Nucléaire, décroissance, choc pétrolier : les vérités de Jean-Marc Jancovici
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Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, discute du revirement européen sur le nucléaire, de la programmation énergétique française, du mix énergétique, du pic pétrolier et de la décroissance économique en Europe.
- 0:00 Le Groenland a commencé à fondre actuellement, et ça, ça va continuer pour encore des siècles ou des milliers d'années, quoi qu'on fasse maintenant.
- 0:07 Bonjour, bienvenue dans cette nouvelle édition des Grands Entretiens d'Anne Rosancher.
- 0:11 Anne Rosancher, c'est moi, et tous les 15 jours, j'interroge pour vous une personne pertinente sur un sujet en particulier.
- 0:19 C'est au moment de la guerre en Ukraine que l'opinion européenne est globalement redevenue beaucoup plus favorable au nucléaire.
- 0:25 Le système est tellement inertiel qu'une fois qu'on s'est dit « Ah zut, tiens, on s'est trompé, on n'aurait pas dû »,
- 0:29 en fait, le coût ne se rattrape pas comme ça. Et donc aujourd'hui, le fait, même si personnellement j'ai beaucoup de nucléaire,
- 0:36 le fait qu'on soit dans la situation dans laquelle on est peut parfaitement justifier qu'on mette des renouvelables
- 0:41 parce que c'est le seul truc qu'on est capable de construire dans les années qui viennent.
- 0:43 Aujourd'hui, je reçois une star, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, président du Schiff Project et incarnation d'une écologie appuyée sur la rigueur scientifique.
- 0:55 Alors, que penser du revirement récent de l'Europe sur le nucléaire ? Que vaut notre mix énergétique français ?
- 1:03 Où en sont les États-Unis, la Chine, les démocraties libérales ?
- 1:07 Sont-elles armées pour faire face aux défis climatiques ? Qui se postent à elles pour répondre à ces questions ?
- 1:14 Jean-Marc Jancovici est avec nous, avec vous, dans la rédaction de L'Express, en vidéo et en podcast audio.
- 1:21 Installez-vous, ça commence.
- 1:26 Jean-Marc Jancovici, bonjour.
- 1:30 Bonjour.
- 1:31 Alors d'abord, pour commencer, je voulais vous soumettre une citation assez récente.
- 1:36 Vous allez sûrement la reconnaître.
- 1:38 « Réduire la part du nucléaire en Europe depuis les années 90 était une erreur stratégique.
- 1:44 C'était se détourner d'une source fiable et abordable d'énergie à faibles émissions. »
- 1:49 Ces mots ont été prononcés là, juste le 10 mars dernier, par Ursula von der Leyen,
- 1:55 présidente de la Commission européenne et ancienne ministre d'un gouvernement d'Angela Merkel.
- 2:01 Qu'est-ce que ça vous a fait d'entendre ces mots ? Qu'est-ce que ça a suscité en vous ?
- 2:06 Pas grand-chose, parce qu'en fait, ça fait 2-3 ans que l'opinion a reviré sur le sujet.
- 2:12 Et en fait, l'opinion a reviré sur le sujet grâce à notre ami Poutine.
- 2:16 C'est au moment de la guerre en Ukraine que l'opinion européenne est redevenue beaucoup plus favorable au nucléaire.
- 2:22 Ce n'est pas du tout un phénomène français, c'est un phénomène pan-européen.
- 2:25 Partout, le nucléaire a gagné 15 à 20 points d'opinion positive.
- 2:28 Et en Allemagne, on s'est rapproché d'une moitié d'Allemands qui étaient favorables à la construction de nouveaux réacteurs.
- 2:34 On n'y est pas encore, mais on n'en était pas très loin.
- 2:37 Et donc là, on a le cas typique de la politique qui est à la traîne des opinions publiques.
- 2:41 Mais en démocratie, ce n'est pas étonnant.
- 2:43 Alors, il lui arrive d'être à la pointe.
- 2:45 Parfois, je ne sais pas si je prends un exemple qui n'a rien à voir avec l'énergie.
- 2:48 Je crois que quand Mitterrand a aboli la peine de mort, il y avait encore une majorité de Français qui n'étaient pas tout à fait pour.
- 2:53 Quand Simone Weil a légalisé l'avortement, je crois qu'il y a eu une majorité de Français qui n'étaient pas tout à fait pour.
- 2:58 Donc, il arrive de temps en temps aux politiques d'être en avance de phase, en avance sur leur temps.
- 3:02 Mais il y a quand même beaucoup, beaucoup de cas de figure dans lesquels ils sont plutôt en retard de phase.
- 3:06 Donc, j'ai envie de dire, à part quelques décisions courageuses,
- 3:09 globalement, j'ai tendance à dire que les élus sont un très bon reflet de l'opinion avec trois ans de décalage.
- 3:13 D'accord.
- 3:14 Et alors, autre question concernant l'actualité récente.
- 3:17 Après deux ans et demi de report, de retard, la programmation pluriannuelle énergétique française a vu le jour tout récemment.
- 3:27 Avant de revenir brièvement sur son contenu, je voulais vous demander, en termes d'horizon,
- 3:33 c'est une programmation qui concerne deux fois cinq ans.
- 3:36 Donc, ça fixe la stratégie énergétique de la France pour les dix années à venir.
- 3:40 Est-ce qu'en termes de politique énergétique et climatique, c'est un bon horizon, dix ans ?
- 3:46 Ça dépend de quoi on parle.
- 3:48 Si on parle d'un système électrique, le bon horizon, c'est 50 à 100 ans.
- 3:51 Oui.
- 3:52 Si on parle des parcs aval, c'est-à-dire un parc de voitures, un parc de chaudières, un parc industriel, etc.,
- 3:58 le bon horizon de temps, c'est entre 20 et 50 ans.
- 4:00 Après, il faut des points intermédiaires.
- 4:03 C'est-à-dire que si vous parlez de l'éducation d'un enfant entre le moment où il naît et le moment où il sera adulte, il y a 20 ans,
- 4:09 en attendant, vous avez quand même des jalons intermédiaires.
- 4:11 Par exemple, l'année prochaine, ça serait quand même pas mal que tu réussisses tes examens.
- 4:15 C'est la même chose pour les stratégies énergétiques.
- 4:18 En fait, la programmation pluriannuelle de l'énergie, si c'est l'horizon de temps maximal auquel on réfléchit, ce n'est pas pertinent.
- 4:24 Par contre, si c'est un horizon de temps auquel on programme des choses, oui, c'est pertinent.
- 4:28 Il faut programmer des choses à l'échelle de l'année, à l'échelle de la décennie, à l'échelle du siècle.
- 4:32 D'accord. Et alors, sur son contenu, il y a quelques semaines, on recevait dans ce fauteuil même un physicien,
- 4:39 ancien commissaire à l'énergie atomique Yves Bréchet, qui ne mâchait pas ses mots sur le contenu de la PPE,
- 4:46 le fait qu'elle était devenue un peu un objet de marchandage politique.
- 4:50 Et il nous disait, quant au mix énergétique de la France, que c'était fait sans analyse de coûts ni analyse d'impact,
- 4:57 et que c'était un compte de fait dispendieux.
- 5:00 La grande question que tout le monde se pose, c'est est-ce qu'on est dans le bon équilibre entre le nucléaire et les renouvelables électriques.
- 5:06 Et quand on parle de renouvelables électriques, en fait, les gens ne pensent pas à l'hydroélectricité,
- 5:10 qui a été historiquement la première source d'énergie renouvelable et qui, dans un certain nombre de pays, l'est de loin.
- 5:16 En Chine, par exemple, la première source d'énergie renouvelable, enfin d'électricité renouvelable, c'est de très loin l'hydroélectricité.
- 5:20 On a construit tous les barrages en Europe dans les années 50-60. Maintenant, on n'en construit plus.
- 5:25 Les gens qui vivent à côté des barrages s'y sont habitués.
- 5:28 Il y a eu quelques personnes évacuées à l'époque où on a construit le barrage de Tignes et de Serre-Ponçon.
- 5:32 Ça a fait quelques drames à l'époque, mais maintenant, on n'y pense plus.
- 5:35 C'est là, c'est presque comme si c'était un lac de montagne.
- 5:38 Et donc, l'énergie renouvelable dans l'esprit des gens, c'est ce qui est en cours d'installation,
- 5:43 parce que c'est ça qui nous dérange éventuellement.
- 5:45 Une fois que c'est installé, c'est installé.
- 5:48 Donc, les panneaux solaires et les éoliennes.
- 5:50 Quand on pense à l'artificialisation des sols, on ne pense pas aux locaux de l'avenue Cléber où on est en ce moment,
- 5:54 parce que ça fait longtemps qu'ils sont construits.
- 5:57 Donc, on pense essentiellement au solaire et au éolien.
- 5:59 Alors, solaire et éolien ont des avantages et des inconvénients.
- 6:02 L'avantage, c'est que ça s'installe assez vite une éolienne ou un panneau solaire.
- 6:05 Donc, c'est facile d'installer un dispositif.
- 6:07 L'inconvénient, c'est que c'est compliqué de faire un système à partir de ces dispositifs,
- 6:10 parce que ce n'est pas pilotable.
- 6:12 Pilotable, ça veut dire ?
- 6:14 Ce n'est pas quand on veut.
- 6:15 C'est quand les éléments l'ont décidé.
- 6:17 Donc, il y a du soleil dans la journée.
- 6:19 C'est même la définition de la journée, sauf erreur de ma part.
- 6:21 Il y en a un peu plus l'été que l'hiver, même beaucoup plus l'été que l'hiver.
- 6:25 Et donc, ça veut dire que du soleil, il n'y en a pas n'importe quand.
- 6:28 Donc, si vous avez besoin de vous faire opérer la nuit, l'hiver,
- 6:31 l'électricité solaire en direct, ça ne marche pas.
- 6:34 Il faut passer par du stockage, etc.
- 6:36 Et vous avez également un sujet pour ce qu'on appelle le stockage intersaisonnier,
- 6:39 c'est-à-dire passer de la grosse période de consommation électrique qui, dans notre pays, est encore l'hiver.
- 6:43 Il y a des pays où c'est l'été à cause de la climatisation, mais chez nous, c'est l'hiver.
- 6:46 Et la grosse période de production électrique qui, pour le coup, est plutôt l'été à cause du solaire, avec le solaire éolien.
- 6:53 Donc, on a ce sujet.
- 6:54 Et donc, ça, c'est un problème compliqué, pas simple à résoudre.
- 6:57 Du reste, les Allemands ont essayé de le résoudre et ils n'y sont pas arrivés.
- 7:00 Ils ont dit qu'on va faire juste avec des renouvelables non pilotables,
- 7:04 même en rajoutant du stockage, etc.
- 7:06 Ils ont maintenant quelques gigawatts de batterie.
- 7:08 Ils n'y arrivent pas, donc ils vont reconstruire des centrales à gaz.
- 7:12 Et ils vont rester avec des centrales à gaz pour un certain temps dans le système.
- 7:17 Et notre PPE ne le résout pas non plus ?
- 7:19 Alors, notre PPE ne le résout pas plus que chez eux,
- 7:22 parce qu'il faut de la flexibilité pour compenser la flexibilité des sources non pilotables.
- 7:28 Et donc, cette flexibilité, vous pouvez l'avoir de deux manières.
- 7:30 Ou bien, vous avez des gros moyens de stockage.
- 7:32 Alors, avec le solaire et des batteries, à l'échelle de la journée, vous en sortez encore à peu près.
- 7:36 Par contre, c'est le stockage intersaisonnier qui pose des problèmes.
- 7:40 Et là, vous ne pouvez pas utiliser des batteries, il en faudrait beaucoup trop.
- 7:44 En face de ça, vous avez le nucléaire qui présente les caractéristiques exactement inverses.
- 7:48 Donc, faire un système avec du nucléaire, c'est simple.
- 7:51 Par contre, faire une centrale nucléaire, c'est long et compliqué.
- 7:53 Alors que de l'autre côté, c'est l'inverse.
- 7:55 Faire une éolienne, c'est rapide et simple.
- 7:57 Faire un système à partir de là, c'est long et compliqué.
- 8:00 Et puis, le nucléaire est quelque chose qui est modulable, si on veut.
- 8:09 Mais ce n'est pas sa fonction première.
- 8:11 Normalement, sa fonction première, c'est de cracher de l'électricité en permanence.
- 8:14 Alors, en France, comme on en avait beaucoup dans le mix, on a quand même rendu les centrales pilotables.
- 8:19 Mais ce qui les désoptimise un peu économiquement, puisque comme c'est des systèmes à coût fixe,
- 8:23 dit autrement, ça vous coûte le même prix de la construire que vous vous en serviez peu ou beaucoup.
- 8:27 Et l'essentiel du coût du nucléaire, c'est la construction et les frais financiers associés.
- 8:31 Ma conclusion, c'est que ça ne se passe bien que dans le cadre public,
- 8:33 parce que le cadre privé emprunte beaucoup trop cher pour que ce soit rentable.
- 8:37 Et par ailleurs, le coût de construction doit également être maîtrisé,
- 8:41 mais encore plus les frais financiers, j'ai envie de dire, que le coût de construction.
- 8:45 Donc, le nucléaire, c'est long de faire une centrale.
- 8:48 Par contre, une fois que la centrale est construite, c'est assez simple de faire un système basé dessus.
- 8:52 Donc, vous avez des équilibrages.
- 8:54 Rien n'est parfait.
- 8:56 Le système parfait, ça aurait été de ne pas avoir le nucléaire honteux pendant 30 ans,
- 9:01 de renouveler le parc au fur et à mesure qu'il devenait obsolète,
- 9:04 en s'y prenant 20 ans à l'avance, histoire d'être sûr d'eux.
- 9:08 Et de compléter ça, en France, le complément avec l'hydraulique et les steppes est un très bon complément.
- 9:13 Les steppes, c'est les barrages réversibles.
- 9:15 Et eux, ils apportent énormément de flexibilité à l'échelle de la journée, voire à l'échelle de la semaine.
- 9:21 Donc, la combinaison des deux, qui est ce sur quoi on a historiquement bâti notre système en France,
- 9:26 avec un peu de gaz et un peu de charbon, était un système qui fonctionnait bien.
- 9:30 Et on l'a cassé pour deux raisons.
- 9:33 On l'a cassé parce qu'il y a eu pendant 20-30 ans une espèce de nucléaire honteux
- 9:37 où on s'est dit, ce truc-là, c'est cacaberque, donc on n'en veut pas.
- 9:40 Et le fait de l'avoir cassé, ce n'est pas réversible.
- 9:42 C'est-à-dire qu'une fois qu'on se dit, une fois que Madame von der Leyen est frappée par la grâce
- 9:46 et on est taquin et se dit, tiens, peut-être qu'on n'aurait pas dû comme Tigibus.
- 9:50 Malheureusement, c'est trop tard.
- 9:51 Et pour reprendre l'exemple de l'enfant que j'évoquais tout à l'heure,
- 9:54 quand pendant 20 ans, vous avez fait n'importe quoi avec l'éducation de votre gamin,
- 9:57 vous n'allez pas corriger ça en une semaine et vous n'allez parfois même pas corriger ça en 10 ans.
- 10:01 Là, le nucléaire, c'est exactement pareil.
- 10:04 Le système est tellement inertiel qu'une fois qu'on s'est dit,
- 10:06 ah zut, tiens, on s'est trompé, on n'aurait pas dû.
- 10:08 En fait, le coup ne se rattrape pas comme ça.
- 10:10 Et donc aujourd'hui, le fait, même si personnellement j'aime beaucoup le nucléaire,
- 10:15 le fait qu'on soit dans la situation dans laquelle on est,
- 10:17 peut parfaitement justifier qu'on mette des renouvelables
- 10:20 parce que c'est le seul truc qu'on est capable de construire dans les années qui viennent.
- 10:23 À l'échelle de temps dont on a besoin.
- 10:25 Voilà, exactement.
- 10:26 C'est le seul truc.
- 10:28 Après, la vraie question qui se pose et que RTE a posée dans un rapport très récent,
- 10:32 c'est de savoir si aujourd'hui, il faut mettre plutôt le poids du corps
- 10:35 sur l'accélération des moyens électriques
- 10:38 ou plutôt le poids du corps sur l'accélération de la consommation électrique,
- 10:42 ce qu'on appelle l'électrification des usages.
- 10:44 Et personnellement, je pense qu'il faut mettre un peu plus le poids du corps
- 10:47 sur l'électrification des usages.
- 10:48 D'accord.
- 10:49 Aujourd'hui.
- 10:50 Et que le meilleur service qu'on puisse rendre à tous les moyens de production décarbonés,
- 10:53 c'est tout simplement que la demande augmente.
- 10:56 D'accord. Bien sûr.
- 10:58 C'est assez clair comme raisonnement.
- 11:01 Vous pariez des effets néfastes qu'a eu le fait d'avoir le nucléaire.
- 11:08 C'est même plus que ça.
- 11:09 C'est-à-dire que, en gros, pendant des décennies,
- 11:11 l'affichage moral a un peu remplacé la gestion pragmatique en ces domaines
- 11:17 et on a fait des erreurs, y compris en France,
- 11:19 pas seulement en Europe, y compris en France.
- 11:21 On pourrait revenir sur la fermeture de Fessenheim,
- 11:23 sur les horizons qui avaient été fixés comme ça,
- 11:26 vraiment, pour le coup, sans analyse de coûts, ni de besoins, ni d'impact.
