Nucléaire, décroissance, choc pétrolier : les vérités de Jean-Marc Jancovici

interview 49:44 Source ↗ jean-marc jancovici nucléaire décroissance pic pétrolier transition énergétique mix énergétique
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Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, discute du revirement européen sur le nucléaire, de la programmation énergétique française, du mix énergétique, du pic pétrolier et de la décroissance économique en Europe.

  1. 0:00 Le Groenland a commencé à fondre actuellement, et ça, ça va continuer pour encore des siècles ou des milliers d'années, quoi qu'on fasse maintenant.
  2. 0:07 Bonjour, bienvenue dans cette nouvelle édition des Grands Entretiens d'Anne Rosancher.
  3. 0:11 Anne Rosancher, c'est moi, et tous les 15 jours, j'interroge pour vous une personne pertinente sur un sujet en particulier.
  4. 0:19 C'est au moment de la guerre en Ukraine que l'opinion européenne est globalement redevenue beaucoup plus favorable au nucléaire.
  5. 0:25 Le système est tellement inertiel qu'une fois qu'on s'est dit « Ah zut, tiens, on s'est trompé, on n'aurait pas dû »,
  6. 0:29 en fait, le coût ne se rattrape pas comme ça. Et donc aujourd'hui, le fait, même si personnellement j'ai beaucoup de nucléaire,
  7. 0:36 le fait qu'on soit dans la situation dans laquelle on est peut parfaitement justifier qu'on mette des renouvelables
  8. 0:41 parce que c'est le seul truc qu'on est capable de construire dans les années qui viennent.
  9. 0:43 Aujourd'hui, je reçois une star, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, président du Schiff Project et incarnation d'une écologie appuyée sur la rigueur scientifique.
  10. 0:55 Alors, que penser du revirement récent de l'Europe sur le nucléaire ? Que vaut notre mix énergétique français ?
  11. 1:03 Où en sont les États-Unis, la Chine, les démocraties libérales ?
  12. 1:07 Sont-elles armées pour faire face aux défis climatiques ? Qui se postent à elles pour répondre à ces questions ?
  13. 1:14 Jean-Marc Jancovici est avec nous, avec vous, dans la rédaction de L'Express, en vidéo et en podcast audio.
  14. 1:21 Installez-vous, ça commence.
  15. 1:26 Jean-Marc Jancovici, bonjour.
  16. 1:30 Bonjour.
  17. 1:31 Alors d'abord, pour commencer, je voulais vous soumettre une citation assez récente.
  18. 1:36 Vous allez sûrement la reconnaître.
  19. 1:38 « Réduire la part du nucléaire en Europe depuis les années 90 était une erreur stratégique.
  20. 1:44 C'était se détourner d'une source fiable et abordable d'énergie à faibles émissions. »
  21. 1:49 Ces mots ont été prononcés là, juste le 10 mars dernier, par Ursula von der Leyen,
  22. 1:55 présidente de la Commission européenne et ancienne ministre d'un gouvernement d'Angela Merkel.
  23. 2:01 Qu'est-ce que ça vous a fait d'entendre ces mots ? Qu'est-ce que ça a suscité en vous ?
  24. 2:06 Pas grand-chose, parce qu'en fait, ça fait 2-3 ans que l'opinion a reviré sur le sujet.
  25. 2:12 Et en fait, l'opinion a reviré sur le sujet grâce à notre ami Poutine.
  26. 2:16 C'est au moment de la guerre en Ukraine que l'opinion européenne est redevenue beaucoup plus favorable au nucléaire.
  27. 2:22 Ce n'est pas du tout un phénomène français, c'est un phénomène pan-européen.
  28. 2:25 Partout, le nucléaire a gagné 15 à 20 points d'opinion positive.
  29. 2:28 Et en Allemagne, on s'est rapproché d'une moitié d'Allemands qui étaient favorables à la construction de nouveaux réacteurs.
  30. 2:34 On n'y est pas encore, mais on n'en était pas très loin.
  31. 2:37 Et donc là, on a le cas typique de la politique qui est à la traîne des opinions publiques.
  32. 2:41 Mais en démocratie, ce n'est pas étonnant.
  33. 2:43 Alors, il lui arrive d'être à la pointe.
  34. 2:45 Parfois, je ne sais pas si je prends un exemple qui n'a rien à voir avec l'énergie.
  35. 2:48 Je crois que quand Mitterrand a aboli la peine de mort, il y avait encore une majorité de Français qui n'étaient pas tout à fait pour.
  36. 2:53 Quand Simone Weil a légalisé l'avortement, je crois qu'il y a eu une majorité de Français qui n'étaient pas tout à fait pour.
  37. 2:58 Donc, il arrive de temps en temps aux politiques d'être en avance de phase, en avance sur leur temps.
  38. 3:02 Mais il y a quand même beaucoup, beaucoup de cas de figure dans lesquels ils sont plutôt en retard de phase.
  39. 3:06 Donc, j'ai envie de dire, à part quelques décisions courageuses,
  40. 3:09 globalement, j'ai tendance à dire que les élus sont un très bon reflet de l'opinion avec trois ans de décalage.
  41. 3:13 D'accord.
  42. 3:14 Et alors, autre question concernant l'actualité récente.
  43. 3:17 Après deux ans et demi de report, de retard, la programmation pluriannuelle énergétique française a vu le jour tout récemment.
  44. 3:27 Avant de revenir brièvement sur son contenu, je voulais vous demander, en termes d'horizon,
  45. 3:33 c'est une programmation qui concerne deux fois cinq ans.
  46. 3:36 Donc, ça fixe la stratégie énergétique de la France pour les dix années à venir.
  47. 3:40 Est-ce qu'en termes de politique énergétique et climatique, c'est un bon horizon, dix ans ?
  48. 3:46 Ça dépend de quoi on parle.
  49. 3:48 Si on parle d'un système électrique, le bon horizon, c'est 50 à 100 ans.
  50. 3:51 Oui.
  51. 3:52 Si on parle des parcs aval, c'est-à-dire un parc de voitures, un parc de chaudières, un parc industriel, etc.,
  52. 3:58 le bon horizon de temps, c'est entre 20 et 50 ans.
  53. 4:00 Après, il faut des points intermédiaires.
  54. 4:03 C'est-à-dire que si vous parlez de l'éducation d'un enfant entre le moment où il naît et le moment où il sera adulte, il y a 20 ans,
  55. 4:09 en attendant, vous avez quand même des jalons intermédiaires.
  56. 4:11 Par exemple, l'année prochaine, ça serait quand même pas mal que tu réussisses tes examens.
  57. 4:15 C'est la même chose pour les stratégies énergétiques.
  58. 4:18 En fait, la programmation pluriannuelle de l'énergie, si c'est l'horizon de temps maximal auquel on réfléchit, ce n'est pas pertinent.
  59. 4:24 Par contre, si c'est un horizon de temps auquel on programme des choses, oui, c'est pertinent.
  60. 4:28 Il faut programmer des choses à l'échelle de l'année, à l'échelle de la décennie, à l'échelle du siècle.
  61. 4:32 D'accord. Et alors, sur son contenu, il y a quelques semaines, on recevait dans ce fauteuil même un physicien,
  62. 4:39 ancien commissaire à l'énergie atomique Yves Bréchet, qui ne mâchait pas ses mots sur le contenu de la PPE,
  63. 4:46 le fait qu'elle était devenue un peu un objet de marchandage politique.
  64. 4:50 Et il nous disait, quant au mix énergétique de la France, que c'était fait sans analyse de coûts ni analyse d'impact,
  65. 4:57 et que c'était un compte de fait dispendieux.
  66. 5:00 La grande question que tout le monde se pose, c'est est-ce qu'on est dans le bon équilibre entre le nucléaire et les renouvelables électriques.
  67. 5:06 Et quand on parle de renouvelables électriques, en fait, les gens ne pensent pas à l'hydroélectricité,
  68. 5:10 qui a été historiquement la première source d'énergie renouvelable et qui, dans un certain nombre de pays, l'est de loin.
  69. 5:16 En Chine, par exemple, la première source d'énergie renouvelable, enfin d'électricité renouvelable, c'est de très loin l'hydroélectricité.
  70. 5:20 On a construit tous les barrages en Europe dans les années 50-60. Maintenant, on n'en construit plus.
  71. 5:25 Les gens qui vivent à côté des barrages s'y sont habitués.
  72. 5:28 Il y a eu quelques personnes évacuées à l'époque où on a construit le barrage de Tignes et de Serre-Ponçon.
  73. 5:32 Ça a fait quelques drames à l'époque, mais maintenant, on n'y pense plus.
  74. 5:35 C'est là, c'est presque comme si c'était un lac de montagne.
  75. 5:38 Et donc, l'énergie renouvelable dans l'esprit des gens, c'est ce qui est en cours d'installation,
  76. 5:43 parce que c'est ça qui nous dérange éventuellement.
  77. 5:45 Une fois que c'est installé, c'est installé.
  78. 5:48 Donc, les panneaux solaires et les éoliennes.
  79. 5:50 Quand on pense à l'artificialisation des sols, on ne pense pas aux locaux de l'avenue Cléber où on est en ce moment,
  80. 5:54 parce que ça fait longtemps qu'ils sont construits.
  81. 5:57 Donc, on pense essentiellement au solaire et au éolien.
  82. 5:59 Alors, solaire et éolien ont des avantages et des inconvénients.
  83. 6:02 L'avantage, c'est que ça s'installe assez vite une éolienne ou un panneau solaire.
  84. 6:05 Donc, c'est facile d'installer un dispositif.
  85. 6:07 L'inconvénient, c'est que c'est compliqué de faire un système à partir de ces dispositifs,
  86. 6:10 parce que ce n'est pas pilotable.
  87. 6:12 Pilotable, ça veut dire ?
  88. 6:14 Ce n'est pas quand on veut.
  89. 6:15 C'est quand les éléments l'ont décidé.
  90. 6:17 Donc, il y a du soleil dans la journée.
  91. 6:19 C'est même la définition de la journée, sauf erreur de ma part.
  92. 6:21 Il y en a un peu plus l'été que l'hiver, même beaucoup plus l'été que l'hiver.
  93. 6:25 Et donc, ça veut dire que du soleil, il n'y en a pas n'importe quand.
  94. 6:28 Donc, si vous avez besoin de vous faire opérer la nuit, l'hiver,
  95. 6:31 l'électricité solaire en direct, ça ne marche pas.
  96. 6:34 Il faut passer par du stockage, etc.
  97. 6:36 Et vous avez également un sujet pour ce qu'on appelle le stockage intersaisonnier,
  98. 6:39 c'est-à-dire passer de la grosse période de consommation électrique qui, dans notre pays, est encore l'hiver.
