Pesticides, le virage vert

reportage 13:00 Source ↗ pesticide agriculture durable produit phytosanitaire nouvelle-aquitaine agriculture engrais naturels
Unlock subtitles, speed and more

Sign in to switch subtitle languages, adjust playback speed and change caption size & color.

Ce numéro de Noa sur Terre explore les défis et les solutions pour réduire l'utilisation des pesticides dans l'agriculture en Nouvelle-Aquitaine, en présentant des témoignages d'agriculteurs et des innovations.

  1. 0:00 Générique
  2. 0:03 ...
  3. 0:17 Bonjour à tous, bienvenue dans Noa sur Terre,
  4. 0:19 le magazine de l'agriculture en Nouvelle-Aquitaine.
  5. 0:22 Aujourd'hui, l'émission est consacrée aux pesticides,
  6. 0:25 avec notamment cette question, comment utiliser moins de pesticides
  7. 0:29 sur l'agriculture française ? C'est un vaste débat.
  8. 0:32 On va essayer d'apporter notre petite pierre à l'édifice
  9. 0:35 avec celles et ceux qui nous accueillent aujourd'hui,
  10. 0:38 notamment Dominique Carrère,
  11. 0:40 la chef d'exploitation du lycée agricole d'A1
  12. 0:43 dans le département de la Creuse.
  13. 0:44 ...
  14. 0:53 Tiens, tiens, tiens.
  15. 0:55 Oh, que c'est bon, ça.
  16. 0:56 C'est bon ?
  17. 0:57 Allez, tiens, ma fille.
  18. 0:59 Tiens, toi aussi.
  19. 1:01 ...
  20. 1:05 Bonjour, Dominique.
  21. 1:06 Merci de nous recevoir dans votre lycée agricole d'A1.
  22. 1:09 Chef d'exploitation dans un lycée agricole,
  23. 1:12 ça veut dire quoi ?
  24. 1:13 En fait, on gère toute l'exploitation
  25. 1:15 en compagnie de cinq ouvriers,
  26. 1:18 un responsable par chaque atelier,
  27. 1:20 et donc, ensemble, on dirige toute l'exploitation.
  28. 1:23 Vous recevez les élèves qui viennent faire des travaux pratiques
  29. 1:26 ici, dans les champs ?
  30. 1:28 Effectivement.
  31. 1:29 Effectivement, sur tous les ateliers,
  32. 1:31 on a des élèves, tous les jours,
  33. 1:33 qui viennent faire des travaux pratiques,
  34. 1:35 soit une semaine entière, soit par à-coups,
  35. 1:38 c'est-à-dire des classes entières.
  36. 1:40 On est là pour parler de pesticides,
  37. 1:42 de l'utilisation de pesticides.
  38. 1:44 Quelle est votre position, à vous, sur cette question ?
  39. 1:47 Moi, je mange la viande du lycée.
  40. 1:49 Celle-ci.
  41. 1:50 Celle-ci, entre autres.
  42. 1:51 Et donc, moi, ce que je veux,
  43. 1:53 c'est qu'elle soit le plus propre possible.
  44. 1:55 Et pour cela, on travaille tous ensemble
  45. 1:58 pour avoir une alimentation à tous ces animaux
  46. 2:02 le plus saine possible.
  47. 2:04 L'alimentation se fait sur l'exploitation.
  48. 2:06 Voilà. Toute l'alimentation est faite sur l'exploitation.
  49. 2:09 C'est ce que vous inculquez aux enfants, aux élèves ?
  50. 2:12 Nous, on a la chance d'avoir des ouvriers
  51. 2:14 qui sont très convaincus par rapport à ça,
  52. 2:17 qui aiment bien manger ce qui est sain, ce que je dis.
  53. 2:20 Et donc, en fait, on montre tous les jours
  54. 2:22 comment alimenter des animaux sainement,
  55. 2:25 comment conduire une culture sainement.
  56. 2:29 Et ensuite, on a une viande le plus saine possible.
  57. 2:33 Donc, sans pesticides, sans résidus, sans...
  58. 2:37 Voilà. Comme ça, on a une meilleure santé.
  59. 2:40 Nos animaux sont en pleine santé.
  60. 2:42 Ils en l'airent.
  61. 2:43 On va voir que se passer des pesticides
  62. 2:45 et des intrants dans l'agriculture,
  63. 2:47 c'est sans doute vertueux, mais ce n'est pas toujours facile
  64. 2:50 et ce n'est pas toujours possible,
  65. 2:52 comme on va le voir dans ce reportage.
  66. 2:54 Regardez.
  67. 2:55 Fertiliser ses terres avec de l'azote,
  68. 2:57 c'est la mission du jour pour cet agriculteur.
  69. 3:00 Le céréalier possède 150 hectares de terres céréalières.
