La science est-elle menacée par l'IA ? Étienne Klein répond
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Étienne Klein, philosophe et physicien, et le journaliste Tristan Ray débattent de l'impact de l'intelligence artificielle sur la science, la créativité humaine et les grandes découvertes en physique, du boson de Higgs aux ondes gravitationnelles et à l'énergie noire.
- 0:00 Quand on parle d'IA, on le dit des inintelligences, mais au sens anglais du terme.
- 0:03 C'est la gestion des données, le traitement de l'information.
- 0:05 Le sens français du mot, c'est aussi la capacité à discerner le vrai du faux, à argumenter.
- 0:10 Et ça, l'IA ne le fait pas aussi bien que la science humaine.
- 0:13 Pour l'instant, l'IA n'est pas très bonne pour manipuler les concepts.
- 0:15 Elle fait des progrès un peu en maths.
- 0:17 Pour l'instant, elle a le niveau d'un très bon élève de lycée.
- 0:20 C'est déjà plus que la moyenne.
- 0:21 Non, mais c'est plus que la moyenne.
- 0:22 Mais ce que je veux dire, c'est que c'est pas Einstein.
- 0:24 Il y a des découvertes qui augmentent l'ignorance.
- 0:30 Étienne Klein, merci d'avoir accepté notre invitation dans le Planétarium.
- 0:36 Vous êtes une figure de la vulgarisation des sciences, directeur de recherche au CEA, enseignant, philosophe.
- 0:42 Vous êtes également producteur et présentateur de l'émission La Conversation Scientifique sur France Culture.
- 0:49 Plus de 500 émissions.
- 0:50 Déjà plus de 500.
- 0:53 Tristan, on a encore du boulot.
- 0:54 Et vous êtes également un auteur prolifique.
- 0:57 A la fin 2025, vous publiez Éloge du dépassement avec Thomas Pesquet.
- 1:02 J'invite les spectateurs à regarder notre entretien avec Thomas Pesquet et vous.
- 1:05 C'était un précédent épisode de Planétarium disponible en VOD.
- 1:09 Et puis un peu plus tôt, cette même année, en avril 2025, vous avez également publié Transport physique chez Gallimard
- 1:15 dans lequel vous tentez de concilier la physique et le physique.
- 1:20 Est-ce que vous êtes parvenu, Étienne Klein, à concilier le corps et l'esprit ?
- 1:25 En tout cas, j'ai tenté d'examiner la complexité de leurs relations mutuelles.
- 1:30 En fait, parfois dans la vie, il se passe des courts circuits dans la tête.
- 1:34 Il y a deux choses censées être complètement indépendantes qui, lorsqu'on les rapproche, fabriquent une sorte d'étincelle.
- 1:42 Et finalement, la physique moderne, avec Galilée et d'autres, a été fabriquée par des gens qui ont trouvé des stratagèmes intellectuels
- 1:49 pour sortir du monde, faire des expériences de pensée, s'armer de nouveaux concepts
- 1:54 et grâce à eux venir réinterroger le monde d'une façon qui soit plus pertinente.
- 2:00 Puisque finalement, le fait que les lois physiques et même celles de la physique classique qu'on apprend au lycée,
- 2:04 si on les prend vraiment au sérieux, sont quand même bizarres.
- 2:08 Elles sont contre-intuitives. Elles sont contradictoires en apparence avec les phénomènes que pourtant elles décrivent ou elles expliquent.
- 2:16 Je ne parle même pas de physique quantique ou de relativité, où là on a accès à des espèces de logiques qui sont complètement contre-intuitives.
- 2:23 Et il me semble que la magie de la physique, c'est justement de nous obliger à comprendre ce qui nous est familier dans notre monde
- 2:33 à partir de concepts qui ne sont pas familiers.
- 2:36 Et donc il y a ce double mouvement que je trouve passionnant et qui devrait provoquer une excitation intellectuelle
- 2:44 à chaque fois qu'on entend parler de physique.
- 2:46 Tristan Ray, vous êtes journaliste au Figaro, chef de service de sciences.
- 2:50 En matière d'excitation intellectuelle, Tristan Ray, moi je me rappelle très bien,
- 2:55 puisque ça fait plus d'une décennie que nous travaillons ensemble,
- 2:58 le jour de l'annonce de la découverte, la confirmation du besoin du X.
- 3:03 Vous étiez déjà journaliste dans la rédaction et vous étiez rentré dans la salle de rédaction en expliquant à tout le monde,
- 3:08 aux journalistes, à la rédaction en chef,
- 3:10 mais si c'est très très important, regardez, expliquez pourquoi ça l'était à plein de journalistes qui ne savaient même pas de quoi on parlait.
- 3:17 Et vous aviez raison, ça a fait la une.
- 3:19 Est-ce que vous pouvez nous rappeler ce que ça représente, cette confirmation de l'existence du besoin du X ?
- 3:25 Ça nous servira de point de départ à cette réflexion.
- 3:28 C'était important parce que c'était un peu la pièce manquante du puzzle pour lequel on avait construit le LHC d'une certaine façon.
- 3:35 On avait investi des milliards pour essayer de trouver cette particule qui permettait d'expliquer de gros problèmes
- 3:43 qu'il y avait dans le modèle standard de la physique des particules, et notamment la masse des bosons intermédiaires.