  99. 6:43 Il y a des pays où c'est l'été à cause de la climatisation, mais chez nous, c'est l'hiver.
  100. 6:46 Et la grosse période de production électrique qui, pour le coup, est plutôt l'été à cause du solaire, avec le solaire éolien.
  101. 6:53 Donc, on a ce sujet.
  102. 6:54 Et donc, ça, c'est un problème compliqué, pas simple à résoudre.
  103. 6:57 Du reste, les Allemands ont essayé de le résoudre et ils n'y sont pas arrivés.
  104. 7:00 Ils ont dit qu'on va faire juste avec des renouvelables non pilotables,
  105. 7:04 même en rajoutant du stockage, etc.
  106. 7:06 Ils ont maintenant quelques gigawatts de batterie.
  107. 7:08 Ils n'y arrivent pas, donc ils vont reconstruire des centrales à gaz.
  108. 7:12 Et ils vont rester avec des centrales à gaz pour un certain temps dans le système.
  109. 7:17 Et notre PPE ne le résout pas non plus ?
  110. 7:19 Alors, notre PPE ne le résout pas plus que chez eux,
  111. 7:22 parce qu'il faut de la flexibilité pour compenser la flexibilité des sources non pilotables.
  112. 7:28 Et donc, cette flexibilité, vous pouvez l'avoir de deux manières.
  113. 7:30 Ou bien, vous avez des gros moyens de stockage.
  114. 7:32 Alors, avec le solaire et des batteries, à l'échelle de la journée, vous en sortez encore à peu près.
  115. 7:36 Par contre, c'est le stockage intersaisonnier qui pose des problèmes.
  116. 7:40 Et là, vous ne pouvez pas utiliser des batteries, il en faudrait beaucoup trop.
  117. 7:44 En face de ça, vous avez le nucléaire qui présente les caractéristiques exactement inverses.
  118. 7:48 Donc, faire un système avec du nucléaire, c'est simple.
  119. 7:51 Par contre, faire une centrale nucléaire, c'est long et compliqué.
  120. 7:53 Alors que de l'autre côté, c'est l'inverse.
  121. 7:55 Faire une éolienne, c'est rapide et simple.
  122. 7:57 Faire un système à partir de là, c'est long et compliqué.
  123. 8:00 Et puis, le nucléaire est quelque chose qui est modulable, si on veut.
  124. 8:09 Mais ce n'est pas sa fonction première.
  125. 8:11 Normalement, sa fonction première, c'est de cracher de l'électricité en permanence.
  126. 8:14 Alors, en France, comme on en avait beaucoup dans le mix, on a quand même rendu les centrales pilotables.
  127. 8:19 Mais ce qui les désoptimise un peu économiquement, puisque comme c'est des systèmes à coût fixe,
  128. 8:23 dit autrement, ça vous coûte le même prix de la construire que vous vous en serviez peu ou beaucoup.
  129. 8:27 Et l'essentiel du coût du nucléaire, c'est la construction et les frais financiers associés.
  130. 8:31 Ma conclusion, c'est que ça ne se passe bien que dans le cadre public,
  131. 8:33 parce que le cadre privé emprunte beaucoup trop cher pour que ce soit rentable.
  132. 8:37 Et par ailleurs, le coût de construction doit également être maîtrisé,
  133. 8:41 mais encore plus les frais financiers, j'ai envie de dire, que le coût de construction.
  134. 8:45 Donc, le nucléaire, c'est long de faire une centrale.
  135. 8:48 Par contre, une fois que la centrale est construite, c'est assez simple de faire un système basé dessus.
  136. 8:52 Donc, vous avez des équilibrages.
  137. 8:54 Rien n'est parfait.
  138. 8:56 Le système parfait, ça aurait été de ne pas avoir le nucléaire honteux pendant 30 ans,
  139. 9:01 de renouveler le parc au fur et à mesure qu'il devenait obsolète,
  140. 9:04 en s'y prenant 20 ans à l'avance, histoire d'être sûr d'eux.
  141. 9:08 Et de compléter ça, en France, le complément avec l'hydraulique et les steppes est un très bon complément.
  142. 9:13 Les steppes, c'est les barrages réversibles.
  143. 9:15 Et eux, ils apportent énormément de flexibilité à l'échelle de la journée, voire à l'échelle de la semaine.
  144. 9:21 Donc, la combinaison des deux, qui est ce sur quoi on a historiquement bâti notre système en France,
  145. 9:26 avec un peu de gaz et un peu de charbon, était un système qui fonctionnait bien.
  146. 9:30 Et on l'a cassé pour deux raisons.
  147. 9:33 On l'a cassé parce qu'il y a eu pendant 20-30 ans une espèce de nucléaire honteux
  148. 9:37 où on s'est dit, ce truc-là, c'est cacaberque, donc on n'en veut pas.
  149. 9:40 Et le fait de l'avoir cassé, ce n'est pas réversible.
  150. 9:42 C'est-à-dire qu'une fois qu'on se dit, une fois que Madame von der Leyen est frappée par la grâce
  151. 9:46 et on est taquin et se dit, tiens, peut-être qu'on n'aurait pas dû comme Tigibus.
  152. 9:50 Malheureusement, c'est trop tard.
  153. 9:51 Et pour reprendre l'exemple de l'enfant que j'évoquais tout à l'heure,
  154. 9:54 quand pendant 20 ans, vous avez fait n'importe quoi avec l'éducation de votre gamin,
  155. 9:57 vous n'allez pas corriger ça en une semaine et vous n'allez parfois même pas corriger ça en 10 ans.
  156. 10:01 Là, le nucléaire, c'est exactement pareil.
  157. 10:04 Le système est tellement inertiel qu'une fois qu'on s'est dit,
  158. 10:06 ah zut, tiens, on s'est trompé, on n'aurait pas dû.
  159. 10:08 En fait, le coup ne se rattrape pas comme ça.
  160. 10:10 Et donc aujourd'hui, le fait, même si personnellement j'aime beaucoup le nucléaire,
  161. 10:15 le fait qu'on soit dans la situation dans laquelle on est,
  162. 10:17 peut parfaitement justifier qu'on mette des renouvelables
  163. 10:20 parce que c'est le seul truc qu'on est capable de construire dans les années qui viennent.
  164. 10:23 À l'échelle de temps dont on a besoin.
  165. 10:25 Voilà, exactement.
  166. 10:26 C'est le seul truc.
  167. 10:28 Après, la vraie question qui se pose et que RTE a posée dans un rapport très récent,
  168. 10:32 c'est de savoir si aujourd'hui, il faut mettre plutôt le poids du corps
  169. 10:35 sur l'accélération des moyens électriques
  170. 10:38 ou plutôt le poids du corps sur l'accélération de la consommation électrique,
  171. 10:42 ce qu'on appelle l'électrification des usages.
  172. 10:44 Et personnellement, je pense qu'il faut mettre un peu plus le poids du corps
  173. 10:47 sur l'électrification des usages.
  174. 10:48 D'accord.
  175. 10:49 Aujourd'hui.
  176. 10:50 Et que le meilleur service qu'on puisse rendre à tous les moyens de production décarbonés,
  177. 10:53 c'est tout simplement que la demande augmente.
  178. 10:56 D'accord. Bien sûr.
  179. 10:58 C'est assez clair comme raisonnement.
  180. 11:01 Vous pariez des effets néfastes qu'a eu le fait d'avoir le nucléaire.
  181. 11:08 C'est même plus que ça.
  182. 11:09 C'est-à-dire que, en gros, pendant des décennies,
  183. 11:11 l'affichage moral a un peu remplacé la gestion pragmatique en ces domaines
  184. 11:17 et on a fait des erreurs, y compris en France,
  185. 11:19 pas seulement en Europe, y compris en France.
  186. 11:21 On pourrait revenir sur la fermeture de Fessenheim,
  187. 11:23 sur les horizons qui avaient été fixés comme ça,
  188. 11:26 vraiment, pour le coup, sans analyse de coûts, ni de besoins, ni d'impact.
  189. 11:31 Vous avez pu observer la prise de décision politique.
  190. 11:35 Vous avez participé au Grenelle de l'environnement en 2007.
  191. 11:38 Vous avez un temps conseillé Nicolas Hulot quand il était ministre.
  192. 11:41 Non, quand il était ministre, non.
  193. 11:43 Avant, d'accord.
  194. 11:44 Et vous êtes souvent consulté, je crois, par certains.
  195. 11:50 En tout cas, The Shift Project a pu faire des bofs.
  196. 11:53 Oui, oui.
  197. 11:54 Mais vous avez quand même pu…
  198. 11:55 Si, ça m'arrive.
  199. 11:56 D'accord.
  200. 11:57 Mais ce n'est pas ma fonction première et je ne suis pas en demande de ça en particulier.
  201. 12:01 Vous n'êtes pas en demande.
  202. 12:02 Mais quand vous avez pu observer la prise de décision politique,
  203. 12:06 qu'est-ce que vous en avez tiré comme conclusion quant à ces mécanismes et quant à sa rationalité ?
  204. 12:13 Alors, il y a un élément qui me paraît à peu près partagé
  205. 12:16 par la quasi-totalité des partis politiques dans ce pays qu'il a été pendant longtemps.
  206. 12:20 Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui.
  207. 12:21 C'est qu'en fait, le monde politique n'a pas compris l'importance de l'énergie
  208. 12:24 dans la structuration du monde moderne.
  209. 12:26 C'est-à-dire qu'on pense que c'est un sujet qu'on traite comme ça,
  210. 12:30 quelque part intercalé entre les retraites, la diplomatie et la gestion de l'inflation.
  211. 12:38 En gros, vous n'avez qu'à voir le débat aujourd'hui.
  212. 12:42 Il est question que 25% des exportations mondiales de pétrole
  213. 12:45 arrêtent de transiter par le déploiement d'hormoses.
  214. 12:47 Et de quoi on parle ? De prix.
  215. 12:48 Oui, c'est vrai.
  216. 12:49 Mais ce n'est pas un sujet de prix.
  217. 12:50 On s'en fout du prix.
  218. 12:51 C'est une question de quantité.
  219. 12:53 Si le prix de l'essence à la pompe passe de 1,6 à 2 euros le litre,
  220. 13:00 pour une voiture ordinaire dans ce pays,
  221. 13:02 ça représente 25 euros d'augmentation de la facture de carburant par mois.
  222. 13:07 Il y a des gens dans ce pays qui sont à 25 euros près par mois.
  223. 13:09 C'est absolument certain.
  224. 13:10 Mais on n'est pas tous à 25 euros près par mois dans ce pays.
