Crise chez les vignerons bordelais | ARTE Regards

reportage 29:48 Nguồn ↗ bordeaux viticulture crise viticole diversification agricole changement climatique exportation vin
Mở khoá phụ đề, tốc độ và nhiều hơn

Đăng nhập để chuyển ngôn ngữ phụ đề, điều chỉnh tốc độ và thay đổi cỡ chữ & màu phụ đề.

Face à une crise sans précédent due à la baisse des ventes, au changement climatique et à la hausse des coûts, les vignerons du Bordelais cherchent des solutions innovantes, allant de la diversification agricole à la production de crémant et à la vente directe.

  1. 0:00 Tu sens le fruit, tu sens le bois, à la fin il est tout doux.
  2. 0:08 Prête découverte, merci.
  3. 0:10 Voilà, t'es un privilégié là.
  4. 0:12 Bon, je dois infuser alors ?
  5. 0:15 Ça, ça sera possible.
  6. 0:17 Encore, il sera parfait.
  7. 0:19 Dans le Bordelais, le vigneron Bastien Mercier organise une petite dégustation privée dans son chais.
  8. 0:25 À cette époque de l'année, ces cuves devraient être vides.
  9. 0:28 Mais il lui reste encore 600 000 euros de vin à écouler.
  10. 0:31 Vous voyez en face, vous avez des cuves vides.
  11. 0:34 Et là, c'est un point positif parce que ça veut dire que nous les avons vendues.
  12. 0:39 Alors qu'ici, toute cette rangée de cuves qui est pleine, c'est plus compliqué
  13. 0:44 parce que ceux-là ne pourront pas recevoir la prochaine récolte.
  14. 0:47 Je me demande comment on a fait pour en être arrivé là
  15. 0:51 alors que c'est vrai que c'est quand même la dienne de notre territoire
  16. 0:54 ce genre de produit, donc ça fait mal au cœur, vraiment.
  17. 0:57 Le domaine est proche de la faillite.
  18. 1:00 C'est le cas d'un tiers des exploitations viticoles de la région.
  19. 1:03 Serait inventé pourrait-il être la solution ?
  20. 1:24 Chez les Merciers, on est vigneron depuis 4 générations.
  21. 1:27 Comme de nombreux autres exploitants du Bordelais,
  22. 1:30 la famille a misé sur le marché chinois pendant plus de 20 ans.
  23. 1:33 L'Asie de l'Est représentait jusqu'à 60% de ses revenus.
  24. 1:36 Mais depuis quelques années, les ventes vers la Chine ont diminué de moitié.
  25. 1:40 Non seulement le pays produit désormais du vin rouge,
  26. 1:43 mais il s'est également tourné vers de nouveaux partenaires commerciaux.
  27. 1:46 C'est-à-dire qu'on nous a toujours demandé de produire du vin rouge.
  28. 1:50 Sauf qu'aujourd'hui, quand tous les marchés tombent,
  29. 1:53 ça devient extrêmement difficile.
  30. 1:56 Et aujourd'hui, malheureusement, on ne le vend pas, on le donne le vin.
  31. 1:59 Aujourd'hui, une cuve de 900 litres rapporte entre 500 et 600 euros à Bastien.
  32. 2:02 Soit 50 centimes d'euros par bouteille.
  33. 2:05 Contre 1 800 euros auparavant.
  34. 2:08 Il lui faudrait le double pour couvrir ses coûts de production en hausse.
  35. 2:11 Mais il n'y a pas d'économie.
  36. 2:14 Il n'y a pas d'économie.
  37. 2:17 Cela ne vaut pas que pour le vin rouge.
  38. 2:20 Ces rosés et ces blancs qui se vendent mieux sont également concernés.
  39. 2:23 La crise de l'énergie a fait grimper en flèche le prix des contenants en verre.
  40. 2:26 Les prix ont augmenté entre 15 et 25 % suivant les matières.
  41. 2:29 Donc c'est énorme.
  42. 2:32 Et nous, le prix de vente n'a pas du tout augmenté.
  43. 2:35 Donc sur les clients particuliers, on a mis une légère augmentation
  44. 2:38 parce qu'on n'a pas le choix.
  45. 2:41 Mais c'est encore loin de ce que c'est aujourd'hui.
  46. 2:44 Le Bordelais est célèbre dans le monde entier pour son vin rouge.
