🔥Santé et climat : ça chauffe !

interview 49:58 来源 ↗ changement climatique santé humaine vagues de chaleur maladies infectieuses GIEC Valérie Masson-Delmotte
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Cette vidéo explore le lien crucial entre le changement climatique et la santé humaine, avec les éclairages de la climatologue Valérie Masson-Delmotte et du spécialiste des maladies infectieuses Roger Legrand, abordant vagues de chaleur, maladies infectieuses, pollution et vulnérabilités.

  1. 0:00 L'été 2025, deux vagues de chaleur, dont une fin juin pendant le temps scolaire.
  2. 0:03 Donc on était beaucoup à se déplacer, à utiliser des éventails pour essayer de faire face à la chaleur.
  3. 0:08 Mais on peut faire mieux, on peut faire mieux par des stratégies d'adaptation face aux changements climatiques.
  4. 0:13 Et c'est exactement ce qu'on va aborder dans ces échanges.
  5. 0:22 Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette nouvelle vidéo.
  6. 0:25 Alors aujourd'hui, nous allons nous intéresser à un enjeu majeur,
  7. 0:28 le lien entre changement climatique et santé humaine.
  8. 0:31 Vagues de chaleur, pollution, maladie, derrière les courbes de température,
  9. 0:34 ce sont des humains et des systèmes de santé qui doivent s'adapter.
  10. 0:37 Et donc pour en discuter, j'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui deux invités.
  11. 0:41 Nous avons d'un côté Valérie Masson-Delmotte, tu es climatologue au CEA,
  12. 0:45 coprésidente du groupe de travail 1 du GIEC de 2015 à 2023.
  13. 0:49 Tu es une voix majeure de la recherche sur les bases physiques du changement climatique.
  14. 0:53 Bonjour et merci d'être avec nous.
  15. 0:54 Merci de l'invitation.
  16. 0:56 Roger Legrand, tu es spécialiste des maladies infectieuses humaines au CEA,
  17. 1:00 membre du COVARS, le comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires
  18. 1:04 pour conseiller les ministères de la santé et de la recherche.
  19. 1:07 Merci d'être avec nous.
  20. 1:07 Merci beaucoup, très heureux du travail de vous.
  21. 1:09 Alors pour commencer, on le voit depuis plusieurs décennies,
  22. 1:12 les observations sont assez claires.
  23. 1:14 La planète se réchauffe et chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences.
  24. 1:19 Les rapports du GIEC montrent que les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes,
  25. 1:23 plus intenses, plus longues, avec une mortalité accrue,
  26. 1:25 notamment chez les plus fragiles, personnes âgées, nourrissons,
  27. 1:28 personnes malades, travailleurs exposés, etc.
  28. 1:30 Valérie, pour commencer, est-ce que tu peux peut-être nous rappeler
  29. 1:34 les grandes lignes du diagnostic scientifique
  30. 1:37 et à quel point le réchauffement est aujourd'hui sans équivoque ?
  31. 1:40 Oui, bien sûr.
  32. 1:41 Et donc, depuis les années 60, on a commencé à comprendre
  33. 1:44 à quel point les activités humaines, en brûlant des énergies fossiles,
  34. 1:47 mais aussi par la déforestation, ajoutent des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
  35. 1:51 notamment du CO2, qui piègent de la chaleur.
  36. 1:53 Et entre les années 60 et 80, on avait déjà compris
  37. 1:58 que ça conduisait à une accumulation de chaleur,
  38. 2:01 à un réchauffement qui était déjà observé,
  39. 2:03 et que ça allait amplifier un ensemble de caractéristiques.
  40. 2:08 Et c'est ce que moi j'appelle l'attribution.
  41. 2:10 Les sciences de l'attribution, c'est des sciences du climat
  42. 2:13 qui permettent de comprendre les causes des changements observés.
  43. 2:15 Donc, sur l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
  44. 2:19 aucun doute, c'est établi depuis les années 60.
  45. 2:21 Et puis, à l'aide de carottage dans les glaces
  46. 2:23 et de l'analyse des bulles d'air piégées dans les glaces,
  47. 2:25 on a pu montrer que cette augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
  48. 2:30 due aux activités humaines, elle est inédite à l'échelle de plus de 800 000 ans.
  49. 2:33 Ensuite, l'attribution par rapport au réchauffement,
  50. 2:36 ça a été établi dans les années 90, c'est-à-dire le climat lui-même fluctue.
  51. 2:40 Il peut réagir à l'activité du soleil ou des volcans.
  52. 2:42 Et puis, il y a l'éléphant dans la pièce, les activités humaines.
  53. 2:46 Et à partir de méthodes objectives, rigoureuses,
  54. 2:48 on a pu démontrer que le réchauffement est dû aux activités humaines.
  55. 2:51 Aujourd'hui, on en est, en 2024, fin 2024,
  56. 2:55 dans un monde 1,36 degré plus chaud,
  57. 2:58 dû aux conséquences des activités humaines par rapport au climat pré-industriel.
  58. 3:02 Et puis, plus récemment, ces travaux d'attribution,
  59. 3:06 ils ont permis de montrer, en fait, dans un climat qui se réchauffe,
  60. 3:08 à quel point les émissions de gaz à effet de serre dopent des événements extrêmes,
  61. 3:13 donc rendent plus probables, plus intenses des vagues de chaleur,
  62. 3:16 des sécheresses agricoles, des épisodes de pluie extrêmes.
  63. 3:19 Et c'est ces événements qui, en plus des tendances graduelles,
  64. 3:22 pèsent pour beaucoup de dimensions, dont la santé.
  65. 3:25 Et à quel point chaque petit incrément de réchauffement supplémentaire
  66. 3:29 va amplifier ces impacts, justement ?
  67. 3:31 Alors, le réchauffement, il est amplifié au-dessus des continents,
  68. 3:34 il est amplifié pour les vagues de chaleur.
  69. 3:36 Et donc, entre, par exemple, le monde d'aujourd'hui
  70. 3:38 et un monde 2 degrés plus chaud, qui est possible vers 2050,
  71. 3:42 c'est une trajectoire sur laquelle on se place pour l'instant,
  72. 3:46 compte tenu des efforts qui ont été accomplis,
  73. 3:47 mais qui ne sont pas encore suffisants pour arriver à limiter le réchauffement à un niveau plus bas.
  74. 3:51 Ça veut dire, par exemple, dans l'Hexagone,
  75. 3:54 5 fois plus de vagues de chaleur à horizon 2050.
  76. 3:57 Ça veut dire aussi, par exemple, à Paris,
  77. 3:59 la possibilité, à l'avenir, d'atteindre, vers 2050,
  78. 4:03 sur les événements les plus extrêmes, jusqu'à 50 degrés de température.
  79. 4:07 Et on voit bien à quel point des températures à ce niveau-là
  80. 4:10 posent des risques pour la santé, puis aussi pour des infrastructures critiques.
  81. 4:14 C'est aussi, en fait, un mois en métropole, par exemple,
  82. 4:16 un mois de sécheresse des sols de plus, en été.
  83. 4:20 Donc, des tensions sur les ressources en eau,
  84. 4:22 qui peuvent affecter la disponibilité en eau ou la qualité de l'eau.
  85. 4:26 C'est aussi 10% de plus sur l'intensité des pluies extrêmes.
  86. 4:29 Donc, des événements de pluie extrême qui vont être plus présents et plus intenses.
  87. 4:33 Et puis, souvent, on en parle moins,
  88. 4:35 mais chaque dixième de degré de réchauffement supplémentaire,
  89. 4:37 il va aussi acter des conséquences à plus long terme inéluctables.
  90. 4:40 Parce que le gros de la chaleur rentre dans l'océan qui gonfle,
  91. 4:43 et puis les glaciers vont s'ajuster graduellement au réchauffement.
  92. 4:46 Les glaciers, puis les glaces du Groenland, de l'Antarctique.
  93. 4:48 Et donc, chaque incrément de réchauffement immédiat supplémentaire,
  94. 4:52 ça va acter des dizaines de centimètres de montée
  95. 4:55 du niveau de la mer supplémentaire à plus long terme.
  96. 4:57 Et donc, on va voir aussi comment ces hausses des températures
  97. 4:59 touchent la santé humaine.
  98. 5:01 Toi, Roger, tu es spécialiste des maladies infectieuses.
  99. 5:03 Et justement, à partir de quand, peut-être, tu as commencé à voir
  100. 5:06 que le climat commençait à paraître comme un facteur incontournable dans tes travaux ?
  101. 5:11 Tout comme Valéry, je vais remonter aux années 90.
  102. 5:14 J'étais jeune vétérinaire à l'époque, c'est ma formation initiale.
  103. 5:19 Et donc, est apparue une maladie chez les moutons qui s'appelle la fièvre catarale,
  104. 5:26 qui est transmise par un moucheron de la famille des Culicoïdés.