  225. 13:13 Il ne faut pas se raconter d'histoire.
  226. 13:15 Quand vous regardez ce qu'a été l'augmentation des loyers sur les dernières décennies
  227. 13:18 ou l'augmentation du prix de l'immobilier, on ne parle pas de 25 euros par mois.
  228. 13:21 Et ça n'a pas mis les gens dans la rue.
  229. 13:24 Ça ne met pas les gens dans la rue.
  230. 13:26 Mais ça baisse politiquement, en vérité, sur le long terme.
  231. 13:29 Oui, mais ça ne donne pas lieu à des manifestations affectives
  232. 13:32 comme celles qu'on a actuellement,
  233. 13:34 alors que les sommes en jeu sont considérablement plus importantes.
  234. 13:38 Or, le vrai sujet avec ce qui est en train de se passer en ce moment,
  235. 13:41 c'est de nous faire réfléchir à notre dépendance à un pétrole importé
  236. 13:44 dont la disponibilité future va baisser de toute façon,
  237. 13:46 que ça nous plaise ou pas.
  238. 13:47 Et il serait peut-être temps de s'en occuper un peu plus.
  239. 13:49 Donc ça, c'est quelque chose sur lequel les politiques, globalement,
  240. 13:52 ils ont été, pour être un peu méchant, tous à l'ouest,
  241. 13:55 depuis assez longtemps.
  242. 13:58 Alors, décharge, on n'a pas les indicateurs régulièrement publiés
  243. 14:04 qui attirent leur attention dessus.
  244. 14:07 L'Express, que je sache, pas plus que les autres médias,
  245. 14:10 ne publie régulièrement le volume de la production de pétrole dans le monde
  246. 14:13 ou les TWh électriques produits dans le monde, etc.
  247. 14:17 Par contre, l'inflation, la croissance du PIB, etc.,
  248. 14:20 vous en parlez tous les quatre matins.
  249. 14:21 Donc, ils ont, comme tout le monde, les yeux...
  250. 14:27 Rivés sur les indicateurs.
  251. 14:29 Rivés ailleurs et pas rivés sur des choses qui leur permettraient
  252. 14:33 de comprendre ce qui se passe dans le monde physique.
  253. 14:35 D'accord.
  254. 14:36 Donc, l'énergie étant ce qui régit le monde physique,
  255. 14:39 en fait, ce qui compte, c'est la quantité.
  256. 14:41 En fait, ce qui compte, c'est la quantité.
  257. 14:43 C'est pas le prix, c'est la quantité.
  258. 14:44 Et il n'y a pas de lien entre les deux.
  259. 14:45 Ce qui est très perturbant.
  260. 14:46 Ah oui, là, c'est perturbant.
  261. 14:47 Oui, c'est très perturbant.
  262. 14:48 Parce qu'on se dit que plus les choses se raréfient
  263. 14:51 et donc plus la quantité diminue, plus leur prix augmente.
  264. 14:53 Oui, sauf que plus la quantité d'énergie se raréfie
  265. 14:56 et plus le PIB diminue.
  266. 14:57 D'accord.
  267. 14:58 Parce que si vous avez moins d'énergie,
  268. 14:59 vous avez moins de machines au travail,
  269. 15:00 donc moins de production, donc moins de revenus,
  270. 15:01 donc le PIB diminue.
  271. 15:03 Et si vous avez un PIB qui baisse
  272. 15:05 avec une quantité d'énergie disponible qui baisse,
  273. 15:07 vous ne savez pas où est le nouveau prix de l'énergie.
  274. 15:08 Il peut être au-dessus, en-dessous.
  275. 15:10 Et donc, quand vous regardez historiquement
  276. 15:11 le lien entre prix et volume sur le pétrole,
  277. 15:13 il n'y en a pas.
  278. 15:14 D'accord.
  279. 15:15 Il n'y a jamais eu de lien entre le prix et le volume sur le pétrole.
  280. 15:17 Il y a un lien de court terme.
  281. 15:18 De court terme.
  282. 15:19 C'est-à-dire ?
  283. 15:20 À court terme, si vous en avez moins,
  284. 15:21 tout de suite, le prix monte.
  285. 15:22 Bien sûr.
  286. 15:23 Vous attendez un, deux ans, vous ne savez pas où il sera.
  287. 15:24 D'accord.
  288. 15:25 Et on peut très bien manquer de pétrole structurellement
  289. 15:27 avec un prix du pétrole bas.
  290. 15:29 D'accord.
  291. 15:30 Ça ne pose aucun problème.
  292. 15:31 C'est déjà arrivé.
  293. 15:32 Donc, comme le monde politique ne comprend pas
  294. 15:35 l'importance de l'énergie dans ce qui régit le monde moderne,
  295. 15:37 parce qu'on a les yeux fixés sur des indicateurs conventionnels
  296. 15:39 qui s'appellent l'économie,
  297. 15:41 en fait, globalement, ce sujet a été gentiment traité par-dessus la jambe.
  298. 15:46 J'ai envie de dire, le dernier moment où on a fait des trucs un peu sérieux,
  299. 15:48 c'est au moment des chocs pétroliers.
  300. 15:50 Et depuis, c'est traité gentiment par-dessus la jambe.
  301. 15:52 Et donc, Hollande s'est dit, il faut fermer la moitié des réacteurs.
  302. 15:56 Comme dirait les jeunes, WTF.
  303. 15:57 Je ne vois pas où est le problème.
  304. 15:58 D'accord.
  305. 16:00 Parce qu'il n'a pas compris.
  306. 16:02 Il n'a juste pas compris.
  307. 16:07 Donc, de ce point de vue, Bréchet a raison de dire
  308. 16:09 qu'on est très négligent sur la façon...
  309. 16:12 Je ne souscris pas nécessairement à toutes les conclusions qu'il a,
  310. 16:14 mais il a raison sur un point,
  311. 16:16 c'est qu'on est négligent sur la façon dont on considère ce sujet.
  312. 16:23 Et donc, comme les gens ne voient pas le rapport
  313. 16:25 entre le fait qu'on ait des retraites et l'énergie,
  314. 16:27 alors qu'il y en a un énorme,
  315. 16:29 parce que si on a beaucoup d'énergie,
  316. 16:31 on a beaucoup de production,
  317. 16:32 donc beaucoup de revenus,
  318. 16:33 donc des retraites.
  319. 16:34 D'accord.
  320. 16:35 Et si on n'a pas beaucoup d'énergie,
  321. 16:36 on n'a pas beaucoup de production,
  322. 16:37 donc pas beaucoup de revenus,
  323. 16:38 donc pas de retraites.
  324. 16:39 C'est aussi bête que ça.
  325. 16:40 Donc, on serait bien inspiré de s'occuper beaucoup plus d'énergie,
  326. 16:43 quel que soit le sujet économique, social qu'on regarde.
  327. 16:46 Mais ce que vous décrivez,
  328. 16:48 c'est un manque de rationalité, d'abord.
  329. 16:50 C'est un manque de compréhension.
  330. 16:51 De compréhension et d'esprit de conséquence.
  331. 16:54 C'est-à-dire qu'on ne tire pas le fil jusqu'au bout.
  332. 16:57 C'est un manque de compréhension.
  333. 16:59 Moi, le premier, je suis tombé de ma propre chaise
  334. 17:02 quand j'ai compris quel était le rôle réel de l'énergie dans le monde.
  335. 17:06 Oui, d'accord.
  336. 17:07 Et du reste, c'est ça qui a donné lieu au livre Le Monde Sans Fin,
  337. 17:11 qui fait qu'il y a plein de gens qui sont tombés de leur chaise aussi.
  338. 17:14 Mais ils sont tombés de leur chaise tout simplement
  339. 17:16 parce qu'encore une fois,
  340. 17:17 l'attention médiatique habituelle fixe notre regard
  341. 17:20 sur des indicateurs conventionnels
  342. 17:22 qui s'écartent de plus en plus du monde physique.
  343. 17:24 Donc, c'est normal que les gens tombent de leur chaise
  344. 17:26 quand ils réalisent qu'est-ce que c'est que la réalité physique.
  345. 17:29 Alors justement, en parlant de tomber de sa chaise
  346. 17:32 et de mouvement, on va dire, de tomber de chaise à grande échelle,
  347. 17:36 par rapport à il y a 15 ou 10 ans,
  348. 17:39 on peut dire que quand même, globalement,
  349. 17:41 les opinions publiques sont beaucoup moins climato-sceptiques.
  350. 17:44 C'est-à-dire qu'il y a de plus en plus quand même une prise de conscience
  351. 17:48 qu'il y a un réchauffement climatique et que c'est un défi majeur.
  352. 17:51 Est-ce que selon vous, on a pris quand même la mesure
  353. 17:56 de l'enjeu et du défi qui se met devant nous ?
  354. 18:03 Les sondages, en fait, en la matière,
  355. 18:06 souvent la réponse est dans la question.
  356. 18:08 Je vais vous donner une petite anecdote.
  357. 18:10 Il y a une association qui s'appelle Parlons Climat
  358. 18:13 qui fait souvent des études assez intéressantes sur la question.
  359. 18:16 Et il y a un an à peu près, je me rappelle,
  360. 18:18 ils avaient publié une analyse dans laquelle ils montraient
  361. 18:20 que dans un sondage, le taux de climato-sceptique augmentait
  362. 18:24 si vous proposiez plus de possibilités de réponse climato-sceptique
  363. 18:28 dans l'éventail de réponses.
  364. 18:30 Donc, dit autrement, si vous proposez juste deux réponses,
  365. 18:33 le changement climatique existe, oui, non,
  366. 18:35 vous avez 25% de climato-sceptique.
  367. 18:37 Et si vous proposez non, il y en a un, mais ce n'est pas dû à l'homme.
  368. 18:42 Non, il n'y a pas de changement climatique.
  369. 18:44 Non, le climat a toujours varié. Non, je ne sais pas quoi.
  370. 18:46 En fait, le taux de réponse non augmente très fortement.
  371. 18:49 D'accord.
  372. 18:50 Donc, en fait, qu'est-ce que c'est vraiment qu'un climato-sceptique ?
  373. 18:53 Difficile à définir.
  374. 18:54 D'accord.
  375. 18:55 Quand vous regardez, en fait, là où les gens se méfient vraiment,
  376. 18:59 des gens qui sont très extrêmement défiants envers la science,
  377. 19:02 parce que les mêmes qui vous disent le climat a toujours varié,
  378. 19:04 ce n'est pas nous en ce moment, peuvent vous dire
  379. 19:05 mais j'ai confiance en la science.
  380. 19:06 Donc, il n'y a pas de problème avec ça.
