Les moutons des prés-salés du Mont-Saint-Michel - Thalassa

reportage 8:44 来源 ↗ Mont-Saint-Michel pré-salé mouton avranchin bergère élevage ovin transhumance
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Stéphanie, une ancienne parisienne, a tout quitté pour devenir bergère de moutons Avranchin dans les prés-salés du Mont-Saint-Michel, œuvrant à la réintroduction de cette race emblématique et menacée dans son milieu d'origine, au rythme des marées.

  1. 0:00 C'est une carte postale bien connue.
  2. 0:05 Des moutons pâturent paisiblement devant le splendide Mont-Saint-Michel.
  3. 0:10 Ces moutons ont bouleversé la vie d'une jeune femme qui a tout quitté pour devenir bergère.
  4. 0:16 Mais une bergère pas comme les autres.
  5. 0:20 On va rencontrer Stéphanie qui est une néo-rurale.
  6. 0:31 Elle est venue s'implanter ici, dans les marais, dans les frais salés.
  7. 0:34 Bonjour Stéphanie !
  8. 0:35 Bonjour Fanny, ça va ?
  9. 0:36 Je sais, je sais, c'est le rush. Vas-y, je te laisse travailler.
  10. 0:38 Oui, mais tu peux venir aussi.
  11. 0:44 Viens là, viens au pied. C'est bien, doucement, viens.
  12. 0:48 Stéphanie travaillait à Paris dans l'audiovisuel.
  13. 0:51 Et elle a eu un jour le déclic.
  14. 0:53 Elle a tout plaqué pour vivre au rythme de la marée
  15. 0:56 et trouver ici une certaine douceur de vivre auprès de la race avranchine.
  16. 1:00 Une race emblématique qui a frôlé l'extinction.
  17. 1:04 Et bien regarde, hop, on va les...
  18. 1:08 Voilà les grandes.
  19. 1:09 Nickel.
  20. 1:13 On va en prendre un qui ressemble.
  21. 1:15 Le beau des avranchins.
  22. 1:17 Alors, hop, bonjour mon petit loulou.
  23. 1:20 Alors ça c'est un petit qui va être facile à retourner.
  24. 1:23 Alors on le prend par la patte arrière ?
  25. 1:25 Oui, pour les immobiliser.
  26. 1:27 On les attrape par la patte arrière et on l'assoit.
  27. 1:29 Et donc là c'est vraiment un agneau qui est typique de la race avranchine.
  28. 1:33 Avec les yeux très maquillés.
  29. 1:35 C'est ça là ?
  30. 1:36 Voilà, le bout du museau gris, ardoisé.
  31. 1:38 Et surtout plein de laine partout, sur le front et sur les joues.
  32. 1:41 Et la laine, elle est à la fois longue, mais aussi très dense.
  33. 1:47 Donc non seulement elle leur tient chaud, mais elle empêche l'eau de ruisseler à l'intérieur.
  34. 1:51 On voit bien que c'est extrêmement dense.
  35. 1:53 C'est très très dense, voilà.
  36. 1:55 Et cette trace, elle a vraiment une bouille tellement sympa,
  37. 1:58 que la première fois que je les ai vues, c'était au salon de l'agriculture.
  38. 2:01 J'ai dit, ah mais quel mouton génial.
  39. 2:03 Gros coup de cœur.
  40. 2:04 J'ai envie de travailler tous les matins avec eux.
  41. 2:06 J'ai envie que ce soient eux mes collègues de travail.
  42. 2:07 Qu'est-ce qu'ils sont beaux.
  43. 2:08 Et puis au fil de ma découverte, j'ai appris par des anciens
  44. 2:11 que c'était le mouton historique des présalés autour du Mont-Saint-Michel.
  45. 2:14 Donc c'était ces moutons-là, cette race de moutons-là qu'on voyait tout autour de la baie.
  46. 2:19 Du Mont-Saint-Michel, voilà, au début du siècle.
  47. 2:21 Alors qu'aujourd'hui, c'est quand même un mouton en voie de disparition, il faut bien le préciser.
  48. 2:24 Voilà, aujourd'hui, plus personne, plus aucun éleveur n'en élève dans les présalés.