- 3:48 Le photon, comme vous le savez, n'a pas de masse.
- 3:51 Il y a d'autres particules vecteurs de force qui, elles, ont une masse.
- 3:55 Or, dans le modèle standard, on ne se l'expliquait pas.
- 3:58 Il fallait trouver une solution, c'était le plus gros problème, mais il y en a d'autres.
- 4:01 Il y avait une théorie extrêmement élégante, qui est cette théorie faite de Englert Brutiggs,
- 4:07 qui est une théorie collective extrêmement élégante qui supputait l'existence d'une particule, un boson, le boson scalaire,
- 4:14 qui, par des mécanismes un peu complexes, donnait leur masse à certaines particules et pas à d'autres,
- 4:19 et qui, quelque part, résolvait tous les problèmes.
- 4:21 La théorie était si élégante, et ce n'est pas toujours le cas en physique des particules,
- 4:25 mais si élégante que, quelque part, personne ne doutait vraiment de l'existence de ce boson.
- 4:29 Mais on ne l'avait pas découvert, on a mis beaucoup de moyens, et on commençait peut-être pas à douter,
- 4:33 mais en tout cas, ça faisait 30 ans qu'on le cherchait activement, et là, enfin, on le découvrait,
- 4:40 il montait le bout de son nez, et du coup, c'était un événement extraordinaire, une validation de beaucoup de choses.
- 4:47 On pourrait rapprocher l'observation des premières zones gravitationnelles, c'est un peu dans le même genre,
- 4:51 c'est-à-dire des choses qui trouvent des racines assez profondes dans l'histoire des sciences,
- 4:55 notamment au début du siècle dernier, finalement, parce que c'est des problèmes assez anciens,
- 4:59 et qui trouvent des expériences que la technologie actuelle a permis, ce qui était impossible à l'époque,
- 5:06 qui ont permis de valider les choses, donc ça raconte quelque chose de l'histoire des sciences,
- 5:09 et d'une forme d'arrivée, quelque part, des années d'efforts.
- 5:16 Ce n'était pas très dur pour moi, en tout cas, qui m'intéresse aux sciences depuis que je suis petit,
- 5:20 de savoir que c'était vraiment très important, et je savais aussi à quel point c'était compliqué,
- 5:25 dans une rédaction généraliste, de faire passer l'idée que c'était aussi important.
- 5:31 Il n'y avait plus vraiment de journalistes qui traitaient de physique à cette époque-là, à part moi,
- 5:35 donc voilà, c'était un beau souvenir.
- 5:38 Etienne Klein, c'est ça, le genre d'excitation intellectuelle qu'on recherche quand on fait de la physique ?
- 5:42 Oui, je pense que très bien, c'est le 4 juillet 2012 que l'annonce a été faite,
- 5:45 il y a eu deux exposés dans le grand amphithéâtre du CERN,
- 5:48 avec en présent, d'ailleurs, dans le public de Peter Higgs,
- 5:51 l'un de ceux qui avait conçu cette particule, en même temps que François Englert,
- 5:55 qui l'avait conçue d'une autre façon, à peu près en même temps.
- 5:58 Ils ne s'étaient jamais rencontrés, ils étaient octogénaires,
- 6:01 puisque la prédiction qu'ils ont faite datait de 1964, et on est en 2012.
- 6:07 Le discours, le langage, le vocabulaire des expérimentateurs qui racontaient leurs résultats
- 6:12 est tellement différent du discours des théoriciens qui ne comprenaient pas les exposés.
- 6:17 Par contre, à la fin, ils ont compris que la particule qu'ils avaient prédite venait d'être détectée.
- 6:23 Et là, il y a eu un moment, pour eux en tout cas, de forme de sidération,
- 6:28 ils ont eu la collate tous les deux, ils ne s'étaient jamais rencontrés.
- 6:31 Et en effet, ça venait valider quelque chose qui était attendu depuis très longtemps,
- 6:35 et qui remettait complètement en cause la façon de comprendre la masse des particules.
- 6:39 La masse d'une particule, d'habitude, on croit que c'est une propriété intrinsèque des particules.
- 6:44 Qui dit matière, dit masse. Qui dit masse, dit matière.
- 6:47 Donc, masse et matière, ce sont deux choses qui sont vraiment toujours associées l'une à l'autre.
- 6:51 Et là, ils venaient montrer que la masse d'une particule n'est pas une propriété qu'elle possède de par elle-même,
- 6:57 mais le résultat d'une interaction qu'elle a avec le vide, qui n'est pas vide.
- 7:03 Et le champ associé à cette particule, le champ de X comme on l'appelle,
- 7:06 il est partout présent, et les particules interagissent plus ou moins fortement avec lui,
- 7:10 et c'est cette interaction qui détermine leur masse apparente.
- 7:13 Donc, c'est une sorte de révolution conceptuelle qui montre, encore une fois,
- 7:18 mais là, de façon vraiment spectaculaire,
- 7:21 que les concepts familiers ne sont pas les bons pour comprendre le monde physique.
- 7:26 Etienne Klein, qu'est-ce qui, depuis le boson de Higgs, a suscité, encore une fois,
- 7:33 cette excitation intellectuelle dont vous parlez ?
