parler au 2nd degré ou l'art de maîtriser l'humour français - Karambolage - ARTE

documentary 3:41 Nguồn ↗ humour français second degré communication malentendu culturel Karambolage Claire Doutriau
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Claire Doutriau raconte l'anecdote d'une stagiaire allemande qui a mal interprété ses échanges humoristiques avec un collègue, expliquant ainsi le concept du "second degré" dans l'humour français et sa difficulté de compréhension pour les étrangers.

  1. 0:00 Les Français ont parfois un humour qui leur est propre.
  2. 0:04 Certains Allemands ne le comprennent pas toujours,
  3. 0:08 comme nous le raconte Claire Doutriau.
  4. 0:11 -"Un jour, une jeune stagiaire allemande frappe à la porte
  5. 0:16 de mon bureau, à la rédaction de Carambolage.
  6. 0:19 Appelons-la Anna.
  7. 0:22 Anna, qui travaille avec nous depuis quelques mois,
  8. 0:26 me demande avec un mélange de timidité et de détermination
  9. 0:30 si elle peut me parler. J'acquiesce avec une certaine appréhension,
  10. 0:34 car je sens que je vais être confrontée à quelque chose de grave.
  11. 0:39 Anna ferme soigneusement la porte de mon bureau
  12. 0:43 et prend une grande respiration avant d'attaquer.
  13. 0:47 Claire, j'ai quelque chose à te dire.
  14. 0:50 Oui, je trouve que ça ne va pas. Personne n'ose te le dire,
  15. 0:54 mais je trouve que la façon dont tu parles à Serge, ça ne va pas.
  16. 0:58 Serge est l'un des chefs opérateurs de l'émission.
  17. 1:02 Anna est lancée. Manque de gentillesse, reproches permanents,
  18. 1:06 une façon d'insister sur ses erreurs, interloquée dans un 1er temps,
  19. 1:12 je comprends vite, tandis qu'Anna continue d'énumérer
  20. 1:16 mes sois-disant méfaits, l'étendue de la méprise.
  21. 1:19 Serge et moi travaillons ensemble depuis longtemps
  22. 1:23 et nous avons développé une certaine affection l'un pour l'autre,
  23. 1:27 une sorte de camaraderie rigolarde imprègne nos échanges.
  24. 1:31 Mais une forme de pudeur nous interdit toute espèce de déclaration directe
  25. 1:36 qui consisterait à dire « Serge, j'aime bien travailler avec toi »,
  26. 1:41 voire « Serge, je t'aime bien, tu sais ».
  27. 1:44 Non, bien au contraire, c'est en relevant sans cesse
  28. 1:47 les petits travers de l'autre, en grossissant ses infimes erreurs
  29. 1:52 ou en s'exprimant par la négative que notre amitié se manifeste.
  30. 1:56 Ainsi, l'un de nous dira volontiers
  31. 1:59 « Tu montres une fois encore ton manque total de discernement »
  32. 2:03 quand l'autre fera une remarque particulièrement pertinente.
  33. 2:07 Ou bien, en relevant une petite erreur, on dira
  34. 2:11 « Encore une bêtise que tu ne nous auras pas épargnée »,
  35. 2:15 ce qui soulignera que le reste du temps, contrairement à ce que l'on énonce,
  36. 2:19 n'est pas particulièrement fiable.
  37. 2:22 Ainsi, une sorte de mise en boîte permanente règne-t-elle entre nous ?
  38. 2:26 Personne dans l'équipe n'est dupe de cette complicité,
  39. 2:30 sauf notre jeune stagiaire allemande.
  40. 2:33 C'est ce que nous appelons en français une communication au second degré.
  41. 2:38 Ah, ce second degré !
  42. 2:40 Une expression intraduisible en allemand
  43. 2:43 et qui ne se laisse pas définir par les approximations
  44. 2:47 de « famille », « humour », etc.
  45. 2:49 De quelqu'un qui n'a pas d'humour, on dit en français
  46. 2:53 qu'il prend tout au 1er degré, au pied de la lettre.
  47. 2:57 Le second degré, c'est un mode de communication un peu subtil
  48. 3:02 qui annonce un mal pour un bien
  49. 3:05 et qui est extrêmement présent dans les échanges entre Français,
  50. 3:09 encore faut-il que les personnes qui le pratiquent
  51. 3:12 soient sur la même longueur d'onde.
  52. 3:15 Est-il parfois difficilement lisible pour les étrangers,
  53. 3:19 comme ils l'ont été pour Anna ?