Crise chez les vignerons bordelais | ARTE Regards
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Face à une crise sans précédent due à la baisse des ventes, au changement climatique et à la hausse des coûts, les vignerons du Bordelais cherchent des solutions innovantes, allant de la diversification agricole à la production de crémant et à la vente directe.
- 0:00 Tu sens le fruit, tu sens le bois, à la fin il est tout doux.
- 0:08 Prête découverte, merci.
- 0:10 Voilà, t'es un privilégié là.
- 0:12 Bon, je dois infuser alors ?
- 0:15 Ça, ça sera possible.
- 0:17 Encore, il sera parfait.
- 0:19 Dans le Bordelais, le vigneron Bastien Mercier organise une petite dégustation privée dans son chais.
- 0:25 À cette époque de l'année, ces cuves devraient être vides.
- 0:28 Mais il lui reste encore 600 000 euros de vin à écouler.
- 0:31 Vous voyez en face, vous avez des cuves vides.
- 0:34 Et là, c'est un point positif parce que ça veut dire que nous les avons vendues.
- 0:39 Alors qu'ici, toute cette rangée de cuves qui est pleine, c'est plus compliqué
- 0:44 parce que ceux-là ne pourront pas recevoir la prochaine récolte.
- 0:47 Je me demande comment on a fait pour en être arrivé là
- 0:51 alors que c'est vrai que c'est quand même la dienne de notre territoire
- 0:54 ce genre de produit, donc ça fait mal au cœur, vraiment.
- 0:57 Le domaine est proche de la faillite.
- 1:00 C'est le cas d'un tiers des exploitations viticoles de la région.
- 1:03 Serait inventé pourrait-il être la solution ?
- 1:24 Chez les Merciers, on est vigneron depuis 4 générations.
- 1:27 Comme de nombreux autres exploitants du Bordelais,
- 1:30 la famille a misé sur le marché chinois pendant plus de 20 ans.
- 1:33 L'Asie de l'Est représentait jusqu'à 60% de ses revenus.
- 1:36 Mais depuis quelques années, les ventes vers la Chine ont diminué de moitié.
- 1:40 Non seulement le pays produit désormais du vin rouge,
- 1:43 mais il s'est également tourné vers de nouveaux partenaires commerciaux.
- 1:46 C'est-à-dire qu'on nous a toujours demandé de produire du vin rouge.
- 1:50 Sauf qu'aujourd'hui, quand tous les marchés tombent,
- 1:53 ça devient extrêmement difficile.
- 1:56 Et aujourd'hui, malheureusement, on ne le vend pas, on le donne le vin.
- 1:59 Aujourd'hui, une cuve de 900 litres rapporte entre 500 et 600 euros à Bastien.
- 2:02 Soit 50 centimes d'euros par bouteille.
- 2:05 Contre 1 800 euros auparavant.
- 2:08 Il lui faudrait le double pour couvrir ses coûts de production en hausse.
- 2:11 Mais il n'y a pas d'économie.
- 2:14 Il n'y a pas d'économie.
- 2:17 Cela ne vaut pas que pour le vin rouge.
- 2:20 Ces rosés et ces blancs qui se vendent mieux sont également concernés.
- 2:23 La crise de l'énergie a fait grimper en flèche le prix des contenants en verre.
- 2:26 Les prix ont augmenté entre 15 et 25 % suivant les matières.
- 2:29 Donc c'est énorme.
- 2:32 Et nous, le prix de vente n'a pas du tout augmenté.
- 2:35 Donc sur les clients particuliers, on a mis une légère augmentation
- 2:38 parce qu'on n'a pas le choix.
- 2:41 Mais c'est encore loin de ce que c'est aujourd'hui.
- 2:44 Le Bordelais est célèbre dans le monde entier pour son vin rouge.
- 2:47 Ses 5 400 exploitations,
- 2:50 en premier lieu les domaines de renom,
- 2:53 ont dégagé des bénéfices croissants pendant des décennies.
- 2:56 Mais aujourd'hui, nombre d'entre elles sont au bord de la faillite.
- 2:59 Les cuves sont pleines et les caisses sous-vides.
- 3:02 Le Bordelais n'est plus qu'un vin rouge.
- 3:05 Il n'est plus qu'un vin rouge.
- 3:08 Il n'est plus qu'un vin rouge.
- 3:11 Bastien travaille actuellement avec son père.