  47. 2:47 Ses 5 400 exploitations,
  48. 2:50 en premier lieu les domaines de renom,
  49. 2:53 ont dégagé des bénéfices croissants pendant des décennies.
  50. 2:56 Mais aujourd'hui, nombre d'entre elles sont au bord de la faillite.
  51. 2:59 Les cuves sont pleines et les caisses sous-vides.
  52. 3:02 Le Bordelais n'est plus qu'un vin rouge.
  53. 3:05 Il n'est plus qu'un vin rouge.
  54. 3:08 Il n'est plus qu'un vin rouge.
  55. 3:11 Bastien travaille actuellement avec son père.
  56. 3:14 Daniel, 67 ans, a connu l'époque
  57. 3:17 où la famille n'était pas dépendante de l'export.
  58. 3:20 Les crises économiques ne datent pas d'hier,
  59. 3:23 mais celle-ci est sans précédent.
  60. 3:26 On ne peut plus se fier à la traditionnelle loi du marché.
  61. 3:29 Le prix baissé, mais le vin rouge aussi.
  62. 3:32 C'est la même chose.
  63. 3:35 C'est la même chose.
  64. 3:38 Le prix baissé, mais le vin s'en allait.
  65. 3:41 Aujourd'hui, le prix, même s'il baisse,
  66. 3:44 le vin ne part pas.
  67. 3:49 Daniel a arrêté l'école à 14 ans
  68. 3:52 pour travailler dans l'exploitation.
  69. 3:55 Avec mon père, je peux vous garantir
  70. 3:58 qu'on en a fait des choses.
  71. 4:01 Avant qu'il parte, en 2018,
  72. 4:04 il a vu tout ce que j'ai fait,
  73. 4:08 les vignes que j'ai plantées là-bas.
  74. 4:11 Je peux vous garantir qu'il était content de voir ça.
  75. 4:14 Lui, il aurait été fier de vinifier dans un chez
  76. 4:17 comme je vinifie aujourd'hui.
  77. 4:20 Et s'il savait tout ce qui arrive,
  78. 4:23 pourtant, j'y vais.
  79. 4:26 Je lui raconte.
  80. 4:29 Malheureusement, il ne peut rien.
  81. 4:32 L'exemple de notre famille,
  82. 4:35 on vit encore sous la méthode ancienne
  83. 4:38 où on a besoin de transmettre
  84. 4:41 à la génération suivante.
  85. 4:44 Aujourd'hui, il n'y a que des dettes à transmettre.
  86. 4:47 On s'est endetté de génération en génération.
  87. 4:50 Aujourd'hui, je fais partie de la génération
  88. 4:53 qui doit rembourser.
  89. 4:56 La famille a fait de gros investissements
  90. 4:59 pendant des décennies.
  91. 5:03 ...
  92. 5:08 Élise et Fabien Bouges sont également vignerous.
  93. 5:11 Mais au printemps dernier,
  94. 5:14 le couple a entamé un nouveau projet.
  95. 5:17 ...
  96. 5:22 Il a créé sa première oliverette sur cette parcelle.
  97. 5:27 ...
  98. 5:31 ...
  99. 5:39 Il y a du caillou.
  100. 5:42 On a choisi des oliviers
  101. 5:45 parce que c'est un arbre qui va s'adapter
  102. 5:48 au changement climatique.
  103. 5:51 Le but de cette parcelle,
  104. 5:54 c'était d'essayer beaucoup de variétés
  105. 5:57 pour qu'elle s'adapte le mieux à notre climat.
  106. 6:00 ...
  107. 6:03 Le couple a planté un millier d'oliviers sur 5
  108. 6:06 des quelques 40 hectares qu'il possède.
  109. 6:09 Élise et Fabien viennent tous les jours
  110. 6:12 observer la croissance de leurs arbres.
  111. 6:15 Je ne vois pas de dégâts.
  112. 6:18 Il n'y a pas de feuilles mangées,
  113. 6:21 il n'y a pas de bourgeons mangés.
  114. 6:24 Tout ça, c'est la pousse de cette année.
  115. 6:27 C'est incroyable.
  116. 6:30 Ça leur a fait du bien.
  117. 6:33 Je pense que l'engrais aussi.
  118. 6:36 Le couple compte parmi les premiers vignerons
  119. 6:39 du Bordelais à miser sur cette culture.