  70. 3:04 Il travaille de manière raisonnée.
  71. 3:06 Il utilise aussi des produits phytosanitaires
  72. 3:09 lorsque ses champs en ont besoin.
  73. 3:11 Si on pouvait se passer de faire des traitements, on le ferait.
  74. 3:14 C'est pas forcément le plus agréable à faire
  75. 3:17 dans l'exploitation.
  76. 3:18 Aller voir les cultures, c'est génial.
  77. 3:20 Aller les traiter.
  78. 3:21 Aujourd'hui, on a le pulvée, on a le masque, on a les gants.
  79. 3:27 Moi, je le fais principalement la nuit
  80. 3:30 parce que ça me permet de diminuer mon volume d'eau et mes doses.
  81. 3:34 Et l'optimum, c'est l'hydrométrie.
  82. 3:37 Pas de vent. On est dans une région où il y a beaucoup de vent.
  83. 3:40 Je le fais principalement la nuit.
  84. 3:42 Car ses traitements ont un coût et il s'accroît chaque année.
  85. 3:45 En 10 ans, les prêts ont augmenté de 30 % pour ce céréalier.
  86. 3:49 On peut pas se dire aujourd'hui qu'on va être tous bio
  87. 3:52 ou qu'on est contre le bio.
  88. 3:53 Tout est intéressant.
  89. 3:54 Sauf qu'aujourd'hui, la partie phytosanitaire,
  90. 3:57 moi, dans mon exploitation,
  91. 3:59 me permet d'assurer mes engagements.
  92. 4:02 Ce qui m'agace le plus, c'est que les gens ne savent pas forcément
  93. 4:06 et parlent de ça comme si c'était quelque chose de grave,
  94. 4:09 alors que les produits phytosanitaires,
  95. 4:11 tout le monde les utilise tous les jours
  96. 4:13 dans les médicaments, dans les soins.
  97. 4:15 Dans le sud du département, depuis une dizaine d'années,
  98. 4:18 12 exploitants agricoles participent à un programme
  99. 4:21 encadré par la Chambre d'agriculture.
  100. 4:23 Leur projet, réduire l'utilisation des produits phytosanitaires.
  101. 4:27 Avant, il fallait zéro maladie.
  102. 4:29 Il fallait pas qu'il y ait une tâche dans le vignoble.
  103. 4:32 Maintenant, on accepte d'avoir des tâches de mildiou sur le feuillage.
  104. 4:36 Tant que ça n'impacte pas le rendement,
  105. 4:38 on n'est plus tolérant, on va dire.
  106. 4:41 On fait pas du systématique.
  107. 4:44 Depuis 2012, ce viticulteur met en place des couverts végétaux.
  108. 4:48 Dans ses vignes, une rangée sur deux
  109. 4:50 dispose maintenant d'un engrais vert.
  110. 4:53 C'est de la févrole qui permet de remonter la matière organique,
  111. 4:57 de diminuer les apports en engrais chimiques.
  112. 5:01 L'hiver, ça permet d'avoir un couvert sur le terrain,
  113. 5:05 d'avoir une faune à l'intérieur.
  114. 5:06 Les membres du groupe espèrent, d'ici l'année prochaine,
  115. 5:09 réduire de plus de la moitié l'usage des produits herbicides.
  116. 5:13 Musique rythmée
  117. 5:16 On y va. On va où ?
  118. 5:17 On va dans un parcel de jardins détruire un couvert végétal.
  119. 5:21 Bon programme. Allons détruire ce couvert.
  120. 5:24 Musique rythmée
  121. 5:27 ...
  122. 5:41 Je vous présente Jean-Marc, responsable des cultures
  123. 5:44 du lycée agricole.
  124. 5:46 On a fait un bout de chemin ensemble dans le tracteur.
  125. 5:49 Jean-Marc, qu'est-ce que vous venez de faire là ?
  126. 5:52 Je viens de passer un coup d'échaumeur à dents
  127. 5:55 pour détruire...
  128. 5:56 C'est un échaumeur à dents.
  129. 5:58 C'est le nom de cette machine-là.
  130. 6:00 Avec cet appareil, un échaumeur à dents,
  131. 6:02 c'est un cultivateur, un gros cultivateur,
  132. 6:05 amélioré, avec des sécurités,
  133. 6:08 avec des grandes dents pour avoir beaucoup de dégagement
  134. 6:11 quand on détruit les couverts,
  135. 6:13 pour pas que ça bourre, pour que ça évacue.
  136. 6:16 Et puis, la spécificité sur celui-ci,
  137. 6:19 c'est qu'on a pris avec des pattes d'oies
  138. 6:22 ce système-là.
  139. 6:24 D'accord. C'est quoi la spécificité particulière de ça ?