- 11:31 Vous avez pu observer la prise de décision politique.
- 11:35 Vous avez participé au Grenelle de l'environnement en 2007.
- 11:38 Vous avez un temps conseillé Nicolas Hulot quand il était ministre.
- 11:41 Non, quand il était ministre, non.
- 11:43 Avant, d'accord.
- 11:44 Et vous êtes souvent consulté, je crois, par certains.
- 11:50 En tout cas, The Shift Project a pu faire des bofs.
- 11:53 Oui, oui.
- 11:54 Mais vous avez quand même pu…
- 11:55 Si, ça m'arrive.
- 11:56 D'accord.
- 11:57 Mais ce n'est pas ma fonction première et je ne suis pas en demande de ça en particulier.
- 12:01 Vous n'êtes pas en demande.
- 12:02 Mais quand vous avez pu observer la prise de décision politique,
- 12:06 qu'est-ce que vous en avez tiré comme conclusion quant à ces mécanismes et quant à sa rationalité ?
- 12:13 Alors, il y a un élément qui me paraît à peu près partagé
- 12:16 par la quasi-totalité des partis politiques dans ce pays qu'il a été pendant longtemps.
- 12:20 Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui.
- 12:21 C'est qu'en fait, le monde politique n'a pas compris l'importance de l'énergie
- 12:24 dans la structuration du monde moderne.
- 12:26 C'est-à-dire qu'on pense que c'est un sujet qu'on traite comme ça,
- 12:30 quelque part intercalé entre les retraites, la diplomatie et la gestion de l'inflation.
- 12:38 En gros, vous n'avez qu'à voir le débat aujourd'hui.
- 12:42 Il est question que 25% des exportations mondiales de pétrole
- 12:45 arrêtent de transiter par le déploiement d'hormoses.
- 12:47 Et de quoi on parle ? De prix.
- 12:48 Oui, c'est vrai.
- 12:49 Mais ce n'est pas un sujet de prix.
- 12:50 On s'en fout du prix.
- 12:51 C'est une question de quantité.
- 12:53 Si le prix de l'essence à la pompe passe de 1,6 à 2 euros le litre,
- 13:00 pour une voiture ordinaire dans ce pays,
- 13:02 ça représente 25 euros d'augmentation de la facture de carburant par mois.
- 13:07 Il y a des gens dans ce pays qui sont à 25 euros près par mois.
- 13:09 C'est absolument certain.
- 13:10 Mais on n'est pas tous à 25 euros près par mois dans ce pays.
- 13:13 Il ne faut pas se raconter d'histoire.
- 13:15 Quand vous regardez ce qu'a été l'augmentation des loyers sur les dernières décennies
- 13:18 ou l'augmentation du prix de l'immobilier, on ne parle pas de 25 euros par mois.
- 13:21 Et ça n'a pas mis les gens dans la rue.
- 13:24 Ça ne met pas les gens dans la rue.
- 13:26 Mais ça baisse politiquement, en vérité, sur le long terme.
- 13:29 Oui, mais ça ne donne pas lieu à des manifestations affectives
- 13:32 comme celles qu'on a actuellement,
- 13:34 alors que les sommes en jeu sont considérablement plus importantes.
- 13:38 Or, le vrai sujet avec ce qui est en train de se passer en ce moment,
- 13:41 c'est de nous faire réfléchir à notre dépendance à un pétrole importé
- 13:44 dont la disponibilité future va baisser de toute façon,
- 13:46 que ça nous plaise ou pas.
- 13:47 Et il serait peut-être temps de s'en occuper un peu plus.
- 13:49 Donc ça, c'est quelque chose sur lequel les politiques, globalement,
- 13:52 ils ont été, pour être un peu méchant, tous à l'ouest,
- 13:55 depuis assez longtemps.
- 13:58 Alors, décharge, on n'a pas les indicateurs régulièrement publiés
- 14:04 qui attirent leur attention dessus.
- 14:07 L'Express, que je sache, pas plus que les autres médias,
- 14:10 ne publie régulièrement le volume de la production de pétrole dans le monde
- 14:13 ou les TWh électriques produits dans le monde, etc.
- 14:17 Par contre, l'inflation, la croissance du PIB, etc.,
- 14:20 vous en parlez tous les quatre matins.
- 14:21 Donc, ils ont, comme tout le monde, les yeux...
- 14:27 Rivés sur les indicateurs.
- 14:29 Rivés ailleurs et pas rivés sur des choses qui leur permettraient
- 14:33 de comprendre ce qui se passe dans le monde physique.
- 14:35 D'accord.
- 14:36 Donc, l'énergie étant ce qui régit le monde physique,
- 14:39 en fait, ce qui compte, c'est la quantité.
- 14:41 En fait, ce qui compte, c'est la quantité.
- 14:43 C'est pas le prix, c'est la quantité.
- 14:44 Et il n'y a pas de lien entre les deux.
- 14:45 Ce qui est très perturbant.
- 14:46 Ah oui, là, c'est perturbant.
- 14:47 Oui, c'est très perturbant.
- 14:48 Parce qu'on se dit que plus les choses se raréfient
- 14:51 et donc plus la quantité diminue, plus leur prix augmente.
- 14:53 Oui, sauf que plus la quantité d'énergie se raréfie
- 14:56 et plus le PIB diminue.
- 14:57 D'accord.
- 14:58 Parce que si vous avez moins d'énergie,
- 14:59 vous avez moins de machines au travail,
- 15:00 donc moins de production, donc moins de revenus,
- 15:01 donc le PIB diminue.
- 15:03 Et si vous avez un PIB qui baisse
- 15:05 avec une quantité d'énergie disponible qui baisse,
- 15:07 vous ne savez pas où est le nouveau prix de l'énergie.
- 15:08 Il peut être au-dessus, en-dessous.
- 15:10 Et donc, quand vous regardez historiquement
- 15:11 le lien entre prix et volume sur le pétrole,
- 15:13 il n'y en a pas.
- 15:14 D'accord.
- 15:15 Il n'y a jamais eu de lien entre le prix et le volume sur le pétrole.
- 15:17 Il y a un lien de court terme.
- 15:18 De court terme.
- 15:19 C'est-à-dire ?
- 15:20 À court terme, si vous en avez moins,
- 15:21 tout de suite, le prix monte.
- 15:22 Bien sûr.
- 15:23 Vous attendez un, deux ans, vous ne savez pas où il sera.
- 15:24 D'accord.
- 15:25 Et on peut très bien manquer de pétrole structurellement
- 15:27 avec un prix du pétrole bas.
- 15:29 D'accord.
- 15:30 Ça ne pose aucun problème.
- 15:31 C'est déjà arrivé.
- 15:32 Donc, comme le monde politique ne comprend pas
- 15:35 l'importance de l'énergie dans ce qui régit le monde moderne,
- 15:37 parce qu'on a les yeux fixés sur des indicateurs conventionnels
- 15:39 qui s'appellent l'économie,
- 15:41 en fait, globalement, ce sujet a été gentiment traité par-dessus la jambe.
- 15:46 J'ai envie de dire, le dernier moment où on a fait des trucs un peu sérieux,
- 15:48 c'est au moment des chocs pétroliers.
- 15:50 Et depuis, c'est traité gentiment par-dessus la jambe.
- 15:52 Et donc, Hollande s'est dit, il faut fermer la moitié des réacteurs.
- 15:56 Comme dirait les jeunes, WTF.
- 15:57 Je ne vois pas où est le problème.
- 15:58 D'accord.
- 16:00 Parce qu'il n'a pas compris.
- 16:02 Il n'a juste pas compris.
- 16:07 Donc, de ce point de vue, Bréchet a raison de dire
- 16:09 qu'on est très négligent sur la façon...
- 16:12 Je ne souscris pas nécessairement à toutes les conclusions qu'il a,
- 16:14 mais il a raison sur un point,
- 16:16 c'est qu'on est négligent sur la façon dont on considère ce sujet.
- 16:23 Et donc, comme les gens ne voient pas le rapport
- 16:25 entre le fait qu'on ait des retraites et l'énergie,
- 16:27 alors qu'il y en a un énorme,
- 16:29 parce que si on a beaucoup d'énergie,
- 16:31 on a beaucoup de production,
- 16:32 donc beaucoup de revenus,
- 16:33 donc des retraites.
- 16:34 D'accord.
- 16:35 Et si on n'a pas beaucoup d'énergie,
- 16:36 on n'a pas beaucoup de production,
- 16:37 donc pas beaucoup de revenus,
- 16:38 donc pas de retraites.
- 16:39 C'est aussi bête que ça.
- 16:40 Donc, on serait bien inspiré de s'occuper beaucoup plus d'énergie,
- 16:43 quel que soit le sujet économique, social qu'on regarde.
- 16:46 Mais ce que vous décrivez,
- 16:48 c'est un manque de rationalité, d'abord.
- 16:50 C'est un manque de compréhension.
- 16:51 De compréhension et d'esprit de conséquence.
- 16:54 C'est-à-dire qu'on ne tire pas le fil jusqu'au bout.
- 16:57 C'est un manque de compréhension.
- 16:59 Moi, le premier, je suis tombé de ma propre chaise
- 17:02 quand j'ai compris quel était le rôle réel de l'énergie dans le monde.
- 17:06 Oui, d'accord.
- 17:07 Et du reste, c'est ça qui a donné lieu au livre Le Monde Sans Fin,
- 17:11 qui fait qu'il y a plein de gens qui sont tombés de leur chaise aussi.
- 17:14 Mais ils sont tombés de leur chaise tout simplement
- 17:16 parce qu'encore une fois,
- 17:17 l'attention médiatique habituelle fixe notre regard
- 17:20 sur des indicateurs conventionnels
- 17:22 qui s'écartent de plus en plus du monde physique.
- 17:24 Donc, c'est normal que les gens tombent de leur chaise
- 17:26 quand ils réalisent qu'est-ce que c'est que la réalité physique.
- 17:29 Alors justement, en parlant de tomber de sa chaise
- 17:32 et de mouvement, on va dire, de tomber de chaise à grande échelle,
- 17:36 par rapport à il y a 15 ou 10 ans,
- 17:39 on peut dire que quand même, globalement,
- 17:41 les opinions publiques sont beaucoup moins climato-sceptiques.
- 17:44 C'est-à-dire qu'il y a de plus en plus quand même une prise de conscience
- 17:48 qu'il y a un réchauffement climatique et que c'est un défi majeur.
- 17:51 Est-ce que selon vous, on a pris quand même la mesure
- 17:56 de l'enjeu et du défi qui se met devant nous ?
- 18:03 Les sondages, en fait, en la matière,
- 18:06 souvent la réponse est dans la question.
- 18:08 Je vais vous donner une petite anecdote.
- 18:10 Il y a une association qui s'appelle Parlons Climat
- 18:13 qui fait souvent des études assez intéressantes sur la question.
- 18:16 Et il y a un an à peu près, je me rappelle,
- 18:18 ils avaient publié une analyse dans laquelle ils montraient
- 18:20 que dans un sondage, le taux de climato-sceptique augmentait
- 18:24 si vous proposiez plus de possibilités de réponse climato-sceptique
- 18:28 dans l'éventail de réponses.
- 18:30 Donc, dit autrement, si vous proposez juste deux réponses,
- 18:33 le changement climatique existe, oui, non,
- 18:35 vous avez 25% de climato-sceptique.
- 18:37 Et si vous proposez non, il y en a un, mais ce n'est pas dû à l'homme.
- 18:42 Non, il n'y a pas de changement climatique.
- 18:44 Non, le climat a toujours varié. Non, je ne sais pas quoi.
- 18:46 En fait, le taux de réponse non augmente très fortement.
- 18:49 D'accord.
- 18:50 Donc, en fait, qu'est-ce que c'est vraiment qu'un climato-sceptique ?
- 18:53 Difficile à définir.
- 18:54 D'accord.
- 18:55 Quand vous regardez, en fait, là où les gens se méfient vraiment,
- 18:59 des gens qui sont très extrêmement défiants envers la science,
- 19:02 parce que les mêmes qui vous disent le climat a toujours varié,
- 19:04 ce n'est pas nous en ce moment, peuvent vous dire
- 19:05 mais j'ai confiance en la science.
- 19:06 Donc, il n'y a pas de problème avec ça.
- 19:07 Donc, en fait, quand vous regardez les gens qui sont réellement défiants
- 19:10 vis-à-vis de la base scientifique, c'est moins de 10%.
- 19:12 D'accord.
- 19:13 C'est très faible.
- 19:14 Par contre, vous avez une bonne frange de gens
- 19:16 qui sont ce que moi j'appelle des climato-énervés.
- 19:18 C'est-à-dire qu'à la limite, qu'il y ait du changement climatique ou pas
- 19:23 n'est pas le sujet premier.
- 19:25 Le sujet premier, c'est qu'ils ne se reconnaissent pas
- 19:27 dans le monde proposé pour lutter contre le changement climatique.
- 19:29 D'accord.
- 19:30 Donc, ils se disent la voiture électrique, moi je n'y aurais pas accès
- 19:34 parce que c'est hors de ma portée économiquement.
- 19:36 Les bobos m'emmerdent.
- 19:38 Moi, j'ai envie de griller de la viande sur mon barbecue le week-end.
- 19:41 En gros, c'est un peu jeter le bébé avec l'eau du bain.
- 19:44 C'est-à-dire que c'est où noyer son chien.
- 19:47 En disant qu'il a la rage.
- 19:49 Exactement.
- 19:50 C'est parce qu'en fait, le rejet se fait sur les porteurs de solutions.
- 19:54 D'accord.
- 19:55 Et pas sur le diagnostic humain.
- 19:57 Ou sur la solution.
- 19:58 Donc en gros, ils sont énervés soit par les préconisations
- 20:04 et par les messagers.
- 20:06 Ou par les porteurs des solutions.
- 20:08 C'est ça qui les hérisse.
- 20:09 Et à ce moment, ils jettent le bébé avec l'eau du bain et disent
- 20:12 il n'y a pas de changement climatique.
- 20:13 Mais en fait, les gens qui sont fondamentalement, intimement convaincus
- 20:17 que la science raconte n'importe quoi, c'est 10%.
- 20:19 D'accord.
- 20:20 Ou moins de 10%.
- 20:21 C'est faible.
- 20:22 D'accord.
- 20:23 En France ou c'est occidental ?
- 20:24 En France.
- 20:25 Mais même aux États-Unis, vous avez une majorité d'Américains
- 20:27 qui sont convaincus qu'il y a des désordres climatiques
- 20:29 qui sont en train de s'amplifier, etc.
- 20:30 Et du reste, il suffit de regarder ce qui se passe dans ce pays.
- 20:32 Vous avez de plus en plus de sécheresse.
- 20:35 Vous avez le niveau des nappes phréatiques qui baisse.
- 20:37 Vous savez, la profondeur à laquelle il faut forer pour obtenir de l'eau dans un puits,
- 20:40 ça baisse en permanence aux États-Unis.
- 20:43 Vous avez un certain nombre de maisons qui deviennent inassurables, etc.
- 20:46 Donc en fait, il y a des choses qu'ils voient, qu'ils vivent dans leur quotidien.
- 20:50 Et de ce point de vue, les gens ne sont pas complètement idiots.
- 20:53 Donc à un moment, si vous leur dites est-ce que vous niez votre quotidien,
- 20:56 ils vont vous dire non.
- 20:57 Oui.
- 20:58 Bien sûr.
- 20:59 Mais est-ce qu'ils se rendent compte ?
- 21:00 J'avais lu, je crois que c'était dans une interview de vous,
- 21:03 vous disiez que le monde s'était réchauffé de 4 degrés en 10 000 ans
- 21:09 et qu'on avait vu l'incroyable conséquence que ça avait eue sur la vie,
- 21:16 tout simplement, terrestre.
- 21:18 Et vous dites un changement climatique, même d'un réchauffement de 1,5 degré en un siècle,
- 21:24 est-ce qu'on se rend compte de ce que ça peut entraîner ?
- 21:27 On ne se rend pas compte.
- 21:28 Et on ne se rend pas compte pour deux raisons.
- 21:30 Alors les 1,5 degrés, on les a quasiment pris.
- 21:32 Et vous allez me dire, et alors ?
- 21:35 On est vivant et bien vivant.
- 21:38 Mon salaire continue d'arriver sur mon compte en banque à la fin du mois.
- 21:41 Il y a toujours de la nourriture au supermarché.
- 21:43 Je ne vois pas où est le problème.
- 21:44 Alors le problème, c'est qu'une partie des conséquences de ce qu'on a fait
- 21:47 vont arriver avec le temps.
- 21:49 Par exemple, le Groenland a commencé à fondre actuellement
- 21:53 et ça, ça va continuer pour encore des siècles ou des milliers d'années,
- 21:56 quoi qu'on fasse maintenant.
- 21:58 Donc, il y a un coup parti.
- 22:00 Et donc, à terme, je dis bien à terme,
- 22:03 on a quelques mètres d'élévation du niveau des océans qui sont certains.
- 22:06 Alors quelques mètres d'élévation du niveau des océans,
- 22:10 ça va être suffisant pour rendre beaucoup d'infrastructures portuaires inopérantes.
- 22:15 Ça va suffire pour repousser à l'intérieur des terres
- 22:21 des nappes phréatiques salées.
- 22:23 Vous avez une salinisation des nappes avec la montée du...