- 7:35 Vous l'avez dit vous-même, les ondes gravitationnelles, prédites par Einstein en 1916,
- 7:40 et détectées pour la première fois, donc un siècle plus tard,
- 7:44 c'est des ondes qui ont été fabriquées par une fusion de deux trous noirs il y a plus d'un milliard d'années.
- 7:49 Ça libère une énergie qu'on n'imagine pas.
- 7:51 C'est deux masses solaires qui se transforment en énergie par EGMC2.
- 7:55 Hiroshima, c'est une masse. Enfin, un gramme, pardon.
- 7:58 La bombe d'Hiroshima, entre l'état initial et la bombe après explosion, c'est un gramme de différence.
- 8:03 Ça donne Hiroshima. Là, deux masses solaires.
- 8:06 Ça fait vibrer l'espace-temps. L'onde s'amortit à mesure qu'elle se propage.
- 8:11 Et quand elle traverse la Terre, c'était en septembre 2015,
- 8:14 elle fait varier la distance entre deux points de toute façon qu'on a pu mesurer.
- 8:19 Et les deux points s'écartent et se rapprochent ensuite au passage de l'onde.
- 8:24 Non pas parce qu'ils se déplacent dans l'espace.
- 8:26 Quand on voit deux points bouger, on dit qu'ils se déplacent dans l'espace.
- 8:29 Non, non, ils sont immobiles dans l'espace.
- 8:31 Et leur distance augmente parce que l'espace entre eux, les points, se dilate.
- 8:39 Ça, c'est quand même absolument génial.
- 8:42 Une onde gravitationnelle ne s'est pas déformée parce qu'elle traverse, contrairement à la lumière.
- 8:46 Donc la forme qu'elle a traduit directement la structure de la source qui l'émet.
- 8:52 C'est une nouvelle façon de faire de l'astrophysique.
- 8:55 Et ça montre aussi que les théories physiques permettent de faire des prédictions
- 9:01 qui induisent des recherches qui augmentent le champ des données.
- 9:05 On découvre de nouvelles entités physiques grâce aux théories.
- 9:08 Le boson de Higgs, les ondes gravitationnelles, les trous noirs
- 9:11 sont des choses qui étaient à l'origine solutions d'équations.
- 9:15 En l'occurrence, c'est de l'Einstein.
- 9:18 Le miracle, c'est qu'un siècle plus tard, ou 50 ans plus tard,
- 9:23 on peut les détecter si on y met les moyens.
- 9:27 Tristan, il y a une découverte qui vous a enthousiasmé ?
- 9:31 Je dirais qu'on est au bord d'une découverte qui pourrait m'enthousiasmer de la même manière.
- 9:35 Parce que j'étais trop jeune pour découvrir l'accélération de l'expansion de l'univers.
- 9:40 C'est quelque chose avec lequel j'ai grandi.
- 9:43 C'est normal, l'accélération ça fait grandir.
- 9:47 J'ai grandi avec ça.
- 9:48 Ça n'a pas été une surprise quand on a découvert ça grâce à l'étude des supernovas.
- 9:52 Mais on est à l'aube de se demander s'il n'y a pas une variation dans cette accélération de l'univers.
- 9:56 Du coup, ça remet beaucoup de choses en question.
- 9:58 Notamment la question de l'énergie noire.
- 10:00 C'est quoi l'énergie noire ? Qu'est-ce que ça représente ?
- 10:03 On dit énergie noire, mais c'est quoi ce gros point d'interrogation
- 10:06 qu'il y a dans la physique actuellement ?
- 10:09 C'est toutes ces questions cosmologiques qui m'intéressent aujourd'hui.
- 10:14 On voit bien qu'il y a un voile et qu'il y a quelque chose derrière ce voile
- 10:17 qui attend qu'à être déchiré.
- 10:19 Pour l'instant, on n'y arrive pas.
- 10:21 Il y a toutes les choses qui font un peu craquer le modèle qui m'intéressent.
- 10:26 Aujourd'hui, ça va être les recherches sur le neutrino,
- 10:30 les recherches sur le moment magnétique du muon,
- 10:33 le problème de l'accélération de l'expansion de l'univers.
- 10:39 On peut espérer qu'avec les nouveaux accélérateurs,
- 10:42 on pourra lever le voile sur l'existence ou non de la supersymétrie
- 10:46 et ce qui se cache un peu derrière le modèle de la physique des particules.
- 10:50 J'ai un peu hâte de voir ce qu'on va voir derrière ce coin de voile.
- 10:56 Je pense qu'on n'est pas loin de commencer à déchirer ce voile.
- 10:59 Jusqu'à présent, j'ai vécu toute ma vie scolaire,
- 11:03 et de jeunes gens scientifiques sont plus ou moins des certitudes et des confirmations expérimentales.
- 11:08 Je réfléchis mais il n'y a pas eu de grande révolution conceptuelle depuis 30 ans.
- 11:15 Les choses les plus révolutionnaires que j'ai vues sont des choses qui sont plutôt technologiques
- 11:22 et qui m'impressionnent, qui sont très intéressantes.
- 11:25 La dernière d'entre elles, c'est l'IA.
- 11:27 Clairement, l'IA générative, ça fait longtemps qu'on connaissait le deep learning,
- 11:31 tout ce que ça apportait, ce machine learning,
- 11:33 pour aller voir des choses sous-jacentes à la réalité qu'on n'arrivait pas à mettre en équation.