  120. 6:42 L'arbre est présent depuis longtemps
  121. 6:45 dans le bassin méditerranéen,
  122. 6:48 mais il n'a jamais été planté à grande échelle
  123. 6:52 On va essayer de faire de l'huile cette année,
  124. 6:55 de ramasser les quelques olives qu'il va y avoir
  125. 6:58 et faire une première pressée
  126. 7:01 pour nous, pour les copains autour.
  127. 7:04 Les olives qui seront vraiment parfaites,
  128. 7:07 essayer de faire des olives de bouche,
  129. 7:10 faire des tests.
  130. 7:13 On est dans la période de tests.
  131. 7:16 ...
  132. 7:20 Après avoir visité leur livret,
  133. 7:23 Élise et Fabien se rendent directement
  134. 7:26 dans leur vignoble.
  135. 7:29 Ils doivent effeuiller les vignes
  136. 7:32 avec leurs employés.
  137. 7:35 Ils produisent du Bordeaux bio
  138. 7:38 depuis plus de 10 ans,
  139. 7:41 une exception à l'époque.
  140. 7:44 Une cuve de 900 litres se négocie
  141. 7:47 en partie à l'oléiculture.
  142. 7:50 Mais concilier les deux n'est pas
  143. 7:53 une mince affaire.
  144. 7:56 On est en train de se rendre compte
  145. 7:59 des périodes où les travaux se chevauchent.
  146. 8:02 C'est en train de se mettre en place.
  147. 8:05 Sur les travaux d'hiver,
  148. 8:08 c'est pas compliqué.
  149. 8:11 Sur la récolte non plus,
  150. 8:14 mais au printemps,
  151. 8:17 on sait pas trop comment ça va se passer.
  152. 8:20 Il y a des décennies,
  153. 8:23 il était courant que les exploitations
  154. 8:26 de la région diversifient leur culture.
  155. 8:29 Il y avait des vaches,
  156. 8:32 du tabac, des moutons,
  157. 8:35 des céréales, des vergers.
  158. 8:38 Dans les années fin 70, début 80,
  159. 8:41 le vin à Bordeaux marchait très fort.
  160. 8:44 Tout le monde a arrêté ces activités
  161. 8:47 et on a planté de la vigne partout.
  162. 8:50 Sur une exploitation,
  163. 8:53 quand il y a plusieurs productions,
  164. 8:56 ça sécurise l'exploitation.
  165. 8:59 S'il y a un aléa climatique,
  166. 9:02 les autres permettent de toujours
  167. 9:05 avoir un revenu.
  168. 9:08 Les bougesses veulent faire revivre
  169. 9:11 cette ancienne tradition.
  170. 9:14 Ainsi, en plus des oliviers,
  171. 9:17 ils possèdent également des poules.
  172. 9:20 C'est avant tout Élise qui s'en occupe.
  173. 9:23 Elle vient ici tous les jours
  174. 9:26 pour les nourrir et récupérer les œufs.
  175. 9:32 Je trouve ça sympa,
  176. 9:35 c'est un sacré caractère,
  177. 9:38 c'est très curieux.
  178. 9:41 C'était une source de revenus rapides
  179. 9:44 puisqu'on lance la diversification
  180. 9:47 avec les oliviers.
  181. 9:50 Les oliviers ne produiront que dans 4 ans.
  182. 9:53 Pendant ces 4 années,
  183. 9:56 il faut réussir à faire rentrer
  184. 9:59 des revenus dans l'exploitation
  185. 10:02 pour pouvoir me verser un salaire.
  186. 10:05 Pour que l'investissement soit rentable,
  187. 10:08 il leur faudrait au moins 500 poules.
  188. 10:11 Le couple prévoit donc
  189. 10:14 de construire un deuxième poulailler.
  190. 10:17 Le projet, c'était de les mettre à la retraite
  191. 10:20 une fois qu'elles ont fini de pondre.
  192. 10:23 On les réforme entre 1 an et 18 mois.
  193. 10:26 On change le cheptel.
  194. 10:29 L'idée, c'était de les mettre sous les oliviers
  195. 10:32 pour qu'elles servent d'auxiliaires
  196. 10:35 à la culture de l'olivier
  197. 10:38 et qu'elles mangent l'hiver toutes les larves
  198. 10:41 qui sont dans le sol.
  199. 10:44 Elise et Fabien tentent toujours
  200. 10:47 d'avoir une longueur d'avance.
