implications pour la société et du coup, qui leur donnent de la profondeur et du sens.
- 44:01 Et pour le cas du GIEC, par exemple, j'ai eu l'impression que c'était un des premiers rapports
- 44:05 qui a popularisé aussi beaucoup les sciences du climat, etc.
- 44:10 Comment tu l'as ressenti, toi, cet impact-là ?
- 44:12 Moi, ce que je perçois, c'est qu'il y a une appropriation de plus en plus large
- 44:16 des enjeux liés au changement climatique par de nombreuses personnes,
- 44:19 soit parce qu'elles en font l'expérience,
- 44:21 soit parce qu'elles portent des actions dans leur vie publique,
- 44:26 dans leur vie professionnelle, dans leur vie privée.
- 44:28 Donc, je pense qu'il y a beaucoup de personnes pour qui c'est important de s'informer
- 44:32 avec le meilleur état des connaissances.
- 44:34 Et c'est souvent pas visible, cet espèce de mouvement de feu, mais il est présent.
- 44:37 Et puis, par ailleurs, on a fait aussi des efforts, effectivement,
- 44:42 de rendre plus accessible possible ce constat scientifique avec un travail pédagogique, en fait.
- 44:47 Des fiches par région, des fiches par secteur, un atlas interactif.
- 44:52 Tout ce qu'on peut faire comme scientifique pour mettre à disposition une information factuelle.
- 44:56 Et moi, je fais aussi partie du Haut conseil pour le climat,
- 44:58 où on regarde plus spécifiquement les risques en France et les réponses en France.
- 45:03 Et on a publié en octobre 2025 une version grand public de notre rapport annuel.
- 45:08 C'est le même effort, en fait, c'est rendre les choses accessibles
- 45:11 dans un style infographie accessible pour tout public curieux.
- 45:15 Valérie, en plus de nous avoir ramené des petites poupées,
- 45:18 en début d'émission, on avait posé ce verre avec des glaçons.
- 45:20 À la fin d'émission, on a vu que ça a fondu.
- 45:22 Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?
- 45:24 Oui, alors, c'est pour illustrer aussi une des conséquences du changement climatique
- 45:28 qui fait fondre les glaciers, par exemple.
- 45:32 Ça efface une archive du climat.
- 45:34 Et puis, la fonte des glaces continentales, c'est un volume d'eau qui va rejoindre l'océan,
- 45:39 pas comme là, dans le verre, et qui va contribuer à la montée du niveau de la mer,
- 45:42 qui est une des conséquences à long terme inéluctable
- 45:45 de chaque incrément de réchauffement supplémentaire.
- 45:48 Et donc, c'était aussi une façon de montrer le temps qui passe et qui agit sur les glaciers.
- 45:53 On peut dire, en fait, un kilo de CO2 qu'on met dans l'atmosphère
- 45:56 fait fondre à peu près 15 kilos de glace de glacier.
- 45:58 C'est un ordre de grandeur assez direct.
- 46:00 Si je vous dis protéger le climat et le citoyen,
- 46:02 c'est la première politique de santé publique.
- 46:04 Qu'est-ce que ça vous inspire à chacun ?
- 46:07 Je pense que le discours d'aujourd'hui le démontre bien.
- 46:11 Il faut, en revanche, bien préciser que tout s'imbrique.
- 46:18 Et que l'enjeu en santé publique n'est pas que le climat.
- 46:23 Il y a l'enjeu du vieillissement, il y a l'enjeu de la pauvreté,
- 46:30 il y a des enjeux de différents facteurs de pollution
- 46:36 qui viennent des activités économiques et qui ne sont pas nécessairement liées au climat.
- 46:41 Ce qu'il faut, en revanche, bien intégrer,
- 46:43 c'est que tout cela est aggravé par le réchauffement climatique
- 46:49 et que, du coup, l'interdépendance de tout ça nécessite une vision
- 46:53 qui prénonce l'ensemble, qui soit globale sur comment protéger le citoyen.
- 47:00 Et toi, Valérie ?
- 47:01 En fait, moi, ça me fait penser à l'avis de la Cour internationale de justice
- 47:04 qui avait été saisi au départ par des étudiants en droit de petites îles du Pacifique,
- 47:09 puis ensuite par l'Assemblée générale de l'ONU,
- 47:11 sur les obligations des États par rapport au changement climatique.
- 47:15 Et donc, les juges de la Cour internationale ont considéré qu'en fait,
- 47:18 protéger le système climatique, c'était une obligation des États,
- 47:22 protéger des émissions de gaz à effet de serre,
- 47:24 notamment parce qu'en fait, ça affecte le fait de pouvoir jouir des droits humains fondamentaux.
- 47:32 Donc, ils ont fait cette relation étroite,
- 47:34 droit humain, droit à la santé, droit à l'accès à l'eau, droit à l'accès à l'alimentation,
- 47:38 droit à un environnement sain et stable, en fait, on peut le dire de cette manière-là,
- 47:41 comme quelque chose qui finalement dépasse le cadre de l'accord de Paris et tout le reste,
- 47:46 mais fait partie des obligations fondamentales de tous les États.
- 47:50 Et je pense que c'est important de le ramener à cette question-là,
- 47:52 parce qu'en fait, c'est une question humaine,
- 47:54 c'est une question de responsabilité, de capacité à agir, de vulnérabilité aussi humaine.