- 11:37 C'était un peu fascinant, et c'est toujours fascinant de voir qu'un programme informatique
- 11:41 arrive à déceler des choses cachées sous la réalité des choses
- 11:44 sans qu'on comprenne exactement bien comment elle fait.
- 11:47 Il y avait un côté quand même mystérieux.
- 11:49 Quand je parlais aux chercheurs qui travaillaient sur l'IA générative,
- 11:52 ils disaient qu'eux-mêmes étaient bluffés par ce qu'arrivait à faire l'IA générative.
- 11:58 Ils ne comprenaient pas bien comment c'était possible
- 12:01 qu'en essayant juste de deviner le mot d'après,
- 12:03 on arrive à produire des raisonnements, des textes, à passer l'examen du barreau.
- 12:07 Ça paraissait quand même assez fantastique.
- 12:10 On va en parler de l'IA générative, puisque vous en parlez également dans votre livre, Etienne Klein.
- 12:14 Juste avant, si on se tourne, comme l'a fait Tristan, vers le futur,
- 12:17 vous, si vous pouviez lever le voile sur un mystère de l'univers,
- 12:21 comme ça, qui ne vous sera pas...
- 12:22 Il y a l'énergie noire dont vous avez parlé, évidemment.
- 12:24 Avant de faire des hypothèses, j'attends les résultats d'Euclide, le télescope spatial.
- 12:29 Bientôt, on aura des contraintes assez fortes.
- 12:31 C'est un télescope spatial qui est installé à 1 500 000 km d'ici,
- 12:35 à ce qu'on appelle un point de Lagrange,
- 12:37 et qui fait une sorte de cartographie des galaxies, y compris les plus lointaines.
- 12:40 Ça va nous aider à mettre des contraintes sur ce que peut être ou pas être
- 12:45 la constante cosmologique et puis l'énergie noire.
- 12:48 En fait, ce que vous dites, c'est la preuve qu'on n'a pas le même âge.
- 12:52 Oui.
- 12:53 Parce qu'en fait, il y a des découvertes, c'est ça qui est paradoxal,
- 12:57 il y a des découvertes qui augmentent l'ignorance.
- 13:00 Par exemple, quand moi j'étais étudiant, on nous expliquait que le contenu d'univers,
- 13:05 le contenu matériel et énergétique de l'univers, était identifié.
- 13:09 C'était les protons, les neutrons, la matière baryonique, comme on l'appelait.
- 13:12 Et puis, un peu plus tard, on nous parle de matière noire, puis d'énergie noire.
- 13:17 Évidemment, la matière telle qu'on la connaît, constituée des particules élémentaires telles qu'on les connaît,
- 13:22 c'est quelques pourcents du contenu total de l'univers.
- 13:26 Donc en apprenant des choses, on s'est rendu compte qu'on en savait moins que ce qu'on croyait savoir.
- 13:31 C'est ça que je veux dire.
- 13:33 Et l'énergie noire, moi ça m'excite évidemment comme tout le monde,
- 13:38 mais je crois un peu moins que la matière noire.
- 13:41 La matière noire, c'est quand même une matière,
- 13:44 qui si les équations d'Einstein sont justes pour la gravitation, existe.
- 13:49 Elle agit gravitationnellement, mais elle n'est pas couplée à l'électromagnétisme,
- 13:53 donc elle n'émet pas de lumière.
- 13:55 Il y a plein de candidats possibles, théoriques, on cherche.
- 13:58 Il y a toutes sortes d'expériences qui visent à identifier ces constituants.
- 14:02 Pour l'instant, rien.
- 14:04 Et ça, c'est frustrant parce qu'on en vient à se demander
- 14:08 si ce n'est pas les équations qu'il faudrait changer, autrement dit la loi.
- 14:11 Parce qu'en fait, quand il y a une contradiction entre ce que disent les théories et ce qu'on observe,
- 14:16 ou ce qu'on mesure, il y a deux solutions.
- 14:18 Soit on dit, dans l'univers, il y a des choses qu'on n'a jamais vues.
- 14:21 Qui, si elles existent, rétablissent l'accord ?
- 14:23 C'est ce qu'on appelle la solution ontologique.
- 14:25 Ou bien, deuxième solution, on change les lois pour ne plus que le désaccord existe.
- 14:32 On change les lois de telle façon à faire disparaître le désaccord.
- 14:35 Et s'agissant de la matière noire, on ne sait pas laquelle des deux pistes est la bonne.
- 14:40 Et ça, vous pensez que c'est accessible à l'échelle d'une vie humaine ?
- 14:44 Ça dépend de la longueur de la vie humaine.
- 14:46 Ça dépend de qui on parle.
- 14:48 Moi, je pense.
- 14:50 En tout cas, si on continue l'effort de recherche,
- 14:54 je pense que sur la matière noire, on aura des indications fiables,
- 15:01 avant que je meure, à condition que je meure le plus tard possible.
- 15:06 Est-ce que la physique est aujourd'hui utile pour affronter les défis technologiques du monde moderne,
- 15:13 tels que l'IA, par exemple ?
- 15:16 L'IA peut rendre des services à la physique, dans le traitement des données, etc.
- 15:23 Maintenant, l'IA, elle mime l'intelligence.
- 15:26 Quand on parle d'IA, on le dit des inintelligences, mais au sens anglais du terme.