  201. 10:50 Dès qu'ils auront récolté suffisamment d'olives,
  202. 10:53 ils prévoient de les vendre
  203. 10:56 pour la fabrication de l'huile d'olive.
  204. 10:59 Là, tout de suite, on ne peut pas se rendre compte.
  205. 11:02 Moi, je l'ai dans la tête, ce qu'on veut faire.
  206. 11:05 Ça prendra peut-être un peu de temps
  207. 11:08 parce que c'est beaucoup de travail
  208. 11:11 et il y a beaucoup d'argent à investir aussi.
  209. 11:14 Mais petit à petit, on va y arriver
  210. 11:17 et c'est enthousiasmant.
  211. 11:21 Pour Bastien Mercier,
  212. 11:24 la situation est tout autre.
  213. 11:27 En raison de la météo instable,
  214. 11:30 ses vignes ont été attaquées par le mildiou.
  215. 11:33 L'ensemble de sa récolte est menacé.
  216. 11:36 Il vérifie constamment l'étendue des dégâts.
  217. 11:39 Il y a des grappes où on sent
  218. 11:42 qu'elles vont être sauvées,
  219. 11:45 mais d'autres, on voit très bien
  220. 11:48 rien que sur cette parcelle,
  221. 11:51 80% des grappes sont contaminées.
  222. 11:54 Vous imaginez quand vous voyez la quantité de grappes,
  223. 11:57 la belle récolte que ça allait être
  224. 12:00 et que vous voyez que tout est quasiment foutu
  225. 12:03 parce qu'il n'y a pas une grappe qui n'est pas attaquée.
  226. 12:06 C'est quand même vraiment lourd à encaisser.
  227. 12:09 Il arrive un moment où, moralement, on s'épuise.
  228. 12:12 On ne sait plus quoi faire.
  229. 12:15 On est tributaire des pays étrangers sur leurs achats,
  230. 12:18 on est tributaire des normes,
  231. 12:21 on est tributaire du climat.
  232. 12:24 Il ne reste pas grand-chose pour péter un câble.
  233. 12:27 En fait, c'est un boulot
  234. 12:30 où on ne peut jamais être en sécurité.
  235. 12:33 Bastien Mercier compte également
  236. 12:36 se reconvertir dans la culture de céréales
  237. 12:39 destinée à l'alimentation animale
  238. 12:43 Pour y parvenir, il souhaite se débarrasser de la moitié de ses vignes.
  239. 12:46 L'État français soutient cette démarche.
  240. 12:49 Environ 10 000 hectares de vignobles
  241. 12:52 devraient disparaître dans les prochaines années,
  242. 12:55 soit près de 10% des surfaces cultivées dans le Bordelais.
  243. 12:58 En contrepartie, les vignerons seront indemnisés,
  244. 13:01 même s'ils décident de transformer leur surplus de vin
  245. 13:04 en alcool industriel ou en gel désinfectant.
  246. 13:08 Pour l'instant,
  247. 13:11 l'argent promis se fait toujours attendre.
  248. 13:14 Mais Bastien Mercier ne veut pas attendre.
  249. 13:17 Dans sa détresse, il a rassemblé ses derniers fonds.
  250. 13:20 Juste à côté de sa cave,
  251. 13:23 il compte ouvrir son propre établissement
  252. 13:26 pour écouler directement son vin.
  253. 13:29 Et aujourd'hui, le client,
  254. 13:32 le touriste, il a envie de voir
  255. 13:35 le viticulteur, il a envie de voir l'exploitation,
  256. 13:38 il a envie de voir le lieu où il cultive,
  257. 13:41 le lieu où il travaille.
  258. 13:44 Et pas forcément dans un restaurant chic avec une bouteille
  259. 13:47 dont il ne sait pas qui c'est qu'il y a derrière.
  260. 13:50 Il souhaite également proposer des plats régionaux
  261. 13:53 et accueillir des concerts.
  262. 13:56 L'ouverture est prévue pour cette année.
  263. 13:59 Ce projet lui permettra-t-il d'éviter la faillite ?
  264. 14:02 En 1995,
  265. 14:05 il s'en vendait encore 8 millions d'hectolitres
  266. 14:08 contre 4 en 2020.
  267. 14:11 Celui de Bordeaux a été particulièrement touché.
  268. 14:14 Philippe Cazot,
  269. 14:17 directeur de la coopérative Bordeaux Families
  270. 14:20 à Sauveterre de Guyenne,
  271. 14:23 veut renoncer à cette filière.