  381. 19:07 Donc, en fait, quand vous regardez les gens qui sont réellement défiants
  382. 19:10 vis-à-vis de la base scientifique, c'est moins de 10%.
  383. 19:12 D'accord.
  384. 19:13 C'est très faible.
  385. 19:14 Par contre, vous avez une bonne frange de gens
  386. 19:16 qui sont ce que moi j'appelle des climato-énervés.
  387. 19:18 C'est-à-dire qu'à la limite, qu'il y ait du changement climatique ou pas
  388. 19:23 n'est pas le sujet premier.
  389. 19:25 Le sujet premier, c'est qu'ils ne se reconnaissent pas
  390. 19:27 dans le monde proposé pour lutter contre le changement climatique.
  391. 19:29 D'accord.
  392. 19:30 Donc, ils se disent la voiture électrique, moi je n'y aurais pas accès
  393. 19:34 parce que c'est hors de ma portée économiquement.
  394. 19:36 Les bobos m'emmerdent.
  395. 19:38 Moi, j'ai envie de griller de la viande sur mon barbecue le week-end.
  396. 19:41 En gros, c'est un peu jeter le bébé avec l'eau du bain.
  397. 19:44 C'est-à-dire que c'est où noyer son chien.
  398. 19:47 En disant qu'il a la rage.
  399. 19:49 Exactement.
  400. 19:50 C'est parce qu'en fait, le rejet se fait sur les porteurs de solutions.
  401. 19:54 D'accord.
  402. 19:55 Et pas sur le diagnostic humain.
  403. 19:57 Ou sur la solution.
  404. 19:58 Donc en gros, ils sont énervés soit par les préconisations
  405. 20:04 et par les messagers.
  406. 20:06 Ou par les porteurs des solutions.
  407. 20:08 C'est ça qui les hérisse.
  408. 20:09 Et à ce moment, ils jettent le bébé avec l'eau du bain et disent
  409. 20:12 il n'y a pas de changement climatique.
  410. 20:13 Mais en fait, les gens qui sont fondamentalement, intimement convaincus
  411. 20:17 que la science raconte n'importe quoi, c'est 10%.
  412. 20:19 D'accord.
  413. 20:20 Ou moins de 10%.
  414. 20:21 C'est faible.
  415. 20:22 D'accord.
  416. 20:23 En France ou c'est occidental ?
  417. 20:24 En France.
  418. 20:25 Mais même aux États-Unis, vous avez une majorité d'Américains
  419. 20:27 qui sont convaincus qu'il y a des désordres climatiques
  420. 20:29 qui sont en train de s'amplifier, etc.
  421. 20:30 Et du reste, il suffit de regarder ce qui se passe dans ce pays.
  422. 20:32 Vous avez de plus en plus de sécheresse.
  423. 20:35 Vous avez le niveau des nappes phréatiques qui baisse.
  424. 20:37 Vous savez, la profondeur à laquelle il faut forer pour obtenir de l'eau dans un puits,
  425. 20:40 ça baisse en permanence aux États-Unis.
  426. 20:43 Vous avez un certain nombre de maisons qui deviennent inassurables, etc.
  427. 20:46 Donc en fait, il y a des choses qu'ils voient, qu'ils vivent dans leur quotidien.
  428. 20:50 Et de ce point de vue, les gens ne sont pas complètement idiots.
  429. 20:53 Donc à un moment, si vous leur dites est-ce que vous niez votre quotidien,
  430. 20:56 ils vont vous dire non.
  431. 20:57 Oui.
  432. 20:58 Bien sûr.
  433. 20:59 Mais est-ce qu'ils se rendent compte ?
  434. 21:00 J'avais lu, je crois que c'était dans une interview de vous,
  435. 21:03 vous disiez que le monde s'était réchauffé de 4 degrés en 10 000 ans
  436. 21:09 et qu'on avait vu l'incroyable conséquence que ça avait eue sur la vie,
  437. 21:16 tout simplement, terrestre.
  438. 21:18 Et vous dites un changement climatique, même d'un réchauffement de 1,5 degré en un siècle,
  439. 21:24 est-ce qu'on se rend compte de ce que ça peut entraîner ?
  440. 21:27 On ne se rend pas compte.
  441. 21:28 Et on ne se rend pas compte pour deux raisons.
  442. 21:30 Alors les 1,5 degrés, on les a quasiment pris.
  443. 21:32 Et vous allez me dire, et alors ?
  444. 21:35 On est vivant et bien vivant.
  445. 21:38 Mon salaire continue d'arriver sur mon compte en banque à la fin du mois.
  446. 21:41 Il y a toujours de la nourriture au supermarché.
  447. 21:43 Je ne vois pas où est le problème.
  448. 21:44 Alors le problème, c'est qu'une partie des conséquences de ce qu'on a fait
  449. 21:47 vont arriver avec le temps.
  450. 21:49 Par exemple, le Groenland a commencé à fondre actuellement
  451. 21:53 et ça, ça va continuer pour encore des siècles ou des milliers d'années,
  452. 21:56 quoi qu'on fasse maintenant.
  453. 21:58 Donc, il y a un coup parti.
  454. 22:00 Et donc, à terme, je dis bien à terme,
  455. 22:03 on a quelques mètres d'élévation du niveau des océans qui sont certains.
  456. 22:06 Alors quelques mètres d'élévation du niveau des océans,
  457. 22:10 ça va être suffisant pour rendre beaucoup d'infrastructures portuaires inopérantes.
  458. 22:15 Ça va suffire pour repousser à l'intérieur des terres
  459. 22:21 des nappes phréatiques salées.
  460. 22:23 Vous avez une salinisation des nappes avec la montée du...
  461. 22:27 Et en particulier dans les côtes basses
  462. 22:29 qui sont souvent les plaines cultivées de bord de mer,
  463. 22:31 ça va poser des problèmes.
  464. 22:32 Et ça, ça ne va pas arriver du jour au lendemain non plus.
  465. 22:34 Ça va mettre des décennies, des siècles, etc.
  466. 22:36 En ce qui concerne les forêts,
  467. 22:38 vous pouvez avoir également des décennies qui s'écoulent
  468. 22:41 entre le nouveau climat et le moment où les forêts sont stabilisées
  469. 22:45 par rapport au nouveau climat,
  470. 22:46 avec dans l'intervalle plein d'arbres qui sont morts.
  471. 22:51 Les glaciers des Alpes, par exemple, à 2 degrés,
  472. 22:54 il y a 90% des glaciers des Alpes qui vont disparaître.
  473. 22:56 D'accord.
  474. 22:57 Et tout ça, c'est des conséquences de très long terme
  475. 22:59 qu'on n'a pas forcément tout de suite...
  476. 23:01 Il y a déjà la moitié des coraux de la Caraïbe qui sont morts,
  477. 23:03 à 1,5 degré.
  478. 23:04 Alors vous allez me dire qu'on s'en fiche
  479. 23:06 parce que pour le moment, ça ne nous empêche pas d'avoir du poulet.
  480. 23:08 Oui, ok, parfait.
  481. 23:09 Mais c'est quand même une conséquence réelle.
  482. 23:11 Donc vous avez un certain nombre de choses qui s'observent déjà.
  483. 23:14 Et il faut bien voir que par ailleurs aujourd'hui,
  484. 23:16 on a une arme anti-douleur en ce qui concerne les conséquences
  485. 23:19 qui s'appelle l'énergie abondante.
  486. 23:21 Parce que quand vous avez de l'énergie abondante,
  487. 23:23 vous reconstruisez rapidement après un problème,
  488. 23:26 vous climatisez en cas de cadicule,
  489. 23:28 vous avez des pompes qui vous évacuent en cas d'inondation,
  490. 23:31 vous êtes relogés en cas d'inondation
  491. 23:33 parce qu'avec l'énergie abondante, vous construisez facilement
  492. 23:35 et donc vous avez des locaux en excès qui vous permettent de reloger les gens.
  493. 23:38 Vous pouvez déplacer les récoltes,
  494. 23:40 enfin vous pouvez vous nourrir à partir de ce qui a poussé loin
  495. 23:43 parce que vous avez des camions,
  496. 23:45 si vous n'avez plus rien, qui poussent à côté.
  497. 23:47 Donc en fait, l'énergie abondante, c'est l'antidote,
  498. 23:50 c'est la baguette magique qui permet de répondre à tout.
  499. 23:53 Oui, en tout cas de faire passer ces changements-là
  500. 23:56 comme presque un douleur.
  501. 23:58 Or, à l'horizon des conséquences importantes du changement climatique,
  502. 24:02 50 à 100 ans,
  503. 24:04 cette abondance énergétique sera pour partie derrière nous.
  504. 24:06 Oui, on va y revenir.
  505. 24:07 Donc ça veut dire qu'on va devoir gérer une situation
  506. 24:09 dans laquelle, pardonnez-moi cette vulgarité,
  507. 24:11 mais on devra gérer plus d'emmerdements avec moins de moyens.
  508. 24:13 Tout le monde sait que ce n'est pas une situation très sympathique.
  509. 24:16 Donc il va y avoir un effet cisaille
  510. 24:18 et moi je ne sais pas à quelle vitesse il va arriver.
  511. 24:20 D'accord.
  512. 24:21 Parce qu'on peut très bien avoir en même temps
  513. 24:23 la fermeture du détroit d'Ormuz
  514. 24:26 et plein de catastrophes climatiques.
  515. 24:28 Ça ne pose aucun problème.
  516. 24:29 Absolument.
  517. 24:30 Il n'y a pas de raison à ce qu'il n'y ait pas de concomitance.
  518. 24:35 Cette année a vu un phénomène courbe d'émissions assez intéressant.
  519. 24:40 La Chine, la courbe d'émissions de CO2 de la Chine
  520. 24:44 a un peu décéléré même.
  521. 24:47 Et celle des États-Unis est repartie à la hausse.
  522. 24:50 Ce n'est pas forcément quelque chose sur lequel
  523. 24:52 les spécialistes auraient misé il y a quelques années.
  524. 24:55 Est-ce que ça vous a surpris ?
  525. 24:57 Et comment vous expliquez ça en termes de logiciel politique ?
  526. 25:01 Je n'explique strictement rien à l'échelle de l'année
  527. 25:03 en ce qui concerne les émissions de CO2.
  528. 25:05 Parce que les émissions de CO2 viennent d'infrastructures
  529. 25:08 dont le pas de temps caractéristique est long.
  530. 25:10 Les émissions viennent du parc électrique,
  531. 25:12 le pas de temps caractéristique est long.
  532. 25:14 Elles viennent du parc de voitures et de camions,
  533. 25:16 le pas de temps caractéristique est long.
