Les récoltes de la honte - Cash investigation
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Ce reportage de Cash Investigation révèle les pratiques d'exploitation humaine et environnementale dans les chaînes d'approvisionnement des supermarchés pour maintenir des prix bas sur des produits comme les tomates, les brocolis et les bananes, en Italie et au Cameroun.
- 0:00 Nous, on a vraiment envie de vous interviewer à propos de ce qu'on a pu tourner au Cameroun.
- 0:12 Donc nous, la date sera la vôtre.
- 0:15 Vous voyez, on s'adapte à votre agenda.
- 0:18 Non, écoutez, je considérais pour l'instant que je ne réponds pas.
- 0:30 Bonsoir et bienvenue dans le monde merveilleux des affaires.
- 0:53 Vous l'avez certainement remarqué, quand on achète des aliments de bonne qualité,
- 0:57 on affiche souvent le nom ou la photo du producteur.
- 0:59 On sait d'où ça vient, c'est rassurant.
- 1:01 Mais pourquoi n'y a-t-il rien alors quand on achète de la nourriture à bas prix ?
- 1:05 Peut-être parce qu'il y a beaucoup plus de choses à cacher qu'à montrer.
- 1:13 Bonjour madame.
- 1:14 Est-ce que vous, quand vous faites vos courses, vous achetez particulièrement des prix bas ?
- 1:17 Est-ce que vous regardez les étiquettes ?
- 1:18 Oui, je regarde les étiquettes.
- 1:19 Vous êtes obligée de regarder les étiquettes ?
- 1:21 Exactement.
- 1:22 Personnellement, non.
- 1:23 Je privilégie plutôt la qualité.
- 1:24 Est-ce que vous vous méfiez des prix bas, du coup ?
- 1:26 Je fais très peu confiance à l'industrie agroalimentaire.
- 1:31 Trop bas, je me dis, qu'est-ce qu'il y a dedans ?
- 1:33 Est-ce que vous avez besoin d'en faire des économies sur quelque chose ?
- 1:39 Est-ce que vous vous demandez parfois comment ils font, par exemple, pour obtenir un kilo de tomates à 1,50 € ?
- 1:43 Oui, je me pose beaucoup la question, oui.
- 1:44 Attends, tu te la poses la question ?
- 1:45 Non.
- 1:46 Bon, ben voilà.
- 1:47 Vous ne vous posez pas la question ?
- 1:49 Non.
- 1:50 Si je vous dis que les gens qui récoltent ces tomates, pas loin de chez nous, juste à côté, en Italie,
- 1:55 c'est souvent des travailleurs sans-papiers qui sont complètement exploités,
- 1:58 qui vivent dans des baraquements en bois, à qui on a volé leur passeport,
- 2:02 qu'est-ce que ça vous inspire ?
- 2:04 Évidemment, ça me révolte.
- 2:05 Là, je suis restée indignée.
- 2:06 Je me dis que ce n'est pas des conditions de travail ni des conditions à traiter les autres.
- 2:11 Dans ce cas-là, c'est plutôt à nos gouvernements de régler le problème.
- 2:13 Le consommateur, à lui, à son niveau, il ne pourra pas faire grand-chose.
- 2:18 Ça pourrait vous faire changer de mode de consommation ?
- 2:20 Oui.
- 2:21 Effectivement, ça me ferait changer de comportement.
- 2:23 C'est vrai que ça fait beaucoup réfléchir.
- 2:25 J'achèterais plus de la même manière, après.
- 2:28 Les prix bas, c'est l'argument de vente numéro un, surtout en temps de crise.
- 2:32 Campagne de pub affiche 4 par 3.
- 2:34 Vous n'avez pas pu y échapper.
- 2:36 La concurrence fait rage entre les enseignes.
- 2:39 Mais comment font-elles pour obtenir ces prix ?
- 2:41 Pour le savoir, nous sommes allés en Italie, au Cameroun, en Guinée-Conakry,
- 2:45 à la rencontre de ces travailleurs de l'ombre que personne n'a envie de nous montrer, à nous, clients.
- 2:51 Pour cause, on arrêterait peut-être d'acheter ces produits à bas prix.
- 2:54 L'enquête est signée Vendriellanos.
- 2:56 Et vous pouvez réagir tout au long de l'émission sur les réseaux sociaux.
- 3:04 Tous les jours à la télé, c'est la guerre.
- 3:10 Une guerre impitoyable.
- 3:18 Mais une guerre juste.
- 3:21 Une guerre pour nous sauver, nous, consommateurs victimes de la crise.
- 3:27 C'est la guerre des prix.
- 3:28 Un combat sans merci.
- 3:31 Où des mousquetaires affrontent des nouveaux commerçants.
- 3:35 La Bichère a du souci à se faire.
- 3:39 Intermarché, tous unis contre la Bichère.
- 3:42 Où les Charles-Clair prennent les carrefours, font sauter les casinos,
- 3:46 et mettent à genoux les plus valeureux soldats du disco.
- 3:50 Vous qui choisissez la crème fraîche légère,
- 3:52 premier prix qu'on peut trouver chez Lidl ou ED, par exemple,
- 3:55 saviez-vous qu'en moyenne, elle était moins chère chez...
- 3:57 le Claire ?
- 3:59 Plus bas sera le prix, plus belle sera la victoire.
- 4:04 A bien écouter les noms de ces missions commerciales,
- 4:07 on a l'impression que ce conflit débouche sur une nouvelle philosophie de vie.
- 4:13 Vivons mieux, vivons moins cher.
- 4:16 Vous avez entendu ? Vivons mieux.
- 4:19 Moins cher.
- 4:22 Les prix bas, la confiance en plus.
- 4:24 Confiance. C'est un mot fort, la confiance.
- 4:28 Confiance en quoi, au juste ?
- 4:31 Ah oui, la qualité des produits, le respect de la nature et des hommes.
- 4:34 Les supermarchés ont toutes les vertus.
- 4:37 C'est un peu Élise au pays des merveilles.
- 4:42 Allez, entrez avec nous, sans crainte.
- 4:45 Ce miracle consumériste est d'autant plus improbable
- 4:48 que toute cette nourriture arrive des quatre coins du monde.
- 4:51 Une assiette mondialisée.
- 4:54 C'est la fameuse tomate de Noël, la fraise du mois de janvier,
- 4:57 le concombre espagnol, le saumon d'Ecosse, naturalisé chilien.
- 5:01 Pas cher, encore moins cher et responsable.
- 5:05 Tout le monde s'y retrouve.
- 5:07 Vraiment ?
- 5:09 On revient maintenant au scandale de la viande de cheval
- 5:11 intégrée dans de nombreux plats cuisinés surgelés.
- 5:14 Bien sûr, vous vous souvenez.
- 5:16 Findus, Spangero, Picard, la Roumanie.
- 5:20 La viande de cheval dans les lasagnes.
- 5:22 L'info que vous avez peut-être déjà oubliée,
- 5:24 c'est celle qui révèle le fond de l'histoire.
- 5:27 Un courtier néerlandais basé à Chypre.
- 5:29 C'est lui qui aurait négocié l'achat de la viande chevaline
- 5:31 auprès des abattoirs roumains.
- 5:34 Dans la guerre des prix,
- 5:35 ce sont des traders qui achètent et revendent de la viande.
- 5:38 Comme le pétrole ou le gaz,
- 5:39 l'alimentation est devenue un pur objet de spéculation.
- 5:44 C'est l'ultime stade de la pression sur les prix.
- 5:47 Du bœuf pas cher, si c'est du cheval,
- 5:51 c'est pas grave.
- 5:53 La société considère comme un dû
- 5:55 qu'on lui fournisse de l'alimentation pas chère,
- 5:57 à très bas prix.
- 5:58 A partir de là,
- 6:00 la main-d'œuvre là-dedans,
- 6:03 c'est la variable d'ajustement.
- 6:05 Et donc, il faut avoir une main-d'œuvre corvéable à merci.
- 6:09 La main-d'œuvre, c'est elle qui paye les prix bas.
- 6:12 Celles et ceux que vous ne voyez jamais.
- 6:15 Les petites mains en France et à l'étranger,
- 6:17 qui nous nourrissent.
- 6:18 A qui appartiennent-elles ?
- 6:21 Ces mains qui cueillent,
- 6:22 qui ramassent,
- 6:23 qui expédient.
- 6:26 Ces petites mains ont pourtant un visage.
- 6:28 Celui de l'esclavage moderne,
- 6:30 de l'exploitation humaine,
- 6:32 de la maltraitance.
- 6:37 On a commencé cette enquête
- 6:39 avant de faire nos courses,
- 6:40 chez Auchan.
- 6:41 Rayon légumes.
- 6:43 Aujourd'hui, il est tout vert,
- 6:45 il n'est pas cher, il est tout bio.
- 6:46 C'est le brocoli.
- 6:47 À moins d'un euro,
- 6:49 et bon pour la santé.
- 6:50 Il soulage votre conscience
- 6:51 et votre porte-monnaie.
- 6:53 Mais d'où vient-il exactement ?
- 6:59 De Rungis,
- 7:00 le plus grand marché de produits frais du monde.
- 7:04 Les grandes surfaces,
- 7:05 les épiciers, les restaurants,
- 7:06 tout le monde s'approvisionne ici.
- 7:10 Ça va ?
- 7:11 Tu peux charger ou pas ?
- 7:14 Tous les matins,
- 7:15 Salvatore reçoit les légumes fraîchement cueillis,
- 7:17 dont notre brocoli.
- 7:22 On a tous les marchandises
- 7:23 qui arrivent ici dans l'entrepôt chez nous,
- 7:25 par les camions qui viennent d'Italie.
- 7:29 Il est très très bon ce brocoli.
- 7:32 Déjà on voit qu'il est tout frais.
- 7:33 Regardez, la feuille, elle est bien fraîche.
- 7:35 Il est encore un tout petit peu mouillé
- 7:36 parce que celui-là,
- 7:37 c'est un produit qui est arrivé ici
- 7:38 ce matin.
- 7:39 Celui-là, il est filmé.
- 7:41 Donc c'est détecté.
- 7:42 De 500 grammes.
- 7:43 Celui-là qui est filmé,
- 7:44 il est prévu pour les grandes surfaces.
- 7:46 Ok.
- 7:47 Jusque-là, pas d'erreur.
- 7:48 C'est bien celui du rayon Auchan.
- 7:50 L'enquête avance à grands pas.
- 7:54 Et ils sont conditionnés où par exemple,
- 7:55 ces produits ?
- 7:56 Ça c'est conditionné
- 7:57 notamment chez, je sais pas ça là quoi,
- 7:58 chez le fournisseur.
- 8:00 Un fournisseur italien.
- 8:02 C'est écrit sur le carton.
- 8:04 Il habite là,
- 8:05 dans les Pouilles,
- 8:06 une région du sud de l'Italie.
- 8:09 On a roulé toute la nuit.
- 8:13 Et on est tombé sur
- 8:14 Pierre Paolo Passalacqua.
- 8:17 Le patriarche.
- 8:18 Le fondateur de l'entreprise.
- 8:20 Pierre Paolo, il est du genre,
- 8:22 tu vois mon petit,
- 8:23 un jour, tout ça sera à toi.
- 8:28 Votre exploitation,
- 8:29 c'est une des plus grandes de la région ?
- 8:32 C'est une des plus grandes de la région.
- 8:34 C'est comme chez les Américains.
- 8:36 Pierre Paolo Passalacqua
- 8:37 produit donc du brocoli.
- 8:39 Mais aussi du fenouil ou du raisin.
- 8:41 Que du bio, en quantité industrielle.
- 8:43 Chez lui, le bio,
- 8:45 c'est d'abord un engagement.
- 8:47 Le futur, c'est le bio.
- 8:49 Le futur, c'est le bio.
- 8:52 Moi, ça fait plusieurs années
- 8:54 que je fais du bio.
- 8:56 Pour tamiser tout cet or vert,
- 8:58 il en faut des petites mains dans les champs.
- 9:01 Des mains qui viennent d'où, au fait ?
- 9:03 Dans les bonnes entreprises,
- 9:05 vous trouverez des Italiens, des Roumains,
- 9:08 des Bulgares, des Moldaves.
- 9:10 Il y a de tout, en fait.
- 9:15 Regardez bien, eux, là-bas.
- 9:17 Si vous voulez des ouvriers bien spécialisés,
- 9:20 il faut prendre des Italiens,
- 9:22 bien spécialisés.
- 9:25 Seuls les Italiens
- 9:26 peuvent faire ce travail de qualité.
- 9:29 Et vous les prenez,
- 9:32 et vous les payez combien ?
- 9:35 Une dizaine d'euros de l'heure.
- 9:38 Ça me coûte cher,
- 9:39 mais si vous voulez de l'Italien,
- 9:41 il faut y mettre le prix.
- 9:45 De l'Italien à 10 euros, plein les champs.
- 9:47 Parce que je ne sais pas ça la quoi,
- 9:49 ça chôme pas.
- 9:50 On exporte tous les jours
- 9:51 des légumes par camions entiers.
- 9:57 Nous exportons beaucoup en Angleterre,
- 10:00 en Suisse,
- 10:02 en Allemagne,
- 10:03 en Hollande et en France.
- 10:07 Tiens, des ouvrières spécialisées
- 10:09 qui préparent les brocolis pour la France.
- 10:11 Si l'on en croit le patron,
- 10:13 elles doivent être italiennes, non ?
- 10:15 Bulgarie.
- 10:17 Lituanie.
- 10:19 Et vous êtes bien payée ici ?
- 10:22 Oui.
- 10:23 Combien ?
- 10:26 Je ne peux pas vous le dire.
- 10:28 Allez, dites-moi.
- 10:31 Bon, une heure, 4 euros.
- 10:35 Et combien d'heures par jour ?
- 10:38 8, 10 ?
- 10:39 9 heures.
- 10:41 Vous commencez à comprendre
- 10:42 comment on obtient un prix bas ?
- 10:46 Monsieur Auchon, il propose
- 10:47 des fruits et des légumes
- 10:48 à moins d'un euro le kilo tous les jours.
- 10:49 Ah bon ? Je ne sais pas.
- 10:50 Et saviez-vous que des ouvrières
- 10:52 qui travailleraient à la chaîne
- 10:53 9 heures par jour,
- 10:54 7 jours sur 7,
- 10:55 payaient 4 euros de l'heure,
- 10:57 c'est interdit par la loi italienne ?
- 11:01 Quand on vous disait
- 11:02 qu'il avait des convictions,
- 11:03 Pierre Paolo Passalacqua.
- 11:08 Continuons.
- 11:09 Dans la région,
- 11:10 nous rencontrons
- 11:11 un ouvrier agricole sénégalais
- 11:13 qui a participé à la récolte
- 11:14 des brocolis bio vendus chez Auchon.
- 11:19 Il nous tend l'enregistrement
- 11:20 des négociations salariales
- 11:22 menées pour lui
- 11:23 et une quinzaine de ses collègues africains
- 11:25 avec l'un des dirigeants
- 11:26 de la société Passalacqua,
- 11:27 le neveu du patron.
- 11:57 Pour les ouvriers africains,
- 11:58 ça sera seulement
- 11:59 2,70 euros de l'heure.
- 12:06 Nous proposons donc
- 12:07 une petite modification
- 12:08 à la prochaine campagne d'Auchon.
- 12:15 En attendant,
- 12:16 nous relisons la charte
- 12:17 d'éthique commerciale d'Auchon.
- 12:19 Elle tient sur le fait
- 12:20 que l'éthique commerciale
- 12:21 n'est qu'une partie
- 12:22 de l'éthique commerciale
- 12:23 d'Auchon.
- 12:24 La charte d'éthique commerciale d'Auchon,
- 12:26 elle tient sur une page.
- 12:27 Mais bon, il y a l'essentiel.
- 12:29 Chaque employé doit recevoir
- 12:31 le salaire minimum légal
- 12:32 dans son pays.
- 12:33 Les heures de travail
- 12:34 doivent être conformes
- 12:35 aux normes légales.
- 12:37 Le travail forcé
- 12:38 ne sera pas toléré.
- 12:40 On y parle aussi
- 12:41 de liberté syndicale,
- 12:42 de non-discrimination,
- 12:44 du respect de l'environnement.
- 12:49 Nous avons lu aussi
- 12:50 la charte de Carrefour,
- 12:51 de Leclerc,
- 12:52 de Casino.
- 12:53 Le Supermarché et Systeme U
- 12:54 nous ont envoyé un résumé.
- 12:55 Grosso modo, à chaque fois,
- 12:56 l'enseigne accorde
- 12:57 une importance fondamentale
- 12:58 au respect des travailleurs.
- 13:02 Chez nous,
- 13:03 tout le monde est bien traité.
- 13:04 Les enfants aussi.
- 13:05 Merci.
- 13:08 Tous les fournisseurs
- 13:09 des enseignes
- 13:10 doivent respecter
- 13:11 ce code de conduite.
- 13:12 D'ailleurs,
- 13:13 les supermarchés vous expliquent
- 13:14 que vous pouvez faire vos courses
- 13:15 sans inquiétude.
- 13:17 Que les produits
- 13:18 que vous mettez dans votre assiette
- 13:19 respectent l'environnement,
- 13:20 la santé
- 13:21 et les travailleurs.
- 13:23 Malgré cela,
- 13:24 ils sont toujours
- 13:25 bon marché.
- 13:26 C'est ça,
- 13:27 un prix bas
- 13:28 qui n'a rien à cacher.
- 13:29 U,
- 13:30 le commerce qui profite à tous.
- 13:32 Après cette histoire
- 13:33 de brocolis,
- 13:34 on a un léger doute
- 13:35 avec ce genre de promesses.
- 13:36 Alors nous continuons
- 13:37 de vérifier
- 13:38 avec les fruits et légumes
- 13:39 que nous consommons
- 13:40 tous les jours
- 13:41 et en toutes saisons.
- 13:42 La tomate,
- 13:43 par exemple.
- 13:45 On l'achète entière,
- 13:46 en bolognaise,
- 13:47 dans des plats préparés,
- 13:49 en coulis,
- 13:50 en jus,
- 13:51 en concentré.
- 13:53 En conserve,
- 13:54 comme dans ces boîtes.
- 13:56 Tomate pelée,
- 13:58 entière.
- 14:00 Estampillée au champ,
- 14:01 carrefour
- 14:02 ou simplement tomate.
- 14:04 70% des tomates en conserve
- 14:06 bon marché de nos rayons
- 14:07 viennent d'Italie.