  272. 14:27 A l'avenir,
  273. 14:30 les quelques 300 viticulteurs de la coopérative
  274. 14:33 vont se consacrer à la production d'autres types de vins.
  275. 14:36 En plus du blanc et du rosé,
  276. 14:39 Philippe Cazot mise beaucoup sur le crément.
  277. 14:42 Avant leur départ du site de vinification,
  278. 14:45 des bouteilles sont contrôlées par le directeur et son oenologue.
  279. 14:48 Actuellement,
  280. 14:51 la moitié des vignerons de Bordeaux Families
  281. 14:54 ne consomment que ce vin effervescent,
  282. 14:57 ce qui leur permet d'échapper en partie aux conséquences de la crise.
  283. 15:02 C'est un peu une dualité pour nous,
  284. 15:05 c'est-à-dire des Bordeaux Rouges difficiles à vendre
  285. 15:08 et difficiles à valoriser,
  286. 15:11 et de notre côté, des créments où la demande est très soutenue.
  287. 15:14 On n'est même pas entre les deux,
  288. 15:17 mais en même temps, c'est intéressant pour nos vignerons
  289. 15:20 de voir que si on réadapte le produit
  290. 15:23 qu'il y a de la rentabilité dans ce que l'on fait.
  291. 15:27 Comme le champagne, le crément est issu d'une méthode traditionnelle.
  292. 15:30 15 000 bouteilles sortent d'ici chaque jour.
  293. 15:33 Les principaux acheteurs sont l'Europe,
  294. 15:36 les Etats-Unis et le Japon.
  295. 15:39 Et la demande est en hausse.
  296. 15:42 La production devrait doubler dans les trois prochaines années.
  297. 15:45 Philippe Cazot voudrait également en proposer sur le marché local.
  298. 15:48 Il a rendez-vous chez un caviste bordelais
  299. 15:51 qui vend les vins de sa coopérative.
  300. 16:09 Bonjour Mathias.
  301. 16:12 Ça va bien ?
  302. 16:23 Vous êtes amené à changer, par rapport à il y a quelques années,
  303. 16:26 l'assortiment ?
  304. 16:29 Oui, effectivement. Aujourd'hui, il y a une demande de la clientèle
  305. 16:32 qui va dans le sens de la découverte.
  306. 16:35 C'est vrai qu'aujourd'hui,
  307. 16:38 les gens sont curieux et apprécient
  308. 16:41 de pouvoir découvrir
  309. 16:44 d'autres produits, des nouveautés.
  310. 16:47 Il a envie d'y revenir. Il ne faut pas lui dire le vin.
  311. 16:50 Les deux hommes ont fait le même constat.
  312. 16:53 Ce sont surtout les jeunes qui renoncent au rouge.
  313. 16:56 A la fois, on avait des consommateurs qui étaient relativement âgés
  314. 16:59 et qui aujourd'hui disparaissent,
  315. 17:02 qui ne sont pas remplacés par une nouvelle génération.
  316. 17:05 C'est le premier fait. Le deuxième fait,
  317. 17:08 c'est que la nourriture elle-même va changer,
  318. 17:11 les repas changent, les formats de repas vont changer,
  319. 17:14 les gens se mettent moins à table, ils consomment moins de viande,
  320. 17:17 moins de vins rouges. Je pense que Bordeaux a besoin
  321. 17:20 de se réinventer et d'imaginer d'autres produits
  322. 17:23 à l'intérieur de la sphère Bordeaux.
  323. 17:29 Jusqu'à présent, seul 1% du vignoble bordelais
  324. 17:32 est destiné au crément.
  325. 17:35 Or, la demande va croissant. Rien qu'en France,
  326. 17:38 les ventes ont augmenté de 7% au cours des 5 dernières années.
  327. 17:41 A l'exportation, la hausse est même de 57%.
  328. 17:51 Le directeur de la coopérative accompagne ces vignerons
  329. 17:54 dans le processus de production.
  330. 17:57 Lionel Boutot a cultivé des cépages rouges
  331. 18:00 pour Bordeaux Families pendant 5 ans.
  332. 18:04 C'est ce qui l'a incité à se mettre au crément cette année.
  333. 18:07 La reconversion a été facile.
  334. 18:10 En effet, l'effervescent peut aussi être élaboré
  335. 18:13 à partir de raisins rouges.