  49. 2:28 C'est pour ça que ça me paraissait une nécessité de faire cette démarche.
  50. 2:32 Et quand j'ai créé mon troupeau, j'ai essayé de trouver le plus possible d'avronchines à acheter
  51. 2:36 pour les réintroduire dans leur milieu d'origine.
  52. 2:39 Et puis parce qu'il est une identité agricole locale.
  53. 2:45 Une identité forte et singulière, car ces moutons très robustes s'adaptent à ce territoire sauvage
  54. 2:50 où s'entremêlent les courants et où convergent au doux et au salé.
  55. 2:55 L'idée, c'est que là, on va regrouper toutes les brebis et les amener dans les présalés,
  56. 2:59 puisque la marée est en train de redescendre.
  57. 3:01 Les présalés ne sont plus recouverts par de l'eau, donc on peut envoyer les brebis brouter.
  58. 3:06 À marée basse, leur zone de pâturage devient immense, presque infinie.
  59. 3:13 Hop, hop, hop, hop, hop !
  60. 3:14 Allez, les retards d'atterrissage, c'est parti !
  61. 3:16 C'est parti !
  62. 3:17 C'est parti !
  63. 3:18 C'est parti !
  64. 3:19 C'est parti !
  65. 3:20 C'est parti !
  66. 3:21 C'est parti !
  67. 3:22 Hop, hop, hop, hop, hop !
  68. 3:23 Allez, les retards d'atterrissage !
  69. 3:24 Doucement, c'est bien, tu vas laisser.
  70. 3:28 Chaque jour, et en fonction du coefficient de marée, Stéphanie déplace ses brebis.
  71. 3:34 Une transhumance qui occupe tout son temps.
  72. 3:40 Vivre dans un havre de paix demande beaucoup de travail et d'attention.
  73. 3:53 C'est un vrai déclic, la rencontre avec ce lieu ?
  74. 3:55 Je l'ai découverte par hasard.
  75. 3:57 Et après l'avoir découverte, je ne pensais qu'à une chose pendant plusieurs années,
  76. 4:01 c'était venir m'y installer.
  77. 4:02 Et je crois que si je n'avais pas eu l'autorisation de créer un élevage ici,
  78. 4:06 ça ne m'aurait pas excitée de créer un élevage conventionnel,
  79. 4:10 dans des prairies bien carrées, bien clôturées.
  80. 4:17 Donc là, on va arriver dans pas longtemps au point où elles aiment bien traverser la rivière.
  81. 4:22 Stéphanie, quand la marée descend, on a vraiment l'impression que ces terres se tarissent,
  82. 4:26 petit à petit, comme si on ouvrait la bombe de la baignoire et tous se vidangent.
  83. 4:30 Oui, c'est exactement ça.
  84. 4:31 Ce matin, si on était resté là ce matin, on avait de l'eau jusqu'à la taille.
  85. 4:35 Jusqu'à la taille ?
  86. 4:36 C'est fou de se dire ça, parce qu'on a l'impression d'être à pieds secs,
  87. 4:39 en plein milieu d'un champ, et la mer, elle est là-bas.
  88. 4:42 Et la mer s'est retirée, et puis là, elle est déjà probablement à 4 ou 5 km derrière ces dunes.
  89. 4:47 On voit les broussards là-bas au loin.
  90. 4:48 Voilà.
  91. 4:53 On a une impression de traversée, de zébus.
  92. 4:59 C'est ça que ça m'évoque aussi, moi, c'est les animaux sauvages.
  93. 5:02 C'est ça, c'est très sauvage, comme impression.
  94. 5:07 Stéphanie a appris ce métier sur le tas, au fil de ses erreurs et aussi de ses frayeurs.
  95. 5:14 Y a des passages pas faciles, là, y a quoi ? Y a bien 80 cm d'eau.
  96. 5:17 Tous ces petits creux, ici, on appelle ça des criches,
  97. 5:20 et ce sont des creux qui sont creusés par la mer quand elle ruisselle pour se retirer.
  98. 5:25 Toutes ces petites criches, tous ces méandres se remplissent progressivement avec la marée qui monte,
  99. 5:30 et un des dangers pour les moutons ou pour les bergères mal organisés,
  100. 5:34 c'est de se retrouver entourés d'eau.