  105. 5:30 Et cette fièvre catarale est sortie de son endroit endémique habituel,
  106. 5:34 du sud de la Méditerranée, vers les pays du nord,
  107. 5:38 la France et les Pays-Bas,
  108. 5:41 et apparaître ces nouvelles épidémies graves pour les moutons.
  109. 5:44 Donc, ça, c'est vraiment le moment pour toi où tu t'es dit
  110. 5:47 le climat change vraiment la donne ou il y en a eu d'autres ?
  111. 5:49 Alors, c'est le moment où la relation entre réchauffement climatique
  112. 5:54 et une distribution différente, migration des moucherons
  113. 5:58 et impact sur les moutons était évidente.
  114. 6:00 Et puis, bien entendu, ensuite, c'est celle que vous connaissez,
  115. 6:03 donc les émergences dues aux arbovirus,
  116. 6:07 donc le chikungunya, la dengue, qui s'est répandue du fait de l'extension
  117. 6:13 des territoires des moustiques, des vecteurs qui le transmettent.
  118. 6:17 Et cette extension est en grande partie liée au réchauffement climatique.
  119. 6:21 Alors, ces événements extrêmes dont on vient de parler,
  120. 6:23 on les observe désormais chaque année.
  121. 6:25 Ils traduisent une pression croissante sur nos corps,
  122. 6:27 nos sociétés et nos systèmes de santé.
  123. 6:29 Tout à l'heure, Valérie, on parlait du fait que
  124. 6:31 chaque crément de réchauffement supplémentaire va amplifier
  125. 6:34 ses caractéristiques climatiques.
  126. 6:35 Et ce n'est pas seulement une idée abstraite,
  127. 6:37 puisqu'à chaque dixième de degré en plus,
  128. 6:38 on voit des vagues de chaleur plus fréquentes,
  129. 6:40 une pollution de l'air qui va s'aggraver,
  130. 6:42 des ressources en eau qui vont se modifier.
  131. 6:43 Et ça se traduit par des effets bien réels sur, notamment, la santé humaine.
  132. 6:47 Donc ça, on va avoir des stress thermiques,
  133. 6:48 déshydratation, maladies respiratoires, infectieuses, malnutrition
  134. 6:52 et aussi des troubles psychiques, on va en parler.
  135. 6:54 Il y a toute une chaîne de mécanismes qui relient le climat à nos corps
  136. 6:57 et ses impacts qui touchent d'abord les plus vulnérables.
  137. 6:59 Et pour nous expliquer ça, tu nous as ramené un petit objet un peu insolite.
  138. 7:03 J'ai envie de dire, est-ce que peut-être tu peux nous expliquer
  139. 7:06 justement comment ça se traduit concrètement sur la santé, tout ça ?
  140. 7:09 Oui, en fait, j'ai amené des matrioshkas.
  141. 7:12 En fait, c'est ces petites poupées qui s'insèrent les unes dans les autres.
  142. 7:15 Alors, je vais les sortir juste rapidement,
  143. 7:17 parce que c'est pour illustrer ce que je veux dire.
  144. 7:19 Donc, ce que l'on voit, en fait, là,
  145. 7:21 c'est une représentation de différentes générations successives.
  146. 7:24 Donc, des grands-mères, des mamans et des petits-enfants.
  147. 7:30 Et j'ai choisi de montrer cela parce que la question du changement climatique
  148. 7:34 fait que selon le moment où on est né,
  149. 7:36 on va être exposé, selon notre âge,
  150. 7:38 de différentes manières à ces caractéristiques climatiques.
  151. 7:40 Donc, par exemple, dans le climat d'aujourd'hui,
  152. 7:42 la prise de conscience de la gravité des risques pour la santé,
  153. 7:45 si on prend le cas de la France,
  154. 7:47 c'est né avec notamment la canicule de 2003,
  155. 7:49 qui a entraîné une très forte surmortalité avec des effets liés à la chaleur.
  156. 7:53 On n'était pas prêts, il n'y avait pas d'alerte.
  157. 7:54 Et avec des effets aussi liés à la dégradation de la qualité de l'air,
  158. 7:57 pipe d'ozone, pendant cet épisode chaud.
  159. 7:59 Et on sait aujourd'hui que les personnes plus âgées
  160. 8:02 sont plus fragiles par rapport à la chaleur, notamment les femmes âgées.
  161. 8:05 On sait également que ceux qui travaillent en extérieur,
  162. 8:07 plutôt des hommes, sur le bâtiment,
  163. 8:10 les travailleurs saisonniers agricoles aussi,
  164. 8:12 eux, sont exposés de manière disproportionnée.
  165. 8:14 Et puis, il y a des vulnérabilités toutes particulières
  166. 8:17 pour la santé maternelle, les femmes enceintes, par exemple,
  167. 8:19 et les enfants.
  168. 8:20 Donc, pendant la grossesse, la chaleur peut augmenter
  169. 8:23 les naissances prématurées ou les petits poids de naissance.
  170. 8:26 Et puis, les enfants sont particulièrement fragiles
  171. 8:28 simplement par leur corps plus exposé à la chaleur
  172. 8:31 ou au risque de déshydratation, par exemple.
  173. 8:33 Quand je parle des enfants, je pense aussi
  174. 8:36 à une des caractéristiques du climat qui change,
  175. 8:37 qui fait que la saison de croissance des plantes augmente.
  176. 8:40 Et du coup, on peut avoir davantage d'allergènes, de pollens,
  177. 8:43 sources d'allergies, qui sont pour lesquelles
  178. 8:46 les enfants peuvent être particulièrement exposés.
  179. 8:47 Donc, on voit qu'il y a des effets multiples, directs, indirects.
  180. 8:50 Et les enfants qui naissent aujourd'hui,
  181. 8:52 tout au long de leur vie, tout au long de ce siècle,
  182. 8:53 ils vont être exposés d'une manière disproportionnée
  183. 8:56 et cumulative par rapport aux générations,
  184. 8:58 ma génération ou celle d'avant, à des extrêmes chauds,
  185. 9:00 à des périodes de difficulté d'approvisionnement en eau
  186. 9:04 ou à des événements de pluie extrême.
  187. 9:06 Alors, il n'y a pas qu'en France, c'est partout dans le monde.
  188. 9:08 Et ces épisodes de manque d'eau ou de pluie extrême,
  189. 9:11 ça peut dégrader la qualité de l'eau.
  190. 9:13 Ça peut introduire des pathogènes dans l'eau.
  191. 9:16 Ça peut aussi jouer par le fait que le changement climatique,
  192. 9:19 il va affecter la production agricole.
  193. 9:21 Les agriculteurs, ils sont en première ligne.
  194. 9:23 Et par les chocs de production, ça peut augmenter les prix.
  195. 9:26 Par exemple, le prix de l'huile d'olive, le prix du café,
  196. 9:28 le prix du cacao, pour donner quelques exemples.
  197. 9:30 Et ça, ça peut saper la capacité des familles
  198. 9:33 à acheter une alimentation saine et diversifiée.
  199. 9:36 Et du coup, c'est aussi un facteur qui peut peser sur la santé
  200. 9:39 par rapport à cette insécurité alimentaire,
  201. 9:41 par rapport à une perte de qualité nutritive de l'alimentation.
  202. 9:45 Et les enfants, en fait, ils sont très, très fragiles.
  203. 9:47 D'où l'importance de tenir compte de ces dimensions-là,
  204. 9:50 dans la manière dont on voit ce qu'est le changement climatique
  205. 9:53 et d'en tenir compte pour avoir des réponses
  206. 9:56 de sorte à réduire ces vulnérabilités et à protéger
  207. 9:59 toutes les personnes les plus fragiles.
  208. 10:00 Alors, en dehors de tout ça, il y a aussi tout ce qui gravite
  209. 10:03 et circule autour de nos corps rougés,
  210. 10:05 par exemple les moustiques, les tiques, les virus, les bactéries.
  211. 10:08 Du côté biomédical, est-ce que tu as des exemples concrets
  212. 10:11 de maladies ou de vecteurs qui se déplacent,
  213. 10:14 qui sont bousculés, justement, avec ce réchauffement ?
  214. 10:16 Donc, on a parlé tout à l'heure des maladies liées
  215. 10:18 aux moustiques tigres, donc le virus chikungunya,
  216. 10:22 le virus de la dengue, le virus de la fièvre jaune
  217. 10:25 sont tout autant de virus que porte ce moustique.
  218. 10:27 Sa nouvelle répartition déplace nécessairement
  219. 10:30 l'évolution des populations à risque et des facteurs de la maladie.
  220. 10:36 Mais prenons par exemple la grippe aujourd'hui
  221. 10:39 et la menace de la grippe aviaire qui viendrait des oiseaux.