  336. 18:16 On a adapté la vigne juste à la taille.
  337. 18:19 Après, le travail reste le même.
  338. 18:22 Pas d'effeuillage, il faut que les raisins nourrissent
  339. 18:25 à l'envers de leurs feuilles. Les techniques ne sont pas
  340. 18:28 exactement les mêmes. Par rapport à Bordeaux,
  341. 18:31 on ramasse beaucoup plus tôt.
  342. 18:34 Et on ramasse à la main.
  343. 18:37 L'objectif du rendement est plus élevé
  344. 18:40 dû au fait qu'il faut mettre un peu plus d'engrais.
  345. 18:46 Après, Lionel finit les vacances au mois d'août.
  346. 18:49 Il va falloir se préparer à ramasser très tôt
  347. 18:52 puisqu'il va paraître une année très précoce cette année.
  348. 19:02 En revanche, pour ceux qui veulent passer du raisin
  349. 19:05 à d'autres cultures, la tâche s'avère moins aisée.
  350. 19:08 Comme le Bordelais s'est entièrement consacré
  351. 19:11 à la vigne pendant des décennies, les viticulteurs
  352. 19:14 n'ont aucune autre expérience agricole.
  353. 19:19 Fabien et Elise Bougesse, qui viennent de démarrer
  354. 19:22 une oliveraie, ont ainsi encore beaucoup à apprendre.
  355. 19:27 Les deux novices reçoivent la visite d'Hélène Lasserre.
  356. 19:30 Elle dirige le service de recherche
  357. 19:33 de l'Association nationale de l'olive, France Olive.
  358. 19:37 Elle étudie les plantations et conseille les oléiculteurs
  359. 19:40 dans tout le pays. Elle est venue vérifier
  360. 19:43 la croissance des jeunes oliviers.
  361. 19:46 Lors de sa première visite, il y a quelques mois,
  362. 19:49 les arbres étaient deux fois moins grands qu'attendus.
  363. 19:52 Alors, l'attachage, c'est très important.
  364. 19:55 Maintenant, il faut lui dire qu'il est chef
  365. 19:58 mais qu'on ne va pas le...
  366. 20:01 Il faut le laisser s'ouvrir.
  367. 20:04 On va le laisser s'exprimer.
  368. 20:13 Hélène prélève des échantillons pour les faire analyser
  369. 20:16 en laboratoire. C'est là que l'identité des arbres
  370. 20:19 sera établie, car à cet âge, il est difficile
  371. 20:22 de distinguer les espèces.
  372. 20:25 Comme il n'y a jamais eu historiquement d'olivier
  373. 20:28 dans la région, c'est vous qui êtes les pionniers.
  374. 20:31 On va voir comment il s'exprime.
  375. 20:34 C'est l'avantage et l'inconvénient d'être le premier.
  376. 20:37 Tu vas travailler pour les autres.
  377. 20:40 C'est pas grave.
  378. 20:43 Après, c'est passionnant parce que tu observes,
  379. 20:46 tu essaies de comprendre.
  380. 20:49 Hélène n'a rien à redire sur la croissance des arbres.
  381. 20:52 Selon elle, s'ils se développent ici,
  382. 20:55 c'est en raison du changement climatique.
  383. 20:58 La rentabilité du projet dépendra de nombreux facteurs.
  384. 21:01 Les enjeux pour eux, c'est de se dire
  385. 21:04 est-ce que mon olivier va bien pousser sur ce territoire
  386. 21:07 à la Vierge ? J'insiste sur ce côté-là.
  387. 21:10 Est-ce qu'il ne va pas y avoir trop de maladies
  388. 21:13 qui vont impacter la végétation, faire tomber les feuilles
  389. 21:16 et donc l'arbre ne va pas bien pousser ?
  390. 21:19 Est-ce qu'ils vont produire ?
  391. 21:22 Et quand ? Et combien ?
  392. 21:25 Et le plus important de l'histoire,
  393. 21:28 est-ce que je vais pouvoir vendre mon milieu d'olives ?
  394. 21:34 Élise et Fabien comptent récolter leurs premières olives
  395. 21:37 dans 5 mois. Le résultat sera-t-il au rendez-vous ?
  396. 21:44 Fin octobre, l'heure de vérité a enfin sonné.
  397. 21:49 Famille et amis ont répondu présents pour aider les apprentis
  398. 21:52 aux léiculteurs.
  399. 21:59 Les parents de Fabien sont aussi venus prêter main forte.