- 22:27 Et en particulier dans les côtes basses
- 22:29 qui sont souvent les plaines cultivées de bord de mer,
- 22:31 ça va poser des problèmes.
- 22:32 Et ça, ça ne va pas arriver du jour au lendemain non plus.
- 22:34 Ça va mettre des décennies, des siècles, etc.
- 22:36 En ce qui concerne les forêts,
- 22:38 vous pouvez avoir également des décennies qui s'écoulent
- 22:41 entre le nouveau climat et le moment où les forêts sont stabilisées
- 22:45 par rapport au nouveau climat,
- 22:46 avec dans l'intervalle plein d'arbres qui sont morts.
- 22:51 Les glaciers des Alpes, par exemple, à 2 degrés,
- 22:54 il y a 90% des glaciers des Alpes qui vont disparaître.
- 22:56 D'accord.
- 22:57 Et tout ça, c'est des conséquences de très long terme
- 22:59 qu'on n'a pas forcément tout de suite...
- 23:01 Il y a déjà la moitié des coraux de la Caraïbe qui sont morts,
- 23:03 à 1,5 degré.
- 23:04 Alors vous allez me dire qu'on s'en fiche
- 23:06 parce que pour le moment, ça ne nous empêche pas d'avoir du poulet.
- 23:08 Oui, ok, parfait.
- 23:09 Mais c'est quand même une conséquence réelle.
- 23:11 Donc vous avez un certain nombre de choses qui s'observent déjà.
- 23:14 Et il faut bien voir que par ailleurs aujourd'hui,
- 23:16 on a une arme anti-douleur en ce qui concerne les conséquences
- 23:19 qui s'appelle l'énergie abondante.
- 23:21 Parce que quand vous avez de l'énergie abondante,
- 23:23 vous reconstruisez rapidement après un problème,
- 23:26 vous climatisez en cas de cadicule,
- 23:28 vous avez des pompes qui vous évacuent en cas d'inondation,
- 23:31 vous êtes relogés en cas d'inondation
- 23:33 parce qu'avec l'énergie abondante, vous construisez facilement
- 23:35 et donc vous avez des locaux en excès qui vous permettent de reloger les gens.
- 23:38 Vous pouvez déplacer les récoltes,
- 23:40 enfin vous pouvez vous nourrir à partir de ce qui a poussé loin
- 23:43 parce que vous avez des camions,
- 23:45 si vous n'avez plus rien, qui poussent à côté.
- 23:47 Donc en fait, l'énergie abondante, c'est l'antidote,
- 23:50 c'est la baguette magique qui permet de répondre à tout.
- 23:53 Oui, en tout cas de faire passer ces changements-là
- 23:56 comme presque un douleur.
- 23:58 Or, à l'horizon des conséquences importantes du changement climatique,
- 24:02 50 à 100 ans,
- 24:04 cette abondance énergétique sera pour partie derrière nous.
- 24:06 Oui, on va y revenir.
- 24:07 Donc ça veut dire qu'on va devoir gérer une situation
- 24:09 dans laquelle, pardonnez-moi cette vulgarité,
- 24:11 mais on devra gérer plus d'emmerdements avec moins de moyens.
- 24:13 Tout le monde sait que ce n'est pas une situation très sympathique.
- 24:16 Donc il va y avoir un effet cisaille
- 24:18 et moi je ne sais pas à quelle vitesse il va arriver.
- 24:20 D'accord.
- 24:21 Parce qu'on peut très bien avoir en même temps
- 24:23 la fermeture du détroit d'Ormuz
- 24:26 et plein de catastrophes climatiques.
- 24:28 Ça ne pose aucun problème.
- 24:29 Absolument.
- 24:30 Il n'y a pas de raison à ce qu'il n'y ait pas de concomitance.
- 24:35 Cette année a vu un phénomène courbe d'émissions assez intéressant.
- 24:40 La Chine, la courbe d'émissions de CO2 de la Chine
- 24:44 a un peu décéléré même.
- 24:47 Et celle des États-Unis est repartie à la hausse.
- 24:50 Ce n'est pas forcément quelque chose sur lequel
- 24:52 les spécialistes auraient misé il y a quelques années.
- 24:55 Est-ce que ça vous a surpris ?
- 24:57 Et comment vous expliquez ça en termes de logiciel politique ?
- 25:01 Je n'explique strictement rien à l'échelle de l'année
- 25:03 en ce qui concerne les émissions de CO2.
- 25:05 Parce que les émissions de CO2 viennent d'infrastructures
- 25:08 dont le pas de temps caractéristique est long.
- 25:10 Les émissions viennent du parc électrique,
- 25:12 le pas de temps caractéristique est long.
- 25:14 Elles viennent du parc de voitures et de camions,
- 25:16 le pas de temps caractéristique est long.
- 25:18 Elles viennent du parc de bâtiments,
- 25:20 le pas de temps caractéristique est long.
- 25:22 Elles viennent des chaudières industrielles
- 25:24 et les pas de temps caractéristiques sont longs.
- 25:26 Ce qui se passe une année donnée,
- 25:28 je n'en tire pas la moindre conclusion.
- 25:30 Il faut commencer à regarder sur 5-10 ans
- 25:33 pour commencer à pouvoir dire quelque chose.
- 25:37 Pour pouvoir dire qu'il se passe quelque chose.
- 25:39 Ce que je peux dire, c'est que les émissions de CO2
- 25:41 aux États-Unis sont en tendance baissière depuis 2007.
- 25:46 En Chine, elles sont en tendance haussière
- 25:49 depuis que la Chine a connu son essor industriel.
- 25:53 Donc peut-être qu'une année, là, ça va baisser.
- 25:56 Espérons que ça baisse.
- 25:58 Je ne suis pas là à dire que j'espère que ça va monter.
- 26:00 Juste pour le moment, je n'en tire pas de conclusion.
- 26:03 Ces 10 dernières années, la Chine a développé son charbon
- 26:06 en même temps qu'elle développait son éolien, son solaire,
- 26:09 son nucléaire et son hydraulique.
- 26:12 Donc vous n'achetez pas le discours de dire la Chine, c'est fait.
- 26:17 Non, je n'achète pas le discours, ça y est, c'est fait.
- 26:19 J'achète le discours qui est
- 26:21 la Chine aujourd'hui est en train de bouger très vite
- 26:24 sur les technologies qui permettront un jour de décarboner.
- 26:28 Donc la voiture électrique, l'éolien, le solaire, le nucléaire.
- 26:31 Et pourquoi elle a pris cette conscience-là ?
- 26:33 Pourquoi elle n'est pas que dans la revendication ?
- 26:36 Vous étudiez ces choses-là.
- 26:38 Moi je peux formuler une hypothèse.
- 26:40 Mais je ne peux que formuler une hypothèse.
- 26:42 Mon hypothèse, c'est que les Chinois,
- 26:45 ils ont une ambition, c'est de redevenir la première puissance mondiale.
- 26:48 Ce qu'ils ont été pendant 2000 ans,
- 26:50 moi une malheureuse parenthèse pour eux,
- 26:52 un inclignement d'œil, c'est-à-dire un siècle.
- 26:55 Et comme c'était compliqué pour eux
- 26:58 de prendre la première place sur des technologies
- 27:00 sur lesquelles on était déjà nous très en avance,
- 27:02 ils se sont dit, on va se positionner sur la vague d'après.
- 27:06 C'est une hypothèse.
- 27:09 Est-ce qu'il y a une question aussi de perception des limites ?
- 27:14 Chez les Chinois ?
- 27:16 Oui, chez les Chinois.
- 27:17 Parce que par exemple, on sent chez Donald Trump
- 27:19 dans cette volonté de ne plus vouloir se soumettre aux accords de Paris,
- 27:23 cette idée qu'il n'accepte pas
- 27:27 l'idée que le monde a des limites,
- 27:29 que la quantité d'énergie a des limites.
- 27:32 Est-ce que les cultures sont égales face à cette perception-là ?
- 27:37 Mon sentiment, c'est que non.
- 27:38 Et c'est que les Chinois, c'est une vieille civilisation.
- 27:42 C'est une civilisation où les ingénieurs ont toujours eu
- 27:46 traditionnellement une place très importante,
- 27:48 ce qui est également le cas de l'Europe.
- 27:51 C'est un peu moins vrai chez les Anglais,
- 27:54 mais globalement, les ingénieurs ont quand même
- 27:56 une place importante dans les systèmes européens.
- 28:00 C'est très fort en Scandinavie,
- 28:02 c'est assez fort en Allemagne, c'est assez fort en France,
- 28:05 c'est assez fort en Italie également.
- 28:07 Enfin bon, c'est quand même...
- 28:08 Le Spagne, je connais moins, mais...
- 28:10 Donc c'est...
- 28:11 Les gens qui maîtrisent les systèmes techniques
- 28:14 ont toujours eu une place très importante dans l'Europe
- 28:16 et en Chine également.
- 28:17 D'accord.
- 28:21 Quand vous êtes en charge des systèmes techniques
- 28:24 et que vous êtes les pieds dans le monde physique,
- 28:25 en fait, la limite, tout de suite, vous la comprenez.
- 28:27 Parce que les systèmes physiques ne sont que des systèmes d'optimisation,
- 28:30 de ressources contraintes, etc.
- 28:32 Tout de suite.
- 28:34 Par exemple, les ingénieurs hydrauliciens des rizières en Chine,
- 28:37 ils avaient la charge de gérer une ressource contrainte
- 28:39 qui était l'eau disponible.
- 28:41 Et donc, la limite, tout de suite, vous en avez conscience
- 28:43 quand vous faites ce genre de choses.
- 28:45 Les États-Unis, c'est un pays qui s'est construit par la violence
- 28:50 sur une terre qui était immense et immensément dotée en tout.
- 28:55 Les États-Unis ont été le premier producteur de pétrole mondial
- 28:58 pendant un siècle.
- 28:59 C'est-à-dire entre le début de l'ère industrielle du pétrole
- 29:01 et 1970, ça a été le premier producteur mondial de pétrole.
- 29:05 Ce qu'ils sont redevenus depuis quelques années.
- 29:08 Avec le Canada, enfin, groupés.
- 29:10 Au moment de la Seconde Guerre mondiale, c'était aussi,
- 29:12 et de loin, le premier producteur mondial de charbon et d'acier.
- 29:15 Donc, en fait, ils ne pouvaient que gagner la guerre,
- 29:17 c'était juste une question de temps.
- 29:20 Ça a été pendant longtemps le premier producteur mondial
- 29:23 d'un certain nombre de minerais, de bois.
- 29:27 Donc, ils se sont fait par la violence dans un endroit
- 29:29 où c'était la corde d'abondance.
- 29:33 Donc, culturellement, il n'y a pas de sens de la limite.
- 29:36 Et vous le voyez bien aujourd'hui.
- 29:38 S'il n'y en a pas, il y en a encore.
- 29:40 Et s'il n'y en a plus chez moi, il y en a chez les autres.
- 29:42 S'il n'y en a plus chez d'autres, il y en a sur Mars.
- 29:44 Et si c'est à personne, c'est à moi.
- 29:47 Je veux dire, la culture du pionnier, c'est ça.
- 29:49 C'est à personne, donc c'est à moi.
- 29:51 Je décide et puis voilà.
- 29:52 Regardez Elon Musk avec ses constellations de satellites.
- 29:54 L'espace n'est à personne, mais il est à moi.
- 29:56 Je vais m'occuper.
- 29:59 Ça sera le dernier pays au monde à faire sérieusement des choses
- 30:02 sur la question des limites planétaires, les États-Unis.
- 30:05 Alors, ce qu'ils ont fait sérieusement depuis longtemps,
- 30:07 c'est la gestion locale.
- 30:09 Donc, ils ont eu un des premiers parcs nationaux au monde,
- 30:12 dans l'Yellowstone, etc.
- 30:14 Mais ça, c'est local.
- 30:16 Mais la limite globale est un truc avec lequel
- 30:19 ils ne sont culturellement pas du tout raccords.
- 30:21 Alors que l'Europe, qui a connu la famine, la maladie,
- 30:24 la pénurie de ceci, la pénurie de cela,
- 30:27 exactement comme le Japon, exactement comme la Chine,
- 30:30 sont des pays qui ont beaucoup plus conscience de la limite.
- 30:32 D'accord.
- 30:33 Alors, une autre question un peu culturelle ou philosophique
- 30:36 qui se pose là, non mais même plus philosophique
- 30:38 et politique qui se pose, revient très souvent le débat
- 30:41 de savoir si les démocraties libérales,
- 30:44 si le libéralisme philosophique, politique,
- 30:48 qui fonde quand même nos sociétés occidentales,
- 30:51 est armé face à un certain nombre de défis,
- 30:55 notamment le défi climatique.
- 30:57 C'est-à-dire, j'entends parfois des gens dire
- 31:01 est-ce qu'il ne faut pas des systèmes plus centraux,
- 31:05 plus autoritaires ?
- 31:08 Ce serait quand même un peu too much de dire comme ça.
- 31:10 Mais voilà, comment arrive cette question
- 31:14 d'un défi immense avec une nécessité
- 31:17 d'une réponse politique importante
- 31:19 et la démocratie libérale ?
- 31:21 Gérer une ressource contrainte,
- 31:23 ça passe généralement par de la planification
- 31:25 parce que ça veut dire que vous organisez
- 31:27 de la façon qui vous paraît la plus efficace
- 31:29 et la plus équitable possible
- 31:31 la gestion d'une ressource contingente.
- 31:35 La planification, c'est plus facile
- 31:37 quand vous avez un État qui est fort.
- 31:39 On le voit bien du reste,
- 31:41 la Chine avance à coups de plans quinquennaux
- 31:43 avec un État qui est très fort.
- 31:45 Alors, je ne dis pas que j'ai très envie
- 31:46 d'avoir un régime à la chinoise ici demain matin.
- 31:48 On est d'accord.
- 31:49 Oui, mais chaque médaille a son revers.
- 31:54 Les Chinois, ils avancent très vite
- 31:56 parce qu'il y a un certain nombre de sujets
- 31:58 sur lesquels ils ne demandent pas leur avis à la population,
- 32:00 que les gens ont 15 jours de vacances
- 32:01 et qu'ils bossent tout le temps.
- 32:02 Nous, on nous demande notre avis
- 32:04 et on a 6 semaines de congés payés
- 32:05 ou 5 semaines de congés payés et 35 heures.
- 32:07 Et donc, on avance moins vite.
- 32:11 Et puis, avec le système des alternances politiques,
- 32:15 quand il y a des planifications long terme à faire,
- 32:17 il y a un risque que ce qui a été tricoté par l'un
- 32:20 soit détricoté par le suivant.
- 32:22 Et à ce moment, il y a un vrai risque
- 32:24 que les choses se fassent à nos dépens.
- 32:26 Parce que quand vous avez une contrainte
- 32:27 et que vous n'êtes pas capable de vous organiser
- 32:28 face à la contrainte,
- 32:29 c'est la contrainte qui gagne.
- 32:31 Et à ce moment, l'ajustement se fait dans la douleur.
- 32:34 Et c'est ce qui est déjà en train de se passer
- 32:36 en Europe pour partie.
- 32:38 Mais est-ce que ce n'est pas justement
- 32:39 la vertu de la démocratie
- 32:40 de faire quelque part de s'autoréguler ?
- 32:44 Oui, sauf que c'est un système lent.
- 32:46 La démocratie, disait Tocqueville, est un système lent.
- 32:49 Et le système lent s'est très bien adapté
- 32:51 à la période de prospérité
- 32:52 parce qu'en période de prospérité,
- 32:53 vous avez le temps de faire essai-erreur.
- 32:56 Il n'y a pas de sanction au fait de faire essai-erreur
- 32:59 quand vous êtes dans un environnement propice.
- 33:03 Je vais prendre un exemple.
- 33:04 Vous êtes sur un bateau à voile.
- 33:05 Vous avez une toute petite brise
- 33:07 et vous êtes loin des récifs.
- 33:08 Si vous faites une fausse manœuvre
- 33:10 et que vous n'allez pas dans la bonne direction,
- 33:11 vous avez tout le temps de corriger le tir.
- 33:13 Ça ne pose strictement aucun problème.
- 33:15 Quand vous êtes par force 7 au vent des récifs,
- 33:18 vous n'avez pas intérêt à vous planter
- 33:20 parce que si vous le faites,
- 33:21 ça se termine très mal.
- 33:23 C'est exactement pareil en ce qui concerne la démocratie.
- 33:25 C'est un système politique de beau temps.
- 33:27 Ça marche bien.
- 33:30 Il y a quand même quelques exceptions.
- 33:31 La Grande-Bretagne est restée une démocratie
- 33:33 pendant la dernière guerre.
- 33:35 Ça demande des consensus très forts
- 33:37 au sein de la population.
- 33:39 J'ai remarqué que la démocratie était apparue
- 33:41 au moment où est apparue la révolution industrielle.
- 33:44 Avant, il y a eu des démocraties
- 33:45 Athènes, Rome, etc.
- 33:46 Mais quand vous regardez bien,
- 33:47 c'était une poignée de citoyens libres
- 33:49 assis sur une armée d'esclaves.
- 33:50 Un peu.
- 33:51 Il y avait quand même quelques beaux trucs.
- 33:53 Mais c'est vrai que...
- 33:54 Globalement.
- 33:55 Ce n'était pas la démocratie telle qu'on la connaît.