  222. 10:43 Le réchauffement climatique, aujourd'hui,
  223. 10:45 se traduit par une réduction des points d'eau
  224. 10:48 dans lesquels les oiseaux sauvages viennent s'abreuver lors des migrations.
  225. 10:53 C'est eux qui transportent le virus d'un continent à l'autre, entre autres,
  226. 10:57 et c'est parce qu'il y a réduction à l'eau qu'il y a une faune sauvage
  227. 11:00 qui est beaucoup plus concentrée, donc plus en proximité,
  228. 11:03 et passage possible de la maladie des oiseaux
  229. 11:07 à des petits mammifères sauvages ou des plus grands mammifères sauvages,
  230. 11:10 voire même ultérieurement à des mammifères domestiques et puis à l'homme.
  231. 11:14 Donc cet effet de confrontation du fait du changement climatique
  232. 11:19 et du changement de route des migrations
  233. 11:22 fait qu'on est aujourd'hui dans une situation de risque accru pour la grippe aviaire.
  234. 11:28 Il y a vraiment un lien entre perte de biodiversité,
  235. 11:30 fragmentation des habitats, etc.,
  236. 11:32 et transmission de pathogènes vers la santé humaine.
  237. 11:35 C'est ce qu'on appelle aussi les zoonoses.
  238. 11:37 Les zoonoses, ce sont les maladies qui sont transmises des animaux à l'homme.
  239. 11:41 C'est tout de même 70% des maladies infectieuses aujourd'hui
  240. 11:45 qui sont communes à l'homme et l'animal.
  241. 11:47 Et donc tout rapprochement, toute absence de barrière va faciliter ce transfert.
  242. 11:53 Et la biodiversité, en réalité, nous protège.
  243. 11:57 C'est-à-dire que plus il y a des éléments de transmission
  244. 12:01 qui sont plus sensibles que d'autres,
  245. 12:03 donc ceux qui sont moins sensibles constituent des barrières
  246. 12:07 au passage du virus d'un individu à l'autre.
  247. 12:10 Si ces éléments qui sont plus résistants à la barrière diminuent,
  248. 12:16 ça ouvre la voie à une transmission plus forte à d'autres barrières.
  249. 12:20 Un autre élément qui rejoint ce que disait Valéry sur les allergies,
  250. 12:27 il y a un lien aujourd'hui qui est identifié entre le réchauffement climatique,
  251. 12:33 les changements d'alimentation et les changements de microbiote.
  252. 12:37 Vous savez que l'organisme humain, comme beaucoup d'autres organismes,
  253. 12:41 en fait, vit en soi un écosystème.
  254. 12:45 Nous vivons avec des bactéries, avec des virus,
  255. 12:49 avec lesquels nous sommes interdépendants,
  256. 12:50 donc qui apportent des facteurs de nutriments,
  257. 12:53 qui apportent des facteurs de protection.
  258. 12:56 Ces changements de microbiote qui apparaissent dès le plus jeune âge
  259. 13:01 pourraient favoriser les émergences des allergies.
  260. 13:05 On a entendu parler aussi de fonte du permafrost
  261. 13:09 avec ce réchauffement, de potentielle réémergence de très anciens virus.
  262. 13:13 Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur ces nouveaux risques ?
  263. 13:16 Est-ce que c'est un scénario plausible ou ça reste assez long ?
  264. 13:21 C'est certainement un scénario plausible.
  265. 13:24 En revanche, il est très difficile aujourd'hui d'évaluer le niveau de risque que ça représente.
  266. 13:30 On sait que dans cet RGD,
  267. 13:37 il y a l'archivage de pathogènes, de virus qui ont disparu ou plus ou moins disparu,
  268. 13:43 qui pourraient réémerger.
  269. 13:44 On pense à la variole, par exemple, qui a disparu dès la planète.
  270. 13:47 Elle a été éradiquée par la vaccination.
  271. 13:50 Et aujourd'hui, la population la plus jeune n'a pas été vaccinée.
  272. 13:58 Elle est plus vulnérable à l'émergence de ces pathogènes.
  273. 14:02 Et si la variole venait à ressurgir d'éléments congelés,
  274. 14:08 ça pourrait être un risque sanitaire important.
  275. 14:11 Mais ça reste encore des scénarios relativement hypothétiques aujourd'hui.
  276. 14:16 Et peut-être je peux rajouter que par demi-degré de réchauffement supplémentaire,
  277. 14:20 on peut perdre environ un quart des sols velés sur plusieurs mètres en Arctique.
  278. 14:24 Donc c'est tout à fait important.
  279. 14:26 Les rapports scientifiques le répètent.
  280. 14:27 Les impacts vont s'aggraver avec la poursuite de ce réchauffement.
  281. 14:30 Mais il existe des leviers puissants d'action pour s'adapter et protéger cette santé.
  282. 14:36 Adapter, ça veut dire renforcer les systèmes de santé, améliorer la prévention,
  283. 14:40 la formation, la résilience des infrastructures et l'accès équitable aux soins.
  284. 14:44 Mais ça veut aussi dire fonder les politiques publiques sur des données scientifiques,
  285. 14:48 les évaluer, les ajuster et agir au niveau des territoires, des plans canicules,
  286. 14:53 des verdissements urbains, des îlots de fraîcheur,
  287. 14:55 anticipation des vagues de chaleur et des pics de pollen allergène.
  288. 14:59 Valérie, est-ce que tu penses qu'on a encore des leviers d'action ?
  289. 15:02 Et si oui, lesquels concrètement du point de vue de la santé ?
  290. 15:05 Oui, alors pour les risques climatiques, dont ceux pour la santé, la première chose,
  291. 15:08 le premier levier d'action, c'est réduire les émissions de gaz à effet de serre
  292. 15:12 pour limiter l'ampleur du réchauffement, les multiples caractéristiques,
  293. 15:16 puis aussi se donner plus de marge de manœuvre pour l'adaptation.
  294. 15:19 Parce que c'est plus « faisable » dans des plages de réchauffement plus faibles.
  295. 15:24 Ça, c'est le premier volet.
  296. 15:25 Donc on disait, chaque incrément de réchauffement compte,
  297. 15:27 chaque tombe de CO2 évitée compte en fait, de ce point de vue-là.
  298. 15:30 Et ensuite, l'adaptation, elle prend plusieurs dimensions.
  299. 15:33 Le premier volet, c'est bien comprendre où sont les vulnérabilités.
  300. 15:36 Parce que finalement, les risques climatiques, c'est le résultat des aléas,
  301. 15:40 les facteurs climatiques générateurs d'impact dont je parlais tout à l'heure,
  302. 15:43 comme les extrêmes chauds et le reste.
  303. 15:45 De l'exposition à ces aléas peut être exposée de manière différente à la chaleur,
  304. 15:50 selon l'endroit où on vit par exemple.
  305. 15:51 Et ensuite, des vulnérabilités.
  306. 15:54 Les vulnérabilités, ça peut être celle des infrastructures.
  307. 15:57 Par exemple, si on ne peut pas accéder à un hôpital quand il y a une inondation,
  308. 16:02 sur les trajets entre là où vivent les gens et les hôpitaux,
  309. 16:05 c'est un facteur de vulnérabilité énorme en fait.
  310. 16:08 Et puis, il y a aussi des vulnérabilités par rapport à l'état de santé,
  311. 16:12 aux inégalités de santé qui sont déjà là, dont il faut tenir compte.
  312. 16:16 Et quand on réfléchit à l'adaptation au changement climatique,
  313. 16:19 finalement, il y a plusieurs grades.
  314. 16:22 Il y a d'abord l'alerte.
  315. 16:23 Donc, faire une alerte précoce quand on annonce, d'un point de vue météorologique,
  316. 16:28 un événement extrême, une canicule ou bien des pluies intenses,
  317. 16:32 ça permet de se préparer.
  318. 16:34 Ça permet de mettre à l'abri des personnes, notamment les plus fragiles,
  319. 16:38 dans des espaces rafraîchis par exemple, pour les personnes âgées.
  320. 16:41 Et ça, on sait que ça limite les risques, ça a une efficacité.
  321. 16:45 Le deuxième volet, c'est quand on est touché par un événement extrême
  322. 16:48 auquel on était mal préparé et que ça entraîne des dommages importants.
  323. 16:52 Donc là, c'est la gestion de crise.
  324. 16:54 On va en tirer des leçons.
  325. 16:56 Je vais prendre un exemple.
  326. 16:57 Dans un climat qui se réchauffe, ça augmente la proportion
  327. 17:01 des cyclones tropicaux les plus intenses.
  328. 17:04 On a vu à Mayotte, on a vu récemment à la Jamaïque,
  329. 17:07 que les établissements de santé ont été touchés.