- 3:14 Daniel, 67 ans, a connu l'époque
- 3:17 où la famille n'était pas dépendante de l'export.
- 3:20 Les crises économiques ne datent pas d'hier,
- 3:23 mais celle-ci est sans précédent.
- 3:26 On ne peut plus se fier à la traditionnelle loi du marché.
- 3:29 Le prix baissé, mais le vin rouge aussi.
- 3:32 C'est la même chose.
- 3:35 C'est la même chose.
- 3:38 Le prix baissé, mais le vin s'en allait.
- 3:41 Aujourd'hui, le prix, même s'il baisse,
- 3:44 le vin ne part pas.
- 3:49 Daniel a arrêté l'école à 14 ans
- 3:52 pour travailler dans l'exploitation.
- 3:55 Avec mon père, je peux vous garantir
- 3:58 qu'on en a fait des choses.
- 4:01 Avant qu'il parte, en 2018,
- 4:04 il a vu tout ce que j'ai fait,
- 4:08 les vignes que j'ai plantées là-bas.
- 4:11 Je peux vous garantir qu'il était content de voir ça.
- 4:14 Lui, il aurait été fier de vinifier dans un chez
- 4:17 comme je vinifie aujourd'hui.
- 4:20 Et s'il savait tout ce qui arrive,
- 4:23 pourtant, j'y vais.
- 4:26 Je lui raconte.
- 4:29 Malheureusement, il ne peut rien.
- 4:32 L'exemple de notre famille,
- 4:35 on vit encore sous la méthode ancienne
- 4:38 où on a besoin de transmettre
- 4:41 à la génération suivante.
- 4:44 Aujourd'hui, il n'y a que des dettes à transmettre.
- 4:47 On s'est endetté de génération en génération.
- 4:50 Aujourd'hui, je fais partie de la génération
- 4:53 qui doit rembourser.
- 4:56 La famille a fait de gros investissements
- 4:59 pendant des décennies.
- 5:03 ...
- 5:08 Élise et Fabien Bouges sont également vignerous.
- 5:11 Mais au printemps dernier,
- 5:14 le couple a entamé un nouveau projet.
- 5:17 ...
- 5:22 Il a créé sa première oliverette sur cette parcelle.
- 5:27 ...
- 5:31 ...
- 5:39 Il y a du caillou.
- 5:42 On a choisi des oliviers
- 5:45 parce que c'est un arbre qui va s'adapter
- 5:48 au changement climatique.
- 5:51 Le but de cette parcelle,
- 5:54 c'était d'essayer beaucoup de variétés
- 5:57 pour qu'elle s'adapte le mieux à notre climat.
- 6:00 ...
- 6:03 Le couple a planté un millier d'oliviers sur 5
- 6:06 des quelques 40 hectares qu'il possède.
- 6:09 Élise et Fabien viennent tous les jours
- 6:12 observer la croissance de leurs arbres.
- 6:15 Je ne vois pas de dégâts.
- 6:18 Il n'y a pas de feuilles mangées,
- 6:21 il n'y a pas de bourgeons mangés.
- 6:24 Tout ça, c'est la pousse de cette année.
- 6:27 C'est incroyable.
- 6:30 Ça leur a fait du bien.
- 6:33 Je pense que l'engrais aussi.
- 6:36 Le couple compte parmi les premiers vignerons
- 6:39 du Bordelais à miser sur cette culture.
- 6:42 L'arbre est présent depuis longtemps
- 6:45 dans le bassin méditerranéen,
- 6:48 mais il n'a jamais été planté à grande échelle
- 6:52 On va essayer de faire de l'huile cette année,
- 6:55 de ramasser les quelques olives qu'il va y avoir
- 6:58 et faire une première pressée
- 7:01 pour nous, pour les copains autour.
- 7:04 Les olives qui seront vraiment parfaites,
- 7:07 essayer de faire des olives de bouche,
- 7:10 faire des tests.
- 7:13 On est dans la période de tests.
- 7:16 ...
- 7:20 Après avoir visité leur livret,
- 7:23 Élise et Fabien se rendent directement
- 7:26 dans leur vignoble.
- 7:29 Ils doivent effeuiller les vignes
- 7:32 avec leurs employés.
- 7:35 Ils produisent du Bordeaux bio
- 7:38 depuis plus de 10 ans,
- 7:41 une exception à l'époque.