- 33:57 Ce n'était pas la démocratie de masse.
- 33:58 Pas du tout.
- 33:59 Non.
- 34:00 Il y avait des esclaves partout.
- 34:01 Aujourd'hui, nos esclaves, c'est les machines.
- 34:03 Les esclaves énergétiques.
- 34:05 Elles sont beaucoup plus nombreuses
- 34:07 en équivalent à individus que nous-mêmes.
- 34:10 La démocratie est née dans l'abondance.
- 34:14 Parce que c'est très facile de se faire élire
- 34:16 en promettant du rap de sucette et de le donner
- 34:18 quand vous êtes en période de croissance.
- 34:19 Très facile.
- 34:20 Quand vous n'êtes pas en période de croissance,
- 34:22 promettre de se faire élire
- 34:23 en distribuant du rap de sucette, ça ne marche pas.
- 34:25 Parce que quand vous n'êtes pas en période de croissance,
- 34:27 vous ne pouvez que déshabiller Jacques
- 34:28 si vous voulez habiller Paul.
- 34:29 Vous ne pouvez rien faire d'autre.
- 34:31 On voit bien que depuis que l'Europe
- 34:33 a arrêté la croissance réelle,
- 34:35 c'est-à-dire en 2007,
- 34:36 on voit bien des craquements
- 34:38 qui sont en train d'arriver dans le monde politique
- 34:40 qui sont de plus en plus forts.
- 34:42 Et malheureusement, en ligne de pente,
- 34:44 je pense qu'ils vont augmenter.
- 34:45 Si on ne prend pas conscience de la situation
- 34:49 et si on ne s'organise pas autrement,
- 34:51 je pense qu'ils ne vont faire qu'augmenter.
- 34:53 Tout simplement parce qu'on est rentré
- 34:55 dans une situation de décrus économique réel.
- 34:58 Et pour ça, j'ai deux indicateurs
- 35:01 que j'aime bien regarder,
- 35:02 qui me disent ça.
- 35:04 Le premier, c'est la quantité totale de marchandises
- 35:06 qu'on charge dans les camions une année donnée.
- 35:09 Cet indicateur-là est en baisse en Europe depuis 2007.
- 35:12 Pourquoi est-ce que c'est un indicateur
- 35:14 qui me paraît intéressant ?
- 35:15 Parce que la totalité des objets
- 35:16 que vous avez dans cette pièce
- 35:17 sont passés par la caisse d'un camion.
- 35:18 La totalité des objets que vous avez chez vous
- 35:20 sont passés par la caisse d'un camion.
- 35:22 Et la quasi-totalité de ce qui sort des usines françaises
- 35:25 est passée par la caisse d'un camion,
- 35:26 ou des usines européennes
- 35:27 est passée par la caisse d'un camion.
- 35:28 Il y a quelques rares exceptions
- 35:29 de trucs qui font du train puis du bateau.
- 35:31 Globalement, il y aura un bout de camion
- 35:33 à un moment ou à un autre.
- 35:34 Même les portes-conteneurs,
- 35:35 les portes-conteneurs sont chargés sur des camions.
- 35:37 Sauf quelques barges.
- 35:41 La quantité, le tonnage de marchandises
- 35:43 qui passent par les caisses des camions
- 35:44 une année donnée,
- 35:45 ça vous donne le volume total de trucs et de machins
- 35:48 produits et ou consommés par l'économie.
- 35:51 Si ce tonnage total baisse,
- 35:54 c'est que l'économie physique est en train de se contracter.
- 35:56 Deuxième indicateur qui se contracte depuis 2007,
- 35:58 c'est les mètres carrés construits dans l'année,
- 36:00 en Europe, pas en France.
- 36:01 C'est pareil, ça baisse depuis 2007.
- 36:04 Un autre indicateur, c'est la production industrielle
- 36:06 en volume.
- 36:07 C'est rot depuis 2007.
- 36:08 Si vous regardez par exemple la production automobile,
- 36:10 elle est passée par un maximum en 2008.
- 36:12 En Europe, le nombre d'automobiles produits dans l'année,
- 36:14 le maximum était 2008.
- 36:15 En fait, depuis 2007,
- 36:17 l'Europe est en train gentiment de se contracter
- 36:19 sur le plan physique.
- 36:21 Les artefacts sur le calcul du PIB
- 36:23 fait qu'on se raconte des histoires
- 36:24 en disant que le PIB continue d'augmenter.
- 36:26 Mais en fait, le PIB vrai, il a commencé à baisser.
- 36:29 C'est aussi depuis cette époque, incidemment,
- 36:30 que vous voyez de plus en plus de gens
- 36:32 qui ont du mal à boucler leur fin de mois,
- 36:34 qui ont du mal à accéder à l'alimentation.
- 36:36 Donc pour vous, on est déjà rentré
- 36:37 dans une période de décroissance.
- 36:38 Oui, on y est déjà.
- 36:39 Donc le débat philosophique sur la décroissance,
- 36:41 il est derrière nous.
- 36:43 Maintenant, la bonne question,
- 36:44 c'est comment est-ce qu'on s'organise dans ce monde-là.
- 36:46 Alors, j'ai une question à vous poser là-dessus.
- 36:48 Parce que c'est le scénario au cœur de votre discours.
- 36:51 C'est ce scénario de pic pétrolier
- 36:53 qui arrive devant nous
- 36:55 et qui va créer...
- 36:57 Parce que là, vous êtes en train de nous décréer
- 36:59 quelque chose d'assez peu violent.
- 37:03 Mais vous dites qu'on va au-devant d'une décroissance
- 37:05 si on n'arrive pas à changer.
- 37:07 Je l'aurai dit, on y est déjà.
- 37:08 Mais elle peut s'accélérer et devenir violente.
- 37:10 Il y a une partie de la population qui y échappe.
- 37:12 C'est la population française
- 37:14 qui est toujours greffée
- 37:17 sur les gagnants de la mondialisation.
- 37:19 Les métropoles tertiarisées.
- 37:20 Alors, c'est-à-dire les employés
- 37:22 des grandes multinationales,
- 37:24 le secteur financier,
- 37:26 alors pas bancaire,
- 37:28 les employés d'agences bancaires,
- 37:29 il y en a qui se font foutre à la porte,
- 37:30 le secteur financier.
- 37:32 Une partie du secteur juridique,
- 37:34 donc pas les avocats qui font les divorces,
- 37:35 mais les avocats d'affaires, etc.
- 37:38 Une partie du monde du conseil,
- 37:40 les consultants qui vendent, etc.
- 37:42 Donc, ce monde-là,
- 37:44 une partie des négociants...
- 37:46 Ils échappent et les autres sont déjà dans la décroissance.
- 37:48 Ce monde-là qui est greffé sur l'économie mondiale
- 37:50 qui, elle, est toujours en croissance réelle,
- 37:52 puisque l'approvisionnement énergétique mondial, lui,
- 37:54 est toujours en croissance réelle,
- 37:55 ils échappent
- 37:57 et il constitue une espèce de caste de privilégiés
- 37:59 dont je fais partie.
- 38:01 Qui monopolise un peu la conversation publique
- 38:03 et le diagnostic public.
- 38:05 Absolument.
- 38:07 Qui, par ailleurs, influe très fortement sur la prise de décision
- 38:09 parce que leur souci premier,
- 38:11 globalement,
- 38:13 ce n'est pas tellement de se soucier des gens
- 38:15 qui vont venir faire le ménage ici à 7h du matin,
- 38:17 mais de préserver leur propre statut.
- 38:19 Le monde tel qu'il les avantage.
- 38:21 Exactement.
- 38:23 Et ce qui devient de plus en plus insupportable,
- 38:25 évidemment,
- 38:27 aux gens qui viennent faire le ménage ici à 7h du matin
- 38:29 et, d'une façon générale, à tous les gens
- 38:31 qui sont du côté de ceux qui ont
- 38:33 de plus en plus de mal à accéder
- 38:35 à des choses, encore une fois, physiques.
- 38:37 Logement, nourriture,
- 38:39 consommation.
- 38:41 Les distributeurs vous le disent.
- 38:43 Les gens déconsomment depuis maintenant
- 38:45 quelques années, etc.
- 38:47 Et c'est la traduction directe de ce que je vous dis
- 38:49 sur le fait que l'Europe est, en fait,
- 38:51 aujourd'hui en contraction économique réelle.
- 38:53 Pas rapide, douce,
- 38:55 mais quand même.
- 38:57 C'est quand même ça qui est en train de se passer.
- 38:59 Le pic pétrolier, puisque vous m'avez posé la question,
- 39:01 on y est sans y être.
- 39:05 Je suis désolé, je vais être un peu technique.
- 39:07 Ce qu'on appelle aujourd'hui pétrole,
- 39:09 ça dépend de qui parle.
- 39:13 Le pétrole, normalement,
- 39:15 c'est un liquide à température
- 39:17 et pression ordinaire
- 39:19 composé de chaînes carbonées qui font plus de 8 atomes
- 39:21 de carbone.
- 39:23 Mais il y a des gens,
- 39:25 quand ils comptent le pétrole, ils vous mettent dedans
- 39:27 des produits qui sont gazeux à température
- 39:29 et pression ordinaire et qui comportent
- 39:31 de 2 à 4 atomes de carbone,
- 39:33 qui sont nommément l'éthane, le propane et le butane
- 39:35 que vous connaissez peut-être parce que ça sert de gaz
- 39:37 dans les cuisinières.
- 39:41 La différence entre les deux n'est pas mince,
- 39:43 parce que le pétrole stricto sensu,
- 39:45 c'est un peu plus de 80 millions de barils par jour,
- 39:47 85.
- 39:49 Et l'éthane, le propane et le butane,
- 39:51 c'est 15 millions de barils par jour.
- 39:53 Or ça, ça sort avec le gaz,
- 39:55 l'éthane, le propane et le butane, ça vient des gisements de gaz.
- 39:57 Qui, eux, n'ont pas du tout
- 39:59 passé leur pic au niveau mondial,
- 40:01 la production continue d'augmenter.
- 40:03 Ce qui se passe, c'est que le pétrole dit,
- 40:05 conventionnel, tout ce qui n'est pas
- 40:07 le sable bitumineux canadien et le shale oil
- 40:09 américain a passé son pic en 2008.
- 40:11 L'agence internationale de l'énergie
- 40:13 l'a dit dans un rapport de 2018,
- 40:15 ils ont redit récemment dans un autre rapport
- 40:17 que c'est ça qui s'était passé, etc.
- 40:19 Le shale oil, qui est déjà un pétrole plus léger
- 40:21 que le pétrole historique,
- 40:23 lui n'a pas du tout passé son pic,
- 40:25 donc si vous ajoutez shale oil plus sable bitumineux
- 40:27 plus pétrole conventionnel,
- 40:29 il y a eu un pic en 2018, c'est redescendu,
- 40:31 là, on s'est remonté légèrement au-dessus du pic de 2018
- 40:33 et le pronostic qu'on a fait au Chiffre Project
- 40:35 c'est que ça va continuer à osciller comme ça
- 40:37 jusqu'en 2030.
- 40:39 Mais à partir de 2030, tout ça
- 40:41 devrait se mettre à décliner assez rapidement
- 40:43 parce que les gisements conventionnels s'épuisent
- 40:45 et que le shale oil ne va pas augmenter très vite
- 40:47 parce que la dynamique
- 40:49 de ce pétrole-là fait que si vous voulez
- 40:51 augmenter rapidement la production, vous perdez votre chemise
- 40:53 parce que ça demande des investissements
- 40:55 beaucoup trop importants.
- 40:57 Donc c'est ce qui s'est passé
- 40:59 dans les premières années du shale oil,
- 41:01 même à 140 dollars le baril, les producteurs
- 41:03 perdaient de l'argent parce qu'ils étaient en phase
- 41:05 d'augmentation de la production et en cashflow
- 41:07 ils perdaient de l'argent parce qu'ils investissaient tellement
- 41:09 dans des nouveaux puits pour augmenter la production
- 41:11 que depuis qu'ils ont arrêté d'augmenter rapidement la production
- 41:13 ils perdent de l'argent. Aux Etats-Unis, comme gagner de l'argent
- 41:15 c'est le plus important, ils ne vont pas réaugmenter rapidement
- 41:17 la production.
- 41:19 Et donc il va y avoir
- 41:21 un sujet de contraction de l'offre mondiale
- 41:23 de pétrole, mais par
- 41:25 contre pour l'Europe, ça a déjà commencé depuis 2008.
- 41:27 Au moment où
- 41:29 le monde a passé
- 41:31 son pic de production conventionnel,
- 41:33 l'approvisionnement européen s'est inversé.
- 41:35 Il montait, il s'est mis à descendre.
- 41:37 Et les pays du sud de l'Europe, Espagne,
- 41:39 Portugal, Italie, qui étaient les plus dépendants
- 41:41 du pétrole dans leur mix énergétique, sont ceux
- 41:43 qui ont dérouillé le plus sauvagement.
- 41:45 Le PIB italien, le PIB grec.
- 41:47 La Grèce avait 60% de pétrole dans son mix.
- 41:49 Le problème de la dette grecque,
- 41:51 le problème financier grec
- 41:53 C'est pas les cigales,
- 41:55 c'était le pétrole.
- 41:57 La baisse du PIB en Grèce, c'est pas parce que
- 41:59 les gens ne payaient pas leurs impôts.
- 42:01 C'est juste que l'allocation de la rente
- 42:03 ça reste dans vos poches au lieu d'aller dans les poches de l'Etat.
- 42:05 Ça ne change rien au PIB.
- 42:07 Ce qui change quelque chose au PIB, c'est que la production baisse
- 42:09 parce que le pétrole n'était pas disponible.
- 42:11 C'est ce qui s'est passé en Espagne, c'est ce qui s'est passé en Italie,
- 42:13 c'est ce qui s'est passé au Portugal.
- 42:15 Bon nombre de ces pays ne sont toujours pas revenus au niveau de PIB
- 42:17 qu'ils avaient en 2007.
- 42:19 Même avec les artefacts dans la comptabilisation du PIB
- 42:21 qui a tendance à le gonfler un peu.
- 42:23 Cette histoire de pétrole,
- 42:25 c'est pas une vue de l'esprit, c'est déjà une réalité
- 42:27 à l'œuvre en Europe.
- 42:29 Ça a été pareil au Japon.
- 42:31 Un pays qui importe
- 42:33 la totalité de son pétrole.
- 42:35 Même aux Etats-Unis, ça a été le cas.
- 42:37 En fait, 2008 a été un tournant
- 42:39 dans le monde
- 42:41 sur le plan du pétrole.
- 42:43 Rappelez-vous, en 2008, le pari était à 140 dollars.
- 42:45 C'est ça qui a déclenché
- 42:47 la crise financière.
- 42:49 C'est le ralentissement énergétique qui a déclenché la crise financière.
- 42:51 Ce n'est pas la spéculation immobilière.
- 42:53 Les deux se sont télescopés.
- 42:55 Mais sans le ralentissement énergétique...
- 42:57 Ça a été l'étincelle
- 42:59 qui fait qu'après,
- 43:01 les subprimes, etc.
- 43:03 De toute façon, la montagne de dette qu'on a aujourd'hui
- 43:05 c'est une poudrière.
- 43:07 Après, l'étincelle peut venir de n'importe où.
- 43:09 Mais là, l'étincelle est venue de l'énergie.
- 43:11 À ce moment-là.
- 43:13 Juste, quand vous faites des scénarii
- 43:15 comme ça avec le chip project,
- 43:17 vous le faites un peu toutes choses égales par ailleurs.
- 43:19 Quand on voit à quel point le monde
- 43:21 est devenu imprévisible,
- 43:23 est-ce qu'il y a d'autres scénarii de temps en temps
- 43:25 que vous prenez ?
- 43:27 Les déclenchements de guerre sur des questions énergétiques,
- 43:29 je ne sais pas,
- 43:31 les épidémies,
- 43:33 les scénarios hyper optimistes,
- 43:35 des techno-optimistes.
- 43:37 Comment on fait un scénario principal ?
- 43:39 Un scénario, c'est une boîte à casser.
- 43:41 Ce n'est pas une prévision.
- 43:43 Un scénario,
- 43:45 c'est une histoire qui est aussi vraisemblable
- 43:47 que les hypothèses que vous mettez en entrée
- 43:49 et les lois d'évolution que vous mettez dans votre scénario.
- 43:51 D'accord.
- 43:53 Idéalement, il faut quand même que les hypothèses soient plausibles
- 43:55 et que les lois d'évolution
- 43:57 soient vérifiées.
- 43:59 Parce que sinon, votre boîte à casser ne vous sert pas à grand-chose.
- 44:01 Vous avez fait un film de science-fiction,
- 44:03 alors c'est une boîte à casser comme une autre,
- 44:05 un film de science-fiction, ça peut vous faire réfléchir,
- 44:07 mais c'est loin de la réalité et donc ça vous fait moins réfléchir
- 44:09 que si c'est près de la réalité.
- 44:11 Il y a une partie de ce qui se passe en ce moment
- 44:13 dans le monde, j'ai envie de dire,
- 44:15 c'est que tout se déroule comme prévu.
- 44:17 C'est-à-dire qu'en 2011, j'avais écrit dans Les Echos
- 44:19 un article dont le titre était Marine Le Pen,
- 44:21 enfant du carbone.