  330. 17:10 La leçon qu'on peut en tirer, c'est faire en sorte que les toits,
  331. 17:14 les fenêtres des établissements de santé soient mieux dimensionnés,
  332. 17:18 de sorte à ce que ce soit des endroits protégés,
  333. 17:21 pour ne pas avoir à évacuer des femmes au moment de leur accouchement,
  334. 17:24 quasiment des nouveau-nés, ce qui a été le cas récemment.
  335. 17:27 Donc là, c'est tirer les leçons des crises et faire en sorte
  336. 17:30 que ces espaces soient mieux aménagés et soient plus résistants à l'avenir.
  337. 17:35 Et puis après, il y a ce qu'on appelle l'adaptation par anticipation.
  338. 17:38 Donc pas simplement après coup, mais par anticipation pour éviter des crises.
  339. 17:43 Et donc là, ça veut dire comment à chaque endroit, dans chaque territoire,
  340. 17:47 on va construire des chemins d'adaptation.
  341. 17:49 Et un chemin d'adaptation, c'est on va déployer différents leviers d'action dans le temps.
  342. 17:53 Certains vont bien marcher à court terme, moins bien à long terme.
  343. 17:56 Et donc, on a à construire ces trajectoires-là.
  344. 17:58 Par exemple, des espaces rafraîchis avec la climatisation ou des réseaux de froid,
  345. 18:02 c'est important pour des personnes particulièrement fragiles
  346. 18:05 qui ont besoin de se reposer la nuit,
  347. 18:08 parce que sinon, il y a un épuisement.
  348. 18:09 Ça peut être des pratiques au travail.
  349. 18:11 Les gens qui travaillent en extérieur, en atmosphère chaude au moment des vagues de chaleur,
  350. 18:15 il faut des espaces rafraîchis pour que le corps, les organes puissent tenir le choc, je dirais.
  351. 18:21 Et puis après, il y a comment on améliore le confort thermique des bâtiments,
  352. 18:25 faire en sorte qu'en été, on puisse bien ombrager, rafraîchir, faire des courants d'air.
  353. 18:31 Et ça, c'est la rénovation des bâtiments.
  354. 18:34 Et puis ensuite, les villes, elles aggravent les effets des vagues de chaleur par les îlots de chaleur.
  355. 18:39 La forme, les matériaux qui captent la chaleur la restituent.
  356. 18:43 Paris, c'est le pire exemple.
  357. 18:45 Et donc du coup, pour arriver à rafraîchir les villes, on peut mettre des ombrages.
  358. 18:50 Ce qui marche bien, c'est mettre de la végétation ou des espaces d'eau
  359. 18:54 qui vont, par l'évaporation et la transpiration, rafraîchir en surface.
  360. 18:58 On peut travailler sur la ventilation, les courants d'air, par exemple,
  361. 19:01 pour les cheminements piétons ou à vélo dans les villes.
  362. 19:04 Et donc ça, c'est vraiment une planification à faire dans la durée,
  363. 19:08 entre ce qu'on peut déployer à court terme et puis à plus long terme.
  364. 19:11 Et il y a des volets d'adaptation qui ont plein d'effets indésirables,
  365. 19:15 qui vont émettre plus de gaz à effet de serre, qui peuvent être injustes, coûteux.
  366. 19:19 Et puis, il y a des volets d'adaptation qui ont plein de bénéfices,
  367. 19:22 par exemple pour la biodiversité, pour la qualité de vie quand on verdit les villes,
  368. 19:27 la santé, le bien-être, ou bien qui permettent d'ajouter du stockage de carbone.
  369. 19:32 Et donc là, en fait, c'est ces options-là qui sont à privilégier
  370. 19:35 parce qu'elles ont plus de bénéfices que d'autres.
  371. 19:38 Et alors, pour anticiper ces risques avant qu'ils ne deviennent des crises,
  372. 19:41 toi, Roger, au CEA, comment tu travailles sur cette compréhension
  373. 19:45 justement des maladies infectieuses ?
  374. 19:47 Concrètement, comment tu fais le lien avec le climat et tes travaux ?
  375. 19:52 C'est un parallèle très fort avec ce qu'a dit Valérie
  376. 19:57 sur l'ensemble des moyens à mettre en place pour se préparer
  377. 20:01 aux impacts du changement climatique.
  378. 20:04 Il y a différents niveaux.
  379. 20:06 Le premier niveau est une compréhension de l'évolution des écosystèmes,
  380. 20:12 de l'évolution de l'écologie des maladies infectieuses.
  381. 20:14 Et c'est de se projeter pour voir sur quelles cibles
  382. 20:18 faut-il s'acharner pour essayer de prévenir.
  383. 20:21 Et donc, par la vaccination, par des traitements,
  384. 20:24 par des mesures sanitaires diverses et typiquement aujourd'hui,
  385. 20:28 l'OMS a mis en place une feuille de route qui s'appelle
  386. 20:33 la préparation en moins de 100 jours aux émergences
  387. 20:37 avec l'identification du pathogène X.
  388. 20:39 C'est-à-dire qu'on ne connaît pas ce pathogène,
  389. 20:41 mais qu'on essaie d'imaginer, pour lequel on a plusieurs scénarios possibles,
  390. 20:45 donc X1, X2, X3, X4, auxquels on développe des mesures,
  391. 20:49 des contre-mesures adaptées à ce nouveau pathogène
  392. 20:52 de manière à les préparer en amont et pouvoir les déployer
  393. 20:56 très rapidement, en quelques mois ou quelques semaines, si c'est possible.
  394. 21:00 Et donc, au CEA, dans nos laboratoires,
  395. 21:03 on travaille sur ces stratégies d'immunisation, de vaccination,
  396. 21:07 par exemple, en essayant effectivement de développer celles
  397. 21:11 qui ont ces facteurs d'adaptation possibles.
  398. 21:14 C'est aussi, de notre point de vue, mieux comprendre les maladies.
  399. 21:18 Et mieux comprendre les maladies, en fait, c'est aller plus loin.
  400. 21:21 C'est mieux comprendre les facteurs de susceptibilité à la maladie.
  401. 21:24 On est inégaux tous face aux pathogènes.
  402. 21:28 Quand on s'infecte, on ne développe pas nécessairement une maladie sévère,
  403. 21:30 mais d'autres développent une maladie très sévère.
  404. 21:34 L'exemple de la Covid-19 a été très marquant là-dessus.
  405. 21:38 Et donc, comprendre les facteurs physiologiques qui fait que,
  406. 21:41 eh bien, on est plus sensible parce qu'on a un diabète,
  407. 21:45 parce qu'on yait, parce que certains facteurs chez les jeunes
  408. 21:49 rendent cette susceptibilité.
  409. 21:51 Et donc, essayer de les comprendre par des approches moléculaires,
  410. 21:55 par des approches génétiques, par des approches de compréhension
  411. 22:01 des mécanismes d'interaction du système immunitaire.
  412. 22:05 Et donc, tout ça, ça fait un ensemble de données qu'il faut traiter
  413. 22:08 pour lequel on a besoin des nouveaux outils d'IA,
  414. 22:10 à intégrer de manière à pouvoir les ordonnancer, les classifier,
  415. 22:15 les identifier, puis développer des modèles qui nous permettent
  416. 22:20 de se dire, eh bien, voilà, tel type d'individu va être plus susceptible
  417. 22:24 ou moins susceptible de ce point de vue-là.
  418. 22:26 Donc, on va même vers une médecine dite aujourd'hui
  419. 22:29 ou une prévention personnalisée, c'est-à-dire pour chaque individu,
  420. 22:33 on devrait pouvoir identifier avec ces méthodes-là assez rapidement.
  421. 22:38 S'ils sont plus sensibles à un pathogène ou un autre.
  422. 22:40 Et là, pour le coup, développer les mesures de prévention et de protection
  423. 22:45 en sachant que le climat va nécessairement aggraver tous ces phénomènes-là.
  424. 22:49 Donc, il y a une interdépendance de tous ces éléments-là avec le climat
  425. 22:54 qui vient s'attarder, qui va être interdépendant des facteurs d'âge,
  426. 22:56 qui va être interdépendant des facteurs liés à la pollution,
  427. 22:59 qui va être interdépendant des facteurs liés à l'isolement,
  428. 23:04 aux problèmes de santé mentale.
  429. 23:05 Oui, et puis moi, je peux ajouter qu'en fait, on a vraiment un développement
  430. 23:08 de recherche vraiment interdisciplinaire ou transdisciplinaire,
  431. 23:10 d'ailleurs avec différentes formes de participation.
  432. 23:13 Parce que du côté des sciences du climat, finalement, la question qui est posée,
  433. 23:17 c'est qu'est-ce qu'on peut aller mobiliser dans nos domaines à nous,
  434. 23:20 qui sont les projections climatiques futures, globales, régionales,
  435. 23:23 tous ces facteurs climatiques dont on sait qu'ils peuvent être générateurs d'impact.