- 7:44 Une cuve de 900 litres se négocie
- 7:47 en partie à l'oléiculture.
- 7:50 Mais concilier les deux n'est pas
- 7:53 une mince affaire.
- 7:56 On est en train de se rendre compte
- 7:59 des périodes où les travaux se chevauchent.
- 8:02 C'est en train de se mettre en place.
- 8:05 Sur les travaux d'hiver,
- 8:08 c'est pas compliqué.
- 8:11 Sur la récolte non plus,
- 8:14 mais au printemps,
- 8:17 on sait pas trop comment ça va se passer.
- 8:20 Il y a des décennies,
- 8:23 il était courant que les exploitations
- 8:26 de la région diversifient leur culture.
- 8:29 Il y avait des vaches,
- 8:32 du tabac, des moutons,
- 8:35 des céréales, des vergers.
- 8:38 Dans les années fin 70, début 80,
- 8:41 le vin à Bordeaux marchait très fort.
- 8:44 Tout le monde a arrêté ces activités
- 8:47 et on a planté de la vigne partout.
- 8:50 Sur une exploitation,
- 8:53 quand il y a plusieurs productions,
- 8:56 ça sécurise l'exploitation.
- 8:59 S'il y a un aléa climatique,
- 9:02 les autres permettent de toujours
- 9:05 avoir un revenu.
- 9:08 Les bougesses veulent faire revivre
- 9:11 cette ancienne tradition.
- 9:14 Ainsi, en plus des oliviers,
- 9:17 ils possèdent également des poules.
- 9:20 C'est avant tout Élise qui s'en occupe.
- 9:23 Elle vient ici tous les jours
- 9:26 pour les nourrir et récupérer les œufs.
- 9:32 Je trouve ça sympa,
- 9:35 c'est un sacré caractère,
- 9:38 c'est très curieux.
- 9:41 C'était une source de revenus rapides
- 9:44 puisqu'on lance la diversification
- 9:47 avec les oliviers.
- 9:50 Les oliviers ne produiront que dans 4 ans.
- 9:53 Pendant ces 4 années,
- 9:56 il faut réussir à faire rentrer
- 9:59 des revenus dans l'exploitation
- 10:02 pour pouvoir me verser un salaire.
- 10:05 Pour que l'investissement soit rentable,
- 10:08 il leur faudrait au moins 500 poules.
- 10:11 Le couple prévoit donc
- 10:14 de construire un deuxième poulailler.
- 10:17 Le projet, c'était de les mettre à la retraite
- 10:20 une fois qu'elles ont fini de pondre.
- 10:23 On les réforme entre 1 an et 18 mois.
- 10:26 On change le cheptel.
- 10:29 L'idée, c'était de les mettre sous les oliviers
- 10:32 pour qu'elles servent d'auxiliaires
- 10:35 à la culture de l'olivier
- 10:38 et qu'elles mangent l'hiver toutes les larves
- 10:41 qui sont dans le sol.
- 10:44 Elise et Fabien tentent toujours
- 10:47 d'avoir une longueur d'avance.
- 10:50 Dès qu'ils auront récolté suffisamment d'olives,
- 10:53 ils prévoient de les vendre
- 10:56 pour la fabrication de l'huile d'olive.
- 10:59 Là, tout de suite, on ne peut pas se rendre compte.
- 11:02 Moi, je l'ai dans la tête, ce qu'on veut faire.
- 11:05 Ça prendra peut-être un peu de temps
- 11:08 parce que c'est beaucoup de travail
- 11:11 et il y a beaucoup d'argent à investir aussi.
- 11:14 Mais petit à petit, on va y arriver
- 11:17 et c'est enthousiasmant.
- 11:21 Pour Bastien Mercier,
- 11:24 la situation est tout autre.
- 11:27 En raison de la météo instable,
- 11:30 ses vignes ont été attaquées par le mildiou.
- 11:33 L'ensemble de sa récolte est menacé.
- 11:36 Il vérifie constamment l'étendue des dégâts.
- 11:39 Il y a des grappes où on sent
- 11:42 qu'elles vont être sauvées,
- 11:45 mais d'autres, on voit très bien
- 11:48 rien que sur cette parcelle,
- 11:51 80% des grappes sont contaminées.
- 11:54 Vous imaginez quand vous voyez la quantité de grappes,
- 11:57 la belle récolte que ça allait être
- 12:00 et que vous voyez que tout est quasiment foutu
- 12:03 parce qu'il n'y a pas une grappe qui n'est pas attaquée.