- 47:59 Et remettre ça sur le devant, remettre aussi sur le devant les enfants,
- 48:06 les enfants et leurs droits, ça me semble quelque chose de très important dans le contexte actuel.
- 48:11 Est-ce que, Roger, tu veux rajouter quelque chose ?
- 48:13 Peut-être un dernier mot, oui, qui va dans le sens de ce que vient de dire Valérie.
- 48:18 C'est l'affaire de tous, véritablement,
- 48:20 c'est que chacun doit être acteur dans ses enjeux et c'est surtout l'affaire des citoyens.
- 48:28 Et que pour ça, il faut travailler à ce que les citoyens puissent avoir un meilleur accès à la connaissance
- 48:37 pour pouvoir, j'allais dire un mot anglo-saxon qui est le empowerment,
- 48:42 c'est-à-dire pour être en capacité de comprendre les enjeux
- 48:47 et être en capacité d'être acteur pour essayer d'apporter des mesures de protection et de prévention.
- 48:55 Ça veut dire une meilleure éducation à tous les niveaux de la formation,
- 49:01 y compris au niveau du prisonnage qui est, à mon avis, l'un des critères importants pour pouvoir décider en démocratie.
- 49:07 Moi, je dis souvent, les connaissances scientifiques, c'est émancipateur.
- 49:10 C'est-à-dire, on n'est pas là comme ça à subir des choses, mais on arrive à les comprendre.
- 49:16 C'est exactement cette idée-là, en fait, d'émancipation.
- 49:19 Et bien, merci à vous deux pour cette discussion passionnante.
- 49:22 Et puis, on arrive à la fin de cette vidéo.
- 49:25 Si cette conférence vous a plu, n'hésitez pas à commenter, liker, partager, poser vos questions aussi aux commentaires.
- 49:30 On essaiera d'y répondre du mieux qu'on peut.
- 49:32 N'hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube du CEA pour ne rien rater des prochaines conférences,
- 49:37 à activer les notifications et nous, on vous dit à très bientôt pour de nouvelles vidéos.
- 49:42 Ah bah non, là, c'est très, très chaud.
- 49:45 Vous nous rendrez dingues, sans jeu de mots, puisqu'il faudra remettre la dingue.
- 49:52 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
Cette vidéo approfondie explore les liens complexes et critiques entre le changement climatique et la santé humaine, en s'appuyant sur l'expertise de Valérie Masson-Delmotte, climatologue renommée et ancienne coprésidente du groupe de travail 1 du GIEC, et de Roger Legrand, spécialiste des maladies infectieuses humaines au CEA et membre du COVARS. L'échange débute par une mise en contexte des observations claires du réchauffement planétaire, soulignant l'augmentation de la fréquence, de l'intensité et de la durée des vagues de chaleur, ainsi que leurs conséquences sur la mortalité, particulièrement chez les populations vulnérables comme les personnes âgées, les nourrissons et les travailleurs exposés.Valérie Masson-Delmotte détaille le diagnostic scientifique sans équivoque du réchauffement climatique d'origine humaine, expliquant comment les activités humaines, notamment la combustion des énergies fossiles et la déforestation, ont conduit à une augmentation inédite des gaz à effet de serre. Elle illustre les impacts futurs, tels que la multiplication par cinq des vagues de chaleur en France d'ici 2050, la possibilité d'atteindre 50°C à Paris lors d'événements extrêmes, l'allongement des sécheresses et l'intensification des pluies extrêmes. L'analogie des poupées russes (matriochkas) est utilisée pour visualiser comment les différentes générations et groupes sociaux sont inégalement exposés et vulnérables aux conséquences du changement climatique, incluant le stress thermique, la dégradation de la qualité de l'air et de l'eau, l'insécurité alimentaire et les troubles psychiques.Roger Legrand apporte son éclairage sur l'impact du climat sur les maladies infectieuses. Il retrace l'émergence de maladies comme la fièvre catarrhale ovine dans les années 90 et la propagation des arbovirus (chikungunya, dengue) due à l'extension géographique des moustiques vecteurs. Il explique comment la raréfaction des points d'eau due au réchauffement concentre la faune sauvage, augmentant le risque de transmission de la grippe aviaire et d'autres zoonoses, qui représentent 70% des maladies infectieuses humaines. La perte de biodiversité est également présentée comme un facteur aggravant, réduisant les barrières naturelles à la transmission des pathogènes. La discussion aborde également les liens entre réchauffement, alimentation, microbiote et allergies, ainsi que la menace potentielle de réémergence de virus anciens du permafrost.Les experts soulignent l'importance d'une approche "Une seule santé" (One Health) qui intègre la santé humaine, animale et environnementale pour des solutions efficaces. Ils discutent des leviers d'action existants, notant que les politiques actuelles pourraient limiter le réchauffement à 2,8°C, tandis que des efforts accrus pourraient le maintenir sous les 2°C. Ils insistent sur le rôle crucial des scientifiques pour informer, alerter et co-construire des connaissances, tout en dénonçant la désinformation et les obstructions à la science. La vidéo conclut sur l'idée que protéger le climat est la première politique de santé publique, une obligation fondamentale des États pour garantir les droits humains, et un appel à l'émancipation citoyenne par l'accès à la connaissance pour agir collectivement.
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