  534. 25:18 Elles viennent du parc de bâtiments,
  535. 25:20 le pas de temps caractéristique est long.
  536. 25:22 Elles viennent des chaudières industrielles
  537. 25:24 et les pas de temps caractéristiques sont longs.
  538. 25:26 Ce qui se passe une année donnée,
  539. 25:28 je n'en tire pas la moindre conclusion.
  540. 25:30 Il faut commencer à regarder sur 5-10 ans
  541. 25:33 pour commencer à pouvoir dire quelque chose.
  542. 25:37 Pour pouvoir dire qu'il se passe quelque chose.
  543. 25:39 Ce que je peux dire, c'est que les émissions de CO2
  544. 25:41 aux États-Unis sont en tendance baissière depuis 2007.
  545. 25:46 En Chine, elles sont en tendance haussière
  546. 25:49 depuis que la Chine a connu son essor industriel.
  547. 25:53 Donc peut-être qu'une année, là, ça va baisser.
  548. 25:56 Espérons que ça baisse.
  549. 25:58 Je ne suis pas là à dire que j'espère que ça va monter.
  550. 26:00 Juste pour le moment, je n'en tire pas de conclusion.
  551. 26:03 Ces 10 dernières années, la Chine a développé son charbon
  552. 26:06 en même temps qu'elle développait son éolien, son solaire,
  553. 26:09 son nucléaire et son hydraulique.
  554. 26:12 Donc vous n'achetez pas le discours de dire la Chine, c'est fait.
  555. 26:17 Non, je n'achète pas le discours, ça y est, c'est fait.
  556. 26:19 J'achète le discours qui est
  557. 26:21 la Chine aujourd'hui est en train de bouger très vite
  558. 26:24 sur les technologies qui permettront un jour de décarboner.
  559. 26:28 Donc la voiture électrique, l'éolien, le solaire, le nucléaire.
  560. 26:31 Et pourquoi elle a pris cette conscience-là ?
  561. 26:33 Pourquoi elle n'est pas que dans la revendication ?
  562. 26:36 Vous étudiez ces choses-là.
  563. 26:38 Moi je peux formuler une hypothèse.
  564. 26:40 Mais je ne peux que formuler une hypothèse.
  565. 26:42 Mon hypothèse, c'est que les Chinois,
  566. 26:45 ils ont une ambition, c'est de redevenir la première puissance mondiale.
  567. 26:48 Ce qu'ils ont été pendant 2000 ans,
  568. 26:50 moi une malheureuse parenthèse pour eux,
  569. 26:52 un inclignement d'œil, c'est-à-dire un siècle.
  570. 26:55 Et comme c'était compliqué pour eux
  571. 26:58 de prendre la première place sur des technologies
  572. 27:00 sur lesquelles on était déjà nous très en avance,
  573. 27:02 ils se sont dit, on va se positionner sur la vague d'après.
  574. 27:06 C'est une hypothèse.
  575. 27:09 Est-ce qu'il y a une question aussi de perception des limites ?
  576. 27:14 Chez les Chinois ?
  577. 27:16 Oui, chez les Chinois.
  578. 27:17 Parce que par exemple, on sent chez Donald Trump
  579. 27:19 dans cette volonté de ne plus vouloir se soumettre aux accords de Paris,
  580. 27:23 cette idée qu'il n'accepte pas
  581. 27:27 l'idée que le monde a des limites,
  582. 27:29 que la quantité d'énergie a des limites.
  583. 27:32 Est-ce que les cultures sont égales face à cette perception-là ?
  584. 27:37 Mon sentiment, c'est que non.
  585. 27:38 Et c'est que les Chinois, c'est une vieille civilisation.
  586. 27:42 C'est une civilisation où les ingénieurs ont toujours eu
  587. 27:46 traditionnellement une place très importante,
  588. 27:48 ce qui est également le cas de l'Europe.
  589. 27:51 C'est un peu moins vrai chez les Anglais,
  590. 27:54 mais globalement, les ingénieurs ont quand même
  591. 27:56 une place importante dans les systèmes européens.
  592. 28:00 C'est très fort en Scandinavie,
  593. 28:02 c'est assez fort en Allemagne, c'est assez fort en France,
  594. 28:05 c'est assez fort en Italie également.
  595. 28:07 Enfin bon, c'est quand même...
  596. 28:08 Le Spagne, je connais moins, mais...
  597. 28:10 Donc c'est...
  598. 28:11 Les gens qui maîtrisent les systèmes techniques
  599. 28:14 ont toujours eu une place très importante dans l'Europe
  600. 28:16 et en Chine également.
  601. 28:17 D'accord.
  602. 28:21 Quand vous êtes en charge des systèmes techniques
  603. 28:24 et que vous êtes les pieds dans le monde physique,
  604. 28:25 en fait, la limite, tout de suite, vous la comprenez.
  605. 28:27 Parce que les systèmes physiques ne sont que des systèmes d'optimisation,
  606. 28:30 de ressources contraintes, etc.
  607. 28:32 Tout de suite.
  608. 28:34 Par exemple, les ingénieurs hydrauliciens des rizières en Chine,
  609. 28:37 ils avaient la charge de gérer une ressource contrainte
  610. 28:39 qui était l'eau disponible.
  611. 28:41 Et donc, la limite, tout de suite, vous en avez conscience
  612. 28:43 quand vous faites ce genre de choses.
  613. 28:45 Les États-Unis, c'est un pays qui s'est construit par la violence
  614. 28:50 sur une terre qui était immense et immensément dotée en tout.
  615. 28:55 Les États-Unis ont été le premier producteur de pétrole mondial
  616. 28:58 pendant un siècle.
  617. 28:59 C'est-à-dire entre le début de l'ère industrielle du pétrole
  618. 29:01 et 1970, ça a été le premier producteur mondial de pétrole.
  619. 29:05 Ce qu'ils sont redevenus depuis quelques années.
  620. 29:08 Avec le Canada, enfin, groupés.
  621. 29:10 Au moment de la Seconde Guerre mondiale, c'était aussi,
  622. 29:12 et de loin, le premier producteur mondial de charbon et d'acier.
  623. 29:15 Donc, en fait, ils ne pouvaient que gagner la guerre,
  624. 29:17 c'était juste une question de temps.
  625. 29:20 Ça a été pendant longtemps le premier producteur mondial
  626. 29:23 d'un certain nombre de minerais, de bois.
  627. 29:27 Donc, ils se sont fait par la violence dans un endroit
  628. 29:29 où c'était la corde d'abondance.
  629. 29:33 Donc, culturellement, il n'y a pas de sens de la limite.
  630. 29:36 Et vous le voyez bien aujourd'hui.
  631. 29:38 S'il n'y en a pas, il y en a encore.
  632. 29:40 Et s'il n'y en a plus chez moi, il y en a chez les autres.
  633. 29:42 S'il n'y en a plus chez d'autres, il y en a sur Mars.
  634. 29:44 Et si c'est à personne, c'est à moi.
  635. 29:47 Je veux dire, la culture du pionnier, c'est ça.
  636. 29:49 C'est à personne, donc c'est à moi.
  637. 29:51 Je décide et puis voilà.
  638. 29:52 Regardez Elon Musk avec ses constellations de satellites.
  639. 29:54 L'espace n'est à personne, mais il est à moi.
  640. 29:56 Je vais m'occuper.
  641. 29:59 Ça sera le dernier pays au monde à faire sérieusement des choses
  642. 30:02 sur la question des limites planétaires, les États-Unis.
  643. 30:05 Alors, ce qu'ils ont fait sérieusement depuis longtemps,
  644. 30:07 c'est la gestion locale.
  645. 30:09 Donc, ils ont eu un des premiers parcs nationaux au monde,
  646. 30:12 dans l'Yellowstone, etc.
  647. 30:14 Mais ça, c'est local.
  648. 30:16 Mais la limite globale est un truc avec lequel
  649. 30:19 ils ne sont culturellement pas du tout raccords.
  650. 30:21 Alors que l'Europe, qui a connu la famine, la maladie,
  651. 30:24 la pénurie de ceci, la pénurie de cela,
  652. 30:27 exactement comme le Japon, exactement comme la Chine,
  653. 30:30 sont des pays qui ont beaucoup plus conscience de la limite.
  654. 30:32 D'accord.
  655. 30:33 Alors, une autre question un peu culturelle ou philosophique
  656. 30:36 qui se pose là, non mais même plus philosophique
  657. 30:38 et politique qui se pose, revient très souvent le débat
  658. 30:41 de savoir si les démocraties libérales,
  659. 30:44 si le libéralisme philosophique, politique,
  660. 30:48 qui fonde quand même nos sociétés occidentales,
  661. 30:51 est armé face à un certain nombre de défis,
  662. 30:55 notamment le défi climatique.
  663. 30:57 C'est-à-dire, j'entends parfois des gens dire
  664. 31:01 est-ce qu'il ne faut pas des systèmes plus centraux,
  665. 31:05 plus autoritaires ?
  666. 31:08 Ce serait quand même un peu too much de dire comme ça.
  667. 31:10 Mais voilà, comment arrive cette question
  668. 31:14 d'un défi immense avec une nécessité
  669. 31:17 d'une réponse politique importante
  670. 31:19 et la démocratie libérale ?
  671. 31:21 Gérer une ressource contrainte,
  672. 31:23 ça passe généralement par de la planification
  673. 31:25 parce que ça veut dire que vous organisez
  674. 31:27 de la façon qui vous paraît la plus efficace
  675. 31:29 et la plus équitable possible
  676. 31:31 la gestion d'une ressource contingente.
  677. 31:35 La planification, c'est plus facile
  678. 31:37 quand vous avez un État qui est fort.
  679. 31:39 On le voit bien du reste,
  680. 31:41 la Chine avance à coups de plans quinquennaux
  681. 31:43 avec un État qui est très fort.
  682. 31:45 Alors, je ne dis pas que j'ai très envie
  683. 31:46 d'avoir un régime à la chinoise ici demain matin.
  684. 31:48 On est d'accord.
  685. 31:49 Oui, mais chaque médaille a son revers.
  686. 31:54 Les Chinois, ils avancent très vite
  687. 31:56 parce qu'il y a un certain nombre de sujets
  688. 31:58 sur lesquels ils ne demandent pas leur avis à la population,
  689. 32:00 que les gens ont 15 jours de vacances
  690. 32:01 et qu'ils bossent tout le temps.
  691. 32:02 Nous, on nous demande notre avis
  692. 32:04 et on a 6 semaines de congés payés
  693. 32:05 ou 5 semaines de congés payés et 35 heures.
  694. 32:07 Et donc, on avance moins vite.