- 44:23 Et j'avais expliqué que ne pas s'occuper
- 44:25 de la décrue énergétique fossile qui avait commencé,
- 44:27 c'était nourrir
- 44:29 le sentiment d'abandon
- 44:31 d'une partie de la population
- 44:33 et donc c'était faire monter les gens
- 44:35 qui prospèrent sur ce sentiment d'abandon.
- 44:37 Je n'ai rien ni pour ni contre
- 44:39 Marine Le Pen que je n'ai jamais vu,
- 44:41 mais c'était juste
- 44:43 une analyse sociologique
- 44:45 basée sur le fait que l'énergie
- 44:47 est à la racine de ce qu'il fait le monde moderne.
- 44:49 Donc j'ai envie de dire, malheureusement,
- 44:51 une partie de ce qui se passe en ce moment,
- 44:53 c'est que tout se déroule comme prévu.
- 44:55 Par contre, il y a un domaine
- 44:57 dans lequel je ne vous dirai pas
- 44:59 si je l'avais prévu, c'est à quel moment
- 45:01 se déclenchent les guerres ici et là,
- 45:03 parce que là on est dans le registre de la tectonique des plaques.
- 45:05 La tectonique des plaques, c'est les plaques qui se mettent en tension
- 45:07 et puis de temps en temps vous avez un tremblement de terre
- 45:09 mais personne n'est capable de vous dire où, quand, comment
- 45:11 et avec quelle intensité. Par contre, vous savez qu'à un moment
- 45:13 ça arrivera et qu'à un moment vous aurez une disruption.
- 45:15 Donc là, quand vous mettez
- 45:17 l'énergie en tension,
- 45:19 vous savez qu'à un moment vous aurez une disruption
- 45:21 mais vous ne savez pas
- 45:23 exactement quand, comment,
- 45:25 quand est-ce que ça va donner.
- 45:27 Sur le Moyen-Orient, la tectonique
- 45:29 des plaques, c'est que vous aviez
- 45:31 4 bédouins et demi qui se promenaient dans le désert
- 45:33 et puis est arrivé le pétrole
- 45:35 qui a permis de créer
- 45:37 au sein de communautés qui ne s'entendaient pas
- 45:39 nécessairement entre elles, les chiites, les sunnites,
- 45:41 les maronites, les chrétiens, etc.
- 45:43 Vous vous mettez à avoir le pétrole
- 45:45 qui permet à chacune de ces communautés
- 45:47 de croître en nombre de façon absolument
- 45:49 considérable parce que grâce à l'argent
- 45:51 ils peuvent, dans des endroits où rien ne pousse,
- 45:53 se mettre à nourrir beaucoup de monde
- 45:55 ils importent tous leur nourriture là-bas
- 45:59 se mettre à construire plein de villes, etc.
- 46:01 et avoir une population qui augmente énormément.
- 46:03 Donc vous avez une population
- 46:05 qui augmente énormément avec les différences culturelles
- 46:07 qui sont restées, les antagonismes religieux
- 46:09 qui sont restés et tout ça
- 46:11 a été nourri par l'essor pétrolier
- 46:13 et puis de temps en temps ça craque.
- 46:17 Malheureusement, je ne dis pas que je le souhaite
- 46:19 mais de temps en temps ça
- 46:21 ça fait craque.
- 46:23 Une avant-dernière question rapide
- 46:25 avant ma dernière question
- 46:27 parce que j'ai regardé beaucoup de vos interventions
- 46:29 et contrairement à certains prophètes
- 46:31 contrairement notamment à Jérémie
- 46:33 dans la Bible, vous ne semblez pas atteint
- 46:35 par vos prophéties qui sont pourtant
- 46:37 assez sombres.
- 46:39 C'est une question de nature, c'est une question
- 46:41 vous êtes blindé. Je ne suis pas déprimé.
- 46:43 Non, vous n'êtes pas déprimé. Alors il y a deux explications
- 46:45 à ça. Je me vois moi-même
- 46:47 d'un oeil extérieur
- 46:49 j'arrive pas à me...
- 46:51 Oui effectivement, je fais
- 46:53 une espèce d'analyse comme si ce n'était pas le monde
- 46:55 dans lequel je vis.
- 46:57 Un regard distancié.
- 46:59 Je fais peut-être un petit doublement de personnalité, je ne sais pas.
- 47:01 Et puis
- 47:03 la deuxième raison c'est que
- 47:05 j'ai la chance d'être dans
- 47:07 un environnement professionnel
- 47:09 qui est à la fois
- 47:11 tourné vers l'action et jeune.
- 47:13 Donc les structures dans lesquelles je travaille
- 47:15 tant le chiffre projet que Carbon4
- 47:17 sont des structures où la moyenne d'âge
- 47:19 se balade entre 30 et 35 ans, où les gens
- 47:21 la pêchent, parce que quand vous êtes
- 47:23 jeune, vos hormones font que vous avez la pêche.
- 47:25 Et où les gens
- 47:27 cherchent à trouver des solutions face
- 47:29 aux problèmes. Et ça, ça permet d'avoir une pulsion
- 47:31 Exactement. Donc moi je suis, j'ai
- 47:33 envie de dire, dans un
- 47:35 univers particulièrement protégé
- 47:37 en ce qui concerne
- 47:39 le problème que j'évoque. D'accord.
- 47:41 Alors ma dernière question concerne
- 47:43 les billets d'euros.
- 47:45 Vous en avez déjà vu, j'imagine.
- 47:47 Ils représentent des arches
- 47:49 qui n'existent pas, des ponts qui n'existent pas.
- 47:51 Et ça ne va pas vraiment
- 47:53 faire rendre justice
- 47:55 à la civilisation européenne
- 47:57 que ces billets d'euros
- 47:59 désincarnés, etc. Donc,
- 48:01 il paraît que ça va changer bientôt. Et notre
- 48:03 contribution à L'Express, c'est de poser
- 48:05 dans ce podcast, cette dernière
- 48:07 question à tous nos invités. Si vous,
- 48:09 Jean-Marc Jancovici, vous aviez une
- 48:11 personnalité ou figure historique à proposer
- 48:13 pour mettre sur les billets de 20 euros,
- 48:15 laquelle serait-elle ?
- 48:17 Je ne sais pas. Un de mes enfants ?
- 48:19 C'est pas le droit.
- 48:21 Vous n'avez pas le droit à vos enfants.
- 48:25 L'idée, cette glorification
- 48:27 des personnages, en fait, ça ne me pose pas de problème
- 48:29 avec les autres. Mais avec vous, ça vous pose problème.
- 48:31 Avec moi, ça me pose un. Et du coup, quand on me pose
- 48:33 la question de qui vous avez envie de glorifier
- 48:35 particulièrement, etc.
- 48:37 Je suis toujours un peu gêné pour répondre.
- 48:39 Et puis, il y a une autre raison qui fait que je suis gêné
- 48:41 pour répondre, c'est que les aventures individuelles,
- 48:43 ça n'existe pas.
- 48:45 Mais oui, il y a toujours des gens derrière vous.
- 48:47 Ça n'existe pas, les gens qui réussissent, qui se font tout
- 48:49 seuls, qui partent à poil sur une île
- 48:51 déserte, ça n'existe pas.
- 48:53 Donc, qu'on choisisse
- 48:55 de ne retenir que la face émergée de l'iceberg,
- 48:57 c'est-à-dire la personne qui est visible.
- 48:59 Moi, dans mon parcours, il y a des tas de gens sans lesquels
- 49:01 je ne serais pas devant vous.
- 49:05 Donc, on va rester avec
- 49:07 nos ponts qui n'existent pas et nos
- 49:09 pêches qui n'existent pas.
- 49:11 Peut-être qu'il faut accepter
- 49:13 l'idée qu'on ne mette
- 49:15 personne de ses lèvres
- 49:17 et qu'on mette autre chose qui donne
- 49:19 envie aux gens d'avoir la pêche, je ne sais pas,
- 49:21 un soleil, j'en sais rien.
- 49:23 C'est une bonne réponse aussi. Merci beaucoup,
- 49:25 Jean-Marc Jancovici.
- 49:27 Si cet entretien vous a plu, n'hésitez pas à nous suivre
- 49:29 et à nous laisser des commentaires
- 49:31 sur toutes vos plateformes habituelles de podcast
- 49:33 et de vidéos.
- 49:35 Je vous donne rendez-vous dans deux semaines
- 49:37 pour un nouveau grand entretien.
- 0:00 Greenland has started melting now, and that will continue for centuries or thousands of years, no matter what we do now.
- 0:07 Hello, and welcome to this new edition of Anne Rosancher's Great Interviews.
- 0:11 I'm Anne Rosancher, and every two weeks, I interview a relevant person for you on a specific topic.
- 0:19 It was at the time of the war in Ukraine that European public opinion generally became much more favorable to nuclear power.
- 0:25 The system has so much inertia that once we say, 'Oh darn, we made a mistake, we shouldn't have',
- 0:29 the cost can't be recovered just like that. So today, the fact, even if personally I am very pro-nuclear,
- 0:36 the fact that we are in the situation we are in can perfectly justify us implementing renewables
- 0:41 because it's the only thing we're capable of building in the coming years.
- 0:43 Today, I'm hosting a star, Jean-Marc Jancovici, engineer, president of The Shift Project, and the embodiment of an ecology based on scientific rigor.
- 0:55 So, what to make of Europe's recent reversal on nuclear power? What is the value of our French energy mix?
- 1:03 Where do the United States, China, and liberal democracies stand?
- 1:07 Are they equipped to face climate challenges? Who is positioned to answer these questions?
- 1:14 Jean-Marc Jancovici is with us, with you, in the L'Express newsroom, on video and audio podcast.
- 1:21 Settle in, it's starting.
- 1:26 Jean-Marc Jancovici, hello.
- 1:30 Hello.
- 1:31 So first, to begin, I wanted to present you with a rather recent quote.
- 1:36 You'll surely recognize it.
- 1:38 “Reducing the share of nuclear power in Europe since the 90s was a strategic mistake.
- 1:44 It was turning away from a reliable and affordable source of low-emission energy.”
- 1:49 These words were spoken just last March 10th by Ursula von der Leyen,
- 1:55 President of the European Commission and former minister in an Angela Merkel government.
- 2:01 How did hearing those words make you feel? What did they evoke in you?
- 2:06 Not much, because in fact, public opinion has shifted on the subject for 2-3 years now.
- 2:12 And in fact, public opinion shifted on the subject thanks to our friend Putin.
- 2:16 It was at the time of the war in Ukraine that European public opinion became much more favorable to nuclear power again.
- 2:22 It's not a French phenomenon at all; it's a pan-European phenomenon.
- 2:25 Everywhere, nuclear power has gained 15 to 20 points in positive public opinion.
- 2:28 And in Germany, we got close to half of Germans being in favor of building new reactors.
- 2:34 We're not there yet, but we weren't far off.
- 2:37 And so here, we have the typical case of politics lagging behind public opinion.
- 2:41 But in a democracy, that's not surprising.
- 2:43 Now, sometimes it's at the forefront.
- 2:45 Sometimes, I don't know if I should take an example that has nothing to do with energy.
- 2:48 I believe that when Mitterrand abolished the death penalty, there was still a majority of French people who weren't entirely in favor.
- 2:53 When Simone Veil legalized abortion, I believe there was a majority of French people who weren't entirely in favor.
- 2:58 So, from time to time, politicians are ahead of the curve, ahead of their time.
- 3:02 But there are still many, many cases where they are rather behind the curve.
- 3:06 So, I'd say, apart from a few courageous decisions,
- 3:09 overall, I tend to say that elected officials are a very good reflection of public opinion, with a three-year delay.
- 3:13 Understood.
- 3:14 And now, another question regarding recent news.
- 3:17 After two and a half years of postponement and delay, France's multi-year energy plan was recently unveiled.
- 3:27 Before briefly returning to its content, I wanted to ask you, in terms of timeframe,
- 3:33 it's a plan that covers two five-year periods.
- 3:36 So, it sets France's energy strategy for the next ten years.
- 3:40 In terms of energy and climate policy, is ten years a good timeframe?
- 3:46 It depends on what we're talking about.
- 3:48 If we're talking about an electrical system, the right timeframe is 50 to 100 years.
- 3:51 Yes.
- 3:52 If we're talking about downstream fleets, meaning a fleet of cars, a fleet of boilers, an industrial park, etc.,
- 3:58 the right timeframe is between 20 and 50 years.
- 4:00 After that, you need intermediate milestones.
- 4:03 That is to say, if you're talking about a child's education between the moment they're born and the moment they become an adult, there are 20 years,
- 4:09 in the meantime, you still have intermediate milestones.
- 4:11 For example, next year, it wouldn't be bad if you passed your exams.
- 4:15 It's the same for energy strategies.
- 4:18 In fact, the multi-year energy plan, if it's the maximum timeframe we're thinking about, is not relevant.
- 4:24 However, if it's a timeframe within which we program things, yes, it is relevant.
- 4:28 We need to plan things on an annual scale, a decade scale, and a century scale.
- 4:32 Okay. And regarding its content, a few weeks ago, we received in this very chair a physicist,
- 4:39 former Atomic Energy Commissioner Yves Bréchet, who didn't mince his words about the content of the PPE,
- 4:46 the fact that it had become somewhat of a political bargaining chip.
- 4:50 And he told us, regarding France's energy mix, that it was done without cost analysis or impact analysis,
- 4:57 and that it was, in fact, an expensive undertaking.
- 5:00 The big question everyone is asking is whether we have the right balance between nuclear and renewable electricity.
- 5:06 And when we talk about renewable electricity, people don't actually think about hydroelectricity,
- 5:10 which has historically been the primary source of renewable energy and, in a number of countries, is by far the largest.
- 5:16 In China, for example, the primary source of renewable energy, or rather renewable electricity, is by far hydroelectricity.
- 5:20 All the dams in Europe were built in the 50s and 60s. Now, we don't build any more.
- 5:25 People living near the dams have gotten used to them.
- 5:28 A few people were evacuated when the Tignes and Serre-Ponçon dams were built.
- 5:32 It caused some tragedies at the time, but now, we don't think about it anymore.
- 5:35 It's there, it's almost like a mountain lake.
- 5:38 So, in people's minds, renewable energy is what is currently being installed,
- 5:43 because that's what might bother us.
- 5:45 Once it's installed, it's installed.
- 5:48 So, solar panels and wind turbines.
- 5:50 When we think about land artificialization, we don't think about the premises on Avenue Kléber where we are right now,
- 5:54 because they were built a long time ago.
- 5:57 So, we mainly think about solar and wind power.
- 5:59 Now, solar and wind power have advantages and disadvantages.
- 6:02 The advantage is that a wind turbine or a solar panel can be installed quite quickly.
- 6:05 So, it's easy to install a device.
- 6:07 The disadvantage is that it's complicated to build a system from these devices,
- 6:10 because they are not dispatchable.
- 6:12 Dispatchable, what does that mean?
- 6:14 It's not when we want it.
- 6:15 It's when the elements decide.
- 6:17 So, there's sun during the day.
- 6:19 That's even the definition of daytime, if I'm not mistaken.
- 6:21 There's a bit more in summer than in winter, even much more in summer than in winter.
- 6:25 So, that means there isn't sun just any time.
- 6:28 So, if you need surgery at night, in winter,
- 6:31 direct solar electricity won't work.
- 6:34 You need to use storage, etc.
- 6:36 And you also have an issue with what's called inter-seasonal storage,
- 6:39 meaning bridging the major period of electricity consumption, which in our country is still winter.
- 6:43 There are countries where it's summer due to air conditioning, but here, it's winter.
- 6:46 And the major period of electricity production, which, in turn, is rather summer due to solar, with solar and wind.
- 6:53 So, we have this issue.
- 6:54 And so, that's a complicated problem, not simple to solve.
- 6:57 Moreover, the Germans tried to solve it and they didn't succeed.
- 7:00 They said they would just use non-dispatchable renewables,
- 7:04 even by adding storage, etc.
- 7:06 They now have a few gigawatts of battery storage.
- 7:08 They can't manage it, so they're going to rebuild gas power plants.
- 7:12 And they will remain with gas power plants in the system for some time.
- 7:17 And our PPE doesn't solve it either?
- 7:19 Well, our PPE doesn't solve it any more than theirs does,
- 7:22 because you need flexibility to compensate for the inflexibility of non-dispatchable sources.
- 7:28 And so, you can achieve this flexibility in two ways.
- 7:30 Either you have large storage capacities.
- 7:32 So, with solar and batteries, on a daily scale, you can still manage it fairly well.
- 7:36 However, it's inter-seasonal storage that poses problems.
- 7:40 And there, you can't use batteries; you would need far too many.
- 7:44 In contrast, you have nuclear power, which has the exact opposite characteristics.
- 7:48 So, building a system with nuclear power is simple.
- 7:51 However, building a nuclear power plant is long and complicated.
- 7:53 Whereas on the other side, it's the opposite.
- 7:55 Building a wind turbine is quick and simple.
- 7:57 Building a system from there is long and complicated.
- 8:00 And then, nuclear power is something that is flexible, if you will.
- 8:09 But that's not its primary function.
- 8:11 Normally, its primary function is to constantly churn out electricity.
- 8:14 So, in France, since we had a lot of it in the mix, we still made the power plants dispatchable.
- 8:19 But that makes them a bit economically suboptimal, since they are fixed-cost systems,
- 8:23 in other words, it costs you the same to build them whether you use them a little or a lot.