- 14:09 En particulier de Foggia,
- 14:11 dans la région des Pouilles.
- 14:12 Oui, oui,
- 14:13 celle du brocoli bio.
- 14:16 Le futur,
- 14:17 c'est le bio.
- 14:18 Comme nous avions été choqués
- 14:19 lors de notre premier séjour,
- 14:21 nous décidons de repartir
- 14:22 sur de bonnes bases
- 14:23 en ouvrant un guide touristique.
- 14:27 Selon l'Office de Tourisme des Pouilles,
- 14:29 la région est pleine de promesses.
- 14:31 Vous passez la nuit
- 14:32 chez une vieille dame
- 14:33 dans une somptueuse villa.
- 14:35 Elle vous prépare un casse-croûte.
- 14:36 Vous pouvez ainsi pédaler
- 14:37 toute la journée,
- 14:38 sans effort,
- 14:39 même en montée.
- 14:40 Vous êtes le roi de la route.
- 14:42 À part vous,
- 14:43 personne.
- 14:44 À Milan,
- 14:45 on vous mettrait une contravention
- 14:46 mais là,
- 14:47 vous pouvez conduire avec les pieds.
- 14:48 Autour de vous,
- 14:49 les vieilles pierres
- 14:50 du Castel del Monte,
- 14:51 côtoient le bleu azur de la mer.
- 14:53 Vous glissez de collines en vallons
- 14:55 jusqu'à une petite église
- 14:57 où des gens à la fois pittoresques
- 14:59 et généreux
- 15:00 vous invitent à leur mariage.
- 15:01 Le paradis.
- 15:05 Dès notre retour sur place,
- 15:07 on a été légèrement déçus.
- 15:09 Nous sommes à deux pas
- 15:10 de la ville de Foggia,
- 15:12 mais dans ce que les gens du coin
- 15:13 appellent le Grand Ghetto,
- 15:15 en plein milieu des champs de tomates.
- 15:19 Nous arrivons en octobre.
- 15:20 C'est la fin de la saison.
- 15:23 Du printemps à l'automne,
- 15:25 entre 1500 et 3000 immigrés vivent ici.
- 15:28 Ce sont tous des cueilleurs de tomates.
- 15:31 Pas facile pour nous
- 15:32 d'entrer dans le bidonville.
- 15:33 Sénégalais,
- 15:34 Ivoiriens,
- 15:35 Maliens,
- 15:36 la plupart arrivent d'Afrique de l'Ouest.
- 15:37 Ils ont honte
- 15:38 de leurs conditions de vie.
- 15:40 Difficile de les filmer.
- 15:46 Finalement,
- 15:47 Issouf,
- 15:48 29 ans,
- 15:49 accepte de nous parler.
- 15:50 Il vient de Port-Boué,
- 15:52 en Côte d'Ivoire.
- 15:53 Il est 7h du matin,
- 15:54 c'est presque un peu tard
- 15:55 pour partir au travail.
- 16:13 La tomate, cette année,
- 16:14 c'est fini.
- 16:15 Issouf ramasse des olives.
- 16:16 Ça pourrait être du fenouil
- 16:18 ou du brocoli.
- 16:19 Pour avoir le droit
- 16:20 de vivre au grand ghetto,
- 16:21 il faut verser
- 16:22 au moins 100 euros par saison
- 16:23 aux propriétaires du terrain
- 16:25 pour installer une baraque.
- 16:28 Ici,
- 16:31 c'est là où nous dormons
- 16:32 présentement.
- 16:34 Et ça,
- 16:35 c'est la première couverture,
- 16:37 la deuxième
- 16:39 et la troisième.
- 16:42 Parce qu'avec le froid,
- 16:45 on n'arrive pas à tenir
- 16:46 avec ces maisons
- 16:47 où la queue est couverte
- 16:48 de carton.
- 16:51 Charpente en contreplaqué,
- 16:54 mur en carton,
- 16:57 isolation en plastique.
- 17:02 En face du baraque Mandissouf,
- 17:04 bienvenue au réfectoire.
- 17:06 Ici,
- 17:07 c'est là où
- 17:10 l'on peut cuisiner.
- 17:13 On chauffe quand même l'eau
- 17:15 pour se laver.
- 17:18 Dans le garde-manger,
- 17:19 peu de légumes,
- 17:20 pas même une boîte
- 17:21 de tomates pelées.
- 17:25 C'est le sucre.
- 17:26 Mais c'est congelé, là.
- 17:28 Vous voyez ?
- 17:30 C'était de la poudre,
- 17:31 mais c'est congelé.
- 17:32 Il fait trop froid ?
- 17:33 Ouais.
- 17:37 En venant en Italie,
- 17:38 sincèrement,
- 17:39 je n'y pensais pas un jour
- 17:41 trouver ces obstacles.
- 17:43 Je n'y pensais pas
- 17:45 trouver qu'en Italie,
- 17:47 on pourrait vivre comme ça,
- 17:49 on pourrait subir
- 17:51 une telle souffrance.
- 17:54 Parce que,
- 17:55 même en Afrique,
- 17:57 c'est beaucoup très rare
- 17:59 qu'on voit ces choses-là en Afrique.
- 18:01 Des choses aussi rares qu'ici ?
- 18:02 Ah oui.
- 18:03 Au Grand Ghetto ?
- 18:04 Ouais.
- 18:05 Le Grand Ghetto, c'est plus dur
- 18:06 que ce que vous avez vécu en Afrique ?
- 18:07 Ouais.
- 18:10 Si vous n'êtes pas encore convaincus,
- 18:12 jetez un oeil au sanitaire.
- 18:14 Vas-y, les douches,
- 18:15 je les mets là où je les lave.
- 18:18 Mais seulement si vous apportez votre seau.
- 18:21 L'eau est acheminée
- 18:22 par les autorités régionales des Pouilles.
- 18:27 Ce n'est pas la Dolce Vita,
- 18:29 c'est Foggia,
- 18:31 en plein cœur de l'Union Européenne.
- 18:35 Nous continuons notre visite
- 18:37 un peu particulière des Pouilles.
- 18:39 Un peu partout,
- 18:40 nous apercevons des maisons à moitié en ruines.
- 18:43 Ce sont des casolari.
- 18:45 Normalement,
- 18:46 on y range le matériel agricole.
- 18:51 Mais, vérification faite,
- 18:53 ce sont plutôt les cueilleurs immigrés
- 18:55 qui en font leur abri.
- 19:01 Combien sont-ils
- 19:02 à survivre ainsi
- 19:03 au milieu des champs en Italie ?
- 19:05 Il existe très peu
- 19:06 de travaux statistiques fiables,
- 19:08 mais nous avons mis la main
- 19:10 sur le rapport du principal syndicat
- 19:12 de salariés agricoles italiens,
- 19:14 FLY-CGIL.
- 19:15 Il date de 2012.
- 19:17 Cette étude,
- 19:18 réalisée avec des chercheurs
- 19:19 de l'Université de Milan
- 19:20 et certains procureurs
- 19:22 de la République italienne,
- 19:23 annonce 400 000 immigrés clandestins
- 19:26 travaillant dans le secteur agricole.
- 19:29 À Foggia,
- 19:30 les syndicalistes de CGIL
- 19:32 nous proposent d'assister
- 19:34 à un acte rarissime.
- 19:36 Deux saisonniers marocains
- 19:37 veulent porter plainte
- 19:38 contre leur patron.
- 19:43 Quel est ton problème ?
- 19:45 Ils m'ont rien payé.
- 19:47 On a travaillé pour rien.
- 19:51 Quand je lui dis
- 19:52 de me donner mon argent,
- 19:53 il me répond
- 19:54 « Attends, on verra plus tard.
- 19:55 Demain, après-demain,
- 19:56 la semaine prochaine. »
- 19:59 Et les horaires alors ?
- 20:00 À quelle heure
- 20:01 vous commenciez le matin
- 20:02 et à quelle heure vous finissiez ?
- 20:05 On commençait à 7 heures
- 20:07 jusqu'à 13 heures.
- 20:09 On reprenait à 13h30
- 20:11 et on finissait à 16h30.
- 20:13 Parfois même à 17 heures.
- 20:17 Neuf heures de cueillette par jour.
- 20:19 Nassim et Abdel ont travaillé
- 20:20 trois mois pour Defeo,
- 20:21 un gros exploitant agricole.
- 20:24 Ils n'ont reçu que 310 euros chacun.
- 20:26 Defeo leur devrait
- 20:27 au moins quatre fois plus.
- 20:29 Ils ont pris quelques photos d'eux
- 20:30 pendant la cueillette,
- 20:32 mais préfèrent rester anonymes.
- 20:34 L'un d'eux est sans papier.
- 20:39 Et le salaire alors ?
- 20:40 Il était payé par qui ?
- 20:42 Le chef de l'équipe,
- 20:43 le caporal.
- 20:45 Un caporal ?
- 20:46 Pourquoi parle-t-il d'un caporal ?
- 20:50 L'employeur,
- 20:51 le patron italien,
- 20:52 il s'en remet à ces caporaux
- 20:54 qui battent la campagne
- 20:55 pour recruter des travailleurs.
- 20:57 Ils leur disent
- 20:59 « Vous voulez venir travailler ? »
- 21:01 Les cueilleurs ne savent pas toujours
- 21:02 chez quel propriétaire
- 21:03 ils vont travailler,
- 21:05 combien ils vont être payés,
- 21:07 les horaires qu'ils vont faire.
- 21:09 Ils n'ont pas de rapport
- 21:10 avec l'employeur,
- 21:12 mais seulement avec ce caporal.
- 21:16 Un caporal,
- 21:17 comme à l'armée.
- 21:19 Dans les champs,
- 21:20 une organisation quasi militaire.
- 21:22 On appelle ça le système
- 21:23 du caporalato,
- 21:25 enraciné dans tout le secteur agricole
- 21:26 du sud de l'Italie.
- 21:28 Sans caporal,
- 21:29 pas de travail.
- 21:33 Adam est burkinabé.
- 21:35 En 2011,
- 21:36 il ramassait les tomates
- 21:37 près de Lecce,
- 21:38 dans les Pouilles.
- 21:42 L'année passée,
- 21:43 en Ado,
- 21:44 on était plus de 60 personnes.
- 21:47 Bon, le vrai contrat,
- 21:48 Peter, c'est 20 contrats.
- 21:49 Le reste,
- 21:51 il prend les gens dans le noir
- 21:52 et les gens,
- 21:53 les prix ne sont pas la même chose.
- 21:55 Bon, les grandes villes,
- 21:56 nous, on attendait
- 21:57 que les casaux,
- 21:58 normalement, c'était 10
- 21:59 et ils nous payaient à 4 euros.
- 22:03 4 euros
- 22:04 pour une caisse
- 22:05 de 300 kilos de tomates
- 22:06 ramassées en une heure.
- 22:08 Et à chaque fois,
- 22:09 le caporal prélève son pourcentage.
- 22:11 Adam a filmé discrètement
- 22:12 la récolte
- 22:13 avec son téléphone portable.
- 22:15 Le seul blanc sur ces images,
- 22:16 c'est le caporal.
- 22:18 Il est en train de faire l'appel.
- 22:26 Il définit les tâches,
- 22:28 verse les salaires
- 22:29 et transporte les troupes.
- 22:33 À 8,
- 22:34 dans une camionnette,
- 22:36 ce n'est pas de la charité,
- 22:37 c'est de la rentabilité.
- 22:40 Le caporal facture aussi
- 22:41 tous ses services
- 22:42 aux travailleurs.
- 22:48 Selon le rapport
- 22:49 du syndicat CGIL,
- 22:51 en Italie,
- 22:52 100 000 immigrés
- 22:53 seraient victimes
- 22:54 de ce racket généralisé.
- 22:56 Les autorités italiennes
- 22:57 ont longtemps fermé les yeux.
- 23:02 Valeria Mignone
- 23:03 est l'un des premiers magistrats
- 23:04 à les avoir ouverts.
- 23:11 Pour moi,
- 23:12 c'est une forme
- 23:13 d'esclavage moderne.
- 23:16 D'ailleurs,
- 23:17 la Convention de Genève
- 23:18 compare ces conditions
- 23:19 d'exploitation
- 23:20 à de l'esclavage.
- 23:26 L'unique contact
- 23:27 des cueilleurs
- 23:28 avec l'extérieur,
- 23:29 c'est le caporal.
- 23:31 L'eau leur est vendue
- 23:32 à des prix très élevés.
- 23:34 Un sandwich,
- 23:35 même un petit sandwich basique,
- 23:37 ils doivent l'acheter
- 23:38 entre 2,50 euros
- 23:39 et 5 euros.
- 23:41 Et tout ça,
- 23:42 ils ne peuvent l'acheter
- 23:43 qu'à leur caporal.
- 23:44 Ils n'ont pas le droit
- 23:45 de se le procurer autrement.
- 23:49 Ce caporal,
- 23:50 ils doivent aussi
- 23:51 le payer pour le logement,
- 23:53 même quand il s'agit
- 23:54 d'habitations insalubres
- 23:55 et délabrées
- 23:56 dans la périphérie
- 23:57 des villes.
- 24:01 L'an dernier,
- 24:02 la procureure Mignonnet
- 24:03 fait tomber
- 24:04 un réseau de trafic
- 24:05 d'êtres humains
- 24:06 organisé par des caporaux.
- 24:08 Ces images
- 24:09 sont tournées
- 24:10 par la police italienne
- 24:11 lorsqu'elle découvre
- 24:12 ce camp de travailleurs
- 24:13 immigrés
- 24:14 à Nardo,
- 24:15 tout au sud des Pouilles.
- 24:18 Des hommes
- 24:19 dormant sous des bâches
- 24:23 ou carrément
- 24:24 à la belle étoile.
- 24:26 Deux ans d'enquête,
- 24:27 de longues heures
- 24:28 d'écoute téléphonique
- 24:29 et un matin,
- 24:30 bingo,
- 24:31 le ROS,
- 24:32 le RAID italien,
- 24:33 fait un énorme coup de filet.
- 24:36 À intermédiaire,
- 24:37 caporaux,
- 24:38 trafiquants,
- 24:39 exploitants agricoles,
- 24:40 au total 22 personnes
- 24:41 sont arrêtées.
- 24:43 Mais impossible
- 24:44 de recenser
- 24:45 les centaines de victimes
- 24:46 du réseau venu
- 24:47 d'Afrique du Nord,
- 24:48 du Ghana,
- 24:49 du Sénégal
- 24:50 ou du Soudan.
- 24:55 Les immigrés
- 24:56 prenaient contact
- 24:57 avec un trafiquant.
- 24:59 Ils payaient
- 25:00 autour de 3 500 euros
- 25:01 pour le voyage.
- 25:04 On leur promettait
- 25:05 un travail bien rémunéré
- 25:06 et bien sûr,
- 25:07 le permis de séjour.
- 25:10 Ils arrivaient en Italie
- 25:11 convaincus d'être
- 25:12 dans une situation régulière.
- 25:15 Ils s'étaient endettés
- 25:16 pour ça.
- 25:18 Mais bien sûr,
- 25:19 tous les papiers
- 25:20 étaient faux.
- 25:23 Sans travail déclaré,
- 25:24 sans papier,
- 25:25 les immigrés
- 25:26 sont prisonniers
- 25:27 du réseau.
- 25:28 Corvéable à Merci.
- 25:31 La procureure mignonnée
- 25:32 ordonne des écoutes
- 25:33 des chefs présumés
- 25:34 du réseau
- 25:35 pendant 3 mois.
- 25:37 Sur les bandes,
- 25:38 écoutez cette discussion
- 25:39 entre deux exploitants.
- 25:40 Ils parlent bien
- 25:41 d'êtres humains.
- 25:44 Bon maintenant,
- 25:45 ceux-là,
- 25:46 je te les exténue
- 25:47 comme des bêtes,
- 25:48 jusqu'à ce soir au moins.
- 25:49 Tu me tiens
- 25:50 une équipe fraîche
- 25:51 et je vois s'ils arrivent
- 25:52 à faire 4,
- 25:53 500 quinto.
- 25:54 T'as compris ?
- 25:55 Ok, d'accord.
- 25:57 Pour les femmes
- 25:58 qui travaillent dans les champs,
- 25:59 on vous laisse deviner
- 26:00 comment elles sont traitées.
- 26:03 Pour l'entrepôt,
- 26:04 tu as besoin
- 26:05 de combien de femmes ?
- 26:06 Je sais pas,
- 26:07 11 ou 12.
- 26:08 On prend 2 femmes avec nous.
- 26:09 D'un côté,
- 26:10 elles travaillent à l'entrepôt
- 26:11 et de l'autre,
- 26:12 elles travaillent de nuit.
- 26:13 Tu vois ce que je veux dire ?
- 26:15 L'un des exploitants
- 26:16 impliqués et arrêtés
- 26:17 par la police
- 26:18 est le gérant de l'entreprise
- 26:19 Fior di Fruta.
- 26:21 Mais elle ne produit
- 26:22 que très peu de tomates.
- 26:24 L'une des spécialités maison,
- 26:25 la pastèque.
- 26:27 Fior di Fruta
- 26:28 est installée
- 26:29 dans la zone industrielle
- 26:30 de Nardo,
- 26:31 ici.
- 26:33 C'est le frère du gérant
- 26:34 qui nous accueille.
- 26:35 Nous l'enregistrons
- 26:36 avec une caméra cachée.
- 26:43 Nous avons des témoignages
- 26:44 qui disent que
- 26:45 Fior di Fruta
- 26:46 fait du caporalato,
- 26:47 utilise des travailleurs
- 26:48 immigrés.
- 26:50 Est-ce que c'est parce que
- 26:51 vous devez faire
- 26:52 plus de profits ?
- 26:54 Non, ce n'est pas vrai.
- 26:58 C'est vrai que les étrangers
- 26:59 vivent dans des conditions
- 27:01 pas très satisfaisantes.
- 27:05 Mais bon,
- 27:06 il faut voir aussi
- 27:07 comment ces gens-là
- 27:08 vivent chez eux.
- 27:11 Eux, ils me disent
- 27:12 moi je suis bien ici
- 27:13 à dormir sous un arbre.
- 27:15 Même si c'est un peu dur,
- 27:17 je suis bien sous l'arbre.
- 27:21 Ben oui quoi,
- 27:22 après tout,
- 27:23 finalement,
- 27:24 c'est sympa le camping sauvage
- 27:25 entre copains
- 27:26 à job d'été.