- 12:06 C'est quand même vraiment lourd à encaisser.
- 12:09 Il arrive un moment où, moralement, on s'épuise.
- 12:12 On ne sait plus quoi faire.
- 12:15 On est tributaire des pays étrangers sur leurs achats,
- 12:18 on est tributaire des normes,
- 12:21 on est tributaire du climat.
- 12:24 Il ne reste pas grand-chose pour péter un câble.
- 12:27 En fait, c'est un boulot
- 12:30 où on ne peut jamais être en sécurité.
- 12:33 Bastien Mercier compte également
- 12:36 se reconvertir dans la culture de céréales
- 12:39 destinée à l'alimentation animale
- 12:43 Pour y parvenir, il souhaite se débarrasser de la moitié de ses vignes.
- 12:46 L'État français soutient cette démarche.
- 12:49 Environ 10 000 hectares de vignobles
- 12:52 devraient disparaître dans les prochaines années,
- 12:55 soit près de 10% des surfaces cultivées dans le Bordelais.
- 12:58 En contrepartie, les vignerons seront indemnisés,
- 13:01 même s'ils décident de transformer leur surplus de vin
- 13:04 en alcool industriel ou en gel désinfectant.
- 13:08 Pour l'instant,
- 13:11 l'argent promis se fait toujours attendre.
- 13:14 Mais Bastien Mercier ne veut pas attendre.
- 13:17 Dans sa détresse, il a rassemblé ses derniers fonds.
- 13:20 Juste à côté de sa cave,
- 13:23 il compte ouvrir son propre établissement
- 13:26 pour écouler directement son vin.
- 13:29 Et aujourd'hui, le client,
- 13:32 le touriste, il a envie de voir
- 13:35 le viticulteur, il a envie de voir l'exploitation,
- 13:38 il a envie de voir le lieu où il cultive,
- 13:41 le lieu où il travaille.
- 13:44 Et pas forcément dans un restaurant chic avec une bouteille
- 13:47 dont il ne sait pas qui c'est qu'il y a derrière.
- 13:50 Il souhaite également proposer des plats régionaux
- 13:53 et accueillir des concerts.
- 13:56 L'ouverture est prévue pour cette année.
- 13:59 Ce projet lui permettra-t-il d'éviter la faillite ?
- 14:02 En 1995,
- 14:05 il s'en vendait encore 8 millions d'hectolitres
- 14:08 contre 4 en 2020.
- 14:11 Celui de Bordeaux a été particulièrement touché.
- 14:14 Philippe Cazot,
- 14:17 directeur de la coopérative Bordeaux Families
- 14:20 à Sauveterre de Guyenne,
- 14:23 veut renoncer à cette filière.
- 14:27 A l'avenir,
- 14:30 les quelques 300 viticulteurs de la coopérative
- 14:33 vont se consacrer à la production d'autres types de vins.
- 14:36 En plus du blanc et du rosé,
- 14:39 Philippe Cazot mise beaucoup sur le crément.
- 14:42 Avant leur départ du site de vinification,
- 14:45 des bouteilles sont contrôlées par le directeur et son oenologue.
- 14:48 Actuellement,
- 14:51 la moitié des vignerons de Bordeaux Families
- 14:54 ne consomment que ce vin effervescent,
- 14:57 ce qui leur permet d'échapper en partie aux conséquences de la crise.
- 15:02 C'est un peu une dualité pour nous,
- 15:05 c'est-à-dire des Bordeaux Rouges difficiles à vendre
- 15:08 et difficiles à valoriser,
- 15:11 et de notre côté, des créments où la demande est très soutenue.
- 15:14 On n'est même pas entre les deux,
- 15:17 mais en même temps, c'est intéressant pour nos vignerons
- 15:20 de voir que si on réadapte le produit
- 15:23 qu'il y a de la rentabilité dans ce que l'on fait.
- 15:27 Comme le champagne, le crément est issu d'une méthode traditionnelle.
- 15:30 15 000 bouteilles sortent d'ici chaque jour.
- 15:33 Les principaux acheteurs sont l'Europe,
- 15:36 les Etats-Unis et le Japon.
- 15:39 Et la demande est en hausse.
- 15:42 La production devrait doubler dans les trois prochaines années.