- 15:30 C'est la gestion des données, le traitement de l'information.
- 15:33 C'est ce qu'on appelait autrefois la cybernétique.
- 15:36 Alors que l'intelligence à la française, le sens français du mot,
- 15:40 c'est aussi la capacité à discerner le vrai du faux, à argumenter,
- 15:45 à montrer ce par quoi on est intelligent, en fait.
- 15:48 Et ça, l'IA ne le fait pas aussi bien que l'intelligence humaine,
- 15:51 même si elle le mime de plus en plus.
- 15:53 Il y a un problème avec l'IA quand même, dont on ne parle pas trop,
- 15:56 c'est l'énergie.
- 15:58 Ça coûte une énergie énorme.
- 16:01 Et la question, est-ce qu'on va pouvoir utiliser l'IA d'une façon durable
- 16:06 sans que ça nous oblige à construire des réacteurs nucléaires
- 16:10 à une cadence d'essuie-glace ?
- 16:12 Il y a ce problème-là.
- 16:14 Mais, vous savez, en 2024, le prix Nobel de physique a été donné,
- 16:18 non pas à des physiciens, mais à deux concepteurs, deux pionniers de l'IA.
- 16:22 L'un qui avait inventé ce qu'on appelle les réseaux de neurones artificiels
- 16:26 et l'autre qui avait inventé les techniques d'apprentissage profond.
- 16:30 Ça a été mal vécu par les physiciens,
- 16:34 parce que ça voulait dire soit que l'IA va faire de la physique mieux que les physiciens,
- 16:37 soit qu'il n'y a pas de physiciens qui méritent le prix Nobel.
- 16:40 Je fais simplement une remarque, ce qui n'est pas une conclusion ni une réponse,
- 16:44 c'est que quand vous regardez comment est née la physique moderne,
- 16:47 avec Galilée, plus tard Newton et Einstein,
- 16:51 ces gens ont trouvé les bonnes lois, mais ils n'avaient pas de données,
- 16:55 très peu de données.
- 16:57 Galilée dit qu'un corps n'est soumis à aucune force.
- 17:01 Il n'a jamais vu lui-même un moment inertiel.
- 17:04 Quand il dit que tous les corps tombent à la même vitesse dans le vide,
- 17:06 il ne l'a jamais vu, parce qu'on ne sait pas faire le vide à l'époque.
- 17:08 Et les données qu'il avait contrôlaient les lois qu'il y avait.
- 17:11 Quand Einstein écrit les équations d'Einstein en 1915 pour la gravitation,
- 17:15 qu'est-ce qu'on sait sur l'univers en 1915 ?
- 17:18 On ne sait pas que l'univers est en expansion.
- 17:20 On sait encore moins que l'expansion s'accélère.
- 17:22 On ne sait pas qu'il y a d'autres galaxies que la nôtre.
- 17:24 On ne sait pas d'où viennent les étoiles brillent.
- 17:26 On n'a pas identifié les forces nucléaires.
- 17:28 En fait, par rapport aux geôliers, on ne sait rien.
- 17:30 Et ils trouvent les bonnes équations.
- 17:32 Barre des expériences de pensée.
- 17:34 Ce que l'IA ne sait pas faire pour l'instant.
- 17:36 Je ne préjuge pas du futur.
- 17:38 Mais pour moi, c'est une aide.
- 17:41 Mais je ne pense pas qu'elle remplace l'intelligence humaine
- 17:44 quand il s'agit de créer des concepts.
- 17:46 Est-ce que la physique peut être, en revanche,
- 17:50 une aide pour l'IA dans cette logique de recherche d'énergie ?
- 17:54 Je lisais dans la bonne presse
- 17:58 que M. Yann Lequin a quitté META pour créer sa propre start-up
- 18:02 parce qu'il veut que l'IA serve à la physique,
- 18:05 à la connaissance des lois physiques et des lois de l'univers.
- 18:08 Donc ça veut dire qu'il y a sans doute,
- 18:10 lui il est plus compétent que moi,
- 18:12 il y a des idées là-dessus qui pourraient être fécondes.
- 18:14 Je n'en sais rien.
- 18:15 Pour l'instant, l'IA n'est pas très bonne pour manipuler les concepts.
- 18:19 Elle fait des progrès un peu en maths.
- 18:21 Pour l'instant, elle a le niveau d'un très bon élève de lycée,
- 18:25 un niveau d'Olympia de mathématiques à peu près,
- 18:28 en termes de raisonnement en géométrie, en algèbre.
- 18:31 C'est déjà plus que la moyenne.
- 18:32 Non, c'est plus que la moyenne.
- 18:33 Mais ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas Einstein.
- 18:36 Il manque cette notion de créativité.
- 18:38 Quand on parle à des mathématiciens,
- 18:40 on voit bien qu'on a l'impression que les maths,
- 18:43 c'est des équations, des chiffres, des formules compliquées.
- 18:45 Ça, c'est la formalisation des mathématiques.
- 18:48 Les mathématiques, c'est la manipulation de concepts abstraits
- 18:51 qu'on se fait dans la tête.
- 18:52 C'est de l'imagination, les mathématiques.
- 18:54 Et les mathématiciens, leur manière de parler de maths,
- 18:57 c'est de se parler entre eux avec des images.