  101. 5:36 Ça m'est déjà arrivé au tout début, quand j'avais mal lu l'annuaire des marées,
  102. 5:40 avec les hauteurs d'eau et l'heure exacte à laquelle la marée monte.
  103. 5:43 Parce que ça a pas dû être facile au début, quand vous êtes arrivés.
  104. 5:47 La lecture du calendrier de marée, c'est assez technique.
  105. 5:51 En tout cas, il faut être dessus et il faut regarder constamment.
  106. 5:54 C'est très humiliant de se retrouver entourés d'eau de mer avec ses moutons au milieu,
  107. 5:58 et puis les voisins qui regardent la jumelle en se disant « la parisienne, elle a pas tout compris ».
  108. 6:08 Là, tu vois, on a une de mes petites plantes préférées.
  109. 6:13 C'est une des rares qui pousse encore à cette saison, parce qu'on est en hiver.
  110. 6:17 Tiens, tu peux la croquer.
  111. 6:19 Ça s'appelle de l'aster maritime.
  112. 6:23 C'est très particulier, très salé.
  113. 6:26 Un peu piquant, un peu comme de la roquette ou des fannes de radis.
  114. 6:31 On sent bien que c'est une plante maritime.
  115. 6:33 Pour le côté salé, oui, surtout qu'elle était dans l'eau salée jusqu'à il y a deux heures.
  116. 6:37 Ce qu'il faut dire, ce sont des plantes qui adorent le sel,
  117. 6:40 des plantes alophytes, il y en a plein ici.
  118. 6:42 Ce n'est pas juste qu'elles adorent, c'est qu'elles en ont besoin.
  119. 6:44 S'il n'y avait plus ce phénomène de marée régulière,
  120. 6:47 ces plantes-là, elles disparaîtraient et elles seraient remplacées
  121. 6:50 par des plantes beaucoup plus classiques et moins originales.
  122. 6:53 En revanche, pour que les moutons puissent manger ces plantes,
  123. 6:55 il faut qu'elles soient lessivées, donc c'est important qu'ils pleuvent aussi régulièrement.
  124. 6:59 Oui, d'où l'intérêt de la pluie normande qui prend ici tout son sens,
  125. 7:02 puisqu'on ne reste jamais très longtemps sans pluie.
  126. 7:04 Et après une grande marée, c'est tellement salé
  127. 7:07 qu'en fait ce serait trop indigeste pour les brebis.
  128. 7:10 Donc il y a besoin soit d'une rosée très forte, soit de pluie
  129. 7:14 pour nettoyer un peu tout ce sal et que ce soit de nouveau facilement digeste pour les brebis.
  130. 7:28 Aujourd'hui, la citadine est devenue incollable
  131. 7:31 lorsqu'il s'agit de parler de cet environnement si singulier.
  132. 7:35 Elle connaît les moindres méandres de ces prés salés et aime partager ses connaissances.
  133. 7:43 On est sur une zone basse et sur une zone enclavée qu'on appelle un havre.
  134. 7:47 Oui, voilà. Et la différence entre un havre et une baie,
  135. 7:50 c'est qu'une baie, c'est très ouvert sur la pleine mer,
  136. 7:53 alors qu'un havre, c'est une baie presque complètement fermée.
  137. 7:56 Donc autant la baie du Mont-Saint-Michel ou la baie de Somme sont très connues
  138. 8:00 et sont des entités et des très beaux univers très grands,
  139. 8:03 autant les havres comme ici, ils sont beaucoup plus petits que les baies.
  140. 8:07 Moi, je trouve que ça a plus de charme parce que c'est plus sauvage
  141. 8:10 et toute la manière dont s'est façonné à la fois ce milieu,
  142. 8:13 mais aussi les activités humaines, sont liées à la marée.
  143. 8:21 Stéphanie possède seulement 100 moutons et ne veut en aucun cas agrandir son cheptel.
  144. 8:26 Pour elle, c'est la qualité qui prime.
  145. 8:30 Une méthode d'élevage qui se veut extensive, qui la rend heureuse
  146. 8:34 et qui garantit préservation de l'environnement et bien-être des animaux.