  436. 23:26 Quelle peut être l'information utile pour les spécialistes de la santé ?
  437. 23:30 On parlait tout à l'heure du déplacement des airs climatiques.
  438. 23:32 Je parlais plutôt de la chaleur, mais il y a les combinaisons chaleur-humidité
  439. 23:35 qui jouent beaucoup et souvent le besoin de connaissances fines à l'échelle plus locale.
  440. 23:39 Donc, c'est aussi quelque chose qui fait avancer les sciences du climat,
  441. 23:42 de répondre aux demandes de spécialistes de la santé et d'aller chercher des connaissances
  442. 23:47 qu'aujourd'hui, on n'a pas complètement sur les évolutions à venir, notamment.
  443. 23:51 Je pense qu'un exemple qui me frappe,
  444. 23:53 moi aussi, on a parlé plutôt du côté atmosphère continentale,
  445. 23:56 mais les vagues de chaleur marine, elles augmentent fortement
  446. 23:59 pour chaque incrément de réchauffement supplémentaire,
  447. 24:02 notamment en Méditerranée, où on pourrait aller vers 2050 à 100 nuits chaudes par an,
  448. 24:08 c'est-à-dire vraiment des enjeux de repos nocturne pour les organismes.
  449. 24:12 Récemment, en Australie, il y a eu des vagues de chaleur marine
  450. 24:15 associées à des blooms d'algues toxiques qui émettent des neurotoxines particulières.
  451. 24:21 C'est exactement ce que tu décrivais, c'est-à-dire une émergence d'un pathogène
  452. 24:25 auquel une partie de la population a été exposée.
  453. 24:28 Et ça montre qu'il y a aussi l'effet de ce qui se passe dans l'océan,
  454. 24:32 donc les écosystèmes marins, dans un climat qui se réchauffe,
  455. 24:36 qu'on a besoin de mieux comprendre pour apporter des réponses et être mieux préparé.
  456. 24:40 Je peux peut-être compléter le propos de Valérie sur le fait que,
  457. 24:44 de plus en plus, et de manière quasi obligatoire maintenant,
  458. 24:48 nous intégrons les sciences sociales et humaines dans nos propres recherches
  459. 24:52 de biologie moléculaire, sur le climat, voire d'autres éléments.
  460. 24:55 Pourquoi ? Parce que non seulement il faut comprendre les facteurs d'émergence et autre chose,
  461. 25:00 mais surtout, c'est que lorsqu'on va appliquer des contre-mesures,
  462. 25:03 proposer des nouvelles technologies pour que la population se protège,
  463. 25:08 il faut que ces technologies, ces mesures soient acceptées, soient comprises,
  464. 25:12 soient mises en œuvre par les populations.
  465. 25:15 Et là, il y a souvent un obstacle important, par manque d'accès à la connaissance,
  466. 25:21 par manque de confiance dans ce qu'on peut leur proposer.
  467. 25:24 Et donc, il est très important, en amont de nos travaux de recherche,
  468. 25:27 de pouvoir anticiper le produit final qui va être le mieux accepté
  469. 25:32 pour être le plus efficace dans les mesures de prévention.
  470. 25:35 Les actions pour limiter le réchauffement ne sont pas seulement bonnes pour le climat.
  471. 25:39 On l'a vu, les actions sont aussi là pour atténuer le changement climatique
  472. 25:43 et qui ont des co-bénéfices majeurs pour la santé.
  473. 25:46 Mais ces transformations, elles peuvent réussir que si elles sont aussi justes.
  474. 25:49 On va parler de justice sociale et d'équité qui sont au cœur de cette transition.
  475. 25:54 Les plus vulnérables, comme tu le disais, sont les plus touchés
  476. 25:57 et donc ils doivent être aussi les premiers protégés.
  477. 25:59 Il ne faut pas oublier les aspects de santé mentale.
  478. 26:02 Donc, il y a l'anxiété, perte de repère, sentiment d'impuissance face aux catastrophes,
  479. 26:07 besoin de soutien psychologique aussi.
  480. 26:09 Valérie, selon toi, les actions pour le climat, ce sont aussi des actions pour la santé.
  481. 26:14 Est-ce que tu peux nous donner quelques exemples très concrets ?
  482. 26:17 Oui, tout à fait.
  483. 26:19 Quand on regarde les actions qui permettent de protéger le système climatique
  484. 26:22 en réduisant les émissions de gaz à effet de serre,
  485. 26:25 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, on peut regarder ce qui pèse le plus.
  486. 26:30 Ce qui pèse le plus, c'est le fait de brûler des énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz.
  487. 26:34 Que ce soit dans des centrales thermiques ou que ce soit par le chauffage ou le transport,
  488. 26:42 cette combustion d'énergie fossile, à la fois, elle réchauffe le climat
  489. 26:45 puis elle émet un ensemble de polluants dans l'atmosphère.
  490. 26:48 Et donc, y substituer des technologies propres,
  491. 26:52 on peut donner l'exemple des pompes à chaleur pour le chauffage
  492. 26:54 ou l'exemple des véhicules électriques pour les mobilités,
  493. 26:57 ça réduit les émissions de polluants, notamment autour des grands axes routiers ou dans les villes.
  494. 27:03 Et ça, c'est vraiment quelque chose qui améliore la santé publique de manière spectaculaire.
  495. 27:07 On comprend d'ailleurs de mieux en mieux à quel point la pollution de l'air
  496. 27:11 pèse très lourdement sur beaucoup d'aspects de santé.
  497. 27:15 L'autre exemple que je veux donner, c'est dans des facteurs qui jouent sur le réchauffement,
  498. 27:20 donc les émissions de gaz à effet de serre, il y a le système alimentaire.
  499. 27:23 C'est à peu près un tiers des émissions de gaz à effet de serre,
  500. 27:26 depuis la production à la consommation et aux déchets dans l'ensemble.
  501. 27:30 Et bien, en fait, ce qui est intéressant, c'est que les guides nutritionnels,
  502. 27:33 c'est-à-dire les recommandations de ce qu'on mange pour vivre longtemps et en bonne santé,
  503. 27:38 c'est ce qui permet de réduire l'empreinte environnementale de l'alimentation.
  504. 27:42 Donc une alimentation diversifiée, plus de protéines végétales
  505. 27:45 quand on mange trop de protéines animales, des fruits et des légumes,
  506. 27:50 des légumineuses nutritives de saison, des choses comme ça.
  507. 27:55 C'est ce qui permet de réduire l'empreinte environnementale.
  508. 27:57 Donc là, ça s'aligne très bien.
  509. 27:58 Après, les investissements, par exemple, pour la performance des logements,
  510. 28:01 pour éviter de trop consommer d'énergie en hiver
  511. 28:05 et puis pour se protéger de la chaleur en été, ça améliore le confort thermique.
  512. 28:09 Et le confort thermique d'un logement, c'est un vecteur de bonne santé.
  513. 28:12 Et on a encore, malheureusement, beaucoup de personnes qui vivent dans des logements indignes
  514. 28:16 où ils sont froids en hiver, chauds en été, exposés à des moisissures, des problèmes de ventilation.
  515. 28:22 Donc investir sur ce volet-là, c'est bien pour le climat,
  516. 28:25 mais c'est aussi bien directement en termes de bien-être, de qualité de vie, de santé.
  517. 28:30 On parlait aussi de végétaliser les villes.
  518. 28:32 Ça, ça a été démontré que la proximité avec des espaces verts, c'est important pour la santé.
  519. 28:38 Ça favorise des activités physiques en extérieur, santé physique, santé mentale.
  520. 28:43 Et tout ce qui est mobilité active, marche à pied, vélo et tout le reste,
  521. 28:46 c'est aussi très positif pour la santé physique et mentale.
  522. 28:49 Et ça peut se substituer à une partie de déplacement, par exemple, en voiture où on a trop de sédentarité.
  523. 28:54 Donc, ce sont quelques exemples, mais qui illustrent qu'une politique bien pensée
  524. 28:59 de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, ça peut être une politique de santé publique
  525. 29:04 avec des bénéfices assez immédiats.
  526. 29:06 Et souvent, on ne le regarde pas de cette manière-là, c'est-à-dire qu'on a l'impression
  527. 29:08 que c'est coûteux d'investir pour décarboner.
  528. 29:12 Alors qu'en fait, ne serait-ce qu'au niveau mondial, pour les bénéfices en termes d'amélioration
  529. 29:16 de la qualité de l'air, c'est tout à fait viable économiquement, positif économiquement.
  530. 29:22 Et quand on parle de santé humaine, justement, on parlait aussi de santé mentale.
  531. 29:26 Qu'est-ce que tu peux nous dire un peu sur ce lien entre santé mentale et changement climatique ?
  532. 29:30 En fait, il y a plusieurs dimensions liées à la santé mentale.