- 19:00 Les caractères, etc., c'est pour vérifier ensuite leur intuition,
- 19:05 pour solidifier leur intuition.
- 19:07 À la base, les maths, c'est de l'intuition et des concepts.
- 19:10 Et ça, je ne pense pas que l'IA arrivera facilement à remplacer.
- 19:15 Et en physique théorique, la plus pointue,
- 19:17 parce que ce que pouvait faire Einstein,
- 19:18 quand il a fallu poser les bases de la mécanique quantique,
- 19:21 je pense que ça donne une dose d'imagination
- 19:22 que l'IA n'aura pas par construction.
- 19:25 Par construction, l'IA, elle ne cherche pas à défricher de nouveau,
- 19:29 elle cherche à répéter.
- 19:30 Ce qu'elle a montré sur le langage,
- 19:31 c'est que nous-mêmes avons une haute opinion du langage,
- 19:34 alors que finalement, on est quand même des machines à répéter.
- 19:37 Dans notre apprentissage, depuis qu'on est petit,
- 19:39 on ne fait que répéter, mimer, etc.
- 19:41 Et finalement, ce que l'IA a mis en lumière,
- 19:44 c'est qu'en imitant, elle arrivait à recréer la parole humaine
- 19:49 et à donner l'échange.
- 19:52 Mais sur cette partie de créativité,
- 19:54 je pense que l'être humain a encore beaucoup d'avance
- 19:58 pour des raisons profondes de structure de notre cerveau
- 20:00 qu'on a du mal à comprendre,
- 20:01 mais qu'on parle des gens qui sont spécialisés dans la structure du cerveau.
- 20:05 Certaines personnes qui manipulent les nombres premiers, par exemple,
- 20:10 qui ont des problèmes autistiques
- 20:12 et qui vont arriver à manipuler des nombres premiers extrêmement larges
- 20:14 de manière complètement intuitive,
- 20:16 on sent qu'il y a quelque chose dans la structure du cerveau
- 20:18 qui explique pourquoi on est...
- 20:20 Ce qui est vraiment conceptuel à notre cerveau,
- 20:22 qui permet de manipuler des concepts et de l'intuition comme ça.
- 20:26 Et donc là, vous pensez qu'il est un jour possible
- 20:28 de faire de la recherche en physique,
- 20:31 ou même de la recherche au sens plus large, sans être humain ?
- 20:36 Je n'y crois pas.
- 20:38 Tristan vient de nous dire qu'il n'y croyait pas.
- 20:40 Honnêtement, je n'en sais rien,
- 20:42 mais j'espère ne pas voir ça.
- 20:44 J'adore, moi, écouter des physiciens qui discutent entre eux.
- 20:49 C'est ce que vous dites un peu.
- 20:51 Un tableau, c'est le livre des trucs.
- 20:54 Ça ne fait jamais une idée dans la tête de l'autre.
- 20:57 C'est un spectacle magnifique.
- 20:59 Une sorte d'interaction intellectuelle comme ça.
- 21:02 Assez mystérieuse, en effet.
- 21:03 On ne sait pas trop ce qui se passe dans le cerveau.
- 21:05 Qu'est-ce que c'est qu'une idée, d'ailleurs ?
- 21:06 Comment ça germe dans un cerveau, une idée ?
- 21:09 Et c'est quoi, une idée, par rapport à toute l'activité neuronale
- 21:12 qui ingite nos boîtes crânières ?
- 21:14 Qu'est-ce qui fait qu'une idée surgit du chaos de l'activité neuronale ?
- 21:19 Bon, ça, on ne sait pas trop.
- 21:21 Moi, j'aime beaucoup cette phrase de Bachelard.
- 21:24 Bachelard, c'est mon maître dans plein de domaines.
- 21:28 Il disait qu'il faut que l'imagination prenne trop
- 21:31 pour que la pensée ait assez.
- 21:33 Quand on dit la pensée, elle ne se nourrit pas simplement de données.
- 21:37 Elle ne se nourrit pas simplement du spectacle du monde.
- 21:41 Elle est capable, à partir de ce qu'elle voit, d'inventer,
- 21:44 parfois de façon délirante,
- 21:46 des notions qui vont l'aider à alimenter sa propre pensée.
- 21:49 Et donc, là, il y a quelque chose qui me semble échapper à l'IA.
- 21:54 Mais comme l'IA, vous l'avez dit, elle ménage aussi des surprises.
- 21:58 Elle fait des choses qu'on ne comprend pas qu'elle puisse faire.
- 22:01 Je ne veux pas me montrer trop affirmatif.
- 22:06 Peut-être que ça viendra des IA.
- 22:09 Dans les théories de la conscience,
- 22:12 il y a l'idée probablement que c'est le fait d'interagir avec le monde
- 22:16 et d'avoir différents canaux de perception
- 22:19 qui sont connectés à un organe central, le cerveau,
- 22:22 qui crée la complexité de notre rapport au monde
- 22:25 et ce qu'on appelle la conscience, qu'on a du mal à définir.
- 22:28 Peut-être que c'est en mettant ces IA sur des robots
- 22:34 qui se meuvent qu'on arrivera à dépasser, recréer une forme de conscience.
- 22:38 Et là, peut-être arriver à des choses produites par l'être humain
- 22:43 qui penseront et qui pourront faire preuve.