- 8:27 And the essential cost of nuclear power is the construction and the associated financial costs.
- 8:31 My conclusion is that it only works well within a public framework,
- 8:33 because the private sector borrows too expensively for it to be profitable.
- 8:37 And furthermore, the construction cost must also be controlled,
- 8:41 but even more so the financial costs, I would say, than the construction cost.
- 8:45 So, with nuclear power, building a plant takes a long time.
- 8:48 However, once the plant is built, it's quite simple to build a system based on it.
- 8:52 So, you have trade-offs.
- 8:54 Nothing is perfect.
- 8:56 The perfect system would have been not to have 'shameful nuclear' for 30 years,
- 9:01 to renew the fleet as it became obsolete,
- 9:04 by planning 20 years in advance, just to be sure.
- 9:08 And to complement that, in France, the combination with hydro and pumped-hydro storage is a very good complement.
- 9:13 Pumped-hydro storage refers to reversible dams.
- 9:15 And they provide a lot of flexibility on a daily, or even weekly, basis.
- 9:21 So, the combination of the two, which is what we historically built our system on in France,
- 9:26 with a bit of gas and a bit of coal, was a system that worked well.
- 9:30 And we broke it for two reasons.
- 9:33 We broke it because for 20-30 years there was a kind of 'shameful nuclear' period
- 9:37 where we said, this thing is rubbish, so we don't want it.
- 9:40 And the fact that we broke it is not reversible.
- 9:42 That is to say, once we say, once Madame von der Leyen is struck by grace
- 9:46 and we're being playful and think, 'hmm, maybe we shouldn't have.'
- 9:50 Unfortunately, it's too late.
- 9:51 And to revisit the example of the child I mentioned earlier,
- 9:54 when for 20 years you've messed up your kid's education,
- 9:57 you won't fix that in a week, and sometimes you won't even fix it in 10 years.
- 10:01 With nuclear power, it's exactly the same.
- 10:04 The system has so much inertia that once we said,
- 10:06 oh darn, we made a mistake, we shouldn't have.
- 10:08 In fact, the damage can't be undone just like that.
- 10:10 And so today, the fact, even if I personally like nuclear power a lot,
- 10:15 the fact that we are in the situation we are in,
- 10:17 can perfectly justify implementing renewables
- 10:20 because it's the only thing we're capable of building in the coming years.
- 10:23 Within the timeframe we need.
- 10:25 Exactly.
- 10:26 It's the only thing.
- 10:28 After that, the real question that arises, and that RTE raised in a very recent report,
- 10:32 is whether today we should put more emphasis
- 10:35 on accelerating electricity generation means
- 10:38 or rather more emphasis on accelerating electricity consumption,
- 10:42 what we call the electrification of uses.
- 10:44 And personally, I think we need to put a bit more emphasis
- 10:47 on the electrification of uses.
- 10:48 Okay.
- 10:49 Today.
- 10:50 And that the best service we can render to all decarbonized production methods,
- 10:53 is simply for demand to increase.
- 10:56 Okay. Of course.
- 10:58 That's a pretty clear line of reasoning.
- 11:01 You were talking about the detrimental effects that nuclear power had.
- 11:08 It's even more than that.
- 11:09 That is to say, broadly speaking, for decades,
- 11:11 moral posturing has somewhat replaced pragmatic management in these areas
- 11:17 and we've made mistakes, including in France,
- 11:19 not just in Europe, but including in France.
- 11:21 We could go back to the closure of Fessenheim,
- 11:23 to the horizons that were set like that,
- 11:26 really, in this case, without any cost, needs, or impact analysis.
- 11:31 You've been able to observe political decision-making.
- 11:35 You participated in the Grenelle de l'environnement in 2007.
- 11:38 You once advised Nicolas Hulot when he was a minister.
- 11:41 No, when he was a minister, no.
- 11:43 Before, okay.
- 11:44 And you are often consulted, I believe, by some.
- 11:50 In any case, The Shift Project has been able to make some contributions.
- 11:53 Yes, yes.
- 11:54 But you have still been able to...
- 11:55 Yes, it happens to me.
- 11:56 Okay.
- 11:57 But it's not my primary role, and I'm not particularly seeking that.
- 12:01 You're not seeking it.
- 12:02 But when you've been able to observe political decision-making,
- 12:06 what conclusions have you drawn regarding its mechanisms and its rationality?
- 12:13 Well, there's one element that seems to be pretty much shared
- 12:16 by almost all political parties in this country, and it has been for a long time.
- 12:20 I don't know what the situation is today.
- 12:21 It's that, in fact, the political world hasn't understood the importance of energy
- 12:24 in shaping the modern world.
- 12:26 That is to say, people think it's a subject that's just dealt with,
- 12:30 somewhere slotted between pensions, diplomacy, and inflation management.
- 12:38 Basically, you just have to look at today's debate.
- 12:42 It's about 25% of global oil exports
- 12:45 stopping transit through the Strait of Hormuz.
- 12:47 And what are we talking about? Price.
- 12:48 Yes, that's true.
- 12:49 But it's not a matter of price.
- 12:50 We don't care about the price.
- 12:51 It's a question of quantity.
- 12:53 If the price of gasoline at the pump goes from 1.6 to 2 euros per liter,
- 13:00 for an ordinary car in this country,
- 13:02 that represents a 25 euro increase in the monthly fuel bill.
- 13:07 There are people in this country for whom 25 euros a month makes a difference.
- 13:09 That's absolutely certain.
- 13:10 But not everyone in this country is that sensitive to 25 euros a month.
- 13:13 Let's not kid ourselves.
- 13:15 When you look at the increase in rents over the last few decades
- 13:18 or the increase in real estate prices, we're not talking about 25 euros a month.
- 13:21 And that didn't put people in the streets.
- 13:24 It doesn't put people in the streets.
- 13:26 But it does politically erode, in truth, in the long term.
- 13:29 Yes, but it doesn't lead to emotional protests
- 13:32 like the ones we're seeing now,
- 13:34 even though the sums involved are considerably larger.
- 13:38 However, the real issue with what's happening right now,
- 13:41 is to make us reflect on our dependence on imported oil
- 13:44 whose future availability will decrease anyway,
- 13:46 whether we like it or not.
- 13:47 And it might be time to address it a bit more.
- 13:49 So that's something on which politicians, overall,
- 13:52 they've all been, to be a bit harsh, completely off the mark.
- 13:55 for quite a long time.
- 13:58 So, frankly, we don't have regularly published indicators
- 14:04 that draw their attention to it.
- 14:07 L'Express, as far as I know, no more than other media,
- 14:10 doesn't regularly publish the volume of oil production in the world
- 14:13 or the TWh of electricity produced globally, etc.
- 14:17 On the other hand, inflation, GDP growth, etc.,
- 14:20 you talk about those every other day.
- 14:21 So, like everyone else, their eyes are...
- 14:27 Fixed on the indicators.
- 14:29 Fixed elsewhere and not fixed on things that would allow them
- 14:33 to understand what's happening in the physical world.
- 14:35 Right.
- 14:36 So, with energy being what governs the physical world,
- 14:39 in fact, what matters is the quantity.
- 14:41 In fact, what matters is the quantity.
- 14:43 It's not the price, it's the quantity.
- 14:44 And there's no link between the two.
- 14:45 Which is very unsettling.
- 14:46 Oh yes, that's unsettling.
- 14:47 Yes, it's very unsettling.
- 14:48 Because we tell ourselves that the scarcer things become
- 14:51 and thus the more the quantity decreases, the more their price increases.
- 14:53 Yes, except that the scarcer the quantity of energy becomes
- 14:56 the more GDP decreases.
- 14:57 Right.
- 14:58 Because if you have less energy,
- 14:59 you have fewer machines working,
- 15:00 so less production, thus less income,
- 15:01 so GDP decreases.
- 15:03 And if you have a falling GDP
- 15:05 with a decreasing quantity of available energy,
- 15:07 you don't know what the new price of energy will be.
- 15:08 It could be higher, lower.
- 15:10 And so, when you look historically
- 15:11 at the link between price and volume for oil,
- 15:13 there isn't one.
- 15:14 Right.
- 15:15 There has never been a link between price and volume for oil.
- 15:17 There's a short-term link.
- 15:18 Short-term.
- 15:19 Meaning?
- 15:20 In the short term, if you have less of it,
- 15:21 immediately, the price goes up.
- 15:22 Of course.
- 15:23 You wait one, two years, you don't know where it will be.
- 15:24 Right.
- 15:25 And we can very well have a structural oil shortage
- 15:27 with a low oil price.
- 15:29 Right.
- 15:30 That's not a problem at all.
- 15:31 It's happened before.
- 15:32 So, since the political world doesn't understand
- 15:35 the importance of energy in what governs the modern world,
- 15:37 because our eyes are fixed on conventional indicators
- 15:39 called economics,
- 15:41 in fact, globally, this topic has been gently brushed aside.
- 15:46 I'd say, the last time we did anything somewhat serious,
- 15:48 was during the oil shocks.
- 15:50 And since then, it's been gently brushed aside.
- 15:52 And so, Hollande said to himself, we need to close half the reactors.
- 15:56 As young people would say, WTF.
- 15:57 I don't see what the problem is.
- 15:58 Right.
- 16:00 Because he didn't understand.
- 16:02 He just didn't understand.
- 16:07 So, from this point of view, Bréchet is right to say
- 16:09 that we are very negligent about how...
- 16:12 I don't necessarily subscribe to all his conclusions,
- 16:14 but he is right on one point,
- 16:16 which is that we are negligent in how we consider this subject.
- 16:23 And so, since people don't see the connection
- 16:25 between having pensions and energy,
- 16:27 even though there's a huge one,
- 16:29 because if we have a lot of energy,
- 16:31 we have a lot of production,
- 16:32 thus a lot of income,
- 16:33 thus pensions.
- 16:34 Right.
- 16:35 And if we don't have a lot of energy,
- 16:36 we don't have a lot of production,
- 16:37 thus not a lot of income,
- 16:38 thus no pensions.
- 16:39 It's as simple as that.
- 16:40 So, we would be well advised to focus much more on energy,
- 16:43 whatever economic or social subject we're looking at.
- 16:46 But what you're describing,
- 16:48 is a lack of rationality, first of all.
- 16:50 It's a lack of understanding.
- 16:51 Of understanding and a sense of consequence.
- 16:54 Meaning we don't follow the thread all the way through.
- 16:57 It's a lack of understanding.
- 16:59 I, for one, fell off my own chair
- 17:02 when I understood the real role of energy in the world.
- 17:06 Yes, right.
- 17:07 And incidentally, that's what led to the book <i>Le Monde Sans Fin</i>,
- 17:11 which made a lot of people fall off their chairs too.
- 17:14 But they fell off their chairs simply
- 17:16 because once again,
- 17:17 the usual media attention fixes our gaze
- 17:20 on conventional indicators
- 17:22 which are increasingly diverging from the physical world.
- 17:24 So, it's normal for people to fall off their chairs
- 17:26 when they realize what physical reality is.
- 17:29 So, speaking of falling off one's chair
- 17:32 and a movement, let's say, of falling off chairs on a large scale,
- 17:36 compared to 15 or 10 years ago,
- 17:39 we can say that, overall,
- 17:41 public opinion is much less climate-skeptic.
- 17:44 That is to say, there is increasingly an awareness
- 17:48 that there is climate warming and that it is a major challenge.
- 17:51 Do you think we have truly grasped the extent
- 17:56 of the issue and the challenge before us?
- 18:03 Polls, in fact, on this matter,
- 18:06 often the answer is in the question.
- 18:08 I'll give you a little anecdote.
- 18:10 There's an association called Parlons Climat
- 18:13 which often conducts quite interesting studies on the subject.
- 18:16 And about a year ago, I remember,
- 18:18 they published an analysis in which they showed
- 18:20 that in a survey, the rate of climate skeptics increased
- 18:24 if you offered more climate-skeptic response options
- 18:28 in the range of answers.
- 18:30 So, put another way, if you only offer two answers,
- 18:33 climate change exists, yes, no,
- 18:35 you have 25% climate skeptics.
- 18:37 And if you offer no, there is one, but it's not due to humans.
- 18:42 No, there is no climate change.
- 18:44 No, the climate has always varied. No, etc.
- 18:46 In fact, the rate of 'no' responses increases very sharply.
- 18:49 Okay.
- 18:50 So, in fact, what exactly is a climate skeptic?
- 18:53 Difficult to define.
- 18:54 Okay.
- 18:55 When you look, in fact, at where people are truly distrustful,
- 18:59 people who are extremely distrustful of science,
- 19:02 because the same people who tell you the climate has always varied,
- 19:04 it's not us right now, can tell you
- 19:05 but I trust science.
- 19:06 So, there's no problem with that.
- 19:07 So, in fact, when you look at people who are genuinely distrustful
- 19:10 of the scientific basis, it's less than 10%.
- 19:12 Okay.
- 19:13 It's very low.
- 19:14 However, you have a good portion of people
- 19:16 who are what I call 'climate-annoyed' people.
- 19:18 That is to say, ultimately, whether there is climate change or not
- 19:23 is not the primary issue.
- 19:25 The primary issue is that they don't recognize themselves
- 19:27 in the world proposed to fight climate change.
- 19:29 Okay.
- 19:30 So, they tell themselves, 'the electric car, I won't have access to it'
- 19:34 because it's economically out of my reach.'
- 19:36 'The hipsters annoy me.'
- 19:38 'I want to grill meat on my barbecue on the weekend.'
- 19:41 Basically, it's a bit like throwing the baby out with the bathwater.
- 19:44 That is to say, it's like drowning your dog.
- 19:47 By saying it has rabies.
- 19:49 Exactly.
- 19:50 It's because, in fact, the rejection is directed at those who propose solutions.
- 19:54 Okay.
- 19:55 And not on the human diagnosis.
- 19:57 Or on the solution itself.
- 19:58 So basically, they are annoyed either by the recommendations
- 20:04 and by the messengers.
- 20:06 Or by those who propose the solutions.
- 20:08 That's what irritates them.
- 20:09 And at that point, they throw the baby out with the bathwater and say
- 20:12 there is no climate change.
- 20:13 But in fact, the people who are fundamentally, intimately convinced
- 20:17 that science is talking nonsense, it's 10%.
- 20:19 Okay.
- 20:20 Or less than 10%.
- 20:21 It's low.
- 20:22 Okay.
- 20:23 In France or is it Western?
- 20:24 In France.
- 20:25 But even in the United States, you have a majority of Americans
- 20:27 who are convinced that there are climatic disruptions
- 20:29 that are intensifying, etc.
- 20:30 And besides, you just have to look at what's happening in this country.
- 20:32 You have more and more droughts.
- 20:35 You have groundwater levels dropping.
- 20:37 You know, the depth you have to drill to get water from a well,
- 20:40 that's constantly decreasing in the United States.
- 20:43 You have a number of homes becoming uninsurable, etc.
- 20:46 So in fact, there are things they see, they experience in their daily lives.
- 20:50 And from that point of view, people aren't completely stupid.
- 20:53 So at some point, if you ask them if they deny their daily reality,
- 20:56 they'll tell you no.
- 20:57 Yes.
- 20:58 Of course.
- 20:59 But do they realize?
- 21:00 I had read, I think it was in an interview with you,
- 21:03 you said that the world had warmed by 4 degrees in 10,000 years
- 21:09 and that we had seen the incredible consequences that had on life,
- 21:16 simply put, on Earth.
- 21:18 And you say a climate change, even a warming of 1.5 degrees in a century,
- 21:24 do we realize what that can lead to?
- 21:27 We don't realize.
- 21:28 And we don't realize for two reasons.
- 21:30 Well, we've almost reached the 1.5 degrees.
- 21:32 And you'll tell me, so what?
- 21:35 We're alive and well.
- 21:38 My salary still arrives in my bank account at the end of the month.
- 21:41 There's still food at the supermarket.
- 21:43 I don't see what the problem is.
- 21:44 Well, the problem is that some of the consequences of what we've done
- 21:47 will unfold over time.
- 21:49 For example, Greenland has started melting now,
- 21:53 and that will continue for centuries or millennia to come,
- 21:56 no matter what we do now.
- 21:58 So, it's a done deal.
- 22:00 And so, eventually, I mean eventually,
- 22:03 we are certain to have several meters of sea level rise.
- 22:06 Now, several meters of sea level rise,
- 22:10 that will be enough to render many port infrastructures inoperable.
- 22:15 That will be enough to push inland
- 22:21 salty groundwater.
- 22:23 You have salinization of aquifers with the rise of the...
- 22:27 And particularly in low-lying coastal areas
- 22:29 which are often cultivated coastal plains,
- 22:31 that will cause problems.
- 22:32 And that won't happen overnight either.
- 22:34 That will take decades, centuries, etc.
- 22:36 Regarding forests,
- 22:38 you can also have decades pass
- 22:41 between the new climate and the moment forests stabilize
- 22:45 in relation to the new climate,
- 22:46 with many trees dying in the interim.
- 22:51 The Alpine glaciers, for example, at 2 degrees,
- 22:54 90% of the Alpine glaciers will disappear.
- 22:56 Right.
- 22:57 And all of that consists of very long-term consequences
- 22:59 that we don't necessarily immediately...
- 23:01 Half of the Caribbean corals are already dead,
- 23:03 at 1.5 degrees.