- 27:27 A priori,
- 27:28 avec un tel discours,
- 27:29 cet exploitant n'a aucune chance
- 27:30 de respecter
- 27:31 la charte éthique
- 27:32 d'un supermarché français.
- 27:34 Vous êtes d'accord ?
- 27:35 Vous exportez en France ?
- 27:36 Oui, nous exportons en France,
- 27:37 à Carrefour.
- 27:40 Fior di Fruta
- 27:41 vendrait donc
- 27:42 des pastèques à Carrefour
- 27:44 en passant par un intermédiaire
- 27:45 de la région.
- 27:48 Nous nous empressons
- 27:49 d'aller vérifier.
- 27:51 Histoire de savoir
- 27:52 si les pastèques sont vendues
- 27:53 non seulement à Carrefour,
- 27:54 mais peut-être
- 27:55 à d'autres enseignes françaises.
- 27:58 Nous laissons tourner
- 27:59 la caméra cachée,
- 28:00 désolé,
- 28:01 on n'a pas le choix.
- 28:02 Nos principaux clients,
- 28:03 c'est la grande distribution.
- 28:14 Non seulement Carrefour,
- 28:15 mais beaucoup d'autres
- 28:16 supermarchés français
- 28:17 seraient des clients
- 28:18 de cet intermédiaire.
- 28:20 C'est à ce moment-là
- 28:21 qu'on a commencé
- 28:22 à envoyer des mails,
- 28:23 passer des coups de téléphone,
- 28:24 à toutes ces enseignes.
- 28:30 Et croyez-nous,
- 28:31 avant qu'elles nous répondent,
- 28:32 on a le temps
- 28:33 de regarder pousser les légumes.
- 28:39 En attendant la récolte,
- 28:40 nous poursuivons l'enquête.
- 28:42 Et retrouvons
- 28:43 les travailleurs marocains.
- 28:44 Vous vous souvenez
- 28:45 les deux hommes
- 28:46 qui voulaient porter plainte
- 28:47 contre leur employeur
- 28:48 pour cause de maltraitance
- 28:49 et absence de rémunération.
- 28:51 Ils avaient pris
- 28:52 quelques photos d'eux
- 28:53 dans les champs.
- 28:56 Ils nous emmènent
- 28:57 près des locaux
- 28:58 de leur ancien patron,
- 28:59 mais n'osent plus s'approcher.
- 29:01 Ils craignent des représailles
- 29:02 après notre départ.
- 29:04 Alors nous y allons seuls,
- 29:05 histoire de vérifier
- 29:06 si les tomates
- 29:07 produites ici
- 29:08 partent en France.
- 29:09 Vous avez deviné,
- 29:10 on est encore obligés
- 29:11 d'utiliser une caméra cachée.
- 29:12 Bonjour !
- 29:13 Cette entreprise a vendu
- 29:14 des tomates entières
- 29:15 l'an dernier en direct
- 29:16 à Auchan,
- 29:18 à trois supermarchés
- 29:19 dans l'Est de la France.
- 29:20 Une opération ponctuelle
- 29:21 de trois jours.
- 29:24 Mais en plus de ça,
- 29:25 via un intermédiaire,
- 29:27 la société expédie
- 29:28 trois camions de tomates
- 29:29 par jour
- 29:30 à une entreprise installée
- 29:31 au pied du Vésuve,
- 29:32 près de Naples.
- 29:35 La société Jaguaro.
- 29:37 C'est la troisième
- 29:38 conserverie de tomates
- 29:39 d'Europe.
- 29:40 Un poids lourd.
- 29:41 115 millions d'euros
- 29:42 de chiffre d'affaires.
- 29:50 Cet après-midi,
- 29:51 nous avons rendez-vous
- 29:52 avec les dirigeants
- 29:53 de Jaguaro.
- 29:58 Quel est le pourcentage
- 29:59 des tomates
- 30:00 qui arrivent ici,
- 30:01 à Jaguaro,
- 30:02 et qui viennent de Foggia ?
- 30:04 Qui viennent d'Épouille,
- 30:05 80%.
- 30:07 Je suis allé à Foggia
- 30:08 et il y a un peu
- 30:09 un problème
- 30:11 d'exploitation
- 30:12 de certains travailleurs.
- 30:13 Est-ce que c'est quelque chose
- 30:14 auquel ils doivent faire attention
- 30:15 quand ils travaillent
- 30:16 à la qualité ici ?
- 30:17 Nous, nous demandons
- 30:18 à nos fournisseurs
- 30:19 d'adopter un code éthique.
- 30:21 Tous les producteurs
- 30:22 font une déclaration ?
- 30:25 Oui.
- 30:27 Ils peuvent faire
- 30:28 une déclaration.
- 30:30 C'est obligatoire ?
- 30:32 Non, ce n'est pas obligatoire,
- 30:33 mais si on le demande,
- 30:34 ils peuvent le faire facilement.
- 30:38 Comment vous faites
- 30:39 pour contrôler ?
- 30:41 C'est coupé.
- 30:43 Pour s'assurer
- 30:44 que les tomates mises en conserve
- 30:45 ne sont pas le fruit
- 30:46 de l'exploitation
- 30:47 de travailleurs immigrés,
- 30:48 Jaguaro se repose
- 30:49 sur ce genre de certificat
- 30:50 validé par une société d'audit.
- 30:52 Dommage,
- 30:53 les fournisseurs
- 30:54 n'ont aucune obligation légale,
- 30:55 la démarche est basée
- 30:56 sur le volontariat.
- 30:59 Donc ça, c'est une preuve,
- 31:00 pour vous,
- 31:01 ça c'est un certificat
- 31:02 qui est validé
- 31:03 par une société d'audit ?
- 31:04 Oui, c'est un certificat
- 31:05 qui est validé
- 31:06 par une société d'audit.
- 31:07 C'est un certificat
- 31:08 qui est validé
- 31:09 par une société d'audit.
- 31:10 Pour vous, ça suffit ?
- 31:11 Oui.
- 31:12 Mais eux, ils vont sur le terrain,
- 31:13 ils vont voir comment ça se passe
- 31:14 dans les champs à Foglia ?
- 31:16 Vous savez pas ça ?
- 31:17 Vous pouvez pas savoir ?
- 31:18 Oui, on peut pas savoir.
- 31:23 Est-ce qu'un jour,
- 31:24 vous avez envie
- 31:25 d'aller voir un peu
- 31:26 comment ça se passe
- 31:27 dans les champs ?
- 31:29 Je vais réfléchir.
- 31:31 Pourquoi vous voudriez
- 31:32 pas y aller ?
- 31:33 Parce qu'en fait,
- 31:34 moi, j'ai fait un autre travail.
- 31:35 Donc si j'ai commencé
- 31:36 les années dans les champs,
- 31:37 moi, j'ai pas le temps
- 31:38 de faire les produits.
- 31:40 Pendant le tour du propriétaire,
- 31:42 Manlio nous parle
- 31:43 de son vrai travail,
- 31:44 vendre les conserves de tomates
- 31:45 à ses clients européens,
- 31:47 dont les Français.
- 31:51 Chaque semaine,
- 31:52 il y a presque 45, 50 camions
- 31:54 qui vont partir pour la France.
- 31:57 Chaque semaine, 50 camions ?
- 31:58 Oui, plus ou moins.
- 31:59 Toute l'année ?
- 32:00 Toute l'année, oui.
- 32:02 50 camions par semaine,
- 32:03 soit plus de 1500 tonnes
- 32:05 de tomates en conserve.
- 32:06 Combien ont été récoltées
- 32:07 par des travailleurs immigrés
- 32:09 exploités ou proches
- 32:10 de l'esclavage ?
- 32:12 Il y a comme un défaut
- 32:13 de contrôle dans l'air.
- 32:14 En revanche,
- 32:15 on connaît parfaitement
- 32:16 les clients.
- 32:17 Là, il est à la main
- 32:18 contre le jardin
- 32:19 pour la Scamartine.
- 32:20 Le clair ?
- 32:21 Le clair, oui.
- 32:23 Saviez-vous qu'en moyenne,
- 32:24 elle était moins chère
- 32:25 chez le clair ?
- 32:27 Et ça, c'est que je suis
- 32:28 pour la France.
- 32:29 Il est à la main contre...
- 32:31 C'est ça,
- 32:32 un privat qui n'a rien
- 32:33 à cacher.
- 32:34 Le commerce qui profite
- 32:35 à tous.
- 32:36 Il y a aussi Carrefour.
- 32:38 Carrefour,
- 32:39 les prix bas,
- 32:40 la confiance en plus.
- 32:43 C'est un produit
- 32:44 pour grand champ.
- 32:45 Vivons mieux,
- 32:46 vivons moins cher.
- 32:48 Ok, à ce stade,
- 32:49 vous vous demandez comme nous
- 32:50 si toutes ces enseignes
- 32:51 savent ce qu'il se passe
- 32:52 dans les champs
- 32:53 en Italie du Sud.
- 32:55 Rapport alors,
- 32:56 charte éthique.
- 33:00 Pendant quatre mois,
- 33:01 on a appelé tout le monde
- 33:02 et envoyé des mails.
- 33:05 Pour la tomate en conserve,
- 33:07 les magasins eux,
- 33:08 refus d'interview,
- 33:09 comme le clair.
- 33:11 Pour la pastèque
- 33:12 et la tomate en conserve,
- 33:13 Carrefour,
- 33:14 refus d'interview.
- 33:16 Pour la pastèque,
- 33:17 la tomate en conserve
- 33:18 et le brocoli bio,
- 33:19 Auchan.
- 33:20 Avec eux,
- 33:21 nos discussions n'avançaient pas.
- 33:22 Un jour,
- 33:23 nous avons lu quelque part
- 33:24 que le patron,
- 33:25 en personne,
- 33:26 posait la première pierre
- 33:27 d'un futur centre commercial
- 33:28 Auchan,
- 33:29 à mot.
- 33:31 Le patron d'Auchan,
- 33:32 c'est pas le monsieur Auchan,
- 33:33 c'est pas le monsieur au centre.
- 33:35 C'est lui,
- 33:36 Vianney Muli.
- 33:40 Bonjour monsieur.
- 33:42 Bonjour, pardon.
- 33:43 Vendredi, je vous en prie.
- 33:44 Vendredi, il annonce que je travaille
- 33:45 pour France 2,
- 33:46 pour l'émission Cache Investigation.
- 33:48 Et on est en Italie,
- 33:49 où on a regardé
- 33:50 dans quelles conditions
- 33:51 étaient récoltées les tomates,
- 33:53 notamment qu'on peut trouver chez vous,
- 33:54 soit en frais,
- 33:55 soit dans des conserves.
- 33:58 Et ça pose des sérieuses questions
- 34:00 par rapport aux droits des travailleurs.
- 34:02 On s'est rendu compte
- 34:03 qu'il y avait pas mal de gens
- 34:04 qui travaillaient de façon
- 34:05 soit d'une main-d'oeuvre exploitée.
- 34:06 Chez nos fournisseurs ?
- 34:07 Chez les fournisseurs
- 34:08 de nos fournisseurs.
- 34:09 Chez vos fournisseurs
- 34:10 ou chez des fournisseurs
- 34:11 de fournisseurs, effectivement.
- 34:12 On vous a sollicité plusieurs fois.
- 34:14 On a sollicité...
- 34:16 Passé par la direction de la cour ?
- 34:17 Oui, monsieur Catalifo.
- 34:18 On lui a envoyé plusieurs mails.
- 34:19 On lui a demandé
- 34:20 de savoir quand est-ce
- 34:21 qu'on pourrait se rencontrer
- 34:22 pour une interview.
- 34:23 C'est pour ça qu'on vient aujourd'hui,
- 34:24 en fait.
- 34:25 Moi, je ne fais pas de médias.
- 34:26 C'est pour ça que votre caméra,
- 34:27 elle m'embête.
- 34:28 Ah bon ?
- 34:29 Pourquoi vous faites pas de médias ?
- 34:30 Parce que je veux pouvoir
- 34:31 continuer à prendre
- 34:32 le métro tranquillement.
- 34:33 D'accord, mais c'est important quand même.
- 34:34 C'est des questions
- 34:35 qui sont suffisamment lourdes.
- 34:36 Les questions sont légitimes,
- 34:37 je suis d'accord.
- 34:38 Mais je voudrais
- 34:39 qu'elles soient bien traitées.
- 34:40 Et ça n'a pas toujours été le cas.
- 34:41 Donc, si c'est pour se faire
- 34:42 déchirer en public,
- 34:43 ça ne m'intéresse pas.
- 34:44 Qui pourrait répondre
- 34:45 à l'interview chez vous ?
- 34:46 Mais j'ai une direction, là.
- 34:47 C'est un engagement de votre part.
- 34:48 Je m'engage
- 34:49 à vous donner une réponse
- 34:50 et vous dire
- 34:51 qui participera
- 34:53 C'est finalement cette lettre
- 34:54 qui participera.
- 34:55 Très télégénique.
- 34:56 Auchan s'abrite
- 34:57 derrière la responsabilité
- 34:58 de ses fournisseurs.
- 34:59 Nous avons vérifié
- 35:00 que l'ensemble
- 35:01 de ces fournisseurs
- 35:02 avaient bien signé
- 35:03 notre code d'éthique commerciale,
- 35:04 ce qui était le cas.
- 35:05 Le fournisseur de brocolis
- 35:06 a été audité
- 35:07 et ne laissé que
- 35:08 une fois sur place.
- 35:09 Il a été éliminé
- 35:10 par l'administration
- 35:11 de l'administration
- 35:12 de l'administration
- 35:13 de l'administration
- 35:14 de l'administration
- 35:15 de l'administration
- 35:16 de l'administration
- 35:17 de l'administration
- 35:18 de l'administration
- 35:19 de l'administration
- 35:20 Le fournisseur de brocolis
- 35:21 a été audité
- 35:22 et ne laisse apparaître
- 35:23 aucun manquement aux normes
- 35:24 en matière de conditions
- 35:25 de travail.
- 35:26 En lisant ces lignes,
- 35:27 une fois encore,
- 35:28 on se demande vraiment
- 35:29 comment sont réalisées
- 35:30 les audits sociaux.
- 35:32 Concernant le fournisseur
- 35:33 de tomates fraîches,
- 35:34 là, Auchan a pris
- 35:35 une décision.
- 35:39 Nous n'envisageons pas
- 35:40 de collaborer à nouveau
- 35:41 avec ce fournisseur.
- 35:43 Pour la conserve
- 35:44 de jaguaros, en revanche,
- 35:45 Auchan n'a relevé
- 35:46 aucun problème.
- 35:47 Quant aux pastèques,
- 35:48 l'enseigne nie
- 35:49 toute transaction
- 35:50 avec le fournisseur italien.
- 35:53 Concernant Intermarché,
- 35:55 pour la pastèque
- 35:56 et la tomate en conserve,
- 35:57 nous avons essuyé
- 35:58 un refus de la direction
- 35:59 de la communication.
- 36:01 Mais l'enseigne a organisé
- 36:02 dernièrement un salon
- 36:03 professionnel
- 36:04 des produits du terroir
- 36:05 avec plein de producteurs
- 36:06 et fournisseurs français.
- 36:08 Personne ne nous a
- 36:09 empêchés d'entrer,
- 36:10 alors nous voilà.
- 36:12 C'est parti.
- 36:13 Nous cherchons le responsable
- 36:14 de l'offre alimentaire
- 36:15 du groupement,
- 36:16 Thierry Cotillard.
- 36:17 Bonjour.
- 36:19 Ou alors,
- 36:20 Anne Sainte-Marie,
- 36:21 l'une des responsables
- 36:22 marketing.
- 36:23 Bonjour.
- 36:24 Je cherche monsieur Cotillard.
- 36:25 Est-ce que vous savez
- 36:26 où il est ?
- 36:30 Vers là-bas.
- 36:31 OK.
- 36:32 Bonjour.
- 36:33 Je cherche monsieur Cotillard.
- 36:34 Est-ce que vous savez
- 36:35 où il est ?
- 36:36 Bonjour.
- 36:37 Vous cherchez qui ?
- 36:38 Monsieur Cotillard
- 36:39 ou madame Sainte-Marie.
- 36:40 D'accord.
- 36:41 Merci vraiment.
- 36:42 Bonjour monsieur Cotillard
- 36:43 et Elise Lucet.
- 36:44 Enchanté.
- 36:45 Moi aussi.
- 36:46 Merci d'être venu nous voir.
- 36:47 Bonjour.
- 36:48 Bonjour madame.
- 36:49 Merci, merci.
- 36:50 Je regardais un petit peu,
- 36:51 je discutais avec vos collaborateurs.
- 36:52 En fait, c'est un salon
- 36:53 sur les produits régionaux.
- 36:54 Exactement.
- 36:55 En ayant un salon comme celui-ci,
- 36:56 vous êtes sûr de la provenance
- 36:57 des produits, bien sûr.
- 36:58 Oui.
- 36:59 Là, on sait que c'est
- 37:00 un fabriqué en France,
- 37:01 qu'on espère
- 37:02 que toutes les origines
- 37:03 de matières sont françaises.
- 37:04 Et de toute façon,
- 37:05 derrière un salon comme ça,
- 37:06 il y a des ingénieurs qualité
- 37:07 du groupe
- 37:08 qui vont se déplacer,
- 37:09 qui vont aller auditer,
- 37:10 qui vont reprendre
- 37:11 la traçabilité.
- 37:12 Et avec l'actualité,
- 37:13 on ne peut plus
- 37:14 servir les gens aujourd'hui.
- 37:15 Oui.
- 37:16 Je vous demande ça
- 37:17 parce que nous,
- 37:18 on s'est procuré
- 37:19 cette petite boîte
- 37:20 que vous connaissez certainement.
- 37:21 C'est du concentré de tomate
- 37:22 top budget.
- 37:23 C'est votre marque propre,
- 37:24 comme on dit.
- 37:25 Tout à fait.
- 37:26 C'est une marque distributeur.
- 37:27 C'est la manière
- 37:28 de dire marque distributeur
- 37:29 pour intermarché.
- 37:30 Est-ce que vous êtes sûr
- 37:31 que ce concentré de tomate,
- 37:32 il est propre, comme on dit ?
- 37:33 Il est propre.
- 37:34 Est-ce qu'il est propre ?
- 37:35 Est-ce qu'il a été produit
- 37:37 dans des conditions
- 37:38 qui sont des conditions respectables ?
- 37:39 Alors, sur ce produit-là...
- 37:40 Je vous le donne
- 37:41 parce que vous le connaissez.