  400. 22:05 Ça, c'est des fruits qui ont avorté
  401. 22:08 parce qu'ils n'ont pas été pollinisés.
  402. 22:11 Ça a commencé à grossir, mais comme la fleur n'a pas été pollinisée,
  403. 22:14 ça ne fait pas une olive.
  404. 22:18 Après, ils sont jeunes, les arbres.
  405. 22:24 Cela fait 10 jours qu'il pleut sans discontinuer.
  406. 22:27 Rien d'anormal pour la région à cette époque de l'année,
  407. 22:30 mais cela pourrait poser problème aux jeunes cultivateurs.
  408. 22:37 Plus il y a de l'eau sur les olives, plus quand on les met dans le moulin,
  409. 22:40 cette eau, il faut l'évacuer.
  410. 22:43 On écrase les olives, on extrait l'huile
  411. 22:46 et de l'autre côté, il y a toute la matière,
  412. 22:49 la pulpe, les morceaux de noyaux et l'eau.
  413. 22:52 Plus il y a d'eau, plus il y a d'eau à évacuer.
  414. 22:55 Plus c'est long de triturer pour extraire l'huile.
  415. 22:58 C'est mieux d'avoir des olives sèches.
  416. 23:04 Comme pour la vigne, la pluie peut favoriser
  417. 23:07 le développement de champignons et empêcher la pollinisation
  418. 23:10 des fleurs au printemps.
  419. 23:13 Le pollen a besoin de sécheresse et de vent pour pouvoir se répandre.
  420. 23:21 Si Fabien et Élise récoltent suffisamment de fruits,
  421. 23:24 ils prévoient de s'en servir pour presser leur première huile d'olive.
  422. 23:28 C'est l'heure du premier test qualité.
  423. 23:33 Par contre, ça sent l'huile déjà.
  424. 23:36 Ça sent l'huile verte.
  425. 23:39 Mais il y a beaucoup d'eau dedans.
  426. 23:42 Elles sont gorgées d'eau.
  427. 23:45 Donc le rendement en huile va être faible.
  428. 24:00 Et 5 kilos de plus.
  429. 24:03 Ça fait 27.
  430. 24:06 Ça va faire 3 litres d'huile.
  431. 24:12 On va les mettre dans des flacons de parfum.
  432. 24:19 Une fois leurs arbres arrivés à maturité dans quelques années,
  433. 24:22 Fabien et Élise espèrent obtenir entre 6 et 8 tonnes d'olives par hectare.
  434. 24:27 La Chambre d'agriculture de la région estime que les oliverais
  435. 24:30 pourraient occuper près de 200 hectares de terre
  436. 24:33 au cours des 5 prochaines années.
  437. 24:36 Pour fêter cette première récolte,
  438. 24:39 Fabien et Élise ont organisé un petit apéritif.
  439. 24:42 Merci à tous d'être venus à la première récolte d'olives.
  440. 24:45 Au 27 premiers kilos d'olives.
  441. 24:54 Mais il faudra attendre encore un peu
  442. 24:57 avant que leurs olives soient servies au repas.
  443. 25:04 Pour rendre des olives comestibles,
  444. 25:08 c'est un travail très précis et très délicat.
  445. 25:11 Ça s'appelle la confiserie, comme pour les bonbons.
  446. 25:14 Mais il faut les désamériser.
  447. 25:17 Parce qu'une olive dans la nature,
  448. 25:20 quand on la prend sur l'arbre,
  449. 25:23 si on croque dedans, c'est très amère, c'est immangeable.
  450. 25:26 Nous, pour le moment, on n'a pas suffisamment d'olives
  451. 25:29 pour les amener chez un confiseur pour qu'il nous les transforme.
  452. 25:32 Et on n'a pas le savoir-faire pour les transformer.
  453. 25:35 Comme pour leur vin,
  454. 25:38 les oléiculteurs recourent à l'agriculture biologique.
  455. 25:41 Ainsi, les olives doivent notamment être conservées dans du sel
  456. 25:44 pendant une période pouvant aller jusqu'à 10 mois.
  457. 25:47 En conséquence, ils ne pourront probablement pas en vendre
  458. 25:50 avant le printemps 2025.
  459. 25:53 Les parents de Fabien sont fiers de leur fils et de leur belle-fille.
  460. 25:56 A la fois, on aime la tradition,
  461. 25:59 mais en même temps, on pense qu'il faut être ouvert et innover.