- 22:45 Je ne sais pas si c'est souhaitable, si ce n'est pas souhaitable,
- 22:48 s'il faut en être effrayé ou non.
- 22:50 Je suis complètement agnostique sur la question.
- 22:52 Ce qui me trouve impressionnant, c'est que le chef d'IAPT,
- 22:55 pour prendre cet exemple, ne comprend rien à ce qu'il raconte.
- 22:58 Le chef d'IAPT ne sait même pas ce que c'est qu'un mot.
- 23:01 Les choses qui, pour lui, sont asémantiques et qui n'ont aucun sens,
- 23:04 c'est nous qui reconnaissons du sens dans ce qui produit.
- 23:07 Et qu'une machine asémantique puisse produire ce qui, pour nous, a du sens,
- 23:11 c'est déjà assez mystérieux.
- 23:13 Mais il ne faut pas non plus projeter, c'est-à-dire faire comme si elle pensait ce qu'elle raconte.
- 23:17 Il y a une chose racontée par Camille Flammarion.
- 23:20 Il assistait à une séance de l'Académie des sciences
- 23:23 quand l'assistant d'Edison est venu montrer le premier phonographe
- 23:28 qui faisait entendre une voix humaine émise par une machine.
- 23:32 Il y avait un morceau de cire.
- 23:34 Il raconte qu'il y a un vieil académicien qui s'est levé, qui a descendu les travers,
- 23:38 qui a voulu étrangler l'assistant d'Edison qui faisait la démonstration
- 23:42 en criant, nous ne serons pas dupes d'un ventriloque.
- 23:46 Il ne pouvait pas croire qu'une machine allait produire une voix humaine.
- 23:49 Et il me semble que quand le chef d'IAPT avait mis en service,
- 23:53 il y a des gens qui pensaient qu'il y avait des types qui tapaient à toute vitesse
- 23:56 en réponse aux questions qui lui étaient posées
- 23:58 jusqu'à comprendre que l'écriture était tellement rapide que ça ne pouvait pas être le cas.
- 24:02 Mais on a tendance à projeter l'idée qu'il y a un auteur
- 24:07 derrière ce que nous recevons des machines, alors qu'il n'y en a pas.
- 24:11 Est-ce que l'addition des capacités créatives,
- 24:15 créatrices, créatives, imaginatives des êtres humains
- 24:19 et les performances fantastiques de l'IA
- 24:22 pourraient nous permettre d'accélérer certaines découvertes ?
- 24:25 Sans doute, ou l'inverse.
- 24:27 L'inverse comment ?
- 24:28 J'ai lu une conférence incroyable de Georges Bernanos sur les robots
- 24:34 qu'il a donnée dans les années 40.
- 24:36 Je pense que dans les années 40, la question des robots n'était pas une question centrale.
- 24:41 Dans cette conférence, il dit une phrase extraordinaire.
- 24:44 Il dit que le problème ne vient pas de la multiplication des machines,
- 24:49 mais du fait que de plus en plus d'humains sont formés depuis l'enfance
- 24:54 à ne rien attendre d'autre que ce que peuvent donner les machines.
- 24:58 Est-ce que les machines vont doper notre paresse intellectuelle,
- 25:02 ou bien est-ce qu'au contraire, elles vont exciter notre activité intellectuelle ?
- 25:08 Moi, je ne sais pas. La question n'est pas tranchée.
- 25:12 Autrement dit, est-ce que la concurrence qu'elles nous donnent en termes techniques
- 25:16 va provoquer un essor dans notre esprit
- 25:19 en faisant que nous allons penser d'une façon humaine encore plus efficace qu'avant,
- 25:23 ou est-ce qu'on va finalement déléguer aux machines une partie de notre activité intellectuelle ?
- 25:29 Je ne sais pas. On voit bien que déjà aujourd'hui, ça clive un peu les populations.
- 25:34 Est-ce que ce n'est pas juste une question de choix
- 25:37 et que certains vont mieux s'en sortir que d'autres ?
- 25:41 Par exemple, vous corrigez des copies d'étudiants, vous ?
- 25:45 Je l'ai fait il y a très longtemps en journalisme.
- 25:47 Des copies écrites à la main.
- 25:48 Les étudiants d'aujourd'hui, c'est quand même des jeunes gens, des jeunes filles
- 25:51 dont l'orthographe est corrigée depuis qu'ils savent écrire.
- 25:54 Quand ils écrivent sur un écran, un téléphone, ce qu'ils écrivent est corrigé.
- 25:58 Donc moi, je m'étais dit quand c'est apparu que bientôt, on corrigerait des copies sans faute d'orthographe.
- 26:04 Je vois bien que ce n'est pas le cas.
- 26:06 Donc, ça veut dire que le fait d'être corrigé ne suffit pas pour apprendre.
- 26:10 Au contraire, je pense qu'ils délèguent les règles de l'orthographe et de la grammaire, de la syntaxe à des machines.
- 26:15 Ils n'ont plus besoin de les apprendre.
- 26:17 Je peux avoir deux choses, mais il y a le même problème.
- 26:19 Déjà, avec Internet, la question se posait déjà et elle n'est pas non plus résolue.
- 26:23 C'est de savoir à quel point cette délégation d'une partie de notre mémoire à la machine est bénéfique ou non.