- 37:42 Oui, je connais la marque.
- 37:43 Nous, d'une manière générale,
- 37:47 et qui les fabrique maintenant.
- 37:48 Sur ce produit-là,
- 37:49 je ne sais pas.
- 37:50 Nous, on est allé voir aussi
- 37:51 chez les producteurs
- 37:52 qui fabriquent vraiment
- 37:53 ce concentré de tomate
- 37:54 qui est vendu chez vous
- 37:55 et chez d'autres.
- 37:56 Encore une fois,
- 37:57 ce n'est pas intermarché
- 37:58 qu'on veut montrer du doigt.
- 37:59 Et on s'est aperçu
- 38:00 qu'en fait,
- 38:01 c'était fabriqué,
- 38:02 les tomates,
- 38:03 elles étaient récoltées
- 38:04 et ensuite,
- 38:05 c'était fabriqué
- 38:06 par des gens
- 38:07 qui étaient absolument surexploités.
- 38:08 C'est souvent des travailleurs immigrés
- 38:09 qui sont sous la coupe des caporaux.
- 38:10 Si vous voulez,
- 38:11 c'est des exploiteurs
- 38:12 de gens qui sont absolument vulnérables,
- 38:13 qui ont des papiers
- 38:14 qui se retrouvent
- 38:15 dans des conditions de travail
- 38:16 absolument affreuses
- 38:17 et eux,
- 38:18 ils profitent de ça
- 38:19 pour les faire travailler
- 38:20 et ensuite,
- 38:21 pour fabriquer
- 38:22 ce concentré de tomate
- 38:23 que vous vendez.
- 38:24 Ça vous pose souci quand même,
- 38:25 non ?
- 38:26 Ça me pose souci,
- 38:27 bien évidemment,
- 38:28 parce que les valeurs
- 38:29 de notre enseigne,
- 38:30 ce n'est pas ça,
- 38:31 ce n'est pas l'exploitation
- 38:32 des gens,
- 38:33 ce n'est pas la mauvaise bouffe,
- 38:34 etc.
- 38:35 Sur la démarche nutritionnelle
- 38:36 et ce qu'il y a dedans,
- 38:37 il faut savoir
- 38:38 qu'on fait des audits
- 38:39 avec le fournisseur.
- 38:40 Et sur le social, alors ?
- 38:41 Et sur le social,
- 38:43 quand les sourcings sont
- 38:44 à l'étranger,
- 38:45 notamment en Asie,
- 38:46 parce qu'il y a des choses
- 38:47 qui viennent d'Asie,
- 38:48 il y a normalement
- 38:49 dans notre groupe
- 38:50 des contrôles.
- 38:51 C'est dans les poules
- 38:52 ici en Italie,
- 38:53 donc est-ce qu'il y a eu
- 38:54 des contrôles là-dessus ?
- 38:55 On va vérifier,
- 38:56 mais je pense que
- 38:57 ça n'a pas l'air
- 38:58 d'être le cas.
- 38:59 Moi, je me mets à la place
- 39:00 du consommateur.
- 39:01 Ce n'est pas normal
- 39:02 que moi je sois au courant
- 39:03 de ça
- 39:04 et que vous ne le soyez pas.
- 39:05 Là, on est face
- 39:06 à des travailleurs immigrés
- 39:07 et ils vivent dans un ghetto
- 39:08 qui s'appelle le Grand Ghetto,
- 39:09 c'est des bidonvilles.
- 39:10 Ils sont dans des bidonvilles
- 39:11 et ils produisent quelque chose
- 39:12 que vous vendez.
- 39:13 Comment vous réagissez ?
- 39:14 Là, moi, je réagis.
- 39:16 Il y aura une décision,
- 39:18 mais ça, c'est des choses
- 39:19 qu'on ne peut pas accepter.
- 39:20 Ça veut dire que l'audit
- 39:21 qu'on n'a peut-être pas fait
- 39:22 dans ce pays-là,
- 39:23 en pensant que c'est l'Italie,
- 39:24 l'Italie, c'est comme la France,
- 39:25 comme l'Europe,
- 39:26 et bien ça veut dire
- 39:27 que demain,
- 39:28 il y aura des audits.
- 39:29 Vous pêchez par naïveté ?
- 39:30 Par naïveté, je ne sais pas.
- 39:33 Il y a aussi certainement
- 39:35 beaucoup de produits,
- 39:37 beaucoup de fournisseurs
- 39:38 et qu'aujourd'hui,
- 39:39 ça devient impératif
- 39:40 d'être sur tous les dossiers,
- 39:41 sur tous les produits.
- 39:43 Vous êtes d'accord que c'est important
- 39:44 pour le consommateur ?
- 39:45 C'est capital.
- 39:46 On a travaillé sur la tomate
- 39:47 et on a travaillé aussi
- 39:48 sur des pastèques.
- 39:49 Des pastèques qui sont vendues
- 39:50 encore une fois chez vous,
- 39:51 mais pas seulement,
- 39:52 qui sont aussi vendues
- 39:53 dans des grandes marques françaises.
- 39:54 Elles sont produites
- 39:56 dans une exploitation.
- 39:58 Je vais vous montrer
- 39:59 le visage d'un homme.
- 40:00 Regardez, je vous le montre.
- 40:02 Il s'appelle Pantaleo Latino.
- 40:06 Il est accusé d'avoir exploité
- 40:08 avec une vingtaine de personnes
- 40:09 un véritable réseau humain.
- 40:11 C'est de l'esclavage moderne.
- 40:13 Cet homme fait de l'esclavage moderne.
- 40:16 Il vend des pastèques.
- 40:17 Moi, je suis cliente d'intermarché.
- 40:18 Je viens chez vous.
- 40:19 Je ne m'attends pas à ça.
- 40:20 Non, mais ce n'est pas quelque chose
- 40:21 qui peut être acceptable
- 40:22 d'avoir ça en parallèle.
- 40:23 Vous ne pouvez pas accepter ça.
- 40:24 Bien sûr que non.
- 40:25 Mais vous l'avez accepté.
- 40:27 Vous l'avez accepté sans le savoir.
- 40:28 C'est-à-dire que moi,
- 40:29 je l'apprends là, évidemment.
- 40:30 Ça veut dire que tous les contrôles
- 40:31 sont certainement perfectibles
- 40:32 et leurs fréquences,
- 40:33 et il va falloir effectuer.
- 40:34 D'accord.
- 40:35 Ça veut dire qu'au vu
- 40:36 de ce que je suis en train
- 40:37 de vous raconter,
- 40:38 vous allez vous revoir
- 40:39 vos systèmes de contrôle ?
- 40:40 Sur ce cas très précis,
- 40:42 je peux vous assurer
- 40:43 que c'est dès demain matin,
- 40:44 c'est dans la menu.
- 40:45 C'est monstrueux.
- 40:46 Après, c'est évident
- 40:47 qu'il va falloir éclaircir
- 40:50 ce sujet-là très précis.
- 40:52 C'est peut-être des listes
- 40:53 de fournisseurs
- 40:54 qu'il faut blacklister
- 40:55 parce qu'on n'a pas la garantie
- 40:56 et sans transparence du fournisseur,
- 40:57 s'interdire de travailler avec lui.
- 40:59 Aujourd'hui, ce qu'on écrit
- 41:00 et qu'on a déjà écrit
- 41:01 et qu'on continue à écrire
- 41:02 de façon plus approfondie,
- 41:03 c'est justement autre chose
- 41:04 qu'un acte d'achat
- 41:05 parce que ça ne suffit plus
- 41:06 pour réduire l'acte d'achat.
- 41:07 Et d'ailleurs,
- 41:08 on vient d'être pris
- 41:09 en flagrant délit de non savoir,
- 41:10 ce qui est un peu triste.
- 41:11 Ça vous désole ?
- 41:12 Moi, ça me désole.
- 41:13 Ça me choque même,
- 41:14 mais on va faire la lumière.
- 41:16 Objectivement,
- 41:17 est-ce que le fait de se battre
- 41:18 pour avoir des prix
- 41:19 les plus bas possible
- 41:20 ne vous amène pas
- 41:21 vers une frontière
- 41:22 qui est extrêmement dangereuse
- 41:24 vis-à-vis des conditions de travail ?
- 41:26 Parce que vous l'avez dit,
- 41:27 il peut y avoir
- 41:28 deux, trois, quatre intermédiaires,
- 41:30 tout ça pour avoir
- 41:31 les prix les moins chers possible.
- 41:32 Objectivement ?
- 41:33 Très objectivement,
- 41:34 nous, on ne rentrera pas
- 41:36 dans cette course effrénée
- 41:37 à tout le moins cher possible
- 41:39 et sans conditions en face.
- 41:41 Je peux vous assurer
- 41:42 que notre volonté,
- 41:43 c'est le prix le plus bas du marché,
- 41:44 mais avec des vraies responsabilités
- 41:46 qu'on a à nous à côté,
- 41:47 c'est-à-dire de travailler
- 41:48 avec des PME,
- 41:49 de ne pas tuer l'agriculture française
- 41:51 ou autre,
- 41:52 et d'avoir des engagements
- 41:53 que ce qu'on met sur le marché
- 41:55 soit le plus simple possible
- 41:56 et le plus responsable.
- 41:58 Ça veut dire
- 41:59 que vous allez retirer
- 42:00 ces produits du marché ?
- 42:01 On va tout de suite se renseigner.
- 42:02 Oui, ça,
- 42:03 c'est le genre de décision
- 42:04 qu'on est capable de prendre.
- 42:05 Mais ça, ça veut surtout dire...
- 42:06 Si c'est confirmé,
- 42:07 vous allez retirer
- 42:08 ces produits du marché ?
- 42:09 Sur celui-là, oui.
- 42:10 Engagement ferme
- 42:11 vis-à-vis des consommateurs ?
- 42:12 Bien sûr.
- 42:13 Merci beaucoup.
- 42:14 Merci beaucoup.
- 42:15 A bientôt.
- 42:16 Au revoir.
- 42:17 Depuis notre visite
- 42:18 chez Intermarché,
- 42:19 le groupe a commandé
- 42:20 un audit social
- 42:21 approfondi
- 42:22 de son fournisseur
- 42:23 de conserves de tomates.
- 42:24 En fonction des résultats,
- 42:26 Intermarché décidera
- 42:27 de poursuivre ou non
- 42:28 sa collaboration
- 42:29 avec Jaguaro.
- 42:30 Pour la pastèque,
- 42:31 l'enseigne déclare
- 42:32 28 tonnes commandées
- 42:33 pour l'année 2012.
- 42:34 Mais rassurez-vous,
- 42:35 pas de pastèque en 2013.
- 42:42 La nouvelle récolte
- 42:43 bat son plein
- 42:44 depuis deux mois
- 42:45 dans le sud de l'Italie.
- 42:50 En pensant aux travailleurs
- 42:51 du Grand Ghetto
- 42:52 et à nos courses
- 42:53 de fin de semaine,
- 42:54 on se demandait simplement
- 42:56 quel sera le prix
- 42:57 des tomates
- 42:58 cette année.
- 43:01 Le prix des tomates
- 43:02 C'est le prix des tomates.
- 43:14 Ces fruits,
- 43:16 ces légumes
- 43:17 qui atterrissent un jour
- 43:18 dans votre assiette,
- 43:19 avec un peu de persévérance,
- 43:21 vous pouvez savoir
- 43:22 d'où ils viennent.
- 43:24 Qui payent vraiment
- 43:25 le prix des prix bas ?
- 43:26 Qui règle
- 43:27 la facture sociale ?
- 43:31 Mais il y a un produit
- 43:32 pour lequel cette facture
- 43:33 est encore plus salée.
- 43:36 C'est le poisson.
- 43:39 En mer,
- 43:40 pas de témoins,
- 43:41 pas de police,
- 43:42 pas de syndicats.
- 43:43 Et l'exploitation
- 43:44 de la main-d'œuvre
- 43:45 va encore plus loin.
- 43:47 Les forçats de la mer
- 43:48 dont nous allons vous parler
- 43:49 sont perdus
- 43:50 au beau milieu de l'océan,
- 43:51 embarqués,
- 43:52 seuls au monde.
- 43:55 Pour échapper
- 43:56 à la récolte,
- 43:57 on a besoin
- 43:59 Pour espérer raconter
- 44:00 leur histoire,
- 44:01 il faut se lever tôt,
- 44:02 3 heures du matin.
- 44:10 Toujours à Rungis,
- 44:11 bâtiment A4,
- 44:13 la marée.
- 44:15 170 000 tonnes
- 44:16 de produits de la mer
- 44:17 passent par là
- 44:18 chaque année.
- 44:19 A priori,
- 44:20 vous vous dites que
- 44:21 ces grossistes
- 44:22 sont des experts du poisson.
- 44:23 Ils connaissent le nom
- 44:24 et les surnoms
- 44:25 des espèces.
- 44:26 Et bien sûr,
- 44:27 leur provenance.
- 44:29 C'est là
- 44:30 qu'on a été un peu déçus.
- 44:31 Pour recueillir
- 44:32 les confidences,
- 44:33 on ressort
- 44:34 notre caméra cachée.
- 44:57 Je regardais,
- 44:58 c'était marqué
- 44:59 Atlantique-Centre-Est, non ?
- 45:00 C'est là ?
- 45:01 Ouais, c'est ça ?
- 45:02 Atlantique-Centre-Est,
- 45:03 c'est là.
- 45:04 Ah bon ?
- 45:05 J'espère que ce n'est pas
- 45:06 au Sorogneau ?
- 45:07 C'est dans l'espace, ça ?
- 45:08 Je crois que c'est
- 45:09 qu'il y a des nouveaux endroits.
- 45:10 Ah ouais ?
- 45:11 Pourtant,
- 45:12 sur le carton,
- 45:13 c'est bien marqué
- 45:14 Atlantique-Centre-Est.
- 45:15 C'est marrant
- 45:16 qu'on oublie vite
- 45:17 les cours de géographie.
- 45:18 Bon, reprenons.
- 45:21 L'Atlantique-Centre-Est,
- 45:22 c'est ici.
- 45:24 Ceux qui ont pas mal
- 45:25 travaillé dans le secteur,
- 45:26 ce sont les militants
- 45:27 de l'ONG environnementale
- 45:28 connue pour ses coups d'éclat
- 45:29 au milieu des océans,
- 45:31 Greenpeace.
- 45:37 Le responsable pêche
- 45:38 de Greenpeace France
- 45:39 est non voyant.
- 45:41 Pourtant,
- 45:42 il garde les yeux bien ouverts
- 45:43 sur les conditions de vie
- 45:44 de ces forçats de la mer.
- 45:48 On travaille sur la pêche
- 45:49 industrielle,
- 45:50 justement,
- 45:51 que ce soit par ses enjeux
- 45:52 environnementaux,
- 45:53 mais aussi sociaux.
- 45:54 On se pose la question
- 45:55 des conditions de travail
- 45:57 et ce qu'on trouve assez vite,
- 46:00 c'est des choses
- 46:01 qui relèvent clairement
- 46:02 de l'esclavage.
- 46:03 Ces conditions-là
- 46:04 ont été rapportées.
- 46:06 Elles sont malheureusement
- 46:07 plus courantes
- 46:08 qu'on peut l'imaginer.
- 46:09 C'est aussi
- 46:11 pour une industrie
- 46:12 qui alimente le poisson
- 46:13 que nous, on mange ici.
- 46:14 Par exemple,
- 46:15 en Guinée-Conakry,
- 46:16 un petit pays
- 46:17 d'Afrique de l'Ouest
- 46:18 avec une grande façade maritime
- 46:20 et une grande culture maritime.
- 46:25 Conakry,
- 46:26 la capitale.
- 46:28 Les artisans-pêcheurs
- 46:29 du port de Boulbinet
- 46:31 partent tous les jours
- 46:32 à l'assaut de cette mer
- 46:33 parmi les plus poissonneuses
- 46:34 du monde.
- 46:36 Mais la concurrence
- 46:37 est rude.
- 46:39 Asiatiques ou européens,
- 46:40 les chalutiers industriels
- 46:41 du monde entier
- 46:42 viennent pêcher
- 46:43 au large de la Guinée,
- 46:45 parfois dans l'illégalité
- 46:46 la plus totale.
- 46:48 Réservés aux pêcheurs
- 46:49 traditionnels,
- 46:50 les pêcheurs
- 46:51 ne peuvent pas
- 46:53 Réservés aux pêcheurs
- 46:54 traditionnels,
- 46:55 une zone de 12 000
- 46:57 est parfaitement interdite
- 46:58 aux bateaux industriels.
- 47:00 Mais certains
- 47:01 jettent leur filet
- 47:02 à seulement quelques brasses
- 47:03 de la plage,
- 47:04 là où les poissons
- 47:05 sont les plus nombreux.
- 47:11 Et pour piller
- 47:12 les mers du coin
- 47:13 au meilleur prix,
- 47:14 on se moque
- 47:15 du droit maritime,
- 47:16 comme des droits de l'homme.
- 47:18 C'est ce que dénonce
- 47:19 EJF,
- 47:20 une ONG anglaise.
- 47:22 Avec son dernier rapport
- 47:23 sur la pêche illégale
- 47:24 en Afrique de l'Ouest,
- 47:25 l'organisation décrit
- 47:26 les abus,
- 47:27 les mauvais traitements
- 47:28 dont sont victimes
- 47:29 les milliers de marins
- 47:30 embarqués à bord
- 47:31 des chalutiers
- 47:32 coréens
- 47:33 et chinois.
- 47:35 Elle a même tourné
- 47:36 ces images.
- 47:37 Celles-ci datent de 2006.
- 47:40 Ici un chalutier chinois
- 47:42 qui mériterait
- 47:43 un petit coup de peinture.
- 47:46 A l'intérieur
- 47:47 de ce genre de navire,
- 47:49 voici les ateliers
- 47:50 de traitement du poisson.
- 47:53 Enfin,
- 47:54 les cabines
- 47:55 de l'équipage.
- 47:57 Tout confort.
- 48:11 Retour à terre.
- 48:13 Dans la banlieue
- 48:14 de Conakry,
- 48:15 à une heure du port,
- 48:16 l'équipage de l'équipage
- 48:17 de l'équipage de l'équipage
- 48:18 de l'équipage de l'équipage
- 48:19 de l'équipage de l'équipage
- 48:20 de l'équipage de l'équipage
- 48:21 d'énergie.
- 48:23 À l'invinier,
- 48:24 le réunionment
- 48:25 au coeur du port,
- 48:27 nous avons rendez vous
- 48:28 avec un marin
- 48:29 qui a vécu l'Enfer
- 48:30 en mer.