- 15:45 Philippe Cazot voudrait également en proposer sur le marché local.
- 15:48 Il a rendez-vous chez un caviste bordelais
- 15:51 qui vend les vins de sa coopérative.
- 16:09 Bonjour Mathias.
- 16:12 Ça va bien ?
- 16:23 Vous êtes amené à changer, par rapport à il y a quelques années,
- 16:26 l'assortiment ?
- 16:29 Oui, effectivement. Aujourd'hui, il y a une demande de la clientèle
- 16:32 qui va dans le sens de la découverte.
- 16:35 C'est vrai qu'aujourd'hui,
- 16:38 les gens sont curieux et apprécient
- 16:41 de pouvoir découvrir
- 16:44 d'autres produits, des nouveautés.
- 16:47 Il a envie d'y revenir. Il ne faut pas lui dire le vin.
- 16:50 Les deux hommes ont fait le même constat.
- 16:53 Ce sont surtout les jeunes qui renoncent au rouge.
- 16:56 A la fois, on avait des consommateurs qui étaient relativement âgés
- 16:59 et qui aujourd'hui disparaissent,
- 17:02 qui ne sont pas remplacés par une nouvelle génération.
- 17:05 C'est le premier fait. Le deuxième fait,
- 17:08 c'est que la nourriture elle-même va changer,
- 17:11 les repas changent, les formats de repas vont changer,
- 17:14 les gens se mettent moins à table, ils consomment moins de viande,
- 17:17 moins de vins rouges. Je pense que Bordeaux a besoin
- 17:20 de se réinventer et d'imaginer d'autres produits
- 17:23 à l'intérieur de la sphère Bordeaux.
- 17:29 Jusqu'à présent, seul 1% du vignoble bordelais
- 17:32 est destiné au crément.
- 17:35 Or, la demande va croissant. Rien qu'en France,
- 17:38 les ventes ont augmenté de 7% au cours des 5 dernières années.
- 17:41 A l'exportation, la hausse est même de 57%.
- 17:51 Le directeur de la coopérative accompagne ces vignerons
- 17:54 dans le processus de production.
- 17:57 Lionel Boutot a cultivé des cépages rouges
- 18:00 pour Bordeaux Families pendant 5 ans.
- 18:04 C'est ce qui l'a incité à se mettre au crément cette année.
- 18:07 La reconversion a été facile.
- 18:10 En effet, l'effervescent peut aussi être élaboré
- 18:13 à partir de raisins rouges.
- 18:16 On a adapté la vigne juste à la taille.
- 18:19 Après, le travail reste le même.
- 18:22 Pas d'effeuillage, il faut que les raisins nourrissent
- 18:25 à l'envers de leurs feuilles. Les techniques ne sont pas
- 18:28 exactement les mêmes. Par rapport à Bordeaux,
- 18:31 on ramasse beaucoup plus tôt.
- 18:34 Et on ramasse à la main.
- 18:37 L'objectif du rendement est plus élevé
- 18:40 dû au fait qu'il faut mettre un peu plus d'engrais.
- 18:46 Après, Lionel finit les vacances au mois d'août.
- 18:49 Il va falloir se préparer à ramasser très tôt
- 18:52 puisqu'il va paraître une année très précoce cette année.
- 19:02 En revanche, pour ceux qui veulent passer du raisin
- 19:05 à d'autres cultures, la tâche s'avère moins aisée.
- 19:08 Comme le Bordelais s'est entièrement consacré
- 19:11 à la vigne pendant des décennies, les viticulteurs
- 19:14 n'ont aucune autre expérience agricole.
- 19:19 Fabien et Elise Bougesse, qui viennent de démarrer
- 19:22 une oliveraie, ont ainsi encore beaucoup à apprendre.
- 19:27 Les deux novices reçoivent la visite d'Hélène Lasserre.
- 19:30 Elle dirige le service de recherche
- 19:33 de l'Association nationale de l'olive, France Olive.
- 19:37 Elle étudie les plantations et conseille les oléiculteurs
- 19:40 dans tout le pays. Elle est venue vérifier
- 19:43 la croissance des jeunes oliviers.
- 19:46 Lors de sa première visite, il y a quelques mois,
- 19:49 les arbres étaient deux fois moins grands qu'attendus.
- 19:52 Alors, l'attachage, c'est très important.
- 19:55 Maintenant, il faut lui dire qu'il est chef
- 19:58 mais qu'on ne va pas le...