- 23:04 Now you'll tell me we don't care
- 23:06 because for now, it doesn't stop us from having chicken.
- 23:08 Yes, okay, perfect.
- 23:09 But it is still a real consequence.
- 23:11 So you already have a number of things that can be observed.
- 23:14 And it's important to note that, furthermore, today,
- 23:16 we have a painkiller when it comes to the consequences,
- 23:19 which is called abundant energy.
- 23:21 Because when you have abundant energy,
- 23:23 you rebuild quickly after a problem,
- 23:26 you air-condition in case of a heatwave,
- 23:28 you have pumps that evacuate water in case of a flood,
- 23:31 you are rehoused in case of a flood
- 23:33 because with abundant energy, you build easily
- 23:35 and therefore you have excess premises that allow you to rehouse people.
- 23:38 You can move harvests,
- 23:40 in short, you can feed yourselves from what has grown far away
- 23:43 because you have trucks,
- 23:45 if nothing grows nearby anymore.
- 23:47 So, in fact, abundant energy is the antidote,
- 23:50 it's the magic wand that allows us to respond to everything.
- 23:53 Yes, at least to make these changes
- 23:56 almost painless.
- 23:58 However, looking at the horizon of significant consequences of climate change,
- 24:02 50 to 100 years from now,
- 24:04 this energy abundance will partly be behind us.
- 24:06 Yes, we'll come back to that.
- 24:07 So that means we're going to have to manage a situation
- 24:09 in which, forgive my vulgarity,
- 24:11 but we'll have to deal with more problems with fewer resources.
- 24:13 Everyone knows that's not a very pleasant situation.
- 24:16 So there will be a scissor effect
- 24:18 and I don't know how quickly it will arrive.
- 24:20 Right.
- 24:21 Because we could very well have at the same time
- 24:23 the closure of the Strait of Hormuz
- 24:26 and many climate catastrophes.
- 24:28 That poses no problem.
- 24:29 Absolutely.
- 24:30 There's no reason why they shouldn't happen simultaneously.
- 24:35 This year saw a rather interesting emissions curve phenomenon.
- 24:40 China, China's CO2 emissions curve
- 24:44 even decelerated a bit.
- 24:47 And that of the United States started to rise again.
- 24:50 That's not necessarily something on which
- 24:52 specialists would have bet a few years ago.
- 24:55 Did that surprise you?
- 24:57 And how do you explain that in terms of political mindset?
- 25:01 I explain absolutely nothing on an annual scale
- 25:03 regarding CO2 emissions.
- 25:05 Because CO2 emissions come from infrastructures
- 25:08 whose characteristic timescale is long.
- 25:10 Emissions come from the electricity grid,
- 25:12 the characteristic timescale is long.
- 25:14 They come from the fleet of cars and trucks,
- 25:16 the characteristic timescale is long.
- 25:18 They come from the building stock,
- 25:20 the characteristic timescale is long.
- 25:22 They come from industrial boilers
- 25:24 and the characteristic timescales are long.
- 25:26 What happens in a given year,
- 25:28 I don't draw any conclusions from it.
- 25:30 You have to start looking over 5-10 years
- 25:33 to start being able to say something.
- 25:37 To be able to say that something is happening.
- 25:39 What I can say is that CO2 emissions
- 25:41 in the United States have been on a downward trend since 2007.
- 25:46 In China, they have been on an upward trend
- 25:49 since China experienced its industrial boom.
- 25:53 So maybe one year, it will decrease.
- 25:56 Let's hope it decreases.
- 25:58 I'm not here to say I hope it goes up.
- 26:00 For now, I'm not drawing any conclusions.
- 26:03 Over the last 10 years, China has developed its coal
- 26:06 at the same time as it developed its wind, solar,
- 26:09 nuclear, and hydroelectric power.
- 26:12 So you don't buy the narrative that China is done.
- 26:17 No, I don't buy the narrative that it's done, it's over.
- 26:19 I buy the narrative that
- 26:21 China today is moving very fast
- 26:24 on technologies that will one day allow for decarbonization.
- 26:28 So electric cars, wind, solar, nuclear.
- 26:31 And why has it gained this awareness?
- 26:33 Why is it not just making demands?
- 26:36 You study these things.
- 26:38 I can formulate a hypothesis.
- 26:40 But I can only formulate a hypothesis.
- 26:42 My hypothesis is that the Chinese,
- 26:45 they have one ambition: to become the world's leading power again.
- 26:48 What they were for 2000 years,
- 26:50 for them, an unfortunate interlude,
- 26:52 a blink of an eye, meaning a century.
- 26:55 And since it was complicated for them
- 26:58 to take the lead on technologies
- 27:00 on which we were already very advanced,
- 27:02 they said to themselves, we'll position ourselves for the next wave.
- 27:06 It's a hypothesis.
- 27:09 Is there also a question of perceiving limits?
- 27:14 Among the Chinese?
- 27:16 Yes, among the Chinese.
- 27:17 Because for example, we sense in Donald Trump
- 27:19 in this desire to no longer submit to the Paris Agreement,
- 27:23 this idea that he does not accept
- 27:27 the idea that the world has limits,
- 27:29 that the amount of energy has limits.
- 27:32 Are cultures equal in facing this perception?
- 27:37 My feeling is no.
- 27:38 And it's that the Chinese are an ancient civilization.
- 27:42 It's a civilization where engineers have always traditionally had
- 27:46 a very important place,
- 27:48 which is also the case in Europe.
- 27:51 It's a bit less true among the English,
- 27:54 but overall, engineers still have
- 27:56 an important place in European systems.
- 28:00 It's very strong in Scandinavia,
- 28:02 it's quite strong in Germany, it's quite strong in France,
- 28:05 it's quite strong in Italy as well.
- 28:07 Anyway, it's still...
- 28:08 Spain, I know less, but...
- 28:10 So it's...
- 28:11 People who master technical systems
- 28:14 have always had a very important place in Europe
- 28:16 and in China as well.
- 28:17 Okay.
- 28:21 When you are in charge of technical systems
- 28:24 and you are grounded in the physical world,
- 28:25 in fact, you immediately understand the limit.
- 28:27 Because physical systems are only optimization systems,
- 28:30 of constrained resources, etc.
- 28:32 Immediately.
- 28:34 For example, the hydraulic engineers of rice paddies in China,
- 28:37 they were responsible for managing a constrained resource
- 28:39 which was the available water.
- 28:41 And so, you immediately become aware of the limit
- 28:43 when you do these kinds of things.
- 28:45 The United States is a country that was built through violence
- 28:50 on a land that was immense and immensely endowed with everything.
- 28:55 The United States was the world's leading oil producer
- 28:58 for a century.
- 28:59 That is, between the beginning of the industrial oil era
- 29:01 and 1970, it was the world's leading oil producer.
- 29:05 Which they have become again in recent years.
- 29:08 Together with Canada.
- 29:10 At the time of the Second World War, it was also,
- 29:12 and by far, the world's leading producer of coal and steel.
- 29:15 So, in fact, they could only win the war,
- 29:17 it was just a matter of time.
- 29:20 For a long time, it was the world's leading producer
- 29:23 of a number of minerals, of wood.
- 29:27 So, they were built through violence in a place
- 29:29 where there was an abundance of everything.
- 29:33 So, culturally, there is no sense of limits.
- 29:36 And you can see that clearly today.
- 29:38 If there isn't any here, there's still some.
- 29:40 And if there's none left here, there's some with others.
- 29:42 If there's none left with others, there's some on Mars.
- 29:44 And if it belongs to no one, it belongs to me.
- 29:47 I mean, that's the pioneer culture.
- 29:49 It belongs to no one, so it belongs to me.
- 29:51 I decide, and that's it.
- 29:52 Look at Elon Musk with his satellite constellations.
- 29:54 Space belongs to no one, but it belongs to me.
- 29:56 I'll take charge.
- 29:59 The United States will be the last country in the world to seriously address things
- 30:02 regarding planetary limits.
- 30:05 Now, what they have seriously done for a long time
- 30:07 is local management.
- 30:09 So, they had one of the first national parks in the world,
- 30:12 in Yellowstone, etc.
- 30:14 But that's local.
- 30:16 But the global limit is something with which
- 30:19 they don't culturally align at all.
- 30:21 Whereas Europe, which has experienced famine, disease,
- 30:24 the shortage of this, the shortage of that,
- 30:27 exactly like Japan, exactly like China,
- 30:30 are countries that are much more aware of limits.
- 30:32 Okay.
- 30:33 So, another question, somewhat cultural or philosophical,
- 30:36 or rather, even more philosophical
- 30:38 and political, that arises, is the recurring debate
- 30:41 as to whether liberal democracies,
- 30:44 whether philosophical, political liberalism,
- 30:48 which nevertheless forms the foundation of our Western societies,
- 30:51 is equipped to face a number of challenges,
- 30:55 especially the climate challenge.
- 30:57 That is, I sometimes hear people say,
- 31:01 shouldn't we have more centralized,
- 31:05 more authoritarian systems?
- 31:08 It would be a bit too much to say it like that.
- 31:10 But here's how this question arises:
- 31:14 an immense challenge with the need
- 31:17 for a significant political response
- 31:19 and liberal democracy?
- 31:21 Managing a constrained resource
- 31:23 usually involves planning
- 31:25 because it means you organize it
- 31:27 in the way that seems most efficient
- 31:29 and most equitable possible
- 31:31 the management of a contingent resource.
- 31:35 Planning is easier
- 31:37 when you have a strong state.
- 31:39 We can see this, by the way,
- 31:41 China progresses with five-year plans
- 31:43 with a very strong state.
- 31:45 Now, I'm not saying I'm eager
- 31:46 to have a Chinese-style regime here tomorrow morning.
- 31:48 We agree.
- 31:49 Yes, but every medal has its reverse.
- 31:54 The Chinese advance very quickly
- 31:56 because there are a number of issues
- 31:58 on which they don't ask the population for their opinion,
- 32:00 that people have 15 days of vacation
- 32:01 and they work all the time.
- 32:02 We, on the other hand, are asked for our opinion
- 32:04 and we have 6 weeks of paid leave
- 32:05 or 5 weeks of paid leave and 35 hours.
- 32:07 And so, we advance less quickly.
- 32:11 And then, with the system of political alternations,
- 32:15 when there are long-term plans to be made,
- 32:17 there's a risk that what one has woven
- 32:20 will be unraveled by the next.
- 32:22 And at that point, there's a real risk
- 32:24 that things will happen at our expense.
- 32:26 Because when you have a constraint
- 32:27 and you are not able to organize yourself
- 32:28 in the face of that constraint,
- 32:29 the constraint wins.
- 32:31 And at that point, the adjustment happens painfully.
- 32:34 And that's what's already happening
- 32:36 in part in Europe.
- 32:38 But isn't it precisely
- 32:39 the virtue of democracy
- 32:40 to somehow self-regulate?
- 32:44 Yes, except it's a slow system.
- 32:46 Democracy, Tocqueville said, is a slow system.
- 32:49 And the slow system adapted very well
- 32:51 to the period of prosperity
- 32:52 because in times of prosperity,
- 32:53 you have time for trial and error.
- 32:56 There's no penalty for trial and error
- 32:59 when you are in a favorable environment.
- 33:03 I'll give an example.
- 33:04 You're on a sailboat.
- 33:05 You have a very light breeze
- 33:07 and you are far from the reefs.
- 33:08 If you make a wrong maneuver
- 33:10 and you don't go in the right direction,
- 33:11 you have plenty of time to correct your course.
- 33:13 That poses absolutely no problem.
- 33:15 When you are at force 7 windward of the reefs,
- 33:18 you'd better not mess up
- 33:20 because if you do,
- 33:21 it ends very badly.
- 33:23 It's exactly the same when it comes to democracy.
- 33:25 It's a fair-weather political system.
- 33:27 It works well.
- 33:30 There are still a few exceptions.
- 33:31 Great Britain remained a democracy
- 33:33 during the last war.
- 33:35 That requires very strong consensus
- 33:37 within the population.
- 33:39 I noticed that democracy appeared
- 33:41 at the time of the Industrial Revolution.
- 33:44 Before, there were democracies
- 33:45 Athens, Rome, etc.
- 33:46 But when you look closely,
- 33:47 it was a handful of free citizens
- 33:49 sitting on an army of slaves.
- 33:50 A bit.
- 33:51 There were still some good things.
- 33:53 But it's true that...
- 33:54 Overall.
- 33:55 It wasn't democracy as we know it.
- 33:57 It wasn't mass democracy.
- 33:58 Not at all.
- 33:59 No.
- 34:00 There were slaves everywhere.
- 34:01 Today, our slaves are machines.
- 34:03 Energy slaves.
- 34:05 They are much more numerous
- 34:07 in terms of individual equivalents than we are.
- 34:10 Democracy was born in abundance.
- 34:14 Because it's very easy to get elected
- 34:16 by promising easy handouts and delivering them
- 34:18 when you are in a period of growth.
- 34:19 Very easy.
- 34:20 When you are not in a period of growth,
- 34:22 promising to get elected
- 34:23 by distributing easy handouts doesn't work.
- 34:25 Because when you are not in a period of growth,
- 34:27 you can only rob Peter
- 34:28 to pay Paul.
- 34:29 You can't do anything else.
- 34:31 We can clearly see that since Europe
- 34:33 stopped real growth,
- 34:35 that is, in 2007,
- 34:36 we can clearly see cracks
- 34:38 appearing in the political world
- 34:40 that are getting stronger and stronger.
- 34:42 And unfortunately, following this trend,
- 34:44 I think they will increase.
- 34:45 If we don't become aware of the situation
- 34:49 and if we don't organize ourselves differently,
- 34:51 I think they will only increase.
- 34:53 Simply because we have entered
- 34:55 a situation of real economic decline.
- 34:58 And for that, I have two indicators
- 35:01 that I like to look at,
- 35:02 which tell me that.
- 35:04 The first is the total quantity of goods
- 35:06 that we load onto trucks in a given year.
- 35:09 That indicator has been declining in Europe since 2007.
- 35:12 Why is this an indicator
- 35:14 that seems interesting to me?
- 35:15 Because all the objects
- 35:16 you have in this room
- 35:17 have passed through the back of a truck.
- 35:18 All the objects you have at home
- 35:20 have passed through the back of a truck.
- 35:22 And almost everything that comes out of French factories
- 35:25 has passed through the back of a truck,
- 35:26 or European factories
- 35:27 has passed through the back of a truck.
- 35:28 There are a few rare exceptions
- 35:29 of things that go by train then by boat.
- 35:31 Globally, there will be a truck segment
- 35:33 at one point or another.
- 35:34 Even container ships,
- 35:35 container ships are loaded onto trucks.
- 35:37 Except for a few barges.
- 35:41 The quantity, the tonnage of goods
- 35:43 that pass through the backs of trucks
- 35:44 in a given year,
- 35:45 that gives you the total volume of stuff and things
- 35:48 produced and/or consumed by the economy.
- 35:51 If this total tonnage decreases,
- 35:54 it means the physical economy is contracting.
- 35:56 A second indicator that has been contracting since 2007,
- 35:58 is the square meters built in the year,
- 36:00 in Europe, not in France.
- 36:01 It's the same, it's been decreasing since 2007.
- 36:04 Another indicator is industrial production
- 36:06 in volume.
- 36:07 It's been declining since 2007.
- 36:08 If you look at automobile production, for example,
- 36:10 it reached a maximum in 2008.
- 36:12 In Europe, the number of automobiles produced in a year,
- 36:14 the maximum was 2008.
- 36:15 In fact, since 2007,
- 36:17 Europe has been gently contracting
- 36:19 on a physical level.
- 36:21 The artifacts in GDP calculation
- 36:23 mean we tell ourselves stories
- 36:24 by saying that GDP continues to increase.
- 36:26 But in reality, true GDP has started to decline.
- 36:29 It's also since that time, incidentally,
- 36:30 that you see more and more people
- 36:32 who struggle to make ends meet,
- 36:34 who struggle to access food.
- 36:36 So for you, we have already entered
- 36:37 a period of degrowth.
- 36:38 Yes, we are already there.
- 36:39 So the philosophical debate on degrowth,
- 36:41 it is behind us.
- 36:43 Now, the real question,
- 36:44 is how we organize ourselves in this world.
- 36:46 So, I have a question for you about that.
- 36:48 Because it's the central scenario of your speech.
- 36:51 It's this peak oil scenario
- 36:53 that is coming our way
- 36:55 and that will create...
- 36:57 Because right now, you are describing to us
- 36:59 something rather non-violent.
- 37:03 But you say we are heading towards degrowth
- 37:05 if we don't manage to change.
- 37:07 I would say, we are already there.
- 37:08 But it can accelerate and become violent.
- 37:10 There's a part of the population that escapes it.
- 37:12 It's the French population
- 37:14 that is still grafted
- 37:17 onto the winners of globalization.
- 37:19 The service-sector metropolises.
- 37:20 So, that is, the employees
- 37:22 of large multinationals,
- 37:24 the financial sector,
- 37:26 not banking,
- 37:28 bank branch employees,
- 37:29 some of them are getting fired,
- 37:30 the financial sector.
- 37:32 A part of the legal sector,
- 37:34 so not the lawyers who handle divorces,
- 37:35 but business lawyers, etc.
- 37:38 A part of the consulting world,
- 37:40 the consultants who sell, etc.
- 37:42 So, that world,
- 37:44 a part of the traders...