- 48:32 Ali Seni, 38 ans,
- 48:33 travaille
- 48:34 sur ses chalutiers
- 48:35 industriels.
- 48:37 Pas vraiment par choix,
- 48:38 mais par devoir.
- 48:39 Il doit nourrir
- 48:40 les 12 personnes
- 48:41 de sa famille.
- 48:44 J'ai navigué
- 48:45 avec plus de 12 bateaux
- 48:48 plus de 12 bateaux chinois.
- 48:49 Abondamment,
- 48:50 nuit et jour.
- 48:54 Aujourd'hui, c'est dimanche,
- 48:55 pas un jour de repos.
- 48:58 Quand tu te reposes,
- 49:00 ton contrat est annulé.
- 49:02 Lors de sa dernière sortie
- 49:03 en mer de 28 jours,
- 49:05 Ali Seni et ses collègues
- 49:06 travaillent d'arrache-pied.
- 49:08 Le dernier jour,
- 49:09 24 heures sans dormir.
- 49:10 Épuisé,
- 49:11 il décide
- 49:12 d'aller se reposer.
- 49:13 J'ai refusé de travailler.
- 49:15 Je suis rentré
- 49:16 dans ma cabine,
- 49:17 je me reposais.
- 49:18 Mon chef de pont est venu
- 49:19 me faire sortir forcement.
- 49:21 Il m'a dit
- 49:22 on va te bastonner.
- 49:24 Les Chinois s'apprêtent
- 49:25 à te bastonner.
- 49:26 Ils sont souvent prêts
- 49:28 à nous agresser,
- 49:29 à nous blesser,
- 49:31 avec des fers,
- 49:33 avec des barres de fer,
- 49:34 des trucs comme ça.
- 49:36 Et tout ça
- 49:37 pour un salaire de misère.
- 49:38 Tu ne gagnes
- 49:39 que les 200 dollars.
- 49:40 Qu'est-ce que tu vas faire
- 49:41 avec les 200 dollars ?
- 49:42 Regarde les enfants,
- 49:44 j'ai 12 personnes
- 49:45 en charge de moi.
- 49:47 200 dollars,
- 49:48 150 euros par mois,
- 49:50 sans pause,
- 49:51 sans week-end,
- 49:52 sans répit.
- 49:54 Pour recueillir
- 49:55 d'autres témoignages
- 49:56 et comprendre
- 49:57 à quoi ressemble la vie
- 49:58 sur les chalutiers industriels,
- 49:59 nous nous rendons
- 50:00 au syndicat
- 50:01 des marins-pêcheurs
- 50:02 de Guinée.
- 50:03 Devant la caméra,
- 50:04 les marins prennent la parole
- 50:05 pour faire l'inventaire
- 50:06 des mauvais traitements
- 50:07 qu'ils subissent
- 50:08 au large.
- 50:10 Tous les partis nous demandaient
- 50:11 parce que j'étais mal au ventre,
- 50:12 de nous débarquer.
- 50:13 Quand nous nous débarquions,
- 50:14 vu que nous allons rentrer,
- 50:15 ils suivent l'eau,
- 50:17 soignent à l'hôpital.
- 50:19 Donc dans ça,
- 50:20 ils se sont jetés sur moi.
- 50:21 Ils voulaient me jeter dans l'eau.
- 50:23 J'ai crié le nom
- 50:24 de ce dernier,
- 50:25 Ousmane Kaba.
- 50:26 Il est venu à l'intervention,
- 50:27 directement on lui a cogné
- 50:28 un coup de poing,
- 50:29 il est tombé.
- 50:30 En se lévant maintenant,
- 50:31 ils ont pris le bar de fer
- 50:32 aussi,
- 50:33 ils ont cogné sa tête.
- 50:35 C'est quoi ça ?
- 50:36 C'est le scythe.
- 50:37 C'est le scythe.
- 50:38 Frappé à la tête,
- 50:39 Ousmane s'évanouit.
- 50:40 Sérieusement blessé,
- 50:41 il attend quatre jours
- 50:42 que le bateau retourne au port
- 50:43 pour être enfin soigné.
- 50:46 Frank Toumkara
- 50:47 ne va plus en mer.
- 50:49 Il gère aujourd'hui
- 50:50 le syndicat des marins pêcheurs.
- 50:52 Il tient les comptes,
- 50:53 enregistre les plaintes
- 50:54 de ses collègues.
- 50:56 Ça c'est les différents PV
- 50:58 d'audition
- 51:00 que le chargé
- 51:01 des relations extérieures,
- 51:03 litiges et contentieux,
- 51:05 fait souvent,
- 51:06 chaque fois que les marins
- 51:07 rentrent de la mer.
- 51:08 7, 8, 9,
- 51:10 10,
- 51:12 11,
- 51:13 parce qu'il y en a 18.
- 51:14 Il y a eu 18 plaintes
- 51:15 sur l'année 2011.
- 51:18 Pas de sanitaire,
- 51:19 pas de repos,
- 51:20 trop de bagarre,
- 51:21 mauvais traitement.
- 51:23 Un des marins évoque
- 51:24 l'un de ses collègues
- 51:25 retrouvé mort dans les filets,
- 51:27 dont le corps a été rejeté
- 51:28 à la mer.
- 51:29 Et ça continue comme ça,
- 51:30 page après page.
- 51:32 À chaque fois,
- 51:33 les maltraitances ont lieu
- 51:34 sur des bateaux industriels
- 51:35 qui ne sont pas
- 51:37 chinois ou sud-coréens.
- 51:50 Il est extrêmement difficile
- 51:51 de se rendre en haute mer
- 51:52 pour monter à bord
- 51:53 des bateaux de pêche asiatiques.
- 51:55 Après quelques vaines tentatives,
- 51:56 l'armée guinéenne
- 51:57 accepte de nous emmener.
- 51:59 C'est marrant en Afrique
- 52:00 qu'il y a toujours
- 52:01 un militaire français
- 52:02 dans les parages.
- 52:03 L'équipage,
- 52:04 chacun à son poste.
- 52:05 Je ne veux voir
- 52:06 personne sur la passerelle.
- 52:07 Chacun à son poste.
- 52:09 Devant la caméra,
- 52:10 le gouvernement guinéen
- 52:11 veut nous montrer qu'il agit.
- 52:13 Appareillage en grande pompe,
- 52:16 bon vent.
- 52:17 Les flibustiers
- 52:18 n'ont qu'à bien se tenir.
- 52:29 Les ennemis ne dorment pas.
- 52:31 Il ne faut pas que nous aussi
- 52:33 nous dormons aussi.
- 52:35 Donc c'est notre raison d'être
- 52:36 à la marine.
- 52:39 Bon, d'accord,
- 52:40 c'est un peu facile
- 52:41 de se moquer.
- 52:42 Mais si on le fait,
- 52:43 c'est parce qu'en réalité
- 52:44 les autorités guinéennes
- 52:45 organisent cette sortie
- 52:46 juste pour nous.
- 52:48 Au quotidien,
- 52:49 jusqu'à aujourd'hui,
- 52:50 elles n'ont pas vraiment agi
- 52:51 pour empêcher les abus.
- 52:54 Après deux heures de mer,
- 52:55 nous apercevons
- 52:56 un chalutier coréen,
- 52:58 immobile,
- 52:59 à l'intérieur
- 53:00 des eaux territoriales guinéennes.
- 53:01 C'est une zone de pêche
- 53:02 interdite
- 53:03 pour les navires industriels.
- 53:05 Nous y allons.
- 53:11 Une fois à bord,
- 53:12 les inspecteurs
- 53:13 du ministère de la Pêche
- 53:14 sont chargés du contrôle.
- 53:20 D'emblée,
- 53:21 le capitaine sud-coréen
- 53:22 annonce qu'il est en panne.
- 53:23 Ça serait la raison
- 53:24 de sa présence
- 53:25 près de la côte,
- 53:26 dans la zone de pêche interdite.
- 53:32 Nous en profitons
- 53:33 pour aller voir l'équipage
- 53:34 à l'intérieur du navire.
- 53:44 Huit marins
- 53:45 dorment ici
- 53:46 dans cinq mètres carrés.
- 53:52 Voici la cuisine.
- 53:55 A première vue,
- 53:56 c'est un peu moins catastrophique
- 53:57 que sur d'autres bateaux.
- 53:59 Mais bon,
- 54:00 on est très loin
- 54:01 des standards modernes
- 54:02 européens
- 54:03 ou sud-coréens.
- 54:31 Nous n'avons pas
- 54:32 beaucoup de temps.
- 54:33 Direction la Cale.
- 54:34 Juste quelques minutes
- 54:35 pour constater
- 54:36 que le poisson pêché ici
- 54:38 au large de la Guinée,
- 54:39 une fois emballé,
- 54:40 devient sud-coréen.
- 54:44 Un beau tour de passe-passe.
- 54:47 Car depuis 2007,
- 54:48 la Guinée n'a pas le droit
- 54:50 d'exporter son poisson en Europe
- 54:52 pour des raisons sanitaires.
- 54:55 Il n'y a pas assez
- 54:56 d'infrastructures à terre
- 54:57 pour garantir la fraîcheur
- 54:58 de la marchandise.
- 55:00 Et trop de corruption
- 55:01 des autorités
- 55:02 pour assurer des contrôles
- 55:03 fiables sur les bateaux
- 55:04 de pêche au large.
- 55:06 Normalement,
- 55:07 les poissons pêchés ici
- 55:09 ne devraient pas arriver
- 55:10 en Europe.
- 55:11 Alors on change
- 55:12 leur nationalité.
- 55:13 Demandons au capitaine
- 55:14 où il compte expédier
- 55:15 son vrai faux poisson coréen.
- 55:17 Le poisson va en Europe.
- 55:19 Comment vous l'envoyez
- 55:20 en Europe ?
- 55:22 Le poisson,
- 55:23 comment il va en Europe ?
- 55:25 Il passe par l'Espagne,
- 55:26 par le port de Las Palmas.
- 55:28 Ah, Las Palmas.
- 55:30 Sur le carton,
- 55:31 un identifiant,
- 55:32 Corf 181.
- 55:35 Par cet agrément,
- 55:36 Bruxelles autorise
- 55:37 le bateau coréen
- 55:38 à livrer sa pêche
- 55:39 chez nous.
- 55:41 Pour braver l'interdiction
- 55:42 d'importer du poisson guinéen
- 55:43 en Europe,
- 55:44 le système est bien rodé.
- 55:46 Des bateaux congélateurs
- 55:47 viennent chercher la cargaison,
- 55:49 souvent pêchées illégalement
- 55:50 près des côtes.
- 55:52 Ça s'appelle le transbordement.
- 55:54 Ce n'est pas permis.
- 55:55 Les bateaux congélateurs
- 55:56 repartent illico
- 55:57 vers le port espagnol
- 55:58 de Las Palmas,
- 55:59 au Canary,
- 56:00 porte d'entrée
- 56:01 de l'Union Européenne.
- 56:06 Nous y sommes.
- 56:08 En enquêtant à Las Palmas,
- 56:10 nous dénichons
- 56:11 ce tableau officiel
- 56:12 des autorités portuaires.
- 56:14 Les allées est venue
- 56:15 de trois bateaux congélateurs
- 56:16 en 2012,
- 56:17 entre l'Afrique de l'Ouest
- 56:18 et Las Palmas.
- 56:20 Selon nos calculs,
- 56:21 ils auraient livré dans ces hangars
- 56:23 au minimum 35 000 tonnes
- 56:25 de faux poissons asiatiques.
- 56:27 Le Lianroon,
- 56:28 le Haifeng,
- 56:29 deux navires chinois,
- 56:30 et un coréen,
- 56:31 le Ceta 73.
- 56:34 Après vérification,
- 56:35 le Ceta 73,
- 56:36 c'est le bateau
- 56:37 qui importe en Europe
- 56:38 le poisson pêché
- 56:39 par le chalutier
- 56:40 sur lequel nous sommes montés
- 56:42 au large de la Guinée.
- 56:46 C'est écrit ici,
- 56:48 dans les documents
- 56:49 du représentant
- 56:50 des douanes espagnoles
- 56:51 à Las Palmas.
- 56:53 Mais pour lui,
- 56:54 aucun problème.
- 56:55 Le poisson est coréen,
- 56:56 un point c'est tout.
- 56:58 Est-ce que ce n'est pas un problème
- 56:59 que ce soit marqué Corée ?
- 57:04 Non, l'origine,
- 57:05 c'est la Corée.
- 57:07 Pour un douanier,
- 57:08 si le poisson est pêché
- 57:09 dans les eaux internationales,
- 57:11 l'origine,
- 57:12 c'est l'origine du bateau.
- 57:16 Donc, ce poisson,
- 57:17 vous n'avez aucun moyen
- 57:18 de savoir
- 57:19 s'il vient de Guinée ?
- 57:23 Non,
- 57:24 je ne peux pas le savoir.
- 57:27 Mais j'ai ici un document
- 57:28 qui affirme que la pêche
- 57:29 a été contrôlée.
- 57:31 Pour nous,
- 57:32 elle est légale.
- 57:34 Pouvez-vous me dire
- 57:35 qui achète ce poisson ?
- 57:37 Il faudrait que je mette
- 57:38 à votre disposition
- 57:39 des statistiques,
- 57:40 mais des données précises
- 57:41 sur un importateur
- 57:42 qui achète le poisson
- 57:43 d'un bateau donné,
- 57:46 la loi m'empêche
- 57:47 de vous le dire.
- 57:53 Voilà comment l'Union européenne
- 57:55 laisse débarquer
- 57:56 du faux poisson asiatique
- 57:57 dont elle ignore
- 57:58 et l'origine
- 57:59 et les conditions
- 58:00 dans lesquelles il a été pêché,
- 58:03 sans nous dire où il va.
- 58:18 Mais la traçabilité,
- 58:19 c'est pas encore gagné.
- 58:23 Allez,
- 58:24 un dernier coup de rame.
- 58:27 Direction Bruxelles.
- 58:34 Sur le pont,
- 58:35 la commissaire aux pêches,
- 58:36 Maria Damanaki,
- 58:37 nous attend.
- 58:39 Interview de Mme Damanaki,
- 58:40 première.
- 58:42 Écoutez bien,
- 58:43 c'est édifiant.
- 58:44 Vous êtes commissaire européenne
- 58:45 chargée des affaires maritimes
- 58:47 et de la pêche.
- 58:48 Est-ce que vous pouvez
- 58:49 nous garantir,
- 58:50 à nous consommateurs,
- 58:51 la qualité et la provenance
- 58:52 de tout le poisson
- 58:53 qui est vendu en Europe ?
- 58:54 Non.
- 58:55 Ça, c'est quelque chose
- 58:56 que je ne peux pas vous garantir.
- 58:57 Pourquoi ?
- 58:58 Parce que...
- 58:59 Ah bon ?
- 59:01 Je ne peux pas garantir
- 59:02 que tout le poisson
- 59:03 est pêché légalement.
- 59:04 Et c'est embêtant
- 59:05 pour le consommateur.
- 59:06 Oui, oui.
- 59:07 Certaines personnes
- 59:08 pensent peut-être
- 59:09 que la pêche illégale
- 59:10 n'est pas un gros problème,
- 59:11 mais c'en est un.
- 59:13 Dans le monde entier,
- 59:14 10% du poisson
- 59:15 est pêché illégalement.
- 59:17 Ça s'élève à 10 milliards d'euros
- 59:18 chaque année.
- 59:20 Vous imaginez
- 59:22 Nous pouvons dire
- 59:23 que nous faisons des progrès,
- 59:24 mais nous ne sommes pas sûrs
- 59:25 à 100%
- 59:26 que tout le poisson
- 59:27 qui arrive dans notre assiette
- 59:28 est pêché de manière légale.
- 59:29 Nous, en allant
- 59:30 à Las Palmas, au Canary,
- 59:31 on trouve du poisson
- 59:32 qui a été pêché
- 59:33 en Guinée-Conakry.
- 59:34 Les importations sont interdites
- 59:35 en Europe depuis 2007.
- 59:36 C'est écrit noir sur blanc
- 59:37 par vos services.
- 59:38 Ces bateaux, ensuite,
- 59:39 sont transbordés
- 59:40 sur des bateaux
- 59:41 qui sont ou chinois
- 59:42 ou coréens.
- 59:43 Ils arrivent à Las Palmas,
- 59:44 aux portes de l'Europe.
- 59:45 Ils transbordent ce poisson.
- 59:47 On va le consommer,
- 59:48 nous tous,
- 59:49 et il ne se passe rien.
- 59:51 Donc vous comprenez.
- 59:52 Mais dans le port de Las Palmas,
- 59:53 ils doivent contrôler.
- 59:54 Ce n'est pas si simple.
- 59:55 Tous les bateaux
- 59:56 qui arrivent à Las Palmas
- 59:57 ne peuvent pas débarquer
- 59:58 comme ça.
- 59:59 Si ça arrive...
- 1:00:00 Ils vérifient,
- 1:00:01 ils inscrivent même
- 1:00:02 sur des documents officiels.
- 1:00:03 Nous ne pouvons pas être partout.
- 1:00:04 Nous devons travailler
- 1:00:05 avec les Etats membres,
- 1:00:06 ensemble.
- 1:00:07 Donc je ne vais pas
- 1:00:08 décerner les mauvais points
- 1:00:09 aux autres.
- 1:00:10 Nous prenons
- 1:00:11 nos responsabilités.
- 1:00:12 Nous ne pouvons pas
- 1:00:13 y arriver tout seuls.
- 1:00:14 C'est un fléau mondial
- 1:00:15 ce qu'on découvre
- 1:00:16 dans l'histoire
- 1:00:17 des bateaux.
- 1:00:18 C'est un fléau mondial.
- 1:00:20 Ce qu'on découvre
- 1:00:21 quand on va là-bas,
- 1:00:22 c'est huit hommes
- 1:00:23 qui sont entassés
- 1:00:24 dans une cabine
- 1:00:25 qui doit faire
- 1:00:26 4 mètres carrés,
- 1:00:27 qui ont à peine
- 1:00:28 une couchette pour dormir,
- 1:00:29 des conditions sanitaires
- 1:00:30 absolument déplorables.
- 1:00:31 C'est de l'esclavage moderne
- 1:00:32 qu'on découvre
- 1:00:33 quand on va là-bas.
- 1:00:34 Vous êtes d'accord ?
- 1:00:35 Je suis d'accord.