  462. 26:03 Donc, ils sont dans cet esprit et on aime ça.
  463. 26:06 On trouve ça très bien.
  464. 26:09 Mais leurs préoccupations sont ailleurs.
  465. 26:12 Aujourd'hui, il y a vraiment des grosses inquiétudes
  466. 26:15 sur l'agriculture en Gironde.
  467. 26:18 Parce qu'il y a des gens qui sont dans de telles difficultés
  468. 26:21 qu'aujourd'hui, ils n'ont plus les moyens
  469. 26:24 de se réorienter comme fait Fabien,
  470. 26:27 de diversifier, mais il faut investir un petit peu.
  471. 26:30 Et il y a des gens qui sont tellement au fond du trou
  472. 26:33 qu'ils n'ont plus les moyens de le faire.
  473. 26:36 Cultiver autre chose que de la vigne
  474. 26:39 demande non seulement un gros investissement financier,
  475. 26:42 mais aussi beaucoup d'énergie.
  476. 26:45 Pour Élise et Fabien, une année éprouvante s'achève.
  477. 26:48 Ils veulent profiter de l'hiver pour se perfectionner
  478. 26:51 dans l'oléiculture et réfléchir à de nouveaux projets.
  479. 27:01 En 2023, les récoltes ont été désastreuses
  480. 27:04 pour la plupart des vignerons du Bordelais.
  481. 27:07 Le mildiou a fait des dégâts considérables
  482. 27:10 et les aides promises par l'État se font attendre.
  483. 27:15 Entre-temps, Bastien Mercier a ouvert son local.
  484. 27:18 En l'espace de 3 mois, il a déjà vendu 900 bouteilles.
  485. 27:22 Malheureusement, beaucoup de restaurants
  486. 27:25 ne jouent pas le jeu à mettre du Bordeaux sur leur carte.
  487. 27:28 Et c'est assez décevant parce que nous sommes
  488. 27:31 le département du vin dans le monde.
  489. 27:34 L'objectif de cette guinguette,
  490. 27:37 c'est d'apporter une plus-value au vin
  491. 27:40 et ensuite une diversification sur la viticulture.
  492. 27:43 Ça nous permet aussi de nous faire connaître.
  493. 27:46 Et donc, je pense que c'est important
  494. 27:50 d'avoir de nouveaux clients.
  495. 27:55 C'est Daniel, le père de Fabien, qui est au fourneau.
  496. 28:01 Je suis super heureux là. Je vois du monde.
  497. 28:04 C'est super et puis on change. Ça change.
  498. 28:07 Non, mais la retraite, ça je vais la prendre.
  499. 28:10 Mais ça ne m'empêchera pas que je viendrai là quand même.
  500. 28:13 Je ne vais pas laisser mon rôle tout seul.
  501. 28:17 Et puis j'ai encore des biens.
  502. 28:20 Il faut bien que je les fasse retourner.
  503. 28:25 Pendant le premier été, les Merciers ont accueilli ici
  504. 28:28 jusqu'à 150 personnes tous les vendredis.
  505. 28:31 Ce soir, ils fêtent la fin des vendanges
  506. 28:34 avec leurs collègues viticulteurs.
  507. 28:37 Malheureusement, il n'y a pas grand-chose à célébrer.
  508. 28:40 Bastien a perdu 80% de ses récoltes de l'année
  509. 28:43 et le succès de son établissement lui a redonné espoir.
  510. 28:49 Ça permet aussi un peu d'oublier les soucis
  511. 28:52 et de se consacrer à autre chose.
  512. 28:55 Je ne cache pas que c'est ce qui me pousse à continuer à me battre.
  513. 28:58 C'est se dire que je ne suis pas seul, je suis entouré.
  514. 29:01 J'ai une famille qui va m'aider sur ce projet, qui est présente.
  515. 29:04 Et le fait de ne pas se sentir seul
  516. 29:07 quand on affronte une tempête telle que nous vivons,
  517. 29:10 c'est vraiment chaud au cœur.
  518. 29:13 Les recettes qu'il a engrangées lui ont permis de régler des factures en attente.
  519. 29:16 Il a l'intention d'agrandir la guinguette l'année prochaine
  520. 29:19 et de continuer à se battre pour son héritage,
  521. 29:22 le vin rouge.
  522. 29:40 Sous-titrage Société Radio-Canada