- 20:01 Il faut le laisser s'ouvrir.
- 20:04 On va le laisser s'exprimer.
- 20:13 Hélène prélève des échantillons pour les faire analyser
- 20:16 en laboratoire. C'est là que l'identité des arbres
- 20:19 sera établie, car à cet âge, il est difficile
- 20:22 de distinguer les espèces.
- 20:25 Comme il n'y a jamais eu historiquement d'olivier
- 20:28 dans la région, c'est vous qui êtes les pionniers.
- 20:31 On va voir comment il s'exprime.
- 20:34 C'est l'avantage et l'inconvénient d'être le premier.
- 20:37 Tu vas travailler pour les autres.
- 20:40 C'est pas grave.
- 20:43 Après, c'est passionnant parce que tu observes,
- 20:46 tu essaies de comprendre.
- 20:49 Hélène n'a rien à redire sur la croissance des arbres.
- 20:52 Selon elle, s'ils se développent ici,
- 20:55 c'est en raison du changement climatique.
- 20:58 La rentabilité du projet dépendra de nombreux facteurs.
- 21:01 Les enjeux pour eux, c'est de se dire
- 21:04 est-ce que mon olivier va bien pousser sur ce territoire
- 21:07 à la Vierge ? J'insiste sur ce côté-là.
- 21:10 Est-ce qu'il ne va pas y avoir trop de maladies
- 21:13 qui vont impacter la végétation, faire tomber les feuilles
- 21:16 et donc l'arbre ne va pas bien pousser ?
- 21:19 Est-ce qu'ils vont produire ?
- 21:22 Et quand ? Et combien ?
- 21:25 Et le plus important de l'histoire,
- 21:28 est-ce que je vais pouvoir vendre mon milieu d'olives ?
- 21:34 Élise et Fabien comptent récolter leurs premières olives
- 21:37 dans 5 mois. Le résultat sera-t-il au rendez-vous ?
- 21:44 Fin octobre, l'heure de vérité a enfin sonné.
- 21:49 Famille et amis ont répondu présents pour aider les apprentis
- 21:52 aux léiculteurs.
- 21:59 Les parents de Fabien sont aussi venus prêter main forte.
- 22:05 Ça, c'est des fruits qui ont avorté
- 22:08 parce qu'ils n'ont pas été pollinisés.
- 22:11 Ça a commencé à grossir, mais comme la fleur n'a pas été pollinisée,
- 22:14 ça ne fait pas une olive.
- 22:18 Après, ils sont jeunes, les arbres.
- 22:24 Cela fait 10 jours qu'il pleut sans discontinuer.
- 22:27 Rien d'anormal pour la région à cette époque de l'année,
- 22:30 mais cela pourrait poser problème aux jeunes cultivateurs.
- 22:37 Plus il y a de l'eau sur les olives, plus quand on les met dans le moulin,
- 22:40 cette eau, il faut l'évacuer.
- 22:43 On écrase les olives, on extrait l'huile
- 22:46 et de l'autre côté, il y a toute la matière,
- 22:49 la pulpe, les morceaux de noyaux et l'eau.
- 22:52 Plus il y a d'eau, plus il y a d'eau à évacuer.
- 22:55 Plus c'est long de triturer pour extraire l'huile.
- 22:58 C'est mieux d'avoir des olives sèches.
- 23:04 Comme pour la vigne, la pluie peut favoriser
- 23:07 le développement de champignons et empêcher la pollinisation
- 23:10 des fleurs au printemps.
- 23:13 Le pollen a besoin de sécheresse et de vent pour pouvoir se répandre.
- 23:21 Si Fabien et Élise récoltent suffisamment de fruits,
- 23:24 ils prévoient de s'en servir pour presser leur première huile d'olive.
- 23:28 C'est l'heure du premier test qualité.
- 23:33 Par contre, ça sent l'huile déjà.
- 23:36 Ça sent l'huile verte.
- 23:39 Mais il y a beaucoup d'eau dedans.
- 23:42 Elles sont gorgées d'eau.
- 23:45 Donc le rendement en huile va être faible.
- 24:00 Et 5 kilos de plus.
- 24:03 Ça fait 27.
- 24:06 Ça va faire 3 litres d'huile.
- 24:12 On va les mettre dans des flacons de parfum.