  533. 29:33 Il y a une dimension des personnes qui sont touchées directement par des événements extrêmes
  534. 29:38 qui doivent en fait se déplacer de manière contrainte.
  535. 29:41 Je pense aux personnes touchées par des inondations ou des submersions sur le littoral.
  536. 29:45 Je pense également aux personnes touchées par des incendies de forêt ou la pollution
  537. 29:50 atmosphérique liée aux incendies de forêt.
  538. 29:52 Là, il y a un stress post-traumatique lié à l'événement en fait,
  539. 29:56 ou les personnes exposées à des inondations de forte amplitude,
  540. 30:01 ou l'inquiétude sur l'approvisionnement en eau.
  541. 30:03 Par exemple, pour des activités industrielles ou agricoles, c'est une source parfois de stress.
  542. 30:10 Ça, c'est le gros morceau en fait.
  543. 30:11 Après, on a également une forme d'effet sur la santé mentale
  544. 30:15 pour des personnes très attachées à des écosystèmes, des paysages,
  545. 30:19 et qui souffrent de voir disparaître des glaciers ou des plages, des forêts ou des zones humides,
  546. 30:23 ce qu'on appelle la solastalgie.
  547. 30:25 C'est une forme de deuil qu'il faut arriver à accueillir,
  548. 30:28 c'est-à-dire qu'il faut faire le deuil d'un climat qui change,
  549. 30:31 et donc de choses qui vont devoir être perdues.
  550. 30:35 Et puis après, il y a une autre forme qui est peut-être davantage liée à de l'empathie,
  551. 30:40 qui est en fait ce qu'on appelle parfois l'éco-anxiété,
  552. 30:43 c'est-à-dire sans être soi-même directement touchée,
  553. 30:46 être très sensible aux conséquences du changement climatique partout.
  554. 30:50 Et parfois, ça peut conduire à une forme d'angoisse très difficile à vivre.
  555. 30:55 Et ce que disent les travaux des psychologues que je lis, moi je n'en suis pas spécialiste,
  556. 30:59 c'est que la meilleure manière de répondre à cela,
  557. 31:02 c'est de se faire accompagner quand ça paralyse, quand ça submerge,
  558. 31:05 et puis c'est aussi de trouver un levier d'action collectif avec d'autres personnes
  559. 31:10 pour ne pas être dans la sidération quelque part,
  560. 31:14 mais être dans soi-même la capacité à porter, accompagner des transformations.
  561. 31:19 Et ça a été démontré notamment pour les enfants
  562. 31:21 que c'est ce qui permet le mieux de répondre à cette inquiétude-là.
  563. 31:25 Moi je dis toujours que le mieux en fait, c'est que les adultes,
  564. 31:28 et nous tous en fait, on se relève les manches,
  565. 31:30 qu'on montre qu'on est capable de porter des actions efficaces,
  566. 31:34 c'est la meilleure réponse en fait.
  567. 31:36 Et du côté de la recherche médicale, Roger,
  568. 31:38 comment on documente justement ces inégalités d'exposition
  569. 31:41 et ces vulnérabilités psychologiques ?
  570. 31:43 Alors, on les documente par différentes approches,
  571. 31:50 par des approches de source humaine et sociale,
  572. 31:53 par les approches des psychothérapeutes,
  573. 31:58 par tous ces individus-là.
  574. 32:01 Je pense qu'on les approche également
  575. 32:03 par des facteurs révélateurs épidémiologiques ou de situations de crise.
  576. 32:06 Et je crois que la Covid-19 a été un véritable révélateur
  577. 32:11 de ce que pouvaient être les impacts sur la santé mentale
  578. 32:14 d'une situation de crise comme celle-là,
  579. 32:17 qui implique à la fois les problèmes de déconceptés et de solestagiers,
  580. 32:22 mais pas seulement, je pense qu'il y a l'isolement en soi,
  581. 32:24 l'isolement face à la maladie qui répate,
  582. 32:28 et puis le manque de lien social
  583. 32:32 qui fait que finalement on est capable de réagir collectivement à une situation.
  584. 32:36 Et ça, c'est une discipline que je ne dirais pas émergente,
  585. 32:40 mais qui a été véritablement révélée
  586. 32:42 et qui était jusqu'à présent peu abordée par les scientifiques
  587. 32:46 et peu intégrée de manière stratégique
  588. 32:50 dans la prévention d'une crise.
  589. 32:52 Et je pense que là, véritablement, il y a un effort important de recherche à poursuivre.
  590. 32:58 Et au sein de ces changements, on l'a vu,
  591. 33:00 il y a plein d'humains qui doivent s'adapter,
  592. 33:02 il y a des soignants qui voient déjà les effets du climat sur leurs patients,
  593. 33:05 des chercheurs qui doivent s'adapter et adapter leurs travaux
  594. 33:09 pour que les décideurs qui doivent agir vite
  595. 33:13 et pour que les citoyens qui les vivent au quotidien essayent de réagir.
  596. 33:16 Alors comment on redonne toute sa place à l'humain
  597. 33:19 derrière la science, en quelque sorte ?
  598. 33:21 Alors, au risque de me répéter, je pense qu'il faut d'abord avoir une approche
  599. 33:25 qui intègre plusieurs disciplines et puis travailler une vision globale
  600. 33:32 des mesures à mettre en place pour se protéger,
  601. 33:36 pour aborder cette approche climat.
  602. 33:39 Je crois que jusqu'à présent, nos différents domaines ont travaillé relativement en silo
  603. 33:46 et pour des raisons évidentes de moyens, souvent.
  604. 33:53 Et il y a véritablement un travail à faire pour que dès la formation des médecins,
  605. 33:59 dès la formation des personnels soignants,
  606. 34:01 on intègre ces facteurs d'écologie, ces facteurs de OANES dont on parlera peut-être,
  607. 34:08 les facteurs de sciences sociales dont on parlait,
  608. 34:12 des facteurs OV qui englobent tous ces éléments-là et qui permettent ensuite
  609. 34:19 d'anticiper et d'avoir une vision collective de ce qu'il faut faire.
  610. 34:22 Tu peux peut-être justement nous parler de cette approche OANELS ?
  611. 34:26 Je peux parler de l'approche OANELS qui consiste à considérer la santé
  612. 34:32 du point de vue de l'ensemble des éléments qui la garantissent ou qui peuvent l'impacter.
  613. 34:38 Et en sachant que la santé humaine est fortement liée à la santé animale,
  614. 34:42 on en a eu quelques exemples, elle est fortement liée à l'environnement,
  615. 34:45 c'est de ce dont on parle aujourd'hui, et qui a une interdépendance de ces éléments-là
  616. 34:51 parce que la pollution de l'environnement va générer de la pollution pour l'homme,
  617. 34:57 va impacter les animaux, va impacter la biodiversité,
  618. 35:02 va impacter la transmission des pathogènes.
  619. 35:04 Et donc c'est cette vision-là qu'il faut développer,
  620. 35:07 pour laquelle du coup, très pratiquement, ça impose d'appliquer des mesures globales.
  621. 35:15 Et donc si, dans mon domaine, on travaille sur un vaccin contre le virus de la grippe par exemple,
  622. 35:23 eh bien il faut aujourd'hui certainement envisager un vaccin ou des vaccins
  623. 35:28 qui vont agir à la fois sur la pathologie de l'animal et à la fois sur la pathologie humaine
  624. 35:34 pour interrompre les chaînes de transmission,
  625. 35:36 pour interrompre ou pour atténuer les réservoirs viraux chez les animaux,
  626. 35:42 et donc avoir toute cette vision-là,
  627. 35:44 et en ayant également, en prenant en compte les points de haut dont on a parlé tout à l'heure,
  628. 35:49 donc qui sont RFI, comment les recréer, comment les retravailler.
  629. 35:53 Et si on n'a pas cette vision globale, eh bien on va avoir tout le temps des éléments
  630. 35:56 qui vont se déséquilibrer les uns par rapport aux autres et qui vont avoir des impacts importants.
  631. 36:03 Je vais peut-être donner un exemple très d'actualité.
  632. 36:05 Vous avez peut-être entendu parler de la fièvre de la vallée du Rift aujourd'hui
  633. 36:09 qui affecte des pays d'Afrique de l'Ouest, le Sénégal, la Mauritanie.
  634. 36:14 Eh bien, il y a des déplacements de migrations de transhumance, pardon,
  635. 36:20 de bovins qui ont lieu habituellement,
  636. 36:24 eh bien qui se concentrent aujourd'hui vers des points d'eau qui se raréfient.
  637. 36:30 Et donc ça a augmenté la transmission de ce pathogène lié à un insecte
  638. 36:36 qui va affecter les moutons et les bovins.
  639. 36:40 Et donc cette transmission, les animaux revenant infectés ont augmenté la transmission chez l'homme
  640. 36:46 qui sont en contact direct avec les individus.