- 26:31 En d'autres termes, est-ce que savoir serait une recherche Google ?
- 26:36 Ça occupe une place dans votre cerveau et ça dispense d'un certain nombre de savoirs.
- 26:41 Vous savez que vous avez l'information à portée de doigt.
- 26:44 Par exemple, vous retenez moins bien l'itinéraire dans Paris.
- 26:48 Vous savez que vous savez utiliser votre téléphone.
- 26:51 Est-ce que c'est positif ou est-ce que c'est négatif ?
- 26:53 On ne sait pas très bien.
- 26:55 Ça dépend parce qu'en fait, lire des livres et savoir faire des relations entre les livres qu'on a lus,
- 26:59 Google ne le fait pas à notre place.
- 27:01 Est-ce que je peux vous lire une citation incroyable de Hegel ?
- 27:04 Bien sûr.
- 27:05 Moi, je ne suis pas un grand lecteur de Hegel parce qu'il m'effraie.
- 27:09 Il a déjà sa tête.
- 27:13 Mais j'ai trouvé...
- 27:16 On a hâte du coup là.
- 27:17 On ménage le suspense.
- 27:19 Voilà, c'est le problème d'externaliser sa mémoire.
- 27:23 Mais c'est incroyable qu'il ait écrit ça.
- 27:25 Avant, toutes les technologies dont on parle, il dit
- 27:27 « Si l'apprentissage se borna à une simple réception,
- 27:31 le résultat n'en serait guère meilleur que si nous écrivions des phrases sur l'eau.
- 27:35 Car ce n'est pas la réception mais l'auto-activité par laquelle on se saisit de quelque chose
- 27:40 qui fait que nous en avons la propriété.
- 27:42 Donc il faut réfléchir sur les savoirs plutôt que simplement les lire
- 27:46 pour qu'ils imprègnent notre pensée. »
- 27:48 Merci Etienne Klein pour cet échange.
- 27:50 Merci Tristan Zé, également chef de service sciences au Figaro.
- 27:54 Etienne Klein, je rappelle la sortie de vos deux livres cette année,
- 27:57 « Éloge du dépassement », « Transport physique ».
- 28:00 À la semaine prochaine pour un prochain Planétarium.
Dans cet entretien captivant, le physicien et philosophe Étienne Klein, directeur de recherche au CEA et animateur de "La Conversation Scientifique" sur France Culture, dialogue avec Tristan Ray, journaliste scientifique au Figaro. La discussion explore la nature de l'intelligence scientifique, les grandes découvertes en physique et l'impact croissant de l'intelligence artificielle (IA) sur ces domaines. Le débat s'ouvre sur une distinction cruciale entre l'IA, définie comme la gestion et le traitement de l'information (au sens anglais), et l'intelligence humaine, qui inclut la capacité à discerner le vrai du faux, à argumenter et à manipuler des concepts abstraits. Étienne Klein souligne que l'IA, malgré ses progrès en mathématiques, n'atteint pas encore la créativité conceptuelle d'un Einstein et ne peut pas, pour l'instant, remplacer l'imagination nécessaire aux découvertes fondamentales. Les intervenants reviennent ensuite sur des moments clés de l'histoire récente de la physique qui ont suscité une "excitation intellectuelle". La confirmation du boson de Higgs en 2012 est présentée comme la "pièce manquante" du modèle standard, résolvant le problème de la masse des particules et révélant que la masse n'est pas une propriété intrinsèque mais le résultat d'une interaction avec le champ de Higgs. Cette découverte a représenté une révolution conceptuelle, obligeant à repenser des notions familières. Un autre exemple marquant est la détection des ondes gravitationnelles en 2015, un siècle après leur prédiction par Einstein. Ces ondes, issues de la fusion de trous noirs, déforment l'espace-temps lui-même, offrant une nouvelle fenêtre sur l'astrophysique et démontrant la puissance des théories physiques à prédire de nouvelles entités. La conversation aborde également les mystères actuels de l'univers, tels que la matière noire et l'énergie noire. Étienne Klein explique comment certaines découvertes, paradoxalement, augmentent notre ignorance en révélant l'étendue de ce que nous ne savons pas. La matière noire, dont l'existence est suggérée par les équations d'Einstein mais qui reste indétectable, pose un dilemme fondamental : faut-il chercher de nouvelles entités ou modifier les lois de la physique ? Le télescope spatial Euclid est mentionné comme un outil clé pour contraindre nos hypothèses sur l'énergie noire. Enfin, le rôle de l'IA est réexaminé. Si l'IA peut être une aide précieuse pour la physique dans le traitement des données, sa capacité à générer de nouvelles idées ou à remplacer la créativité humaine est mise en question. Les intervenants s'interrogent sur les coûts énergétiques de l'IA et sur le sens du prix Nobel attribué à ses pionniers. La discussion soulève la question de savoir si l'IA dopera la paresse intellectuelle ou, au contraire, stimulera l'esprit humain. Citant Georges Bernanos et Hegel, ils insistent sur l'importance de l'auto-activité et de la réflexion pour l'acquisition du savoir, par opposition à la simple réception d'informations. La vidéo conclut sur l'idée que la créativité et l'intuition, essentielles aux mathématiques et à la physique théorique, restent des domaines où l'être humain conserve une avance significative, bien que l'IA puisse encore réserver des surprises.
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