- 1:00:36 Je sais.
- 1:00:37 Je suis d'accord avec ça.
- 1:00:38 C'est ma responsabilité.
- 1:00:39 Je ne peux pas
- 1:00:40 ignorer cette situation.
- 1:00:41 Je ne peux pas mentir
- 1:00:42 et dire que ça n'arrive pas.
- 1:00:43 Cet homme,
- 1:00:44 on le voit,
- 1:00:45 il a reçu un coup
- 1:00:46 sur la tête.
- 1:00:47 Il a reçu
- 1:00:48 un coup sur la tête.
- 1:00:49 Il a la tête entaillée.
- 1:00:50 Donc, voilà,
- 1:00:51 on se dit
- 1:00:52 quand je rassemble
- 1:00:53 tous ces documents,
- 1:00:54 rien ne me garantit
- 1:00:55 que le poisson
- 1:00:56 que je vais acheter
- 1:00:57 dans mon supermarché,
- 1:00:58 il n'est pas produit
- 1:00:59 dans ces conditions-là.
- 1:01:00 Je voudrais vous dire
- 1:01:01 quelque chose
- 1:01:02 qui n'est pas simple,
- 1:01:03 mais je dois le dire.
- 1:01:04 Effectivement,
- 1:01:05 sur ces chalutiers,
- 1:01:06 on travaille comme ça
- 1:01:07 et ensuite,
- 1:01:08 le poisson est exporté
- 1:01:09 vers l'Europe.
- 1:01:10 Mais ici,
- 1:01:11 nous avons notre propre
- 1:01:12 industrie européenne
- 1:01:13 avec de gros intérêts
- 1:01:14 en jeu.
- 1:01:15 Je ne suis pas sûre
- 1:01:16 que les industriels
- 1:01:17 européens acceptent
- 1:01:18 de collaborer avec nous
- 1:01:19 car eux aussi
- 1:01:20 ont leurs propres intérêts.
- 1:01:21 Vous êtes en train
- 1:01:22 de nous dire
- 1:01:23 que nos industriels
- 1:01:24 sont très peu regardants
- 1:01:25 et qu'à partir du moment
- 1:01:26 où le coût est plus bas,
- 1:01:27 ils sont capables
- 1:01:28 d'acheter ce poisson
- 1:01:29 produit dans ces conditions.
- 1:01:30 Ça ne les dérange pas.
- 1:01:31 Quand on parle
- 1:01:32 d'import-export,
- 1:01:33 il s'agit
- 1:01:34 de très grosses entreprises
- 1:01:35 avec des milliers,
- 1:01:36 des millions d'euros
- 1:01:37 de profits chaque année,
- 1:01:38 avec des millions
- 1:01:39 de personnes
- 1:01:40 qui travaillent pour eux,
- 1:01:41 du moins des milliers.
- 1:01:42 Les entreprises
- 1:01:43 qui travaillent
- 1:01:44 pour eux
- 1:01:46 alors c'est compliqué.
- 1:01:47 Ces gens ont vraiment
- 1:01:48 du pouvoir.
- 1:01:51 Est-ce que je me trompe
- 1:01:52 si je dis que
- 1:01:54 vous, vous édictez
- 1:01:55 des règles,
- 1:01:56 vous voulez les faire respecter,
- 1:01:58 mais vous n'arrivez pas
- 1:01:59 à les faire respecter
- 1:02:00 et que finalement
- 1:02:01 les pirates,
- 1:02:02 entre guillemets,
- 1:02:03 des maires,
- 1:02:04 sont parfois
- 1:02:05 beaucoup plus forts
- 1:02:06 que l'Europe tout entière ?
- 1:02:07 Combien de personnes
- 1:02:08 vous pensez
- 1:02:09 que nous avons ici
- 1:02:10 dans notre département ?
- 1:02:11 Vous en avez une idée
- 1:02:12 à la Commission européenne ?
- 1:02:15 Vous êtes combien
- 1:02:16 du tout ?
- 1:02:18 En tout,
- 1:02:19 20 personnes.
- 1:02:21 20 personnes
- 1:02:22 pour contrôler
- 1:02:23 le poisson mondial
- 1:02:24 qui arrive en novembre.
- 1:02:26 Laissez-moi vous promettre
- 1:02:27 que l'année prochaine,
- 1:02:28 la législation
- 1:02:29 sera en place.
- 1:02:34 On vérifiera.
- 1:02:41 Comment elle disait déjà
- 1:02:42 la publicité ?
- 1:02:43 Les prix bas,
- 1:02:44 la confiance en plus.
- 1:02:45 Ah oui,
- 1:02:46 la confiance.
- 1:02:47 Tout à coup,
- 1:02:48 on a comme un doute
- 1:02:49 en lisant les étiquettes
- 1:02:50 des boîtes de conserves
- 1:02:51 de poisson.
- 1:02:57 Maintenant,
- 1:02:58 vous comprenez mieux
- 1:02:59 pourquoi quand on est
- 1:03:00 journaliste,
- 1:03:01 on est parfois obligé
- 1:03:02 d'aller faire ses courses
- 1:03:03 avec une caméra cachée.
- 1:03:05 Les enseignes
- 1:03:06 de supermarché
- 1:03:07 ne nous laissent pas souvent
- 1:03:08 farfouiller dans leurs rayons.
- 1:03:10 Tous ces beaux produits
- 1:03:11 bien présentés,
- 1:03:12 bien éclairés
- 1:03:13 qui nous hypnotisent
- 1:03:14 et nous empêchent
- 1:03:15 de voir l'essentiel.
- 1:03:18 De l'exploitation
- 1:03:19 des travailleurs
- 1:03:20 à l'exploitation
- 1:03:21 d'une région entière,
- 1:03:22 il n'y a parfois
- 1:03:23 que quelques pas
- 1:03:24 d'un étal
- 1:03:25 à l'autre.
- 1:03:27 Prenez la banane
- 1:03:28 que nous consommons
- 1:03:29 toute l'année.
- 1:03:30 En moyenne,
- 1:03:31 8,5 kg par an
- 1:03:32 et par personne
- 1:03:33 chez nous.
- 1:03:34 Souvent proposée
- 1:03:35 à des prix défiants
- 1:03:36 toute concurrence.
- 1:03:37 Elle arrive des Antilles françaises,
- 1:03:38 d'Amérique latine
- 1:03:39 ou d'Afrique.
- 1:03:40 Comme une banane
- 1:03:41 de France.
- 1:03:42 Celle-ci vient du Cameroun.
- 1:03:43 Avouez,
- 1:03:44 les petits autocollants
- 1:03:45 comme ça,
- 1:03:46 vous ne les regardez jamais.
- 1:03:47 Là, il est écrit
- 1:03:48 Bouba.
- 1:03:51 Cette banane
- 1:03:52 est aussi vendue
- 1:03:53 sous le nom
- 1:03:54 SCB.
- 1:03:57 Deux clics plus loin,
- 1:03:58 nous tombons
- 1:03:59 sur la vidéo
- 1:04:00 d'un organisme
- 1:04:01 qui recueille
- 1:04:02 l'avis des consommateurs
- 1:04:03 et décerne chaque année
- 1:04:04 le label
- 1:04:05 Saveur de l'année.
- 1:04:06 Heureusement,
- 1:04:07 c'est pas le prix de l'humour.
- 1:04:09 J'allais vous demander
- 1:04:10 j'allais vous dire
- 1:04:11 j'ai la banane aujourd'hui.
- 1:04:12 Je sens que vous vouliez la faire
- 1:04:13 aussi celle-là.
- 1:04:14 Non, je ne me serais pas permis.
- 1:04:15 Effectivement,
- 1:04:16 oui, on va parler banane
- 1:04:17 aujourd'hui.
- 1:04:18 Avec la banane
- 1:04:19 SCB Premium.
- 1:04:20 Issue des plantations
- 1:04:21 de la compagnie fruitière
- 1:04:22 en Afrique,
- 1:04:23 elle est choyée
- 1:04:24 tout au long de son parcours
- 1:04:25 jusque sur les tables
- 1:04:26 des consommateurs.
- 1:04:27 D'une belle couleur
- 1:04:28 jaune-orangée,
- 1:04:29 cette banane
- 1:04:30 sélectionnée manuellement
- 1:04:31 puise dans le climat
- 1:04:32 et le terroir exceptionnel
- 1:04:33 de ces pays africains,
- 1:04:34 la Côte d'Ivoire,
- 1:04:35 le Cameroun ou le Ghana.
- 1:04:36 Tout son caractère
- 1:04:38 et sa saveur intense.
- 1:04:40 Waouh !
- 1:04:41 On a tout de suite eu envie
- 1:04:42 de partir en Afrique.
- 1:04:43 Au Cameroun, exactement.
- 1:04:46 Là où la compagnie fruitière,
- 1:04:47 la multinationale française
- 1:04:49 qui produit cette banane,
- 1:04:50 a racheté 4 500 hectares
- 1:04:52 de plantations
- 1:04:53 en 1991.
- 1:04:57 La société des plantations
- 1:04:58 du Openja,
- 1:04:59 PHP,
- 1:05:00 s'étend sur 4 500 hectares.
- 1:05:03 Dans ce film institutionnel,
- 1:05:04 la compagnie fruitière
- 1:05:05 présente ses activités
- 1:05:06 beaux paysages,
- 1:05:07 beaux fruits,
- 1:05:08 travailleurs épanouis.
- 1:05:10 Propriétaire de ces plantations,
- 1:05:12 la compagnie fruitière
- 1:05:13 a pu mettre en place
- 1:05:14 une politique environnementale
- 1:05:15 basée sur la pratique
- 1:05:16 d'une agriculture raisonnée,
- 1:05:18 la protection du milieu naturel
- 1:05:20 et la réduction
- 1:05:21 de l'impact environnemental
- 1:05:22 de son activité.
- 1:05:24 Avec un tel bilan,
- 1:05:25 en appelant pour demander
- 1:05:26 une autorisation de tournage
- 1:05:28 au directeur de la communication
- 1:05:29 de la compagnie fruitière,
- 1:05:31 pas de doute,
- 1:05:32 il va forcément nous accueillir
- 1:05:33 à bord.
- 1:05:35 On est parfaitement à l'aise
- 1:05:36 avec ce qu'on fait,
- 1:05:37 on n'a juste pas envie
- 1:05:38 d'être mis en parallèle
- 1:05:39 avec des gens
- 1:05:40 qui n'ont pas la même vision
- 1:05:41 que nous dans notre métier.
- 1:05:42 Pourtant on en fait beaucoup,
- 1:05:43 vous l'avez vu sur notre site,
- 1:05:44 mais on ne rentrera pas
- 1:05:46 dans une polémique.
- 1:05:47 Une polémique ?
- 1:05:48 Un refus de tournage ?
- 1:05:50 Ça nous donne envie
- 1:05:51 de gratter un peu plus.
- 1:05:53 En pianotant sur Internet,
- 1:05:55 nous trouvons l'extrait
- 1:05:56 d'un rapport rédigé
- 1:05:57 par la FADENA en 2010,
- 1:05:59 une ONG camerounaise.
- 1:06:01 Pendant trois ans,
- 1:06:02 avec le soutien de l'ONU,
- 1:06:03 la FADENA affirme
- 1:06:04 avoir étudié
- 1:06:05 les conséquences environnementales
- 1:06:06 et sanitaires
- 1:06:07 de l'utilisation des pesticides
- 1:06:09 dans la région
- 1:06:10 où opère la compagnie fruitière.
- 1:06:12 Seul le résumé
- 1:06:13 de l'étude est disponible,
- 1:06:14 mais le lien
- 1:06:15 entre les produits chimiques
- 1:06:16 et certaines maladies
- 1:06:17 au sein de la population
- 1:06:18 serait établi.
- 1:06:20 Les principales maladies
- 1:06:21 liées à l'utilisation
- 1:06:22 des pesticides dans la région
- 1:06:24 ont été identifiées.
- 1:06:26 Les résultats complets
- 1:06:27 seraient disponibles
- 1:06:28 sur notre site.
- 1:06:29 Les résultats complets
- 1:06:30 seraient disponibles
- 1:06:31 sur place,
- 1:06:32 au Cameroun.
- 1:06:34 Quand on vous disait
- 1:06:35 qu'il fallait se méfier
- 1:06:36 des apparences.
- 1:06:43 Quand nous arrivons
- 1:06:44 à Yaoundé,
- 1:06:45 la capitale du Cameroun,
- 1:06:46 premier problème,
- 1:06:47 la FADENA n'a plus d'adresse.
- 1:06:49 En fait,
- 1:06:50 nous apprenons
- 1:06:51 qu'elle a même été dissoute.
- 1:06:53 On avait quand même
- 1:06:54 un numéro de téléphone,
- 1:06:55 alors on a appelé.
- 1:06:57 Allô ?
- 1:06:58 Oui, allô ?
- 1:06:59 Oui, bonjour monsieur,
- 1:07:00 c'est l'ONG FADENA.
- 1:07:02 Je vous entends.
- 1:07:03 Oui, monsieur,
- 1:07:04 on aimerait bien
- 1:07:05 pouvoir vous rencontrer.
- 1:07:06 Ce serait...
- 1:07:07 Pourriez-vous nous dire
- 1:07:08 où vous vous trouvez ?
- 1:07:14 Oui.
- 1:07:16 Mais qui dispose
- 1:07:17 de cette étude alors,
- 1:07:18 monsieur, s'il vous plaît ?
- 1:07:23 Vous êtes mon interlocuteur
- 1:07:24 au bout du film
- 1:07:25 et je ne connais même
- 1:07:26 pas votre nom, monsieur.
- 1:07:27 Comment vous appelez-vous,
- 1:07:28 s'il vous plaît ?
- 1:07:36 Il n'a pas l'air trop serein,
- 1:07:37 notre mystérieux interlocuteur.
- 1:07:40 En tout cas,
- 1:07:41 il nous conseille
- 1:07:42 d'aller voir le PNUD,
- 1:07:43 le Programme des Nations Unies
- 1:07:44 pour le Développement,
- 1:07:45 cette agence de l'ONU
- 1:07:46 qui a cofinancé l'étude
- 1:07:47 que nous recherchons.
- 1:07:49 Le PNUD,
- 1:07:50 notre seul espoir,
- 1:07:51 détenteur des preuves
- 1:07:52 d'une éventuelle contamination
- 1:07:53 par les pesticides.
- 1:07:55 Au cas où quelque chose
- 1:07:56 nous échappe,
- 1:07:57 nous filmons discrètement.
- 1:08:17 Un dossier trop sensible,
- 1:08:18 encore un.
- 1:08:20 Ce responsable du PNUD
- 1:08:22 nous fait lire
- 1:08:23 les consignes internes
- 1:08:24 à propos du rapport scientifique
- 1:08:25 que nous cherchons.
- 1:08:26 Nous ne pouvons permettre
- 1:08:27 la mise à la disposition
- 1:08:28 du grand public
- 1:08:29 de ces informations
- 1:08:30 qui touchent aussi bien
- 1:08:31 la santé humaine,
- 1:08:32 la qualité des sols,
- 1:08:33 de l'eau et de l'air
- 1:08:34 dans les localités
- 1:08:35 ciblées par l'étude.
- 1:08:36 Inutile d'insister,
- 1:08:37 l'étude de la FADENA
- 1:08:38 ne serait plus ici.
- 1:08:40 Elle aurait été mise
- 1:08:41 à l'abri
- 1:08:42 de nos regards indiscrets.
- 1:08:51 Impossible d'en savoir plus
- 1:08:52 sur un éventuel lien
- 1:08:53 entre les pesticides
- 1:08:54 et les maladies
- 1:08:55 des populations
- 1:08:56 qui vivent près des bananeraies
- 1:08:57 dans la région
- 1:08:58 de Djombé-Penjar.
- 1:09:00 C'est le FIEF de la PHP,
- 1:09:02 la filiale
- 1:09:03 de la compagnie fruitière
- 1:09:04 au Cameroun.
- 1:09:06 Pour nous parler
- 1:09:07 des pesticides
- 1:09:08 utilisés dans la plantation,
- 1:09:09 nous rencontrons
- 1:09:10 un homme
- 1:09:11 qui travaille
- 1:09:12 actuellement à la PHP.
- 1:09:13 Il préfère rester anonyme.
- 1:09:17 En roulant
- 1:09:18 au milieu des bananeraies,
- 1:09:20 nous lui soumettons
- 1:09:21 une liste de produits
- 1:09:22 phytosanitaires
- 1:09:23 interdits en France.
- 1:09:32 Le Bravo
- 1:09:33 a été retiré
- 1:09:34 du marché français
- 1:09:35 en 2010,
- 1:09:36 possible cancérogène.
- 1:09:40 Le Ditane,
- 1:09:41 irritant des voies respiratoires,
- 1:09:42 retiré en 2007
- 1:09:43 chez nous.
- 1:09:48 Le Manzat 75,
- 1:09:49 également retiré
- 1:09:50 en 2007,
- 1:09:51 irritant des voies
- 1:09:52 respiratoires,
- 1:09:53 polluant des cours d'eau.
- 1:09:58 Le Cyganex
- 1:09:59 n'est plus vendu
- 1:10:00 chez nous depuis 2000.
- 1:10:01 Ses effets toxiques
- 1:10:02 sont encore mal définis.
- 1:10:17 Ces pesticides
- 1:10:18 sont toujours autorisés
- 1:10:19 au Cameroun.
- 1:10:20 Selon notre témoin,
- 1:10:21 la PHP les utiliserait
- 1:10:22 donc dans ses plantations.
- 1:10:24 Sur son site Internet,
- 1:10:25 la société affirme
- 1:10:26 en tout cas
- 1:10:27 qu'elle respecte
- 1:10:28 la réglementation camerounaise,
- 1:10:29 française et européenne.
- 1:10:32 Ce que dénoncent
- 1:10:33 surtout les habitants du coin,
- 1:10:34 ce sont les techniques
- 1:10:35 de pulvérisation
- 1:10:36 des produits chimiques.
- 1:10:37 Au sol,
- 1:10:38 mais aussi par avion.
- 1:10:40 Lors d'épandages,
- 1:10:41 comme on le voit
- 1:10:42 sur ces images
- 1:10:43 tournées récemment.
- 1:10:45 Au cœur d'une plantation,
- 1:10:46 nous avons rendez-vous
- 1:10:47 avec deux spécialistes
- 1:10:48 des pesticides.
- 1:10:49 Ils ont travaillé
- 1:10:50 pendant de nombreuses années
- 1:10:51 pour la PHP.