- 24:19 Une fois leurs arbres arrivés à maturité dans quelques années,
- 24:22 Fabien et Élise espèrent obtenir entre 6 et 8 tonnes d'olives par hectare.
- 24:27 La Chambre d'agriculture de la région estime que les oliverais
- 24:30 pourraient occuper près de 200 hectares de terre
- 24:33 au cours des 5 prochaines années.
- 24:36 Pour fêter cette première récolte,
- 24:39 Fabien et Élise ont organisé un petit apéritif.
- 24:42 Merci à tous d'être venus à la première récolte d'olives.
- 24:45 Au 27 premiers kilos d'olives.
- 24:54 Mais il faudra attendre encore un peu
- 24:57 avant que leurs olives soient servies au repas.
- 25:04 Pour rendre des olives comestibles,
- 25:08 c'est un travail très précis et très délicat.
- 25:11 Ça s'appelle la confiserie, comme pour les bonbons.
- 25:14 Mais il faut les désamériser.
- 25:17 Parce qu'une olive dans la nature,
- 25:20 quand on la prend sur l'arbre,
- 25:23 si on croque dedans, c'est très amère, c'est immangeable.
- 25:26 Nous, pour le moment, on n'a pas suffisamment d'olives
- 25:29 pour les amener chez un confiseur pour qu'il nous les transforme.
- 25:32 Et on n'a pas le savoir-faire pour les transformer.
- 25:35 Comme pour leur vin,
- 25:38 les oléiculteurs recourent à l'agriculture biologique.
- 25:41 Ainsi, les olives doivent notamment être conservées dans du sel
- 25:44 pendant une période pouvant aller jusqu'à 10 mois.
- 25:47 En conséquence, ils ne pourront probablement pas en vendre
- 25:50 avant le printemps 2025.
- 25:53 Les parents de Fabien sont fiers de leur fils et de leur belle-fille.
- 25:56 A la fois, on aime la tradition,
- 25:59 mais en même temps, on pense qu'il faut être ouvert et innover.
- 26:03 Donc, ils sont dans cet esprit et on aime ça.
- 26:06 On trouve ça très bien.
- 26:09 Mais leurs préoccupations sont ailleurs.
- 26:12 Aujourd'hui, il y a vraiment des grosses inquiétudes
- 26:15 sur l'agriculture en Gironde.
- 26:18 Parce qu'il y a des gens qui sont dans de telles difficultés
- 26:21 qu'aujourd'hui, ils n'ont plus les moyens
- 26:24 de se réorienter comme fait Fabien,
- 26:27 de diversifier, mais il faut investir un petit peu.
- 26:30 Et il y a des gens qui sont tellement au fond du trou
- 26:33 qu'ils n'ont plus les moyens de le faire.
- 26:36 Cultiver autre chose que de la vigne
- 26:39 demande non seulement un gros investissement financier,
- 26:42 mais aussi beaucoup d'énergie.
- 26:45 Pour Élise et Fabien, une année éprouvante s'achève.
- 26:48 Ils veulent profiter de l'hiver pour se perfectionner
- 26:51 dans l'oléiculture et réfléchir à de nouveaux projets.
- 27:01 En 2023, les récoltes ont été désastreuses
- 27:04 pour la plupart des vignerons du Bordelais.
- 27:07 Le mildiou a fait des dégâts considérables
- 27:10 et les aides promises par l'État se font attendre.
- 27:15 Entre-temps, Bastien Mercier a ouvert son local.
- 27:18 En l'espace de 3 mois, il a déjà vendu 900 bouteilles.
- 27:22 Malheureusement, beaucoup de restaurants
- 27:25 ne jouent pas le jeu à mettre du Bordeaux sur leur carte.
- 27:28 Et c'est assez décevant parce que nous sommes
- 27:31 le département du vin dans le monde.
- 27:34 L'objectif de cette guinguette,
- 27:37 c'est d'apporter une plus-value au vin
- 27:40 et ensuite une diversification sur la viticulture.
- 27:43 Ça nous permet aussi de nous faire connaître.
- 27:46 Et donc, je pense que c'est important
- 27:50 d'avoir de nouveaux clients.
- 27:55 C'est Daniel, le père de Fabien, qui est au fourneau.
- 28:01 Je suis super heureux là. Je vois du monde.
- 28:04 C'est super et puis on change. Ça change.
- 28:07 Non, mais la retraite, ça je vais la prendre.
