Nos crustacés menacés par le réchauffement de la mer |TF1 INFO

reportage 6:04 Source ↗ réchauffement climatique canicules marines pêche bulots normandie bretagne
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Ce reportage explore l'impact des canicules marines et du réchauffement climatique sur les crustacés et la biodiversité marine en Normandie et Bretagne, affectant la pêche aux bulots, la conchyliculture et entraînant la prolifération de nouvelles espèces comme le poulpe.

  1. 0:00 Nous parlions, il y a quelques minutes, de la chaleur dans de nombreuses régions.
  2. 0:03 Depuis plusieurs années, on observe aussi ce qu'on appelle des canicules marines,
  3. 0:07 une hausse des températures des océans.
  4. 0:09 Il est difficile de s'en rendre compte par la simple observation.
  5. 0:12 L'un des meilleurs moyens de la mesurer est d'acheter un plateau de fruits de mer.
  6. 0:16 Vous allez comprendre pourquoi grâce au passionnant reportage d'Eleanor Payrot et d'Agathe Viguier.
  7. 0:22 Sous la pleine lune, à 2 heures du matin, ils sont déjà sur le pont.
  8. 0:28 On va remonter 480 casiers, prendre environ 5 heures de pêche vraiment intense.
  9. 0:35 Objectif pour Julien, 30 ans, pêcher 420 kg de bulots.
  10. 0:40 Le quota journalier maximum, de plus en plus difficile à atteindre.
  11. 0:46 On a fait 10 kg, on monte 10 ans en arrière, on faisait 60 kg.
  12. 0:52 Car sous la surface calme de la baie de Grandville, c'est un bouleversement.
  13. 0:57 L'eau est trop chaude.
  14. 0:59 On est déjà à 16 degrés, à peu près.
  15. 1:02 A partir du mois de juillet, ils vont s'enfuir jusqu'à mi-octobre.
  16. 1:06 Là, à cause du réchauffement climatique,
  17. 1:09 c'est un métier qui deviendra de plus en plus saisonnier.
  18. 1:14 Depuis plusieurs années, les pêcheurs normands ont pris des mesures pour préserver les ressources.
  19. 1:19 Taille minimale pour les bulots,
  20. 1:21 diminution des quotas et fermeture complète de la pêche en janvier,
  21. 1:25 pour favoriser la reproduction.
  22. 1:27 Des efforts pour un résultat insuffisant.
  23. 1:30 C'est médiocre aujourd'hui, alors que c'est la saison qui devrait être la plus propice à la pêche.
  24. 1:35 Ça n'inspire pas confiance pour la suite.
  25. 1:37 Il va falloir vraiment qu'on trouve une alternative dans un premier temps pour l'été.
  26. 1:41 Et puis peut-être à l'avenir, songer à arrêter de pêcher les bulots.
  27. 1:46 Le bulot se raréfie, mais il n'est pas vendu plus cher pour autant.
  28. 1:50 Une double peine pour de nombreux pêcheurs.
  29. 1:53 Pour sauver la filière, Julien ne voit qu'une solution.
  30. 1:56 Mettre en oeuvre un plan de sortie de flotte,
  31. 1:59 c'est-à-dire réduire le nombre de bateaux en échange d'aides financières.
  32. 2:03 Selon lui, la moitié des bulotiers cesserait alors leur activité.
  33. 2:08 Mais le déclin du bulot préoccupe aussi les scientifiques.
  34. 2:13 Salut, ça va ?
  35. 2:15 Il y en a qui ont éclos il n'y a pas longtemps.
  36. 2:18 Une étude vient de démarrer pour mesurer l'impact du réchauffement climatique sur son cycle de vie.
  37. 2:24 On simulera un scénario normal cotentin.
  38. 2:28 On simulera un scénario de température 3 degrés au-dessus et 3 degrés au-dessous
  39. 2:33 pour voir les pontes des femelles, comment ça se passe, leur quantité,
  40. 2:38 qu'elles en produisent plus ou moins en fonction de la température et le taux d'éclosion.
  41. 2:42 En 15 ans, la population de bulots de la baie de Grandville a chuté de moitié.
  42. 2:47 En parallèle, la température moyenne de l'eau, elle, a grimpé d'un degré et demi.