  140. 6:28 Ce système-là, ça va permettre de scalper le plateau de racinaire.
  141. 6:34 Voilà. Donc, ce qu'on voit, c'est ces racines.
  142. 6:37 Cette patte d'oies, elle est passée comme ça,
  143. 6:39 et elle le traduit, elle le renverse à l'envers.
  144. 6:44 Comme ça, les racines vont pouvoir sécher.
  145. 6:47 Elles sont à l'air.
  146. 6:48 Elles vont pouvoir sécher
  147. 6:49 et en même temps, la partie végétative va sécher.
  148. 6:52 Ainsi, le terrain, dans 15 jours, 3 semaines,
  149. 6:55 ça sera tout blanc, parce que tout ça sera séché
  150. 6:58 et prêt à repasser un autre outil
  151. 7:02 pour le rendre utilisable et ressemer des produits dessus.
  152. 7:05 S'il n'y avait pas cet outil, on utiliserait quoi ?
  153. 7:08 Du glyphosate, par dit.
  154. 7:09 Oui, par dit, du glyphosate.
  155. 7:11 Alors là, ça serait pas joli.
  156. 7:13 Ça donne le même résultat ?
  157. 7:15 À la fin, oui, mais par contre, c'est pas du tout esthétique
  158. 7:19 parce que déjà, ça va être tout jaune,
  159. 7:20 mais c'est surtout les produits résiduels
  160. 7:22 qu'il y a dans le terrain,
  161. 7:24 et donc là, c'est encore moins bon pour nous
  162. 7:28 et pour tout le monde, en fait,
  163. 7:30 pour la culture, pour les animaux,
  164. 7:32 et nous, on veut pas ça.
  165. 7:33 Sur le lycée agricole, j'en marque un.
  166. 7:35 Vous êtes d'accord, vous travaillez depuis longtemps
  167. 7:38 dans l'agriculture, vous aussi, vous êtes dans cette même pensée
  168. 7:41 de dire que les produits phytosanitaires,
  169. 7:44 on peut, en tout cas, en partie, s'en passer ?
  170. 7:47 S'en passer, je sais pas, mais les diminuer, sûr.
  171. 7:50 Parce qu'avec les méthodes alternatives qu'il y a en mécanique,
  172. 7:54 on est surtout dépendants de la météo.
  173. 7:56 Il faut des conditions séchantes
  174. 7:59 pour faire du bon travail.
  175. 8:00 Oui, séchantes, c'est-à-dire qu'une fois que c'est tourné,
  176. 8:03 il faut que le soleil...
  177. 8:06 Il faut que le soleil fasse le travail.
  178. 8:08 Par exemple, sur l'année 2024, très pluvieuse...
  179. 8:10 Voilà. Là, par contre, il a fallu qu'on se résigne.
  180. 8:14 Voilà, se résigne à utiliser un peu de désherbant
  181. 8:18 pour vraiment avoir des cultures. Autrement, on n'aurait rien eu.
  182. 8:21 Bien sûr. Alors, il existe une autre alternative
  183. 8:23 pour éviter d'utiliser des produits phytosanitaires,
  184. 8:26 un fertilisant totalement naturel et gratuit,
  185. 8:30 comme vous allez le découvrir dans ce reportage réalisé au Pays basque.
  186. 8:34 C'est une petite révolution à Hendaye.
  187. 8:36 Depuis quelques mois, les 400 élèves du groupe scolaire privé Saint-Vincent
  188. 8:40 utilisent des toilettes sèches.
  189. 8:42 Elles ne sont que quelques écoles en France à avoir adopté ce système,
  190. 8:46 mais ici, l'établissement est allé encore plus loin
  191. 8:48 en installant un équipement permettant de collecter l'urine.
  192. 8:52 On a installé et construit des urines noires masculines sans eau,
  193. 8:56 avec des membranes qui permettent de laisser passer l'urine,
  194. 8:58 mais qui ne laissent pas remonter les odeurs,
  195. 9:00 et des urines noires féminines,
  196. 9:01 ce qui nous permet de collecter, dans une grande cuve
  197. 9:04 qui est dans la cour derrière,
  198. 9:05 les urines qui sont collectées par les urines noires féminines
  199. 9:09 et par les urines noires masculines.
  200. 9:10 Et cette urine va être utilisée, va être valorisée
  201. 9:12 comme fertilisant agricole.
  202. 9:14 Car oui, l'urine humaine peut être utilisée comme engrais.
  203. 9:17 Des recherches sont actuellement menées sur son usage dans l'agriculture.
  204. 9:21 Quand on va consommer des fruits et légumes, de la viande,
  205. 9:24 qui sont riches en azote, en phosphore, en potassium, notamment,
  206. 9:29 qui sont des nutriments,
  207. 9:31 et notre système digestif ne va pas capter ces atomes-là,
  208. 9:35 elle va les rejeter essentiellement via les urines.