- 28:10 Mais ça ne m'empêchera pas que je viendrai là quand même.
- 28:13 Je ne vais pas laisser mon rôle tout seul.
- 28:17 Et puis j'ai encore des biens.
- 28:20 Il faut bien que je les fasse retourner.
- 28:25 Pendant le premier été, les Merciers ont accueilli ici
- 28:28 jusqu'à 150 personnes tous les vendredis.
- 28:31 Ce soir, ils fêtent la fin des vendanges
- 28:34 avec leurs collègues viticulteurs.
- 28:37 Malheureusement, il n'y a pas grand-chose à célébrer.
- 28:40 Bastien a perdu 80% de ses récoltes de l'année
- 28:43 et le succès de son établissement lui a redonné espoir.
- 28:49 Ça permet aussi un peu d'oublier les soucis
- 28:52 et de se consacrer à autre chose.
- 28:55 Je ne cache pas que c'est ce qui me pousse à continuer à me battre.
- 28:58 C'est se dire que je ne suis pas seul, je suis entouré.
- 29:01 J'ai une famille qui va m'aider sur ce projet, qui est présente.
- 29:04 Et le fait de ne pas se sentir seul
- 29:07 quand on affronte une tempête telle que nous vivons,
- 29:10 c'est vraiment chaud au cœur.
- 29:13 Les recettes qu'il a engrangées lui ont permis de régler des factures en attente.
- 29:16 Il a l'intention d'agrandir la guinguette l'année prochaine
- 29:19 et de continuer à se battre pour son héritage,
- 29:22 le vin rouge.
- 29:40 Sous-titrage Société Radio-Canada
Le Bordelais, région viticole mondialement réputée pour son vin rouge, traverse une crise économique et environnementale sans précédent. Historiquement dépendante des exportations, notamment vers la Chine qui représentait jusqu'à 60% des revenus pour certaines exploitations, la région fait face à une chute drastique des ventes. La Chine produit désormais son propre vin et s'est tournée vers d'autres partenaires commerciaux, laissant les vignerons bordelais avec des cuves pleines et des prix de vente dérisoires, parfois 50 centimes d'euro la bouteille contre 1800 euros auparavant pour 900 litres. À cela s'ajoutent l'augmentation des coûts de production, notamment le prix du verre, et les défis liés au changement climatique, comme les attaques de mildiou qui ont ravagé 80% des récoltes pour certains exploitants. Le reportage explore les différentes stratégies adoptées par les vignerons pour survivre. Bastien Mercier, vigneron de quatrième génération, est au bord de la faillite. Il envisage de se reconvertir en partie dans la culture de céréales pour l'alimentation animale et a ouvert une "guinguette" sur son domaine pour vendre son vin directement aux touristes et proposer des plats régionaux, créant ainsi une nouvelle source de revenus et un lien direct avec les consommateurs. Un autre couple, Élise et Fabien Bouges, a choisi une diversification agricole radicale en plantant un millier d'oliviers sur une partie de leurs terres. Pionniers de l'oléiculture dans le Bordelais, ils espèrent produire de l'huile d'olive et des olives de bouche, malgré les défis liés à l'apprentissage de cette nouvelle culture et aux aléas climatiques. Ils ont également introduit un élevage de poules pondeuses pour générer des revenus rapides en attendant la production des oliviers, et pour servir d'auxiliaires sous les oliviers. Leur démarche s'inscrit dans une tradition ancienne de diversification des cultures dans la région, abandonnée lorsque le vin de Bordeaux était florissant. Enfin, la coopérative Bordeaux Families, dirigée par Philippe Cazot, mise sur la diversification des produits viticoles. Face à la baisse de la demande pour le vin rouge, notamment chez les jeunes consommateurs et en raison de l'évolution des habitudes alimentaires, la coopérative encourage ses membres à produire d'autres types de vins, comme le crémant. La demande pour ce vin effervescent est en forte croissance, tant en France qu'à l'export, offrant une bouffée d'oxygène aux vignerons qui peuvent adapter leurs vignes pour cette production. Ces initiatives, bien que prometteuses, nécessitent des investissements importants et une adaptation des savoir-faire, ce qui n'est pas toujours à la portée des exploitations les plus endettées. Le reportage souligne la résilience et l'ingéniosité des vignerons bordelais face à une crise qui menace leur héritage et leur mode de vie, tout en montrant les espoirs et les difficultés de cette transition.
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