  695. 32:11 Et puis, avec le système des alternances politiques,
  696. 32:15 quand il y a des planifications long terme à faire,
  697. 32:17 il y a un risque que ce qui a été tricoté par l'un
  698. 32:20 soit détricoté par le suivant.
  699. 32:22 Et à ce moment, il y a un vrai risque
  700. 32:24 que les choses se fassent à nos dépens.
  701. 32:26 Parce que quand vous avez une contrainte
  702. 32:27 et que vous n'êtes pas capable de vous organiser
  703. 32:28 face à la contrainte,
  704. 32:29 c'est la contrainte qui gagne.
  705. 32:31 Et à ce moment, l'ajustement se fait dans la douleur.
  706. 32:34 Et c'est ce qui est déjà en train de se passer
  707. 32:36 en Europe pour partie.
  708. 32:38 Mais est-ce que ce n'est pas justement
  709. 32:39 la vertu de la démocratie
  710. 32:40 de faire quelque part de s'autoréguler ?
  711. 32:44 Oui, sauf que c'est un système lent.
  712. 32:46 La démocratie, disait Tocqueville, est un système lent.
  713. 32:49 Et le système lent s'est très bien adapté
  714. 32:51 à la période de prospérité
  715. 32:52 parce qu'en période de prospérité,
  716. 32:53 vous avez le temps de faire essai-erreur.
  717. 32:56 Il n'y a pas de sanction au fait de faire essai-erreur
  718. 32:59 quand vous êtes dans un environnement propice.
  719. 33:03 Je vais prendre un exemple.
  720. 33:04 Vous êtes sur un bateau à voile.
  721. 33:05 Vous avez une toute petite brise
  722. 33:07 et vous êtes loin des récifs.
  723. 33:08 Si vous faites une fausse manœuvre
  724. 33:10 et que vous n'allez pas dans la bonne direction,
  725. 33:11 vous avez tout le temps de corriger le tir.
  726. 33:13 Ça ne pose strictement aucun problème.
  727. 33:15 Quand vous êtes par force 7 au vent des récifs,
  728. 33:18 vous n'avez pas intérêt à vous planter
  729. 33:20 parce que si vous le faites,
  730. 33:21 ça se termine très mal.
  731. 33:23 C'est exactement pareil en ce qui concerne la démocratie.
  732. 33:25 C'est un système politique de beau temps.
  733. 33:27 Ça marche bien.
  734. 33:30 Il y a quand même quelques exceptions.
  735. 33:31 La Grande-Bretagne est restée une démocratie
  736. 33:33 pendant la dernière guerre.
  737. 33:35 Ça demande des consensus très forts
  738. 33:37 au sein de la population.
  739. 33:39 J'ai remarqué que la démocratie était apparue
  740. 33:41 au moment où est apparue la révolution industrielle.
  741. 33:44 Avant, il y a eu des démocraties
  742. 33:45 Athènes, Rome, etc.
  743. 33:46 Mais quand vous regardez bien,
  744. 33:47 c'était une poignée de citoyens libres
  745. 33:49 assis sur une armée d'esclaves.
  746. 33:50 Un peu.
  747. 33:51 Il y avait quand même quelques beaux trucs.
  748. 33:53 Mais c'est vrai que...
  749. 33:54 Globalement.
  750. 33:55 Ce n'était pas la démocratie telle qu'on la connaît.
  751. 33:57 Ce n'était pas la démocratie de masse.
  752. 33:58 Pas du tout.
  753. 33:59 Non.
  754. 34:00 Il y avait des esclaves partout.
  755. 34:01 Aujourd'hui, nos esclaves, c'est les machines.
  756. 34:03 Les esclaves énergétiques.
  757. 34:05 Elles sont beaucoup plus nombreuses
  758. 34:07 en équivalent à individus que nous-mêmes.
  759. 34:10 La démocratie est née dans l'abondance.
  760. 34:14 Parce que c'est très facile de se faire élire
  761. 34:16 en promettant du rap de sucette et de le donner
  762. 34:18 quand vous êtes en période de croissance.
  763. 34:19 Très facile.
  764. 34:20 Quand vous n'êtes pas en période de croissance,
  765. 34:22 promettre de se faire élire
  766. 34:23 en distribuant du rap de sucette, ça ne marche pas.
  767. 34:25 Parce que quand vous n'êtes pas en période de croissance,
  768. 34:27 vous ne pouvez que déshabiller Jacques
  769. 34:28 si vous voulez habiller Paul.
  770. 34:29 Vous ne pouvez rien faire d'autre.
  771. 34:31 On voit bien que depuis que l'Europe
  772. 34:33 a arrêté la croissance réelle,
  773. 34:35 c'est-à-dire en 2007,
  774. 34:36 on voit bien des craquements
  775. 34:38 qui sont en train d'arriver dans le monde politique
  776. 34:40 qui sont de plus en plus forts.
  777. 34:42 Et malheureusement, en ligne de pente,
  778. 34:44 je pense qu'ils vont augmenter.
  779. 34:45 Si on ne prend pas conscience de la situation
  780. 34:49 et si on ne s'organise pas autrement,
  781. 34:51 je pense qu'ils ne vont faire qu'augmenter.
  782. 34:53 Tout simplement parce qu'on est rentré
  783. 34:55 dans une situation de décrus économique réel.
  784. 34:58 Et pour ça, j'ai deux indicateurs
  785. 35:01 que j'aime bien regarder,
  786. 35:02 qui me disent ça.
  787. 35:04 Le premier, c'est la quantité totale de marchandises
  788. 35:06 qu'on charge dans les camions une année donnée.
  789. 35:09 Cet indicateur-là est en baisse en Europe depuis 2007.
  790. 35:12 Pourquoi est-ce que c'est un indicateur
  791. 35:14 qui me paraît intéressant ?
  792. 35:15 Parce que la totalité des objets
  793. 35:16 que vous avez dans cette pièce
  794. 35:17 sont passés par la caisse d'un camion.
  795. 35:18 La totalité des objets que vous avez chez vous
  796. 35:20 sont passés par la caisse d'un camion.
  797. 35:22 Et la quasi-totalité de ce qui sort des usines françaises
  798. 35:25 est passée par la caisse d'un camion,
  799. 35:26 ou des usines européennes
  800. 35:27 est passée par la caisse d'un camion.
  801. 35:28 Il y a quelques rares exceptions
  802. 35:29 de trucs qui font du train puis du bateau.
  803. 35:31 Globalement, il y aura un bout de camion
  804. 35:33 à un moment ou à un autre.
  805. 35:34 Même les portes-conteneurs,
  806. 35:35 les portes-conteneurs sont chargés sur des camions.
  807. 35:37 Sauf quelques barges.
  808. 35:41 La quantité, le tonnage de marchandises
  809. 35:43 qui passent par les caisses des camions
  810. 35:44 une année donnée,
  811. 35:45 ça vous donne le volume total de trucs et de machins
  812. 35:48 produits et ou consommés par l'économie.
  813. 35:51 Si ce tonnage total baisse,
  814. 35:54 c'est que l'économie physique est en train de se contracter.
  815. 35:56 Deuxième indicateur qui se contracte depuis 2007,
  816. 35:58 c'est les mètres carrés construits dans l'année,
  817. 36:00 en Europe, pas en France.
  818. 36:01 C'est pareil, ça baisse depuis 2007.
  819. 36:04 Un autre indicateur, c'est la production industrielle
  820. 36:06 en volume.
  821. 36:07 C'est rot depuis 2007.
  822. 36:08 Si vous regardez par exemple la production automobile,
  823. 36:10 elle est passée par un maximum en 2008.
  824. 36:12 En Europe, le nombre d'automobiles produits dans l'année,
  825. 36:14 le maximum était 2008.
  826. 36:15 En fait, depuis 2007,
  827. 36:17 l'Europe est en train gentiment de se contracter
  828. 36:19 sur le plan physique.
  829. 36:21 Les artefacts sur le calcul du PIB
  830. 36:23 fait qu'on se raconte des histoires
  831. 36:24 en disant que le PIB continue d'augmenter.
  832. 36:26 Mais en fait, le PIB vrai, il a commencé à baisser.
  833. 36:29 C'est aussi depuis cette époque, incidemment,
  834. 36:30 que vous voyez de plus en plus de gens
  835. 36:32 qui ont du mal à boucler leur fin de mois,
  836. 36:34 qui ont du mal à accéder à l'alimentation.
  837. 36:36 Donc pour vous, on est déjà rentré
  838. 36:37 dans une période de décroissance.
  839. 36:38 Oui, on y est déjà.
  840. 36:39 Donc le débat philosophique sur la décroissance,
  841. 36:41 il est derrière nous.
  842. 36:43 Maintenant, la bonne question,
  843. 36:44 c'est comment est-ce qu'on s'organise dans ce monde-là.
  844. 36:46 Alors, j'ai une question à vous poser là-dessus.
  845. 36:48 Parce que c'est le scénario au cœur de votre discours.
  846. 36:51 C'est ce scénario de pic pétrolier
  847. 36:53 qui arrive devant nous
  848. 36:55 et qui va créer...
  849. 36:57 Parce que là, vous êtes en train de nous décréer
  850. 36:59 quelque chose d'assez peu violent.
  851. 37:03 Mais vous dites qu'on va au-devant d'une décroissance
  852. 37:05 si on n'arrive pas à changer.
  853. 37:07 Je l'aurai dit, on y est déjà.
  854. 37:08 Mais elle peut s'accélérer et devenir violente.
  855. 37:10 Il y a une partie de la population qui y échappe.
  856. 37:12 C'est la population française
  857. 37:14 qui est toujours greffée
  858. 37:17 sur les gagnants de la mondialisation.
  859. 37:19 Les métropoles tertiarisées.
  860. 37:20 Alors, c'est-à-dire les employés
  861. 37:22 des grandes multinationales,
  862. 37:24 le secteur financier,
  863. 37:26 alors pas bancaire,
  864. 37:28 les employés d'agences bancaires,
  865. 37:29 il y en a qui se font foutre à la porte,
  866. 37:30 le secteur financier.
  867. 37:32 Une partie du secteur juridique,
  868. 37:34 donc pas les avocats qui font les divorces,
  869. 37:35 mais les avocats d'affaires, etc.
  870. 37:38 Une partie du monde du conseil,
  871. 37:40 les consultants qui vendent, etc.
  872. 37:42 Donc, ce monde-là,
  873. 37:44 une partie des négociants...
  874. 37:46 Ils échappent et les autres sont déjà dans la décroissance.
  875. 37:48 Ce monde-là qui est greffé sur l'économie mondiale
  876. 37:50 qui, elle, est toujours en croissance réelle,
  877. 37:52 puisque l'approvisionnement énergétique mondial, lui,
  878. 37:54 est toujours en croissance réelle,
  879. 37:55 ils échappent
  880. 37:57 et il constitue une espèce de caste de privilégiés
  881. 37:59 dont je fais partie.