- 1:10:52 Eux aussi
- 1:10:53 préfèrent rester anonymes.
- 1:11:15 On n'a pas prévu
- 1:11:16 des bandes de sécurité
- 1:11:17 en plantation.
- 1:11:19 Quand ils traitent
- 1:11:20 la plantation,
- 1:11:21 ils disent
- 1:11:22 « il faut qu'ils vont ici ».
- 1:11:23 Quand l'avion passe,
- 1:11:24 les petits tons
- 1:11:25 tous prennent des produits
- 1:11:26 sur le corps,
- 1:11:27 dans tous les sens.
- 1:11:30 Devinez comment s'appelle
- 1:11:31 l'un des villages
- 1:11:32 situés au cœur de la plantation
- 1:11:33 dont les habitants
- 1:11:34 se plaignent
- 1:11:35 de se faire régulièrement
- 1:11:36 arroser lors des épandages.
- 1:11:38 Bouba.
- 1:11:40 C'est lui
- 1:11:41 qui a donné son nom
- 1:11:42 à la belle banane
- 1:11:43 qui a été séchée.
- 1:11:48 Les maisons
- 1:11:49 sont juste à côté
- 1:11:50 de la plantation.
- 1:11:51 Oui.
- 1:11:52 Quand ils viennent,
- 1:11:53 nous souffrons.
- 1:11:54 Toujours.
- 1:11:56 Ils viennent
- 1:11:57 au-dessus du village
- 1:11:58 et nous ne pouvons
- 1:11:59 rien faire.
- 1:12:01 Les produits chimiques ?
- 1:12:02 Oui.
- 1:12:03 Ça nous tombe dessus.
- 1:12:05 Ça tombe même
- 1:12:06 sur le cacao
- 1:12:07 qu'on fait sécher par terre.
- 1:12:08 Ça l'empoisonne.
- 1:12:11 Est-ce qu'ils vous préviennent
- 1:12:12 avant de venir
- 1:12:13 répandre les pesticides ?
- 1:12:15 Non.
- 1:12:16 Personne ne nous prévient.
- 1:12:18 Quand ils viennent,
- 1:12:19 nous courons
- 1:12:20 nos réfugiés à l'intérieur.
- 1:12:23 Vous devez vous enfermer ?
- 1:12:24 Oui,
- 1:12:25 quand ils larguent.
- 1:12:26 Des épandages
- 1:12:27 deux fois par mois
- 1:12:28 qui peuvent nuire aux populations
- 1:12:29 installées près des plantations.
- 1:12:33 Mais pas seulement.
- 1:12:35 Il est arrivé
- 1:12:36 que des habitants
- 1:12:37 de la petite ville
- 1:12:38 de Djombepenja
- 1:12:39 reçoivent aussi
- 1:12:40 la pluie toxique sur la tête.
- 1:12:42 Il y a une quinzaine d'années,
- 1:12:43 Guy Merlin
- 1:12:44 se trouvait sur la place
- 1:12:45 du marché de la ville
- 1:12:46 avec des amis.
- 1:13:12 Mais les pulvérisations
- 1:13:13 menacent encore davantage
- 1:13:14 les travailleurs
- 1:13:15 de la banane.
- 1:13:16 Pas forcément
- 1:13:17 au moment du passage
- 1:13:18 de l'avion,
- 1:13:19 mais juste après,
- 1:13:20 avec les produits
- 1:13:21 qui se déposent
- 1:13:22 sur les feuilles.
- 1:13:23 Ce vieux monsieur,
- 1:13:24 au regard de verre,
- 1:13:25 a travaillé 30 ans
- 1:13:26 dans les plantations.
- 1:13:29 C'est en coupant
- 1:13:30 les feuilles de morde
- 1:13:31 maintenant que
- 1:13:32 apparemment,
- 1:13:33 la poudre est tombée
- 1:13:34 dans son nez.
- 1:13:35 À ce moment-là,
- 1:13:36 il est tombé.
- 1:13:37 C'est le blanc
- 1:13:38 qui est quitté de son bureau.
- 1:13:39 Il l'a amené à l'hôpital.
- 1:13:40 Depuis qu'il a perdu la vie,
- 1:13:41 il a perdu des enfants
- 1:13:42 par rapport à son nez
- 1:13:43 que tu as perdu dans la société.
- 1:13:44 Il n'a absolument jamais
- 1:13:45 été indemnisé
- 1:13:46 par la PHP ?
- 1:13:54 Cette banane nous aide,
- 1:13:55 mais il ne faut pas
- 1:13:56 qu'elle nous détruise encore.
- 1:13:58 C'est comme si c'était
- 1:13:59 un cadeau empoisonné.
- 1:14:00 Ce n'est pas bien pour nous.
- 1:14:02 Ce cas n'est pas unique.
- 1:14:05 Nous avons rendez-vous
- 1:14:06 avec un autre cueilleur
- 1:14:07 de la PHP.
- 1:14:09 Aveugle,
- 1:14:10 lui aussi.
- 1:14:12 Christophe Nguéa
- 1:14:13 a commencé à cueillir la banane
- 1:14:14 dès l'adolescence.
- 1:14:16 Quand il a perdu la vue,
- 1:14:17 il a aussi perdu son travail.
- 1:14:19 Quand vous-même,
- 1:14:20 vous travailliez
- 1:14:22 à l'époque dans les plantations,
- 1:14:23 quelles étaient
- 1:14:24 les conditions de sécurité ?
- 1:14:27 C'est dans ce côté-là
- 1:14:28 qu'il n'y avait pas
- 1:14:29 de conditions de sécurité.
- 1:14:31 On faisait tout ça
- 1:14:32 sans bottes,
- 1:14:33 sans gants,
- 1:14:34 sans masques,
- 1:14:35 sans rien.
- 1:14:36 Et de temps en temps,
- 1:14:37 les produits nous étouffaient
- 1:14:38 dans la plantation,
- 1:14:39 dans la bananerie.
- 1:14:40 Mais comme on était mineurs,
- 1:14:41 qu'on était dans la naïveté,
- 1:14:43 on prenait ça
- 1:14:44 à la légère,
- 1:14:45 comme ça.
- 1:14:46 On essayait
- 1:14:47 de prendre de l'eau
- 1:14:48 pour se laver
- 1:14:49 les yeux.
- 1:14:50 Ils essayaient
- 1:14:51 aussi de me soulager.
- 1:14:52 J'avais les coudées là,
- 1:14:53 quelques trucs là.
- 1:14:54 La vue baissait,
- 1:14:55 ça baissait,
- 1:14:56 ça ne faisait que baisser.
- 1:14:59 Quand votre vue
- 1:15:00 a commencé à baisser,
- 1:15:01 ils vous ont licenciés
- 1:15:02 en fait, c'est ça,
- 1:15:03 directement ?
- 1:15:04 Voilà, ils m'ont licencié.
- 1:15:06 J'espère toujours
- 1:15:07 à la guérison.
- 1:15:08 J'espère bien
- 1:15:09 que j'ai mis
- 1:15:10 tous les trucs
- 1:15:11 vers les bras du Seigneur.
- 1:15:17 Des problèmes oculaires
- 1:15:18 récurrents
- 1:15:19 dans cette localité,
- 1:15:20 au milieu des plantations
- 1:15:21 de la PHP,
- 1:15:23 mais aussi
- 1:15:24 d'autres pathologies
- 1:15:25 que les habitants attribuent,
- 1:15:26 elles aussi,
- 1:15:27 aux pesticides.
- 1:15:28 Nous avançons prudemment
- 1:15:29 et tentons de vérifier
- 1:15:30 les témoignages.
- 1:15:31 Quelques kilomètres
- 1:15:32 plus loin,
- 1:15:33 le Dr Wong,
- 1:15:34 il consulte
- 1:15:35 à l'hôpital Saint-Jean-de-Malte.
- 1:15:36 Bien qu'il ait du mal
- 1:15:37 à le prouver,
- 1:15:38 il note des liens
- 1:15:39 entre certaines maladies
- 1:15:40 et les pesticides.
- 1:15:42 Dire qu'on a
- 1:15:43 un problème
- 1:15:44 qui est dû
- 1:15:45 aux pesticides,
- 1:15:46 c'est pas facile
- 1:15:47 à prouver.
- 1:15:48 Je vous parle tout
- 1:15:49 le temps des problèmes
- 1:15:50 oculaires,
- 1:15:51 c'est quand, par exemple,
- 1:15:52 un avion est passé,
- 1:15:53 quelqu'un vient
- 1:15:54 et dit,
- 1:15:55 bon voilà,
- 1:15:56 les yeux sont irrités.
- 1:15:57 J'ai eu des maladies
- 1:15:58 comme ça.
- 1:15:59 Là, je sais
- 1:16:00 que c'est prouvé.
- 1:16:01 C'est pas de preuve
- 1:16:02 que certaines maladies
- 1:16:03 pulmonaires
- 1:16:04 que nous avons
- 1:16:06 soient dues à ça.
- 1:16:07 Mais il y a des maladies
- 1:16:08 qui ont des problèmes
- 1:16:09 pulmonaires.
- 1:16:10 Mais quelle est
- 1:16:11 votre intime conviction ?
- 1:16:12 Moi, pour moi...
- 1:16:13 En tant que scientifique,
- 1:16:14 en tant que scientifique,
- 1:16:15 vous vous dites
- 1:16:16 qu'il y a des probabilités
- 1:16:17 quand même.
- 1:16:18 Oui, mais plus que ça,
- 1:16:19 quelqu'un a exposé longtemps
- 1:16:20 à des pesticides,
- 1:16:21 c'est normal
- 1:16:22 qu'il y ait des problèmes
- 1:16:23 pulmonaires.
- 1:16:24 C'est normal,
- 1:16:25 il y a une relation
- 1:16:26 de causalité quand même.
- 1:16:27 Oui, si on a été longtemps
- 1:16:28 exposés,
- 1:16:29 je ne sais pas,
- 1:16:30 je ne peux pas dire que non.
- 1:16:31 Nous avons essayé
- 1:16:32 de récupérer
- 1:16:33 quelques dossiers médicaux
- 1:16:34 dans le contingent de Malte
- 1:16:35 où travaille le médecin.
- 1:16:36 Impossible.
- 1:16:38 Peut-être parce que
- 1:16:39 ce centre de santé
- 1:16:40 a en partie été financé
- 1:16:41 par la PHP,
- 1:16:42 justement,
- 1:16:43 la filiale
- 1:16:44 de la compagnie fruitière,
- 1:16:45 comme le précise
- 1:16:46 la vidéo en ligne
- 1:16:47 sur le site.
- 1:16:48 Un hôpital
- 1:16:49 permet également
- 1:16:50 de soigner
- 1:16:51 les populations locales.
- 1:16:52 Pas facile
- 1:16:53 d'accumuler des preuves
- 1:16:54 au milieu des bananeraies.
- 1:16:55 Nombre de malades,
- 1:16:56 les types
- 1:16:57 et les causes de pathologies.
- 1:17:00 Mais ce que nous découvrons,
- 1:17:01 c'est une population
- 1:17:02 laissée pour compte.
- 1:17:03 Il y a comme un hic.
- 1:17:04 La région est l'une
- 1:17:05 des plus riches du pays.
- 1:17:06 Pourtant,
- 1:17:07 regardez autour de vous.
- 1:17:09 Visiblement,
- 1:17:10 la commune de Jomepenja
- 1:17:11 n'a pas l'air
- 1:17:12 de profiter
- 1:17:13 de l'argent de la banane.
- 1:17:16 L'ancien maire
- 1:17:17 de la ville
- 1:17:18 affirme qu'il est allé
- 1:17:19 directement à la casse-prison
- 1:17:20 pour avoir soulevé ce problème.
- 1:17:23 Tout juste élu
- 1:17:24 à la mairie en 2007,
- 1:17:25 Paul-Éric Kinguet
- 1:17:26 cherche des financements
- 1:17:27 pour sa ville.
- 1:17:30 Il trouve des comptes
- 1:17:31 à sec.
- 1:17:34 Selon lui,
- 1:17:35 les grandes entreprises
- 1:17:36 de sa commune
- 1:17:37 ne payent pas la patente,
- 1:17:38 l'équivalent
- 1:17:39 de la taxe professionnelle.
- 1:17:40 Et parmi elles,
- 1:17:41 le plus gros employeur
- 1:17:42 privé du pays,
- 1:17:43 la PHP.
- 1:17:47 Nous avons une entreprise
- 1:17:48 comme la PHP
- 1:17:50 qui fait des milliards,
- 1:17:52 qui ne paye pas
- 1:17:53 une seule patente.
- 1:17:55 Donc,
- 1:17:56 j'arrive,
- 1:17:57 je dis à ces gens,
- 1:17:58 comme vous semblez
- 1:17:59 vous amuser
- 1:18:00 avec des impôts
- 1:18:01 depuis plusieurs années,
- 1:18:02 la commune n'a pas d'argent,
- 1:18:03 vous devez désormais
- 1:18:04 payer.
- 1:18:05 Paul-Éric Kinguet
- 1:18:06 obtient immédiatement
- 1:18:07 le soutien
- 1:18:08 de l'administration
- 1:18:09 fiscale cammonnaise.
- 1:18:10 Le directeur général
- 1:18:11 confirme
- 1:18:12 qu'il veillera
- 1:18:13 à la stricte application
- 1:18:14 de la loi.
- 1:18:15 Dorénavant,
- 1:18:16 les entreprises
- 1:18:17 comme la PHP
- 1:18:18 payeront l'impôt
- 1:18:19 comme tout le monde.
- 1:18:21 Mais deux mois plus tard,
- 1:18:22 le 28 février 2008,
- 1:18:23 le maire est arrêté,
- 1:18:24 accusé d'être
- 1:18:25 à l'origine
- 1:18:26 des meutes populaires
- 1:18:27 dans sa région.
- 1:18:30 À l'origine
- 1:18:31 des meutes populaires
- 1:18:32 triées une grève
- 1:18:33 et des manifestations
- 1:18:34 pour protester
- 1:18:35 contre la hausse
- 1:18:36 des prix du carburant
- 1:18:37 et des produits alimentaires.
- 1:18:38 L'épreuve manque.
- 1:18:39 Alors la justice
- 1:18:40 l'accuse ensuite
- 1:18:41 de voler l'argent
- 1:18:42 de la mairie.
- 1:18:43 D'audiences en appellent
- 1:18:44 à chaque pas
- 1:18:45 une nouvelle peau de banane.
- 1:18:46 Kinguet est toujours en prison
- 1:18:47 depuis cinq ans.
- 1:18:48 Il a profité
- 1:18:49 d'une permission
- 1:18:50 de quelques heures
- 1:18:51 pour nous parler.
- 1:18:52 Vous comprenez
- 1:18:53 que si vous devez
- 1:18:54 vous lancer
- 1:18:55 soit en tant que maire,
- 1:18:58 soit en tant qu'individu,
- 1:19:00 contre cette société,
- 1:19:02 tous les moyens
- 1:19:03 sont mis en place
- 1:19:04 pour que vous soyez broyé.
- 1:19:05 Allez,
- 1:19:06 entôle le maire.
- 1:19:08 Ce sort a-t-il un lien
- 1:19:10 avec le dossier PHP ?
- 1:19:11 Rien ne l'atteste.
- 1:19:12 En tout cas,
- 1:19:13 selon les comptes
- 1:19:14 de la commune
- 1:19:15 de Djambépenja,
- 1:19:16 PHP n'a toujours pas payé
- 1:19:17 l'addition.
- 1:19:18 La compagnie fruitière
- 1:19:19 propriétaire de PHP
- 1:19:20 nous assurera plus tard
- 1:19:21 par mail
- 1:19:22 qu'elle verse désormais
- 1:19:23 l'impôt,
- 1:19:24 mais depuis 2011,
- 1:19:25 et directement à l'État,
- 1:19:26 pas à la mairie.
- 1:19:30 Une chose est certaine,
- 1:19:31 en 20 ans,
- 1:19:32 la PHP n'a cessé
- 1:19:33 d'étendre son domaine
- 1:19:34 dans la région,
- 1:19:35 quitte à priver
- 1:19:36 certains propriétaires
- 1:19:37 de leurs terres,
- 1:19:38 peut-être.
- 1:19:39 Depuis quelques années,
- 1:19:40 Eric Kemayou se bat
- 1:19:41 pour récupérer
- 1:19:42 l'héritage de son papa,
- 1:19:44 des parcelles agricoles
- 1:19:45 que la PHP exploite
- 1:19:46 toujours aujourd'hui.
- 1:19:48 Il est écrit ici
- 1:19:50 que mon père a acquis
- 1:19:51 ses terres
- 1:19:52 le 31 mai 1972.
- 1:19:57 Lorsque son père décède,
- 1:19:59 Eric Kemayou et ses frères
- 1:20:00 essayent de comprendre
- 1:20:01 pourquoi ils reçoivent
- 1:20:02 un loyer dérisoire
- 1:20:03 pour 75 hectares
- 1:20:04 de terres agricoles.
- 1:20:06 Le problème,
- 1:20:07 c'est qu'on a vu
- 1:20:08 les sommes versées.
- 1:20:09 On a creusé
- 1:20:11 pour voir le bail
- 1:20:13 qui a été signé.
- 1:20:14 Et c'est là
- 1:20:15 qu'on s'est rendu compte
- 1:20:16 que le bail n'a même pas
- 1:20:17 été signé par mon père,
- 1:20:19 mais par un représentant
- 1:20:20 de l'État.
- 1:20:22 Effectivement,
- 1:20:23 sur le bail,
- 1:20:24 le tampon officiel
- 1:20:25 n'est pas celui de papa,
- 1:20:26 mais du préfet de la région.
- 1:20:28 La famille n'a obtenu
- 1:20:29 aucune explication
- 1:20:30 ni du gouvernement,
- 1:20:31 ni de la PHP.
- 1:20:38 Des problèmes sanitaires
- 1:20:39 parmi la population,
- 1:20:40 de sérieux arriérés d'impôts,
- 1:20:42 des propriétaires sans terre.
- 1:20:44 Si la PHP cultive
- 1:20:45 aussi facilement la banane,
- 1:20:47 c'est parce qu'elle cultive
- 1:20:48 aussi les bonnes relations
- 1:20:49 avec les autorités camerounaises.
- 1:20:52 Tenez, par exemple,
- 1:20:53 le député de la région,
- 1:20:55 Ndono Mbanga.
- 1:20:56 Son bureau est situé
- 1:20:57 dans les locaux de la PHP.