  641. 36:50 Et donc aujourd'hui, si on ne pense pas la prévention contre cette maladie-là chez l'homme,
  642. 36:59 en pensant la transhumance des animaux, en pensant comment recréer des points d'eau,
  643. 37:03 en pensant comment limiter ces effets de concentration,
  644. 37:08 et simplement un vaccin ne suffira pas pour pouvoir interrompre ces phénomènes.
  645. 37:14 Oui, je peux rebondir sur ce point-là parce que finalement, vous parliez de l'humain.
  646. 37:18 Et pour moi, il y a le côté mettre en premier la dignité humaine.
  647. 37:21 Ça fait partie de nos principes à tous, des enfants, des adultes,
  648. 37:25 mais aussi l'habitabilité, dans certains contextes, ça devient difficile dans un climat qui se réchauffe,
  649. 37:30 et les interdépendances.
  650. 37:32 Et du coup, finalement, c'est un peu l'image des poupées, des matrioshkas qu'on peut reprendre
  651. 37:36 parce qu'il y a ce lien étroit entre la santé humaine, la santé des écosystèmes dont on parlait,
  652. 37:41 et puis la santé planétaire finalement.
  653. 37:43 C'est une autre manière de penser ces différentes interactions.
  654. 37:46 Alors là, ce qui est un peu fou, c'est que dans la discussion, on voit quand même qu'il y a des leviers d'action.
  655. 37:51 Les experts nous disent qu'on a une petite fenêtre peut-être pour agir.
  656. 37:57 On en est où de ça ?
  657. 37:59 Si on prend le réchauffement, avant l'accord de Paris,
  658. 38:02 on avait des émissions de gaz à effet de serre qui augmentaient fortement.
  659. 38:06 Depuis l'accord de Paris, ça baisse davantage qu'avant dans les pays industrialisés.
  660. 38:11 Ça augmente beaucoup moins vite dans les pays émergents.
  661. 38:14 La Chine n'a plus de hausse de ses émissions, premier émetteur mondial.
  662. 38:17 Donc on voit les choses qui ont fonctionné, des politiques publiques,
  663. 38:21 de technologies propres, d'efficacité, de lutte contre la déforestation.
  664. 38:26 On voit les choses qui ont fonctionné.
  665. 38:27 On sait qu'on a des leviers d'action qu'on peut déployer rapidement.
  666. 38:31 Et là, en fait, sur la base des politiques actuelles,
  667. 38:35 on irait vers un réchauffement de 2,8 degrés en fin de siècle.
  668. 38:38 Mais les promesses qui ont été faites à horizon 2030-2035, si elles sont tenues,
  669. 38:43 on irait vers 2,3-2,5 degrés en fin de siècle.
  670. 38:46 Si on arrive à tenir les objectifs de neutralité carbone,
  671. 38:49 on peut aller sous 2 degrés en fin de siècle.
  672. 38:51 Et donc c'est important de montrer qu'il n'y a pas une fatalité
  673. 38:55 par rapport aux évolutions à venir.
  674. 38:56 On a des leviers d'action dans tous les secteurs qu'on peut déployer,
  675. 38:59 à condition de le mettre en priorité et de le financer, bien sûr.
  676. 39:02 Et puis, à condition aussi que les connaissances que l'on a,
  677. 39:05 elles soient bien comprises,
  678. 39:08 parce que c'est aussi des sujets climat, santé,
  679. 39:10 qui font l'objet parfois d'idées reçues ou de désinformations
  680. 39:14 sur les deux sujets, c'est très frappant.
  681. 39:16 Donc il y a vraiment cet enjeu-là.
  682. 39:18 Et puis, il faut être lucide, on est aussi face à parfois
  683. 39:21 des obstructions très brutales qui remettent en cause
  684. 39:25 la place des connaissances scientifiques dans les délibérations.
  685. 39:28 Donc c'est important de le comprendre
  686. 39:30 et c'est important de renforcer les liens entre sciences et sociétés.
  687. 39:33 Et toi, Roger, du côté du CEA et de la recherche biomédicale,
  688. 39:36 comment tu vois le rôle des scientifiques auprès des politiques, par exemple ?
  689. 39:40 Je pense que ça a été déjà abordé par Valérie,
  690. 39:43 mais le scientifique est là pour informer.
  691. 39:46 Le politique est informer la société des enjeux,
  692. 39:52 d'apporter de la connaissance, ça je pense qu'est important.
  693. 39:55 Et cette connaissance, elle est là pour aider à la prise de décision,
  694. 39:58 mais ce n'est pas le scientifique qui doit prendre les décisions,
  695. 40:02 c'est vraiment le citoyen qui doit définir ses enjeux
  696. 40:07 et donc, par le relais de politique, prendre la décision.
  697. 40:10 Je pense que les scientifiques sont là aussi pour apporter des réponses,
  698. 40:14 c'est-à-dire que le citoyen doit questionner le scientifique sur des enjeux
  699. 40:18 que le scientifique n'a pas forcément d'emblée appréhendés.
  700. 40:22 Et quand on parle des sciences sociales et humaines,
  701. 40:24 par exemple intégrées à des sciences plus fondamentales,
  702. 40:27 c'est véritablement un questionnement qui peut venir de la science citoyenne
  703. 40:32 dans certains éléments qui sont apparus récemment.
  704. 40:37 Donc ça, c'était un élément très important.
  705. 40:39 Et puis l'autre chose, c'est qu'il faut que le scientifique explique également
  706. 40:45 par quelle méthode il arrive à identifier ses savoirs, à produire ses savoirs,
  707. 40:53 parce que la méthode garantit la crédibilité de ce qui est fait et les enjeux.
  708. 41:05 Tout l'enjeu est de faire en sorte que l'on comprenne véritablement
  709. 41:11 qu'on n'y arrive pas simplement par une émergence spontanée de la connaissance,
  710. 41:16 mais qu'il y a tout un cheminement qui permet de confronter les éléments
  711. 41:20 qui aboutissent à une information crédible.
  712. 41:24 Cette méthode impose aussi d'informer le politique et le citoyen
  713. 41:28 de ce que l'on sait et des limites de la connaissance.
  714. 41:30 Et de dire, voilà, là, on ne sait pas répondre.
  715. 41:33 Là, on devrait pouvoir investir pour répondre d'une certaine manière ou réorienter.
  716. 41:39 Et cette compréhension de la limite de connaissance est, à mon sens, critique
  717. 41:44 pour essayer de comprendre ce que peut apporter un scientifique.
  718. 41:49 Oui, c'est exactement ce qu'on a fait dans les évaluations, par exemple, dans le cadre du GIEC.
  719. 41:53 C'est établir collectivement un état des lieux, à un moment donné, qui évolue dans le temps,
  720. 41:58 des connaissances scientifiques sur les risques climatiques, le climat lui-même,
  721. 42:02 et puis les leviers d'action, en montrant à chaque fois l'état des connaissances
  722. 42:06 et des limites de ce que l'on ne sait pas.
  723. 42:08 Tout à l'heure, je vous parlais des évolutions climatiques futures les plus probables,
  724. 42:12 mais on peut aussi examiner, par exemple, les éventualités dont la probabilité d'occurrence est faible
  725. 42:18 ou très difficile à établir, mais dont les impacts seraient importants.
  726. 42:21 Et dans une réflexion sur les risques, c'est aussi important d'aller regarder cette dimension-là.
  727. 42:26 Les scientifiques ont ce rôle d'alerte, tu l'as joué, les climatologues l'ont joué depuis longtemps,
  728. 42:31 depuis les années 70, un rôle de co-construction de connaissances qu'on décrivait tout à l'heure,
  729. 42:35 c'est-à-dire répondre aux besoins de la société en allant interroger,
  730. 42:39 en faisant avancer les connaissances, sciences de la santé, sciences du climat.
  731. 42:42 Mais aussi, on a parfois un rôle que j'appelle de chien de garde,
  732. 42:46 c'est-à-dire quand on voit des politiques publiques qui ne s'appuient pas sur l'état des connaissances scientifiques,
  733. 42:53 c'est important de le dire. Et je le dis parce que, notamment dans mon domaine des sciences du climat,
  734. 42:58 elles font l'objet aux États-Unis d'attaques brutales, censures par mots-clés,
  735. 43:03 donc ce que j'exprimais tout à l'heure, je ne pourrais pas le dire en fait,
  736. 43:06 coupes budgétaires, licenciements brutaux.
  737. 43:09 Et en fait, ce qui est important, c'est de comprendre que si on les ignore,
  738. 43:13 en fait, la réalité du changement climatique, elle va se poursuivre.