  882. 38:01 Qui monopolise un peu la conversation publique
  883. 38:03 et le diagnostic public.
  884. 38:05 Absolument.
  885. 38:07 Qui, par ailleurs, influe très fortement sur la prise de décision
  886. 38:09 parce que leur souci premier,
  887. 38:11 globalement,
  888. 38:13 ce n'est pas tellement de se soucier des gens
  889. 38:15 qui vont venir faire le ménage ici à 7h du matin,
  890. 38:17 mais de préserver leur propre statut.
  891. 38:19 Le monde tel qu'il les avantage.
  892. 38:21 Exactement.
  893. 38:23 Et ce qui devient de plus en plus insupportable,
  894. 38:25 évidemment,
  895. 38:27 aux gens qui viennent faire le ménage ici à 7h du matin
  896. 38:29 et, d'une façon générale, à tous les gens
  897. 38:31 qui sont du côté de ceux qui ont
  898. 38:33 de plus en plus de mal à accéder
  899. 38:35 à des choses, encore une fois, physiques.
  900. 38:37 Logement, nourriture,
  901. 38:39 consommation.
  902. 38:41 Les distributeurs vous le disent.
  903. 38:43 Les gens déconsomment depuis maintenant
  904. 38:45 quelques années, etc.
  905. 38:47 Et c'est la traduction directe de ce que je vous dis
  906. 38:49 sur le fait que l'Europe est, en fait,
  907. 38:51 aujourd'hui en contraction économique réelle.
  908. 38:53 Pas rapide, douce,
  909. 38:55 mais quand même.
  910. 38:57 C'est quand même ça qui est en train de se passer.
  911. 38:59 Le pic pétrolier, puisque vous m'avez posé la question,
  912. 39:01 on y est sans y être.
  913. 39:05 Je suis désolé, je vais être un peu technique.
  914. 39:07 Ce qu'on appelle aujourd'hui pétrole,
  915. 39:09 ça dépend de qui parle.
  916. 39:13 Le pétrole, normalement,
  917. 39:15 c'est un liquide à température
  918. 39:17 et pression ordinaire
  919. 39:19 composé de chaînes carbonées qui font plus de 8 atomes
  920. 39:21 de carbone.
  921. 39:23 Mais il y a des gens,
  922. 39:25 quand ils comptent le pétrole, ils vous mettent dedans
  923. 39:27 des produits qui sont gazeux à température
  924. 39:29 et pression ordinaire et qui comportent
  925. 39:31 de 2 à 4 atomes de carbone,
  926. 39:33 qui sont nommément l'éthane, le propane et le butane
  927. 39:35 que vous connaissez peut-être parce que ça sert de gaz
  928. 39:37 dans les cuisinières.
  929. 39:41 La différence entre les deux n'est pas mince,
  930. 39:43 parce que le pétrole stricto sensu,
  931. 39:45 c'est un peu plus de 80 millions de barils par jour,
  932. 39:47 85.
  933. 39:49 Et l'éthane, le propane et le butane,
  934. 39:51 c'est 15 millions de barils par jour.
  935. 39:53 Or ça, ça sort avec le gaz,
  936. 39:55 l'éthane, le propane et le butane, ça vient des gisements de gaz.
  937. 39:57 Qui, eux, n'ont pas du tout
  938. 39:59 passé leur pic au niveau mondial,
  939. 40:01 la production continue d'augmenter.
  940. 40:03 Ce qui se passe, c'est que le pétrole dit,
  941. 40:05 conventionnel, tout ce qui n'est pas
  942. 40:07 le sable bitumineux canadien et le shale oil
  943. 40:09 américain a passé son pic en 2008.
  944. 40:11 L'agence internationale de l'énergie
  945. 40:13 l'a dit dans un rapport de 2018,
  946. 40:15 ils ont redit récemment dans un autre rapport
  947. 40:17 que c'est ça qui s'était passé, etc.
  948. 40:19 Le shale oil, qui est déjà un pétrole plus léger
  949. 40:21 que le pétrole historique,
  950. 40:23 lui n'a pas du tout passé son pic,
  951. 40:25 donc si vous ajoutez shale oil plus sable bitumineux
  952. 40:27 plus pétrole conventionnel,
  953. 40:29 il y a eu un pic en 2018, c'est redescendu,
  954. 40:31 là, on s'est remonté légèrement au-dessus du pic de 2018
  955. 40:33 et le pronostic qu'on a fait au Chiffre Project
  956. 40:35 c'est que ça va continuer à osciller comme ça
  957. 40:37 jusqu'en 2030.
  958. 40:39 Mais à partir de 2030, tout ça
  959. 40:41 devrait se mettre à décliner assez rapidement
  960. 40:43 parce que les gisements conventionnels s'épuisent
  961. 40:45 et que le shale oil ne va pas augmenter très vite
  962. 40:47 parce que la dynamique
  963. 40:49 de ce pétrole-là fait que si vous voulez
  964. 40:51 augmenter rapidement la production, vous perdez votre chemise
  965. 40:53 parce que ça demande des investissements
  966. 40:55 beaucoup trop importants.
  967. 40:57 Donc c'est ce qui s'est passé
  968. 40:59 dans les premières années du shale oil,
  969. 41:01 même à 140 dollars le baril, les producteurs
  970. 41:03 perdaient de l'argent parce qu'ils étaient en phase
  971. 41:05 d'augmentation de la production et en cashflow
  972. 41:07 ils perdaient de l'argent parce qu'ils investissaient tellement
  973. 41:09 dans des nouveaux puits pour augmenter la production
  974. 41:11 que depuis qu'ils ont arrêté d'augmenter rapidement la production
  975. 41:13 ils perdent de l'argent. Aux Etats-Unis, comme gagner de l'argent
  976. 41:15 c'est le plus important, ils ne vont pas réaugmenter rapidement
  977. 41:17 la production.
  978. 41:19 Et donc il va y avoir
  979. 41:21 un sujet de contraction de l'offre mondiale
  980. 41:23 de pétrole, mais par
  981. 41:25 contre pour l'Europe, ça a déjà commencé depuis 2008.
  982. 41:27 Au moment où
  983. 41:29 le monde a passé
  984. 41:31 son pic de production conventionnel,
  985. 41:33 l'approvisionnement européen s'est inversé.
  986. 41:35 Il montait, il s'est mis à descendre.
  987. 41:37 Et les pays du sud de l'Europe, Espagne,
  988. 41:39 Portugal, Italie, qui étaient les plus dépendants
  989. 41:41 du pétrole dans leur mix énergétique, sont ceux
  990. 41:43 qui ont dérouillé le plus sauvagement.
  991. 41:45 Le PIB italien, le PIB grec.
  992. 41:47 La Grèce avait 60% de pétrole dans son mix.
  993. 41:49 Le problème de la dette grecque,
  994. 41:51 le problème financier grec
  995. 41:53 C'est pas les cigales,
  996. 41:55 c'était le pétrole.
  997. 41:57 La baisse du PIB en Grèce, c'est pas parce que
  998. 41:59 les gens ne payaient pas leurs impôts.
  999. 42:01 C'est juste que l'allocation de la rente
  1000. 42:03 ça reste dans vos poches au lieu d'aller dans les poches de l'Etat.
  1001. 42:05 Ça ne change rien au PIB.
  1002. 42:07 Ce qui change quelque chose au PIB, c'est que la production baisse
  1003. 42:09 parce que le pétrole n'était pas disponible.
  1004. 42:11 C'est ce qui s'est passé en Espagne, c'est ce qui s'est passé en Italie,
  1005. 42:13 c'est ce qui s'est passé au Portugal.
  1006. 42:15 Bon nombre de ces pays ne sont toujours pas revenus au niveau de PIB
  1007. 42:17 qu'ils avaient en 2007.
  1008. 42:19 Même avec les artefacts dans la comptabilisation du PIB
  1009. 42:21 qui a tendance à le gonfler un peu.
  1010. 42:23 Cette histoire de pétrole,
  1011. 42:25 c'est pas une vue de l'esprit, c'est déjà une réalité
  1012. 42:27 à l'œuvre en Europe.
  1013. 42:29 Ça a été pareil au Japon.
  1014. 42:31 Un pays qui importe
  1015. 42:33 la totalité de son pétrole.
  1016. 42:35 Même aux Etats-Unis, ça a été le cas.
  1017. 42:37 En fait, 2008 a été un tournant
  1018. 42:39 dans le monde
  1019. 42:41 sur le plan du pétrole.
  1020. 42:43 Rappelez-vous, en 2008, le pari était à 140 dollars.
  1021. 42:45 C'est ça qui a déclenché
  1022. 42:47 la crise financière.
  1023. 42:49 C'est le ralentissement énergétique qui a déclenché la crise financière.
  1024. 42:51 Ce n'est pas la spéculation immobilière.
  1025. 42:53 Les deux se sont télescopés.
  1026. 42:55 Mais sans le ralentissement énergétique...
  1027. 42:57 Ça a été l'étincelle
  1028. 42:59 qui fait qu'après,
  1029. 43:01 les subprimes, etc.
  1030. 43:03 De toute façon, la montagne de dette qu'on a aujourd'hui
  1031. 43:05 c'est une poudrière.
  1032. 43:07 Après, l'étincelle peut venir de n'importe où.
  1033. 43:09 Mais là, l'étincelle est venue de l'énergie.
  1034. 43:11 À ce moment-là.
  1035. 43:13 Juste, quand vous faites des scénarii
  1036. 43:15 comme ça avec le chip project,
  1037. 43:17 vous le faites un peu toutes choses égales par ailleurs.
  1038. 43:19 Quand on voit à quel point le monde
  1039. 43:21 est devenu imprévisible,
  1040. 43:23 est-ce qu'il y a d'autres scénarii de temps en temps
  1041. 43:25 que vous prenez ?
  1042. 43:27 Les déclenchements de guerre sur des questions énergétiques,
  1043. 43:29 je ne sais pas,
  1044. 43:31 les épidémies,
  1045. 43:33 les scénarios hyper optimistes,
  1046. 43:35 des techno-optimistes.
  1047. 43:37 Comment on fait un scénario principal ?
  1048. 43:39 Un scénario, c'est une boîte à casser.
  1049. 43:41 Ce n'est pas une prévision.
  1050. 43:43 Un scénario,
  1051. 43:45 c'est une histoire qui est aussi vraisemblable
  1052. 43:47 que les hypothèses que vous mettez en entrée
  1053. 43:49 et les lois d'évolution que vous mettez dans votre scénario.