- 1:21:01 Incroyable.
- 1:21:02 En fait, monsieur le député
- 1:21:04 est aussi le directeur
- 1:21:05 des relations extérieures
- 1:21:06 de l'entreprise.
- 1:21:10 Comme on nous a refusé
- 1:21:11 notre demande de tournage,
- 1:21:13 vous savez ce qu'on fait
- 1:21:14 dans ces cas-là.
- 1:21:15 On cache une caméra
- 1:21:16 et on laisse tourner.
- 1:21:17 Vous, vous êtes député,
- 1:21:18 vous êtes à la PHP,
- 1:21:19 est-ce que le mélange des genres,
- 1:21:20 c'est pas quelque chose
- 1:21:21 qui peut intimider les gens
- 1:21:23 ici dans la région ?
- 1:21:25 Oui, parce que du coup,
- 1:21:26 vous êtes député
- 1:21:27 et vous travaillez à la PHP.
- 1:21:28 Du coup, peut-être que les gens
- 1:21:29 se disent je vais pas aller
- 1:21:30 voir mon député
- 1:21:31 pour me planter de la PHP.
- 1:21:32 Il y a des gens qui donnent ici
- 1:21:33 la PHP a détruit mes cultures,
- 1:21:34 la PHP a fait ceci,
- 1:21:35 la PHP a fait ceci,
- 1:21:36 et j'ai trouvé la solution.
- 1:21:39 Et la solution équitable
- 1:21:41 de notre objectif
- 1:21:43 qui consiste à entretenir
- 1:21:45 les relations de bon vaginage
- 1:21:47 à bonne équipe.
- 1:21:49 J'ai dit là-dedans
- 1:21:50 que j'étais député
- 1:21:51 de la PHP,
- 1:21:52 j'ai dit là-dedans
- 1:21:53 que j'étais femme parfois,
- 1:21:55 plus les révélations
- 1:21:56 que la PHP.
- 1:21:58 Normalement,
- 1:21:59 on appelle cela
- 1:22:00 un conflit d'intérêt.
- 1:22:01 Mais bon,
- 1:22:02 monsieur le député
- 1:22:03 n'est pas tout seul
- 1:22:04 dans ce cas-là.
- 1:22:05 Récapitulons.
- 1:22:06 Lui est donc directeur
- 1:22:07 des relations extérieures
- 1:22:08 de la PHP,
- 1:22:09 tandis qu'un autre député
- 1:22:11 est l'actuel président
- 1:22:13 du conseil d'administration
- 1:22:14 de la PHP.
- 1:22:15 Son prédécesseur
- 1:22:16 a longtemps occupé
- 1:22:17 cette fonction
- 1:22:18 en même temps
- 1:22:19 qu'il était ministre du commerce.
- 1:22:23 Des représentants du peuple
- 1:22:24 qui travaillent pour la PHP,
- 1:22:25 un réseau politique
- 1:22:26 bien en place
- 1:22:27 qui s'étend jusqu'à Paris.
- 1:22:33 Quitte à jouer
- 1:22:34 dans la cour des grands,
- 1:22:35 autant jouer
- 1:22:36 dans la cour de l'Élysée.
- 1:22:37 Aujourd'hui,
- 1:22:38 Paul Biya,
- 1:22:39 le président du Cameroun,
- 1:22:40 est venu faire le VRP.
- 1:22:42 À l'issue
- 1:22:43 de son rendez-vous
- 1:22:44 avec le président Hollande
- 1:22:45 au milieu des fastes
- 1:22:46 de la République,
- 1:22:47 nous avons quelques questions
- 1:22:48 sur les liens
- 1:22:49 entre le gouvernement camerounais
- 1:22:50 et l'entreprise
- 1:22:51 bananière française.
- 1:22:53 Monsieur le Président,
- 1:22:54 une question sur la banane,
- 1:22:55 s'il vous plaît.
- 1:22:56 Est-ce que vous pouvez
- 1:22:57 nous expliquer,
- 1:22:58 on a vu des graves manquements,
- 1:22:59 il y a des problèmes sociaux,
- 1:23:00 des problèmes sanitaires
- 1:23:01 liés aux activités
- 1:23:02 de la PHP,
- 1:23:03 de la compagnie fruitière
- 1:23:04 au Cameroun.
- 1:23:05 Est-ce que vous pouvez
- 1:23:06 nous expliquer un peu
- 1:23:07 pourquoi le gouvernement
- 1:23:08 ne fait rien par rapport à ça ?
- 1:23:09 Le gouvernement a
- 1:23:10 beaucoup de problèmes
- 1:23:11 et pour avoir plus de détails,
- 1:23:12 j'ai appelé avec moi
- 1:23:13 le ministre de l'économie.
- 1:23:15 Nous n'avons pas
- 1:23:16 négligé ce problème
- 1:23:17 et il fait partie
- 1:23:18 de ceux
- 1:23:19 que nous essayons
- 1:23:20 de résoudre.
- 1:23:21 Il y a des problèmes sociaux,
- 1:23:22 il y a des problèmes sanitaires
- 1:23:23 qui ont été relevés là-bas
- 1:23:24 et pourtant,
- 1:23:25 les gens se plaignent
- 1:23:26 que l'État ne fait rien pour eux.
- 1:23:27 Qu'est-ce que vous pouvez dire
- 1:23:28 à tous ces gens ?
- 1:23:29 Ces problèmes seront résolus,
- 1:23:30 monsieur.
- 1:23:31 Merci, au revoir.
- 1:23:32 À qui on peut parler pour ça ?
- 1:23:33 Est-ce que vous pouvez
- 1:23:34 nous donner une interview pour ça ?
- 1:23:35 À un chauffeur ?
- 1:23:36 À un garde républicain ?
- 1:23:38 Bien évité,
- 1:23:39 la peau de banane.
- 1:23:40 Ah, ce monsieur
- 1:23:41 avec des lunettes noires.
- 1:23:46 Il va nous donner rendez-vous
- 1:23:49 le lendemain matin
- 1:23:50 à un endroit
- 1:23:51 où l'on pourrait répondre
- 1:23:52 à nos questions.
- 1:23:53 Au pavillon Gabriel,
- 1:23:54 à deux pas de l'Elysée.
- 1:23:56 Le Cameroun est à l'honneur,
- 1:23:57 les patrons français
- 1:23:58 et camerounais
- 1:23:59 sont tous là.
- 1:24:00 Un petit four dans une main,
- 1:24:01 une coupe dans l'autre
- 1:24:02 et des cartes de visite
- 1:24:03 plein les poches.
- 1:24:05 Nous repérons assez vite
- 1:24:06 le représentant
- 1:24:07 de la compagnie fruitière,
- 1:24:08 Jean-Christophe Haïtzik.
- 1:24:10 Il fait partie
- 1:24:11 de la délégation officielle
- 1:24:12 camerounaise.
- 1:24:13 Bonjour monsieur.
- 1:24:14 Je m'appelle André Lannos.
- 1:24:15 Je travaille pour France 2.
- 1:24:17 Vous allez bien ?
- 1:24:18 Ça va.
- 1:24:19 Est-ce que je peux vous poser
- 1:24:20 quelques questions ?
- 1:24:21 Je vais pouvoir vous poser
- 1:24:22 quelques questions
- 1:24:23 sur la banane camerounaise.
- 1:24:24 Non, mais je ne suis pas
- 1:24:25 spécialement chargé de...
- 1:24:26 Là, je vais vous trouver
- 1:24:27 quelqu'un.
- 1:24:28 Vous êtes représentant
- 1:24:29 de la compagnie fruitière,
- 1:24:30 si je ne me trompe pas ?
- 1:24:31 Je travaille avec eux,
- 1:24:32 mais je ne suis pas
- 1:24:33 au fait des questions.
- 1:24:34 Ah bon ?
- 1:24:35 Je vais trouver quelqu'un.
- 1:24:36 Ah d'accord.
- 1:24:37 Et il y a quelqu'un
- 1:24:38 qui peut me répondre
- 1:24:39 plus adéquatement ?
- 1:24:40 Oui, oui, je vais le faire.
- 1:24:41 Effectivement,
- 1:24:42 ça serait préférable
- 1:24:43 de trouver quelqu'un d'autre.
- 1:24:44 Parce que pour nous,
- 1:24:45 Jean-Christophe Haïtzik
- 1:24:46 est aussi ambassadeur
- 1:24:47 de l'Ordre de Malte
- 1:24:48 au Cameroun.
- 1:24:49 Oui, oui,
- 1:24:50 l'ONG qui dirige l'hôpital
- 1:24:51 en partie financé
- 1:24:52 par la PHP.
- 1:24:53 Dans cette enquête,
- 1:24:54 on n'a plus assez
- 1:24:55 d'une main
- 1:24:56 pour compter
- 1:24:57 les conflits d'intérêts.
- 1:24:58 Le président !
- 1:24:59 Le président Biya
- 1:25:00 vient faire son discours
- 1:25:01 sans nous accorder
- 1:25:02 le moindre regard.
- 1:25:03 Une heure plus tard,
- 1:25:04 revoilà l'ambassadeur
- 1:25:05 de la compagnie...
- 1:25:06 Ah pardon,
- 1:25:07 le représentant
- 1:25:08 de l'Ordre de Malte
- 1:25:09 au Cameroun.
- 1:25:10 Enfin bon,
- 1:25:11 il est là.
- 1:25:12 Je voulais vous poser
- 1:25:13 toujours par rapport
- 1:25:14 à la banane.
- 1:25:15 Parce qu'en fait,
- 1:25:16 on est parti au Cameroun
- 1:25:17 et on s'est rendu compte
- 1:25:18 qu'il y avait des gens
- 1:25:19 qui étaient là-bas
- 1:25:20 qui avaient des problèmes
- 1:25:21 sanitaires
- 1:25:22 et des problèmes environnementaux.
- 1:25:23 Et c'est à ce sujet
- 1:25:24 que je voulais vous interviewer
- 1:25:25 et savoir si vous pourriez
- 1:25:26 nous répondre à ces questions-là.
- 1:25:27 Qu'est-ce que vous avez
- 1:25:28 à répondre à ça ?
- 1:25:29 Je voudrais qu'on prenne
- 1:25:30 rendez-vous
- 1:25:31 parce que là,
- 1:25:32 je suis dans la délégation.
- 1:25:33 Donc à tout moment,
- 1:25:34 je pourrais prendre
- 1:25:35 contact avec vous.
- 1:25:36 On va pouvoir vous voir
- 1:25:37 avant que vous partiez
- 1:25:38 ou pas ?
- 1:25:39 Volontiers.
- 1:25:40 Ah, volontiers ?
- 1:25:41 Oui, volontiers.
- 1:25:42 Parfait.
- 1:25:43 Merci beaucoup.
- 1:25:44 Bonne journée.
- 1:25:45 Merci.
- 1:25:46 Merci et adieu.
- 1:25:47 Nous n'entendrons plus
- 1:25:48 jamais parler de lui.
- 1:25:49 Et jamais la Compagnie Fruitière
- 1:25:50 n'acceptera nos nouvelles
- 1:25:51 demandes d'interview.
- 1:25:54 Un mois plus tard.
- 1:25:55 Dernière chance.
- 1:25:57 Cette fois-ci,
- 1:25:58 c'est Pierre Arnaud,
- 1:25:59 le numéro 2
- 1:26:00 de la Compagnie Fruitière
- 1:26:01 qui a justement
- 1:26:02 un rendez-vous à Paris,
- 1:26:03 tout là-haut.
- 1:26:04 Après deux heures d'attente,
- 1:26:05 le voilà.
- 1:26:07 Bonjour,
- 1:26:09 Bonjour,
- 1:26:10 Élise Lucet, France 2.
- 1:26:12 Pardonnez-moi
- 1:26:13 de vous déranger
- 1:26:14 en pleine rue.
- 1:26:15 Non mais,
- 1:26:16 juste une seconde,
- 1:26:17 on aurait aimé avoir
- 1:26:18 un rendez-vous avec vous,
- 1:26:19 s'il vous plaît.
- 1:26:20 Je t'ai déjà répondu.
- 1:26:21 Oui.
- 1:26:22 Mais vous ne voulez pas
- 1:26:23 de rendez-vous du tout ?
- 1:26:24 C'est-à-dire que nous,
- 1:26:25 on a vraiment envie
- 1:26:26 de vous interviewer
- 1:26:27 à propos de ce qu'on a pu
- 1:26:28 tourner au Cameroun.
- 1:26:29 Donc, on aimerait vraiment
- 1:26:30 vous solliciter.
- 1:26:31 Nous, on a des questions
- 1:26:32 à vous.
- 1:26:33 On a vraiment envie
- 1:26:34 de vous solliciter
- 1:26:35 et d'avoir votre réponse
- 1:26:36 à nos questions.
- 1:26:37 C'est pour ça
- 1:26:38 qu'on vous sollicite
- 1:26:39 très poliment.
- 1:26:40 Mais je le constate,
- 1:26:41 avec force caméra,
- 1:26:42 d'ailleurs.
- 1:26:43 Mais est-ce que vous refusez
- 1:26:44 l'interview définitivement ?
- 1:26:45 Est-ce que je comprends bien
- 1:26:46 ou est-ce que vous voulez
- 1:26:47 nous donner un rendez-vous
- 1:26:48 plus tard ?
- 1:26:49 Ce qu'on veut,
- 1:26:50 c'est vraiment solliciter
- 1:26:51 vos réponses
- 1:26:52 par rapport à des questions
- 1:26:53 qui nous semblent importantes.
- 1:26:54 Donc, nous, la date
- 1:26:55 sera la vôtre.
- 1:26:56 Vous voyez,
- 1:26:57 on s'adapte à votre agenda.
- 1:26:58 Non, mais écoutez,
- 1:26:59 considérez pour l'instant
- 1:27:00 que je ne réponds pas.
- 1:27:01 Donc, la compagnie fruitière,
- 1:27:02 PHP, ne veut pas répondre
- 1:27:03 à nos questions ?
- 1:27:05 Je peux vous demander pourquoi ?
- 1:27:06 Non.
- 1:27:07 OK, merci M. Arnaud.
- 1:27:08 Au revoir, Madame.
- 1:27:09 Au revoir, Monsieur.
- 1:27:10 Merci, Monsieur.
- 1:27:13 Je vais vous laisser déguster
- 1:27:14 et puis nous, on va se retrouver
- 1:27:15 très très vite
- 1:27:16 pour un prochain numéro
- 1:27:17 de Canal Consommateur.
- 1:27:18 On vous embrasse.
- 1:27:19 Bye bye.
- 1:27:21 Avant qu'on vous embrasse
- 1:27:22 nous aussi,
- 1:27:23 une dernière chose.
- 1:27:26 À l'heure où se multiplient
- 1:27:27 les labels,
- 1:27:28 les garanties,
- 1:27:29 les promesses
- 1:27:30 qu'on nous fait
- 1:27:31 à nous, consommateurs,
- 1:27:32 ouvrons-le.
- 1:27:33 Ouvrons l'œil.
- 1:27:38 Posons-nous la question,
- 1:27:39 s'il existe un commerce équitable,
- 1:27:42 est-ce que ça ne voudrait pas dire
- 1:27:43 qu'il existe un commerce inéquitable ?
- 1:27:49 Le week-end prochain,
- 1:27:51 en poussant notre chariot
- 1:27:52 entre les rayons,
- 1:27:54 demandons-nous un instant,
- 1:27:56 à partir de quel prix bas
- 1:27:57 l'exploitation commence-t-elle ?
- 1:28:04 C'est la fin de cette émission.
- 1:28:06 Merci à vous de l'avoir suivie.
- 1:28:07 On se retrouve la semaine prochaine
- 1:28:09 pour une nouvelle enquête
- 1:28:10 de Cash Investigation.
- 1:28:12 Excellente fin de soirée
- 1:28:13 sur France 2.
- 1:28:14 Merci.
- 1:28:15 Bonsoir.
- 1:28:33 ...
- 1:29:03 ...
Ce reportage de Cash Investigation, intitulé "Les récoltes de la honte", plonge au cœur des chaînes d'approvisionnement mondiales pour révéler les coûts humains et environnementaux cachés derrière les prix bas des produits alimentaires vendus dans les supermarchés français. L'enquête débute en interrogeant les consommateurs sur leur perception des prix bas et l'origine de leurs aliments, soulignant une méfiance générale mais aussi une ignorance des réalités de production. La première partie de l'investigation mène l'équipe en Italie, dans la région des Pouilles. Elle suit la trace de brocolis bio vendus chez Auchan et découvre que, malgré les affirmations d'un grand producteur local, les travailleurs agricoles, souvent des migrants bulgares, lituaniens ou sénégalais, sont payés bien en dessous du salaire minimum légal (parfois 4 euros, voire 2,70 euros de l'heure pour les Africains), travaillant de longues heures dans des conditions précaires. Le reportage expose ensuite le "Grand Ghetto" près de Foggia, un bidonville où des milliers de travailleurs immigrés africains vivent dans des baraquements faits de carton et de plastique, sans accès à des sanitaires décents, tout en récoltant les tomates destinées aux conserves bon marché des supermarchés européens. Ces conditions de vie et de travail sont décrites comme pires que celles vécues dans leurs pays d'origine. La seconde partie de l'enquête se déplace au Cameroun pour examiner la production de bananes par la PHP, une filiale de la Compagnie Fruitière, qui fournit également les enseignes françaises. L'émission met en lumière l'utilisation de pesticides hautement toxiques, comme le chlorpyrifos, pulvérisés par avion, qui affectent gravement la santé des travailleurs et des populations locales, causant des maladies oculaires (dont la cécité) et respiratoires, sans équipement de protection adéquat ni indemnisation. Le reportage dénonce également la corruption et les conflits d'intérêts, montrant comment la PHP exerce une influence politique considérable, avec des députés locaux occupant des postes clés au sein de l'entreprise. Un ancien maire ayant tenté de faire payer les impôts locaux à la PHP a été emprisonné, et des familles locales se sont vues déposséder de leurs terres au profit de l'expansion des plantations. Les tentatives de l'équipe de Cash Investigation d'obtenir des réponses de la part des représentants du gouvernement camerounais et de la Compagnie Fruitière se heurtent à des refus et des évasions. Le reportage conclut en invitant les consommateurs à réfléchir au véritable coût des prix bas et à la distinction entre commerce équitable et inéquitable, soulignant que l'exploitation humaine et environnementale est souvent la variable d'ajustement pour maintenir ces prix.
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