  739. 43:17 Si on ne s'appuie pas sur l'état des connaissances scientifiques,
  740. 43:20 on sera touché de plein fouet sans pouvoir se préparer,
  741. 43:23 avec des risques d'augmenter de manière très claire un ensemble d'inégalités,
  742. 43:27 notamment les inégalités sociales de santé.
  743. 43:30 Et donc pour ça, je pense que c'est important effectivement que l'ensemble de la société comprenne
  744. 43:35 la valeur particulière des connaissances scientifiques qui ne sont pas des opinions,
  745. 43:39 qui sont établies de manière transparente, rigoureuse, vérifiable.
  746. 43:43 Et c'est vraiment la particularité de ce qu'on fait.
  747. 43:45 Et comme là, on s'adresse aussi à des gens curieux de sciences, je pense, dans cette émission,
  748. 43:49 c'est important de dire que c'est des métiers qui ont du sens.
  749. 43:52 C'est des métiers, en fait, qui ont une responsabilité particulière
  750. 43:56 par rapport aux implications pour la société et du coup, qui leur donnent de la profondeur et du sens.
  751. 44:01 Et pour le cas du GIEC, par exemple, j'ai eu l'impression que c'était un des premiers rapports
  752. 44:05 qui a popularisé aussi beaucoup les sciences du climat, etc.
  753. 44:10 Comment tu l'as ressenti, toi, cet impact-là ?
  754. 44:12 Moi, ce que je perçois, c'est qu'il y a une appropriation de plus en plus large
  755. 44:16 des enjeux liés au changement climatique par de nombreuses personnes,
  756. 44:19 soit parce qu'elles en font l'expérience,
  757. 44:21 soit parce qu'elles portent des actions dans leur vie publique,
  758. 44:26 dans leur vie professionnelle, dans leur vie privée.
  759. 44:28 Donc, je pense qu'il y a beaucoup de personnes pour qui c'est important de s'informer
  760. 44:32 avec le meilleur état des connaissances.
  761. 44:34 Et c'est souvent pas visible, cet espèce de mouvement de feu, mais il est présent.
  762. 44:37 Et puis, par ailleurs, on a fait aussi des efforts, effectivement,
  763. 44:42 de rendre plus accessible possible ce constat scientifique avec un travail pédagogique, en fait.
  764. 44:47 Des fiches par région, des fiches par secteur, un atlas interactif.
  765. 44:52 Tout ce qu'on peut faire comme scientifique pour mettre à disposition une information factuelle.
  766. 44:56 Et moi, je fais aussi partie du Haut conseil pour le climat,
  767. 44:58 où on regarde plus spécifiquement les risques en France et les réponses en France.
  768. 45:03 Et on a publié en octobre 2025 une version grand public de notre rapport annuel.
  769. 45:08 C'est le même effort, en fait, c'est rendre les choses accessibles
  770. 45:11 dans un style infographie accessible pour tout public curieux.
  771. 45:15 Valérie, en plus de nous avoir ramené des petites poupées,
  772. 45:18 en début d'émission, on avait posé ce verre avec des glaçons.
  773. 45:20 À la fin d'émission, on a vu que ça a fondu.
  774. 45:22 Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu ?
  775. 45:24 Oui, alors, c'est pour illustrer aussi une des conséquences du changement climatique
  776. 45:28 qui fait fondre les glaciers, par exemple.
  777. 45:32 Ça efface une archive du climat.
  778. 45:34 Et puis, la fonte des glaces continentales, c'est un volume d'eau qui va rejoindre l'océan,
  779. 45:39 pas comme là, dans le verre, et qui va contribuer à la montée du niveau de la mer,
  780. 45:42 qui est une des conséquences à long terme inéluctable
  781. 45:45 de chaque incrément de réchauffement supplémentaire.
  782. 45:48 Et donc, c'était aussi une façon de montrer le temps qui passe et qui agit sur les glaciers.
  783. 45:53 On peut dire, en fait, un kilo de CO2 qu'on met dans l'atmosphère
  784. 45:56 fait fondre à peu près 15 kilos de glace de glacier.
  785. 45:58 C'est un ordre de grandeur assez direct.
  786. 46:00 Si je vous dis protéger le climat et le citoyen,
  787. 46:02 c'est la première politique de santé publique.
  788. 46:04 Qu'est-ce que ça vous inspire à chacun ?
  789. 46:07 Je pense que le discours d'aujourd'hui le démontre bien.
  790. 46:11 Il faut, en revanche, bien préciser que tout s'imbrique.
  791. 46:18 Et que l'enjeu en santé publique n'est pas que le climat.
  792. 46:23 Il y a l'enjeu du vieillissement, il y a l'enjeu de la pauvreté,
  793. 46:30 il y a des enjeux de différents facteurs de pollution
  794. 46:36 qui viennent des activités économiques et qui ne sont pas nécessairement liées au climat.
  795. 46:41 Ce qu'il faut, en revanche, bien intégrer,
  796. 46:43 c'est que tout cela est aggravé par le réchauffement climatique
  797. 46:49 et que, du coup, l'interdépendance de tout ça nécessite une vision
  798. 46:53 qui prénonce l'ensemble, qui soit globale sur comment protéger le citoyen.
  799. 47:00 Et toi, Valérie ?
  800. 47:01 En fait, moi, ça me fait penser à l'avis de la Cour internationale de justice
  801. 47:04 qui avait été saisi au départ par des étudiants en droit de petites îles du Pacifique,
  802. 47:09 puis ensuite par l'Assemblée générale de l'ONU,
  803. 47:11 sur les obligations des États par rapport au changement climatique.
  804. 47:15 Et donc, les juges de la Cour internationale ont considéré qu'en fait,
  805. 47:18 protéger le système climatique, c'était une obligation des États,
  806. 47:22 protéger des émissions de gaz à effet de serre,
  807. 47:24 notamment parce qu'en fait, ça affecte le fait de pouvoir jouir des droits humains fondamentaux.
  808. 47:32 Donc, ils ont fait cette relation étroite,
  809. 47:34 droit humain, droit à la santé, droit à l'accès à l'eau, droit à l'accès à l'alimentation,
  810. 47:38 droit à un environnement sain et stable, en fait, on peut le dire de cette manière-là,
  811. 47:41 comme quelque chose qui finalement dépasse le cadre de l'accord de Paris et tout le reste,
  812. 47:46 mais fait partie des obligations fondamentales de tous les États.
  813. 47:50 Et je pense que c'est important de le ramener à cette question-là,
  814. 47:52 parce qu'en fait, c'est une question humaine,
  815. 47:54 c'est une question de responsabilité, de capacité à agir, de vulnérabilité aussi humaine.
  816. 47:59 Et remettre ça sur le devant, remettre aussi sur le devant les enfants,
  817. 48:06 les enfants et leurs droits, ça me semble quelque chose de très important dans le contexte actuel.
  818. 48:11 Est-ce que, Roger, tu veux rajouter quelque chose ?
  819. 48:13 Peut-être un dernier mot, oui, qui va dans le sens de ce que vient de dire Valérie.
  820. 48:18 C'est l'affaire de tous, véritablement,
  821. 48:20 c'est que chacun doit être acteur dans ses enjeux et c'est surtout l'affaire des citoyens.
  822. 48:28 Et que pour ça, il faut travailler à ce que les citoyens puissent avoir un meilleur accès à la connaissance
  823. 48:37 pour pouvoir, j'allais dire un mot anglo-saxon qui est le empowerment,
  824. 48:42 c'est-à-dire pour être en capacité de comprendre les enjeux
  825. 48:47 et être en capacité d'être acteur pour essayer d'apporter des mesures de protection et de prévention.
  826. 48:55 Ça veut dire une meilleure éducation à tous les niveaux de la formation,
  827. 49:01 y compris au niveau du prisonnage qui est, à mon avis, l'un des critères importants pour pouvoir décider en démocratie.
  828. 49:07 Moi, je dis souvent, les connaissances scientifiques, c'est émancipateur.
  829. 49:10 C'est-à-dire, on n'est pas là comme ça à subir des choses, mais on arrive à les comprendre.
  830. 49:16 C'est exactement cette idée-là, en fait, d'émancipation.
  831. 49:19 Et bien, merci à vous deux pour cette discussion passionnante.
  832. 49:22 Et puis, on arrive à la fin de cette vidéo.
  833. 49:25 Si cette conférence vous a plu, n'hésitez pas à commenter, liker, partager, poser vos questions aussi aux commentaires.
  834. 49:30 On essaiera d'y répondre du mieux qu'on peut.
  835. 49:32 N'hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube du CEA pour ne rien rater des prochaines conférences,
  836. 49:37 à activer les notifications et nous, on vous dit à très bientôt pour de nouvelles vidéos.
  837. 49:42 Ah bah non, là, c'est très, très chaud.
  838. 49:45 Vous nous rendrez dingues, sans jeu de mots, puisqu'il faudra remettre la dingue.
  839. 49:52 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org