  43. 2:52 Le réchauffement climatique, responsable de la prolifération de prédateurs dans les eaux Normandes et Bretonnes.
  44. 3:00 Dans les côtes d'Armor, les éleveurs de moules se livrent à une lutte permanente contre l'araignée de mer.
  45. 3:08 Ici, c'est une zone où on a renoncé quasiment à produire.
  46. 3:13 Sur 4 producteurs, il n'y en a plus qu'un.
  47. 3:16 Au pied des bouchots, une menace silencieuse, soudaine et destructrice.
  48. 3:22 Des centaines d'araignées de mer dévorent les moules.
  49. 3:27 Au début de leur prolifération, il y a 5 ans, les conchéliculteurs ont perdu plus de la moitié de leur production.
  50. 3:34 Pour limiter la casse...
  51. 3:36 La capture a encore augmenté, là ?
  52. 3:38 Le gardien de la baie a désormais une mission, les capturer.
  53. 3:42 Ca fait entre 600 et 800, quoi.
  54. 3:44 Tous les jours, tous les jours, tous les jours.
  55. 3:46 Plus encore que l'année dernière.
  56. 3:48 Je suis obligé de les rejeter au large parce que j'ai pas le droit de les commercialiser.
  57. 3:52 Déjà, elles sont trop petites.
  58. 3:54 Et après-demain, je vais les reprendre parce que j'ai pas le droit de les tuer, quoi.
  59. 4:00 Une lutte sans fin aux effets limités.
  60. 4:03 Pour tenter de protéger un peu mieux leur production,
  61. 4:06 de nombreux éleveurs installent aussi des filets autour des moules dès le début de la saison.
  62. 4:11 Ils posent un filet en préventif.
  63. 4:13 Le filet va les retarder dans l'agression, quoi.
  64. 4:17 C'est beaucoup de travail en plus.
  65. 4:19 C'est quand il faut plus de main-d'oeuvre.
  66. 4:20 Les protections sont pas gratuites, forcément.
  67. 4:22 Donc ça engendre des coûts qui n'existaient pas avant.
  68. 4:27 Sur la côte sud de la Bretagne, en quelques années,
  69. 4:31 la prolifération d'une autre espèce a transformé la biodiversité marine
  70. 4:35 et donné naissance à une nouvelle filière.
  71. 4:40 Depuis 4 ans, c'est un peu la révolution poulpe.
  72. 4:43 Là, aujourd'hui, je sais pas combien on va faire,
  73. 4:45 mais si on fait 600 kilos, on est bien.
  74. 4:47 Il y a 15 jours, on faisait plus d'une tonne à la journée.
  75. 4:51 Direction l'île de Seine pour relever 450 casiers toute la matinée.
  76. 4:57 Il y a à peine 4 ans, Jean-Marc pêchait le bar et le homard.
  77. 5:01 L'arrivée massive du poulpe a tout changé.
  78. 5:04 Trois poulpes dans le même casier.
  79. 5:07 Il a acheté ce nouveau bateau, plus grand, pour pêcher ce prédateur,
  80. 5:11 amateur de crustacés.
  81. 5:15 Il y a encore la chair dedans, mais il est démentibulé.
  82. 5:18 Il y a rien du tout.
  83. 5:19 Il n'y a pas une araignée, il n'y a pas un crabe, il n'y a rien.
  84. 5:21 Un malheureux homard sur 450 casiers, c'est pas...
  85. 5:25 Il y a 5 ans, quand on faisait le homard, là,
  86. 5:28 on faisait 100, 150 homards à la levée.
  87. 5:31 Et un aujourd'hui.
  88. 5:33 Je pense que le mal, il est fait avec les poulpes.
  89. 5:37 Par endroits, les ressources de coquilles Saint-Jacques et de homards
  90. 5:40 sont presque à sec, décimées par des poulpes bretons abondants.
  91. 5:44 La faute, sans doute, au réchauffement climatique,
  92. 5:47 après les scientifiques.
  93. 5:49 Comme Jean-Marc, de nombreux pêcheurs préfèrent y voir
  94. 5:52 une opportunité économique.
  95. 5:54 Vendu jusqu'à 11 euros le kilo à la criée,
  96. 5:57 le poulpe est presque aussi cher que le bar.
  97. 6:00 Une maigre consolation face à la quasi disparition d'autres espèces.