  1054. 43:51 D'accord.
  1055. 43:53 Idéalement, il faut quand même que les hypothèses soient plausibles
  1056. 43:55 et que les lois d'évolution
  1057. 43:57 soient vérifiées.
  1058. 43:59 Parce que sinon, votre boîte à casser ne vous sert pas à grand-chose.
  1059. 44:01 Vous avez fait un film de science-fiction,
  1060. 44:03 alors c'est une boîte à casser comme une autre,
  1061. 44:05 un film de science-fiction, ça peut vous faire réfléchir,
  1062. 44:07 mais c'est loin de la réalité et donc ça vous fait moins réfléchir
  1063. 44:09 que si c'est près de la réalité.
  1064. 44:11 Il y a une partie de ce qui se passe en ce moment
  1065. 44:13 dans le monde, j'ai envie de dire,
  1066. 44:15 c'est que tout se déroule comme prévu.
  1067. 44:17 C'est-à-dire qu'en 2011, j'avais écrit dans Les Echos
  1068. 44:19 un article dont le titre était Marine Le Pen,
  1069. 44:21 enfant du carbone.
  1070. 44:23 Et j'avais expliqué que ne pas s'occuper
  1071. 44:25 de la décrue énergétique fossile qui avait commencé,
  1072. 44:27 c'était nourrir
  1073. 44:29 le sentiment d'abandon
  1074. 44:31 d'une partie de la population
  1075. 44:33 et donc c'était faire monter les gens
  1076. 44:35 qui prospèrent sur ce sentiment d'abandon.
  1077. 44:37 Je n'ai rien ni pour ni contre
  1078. 44:39 Marine Le Pen que je n'ai jamais vu,
  1079. 44:41 mais c'était juste
  1080. 44:43 une analyse sociologique
  1081. 44:45 basée sur le fait que l'énergie
  1082. 44:47 est à la racine de ce qu'il fait le monde moderne.
  1083. 44:49 Donc j'ai envie de dire, malheureusement,
  1084. 44:51 une partie de ce qui se passe en ce moment,
  1085. 44:53 c'est que tout se déroule comme prévu.
  1086. 44:55 Par contre, il y a un domaine
  1087. 44:57 dans lequel je ne vous dirai pas
  1088. 44:59 si je l'avais prévu, c'est à quel moment
  1089. 45:01 se déclenchent les guerres ici et là,
  1090. 45:03 parce que là on est dans le registre de la tectonique des plaques.
  1091. 45:05 La tectonique des plaques, c'est les plaques qui se mettent en tension
  1092. 45:07 et puis de temps en temps vous avez un tremblement de terre
  1093. 45:09 mais personne n'est capable de vous dire où, quand, comment
  1094. 45:11 et avec quelle intensité. Par contre, vous savez qu'à un moment
  1095. 45:13 ça arrivera et qu'à un moment vous aurez une disruption.
  1096. 45:15 Donc là, quand vous mettez
  1097. 45:17 l'énergie en tension,
  1098. 45:19 vous savez qu'à un moment vous aurez une disruption
  1099. 45:21 mais vous ne savez pas
  1100. 45:23 exactement quand, comment,
  1101. 45:25 quand est-ce que ça va donner.
  1102. 45:27 Sur le Moyen-Orient, la tectonique
  1103. 45:29 des plaques, c'est que vous aviez
  1104. 45:31 4 bédouins et demi qui se promenaient dans le désert
  1105. 45:33 et puis est arrivé le pétrole
  1106. 45:35 qui a permis de créer
  1107. 45:37 au sein de communautés qui ne s'entendaient pas
  1108. 45:39 nécessairement entre elles, les chiites, les sunnites,
  1109. 45:41 les maronites, les chrétiens, etc.
  1110. 45:43 Vous vous mettez à avoir le pétrole
  1111. 45:45 qui permet à chacune de ces communautés
  1112. 45:47 de croître en nombre de façon absolument
  1113. 45:49 considérable parce que grâce à l'argent
  1114. 45:51 ils peuvent, dans des endroits où rien ne pousse,
  1115. 45:53 se mettre à nourrir beaucoup de monde
  1116. 45:55 ils importent tous leur nourriture là-bas
  1117. 45:59 se mettre à construire plein de villes, etc.
  1118. 46:01 et avoir une population qui augmente énormément.
  1119. 46:03 Donc vous avez une population
  1120. 46:05 qui augmente énormément avec les différences culturelles
  1121. 46:07 qui sont restées, les antagonismes religieux
  1122. 46:09 qui sont restés et tout ça
  1123. 46:11 a été nourri par l'essor pétrolier
  1124. 46:13 et puis de temps en temps ça craque.
  1125. 46:17 Malheureusement, je ne dis pas que je le souhaite
  1126. 46:19 mais de temps en temps ça
  1127. 46:21 ça fait craque.
  1128. 46:23 Une avant-dernière question rapide
  1129. 46:25 avant ma dernière question
  1130. 46:27 parce que j'ai regardé beaucoup de vos interventions
  1131. 46:29 et contrairement à certains prophètes
  1132. 46:31 contrairement notamment à Jérémie
  1133. 46:33 dans la Bible, vous ne semblez pas atteint
  1134. 46:35 par vos prophéties qui sont pourtant
  1135. 46:37 assez sombres.
  1136. 46:39 C'est une question de nature, c'est une question
  1137. 46:41 vous êtes blindé. Je ne suis pas déprimé.
  1138. 46:43 Non, vous n'êtes pas déprimé. Alors il y a deux explications
  1139. 46:45 à ça. Je me vois moi-même
  1140. 46:47 d'un oeil extérieur
  1141. 46:49 j'arrive pas à me...
  1142. 46:51 Oui effectivement, je fais
  1143. 46:53 une espèce d'analyse comme si ce n'était pas le monde
  1144. 46:55 dans lequel je vis.
  1145. 46:57 Un regard distancié.
  1146. 46:59 Je fais peut-être un petit doublement de personnalité, je ne sais pas.
  1147. 47:01 Et puis
  1148. 47:03 la deuxième raison c'est que
  1149. 47:05 j'ai la chance d'être dans
  1150. 47:07 un environnement professionnel
  1151. 47:09 qui est à la fois
  1152. 47:11 tourné vers l'action et jeune.
  1153. 47:13 Donc les structures dans lesquelles je travaille
  1154. 47:15 tant le chiffre projet que Carbon4
  1155. 47:17 sont des structures où la moyenne d'âge
  1156. 47:19 se balade entre 30 et 35 ans, où les gens
  1157. 47:21 la pêchent, parce que quand vous êtes
  1158. 47:23 jeune, vos hormones font que vous avez la pêche.
  1159. 47:25 Et où les gens
  1160. 47:27 cherchent à trouver des solutions face
  1161. 47:29 aux problèmes. Et ça, ça permet d'avoir une pulsion
  1162. 47:31 Exactement. Donc moi je suis, j'ai
  1163. 47:33 envie de dire, dans un
  1164. 47:35 univers particulièrement protégé
  1165. 47:37 en ce qui concerne
  1166. 47:39 le problème que j'évoque. D'accord.
  1167. 47:41 Alors ma dernière question concerne
  1168. 47:43 les billets d'euros.
  1169. 47:45 Vous en avez déjà vu, j'imagine.
  1170. 47:47 Ils représentent des arches
  1171. 47:49 qui n'existent pas, des ponts qui n'existent pas.
  1172. 47:51 Et ça ne va pas vraiment
  1173. 47:53 faire rendre justice
  1174. 47:55 à la civilisation européenne
  1175. 47:57 que ces billets d'euros
  1176. 47:59 désincarnés, etc. Donc,
  1177. 48:01 il paraît que ça va changer bientôt. Et notre
  1178. 48:03 contribution à L'Express, c'est de poser
  1179. 48:05 dans ce podcast, cette dernière
  1180. 48:07 question à tous nos invités. Si vous,
  1181. 48:09 Jean-Marc Jancovici, vous aviez une
  1182. 48:11 personnalité ou figure historique à proposer
  1183. 48:13 pour mettre sur les billets de 20 euros,
  1184. 48:15 laquelle serait-elle ?
  1185. 48:17 Je ne sais pas. Un de mes enfants ?
  1186. 48:19 C'est pas le droit.
  1187. 48:21 Vous n'avez pas le droit à vos enfants.
  1188. 48:25 L'idée, cette glorification
  1189. 48:27 des personnages, en fait, ça ne me pose pas de problème
  1190. 48:29 avec les autres. Mais avec vous, ça vous pose problème.
  1191. 48:31 Avec moi, ça me pose un. Et du coup, quand on me pose
  1192. 48:33 la question de qui vous avez envie de glorifier
  1193. 48:35 particulièrement, etc.
  1194. 48:37 Je suis toujours un peu gêné pour répondre.
  1195. 48:39 Et puis, il y a une autre raison qui fait que je suis gêné
  1196. 48:41 pour répondre, c'est que les aventures individuelles,
  1197. 48:43 ça n'existe pas.
  1198. 48:45 Mais oui, il y a toujours des gens derrière vous.
  1199. 48:47 Ça n'existe pas, les gens qui réussissent, qui se font tout
  1200. 48:49 seuls, qui partent à poil sur une île
  1201. 48:51 déserte, ça n'existe pas.
  1202. 48:53 Donc, qu'on choisisse
  1203. 48:55 de ne retenir que la face émergée de l'iceberg,
  1204. 48:57 c'est-à-dire la personne qui est visible.
  1205. 48:59 Moi, dans mon parcours, il y a des tas de gens sans lesquels
  1206. 49:01 je ne serais pas devant vous.
  1207. 49:05 Donc, on va rester avec
  1208. 49:07 nos ponts qui n'existent pas et nos
  1209. 49:09 pêches qui n'existent pas.
  1210. 49:11 Peut-être qu'il faut accepter
  1211. 49:13 l'idée qu'on ne mette
  1212. 49:15 personne de ses lèvres
  1213. 49:17 et qu'on mette autre chose qui donne
  1214. 49:19 envie aux gens d'avoir la pêche, je ne sais pas,
  1215. 49:21 un soleil, j'en sais rien.
  1216. 49:23 C'est une bonne réponse aussi. Merci beaucoup,
  1217. 49:25 Jean-Marc Jancovici.
  1218. 49:27 Si cet entretien vous a plu, n'hésitez pas à nous suivre
  1219. 49:29 et à nous laisser des commentaires
  1220. 49:31 sur toutes vos plateformes habituelles de podcast
  1221. 49:33 et de vidéos.
  1222. 49:35 Je vous donne rendez-vous dans deux semaines
  1223. 49:37 pour un nouveau grand entretien.