  209. 9:38 Et on retrouve ces nutriments qui sont utiles
  210. 9:41 à la production végétale dans les urines humaines.
  211. 9:43 Le lycée agricole de Sempé, des maraîchers,
  212. 9:46 mais aussi les villes de Biriatou et d'Andaï
  213. 9:48 devraient bientôt utiliser l'urine collectée comme fertilisant,
  214. 9:51 notamment lors de la plantation d'arbres.
  215. 9:54 C'est quelque chose qui était complètement naturel
  216. 9:56 il y a deux siècles encore.
  217. 9:57 On utilisait ça dans toutes les fermes, bien évidemment.
  218. 10:01 On l'a oublié, on est devenu dans une société de plus en plus hygiéniste.
  219. 10:04 Donc c'est quelque chose qui est, a priori,
  220. 10:08 assez difficile à faire accepter par la population.
  221. 10:10 Or, c'est hyper important.
  222. 10:12 Cette révolution du pipi utile, comme l'appelle l'école Saint-Vincent,
  223. 10:15 va lui permettre par ailleurs d'économiser 500 000 litres d'eau par an
  224. 10:19 et de rejeter 80 % d'eau usée en moins dans l'assainissement collectif.
  225. 10:31 Donc on va aller voir Benoît,
  226. 10:33 qui est notre animateur du réseau des filles,
  227. 10:37 avec qui on travaille depuis 2016.
  228. 10:40 Il est là pour nous aider, justement, à réduire ces pesticides
  229. 10:44 tout en améliorant les rendements, effectivement.
  230. 10:47 Allons voir Benoît.
  231. 10:50 Bonjour, Benoît.
  232. 10:51 Donc, réseau des filles, PHY comme phyto,
  233. 10:54 c'est quoi, ce réseau des filles ?
  234. 10:55 Le réseau des filles, en fait, c'est un réseau national
  235. 10:57 qui a été mis en place depuis le Grenelle de l'environnement après 2008.
  236. 11:01 C'est des animateurs qui ont une dizaine d'exploitations
  237. 11:06 et dont l'objectif, c'est de faire des essais, des réunions,
  238. 11:09 des démonstrations pour réduire les phytos.
  239. 11:12 L'idée, c'est qu'à terme, on ne mette plus du tout
  240. 11:14 de produits phytosanitaires ou c'est impensable ?
  241. 11:17 Ça peut être jouable.
  242. 11:18 C'est quand même assez compliqué pour certaines exploitations.
  243. 11:21 Ça dépend des systèmes de culture.
  244. 11:24 Là, grosso modo, par exemple, au lycée...
  245. 11:27 Le lycée, avant qu'ils rentrent dans le réseau des filles,
  246. 11:30 ils avaient une utilisation de phyto qui était assez basse,
  247. 11:33 mais ils ont diminué, par exemple, de 35 % déjà.
  248. 11:36 Donc on a déjà une baisse qui est quand même significative
  249. 11:40 grâce à différents leviers,
  250. 11:41 réduction de dose, observation de cul de parcelles.
  251. 11:45 On mélange les variétés pour être plus résistants aux maladies,
  252. 11:49 des choses comme ça.
  253. 11:50 Vous êtes partenaire d'à peu près 12 agriculteurs,
  254. 11:52 je crois, dans le département de la Creuse.
  255. 11:55 Il y a encore des résistances dans le monde de l'agriculture ?
  256. 11:58 Les agriculteurs ne passent pas des produits phytos
  257. 12:01 voir plaisir. Moins ils en passent, mieux ils se portent,
  258. 12:04 pour leur santé à eux, pour ne pas en utiliser,
  259. 12:07 et aussi pour leur forte monnaie.
  260. 12:09 Si ça a un coût, quand ils passent à un produit phyto,
  261. 12:12 pour eux, ils n'ont pas le choix d'en passer,
  262. 12:15 c'est trop sale, c'est trop malade.
  263. 12:17 En tout cas, il y a eu sans doute des abus dans l'utilisation.
  264. 12:22 On en utilisait trop et on va vers une utilisation
  265. 12:25 beaucoup plus raisonnée de ces produits.
  266. 12:28 Merci beaucoup, Benoît, Dominique et Jean-Marc
  267. 12:30 de m'avoir accompagné dans cette émission
  268. 12:33 aux pesticides, une émission à retrouver
  269. 12:35 sur notre plateforme France.tv.
  270. 12:37 A très bientôt, j'espère, pour un nouveau numéro
  271. 12:40 de Noa sur Terre.
  272. 12:41 Bon, Jean-Marc, moi, je vais ramener le tracteur à la maison,
  273. 12:44 puisque je sais conduire un tracteur, maintenant.
  274. 12:47 Allez !