- 37:46 They escape it, and the others are already in degrowth.
- 37:48 This world, which is grafted onto the global economy
- 37:50 which is still experiencing real growth,
- 37:52 since the global energy supply,
- 37:54 is still experiencing real growth,
- 37:55 they escape it
- 37:57 and it constitutes a kind of privileged caste
- 37:59 of which I am a part.
- 38:01 Who somewhat monopolizes public conversation
- 38:03 and public diagnosis.
- 38:05 Absolutely.
- 38:07 Who, moreover, very strongly influences decision-making
- 38:09 because their primary concern,
- 38:11 overall,
- 38:13 is not so much to care about the people
- 38:15 who come to clean here at 7 AM,
- 38:17 but to preserve their own status.
- 38:19 The world as it benefits them.
- 38:21 Exactly.
- 38:23 And what is becoming increasingly unbearable,
- 38:25 of course,
- 38:27 for the people who come to clean here at 7 AM
- 38:29 and, generally speaking, for all the people
- 38:31 who are on the side of those who have
- 38:33 increasing difficulty accessing
- 38:35 things that are, once again, physical.
- 38:37 Housing, food,
- 38:39 consumption.
- 38:41 Distributors will tell you.
- 38:43 People have been de-consuming for
- 38:45 a few years now, etc.
- 38:47 And that's a direct reflection of what I'm telling you
- 38:49 about the fact that Europe is, in fact,
- 38:51 today in real economic contraction.
- 38:53 Not fast, gentle,
- 38:55 but still.
- 38:57 That's still what's happening.
- 38:59 Peak oil, since you asked me the question,
- 39:01 we're there and not there.
- 39:05 I'm sorry, I'm going to be a bit technical.
- 39:07 What we call oil today,
- 39:09 depends on who's talking.
- 39:13 Oil, normally,
- 39:15 is a liquid at ordinary temperature
- 39:17 and pressure
- 39:19 composed of carbon chains with more than 8 carbon
- 39:21 atoms.
- 39:23 But there are people,
- 39:25 when they count oil, they include
- 39:27 products that are gaseous at ordinary temperature
- 39:29 and pressure and contain
- 39:31 2 to 4 carbon atoms,
- 39:33 namely ethane, propane, and butane,
- 39:35 which you might know because they're used as gas
- 39:37 in stoves.
- 39:41 The difference between the two is not insignificant,
- 39:43 because oil stricto sensu,
- 39:45 is a little over 80 million barrels per day,
- 39:47 85.
- 39:49 And ethane, propane, and butane,
- 39:51 is 15 million barrels per day.
- 39:53 Now, these come out with gas,
- 39:55 ethane, propane, and butane, they come from gas fields.
- 39:57 Which, for their part, have not at all
- 39:59 passed their peak globally,
- 40:01 production continues to increase.
- 40:03 What's happening is that so-called
- 40:05 conventional oil, everything that isn't
- 40:07 Canadian oil sands and American shale oil,
- 40:09 passed its peak in 2008.
- 40:11 The International Energy Agency
- 40:13 stated this in a 2018 report,
- 40:15 they recently reiterated in another report
- 40:17 that this is what happened, etc.
- 40:19 Shale oil, which is already a lighter oil
- 40:21 than historical oil,
- 40:23 has not passed its peak at all,
- 40:25 so if you add shale oil plus oil sands
- 40:27 plus conventional oil,
- 40:29 there was a peak in 2018, it went down,
- 40:31 now we've risen slightly above the 2018 peak,
- 40:33 and the forecast we made at The Shift Project
- 40:35 is that it will continue to fluctuate like this
- 40:37 until 2030.
- 40:39 But from 2030 onwards, all of this
- 40:41 should start to decline quite rapidly
- 40:43 because conventional fields are depleting.
- 40:45 and that shale oil will not increase very quickly
- 40:47 because the dynamics
- 40:49 of that oil mean that if you want to
- 40:51 increase production quickly, you'll lose your shirt
- 40:53 because it requires investments
- 40:55 that are far too significant.
- 40:57 So that's what happened
- 40:59 in the early years of shale oil,
- 41:01 even at $140 a barrel, producers
- 41:03 were losing money because they were in a phase
- 41:05 of increasing production, and in terms of cash flow,
- 41:07 they were losing money because they were investing so much
- 41:09 in new wells to increase production
- 41:11 that since they stopped rapidly increasing production,
- 41:13 they've been losing money. In the United States, since making money
- 41:15 is the most important thing, they won't rapidly increase
- 41:17 production again.
- 41:19 And so there will be
- 41:21 an issue of global oil supply contraction,
- 41:23 but for
- 41:25 Europe, it already started in 2008.
- 41:27 At the time when
- 41:29 the world passed
- 41:31 its conventional production peak,
- 41:33 European supply reversed.
- 41:35 It was rising, then it started to fall.
- 41:37 And the countries of Southern Europe, Spain,
- 41:39 Portugal, Italy, which were the most dependent
- 41:41 on oil in their energy mix, are the ones
- 41:43 that suffered the most brutally.
- 41:45 Italian GDP, Greek GDP.
- 41:47 Greece had 60% oil in its energy mix.
- 41:49 The Greek debt problem,
- 41:51 the Greek financial problem,
- 41:53 it wasn't about laziness,
- 41:55 it was oil.
- 41:57 The drop in GDP in Greece wasn't because
- 41:59 people weren't paying their taxes.
- 42:01 It's just that the allocation of income
- 42:03 stays in your pockets instead of going into the state's pockets.
- 42:05 That doesn't change GDP.
- 42:07 What changes GDP is that production decreases
- 42:09 because oil wasn't available.
- 42:11 That's what happened in Spain, that's what happened in Italy,
- 42:13 that's what happened in Portugal.
- 42:15 Many of these countries still haven't returned to the GDP level
- 42:17 they had in 2007.
- 42:19 Even with the artifacts in GDP accounting
- 42:21 which tends to inflate it a bit.
- 42:23 This oil story,
- 42:25 it's not an abstract idea, it's already a reality
- 42:27 at work in Europe.
- 42:29 It was the same in Japan.
- 42:31 A country that imports
- 42:33 all of its oil.
- 42:35 Even in the United States, that was the case.
- 42:37 In fact, 2008 was a turning point
- 42:39 in the world
- 42:41 regarding oil.
- 42:43 Remember, in 2008, the barrel was at $140.
- 42:45 That's what triggered
- 42:47 the financial crisis.
- 42:49 It was the energy slowdown that triggered the financial crisis.
- 42:51 It wasn't real estate speculation.
- 42:53 The two collided.
- 42:55 But without the energy slowdown...
- 42:57 That was the spark
- 42:59 that led to,
- 43:01 subprime mortgages, etc.
- 43:03 Anyway, the mountain of debt we have today
- 43:05 is a powder keg.
- 43:07 After that, the spark can come from anywhere.
- 43:09 But in this case, the spark came from energy.
- 43:11 At that time.
- 43:13 Just, when you create scenarios
- 43:15 like that with the chip project,
- 43:17 you do it somewhat all else being equal.
- 43:19 When we see how much the world
- 43:21 has become unpredictable,
- 43:23 are there other scenarios sometimes
- 43:25 that you consider?
- 43:27 Outbreaks of war over energy issues,
- 43:29 I don't know,
- 43:31 epidemics,
- 43:33 the hyper-optimistic scenarios,
- 43:35 of techno-optimists.
- 43:37 How do you create a main scenario?
- 43:39 A scenario is a sandbox.
- 43:41 It's not a prediction.
- 43:43 A scenario,
- 43:45 is a story that is as plausible
- 43:47 as the assumptions you input
- 43:49 and the laws of evolution you put into your scenario.
- 43:51 Okay.
- 43:53 Ideally, the assumptions should still be plausible
- 43:55 and that the laws of evolution
- 43:57 are verified.
- 43:59 Because otherwise, your sandbox isn't very useful.
- 44:01 You've made a science fiction film,
- 44:03 so it's a sandbox like any other,
- 44:05 a science fiction film can make you think,
- 44:07 but it's far from reality and therefore makes you think less
- 44:09 than if it's close to reality.
- 44:11 There's a part of what's happening right now
- 44:13 in the world, I'd say,
- 44:15 is that everything is unfolding as planned.
- 44:17 That is, in 2011, I wrote in Les Echos
- 44:19 an article titled Marine Le Pen,
- 44:21 Child of Carbon.
- 44:23 And I had explained that not dealing with
- 44:25 the decline in fossil energy, which had begun,
- 44:27 was feeding
- 44:29 the feeling of abandonment
- 44:31 among a part of the population
- 44:33 and therefore was boosting the people
- 44:35 who thrive on this feeling of abandonment.
- 44:37 I have nothing for or against
- 44:39 Marine Le Pen, whom I've never met,
- 44:41 but it was just
- 44:43 a sociological analysis
- 44:45 based on the fact that energy
- 44:47 is at the root of what makes the modern world.
- 44:49 So I'd like to say, unfortunately,
- 44:51 part of what's happening right now,
- 44:53 is that everything is unfolding as planned.
- 44:55 However, there is one area
- 44:57 in which I won't tell you
- 44:59 if I had predicted it, and that's when
- 45:01 wars break out here and there,
- 45:03 because that's in the realm of plate tectonics.
- 45:05 Plate tectonics is about plates building up tension
- 45:07 and then from time to time you have an earthquake
- 45:09 but no one can tell you where, when, how
- 45:11 and with what intensity. However, you know that at some point
- 45:13 it will happen and at some point you will have a disruption.
- 45:15 So there, when you put
- 45:17 energy under tension,
- 45:19 you know that at some point you will have a disruption
- 45:21 but you don't know
- 45:23 exactly when, how,
- 45:25 when it will happen.
- 45:27 Regarding the Middle East, the plate
- 45:29 tectonics is that you had
- 45:31 four and a half Bedouins wandering in the desert
- 45:33 and then oil arrived
- 45:35 which allowed the creation
- 45:37 within communities that didn't necessarily get along
- 45:39 with each other, the Shiites, the Sunnis,
- 45:41 the Maronites, the Christians, etc.
- 45:43 You start to have oil
- 45:45 which allows each of these communities
- 45:47 to grow in number in an absolutely
- 45:49 considerable way because thanks to the money
- 45:51 they can, in places where nothing grows,
- 45:53 start to feed a lot of people
- 45:55 they all import their food there
- 45:59 start to build many cities, etc.
- 46:01 and have a population that increases enormously.
- 46:03 So you have a population
- 46:05 that increases enormously with the cultural differences
- 46:07 that have remained, the religious antagonisms
- 46:09 that have remained, and all of this
- 46:11 has been fueled by the oil boom
- 46:13 and then from time to time it breaks.
- 46:17 Unfortunately, I'm not saying I wish for it,
- 46:19 but from time to time it
- 46:21 it cracks.
- 46:23 A quick penultimate question
- 46:25 before my last question
- 46:27 because I've watched many of your talks
- 46:29 and unlike some prophets
- 46:31 unlike Jeremiah in particular
- 46:33 in the Bible, you don't seem affected
- 46:35 by your prophecies, which are nevertheless
- 46:37 quite dark.
- 46:39 Is it a matter of nature, is it a question
- 46:41 you're hardened? I'm not depressed.
- 46:43 No, you're not depressed. So there are two explanations
- 46:45 for that. I see myself
- 46:47 from an outside perspective.
- 46:49 I can't...
- 46:51 Yes, indeed, I do
- 46:53 a kind of analysis as if it weren't the world
- 46:55 I live in.
- 46:57 A detached perspective.
- 46:59 Maybe I'm having a bit of a split personality, I don't know.
- 47:01 And then
- 47:03 the second reason is that
- 47:05 I am lucky enough to be in
- 47:07 a professional environment
- 47:09 that is both
- 47:11 action-oriented and young.
- 47:13 So the structures I work in,
- 47:15 both The Shift Project and Carbon4,
- 47:17 are structures where the average age
- 47:19 is between 30 and 35, where people
- 47:21 are energetic, because when you're
- 47:23 young, your hormones make you energetic.
- 47:25 And where people
- 47:27 seek to find solutions to
- 47:29 problems. And that allows for a drive.
- 47:31 Exactly. So I am, I'd
- 47:33 like to say, in a
- 47:35 particularly protected environment
- 47:37 as far as
- 47:39 the problem I'm talking about is concerned. Okay.
- 47:41 So my last question concerns
- 47:43 euro banknotes.
- 47:45 You've seen them before, I imagine.
- 47:47 They depict arches
- 47:49 that don't exist, bridges that don't exist.
- 47:51 And that doesn't really
- 47:53 do justice
- 47:55 to European civilization
- 47:57 that these euro banknotes
- 47:59 are disembodied, etc. So,
- 48:01 it seems that's going to change soon. And our
- 48:03 contribution at L'Express is to ask
- 48:05 in this podcast, this last
- 48:07 question to all our guests. If you,
- 48:09 Jean-Marc Jancovici, had a
- 48:11 historical personality or figure to propose
- 48:13 to put on the 20 euro banknotes,
- 48:15 who would it be?
- 48:17 I don't know. One of my children?
- 48:19 That's not allowed.
- 48:21 You're not allowed your children.
- 48:25 The idea, this glorification
- 48:27 of figures, actually, it doesn't bother me
- 48:29 with others. But with you, it's a problem.
- 48:31 With me, it's a problem. And so, when I'm asked
- 48:33 the question of who you want to particularly glorify,
- 48:35 etc.
- 48:37 I'm always a bit uncomfortable answering.
- 48:39 And then, there's another reason why I'm uncomfortable
- 48:41 answering, which is that individual adventures
- 48:43 don't exist.
- 48:45 Indeed, there are always people behind you.
- 48:47 People who succeed, who make it all
- 48:49 on their own, who go naked on an island, don't exist.
- 48:51 deserted, it doesn't exist.
- 48:53 So, whether we choose
- 48:55 to only retain the tip of the iceberg,
- 48:57 that is, the person who is visible.
- 48:59 In my journey, there are many people without whom
- 49:01 I wouldn't be standing before you.
- 49:05 So, we'll stick with
- 49:07 our non-existent bridges and our
- 49:09 non-existent good spirits.
- 49:11 Perhaps we should accept
- 49:13 the idea that we don't put
- 49:15 anyone forward
- 49:17 and instead put something else that makes
- 49:19 people want to feel good, I don't know,
- 49:21 a sun, I have no idea.
- 49:23 That's a good answer too. Thank you very much,
- 49:25 Jean-Marc Jancovici.
- 49:27 If you enjoyed this interview, feel free to follow us
- 49:29 and leave us comments
- 49:31 on all your usual podcast
- 49:33 and video platforms.
- 49:35 I'll see you in two weeks
- 49:37 for a new major interview.
L'entretien avec Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, aborde des sujets cruciaux liés à l'énergie, au climat et à l'économie. L'interview débute par une analyse du revirement de l'opinion européenne en faveur du nucléaire, un phénomène pan-européen accéléré par la guerre en Ukraine, comme en témoigne la déclaration d'Ursula von der Leyen. Jancovici souligne le décalage entre les politiques et l'opinion publique, les élus étant souvent en retard sur les évolutions sociétales. Il critique ensuite la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) française, jugeant qu'un horizon de dix ans est insuffisant pour planifier un système électrique, qui nécessite une vision sur 50 à 100 ans. Il compare les avantages et inconvénients du nucléaire et des énergies renouvelables non pilotables (solaire, éolien). Le nucléaire, bien que long et coûteux à construire, simplifie la gestion du système électrique en fournissant une production constante. À l'inverse, les renouvelables sont rapides à installer mais posent des défis majeurs en termes de pilotabilité, de stockage (notamment intersaisonnier) et de complexité systémique, comme l'illustre l'expérience allemande. Jancovici explique que la "honte du nucléaire" des dernières décennies a rendu irréversible la dégradation du parc existant, forçant aujourd'hui le recours aux renouvelables pour décarboner rapidement, malgré leurs contraintes. Il suggère que la meilleure stratégie est d'augmenter l'électrification des usages pour soutenir la demande en électricité décarbonée. Une partie significative de l'entretien est consacrée à la "décroissance". Jancovici affirme que l'Europe est déjà entrée dans une phase de contraction économique réelle depuis 2007-2008, masquée par des artefacts de calcul du PIB. Il attribue cette décroissance au pic de production du pétrole conventionnel mondial en 2008, qui a entraîné une baisse de l'approvisionnement pétrolier en Europe. Il distingue le pétrole stricto sensu des autres hydrocarbures liquides et prédit une contraction rapide de l'offre mondiale de pétrole après 2030. Cette raréfaction énergétique a déjà eu des conséquences économiques majeures dans des pays comme la Grèce, l'Espagne, l'Italie et le Japon, et a été le déclencheur de la crise financière de 2008. Jancovici met en lumière l'incompréhension du monde politique face à l'importance fondamentale de l'énergie dans la structuration des sociétés modernes. Il observe que la décroissance énergétique alimente un sentiment d'abandon au sein d'une partie de la population, favorisant la montée des populismes. Il utilise l'analogie de la tectonique des plaques pour décrire les tensions énergétiques mondiales qui peuvent mener à des conflits. Enfin, il partage sa perspective personnelle, expliquant qu'il n'est pas déprimé par ses analyses sombres grâce à un regard distancié et à son travail au sein d'équipes jeunes et orientées vers l'action, cherchant des solutions aux défis énergétiques et climatiques.
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